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Vous êtes coach ou envisagez de le devenir ? Vous êtes coaché ou projetez de vous faire accompagner ? N'attendez plus pour débuter la lecture de cet ouvrage !Que vous soyez professionnel de l’accompagnement, entreprise ou particulier, vous vous questionnez peut-être sur le sens et l’utilité de ce métier, ses origines, paradoxes, outils, fondamentaux…Si vous pensez utile de prendre du recul sur cette discipline passionnante et pétrie de contradictions, si vous éprouvez des doutes vis-à-vis de certaines approches dogmatiques, si vous vous interrogez sur ce qui peut parasiter l’agilité d’un coach à agir réellement dans l’intérêt profond de son client, si vous en avez assez du prêt – à – penser des pro ou des anti… ce livre est fait pour vous !Ce guide pratique vous permettra de réaliser l'importance du coaching.
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Seitenzahl: 360
Veröffentlichungsjahr: 2013
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Vous êtes professionnels du coaching, futurs coachs, et vous vous interrogez sur votre discipline Bravo pour cette démarche salutaire ! Si vous vous questionnez parfois sur le sens de votre métier, son bien-fondé, ses origines, ses outils, ses fondamentaux… Si vous ressentez le besoin de prendre du recul sur ce métier passionnant, exigeant, vivant, et donc pétri de contradictions … Si vous éprouvez de temps en temps des doutes vis-à-vis de certaines approches dogmatiques prônées ici ou là, l’envie de remettre en question la pression des intérêts commerciaux qui pourraient scléroser votre agilité à agir réellement dans l’intérêt profond de vos clients… Alors ce livre est fait pour vous ! Au fil des pages de ce recueil d’entretiens sans concessions et à bâtons rompus, quatre coachs aux expériences et parcours différents tentent le pari de se pencher – sans filet et l’esprit ouvert - sur les méthodes, la signification et la place qu’occupe cette discipline de développement personnel et professionnel dans notre société moderne et marchande, où la compétitivité conditionne toutes les organisations, au mépris parfois de l’Homme. Au risque de bousculer quelques idées trop ancrées dans la profession De secouer certaines postures trop confortables Pourquoi pas ! Après tout, la remise en question, l’inconfort et le doute ne sont-ils pas les pierres angulaires de tout cheminement audacieux, constructif et porteur de sens
Rendez-vous sur la page Facebook « pour ou coach ». Vos réactions, réflexions, propositions… y sont attendues. C’est un espace libre, et c’est le vôtre !
Avant-propos
« J’ai un projet très personnel de livre sur le coaching. Si vous êtes d’accord, je souhaite que vous participiez à sa rédaction. J’ai la conviction qu’ensemble, nous sommes capables d’accoucher d’un ouvrage qui donnera un éclairage nouveau sur cette discipline qu’après 20 ans de pratique passionnée, je ne reconnais plus. » En donnant leur accord à Max Meulemans, coach certifié PCC et fondateur de Coaching Ways (Institut International de Coaching), Sandrine Tribout, Enseignante en zones difficiles reconvertie en coach scolaire, ARC Coaching Ways (Assesseur – Référent – Coach) et Alain Delfosse, Directeur Conseil en agence de communication, coach et ARC Coaching Ways, ne devinaient pas dans quelle exaltante entreprise ils se lançaient. À leurs côtés dès le tout début de l’aventure, une quatrième participante, Nadine*, licenciée en philosophie, coach et formatrice en RH et Management.
Pas plus que Max, les 3 compères ne pouvaient mesurer la richesse des échanges, discussions, débats et découvertes qui, au final, aboutiraient au livre que vous tenez entre les mains. Cette magnifique incertitude initiale fut le fil rouge et à vrai dire, le moteur principal des réflexions qui, étape après étape, permettent aujourd’hui d’offrir aux lecteurs un décryptage inédit – ou à tout le moins décalé – de cet outil de développement professionnel et personnel devenu semble-t-il si incontournable : le coaching. Combien d’ouvrages ont-ils pris le temps de se pencher le plus sereinement possible sur le sens et la place qu’occupe cette discipline dans nos sociétés modernes et marchandes Sur ce que son succès dit de nous Sur ses éventuelles dérives Sur la possibilité que peut-être, le coaching ne sert pas (ou plus, ou mal) les valeurs qu’il est censé appliquer
Entre les livres de perfectionnement tous azimuts destinés aux spécialistes, ceux de vulgarisation censés ouvrir les portes d’une vie forcément meilleure au grand public, et ceux voués à la critique en règle d’un outil échappant aux critères de fiabilité traditionnels, pas – ou peu – d’alternatives en librairie. Un constat d’autant plus paradoxal que les séminaires et autres rassemblements de coachs bruissent souvent de discussions se risquant à ouvrir la brèche. « Nous, les coachs, sommes-nous toujours réellement légitimes et si oui, par rapport à quoi, à qui Nous posons-nous toujours les bonnes questions Sommes-nous encore – si nous l’avons jamais été – suffisamment vigilants À quoi devons-nous être vigilants, dans le fond »… Il est vrai que quand elles se posent entre initiés, ces interrogations sont le plus souvent abordées dans l’intimité des pauses-café entre deux tables rondes ou en aparté, à l’heure de refermer les mallettes. Rarement hélas face à l’assistance compacte des coachs confirmés et (trop) sûrs de leur fait. Comme si, par quelque inexplicable phénomène de déni, d’autoprotection ou de suffisance, il n’était pas indiqué, devant la profession, de remettre en cause le bien-fondé du métier. De se poser juste la question. Quelle ironie pour une profession en plein essor et toujours en quête de reconnaissance, dont l’alpha et l’oméga des méthodes de travail a toujours été… les questions puissantes !
Dès sa mise en chantier, gardant la porte ouverte à toutes les hypothèses, les auteurs de « Pour ou coach » ont souhaité laisser s’exprimer leurs incertitudes, tentant au fil d’échanges cadrés, parfois passionnés et partisans, mais toujours sincères et les plus méthodiques possible, d’explorer plusieurs pistes de réflexion, de donner du grain à moudre aux lecteurs, quelle que soit leur position sur le sujet, voire de dégager quelques vérités. Une démarche salutaire où chacun doit se sentir libre de regarder, critiquer et analyser ce qu’éclairent les fusées lancées dans le ciel – pas toujours aussi serein qu’il le faudrait – du monde du coaching.
La plus grande vertu de ce livre Avoir rassemblé pendant 2 ans quatre professionnels motivés, coachs à des degrés d’expérience diamétralement différents, ni plus ni moins outillés intellectuellement et culturellement que la plupart de leurs homologues, mais fermement décidés à percer le nuage d’hypocrisie qui plane paresseusement au-dessus de la profession, en se posant des questions ouvertes sur ses mécanismes. Plongés pareillement que leurs confrères dans leurs obligations et quotidien professionnels, ils ont dégagé le plus de temps et d’énergie possible pour faire bouger les choses. Et ça n’a pas été facile, notamment les derniers mois ! À ce titre, ils symbolisent les limites d’un métier (et d’un business) fonçant à toute allure et cruellement en manque de recul sur lui-même. De fait, ce livre dessine en creux le portrait d’une profession avec ses élans, ignorances, carences et parfois, fulgurances. « Sortir » cet ouvrage aujourd’hui a le mérite de donner un vrai coup de projecteur sur des thèmes que vous n’avez peut-être pas le temps de creuser, absorbés – voire cadenassés – dans des semaines surchargées de travail. Une expérience éditoriale somme toute, dans laquelle nous vous invitons à puiser librement matière à réfléchir. La page FACEBOOK « pour ou coach » vous attend pour réagir, débattre, prolonger les échanges, tisser des liens, créer des ponts. Librement.
Excellente lecture
* Nadine n’est pas son vrai prénom. Une fois le livre terminé, un virage professionnel important s’est amorcé pour Nadine qui a préféré dès lors, pour des raisons personnelles, ne pas apparaître dans le livre. Son cursus est bien sûr réel, et ses propos ont été conservés avec son autorisation. Qu’elle en soit ici remerciée.
« Ce sont rarement les réponsesqui apportent la vérité,mais l’enchaînement des questions »
Daniel PennacExtrait de la Fée carabine
Première partie
Coaching et performance, le grand malentendu ?
Août 2009. Nadine et Alain se garent devant la maison de Max à De Haan, en Belgique, pour le premier week-end de travail autour de « Pour ou coach » (Sandrine rejoindra l’aventure quelques semaines plus tard, à partir du 4ème rendez-vous). La proximité de la mer fait écho à notre situation : l’envie de débattre à voix haute sur le métier de coach nous rassemble en face d’un océan de questions à explorer. Se jeter à l’eau n’est pas si facile : la tâche est immense et nous nous y attelons armés d’une solide bonne volonté, et de quelques idées sous le crâne. La traversée s’annonce mouvementée. Il faut dire que sur le quai d’où nous partons, notre expédition est perçue d’un mauvais œil par les coachs qui ont eu vent de notre projet. Ils y voient – à tort – une croisade anti-coaching… Discussion sur nos motivations et ambitions respectives, répartition des tâches, débat sur la meilleure méthode pour articuler les chapitres du livre et très vite, accord sur le souhait d’accoucher d’un ouvrage simple, sincère, atypique, rigoureux, jamais complaisant et partisan, juste ce qu’il faut. Il sera donc imparfait, sûrement incomplet : mais peu importe si nos propos suscitent mépris, agacement ou courroux. Notre seul objectif consiste à bousculer le plus d’idées reçues sur le métier au mépris de toutes chapelles et même, pourquoi pas, de faire basculer quelques lecteurs dans une réflexion nouvelle sur le métier. Soudés autour du besoin impérieux de Max de faire le point sur ce métier qu’il ne reconnaît plus, nous levons l’ancre comme un coach se lance dans son premier coaching : avec application, appréhension et concentration.
Alain : « Max, quand tu as souhaité mettre en route ce livre, à qui voulais-tu l’adresser »
Max : « Eh bien à la communauté des coachs en priorité. C’est en tout cas ce que je pensais il y a peu, car en réalité, ce livre s’adresse à tout le monde. La raison en est simple : le principe même de la relation qui réunit un coach et son client, c’est bien une certaine forme d’honnêteté intellectuelle, de loyauté. Dans ce contexte la parole est sacrée, la confiance totale, et les doutes ont toute leur place dès lors qu’ils se manifestent. Il me paraît donc légitime que le grand public, d’où émergeront d’ailleurs les coachs de demain, ait connaissance de la crise de croissance que traversent, à mon sens, notre monde et notre métier. Ou qu’ils auraient intérêt à traverser, pour leur propre bien. En tant que coachs, nous devons avoir cette capacité d’introspection envers nous-mêmes, sans tenter de cacher quoi que ce soit de nos réflexions. C’est, du reste, aussi par là que passe la légitimité de notre métier, qui doit se départir d’une espèce de suffisance où l’autocritique n’a pas assez voix au chapitre. De toute façon, les tensions dans le métier et entre écoles s’accroissent - j’en sais quelque chose - et désormais les enjeux commerciaux déplacent en périphérie la priorité qui était hier encore centrale pour les coachs : l’autonomie durable du client, de la personne. Chacun se pose des questions sur ce métier, pas toujours au grand jour, et je sens comme une hypocrisie quand les vraies interrogations pointent le bout de leur nez. C’est quand même une hérésie quand on sait que le questionnement conditionne le métier, dont c’est l’essence même. »
Alain : « C’est donc le moment de poser cette question : en quoi sommes-nous qualifiés pour traiter de ce thème »
Max : « La question peut se poser, et je n’ai pas de réponse absolue. Nous en reparlerons à la lecture de ce dont nous aurons accouché dans quelques mois (NDLR : plus de 2 ans, en réalité). Pour autant, j’exerce cette profession depuis 2000, j’ai cumulé plus de 2800 heures de coaching à mon compte. Et puis ces questions sur le métier, je me les pose depuis longtemps… Or, à moins de le faire en off, je ne trouve presque personne prêt à en débattre ouvertement. Dans cette profession, les réputations se font et se défont très vite. Assez curieusement eu égard aux valeurs que nous défendons, le poids des convenances, sous couvert d’ouverture d’esprit, est très prégnant. C’est comme ça. On me rétorquera qu’il est facile de faire ce livre maintenant, alors que j’ai vécu de ce métier et que le risque est minime. C’est vrai. On peut y voir d’ailleurs le gage d’une liberté de ton bienvenue, c’est selon… Il n’en demeure pas moins que mon trouble s’est confirmé en constatant la multiplication de dérives, surtout depuis que les enjeux financiers semblent prendre le pas sur la vigilance qui devrait conditionner chaque démarche de coaching. En clair, il n’y avait pas autant matière à écrire un livre il y a 5 ans, ou en tout cas cela m’a échappé. Il se peut que j’aie fermé les yeux, ou attendu de les ouvrir… Il se trouve qu’aujourd’hui, j’éprouve le désir – bien plus que le besoin – d’écrire ce livre. Peutêtre cela n’aurait-il pas été le cas si j’avais trouvé en librairie le livre d’un autre coach traitant le sujet tel que je souhaite le faire. Le fait est qu’il n’existe pas encore à ma connaissance. Alors je m’y colle, avec vous. »
Nadine : « Quant à moi, Alain, si je suis qualifiée, ce n’est certainement pas en tant que coach expérimentée : je ne pratique pas depuis très longtemps et je ne croule pas sous les clients. Si je suis qualifiée, ce serait peut-être dans le sens où justement les questions me taraudent et que je ne me situe pas encore assez clairement par rapport à ce métier. Comment être suffisamment crédible lorsqu’on se pose sans cesse des questions sur le bien-fondé de ce que l’on fait Les clients qui viennent à nous attendent-ils des réponses claires à des questions parfois difficiles à formuler pour eux Notre rôle est-il d’aider à la réponse ou à la question Où est réellement l’autonomie du client Poursuivons-nous de concert – le client et le coach – l’objectif pur et dur ou cheminons-nous de concert vers une plus grande clarté, lucidité Vous allez le constater, je suis sans doute plus qualifiée en matière de questions que de réponses. La question ouvre, la réponse ferme. Je suis licenciée en philosophie, c’est ma formation de base, mon socle, même si je n’ai jamais travaillé dans le domaine effectivement. Je n’aime pas le mot, mais cette formation m’a formatée, d’une certaine manière. Tout est objet de philosophie, même le coaching. Et ce qui m’a interpelé, c’est le peu de réflexion autour du coaching, de réelle réflexion. Les maîtres mots sont souvent « boîte à outils », « accessible », « questions puissantes », « efficace » etc., pour des problématiques parfois tellement existentielles qu’une vie entière n’y suffit pas toujours ! Et puis ma question fondamentale relevait aussi de notre participation en tant que coachs à la façon dont la société fonctionne, et tout particulièrement le monde de l’entreprise. Quelle est notre conscience politique En quoi les coachs participent-ils ou non au formatage social, effectivement Alors, Alain, quand tu demandes en quoi nous sommes qualifiés pour le livre, je te réponds que je le suis au moins pour poser avec vous mes questions, sans faux-semblant. »
Alain : « Excellent. Jean Cocteau disait qu’un beau livre, c’est celui qui sème à foison les points d’interrogation… Tiens, justement Max, te souviens-tu de la première question que tu t’es posée et qui, somme toute, t’a amené à nous réunir aujourd’hui »
Max : « Bien sûr. Je me suis un jour questionné en ces termes : comment donner, ou redonner, une âme au coaching Toute chose restant égale par ailleurs, le coaching s’impose de nos jours au développement personnel comme la panacée des outils, et je parle même parfois de la dictature du coaching dans laquelle nous évoluons. Dans ce métier, nous devons bien être conscients que, succès oblige, le coaching est devenu omniprésent dans nos sociétés modernes. Il ne se passe pas un jour sans qu’ici ou là on vante les mérites comparés des coachs en entreprise, des life coachs, mais aussi des coachs déco, séduction, divorce… Or on en vient, sans y prendre vraiment garde et à notre corps défendant, à déresponsabiliser les gens. En cas de souci, aujourd’hui, il est de bon ton de sortir la carte « prends donc un coach ».
Nadine : « Je suis d’accord avec toi, mais je souhaite quand même revenir sur ce que tu viens de dire : le coaching peut-il avoir une âme Je veux dire, qu’entends-tu par là Moi, je ne sais pas ce que c’est, l’âme du coaching, et je ne suis pas certaine qu’il faille une âme à ce métier… Je me poserais plutôt la question de savoir ce que sont ses principes fondateurs, comme on dit en systémique. »
Max : « Toute discussion rationnelle au sujet de l’âme exige d’examiner sa fonction, plutôt que sa nature. Croire que les gens ont une âme est étroitement lié au fait de croire en l’existence d’un Créateur. C’est le premier vide en coaching : le coaching n’a pas de « créateur » ! Contrairement aux autres approches ou techniques où nous pouvons nous référer à une ou plusieurs figures fondatrices, le coaching est un amalgame d’un peu tout, autour d’une dynamique. Cela peut être bien sûr considéré comme une opportunité : le libre arbitre autour d’un semblant d’éthique permettrait ainsi au processus de coaching lui-même de ne pas s’enfermer dans des paradigmes fondateurs. »
Alain : « On peut y voir aussi une dérive, Max, dans le sens où ce libre arbitre ouvrirait les portes à de dangereuses substitutions. Comme il serait facile d’opter pour le coaching en lieu et place d’autres professions exigeant un parcours académique plus poussé ! »
Force est de constater qu’il est difficile de ne pas voir notre discipline
comme un outil très séduisant au service de la performance
des entreprises.
Dans une société obsédée par le résultat et vouant un culte
envahissant à la réussite sous toutes ses formes,
la place du coaching a évolué.
Max : « C’est là où je voulais en venir, oui. Si nous nous positionnons à présent par rapport à la Théorie de l’Évolution, nous n’avons aucune raison de nous interroger sur le but des différents types biologiques : la vie existe non pas pour atteindre un objectif, mais parce qu’elle a réussi à se frayer un chemin. Il en va de même avec le coaching. N’est-il pas aujourd’hui plus au service des objectifs qu’à celui de la personne Est-il anormal de ne pas avoir d’objectifs Et à qui servent réellement ces objectifs À mes yeux, aujourd’hui, le coaching est plus embarqué dans un phénomène sociétal qui ne s’interroge pas suffisamment sur son sens. C’est dans ces termes que je relie l’idée d’âme au coaching. »
Alain : « Tu disais Max que nous contribuons involontairement à déresponsabiliser les gens. En cas de souci « prends donc un coach » ! Sur un autre thème, David Lynch avait eu ce mot juste pour décrire l’infiltration de la culture américaine dans les mentalités du monde entier : il parlait de « colonisation des esprits ». Tu ferais le même parallèle avec le coaching »
Max : « L’image est bonne, oui. Il y a un coach pour tout, et les coachs eux-mêmes sont parfois prêts à se positionner sur des problématiques sans avoir la certitude qu’ils sont outillés pour les traiter, sans assurance à donner qu’ils ne feront pas pire que mieux en jouant les apprentis sorciers. Ce conditionnement au réflexe coaching est, à mon sens, inquiétant. Que signifie-t-il dans notre société Que cela dit-il de nous L’engouement pour le coaching et le succès grandissant des formations pour devenir coach doivent être perçus comme des témoignages forts de l’état du système dans lequel nous évoluons. Il m’arrive de penser que le coaching est une dérive sociétale. »
Alain : « Restons un moment là-dessus. Quand même, en quoi le coaching serait-il une dérive sociétale In fine, j’ai au contraire l’impression que c’est un outil privilégié pour aider tout un chacun à garder les cartes en main dans une société réputée difficile, où les repères sont flous, les certitudes chahutées, les craintes croissantes, les tensions plus nombreuses… Au risque de détourner le sens de ton propos, c’est la société telle qu’elle tourne aujourd’hui qui crée les dérives. Pas le coaching ! »
Max : « Je n’ai pas dit que le coaching était la source des dérives, bien au contraire. Pour autant, ton point de vue illustre peut-être une partie du problème… Mais une chose à la fois. Je souhaite vraiment qu’ensemble, nous fassions un travail de réflexion pas à pas. Je le répète, l’objectif de ce livre, c’est bien de réfléchir tout haut sur la légitimité du coaching tel qu’il est utilisé aujourd’hui, en entreprise notamment. Mon expérience en tant que coach me questionne sur un certain nombre de points, à mon sens cruciaux. Je n’ai aucune réponse toute faite, juste quelques présupposés de départ que je veux éprouver à la lumière de nos réflexions communes… Pour en revenir à la question de départ : je pense qu’effectivement, le coaching est une dérive au service d’une transition sociétale. Il n’est pas question de jeter le bébé avec l’eau du bain, mais force est de constater qu’il est difficile de ne pas voir notre discipline comme un outil très séduisant au service de la performance des entreprises. Dans une société obsédée par le résultat et vouant un culte envahissant à la réussite sous toutes ses formes, la place du coaching a évolué. Et il faut prendre garde à cette évolution. »
Alain : « Tu nous définis ce que tu entends par performance des entreprises »
Max : « Oui, même si je vais énoncer ici quelques évidences. Mais reposons les bases : aujourd’hui bien plus qu’il y a quelques décennies, les entreprises, si elles veulent survivre, doivent croître et se battre sans cesse sur tous les fronts, mondialisation oblige. Je ne parle même pas de la crise financière planétaire qui s’est invitée dans le débat entre ce projet de livre et nos premières réflexions. Pour qu’une organisation commerciale soit performante dans un contexte où la concurrence fait rage, elle est bien obligée de pressuriser, avec plus ou moins de bonheur, de légèreté et de créativité selon les cas, ses salariés, cadres, ouvriers, franchises, fournisseurs, prestataires, etc. La performance est devenue obsessionnelle : elle conditionne plus que jamais toutes les décisions économiques, dessine les organisations, influence les organigrammes. Quoi de plus normal, après tout, dans une société marchande et dans un système capitaliste Pour ne rien laisser au hasard, on mesure, audite, jauge et juge les performances de chaque service et salariés grâce à tout un tas d’outils, en appliquant les mesures correctives quand les courbes fléchissent. Parfois aussi, cela ne suffit pas à garder le navire à flots et face à une concurrence mondialisée, il arrive qu’il faille se séparer d’un certain nombre de salariés, d’imposer des restructurations, au nom de la productivité. »
Alain : « Tu rejettes ce modèle »
Max : « Tu fais bien de poser la question. Je ne porte ici pas de jugement de valeur, autant le préciser. Je m’efforce juste de dresser un rapide descriptif du panorama dans lequel évoluent nos entreprises, PME-PMI, industriels etc. Le fait est que ce contexte a une influence directe sur les gens qui y travaillent, leur comportement, leur santé, leur confort, leur mode de vie. »
Alain : « Je pense voir où tu veux en venir… Mais personne ne force quiconque à jouer le jeu de la performance toute sa vie. »
Max : « Personne, vraiment Bien sûr, libre à chacun de choisir son camp, son mode de vie, son rythme social et professionnel. Dans un monde parfait, oui, on peut choisir d’entrer « dans le jeu » comme tu l’appelles, ou préférer mettre en avant d’autres valeurs. Mais dans la réalité, combien de privilégiés peuventils se permettre de ne pas se plier au joug de la compétitivité à tout crin Le chômage menace, l’avenir n’incite pas toujours à l’optimisme, les gens de la rue expriment dès que l’occasion se présente leurs craintes, voire leurs peurs, dans un monde où tout va vite et où la précarité guette… Statistiquement, la majeure partie de ceux qui pourraient souhaiter faire le choix de moins de « productivisme » n’en ont pas la possibilité. Pression sociétale, familiale, financière, sociale, matérielle, consumériste… Combien encore ne se posent même pas la question – qui est en soi un luxe il est vrai – tout simplement parce qu’il est inimaginable de vivre autrement, impossible pour eux de servir un autre système que celui qui conditionne le profil de notre société… Pour être complet, je n’oublie pas les hommes et femmes qui choisissent avec enthousiasme de se mettre au service de la performance : certains d’entre nous carburent au dépassement de soi, servent leur entreprise, association, collectivité… avec dévotion, aiment la pression des résultats, apprécient de satisfaire au mieux les clients, ambitionnent de grimper les échelons … C’est tout à fait respectable. »
Alain : « Tu dresses là le portrait du monde tel qu’il tourne. Bon, ok, rien de nouveau sous le soleil. »
Max : « J’en viens au coaching, mais laisse-moi juste dérouler ce préambule, tu veux bien Le fait est que nous ne sommes pas égaux face à la notion de performance. D’autant que selon les systèmes ou entreprises où l’on travaille, d’un mois à l’autre, d’une année sur l’autre, le curseur des attentes, besoins, impératifs, grimpe sur l’échelle des exigences. On peut aimer la pression du chiffre ou du résultat à un moment donné, mais trouver soudain insupportables les nouveaux objectifs à franchir. Cet axiome est aussi valable quand on change de patron, qu’on accueille de nouveaux collègues, qu’on voit ses missions évoluer, sa mutation refusée, sa vie de couple se compliquer… Mais quel que soit le contexte, qu’on se sente fort ou moins fort, capable ou pas, heureux ou dubitatif, volontaire ou effrayé, en pleine forme ou fatigué, l’exigence de performance « en face » reste la même. Charge à chacun d’entre nous de trouver le moyen pour faire ce qu’il a à faire et être à la hauteur des défis qui se dressent. Bien sûr, c’est là que la casse peut survenir. Il y a ceux qui s’accrochent coûte que coûte, et ceux qui décrochent. Il y a aussi ceux qui trouvent là une source nouvelle de dépassement de soi, d’accomplissement, et franchissent en vainqueurs les étapes de la feuille de route qu’ils ont signée, ou qu’on leur impose. Mais pour celles et ceux qui ont des difficultés de motivation, de confiance, d’estime de soi, qui veulent se former, se mettre à niveau pour ne pas être largués, pour celles et ceux qui lâchent prise et se retrouvent sur le bord du chemin… Il y a toujours une bonne âme, dans la hiérarchie de l’entreprise, à la DRH ou ailleurs, pour sentir intuitivement – ou à la lecture des outils de suivi de performance, ou encore après un entretien d’évaluation – qu’il y a « quelque chose » qui doit être corrigé. Pour le bien de la personne (ou du groupe) et donc pour celui de l’entreprise – ou pour le bien de l’entreprise et donc celui de la personne (ou du groupe) – on pense alors au coaching. »
Alain : « Je ne vois rien d’outrageant à faire appel à un coach pour identifier la cause d’un souci, puis mettre en place un processus d’accompagnement pour le bien du salarié (ou d’un service) et bien sûr, au final, pour le bénéfice de l’entreprise… Au risque de passer pour un grand naïf, mais c’est plutôt sain comme initiative : tout le monde s’y retrouve. »
Max : « Oui, en effet, il n’y a rien de mal à faire appel à quelqu’un pour accompagner un salarié en transition, dans le doute ou à la traîne, afin que l’entreprise ne soit pas mise en danger et continue d’assurer ses projets. Par contre, là où je ne suis plus d’accord, c’est quand ce quelqu’un est un coach. Car c’est à partir de là où nous entrons dans un domaine sensible, où la dérive guette. »
Alain : « J’avoue que je ne te suis pas : le coaching en entreprise, c’est quand même l’activité N°1 des coachs professionnels, c’est même comme ça qu’ils gagnent leur vie. Pourquoi Parce que cela fonctionne. Ils obtiennent des résultats très souvent enthousiasmants. C’est d’ailleurs la raison qui explique qu’on fasse de plus en plus appel à eux : les entreprises en redemandent, les DRH sont les premiers prescripteurs, les salariés sont généralement satisfaits… Où vois-tu une dérive là-dedans »
Max : « Allons-y par étape, tu veux bien La première chose est de se souvenir à quoi sert un coach, fondamentalement. C’est d’ailleurs très simple : sur la base d’un contrat clarifié ensemble, le coach accompagne son coaché dans un processus d’évolution et de changement qui mènera ce dernier, dans un laps de temps raisonnable, à l’autonomie. Autonomie par rapport à la demande de départ dont le client se sera affranchie, ou qu’il aura dépassée, surmontée, maîtrisée, appréhendée sous un jour nouveau… Tout dépend. Quoi qu’il en soit, le maître mot ici, c’est autonomie. Le but ultime pour un coach, c’est de permettre à son client, via un cheminement riche en échanges et questionnements, de s’affranchir de la demande de départ. »
Alain : « Je suis d’accord. Mais je me fais une réflexion : tu parlais de cette notion de performance à tout crin qui caractérise tant nos sociétés modernes. Nadine et toi y voyez le terreau fertile de certains maux dont le coaching a fait son fonds de commerce. Pourtant, il suffit de consulter les ouvrages traitant du coaching, les sites Internet des différentes écoles, les plaquettes des coachs pour voir à quel point la profession fait de l’efficacité son argumentaire de vente N°1. On est bien ici aussi dans la recherche de performance, n’estce pas »
Max : « En ce qui me concerne, oui. Tu as en grande partie raison. On peut presque parler de « survie commerciale » : on constate un alignement concurrentiel - avec quelques différences - afin d’y insuffler une coloration, un accent sur le style d’accompagnement pour les coachs ou de pédagogie, pour les écoles. »
Nadine : « Le problème pour moi, c’est la performance telle qu’elle œuvre au sein des entreprises et de la société en général. Alors, ne nous voilons pas la face. Évidemment que les entreprises doivent être performantes, faire des résultats, qu’elles sont soumises à un système économique qui les y oblige. Tout dépend évidemment de la définition que l’on donne à ce mot, de ce qu’il y a derrière. On peut le comprendre dans un sens de progression, d’amélioration, mais jusqu’où et à quel prix En ce qui me concerne, j’ai développé une allergie à ce mot ! Je pense à ce que dit De Gaulejac dans « Le coût de l’excellence » où il explique l’origine quasi «religieuse », calviniste, du management à l’américaine qui s’est exporté chez nous (Cf encart ci-dessous) et qui non seulement nous poursuit au boulot, mais aussi dans notre vie personnelle. Il faut être le meilleur, gagner au travail et aussi être performant dans notre vie. Ah, ce « réussir sa vie »… Qu’est-ce que c’est, « réussir sa vie » Les entreprises tentent de capter leurs salariés par l’adhésion, changent leur vocabulaire, parlent elles aussi d’identité, de sens, d’âme et laissent à penser qu’en travaillant pour elles, leurs employés pourront atteindre leur potentiel et finalement se réaliser, tout bonnement ! Et si ça ne marche pas Si un salarié n’est pas performant S’il n’est pas heureux, si les résultats qu’il obtient ne sont pas à la hauteur des objectifs de l’entreprise Si la barre des objectifs est toujours placée plus haut S’il n’en a pas les moyens Ou si ces objectifs sont en contradiction avec ses propres valeurs S’il se sent harcelé, arrivé à son degré de compétence C’est là que les coachs entrent en scène ! Je citerai encore Valérie Brunel dans les « Managers de l’âme » : « Le développement personnel n’est valorisé dans l’entreprise que parce que l’on considère qu’il s’agit du moyen le plus efficace de mobiliser l’individu vers les objectifs de l’entreprise. Si cette théorie trouve une inspiration dans le courant humaniste en psychologie, cet humanisme est mis au service d’un projet d’efficacité en entreprise. (p.89)» (Cf encarts en fin de chapitre)
On voit combien, dans cette démarche, éthique personnelle et travail acharné sont inextricablement mêlés. Réussite professionnelle et salut individuel appartiennent au même registre. Travailler, réussir, être le meilleur, exceller toujours plus dans son travail s’enracinent dans une même démarche visant à conjurer l’angoisse existentielle. L’excellence est alors, dans cette acceptation, l’expression conceptuelle de cette spirale et cette quête indéfinies d’un toujours plus et toujours mieux sur le double registre, étroitement fusionné, de la vie personnelle et de la vie professionnelle (…). Tel est le premier courant fondateur du management par l’excellence. »
Vincent de Gaulejac, Nicole Aubert, « Le coût de l’excellence », Nouvelle édition, Seuil, 2007, p.80
Alain : « Notre modèle économique et sociétal est éreintant et parfois douloureusement injuste, c’est un fait. Mais je ne vois pas ici de quoi remettre en cause la légitimité des coachs à intervenir ! »
Max : « Faut-il rappeler qu’il est possible de coacher après 60 heures de formation spécifique au coaching (cf 1 niveau de certification Internationnal Coaching Federation Niveau ACC) Je le sais bien, puisque je donne moi-même des formations dans ce sens, prenant bien sûr soin de passer au tamis de mon expérience et sous la houlette vigilante d’autres coachs les candidats en lice. Mais ensuite, ils sont lâchés dans la nature… C’est une vraie question dont j’ai fini par mesurer l’importance. Et puis plus globalement, tout est mis en œuvre, par les gens du métier comme par une certaine forme de pression sociétale (mais nous y reviendrons), pour faire du coaching la panacée. Entre succès commercial et éthique, les valeurs profondes du coaching sont mises à mal. Je pense qu’il faut sensibiliser tout un chacun sur les risques de dérives qui minent le métier. »
Nadine : « J’ajouterais que même si le coach est compétent techniquement parlant, et même, surtout s’il est compétent techniquement, cela ne donne aucune garantie sur la position qu’il va prendre par rapport à son client « entreprise » et son client « coaché » ! Je sais qu’il y a les contrats tripartites, une déontologie souvent facialement bien rodée, mais au-delà du bla-bla-bla, que se passe-t-il dans la réalité Quelle est l’éthique des coachs en pratique, de chacun des coachs, dans une situation donnée Il n’y a pas longtemps, j’ai lu dans un article qu’un coach proposait des contrats de coaching en entreprise où l’entreprise payait « au résultat » ! Mes cheveux se sont dressés sur ma tête ! Je serais curieuse de savoir ce qu’il entend par « résultat » et si ce résultat est le même que celui de l’entreprise, et surtout le même que celui qu’attend la personne coachée ! Alors je sais que le résultat, c’est l’atteinte des objectifs ! Et si en cours de coaching, il s’avère que la « réussite » du coaching, c’est la prise de conscience de la part du coaché qu’il ne peut pas être d’accord avec ces objectifs Qu’il désire quitter l’entreprise et mettre pour cela un plan d’action en place Si le coach réalise que la société dans laquelle travaille la personne coachée crée de la souffrance Je repense à un livre sur la rébellion des cadres ; « Quand les cadres se rebellent » de David Courpasson et Jean-Claude Thoenig. Un phénomène de rébellion qui émerge dans l’entreprise alors que, jusque-là, les cadres avaient accepté et digéré les valeurs de l’entreprise. Un jour ils se disent « mais qu’est-ce que je fous là » et ils osent la rébellion, tentent de sortir de « la logique carcérale » de l’entreprise et d’affronter l’hégémonie de la classe dirigeante de leur entreprise. Que fait le coach dans ce cas-là La tentation est grande de continuer à « jouer le jeu » de l’entreprise, vous ne trouvez pas C’est sa réputation et sa réussite financière personnelle qui sont aussi en jeu. Et tout le monde sait que c’est en entreprise que les coachs gagnent leur vie ! Pour reprendre ce que disent les auteurs de « Quand les cadres se rebellent » : « tout pouvoir, quel qu’il soit, doit d’abord chercher à exercer un leadership moral et intellectuel dont découlera ensuite la puissance économique et entrepreneuriale. Il tend à établir les bases d’un consentement qui permet de forger des destins collectifs durables » (p.34). Que se passera-t-il donc quand, dans un coaching, le consentement des cadres n’existera plus, vacillera Et que l’entreprise se sentira en danger Le coach sera-t-il du côté du pouvoir »
Si le coach a le moindre doute sur le bien-fondé de sa mission, de l’objectif poursuivi, son être profond et sa conscience professionnelle doivent lui commander de ne pas y aller. Ou de redéfinir l’objectif.
Alain : « Mais chaque cas est unique ! Comment apporter une réponse générique C’est plutôt sur la façon d’opérer et la méthodologie des coachs qu’il faut se concentrer. C’est à ce niveau qu’il faut redoubler de vigilance. »
Nadine : « Oui, sans oublier leur éthique personnelle, leur conscience politique, leur vision du métier, leur capacité à s’interroger sur leur insertion sociétale, à comprendre à quoi ils participent ! Mais bon, on discutera de ça plus tard, je suppose… »
Max : « Il s’agit de bien différencier le savoir-faire du coach de son savoir-être. Et l’âme du coaching, si elle existe ou peut exister, doit se manifester d’une façon ou d’une autre dans l’être profond du coach. Il y a une incongruence entre le faire et l’être. Profondément, l’essence du coaching se situe pour moi dans l’être. »
Alain : « Qu’entends-tu par l’être du coach »
Nadine : « Que voilà une bonne question ! Je me rends compte qu’à l’heure actuelle, j’associe le coach à des techniques, à son savoir-faire. Et même parfois, à une uniformité dans les techniques, les pratiques. C’est peut-être parce que je suis encore trop jeune dans le métier Du coup, j’en viens à avoir beaucoup de mal à définir ce que pourrait être son « être ». Si je prends les coachs que je connais un par un, je peux pourtant constater ce qui constitue leur essence individuelle, mais il m’est difficile de déterminer ce qui constitue leur essence commune, celle que l’on retrouvera chez tous les coachs. »
Max : « L’être du coach, c’est l’ensemble de ses dispositions de base, de ses qualités et de ses défauts. C’est ce qui est constitutif de sa personnalité, de son « caractère ». Il s’agit entre autres des attitudes, croyances, convictions, intentions qui sous-tendent ses comportements, sa dimension de conscience ou de manque de conscience, sa capacité d’ouverture ou, au contraire, de fermeture… Une seule qualité ou absence de qualité dans notre savoir-être impacte l’ensemble de nos savoir-faire et de nos réalisations. En travaillant en amont au niveau du savoir-être, les résultats sont exponentiels. Tenez, je vais faire un schéma (Max se lève et commence à noircir le paper board. Cf ci-dessous)
Impact d’un repositionnement au niveau du savior-êtreSource : Psychologie Positive©
Alain : « Quel est le risque si un coach ne se soucie pas assez de son être »
Max : « Eh bien c’est alors le danger du formatage qui guette ses clients. Qui menace serait même un verbe plus juste. Car enfin, une formidable technique de coaching et une maîtrise fine des nombreux outils qui rendent ce métier si efficace, utilisées sans suffisamment de discernement et de recul, c’est un coup de canif profond dans le contrat moral qui est censé lier un coach à un coaché. La relation de confiance que le coach tisse avec son coaché devrait avoir infiniment plus de valeur que le coût de la prestation qu’il facture au commanditaire, à l’entreprise. Cette relation de confiance a pour dénominateur commun l’objectif supérieur de « l’autonomie ». Le client y aspire, et le coach est là pour l’y accompagner. Si le coach a le moindre doute sur le bien-fondé de sa mission, de l’objectif poursuivi (forcément conditionné par le commanditaire), son être profond et sa conscience professionnelle doivent lui commander de ne pas y aller. Ou de redéfinir l’objectif. Tout au moins de prendre le temps de la réflexion pour aboutir à une décision en son âme et conscience. »
Alain : « Je comprends ton raisonnement, et on ne peut qu’être d’accord avec toi sur cette honnêteté intellectuelle qui doit guider les choix d’un coach… dans un monde idéal. Mais enfin, un coaching en entreprise, c’est quand même le fruit d’un compromis entre les besoins de performance d’un employeur de la part de ses salariés, et ceux des salariés qui ont tout intérêt à se sentir en phase avec leurs missions, les méthodes, la culture d’entreprise maison. Que le coach s’en accommode, c’est une question de réalisme. Tout le monde joue le jeu, et cela permet d’avancer ! »
Le doute, c’est quelque chose qui caractérise le vivant, le sensible. Il est souffle de vie (…) S’enfermer dans quelques certitudes, appliquer des recettes, s’enivrer du pouvoir que confère le métier, ce serait la fin du coaching.
Max : « Oui. Mais avancer vers quoi Tout se joue là. Dès lors qu’on accepte de baisser la garde face à une demande soudaine moins « écologique » pour l’une des parties, si l’on accepte d’être moins vigilant sur les principes fondateurs du coaching, on s’engouffre au contraire dans la brèche. Et cette brèche, elle mène tout droit vers le formatage des individus, la déresponsabilisation des coachés, précisément là où nous étions censés les mener vers l’autonomie. Ce n’est pas dans un monde idéal qu’il faut se poser ce type de questions, mais bien dans celui-ci. D’autant plus, on l’a vu, qu’il est plus dur, plus intransigeant, et que l’Homme avec un grand H s’y sent plus seul, fragilisé, perdu parfois. Elle est là, l’âme du coaching, et il ne s’agit pas de la vendre. Ce métier et le pouvoir réel qu’il nous confère nous obligent à une vigilance de chaque instant. »
Alain : « Y a-t-il une alternative à cette vigilance constante que tu appelles de tes vœux »
Max : « Je ne la conçois pas. A moins bien sûr que l’on accepte l’idée d’un coaching moins écologique en termes d’éthique et plus souple en matière de ligne de conduite, plaçant la performance au centre de ses critères de réussite. Pourquoi pas C’est d’ailleurs un autre débat qui pourrait être mené. Je remarque que certains courants ont franchi le pas, poussés par une logique économique où la qualité des principes fondateurs doit céder un peu de terrain face aux impératifs de quantité. Cette mutation-là a déjà débuté. »
Alain : « Alors De quoi dépend cette vigilance si essentielle »
Max : « Je ne formulerai pas la question comme cela, mais ta question ouvre une voie intéressante… Disons que la qualité de cette vigilance dépend de notre capacité à douter. Tous les coachs et leurs coachés savent que la phase de doute dans un processus de changement est aussi inconfortable que primordiale. Fondamentalement, le doute est un élément constitutif de l’être du coach. Le doute, c’est quelque chose qui caractérise le vivant, le sensible. Il est souffle de vie, car, littéralement, des destinées dépendent du poids des doutes que peut avoir un coach, et de l’importance qu’il est prêt à leur accorder. S’enfermer dans quelques certitudes, appliquer des recettes, s’enivrer du pouvoir que confère le métier, ce serait la fin du coaching. Même la science se nourrit du doute : grâce à lui, elle avance, se remet en question, émet des hypothèses et repousse plus loin les limites de la connaissance. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », tout le monde connaît cet adage. Il s’applique également très bien au coaching, plus que nous ne pouvons l’imaginer. Il s’agit de ne pas l’oublier à l’époque où le coaching se démocratise, se développe à la vitesse d’une trainée de poudre dans plusieurs strates de nos sociétés. »
Nadine :
