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Bernard Chabbal propose de changer le système scolaire français en profondeur pour le rendre plus efficace et plus humain.
La délivrance de diplômes ne doit pas être le seul objectif du système éducatif dont la mission essentielle est de former des individus épanouis, capables de vivre en harmonie avec les autres et de relever le défi de l’urgence climatique. C’est cette conviction que Bernard Chabbal défend dans ce livre.
Partant de son expérience de proviseur et d’inspecteur dans l’enseignement agricole, il analyse les faiblesses d’un système scolaire qui écarte des élèves de la réussite, donne à beaucoup l’illusion du succès et reste perméable aux incivilités.
Cet ouvrage propose de mettre en œuvre des mesures concrètes pour une école repensée, capable d’enseigner à vivre aujourd’hui et de donner du sens à l’avenir des jeunes.
Des pistes de réflexion pour une école qui favorise la réussite des élèves vous sont proposées dans ces pages. À approfondir ensemble !
EXTRAIT
"Non, l’école n’était pas mieux avant, mais nous avons « l’ardente obligation » de la rendre meilleure demain.
Prenant appui sur mon expérience en tant que chef d’établissement dans l’enseignement agricole public, et mes souvenirs de parent d’élève et plus lointains d’élève, je forme l’hypothèse que l’établissement d’enseignement, en tant que système, est porteur d’une richesse inexploitée pour améliorer les résultats de l’école. [...]
Ce livre plaide pour le décloisonnement des matières enseignées et son corollaire, le développement de l’interdisciplinarité avec une ouverture sur les problématiques sociales et environnementales.
Caractériser un professeur par la discipline qu’il enseigne ne reflète que partiellement la complexité de son métier. Celui-ci se compose d’une multitude de fonctions sous-tendues par autant de compétences à mobiliser. Ne faudrait-il pas imaginer des parcours professionnels qui valoriseraient des expertises sans forcément se traduire par un face-à-face avec une classe ?
Il propose des mesures pour, sur le plan collectif, renforcer la formation à la citoyenneté et au travail en équipe et, sur le plan individuel, permettre à chaque élève de trouver une voie compatible avec ses capacités et ses talents, sans être assujetti à un dispositif d’orientation algorithmique de type Parcoursup.
Ce faisant, il ouvre une réflexion sur des questions d’actualité qui se posent à l’école comme la mixité, la violence, le harcèlement… Mais aussi la méfiance grandissante des parents vis-à-vis de l’enseignement public."
À PROPOS DE L'AUTEUR
Cadre du ministère de l’agriculture,
Bernard Chabbal a exercé des fonctions de chef de service en directions départementales et a participé au développement de la formation continue. Formateur en management et consultant interne diplômé du CNAM, il a conduit différentes missions de conseil en France et à l’Etranger. Il a ensuite intégré l’enseignement agricole en tant que directeur d’établissement public, puis en qualité d’inspecteur.
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Seitenzahl: 155
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Bernard CHABBAL
Repenser l’École
Réflexions et Propositions
Essai
Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN papier : 978-2-490522-75-0ISBN Numérique : 978-2-490522-76-7Dépôt légal : Janvier 2020
© Libre2Lire, 2020
Naître à Annonay, ville industrielle du nord de l’Ardèche, au moment du baby boum qui a suivi la fin de la dernière guerre mondiale, peut être perçu comme un privilège. L’essor des trente glorieuses constituait une garantie contre le chômage. Certes, on vivait chichement dans les milieux ouvriers et le travail était rude. Les conditions de vie restaient difficiles dans des quartiers rendus insalubres par les mégisseries et les papeteries qui surexploitaient les rivières. L’hygiène des habitats restait sommaire et de nombreuses familles attendaient avec impatience la possibilité d’aller vivre dans les HLM qui s’érigeaient dans la première couronne du centre-ville. Le spectre des privations provoquées par la guerre s’éloignait malgré les fins de mois difficiles et les rigueurs des saisons, notamment l’hiver. Toutefois, on avait la certitude que les progrès de la médecine éradiqueraient les maladies qui continuaient à sévir et à frapper les plus fragiles. Comment ne pas évoquer le souvenir d’une camarade de classe emportée par la diphtérie et l’image du médecin qui m’a permis de survire à cette terrible maladie ? Comment oublier que la poliomyélite est à l’origine du handicap d’un de mes amis d’enfance qui marche avec peine ? Les soubresauts des dernières guerres coloniales apportaient aussi leurs lots de malheurs. L’attractivité de la ville amorçait l’exode rural, souvent au prix de déchirements familiaux. Malgré ces drames individuels, un regain d’optimisme touchait toutes les strates de la population. Le développement des transports routiers commençait à modifier les modes de vie et l’industrie des autocars contribuait au développement de la ville et au bien-être de ses habitants.
On avait foi en un avenir qui ne pouvait qu’améliorer le quotidien avec la conviction que le progrès scientifique rendrait les hommes plus sages et le monde meilleur.
Le système éducatif était confronté à des défis d’importance : accueillir un nombre croissant d’élèves et les préparer à des études plus longues. Ce dernier objectif, quoique purement quantitatif, servait aussi la volonté d’augmenter le niveau de qualification de l’ensemble de la population pour accompagner le développement économique.
Le certificat d’études n’ouvrait plus obligatoirement la porte de la vie professionnelle et nombreux étaient ceux qui continuaient leurs études jusqu’au BEPC et au-delà.
Beaucoup de parents, qui avaient dû interrompre prématurément leur scolarité pour gagner leur vie et alléger ainsi la charge financière de leur famille, encourageaient leurs enfants à travailler à l’école. L’idée d’une revanche par procuration et l’assurance que leur progéniture bénéficierait d’un sort meilleur devenaient des certitudes.
Les familles faisaient confiance à l’école et le métier d’enseignant suscitait des vocations ou offrait des perspectives de mieux être. Les écoles normales recrutaient des jeunes gens d’origine modeste sous la recommandation d’enseignants qui y voyaient un moyen privilégié de lutte contre le déterminisme social. Pour les jeunes filles, c’était un des rares moyens d’embrasser une carrière professionnelle dans un contexte où la condition féminine restait précaire et le travail des femmes subsidiaire par rapport à celui de leur mari.
Michel Serres a démontré que la vie n’était pas meilleure avant1. En se penchant sur l’évolution de l’école, on peut faire le même constat. C’était plus simple avant. Les connaissances étaient moins nombreuses et leurs interrelations moins complexes. Les disciplines restaient relativement stables et leurs frontières bien maîtrisées. La parole du maître était incontestable et, dans certains cas, les punitions corporelles venaient à la rescousse pour le rappeler. Le professeur détenait le pouvoir et son rôle consistait à transmettre un contenu et civiliser les apprenants.
Une anecdote vécue en tant qu’élève m’a particulièrement frappé en classe de sixième. Connaissez-vous « le vent », le remarquable poème d’Émile Verhaeren2 ?
« … voici le vent, Le vent sauvage de novembre… »
Être appelé au tableau par la professeure de français pour réciter une poésie apprise par cœur, mais énoncée sans âme, en fixant le bout de mes chaussures pour leur ordonner d’être prêtes à fuir, constituait une épreuve en tant que telle pour un élève introverti. Si la connaissance du poème était irréprochable, je m’attendais à une critique acerbe sur la manière de réciter. Il n’en fut rien ! L’ouragan a bien eu lieu tant la colère de l’enseignante était vive. J’aurais aimé que le vent m’emporte le plus loin possible même si le reproche s’adressait à toute la classe. C’était notre accent du nord de l’Ardèche qui était fautif, car il transformait le vent du poète en boisson alcoolisée ! Accablé par la révélation de cette tare, je suis retourné à ma place avec la ferme résolution de ne plus m’exprimer en classe et notamment en cours de français.
L’instruction se souciait peu de la personnalité de l’élève qui était sommé d’entrer dans le moule, quelles que soient ses difficultés pour apprendre. Ne pas y arriver était alors l’incontestable signe d’une évidente mauvaise volonté. La normalisation était en route et la singularité des talents individuels n’avait pas à s’exprimer.
C’est sans doute dans le domaine pédagogique que les progrès les plus significatifs ont été réalisés grâce à la curiosité de nombreux enseignants pour l’innovation pédagogique et l’arrivée de jeunes collègues formés à de nouveaux modèles éducatifs irrigués par la recherche dans les sciences de l’éducation et, désormais, des neurosciences.
L’enseignant travaillait seul. J’ai dû attendre la classe de terminale pour rencontrer de jeunes professeurs qui travaillaient en équipe et dont l’implication a permis à toute la classe de réussir le baccalauréat. C’était suffisamment rare, au début des années soixante-dix, pour justifier que depuis, tous les ans, élèves et enseignants de cette classe-là se réunissent pour commémorer une situation innovante sur le plan éducatif et enrichissante sur le plan humain.
Les établissements se concentraient sur la gestion des flux d’élèves dans une approche essentiellement quantitative en vue de réguler les effectifs des différentes filières. Les fiches de renseignements, remplies au début de l’année, étaient alors l’outil privilégié de l’orientation scolaire et de la notation, la rubrique « Profession des parents » revêtant une importance souvent décisive.
Non, l’école n’était pas mieux avant, mais nous avons « l’ardente obligation » de la rendre meilleure demain.
Prenant appui sur mon expérience en tant que chef d’établissement dans l’enseignement agricole public, et mes souvenirs de parent d’élève et plus lointains d’élève, je forme l’hypothèse que l’établissement d’enseignement, en tant que système, est porteur d’une richesse inexploitée pour améliorer les résultats de l’école.
Le face-à-face pédagogique reste essentiel, notamment à l’école primaire et au collège, mais il ne suffit plus pour répondre aux défis de notre société.
Mes propositions consistent à actualiser l’organisation de l’enseignement en France au niveau de l’établissement en lui conférant plus de poids et en renforçant la décentralisation des moyens.
Il s’agit de promouvoir une organisation « apprenante » capable de mobiliser l’ensemble des ressources disponibles en vue d’optimiser la combinaison des lieux et des facteurs d’éducation.
Dans cette approche, la salle de classe s’insère dans un système plus large, dont les éléments sont en interaction.
Ce changement de paradigme doit s’accompagner d’une révision des modalités d’évaluation des enseignants et des élèves de façon à ce que ces derniers bénéficient d’un service public de l’orientation rénové et moins sensible aux discriminations sociales ou de genre.
Ce livre plaide pour le décloisonnement des matières enseignées et son corollaire, le développement de l’interdisciplinarité avec une ouverture sur les problématiques sociales et environnementales. Caractériser un professeur par la discipline qu’il enseigne ne reflète que partiellement la complexité de son métier. Celui-ci se compose d’une multitude de fonctions sous-tendues par autant de compétences à mobiliser. Ne faudrait-il pas imaginer des parcours professionnels qui valoriseraient des expertises sans forcément se traduire par un face-à-face avec une classe ?
Il propose des mesures pour, sur le plan collectif, renforcer la formation à la citoyenneté et au travail en équipe et, sur le plan individuel, permettre à chaque élève de trouver une voie compatible avec ses capacités et ses talents, sans être assujetti à un dispositif d’orientation algorithmique de type Parcoursup.
Ce faisant, il ouvre une réflexion sur des questions d’actualité qui se posent à l’école comme la mixité, la violence, le harcèlement… Mais aussi la méfiance grandissante des parents vis-à-vis de l’enseignement public.
L’école française, du collège au lycée, repose sur des piliers qui, quelles que soient les politiques mises en place, restent intangibles : un dispositif piloté par un ministre et qui se ramifie sur l’ensemble du territoire national. Un diplôme qui reçoit toutes les attentions, le baccalauréat. Un modèle de transmission des savoirs qui repose sur le trépied, un enseignant, une matière, une classe.
À chaque rentrée scolaire, tout est organisé pour que ces éléments se combinent harmonieusement et il faut bien reconnaître que l’ensemble arrive à fonctionner, malgré sa lourdeur, grâce à l’investissement des personnels de l’Éducation nationale et à des ajustements de dernière minute.
Le système fonctionne, mais il est poussif. Il consomme beaucoup d’énergie et obtient de piètres résultats. La France reste mal classée dans le tableau des enquêtes internationales portant sur l’efficacité de son système éducatif. Si certains doutent de la pertinence de ces publications, il suffit d’observer ce qui se passe dans les établissements pour constater que de nombreux dysfonctionnements s’ajoutent au peu d’efficacité du système : une faible mixité sociale, la montée de la violence, les effets de la consommation de produits addictifs, drogue ou alcool, les orientations subies et exagérément sexuées, l’absentéisme, chez les élèves comme chez les enseignants, les difficultés d’intégration des élèves en situation de handicap… Tous les collèges et lycées souffrent à des degrés divers de ces maux, peu nombreux sont ceux qui y échappent totalement.
Chaque fois qu’un fait divers reflète un problème de société, on se tourne vers l’école pour souligner son incapacité à améliorer les situations, comme celles produites par des comportements à risque ou génératrices de dégradation du lien social. Il est vrai que l’école est perméable aux excès de la société. Mais a-t-elle été un jour épargnée par les incivilités ? Le harcèlement scolaire, la violence, le sexisme, le rejet de la différence… Tous les maux qui polluent la vie des enfants ne datent pas d’aujourd’hui. La différence c’est qu’ils étaient tus et que, maintenant, ils sont révélés, amplifiés et rendus plus saillants par les réseaux sociaux qui les véhiculent et souvent les inspirent. Force est de constater que cette dégradation gêne le fonctionnement normal des établissements et perturbe, non seulement la scolarité, mais aussi le développement de nombreux élèves. Si la mission de l’école consiste à transmettre du savoir, les conditions de sa réalisation s’inscrivent avec acuité dans les préoccupations de la communauté éducative.
Elles ne sauraient toutefois, à elles seules, expliquer le manque d’efficacité du système éducatif français qui est régulièrement mis en lumière par les tests d’évaluation internationaux. En résumé, la vie de nombreux élèves se dégrade et leurs résultats sont médiocres.
L’objectif de conduire 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat fut popularisé par Jean-Pierre Chevènement et inscrit dans la loi d’orientation portée par Lionel Jospin en 19893. Cette loi est porteuse de plusieurs malentendus. Elle a érigé le baccalauréat en mètre-étalon de la réussite du système scolaire français. À la notion de niveau du baccalauréat, essentiellement qualitative, s’est substitué le nombre de bacheliers, élément purement quantitatif. Il devient alors facile à l’Éducation nationale de péréquer les résultats pour atteindre le taux de réussite requis, sans se soucier de vérifier la qualité de son contenu. Plus inquiétant, le sort des 20 % qui n’y arrivent pas n’est guère évoqué alors que le législateur prévoyait : « La Nation se fixe comme objectif de conduire d’ici dix ans l’ensemble d’une classe d’âge au minimum au niveau du certificat d’aptitude professionnelle ou du brevet d’études professionnelles et 80 % au niveau du baccalauréat. ». Le mot d’ordre « passe ton bac d’abord » devient « réussis le bac, et on verra après ». Le bac fait l’objet de toutes les stratégies et de nombreux calculs de la part des parents, comme des élèves. On invente des parcours, on sélectionne les établissements, on choisit les matières les plus rentables en nombre de points et on délaisse les autres, aussi formatrices soient-elles, pour peser sur la note finale. L’institution encourage ces comportements en investissant massivement dans l’organisation de l’examen et en amputant une bonne partie de l’année scolaire pour la tenue des épreuves, y compris pour les élèves qui ne sont pas en terminale. À marche forcée, de nombreux élèves écartent les autres niveaux de qualification pour y accéder. L’ayant obtenu ils se trouvent confrontés à une autre mystification, le baccalauréat, premier diplôme de l’enseignement supérieur et porte d’accès à des études générales plus longues, ouvre le droit à poursuivre ses études dans la filière de son choix. L’équation qui prévaut est la suivante : j’ai le bac donc j’ai le niveau pour poursuivre les études de mon choix, quels que soient par ailleurs mes aptitudes et les débouchés de la filière considérée. Les étudiants sont soumis à un double péril. L’échec dans les études pour les uns et, pour ceux qui réussissent, une orientation plus affective que rationnelle, avec une faible corrélation avec leurs potentiels et les réels besoins de la société. Ce dernier aspect souligne un autre paradoxe. La loi d’orientation place « l’élève au centre du système éducatif ». C’est une bonne chose dans un cadre purement pédagogique. Il est en effet nécessaire de prendre en compte les spécificités individuelles pour améliorer les processus d’apprentissage. Par contre, ce mot d’ordre s’avère catastrophique s’il se résume à encourager les comportements individualistes et les stratégies de différenciation qui visent à éliminer les autres pour réussir, comme on le reproduira ensuite dans la vie professionnelle. L’école ne peut faire abstraction du contexte socio-économique dans lequel elle baigne. Les faits de société, précédemment évoqués, sont là pour le rappeler. Il y a une porosité entre l’école et son milieu. Ne nous trompons pas, elle joue dans les deux sens. Si le milieu scolaire est influencé par les incivilités des adultes, c’est aussi l’école qui a préparé les excès de ces derniers.
Au lieu de subir cette situation, comme c’est le cas actuellement, il faut donner aux élèves les ressources intellectuelles pour mieux la gérer, individuellement et collectivement, et les préparer à peser, lorsqu’ils seront adultes, sur le destin commun. En cela, l’école ne doit plus ni accueillir ni façonner des consommateurs, elle doit avoir pour ambition de former des citoyens respectueux de leur environnement et en capacité de le faire évoluer dans un sens profitable à tous. Cette formation passe par un épanouissement personnel en interaction avec les autres, quels qu’ils soient, sans aucune discrimination. Placer l’élève dans une position centrale s’avère utopique et dangereux. C’est oublier l’altérité dans les processus d’apprentissage et les règles du vivre ensemble. C’est aussi développer chez les futurs adultes l’égocentrisme qui donne des droits, mais surtout pas d’obligations. Autrefois, l’école était l’unique lieu de transmission du savoir. Aujourd’hui, elle est concurrencée par des informations, originaires de sources variées, dont ni la véracité, ni les intentions de leurs auteurs, ni leur connaissance de ce qu’ils avancent ne sont vérifiées. C’est ainsi que la parole du premier internaute venu qui s’empare d’un sujet a la même valeur et la même portée que celle du spécialiste de la question qui aura passé plusieurs années à l’étudier. Mais pourquoi faire l’effort d’apprendre quand il est si simple d’attendre ou d’épouser des thèses aux fondements douteux, mais considérées comme établies car diffusées sur les réseaux sociaux ?
Le regard sur l’école d’aujourd’hui qui va être porté dans ce qui suit, est incomplet. Il réserve, notamment, une place modeste aux écoles du premier degré 4.
Ce livre n’a pas l’ambition d’apporter des solutions aux défis que doit relever le système scolaire. Il propose des pistes de réflexion à ouvrir, ou à approfondir, en concertation avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative et au-delà, des forces vives de la nation.
Supprimer des totems permet de mieux voir l’horizon. Dans l’Éducation nationale, il y en a trois qui ôtent toute perspective : le baccalauréat, la centralisation du système, le contraste entre la place exorbitante de la notation des élèves et la quasi-absence d’évaluation des enseignants.
La première partie portera un regard sur l’enseignement agricole.
La deuxième partie s’attachera à faire le lien entre évaluation et orientation.
La troisième partie tentera de dégager des marges de progrès dans l’organisation et le pilotage de proximité dans les établissements, tout en pointant des résistances au changement.
Une quatrième partie dégagera un modèle d’analyse pour mettre en synergie les programmes des différentes disciplines enseignées.
Les cinquième et sixième parties s’attacheront à repositionner les acteurs de la communauté éducative.
La septième partie traitera du « vivre ensemble » à l’école.
La huitième partie explorera les autres lieux éducatifs d’un établissement.
La dernière partie évoquera des pistes de ressources.
Après un parcours professionnel diversifié, j’ai intégré, à cinquante ans, l’équipe de direction d’un établissement d’enseignement agricole5. L’élaboration et la mise en œuvre d’un projet d’établissement ont permis de valoriser les nombreux atouts d’un enseignement original qui, basé sur la pédagogie de la réussite et la restauration de la confiance en soi, contribue à l’insertion scolaire, sociale et professionnelle de ses élèves.
L’enseignement agricole est une composante à part entière du service public d’éducation et de formation, aux côtés et en collaboration avec l’Éducation nationale. Depuis les années soixante, il a profondément changé son organisation et développé un modèle pédagogique innovant qui mobilise chez les élèves une intelligence de la complexité et de l’action. Il privilégie une transversalité des connaissances en abordant les problèmes dans leur globalité et de façon pluridisciplinaire. Son approche finalisée et concrète des savoirs et la qualité de son accueil offrent, à des élèves en délicatesse avec le système scolaire, la possibilité de poursuivre leurs études.
Les objectifs de formation de l’enseignement agricole, qui étaient initialement limités à la formation aux métiers de l’agriculture et de la forêt, se sont progressivement élargis aux métiers de la transformation des produits agricoles et tendent aujourd’hui à viser tous ceux de l’économie agricole et rurale, de la nature et des territoires. Par exemple, en classe de seconde, un module pluridisciplinaire a pour objectif d’initier les élèves à l’écocitoyenneté et à une approche du territoire en lien avec le milieu agricole6.
Le code rural7, assigne 5 missions aux établissements d’enseignement agricole 8:
1° Ils assurent une formation générale, technologique et professionnelle initiale et continue ;
2° Ils participent à l’animation et au développement des territoires ;
