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Epoustouflant ! Du camp de concentration de Lodi en Algérie où, à l'âge de huit ans, il rendait visite à son père incarcéré jusqu'à l'élection présidentielle française. Un parcours hors du commun digne des plus grand films d'aventures : du contre-terrorisme, des complots, des coups d'état, un gouvernement provisoire, des garden-parties élyséennes, un parti politique, la naissance d'un peuple, l'esquisse d'un nouveau monde.
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Seitenzahl: 100
Veröffentlichungsjahr: 2016
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A mon père
-Préface :
Une vie de militant
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Préambule
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Chapitre I :
Les années 1950-1962
-Chapitre II :
Les années 1962-1970
-Chapitre III :
Les années 1970
-Chapitre IV :
Les années 1980
-Chapitre V :
Les années 1990
-Chapitre VI :
Les années 2000
-Constat et Propositions
-Remerciements
Cet ouvrage est consacré à ma vie de militant politique et fait référence à des événements et faits historiques. Il s'agit là d'une sélection d'actions et de combats qui permet d'appréhender la ligne directrice, la motivation, les buts et la finalité de mon engagement.
Ces lignes constituent un témoignage plus qu'un récit et font écho à la situation nationale et internationale.
Au cours de ces décennies de combat, j'ai rencontré, à travers la Méditerranée, des hommes et des femmes animés d'une foi et d'une volonté de participer à la construction d'un monde adapté à leurs origines et à leurs valeurs. Je suis donc persuadé qu'une autre voie politique existe face aux systèmes actuels et convaincu que, aujourd'hui plus qu'hier, elle s'avère vitale et indispensable.
La chronologie des faits énumérés ci-après atteste qu'entre le fanatisme islamique conquérant et la démocratie verrouillée par des systèmes tels que la politique politicienne de connivence, l'information-propagande, l'économie dirigée, les pouvoirs partagés, il existe une troisième voie.
Une histoire, un passé, un vécu, un espoir, une idée, un projet.
L'Algérie en 1954 : un territoire de 2 382 000 km2, français depuis 1830, divisé en trois départements. Sa population totale est évaluée à 9 400 000 habitants dont 1 100 000 Européens. La population musulmane est composée d'Arabes, de Turcs, de Kabyles, de Mozabites, de Chaouis, de Touaregs. Quant à elle, la population européenne est aussi diversifiée : des Italiens, des Espagnols, des Maltais, des Alsaciens, des Grecs, des gens venus des îles de la Méditerranée, des Français de Métropole. Et enfin, des Juifs séfarades présents depuis des siècles.
C'est le Gouverneur général nommé en Conseil des ministres qui exerce le pouvoir exécutif et administratif décidé par la France. Tout comme le Gouverneur général, les hauts fonctionnaires viennent de Métropole, ils ne connaissent ni le pays ni les populations. La gestion politique, sociale, économique de l'Algérie est donc dictée de Paris sans tenir compte des réalités locales. Les choix du développement du pays sont effectués en fonction des intérêts de la France. Il n'existe pas de programme spécifique à l'Algérie. C'est bien là tout le problème.
Mais plus encore, les sociétés nationales, les grandes entreprises publiques ou privées qui sont toutes gérées de France nomment leurs cadres en Métropole et les envoient ensuite en Algérie. Si bien que, dans la grande majorité des situations, les populations locales n'accèdent pas ou très peu à des postes à responsabilités.
Il y a aussi l'Assemblée algérienne élue par deux collèges : le premier comprend tous les Européens et les Juifs de statut civil français, plus des Musulmans en fonction de leur profession, de leur diplôme, de leur mandat électif. Le deuxième collège : la majeure partie des Musulmans. Mais là encore, cette représentation officielle est contrôlée et n'a quasiment aucune influence sur les décisions et options arrêtées par l'État français.
Quand la France arrive en Algérie, de nombreuses populations de la Méditerranée y étaient déjà passées ou installées. Les Espagnols avaient construit Oran, les Maltais et les Siciliens faisaient du commerce. Et encore, les Phéniciens, 800 ans avant Jésus Christ, les Berbères autrefois Numides 300 ans avant Jésus Christ, les Romains depuis 2 000 ans.
Il existait donc une histoire et un passé de l'Algérie qui en faisaient une terre de multiples cultures.
Les guerres de 14-18 et 39-45, auxquelles toutes les composantes du pays intégrées dans l'armée d'Afrique avaient participé sous un même drapeau, le drapeau tricolore, avaient contribué à créer une unité.
A la fin de ces deux guerres, tous ces soldats, de retour chez eux, étaient convaincus qu'ils appartenaient à une seule et même patrie, la France. Mais la France n'était pas l'Algérie.
En 1954 donc, le destin de l'Algérie se dessine et se décide à Paris loin des intérêts des populations locales et du futur de cette terre.
Alors, une étincelle suffirait pour allumer le feu. Elle est venue des uns, ceux qui, Musulmans revenus de la guerre, n'étaient toujours pas français. Mais elle serait venue fatalement un peu plus tard des autres, ceux de la génération montante des petits blancs et des étudiants qui fréquentaient les brasseries comme « La Cafétéria » ou « L'Otomatic » à Alger et qui commençaient à réfléchir à leur avenir sur leur terre.
On le verra peu après dans les projets des défenseurs de l'Algérie française, selon qu'ils regardaient vers Paris ou vers Alger.
On le verra, plus tard, à l'indépendance de l'Algérie, en France : avec ceux qui vont se considérer comme des Français rapatriés d'Algérie et les autres, comme des Pieds-Noirs d'Algérie.
C'est le combat, en quelques épisodes, désormais entré dans l'Histoire, de cette deuxième catégorie, les Pieds-Noirs d'Algérie, qui est relaté dans cet ouvrage, pour son droit légitime à une identité et à une poignée de terre.
Schembri-Schembré: les familles Schembri originaires de l'île de Malte sont implantées en Algérie depuis les années 1835-1850. Mon grand-père avait 6 frères et sœurs. C'est sur son livret militaire, seul document officiel à l'époque, que le i est devenu é. Mon nom est donc Schembré.
Notre famille habitait Alger centre, près de la préfecture, à deux pas de la grande poste et de la rue d'Isly. Mon grand-père tenait une droguerie rue de Tanger. Mes parents avaient une petite entreprise de fabrication de produits en plastique et étaient importateurs de la marque Gilac pour l'Afrique du Nord. Leur affaire était voisine du bar « le Forum » de Jo Ortiz et toute proche du forum, le GG « Gouvernement général ».
Notre univers : les réunions de famille, le sport, la plage et la chasse. Rien d'autre !
Nos rituels : le cabanon de Maître Génella, un proche de la famille, à Surcouf durant l'été et l'hiver à Cherchell, dans le chalet sur 550 hectares de chasse loué à un riche propriétaire arabe (page →).
Surcouf, un tout petit village à 30 km d'Alger et quelques cabanons sur la plage ; l'île de Réghaïa en face. Splendide ! Des oursins, du poisson pêché à tous les repas. Et tout ça en famille ou avec des amis. Lorsqu'il y avait trop de prises, des gros mérous de 10 à 15 kg restaient accrochés vivants à un hameçon à 5 mètres de la plage. Un autre monde ! Et nous nous amusions à les approcher avec un masque.
L'hiver, c'était la chasse. Principalement à Cherchell situé à 100 km d'Alger. Un chalet rudimentaire couvert de tôles à proximité d'une rivière et en pleine campagne. Rien autour à des kilomètres à la ronde. Avec ma sœur, on se baignait dans la rivière au milieu des poissons et des vipères.
Une fois, nous étions à table dehors, un lapin s'est aventuré aux abords du chalet, mon père a saisi son fusil et l'a abattu.
La vie était simple. Entre la mer et le soleil. Nul autre besoin.
Le bonheur, c'était ça.
Mais, tout allait s'accélérer. Les attentats qui avaient lieu depuis la fin 54 commençaient à toucher les villes. Plus rien n'allait être comme avant.
Mon père, très inquiet quant à l'avenir de l'Algérie, réunit quelques amis. Il leur propose de partir en Australie. Comme chacun a sa famille, ses affaires, son travail, l'unanimité ne s'est pas faite autour de ce projet.
Petits industriels sous l'enseigne de « Plastex », mes parents décidèrent de défendre leur affaire, leur famille, leurs biens. Et dès le début de l'année 1955, mon père s'engagea avec Jo Ortiz à l'Union de Défense des Commerçants et Artisans de Pierre Poujade. Puis très rapidement, il s'engagea pour la défense de l'Algérie française et commença à enrôler les militants poujadistes dans ce nouveau combat.
Rapidement, Jo Ortiz préféra opter pour la création d'un mouvement politique et indépendant. Le comité directeur de l'UDCA (Union de Défense des Commerçants et Artisans) était composé de Roger Goutailler, le Docteur Lefèvre, Jo Ortiz, Maître Maurice Baille, Fernand Schembré. Mon père devint avec Roger Goutailler un des responsables en Algérie de l'UDCA, puis de l'Union Fraternité Française qui compta plusieurs dizaines de députés. Il se déplaça souvent en France pour
participer à des meetings et congrès en compagnie notamment de Pierre Lagaillarde et du Docteur Bernard Lefèvre.
A la période où les listes de l'UDCA, devenue l'Union Fraternité Française, participaient aux élections nationales et locales, mon père fut élu conseiller municipal à Bab-el-Oued, quartier populaire d'Alger.
Les attentats du FLN dans les grandes villes redoublaient, faisant de nombreuses victimes civiles.
Alors, le contre-terrorisme commença à prendre forme. Les Européens s'organisèrent pour manifester et, certains, pour poser des bombes. Certains soirs, on se retrouvait à l'imprimerie de Roger Evrard dans le quartier du Champ de manœuvres pour tirer à la ronéo des tracts et des journaux qui seront ensuite distribués dans la ville et les communes environnantes.
Un soir, nous sommes en voiture et nous nous dirigeons vers la grande poste. Près du square Bresson, une patrouille contrôle et fouille toutes les voitures. En attendant notre tour, mon père me demande de mettre une grenade sous ma casquette. Les militaires inspectent la voiture et ses occupants. Tout va bien ! Nous rentrons paisiblement et satisfaits chez nous.
Un autre jour, craignant une nouvelle perquisition à notre domicile, mon père me demande de transporter les armes entreposées sous le toit de notre immeuble jusqu'à l'appartement de ma grand-mère, situé à 500 mètres, au 39 rue d'Isly.
Je vais donc effectuer plusieurs trajets en plein centre-ville, une fois avec des fusils et carabines dans des étuis pour cannes à pêche, une autre fois avec les armes de poing et revolvers dans des sacs de plage.
Bien sûr, tous ceux qui allaient s'opposer à la politique du gouvernement français et aux terroristes du FLN étaient considérés comme des ultras. C'était leur appellation, et mon père en faisait partie.
Une perquisition à notre domicile rue Alfred Lelluch à Alger et son arrestation attestaient de la détermination des autorités à combattre et à neutraliser tous ceux qui avaient décidé de se battre pour l'Algérie française.
Les jeux étaient faits dès 1956. Immédiatement, mon père fut mis au secret. Ma mère n'avait plus de nouvelles. Elle contacta des amis de mon père qui officiaient dans les services de police. En effet, mon père était un ancien officier du contre-espionnage en Algérie. Il avait démissionné de la police en 1947 après avoir tenté de frapper un supérieur.
Ma mère fut donc informée dès le premier jour que mon père était en fait dans une cellule au commissariat central avenue Baudin. Je l'accompagnai sur place. Elle demanda à voir son mari en précisant qu'elle savait qu'il se trouvait dans les locaux. On attendit des heures dehors. Le soir venu, un policier vint nous chercher et on se retrouva en face du commissaire principal de la ville d'Alger, monsieur Podevin. Il nous indiqua qu'il était impossible de voir mon père et devant mon état désespéré, en crise de larmes, il me dit : « ne pleure pas petit, tu le reverras ton père ! ».
J'apprendrai cinquante ans après, à la lecture du livre du commissaire Delarue, que monsieur Podevin coordonnait les actions des officiers de police chargés de la lutte depuis 1955 contre les ultras de l'Algérie française. Ils iront jusqu'à manipuler une taupe au plus haut niveau de la direction de l'OAS.
Les jours suivants, plus aucune nouvelle. Ma mère apprit que mon père était dans le camp militaire de Beni-Messous sur les hauteurs d'Alger. Alors, nous nous rendîmes sur les lieux, mais personne n'était informé. Ma mère décida de tourner autour du camp militaire en espérant l'apercevoir. Au bout de plusieurs heures d'attente et de recherche, on le vit faire sa promenade accompagné d'un CRS en armes.
