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Prenez pleinement conscience des étapes essentielles de votre vie et de vos ressources pour les appréhender !
Notre vie est constituée d'étapes essentielles qui forment, comme dans un bouton de rose, des couches successives. Ces pétales ne sont pas seulement des pics de croissance physique et psychologique, ils sont aussi des opportunités de croissance morale et spirituelle.
Or, de notre conception à notre mort, en passant par les différentes étapes de l'enfance, de l'adolescence et de la vie d'adulte, nous pouvons vivre des traumatismes qui marqueront notre être comme autant d'empêchements à notre développement profond. Dans un style sobre, synthétique et abordable, l'auteur nous donne les clés de lecture des principales blessures affectives qui peuvent découler des accidents de la vie.
Oui, il y a des trésors cachés en chaque personne, et ce livre aidera toute personne blessée à guérir comme il offrira un secours à ceux qui les accompagnent. Dieu peut tout par son Amour.
Ce livre de développement personnel, spirituel et psychologique aborde les différentes clés qui permettent à chacun de mieux surmonter, étape par étape, les traumatismes et les chocs affectifs, afin de faciliter la guérison et vivre mieux.
EXTRAIT
Il semble que la nature prédispose toute personne à certaines vertus qui sont comme les points d’équilibre de ses potentialités. Par exemple, l’altruisme pourrait être la médiane entre une force de sortie de soi et une autre de repli, la « sagesse5 », la moyenne entre un regard trop optimiste et une vision pessimiste voire cynique de la réalité, et le courage serait le point d’équilibre entre une dangereuse témérité et une honteuse lâcheté.
Pour Erikson, la maturité arrive en son temps propre. Elle est rarement le terme de violents efforts. On voit combien cette idée est cohérente avec l’image de la fleur où chacun des pétales s’ouvre à son tour naturellement, presque sans effort.
Il est important de noter au début de notre exposé qu’« Erikson envisage sa propre théorie du développement comme “seulement un outil qui aide à penser” et il met en garde pour qu’on n’en fasse pas une “ordonnance à suivre”6 ». Nous situant sur cette même ligne, nous n’aurons pas la prétention d’épuiser la densité d’une vie humaine toujours plus complexe que tout ce qu’on pourra en dire, car plongeant ses racines dans l’invisible et donc dans l’indicible. Ce que nous allons dire a seulement la prétention de donner quelques pistes de réflexion au lecteur sur son dynamisme de croissance, sur les difficultés qui peuvent l’entraver et sur la grâce qui triomphe toujours de ces obstacles souvent liés à notre péché et à celui des autres.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Le père
Alain Ransay est prêtre du diocèse de la Martinique. Il est délégué de l'évêque à l'éducation et aumônier des équipes enseignantes.
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Seitenzahl: 162
Veröffentlichungsjahr: 2019
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L’ouvrage du père Alain Ransay est une œuvre majeure. Il nous parvient comme un fruit de la maturité spirituelle de ce prêtre et pasteur qui a pris le temps d’étudier l’âme humaine en profondeur et avec un esprit scientifique, justement parce que, depuis de nombreuses années, il sert cette âme comme accompagnateur spirituel et curé ‒ étymologiquement celui qui « prend soin des âmes » ‒, suivant l’appel du Seigneur à travers d’innombrables rencontres et un ministère extrêmement riche et fécond, en Martinique et au-delà.
Le regard du père Ransay sur l’homme est celui d’un prêtre. Pour comprendre cet enseignement, pour en saisir toute la richesse et en bénéficier au mieux, il faut accepter, croyant comme non-croyant, de se laisser scruter par ce prêtre. Ceux qui le connaissent n’auront pas de difficultés à accueillir sur eux ces grands yeux enthousiastes et remplis d’une tendresse qui rayonne sur un visage accueillant. C’est ce regard-là qu’il faut tout d’abord accepter.
En effet, le prêtre n’est pas un expert comme peuvent l’être un médecin ou un psychologue, c’est un père. Sa compréhension des hommes et des femmes ne remplace pas celle du spécialiste, elle s’appuie au contraire sur elle pour en faire une synthèse dans l’amour et ainsi la dépasser ; car le prêtre a un point de vue intégral sur la personne, il envisage son passé et son futur dans l’espérance, son origine et sa destinée en Dieu, son présent blessé et pécheur à la lumière de la miséricorde, sa santé et ses états d’âme avec compassion, ses relations et ses doutes dans la lumière de la foi… Le prêtre, quand il prend la peine d’être tout entier au ministère que lui a conféré le Père, ne connaît pas seulement une partie de l’être humain. Il le respecte infiniment, puisqu’il sait que chaque personne reste toujours un mystère, en grande partie invisible à ses yeux et à elle-même. Pourtant, son regard atteint tout l’être. En un mot, le prêtre reçoit le charisme de porter sur les hommes le regard même de Dieu, un regard qui voit tout, qui espère tout, qui pardonne tout, et qui aime.
Ce regard, en ce XXIe siècle, est une œuvre de salut public, et pas seulement pour les catholiques. Les hommes sont accablés du malheur de leur siècle mais aussi de ceux des siècles passés. Et ils sont nombreux, terrifiants, terrorisants. Les psychologues et les études scientifiques ont aujourd’hui démontré les dégâts spirituels de ce que l’Église appelle depuis toujours le mystère de l’iniquité, un mal qui se répand toujours et partout. Rien d’humain ne semble pouvoir l’arrêter, pas plus que le progrès social, technique, scientifique ou économique qui n’a fait que le rendre plus terrifiant. Les générations présentes disposent pourtant matériellement de tout ce qui aurait nourri les rêves les plus fous de leurs grands-parents. Mais voilà, comme l’affirme le Concile Vatican II, c’est l’esprit de l’homme qui est malade. Alors les générations d’aujourd’hui se trouvent infiniment plus tristes et désemparées, avec le sentiment d’être quelque part maudites. Si le progrès ne nous a pas apporté le bonheur, qui nous le donnera ? Vers qui aller ?
Les peuples antillais, marqués comme d’autres par une histoire terrible, voient s’éveiller plus que jamais des douleurs profondes et des blessures sans nombre, comme l’éclatement des familles, les violences ou les pratiques magiques dont la société hédoniste occidentale ne fait qu’aggraver les conséquences.
Le propos du père Alain Ransay est donc ici et maintenant plus que bienvenu. Sa participation au Renouveau charismatique qui a touché, à partir des années 1980, des dizaines de milliers d’individus aux Antilles et dont il oublie modestement de dire qu’il fut l’un des principaux acteurs, son tropisme paternel dont ont bénéficié tant de personnes (dont votre serviteur !) au cours de ses plus de vingt-six années de ministère ordonné, et surtout son ministère ordinaire de curé de paroisse (« le plus beau métier du monde », m’a-t-il confié un jour) donnent à son analyse une richesse et une authenticité inégalées. D’autant plus que, puisant dans sa culture américanophile, l’auteur nourrit chacun de ses arguments d’un exemple pertinent et croustillant qui maintient le lecteur captivé là où il s’attendait à trouver des pages entières de doctes analyses.
Le récit cependant s’avère extrêmement profond. Sans le savoir, le père Ransay reprend à un grand professeur de philosophie, le dominicain Pierre-Marie Emonet (qui fut mon professeur), son exemple favori de « la rose ». Les grands esprits se rencontrent ! Pour le père Emonet, la rose, chantée par le poète, est le signe d’un mystère qui la dépasse et qui dépasse notre intelligence. Pour le père Ransay brûlant du zèle pour le salut des âmes, cette même rose aux multiples pétales est le symbole du mystère de l’esprit humain fait à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Ce rapprochement ne m’étonne guère. J’ai observé que les réflexions de ce livre, qui revendique sa filiation avec des études scientifiques tout à fait récentes et qui se fonde sur une observation immédiate de certains cas, se révèlent en fait ancrées dans une tradition séculaire. Celle-ci va d’Aristote au psychologue Erik Erickson, en passant par saint Augustin (père lointain de la psychanalyse, bien avant les travaux de Freud), les Pères du désert et saint Thomas d’Aquin. Il se trouve que l’un des plus grands disciples au xxe siècle de cet immense théologien du Moyen Âge fut à Toulouse le dominicain Michel-Marie Labourdette. Or ce dernier fut le père spirituel du jeune Alain Ransay, lorsqu’il était étudiant en mathématique à Toulouse dans les années 1980. La boucle est bouclée ! La réflexion du père Alain ne tient donc pas du hasard ; elle tire son origine d’une tradition profonde et fait jaillir pour nous des vérités fondées et éprouvées par des siècles d’observation du psychisme humain dans la lumière de la foi.
Il me reste à souhaiter une bonne lecture à ceux qui se plongeront dans cette lecture profitable. Devrais-je plutôt dire dans cette « conversation » ou cet « enseignement », car le père Ransay écrit comme il est et comme il parle. Les chapitres sont courts, efficaces, bâtis de façon mathématique (on ne se refait pas !), reprenant systématiquement un plan identique qui favorise la rigueur et la compréhension des leçons.
Pourtant, c’est plus à notre cœur qu’à notre intelligence, ou, pour être tout à fait exact, c’est à notre cœur via notre intelligence que le père Alain Ransay s’adresse.
Que tous en tirent profit, fidèles, curieux, personnes cherchant une guérison, thérapeutes chrétiens ou non, accompagnateurs spirituels, religieux, formateurs, enseignants, prêtres et… évêques. Bonne lecture.
Mgr David MACAIRE, archevêque de Fort-de-France et Saint-Pierre
Dès ma rencontre avec le Renouveau charismatique catholique, au début des années 1980, j’ai découvert ce que je pourrais appeler une tentative d’intégration de la psychologie dans la vie spirituelle. Cela se manifestait, dans les groupes charismatiques, par la prière de guérison intérieure et par une littérature propre à ce courant ecclésial, avec des ouvrages comme ceux de Barbara Schlemon et de Nelly Astelli Hidalgo1. Cette assimilation des théories psychologiques ne s’est pas faite sans problèmes. Certaines idées, freudiennes notamment, ne sont pas forcément compatibles avec la vision chrétienne de l’homme et notamment de sa sexualité.
Pour ma part, m’appuyant sur les travaux d’Erik Erikson, mais aussi sur ceux d’autres auteurs inspirés par lui, comme les frères jésuites Matthew et Dennis Linn ou les époux Evelyn et James Whitehead, je fais l’hypothèse que Dieu a pensé notre vie à la manière d’une fleur qui commence par un bouton et ouvre ensuite ses pétales selon une séquence précise. Ainsi, je voudrais faire une présentation du processus de développement de notre vie en dix étapes, depuis la période intra-utérine jusqu’à notre entrée dans l’autre vie, dans l’éternité. Je voudrais essayer de comprendre avec vous un peu mieux la profondeur de notre vocation humaine et chrétienne.
Un lecteur bienveillant pourra peut-être me concéder, à la lumière de ce que je viens de dire, le sous-titre trop ambitieux de notre présent ouvrage : La vie humaine en dix étapes. Mon objectif en l’écrivant est d’abord de contribuer à aider chacun à approfondir le sens de sa vocation humaine et chrétienne comme je l’ai dit plus haut et, de ce fait, à mieux y répondre. Mais j’ai aussi la « prétention » d’aider les acteurs de la pastorale à effectuer un discernement approximatif sur les racines des difficultés des personnes qui viennent se confier à eux, afin qu’ils soient en mesure de les accompagner pastoralement et spirituellement (orientation de la prière) jusqu’à les adresser à un bon thérapeute lorsque cela s’avère nécessaire.
Les blessures psychoaffectives
Au cours de notre parcours, nous serons amenés à pointer du doigt un certain nombre de blocages qui entravent le processus d’ouverture des différents « pétales », je veux parler des blessures psychoaffectives. Peut-être pourrait-on mettre en doute la nécessité de les mettre en lumière. Et de fait, la question peut légitimement se poser dans la mesure où certains traumatismes affectifs soigneusement refoulés pourraient remonter à la conscience et générer des souffrances.
Deux postulats
Premier postulat
C’est ici que je fais sortir de mon chapeau un principe que je pose à la manière d’un axiome et qui, pour moi, est absolument fondamental : Dieu peut nous laisser toute notre vie avec une maladie physique, voire psychologique, mais jamais il ne nous laissera avec une blessure affective, c’est-à-dire une blessure qui nous empêche d’aimer, pour peu que nous lui en fassions la demande.
En réalité, ce postulat s’est imposé à partir de mon expérience personnelle, mais aussi à partir de celle de pasteur devant un très grand nombre de personnes blessées dans leur affectivité. J’ai rencontré de multiples situations de blocage, comme, par exemple, des personnes qui avaient une sorte d’aversion à l’égard d’un frère ou d’une sœur plus jeune. On y reviendra plus loin ; disons, pour l’heure, que cette attitude est souvent révélatrice du sentiment douloureux d’être dépossédé de l’amour préférentiel des parents à l’arrivée d’un plus jeune. La prise de conscience par ces sujets de l’origine de leur blessure, l’accueil du sacrement de réconciliation et la demande de pardon au frère et à la sœur en question ont ‒ à ma connaissance ‒ réglé le problème dans tous les cas.
Par ailleurs, j’invoque un argument d’autorité qui découle de la notion de grâce dans la Bible ; saint Augustin la formule par l’expression célèbre : « Dieu donne ce qu’il ordonne2 ». Il ne pourrait pas me commander d’aimer alors que j’en suis incapable sans venir à mon secours, autrement, il ne serait pas cohérent avec lui-même ‒ ce qui n’est pas envisageable.
Deuxième postulat
Notre vision de l’homme sera conforme à l’anthropologie biblique (si bien exprimée par saint Paul3) : nous considérerons la personne humaine comme le composé unique d’un corps, d’un psychisme et d’un esprit. Ce composé est selon nous inextricable ; il y a une unité totale des trois composants qui existent et agissent ensemble : une personne peut à cause d’un péché (domaine spirituel) tomber en dépression (composante psychique) et faire des ulcères à l’estomac (dimension corporelle). Réciproquement, si je prends soin de ma santé, que je pratique une activité physique, il va sans dire que mon moral aura des chances d’être bon (psychisme) et mes relations avec les autres (spirituel4) risquent aussi d’être saines.
Les potentialités de chaque étape et les vertus associées
Il semble que la nature prédispose toute personne à certaines vertus qui sont comme les points d’équilibre de ses potentialités. Par exemple, l’altruisme pourrait être la médiane entre une force de sortie de soi et une autre de repli, la « sagesse5 », la moyenne entre un regard trop optimiste et une vision pessimiste voire cynique de la réalité, et le courage serait le point d’équilibre entre une dangereuse témérité et une honteuse lâcheté.
Pour Erikson, la maturité arrive en son temps propre. Elle est rarement le terme de violents efforts. On voit combien cette idée est cohérente avec l’image de la fleur où chacun des pétales s’ouvre à son tour naturellement, presque sans effort.
Il est important de noter au début de notre exposé qu’« Erikson envisage sa propre théorie du développement comme “seulement un outil qui aide à penser” et il met en garde pour qu’on n’en fasse pas une “ordonnance à suivre”6 ». Nous situant sur cette même ligne, nous n’aurons pas la prétention d’épuiser la densité d’une vie humaine toujours plus complexe que tout ce qu’on pourra en dire, car plongeant ses racines dans l’invisible et donc dans l’indicible. Ce que nous allons dire a seulement la prétention de donner quelques pistes de réflexion au lecteur sur son dynamisme de croissance, sur les difficultés qui peuvent l’entraver et sur la grâce qui triomphe toujours de ces obstacles souvent liés à notre péché et à celui des autres.
Notre guide pour la dimension psychologique sera Erik Erikson
Comme déjà annoncé, nous choisissons donc comme guide dans le domaine de la psyché le psychanalyste Erik Erikson. Pourquoi ? D’abord parce qu’il adopte une anthropologie semblable à la nôtre, hormis le troisième étage qui est pour lui le niveau social de la personne humaine ; cependant, nous ne disons pas quelque chose de très différent dans la mesure où la dimension spirituelle est éminemment relationnelle. Je dois ajouter qu’Evelyn et James Whitehead nous ont beaucoup inspiré au regard des étapes de la vie adulte ; pour les premiers stades de la vie, nous partageons le point de vue des pères jésuites dont j’ai parlé plus haut. Ces derniers énumèrent cinq raisons qui ont motivé leur choix d’Erikson et que je trouve, pour ma part, pertinentes. Les voici :
a. Erikson se fonde sur des personnes en bonne santé pour établir une théorie sur l’homme, alors que Freud se fonde sur des personnes malades, or « seul un être sain et équilibré peut nous donner une image véritable de ce que cela signifie réellement d’être un homme7 ». Est-il normal que des données prélevées sur des malades servent à décrire les personnes en bonne santé (par exemple le complexe d’Œdipe) ?
b. Notre psychologue de référence est, par ailleurs, « convaincu que l’on peut rattraper plus tard un développement qui n’a pu se réaliser plus tôt et que tout peut se guérir : “Il y a peu de choses auxquelles on ne puisse porter remède plus tard, mais il y en a beaucoup qu’il est tout à fait possible d’éviter”8 ».
En tant que chrétien, nous partageons cette vision positive car, nous le savons, rien n’est impossible à Dieu. J’ai justement rencontré une jeune femme qui fut victime d’abus sexuels de la part de son père et de trois de ses oncles, sans compter les violences morales, les punitions répétées (souvent pour des peccadilles) et les travaux pénibles. De fait, presque toutes les étapes de sa vie ‒ confiance, autonomie, initiative, compétence, intimité ‒ étaient bloquées. Or, lorsque la guérison a commencé, grâce à l’écoute et la prière de religieuses et de prêtres (c’est une personne très croyante), toutes ces étapes ont commencé à être rattrapées. Elle a pu recommencer à faire confiance aux autres, elle a retrouvé son autonomie et pu dire non à un concubin qui la harcelait moralement, elle a pris l’initiative de reprendre ses études arrêtées au niveau de la troisième. Et, en quatre ans, elle a eu son premier diplôme universitaire, ce qui prouve qu’elle a acquis le sentiment de compétence.
c. Erikson « met l’accent sur le développement psychosocial (qui vise surtout à permettre l’établissement de relations sociales équilibrées) plutôt que sur le développement psychosexuel (qui vise principalement à permettre de satisfaire ses propres besoins sexuels)9 ». Mais nous l’avons déjà dit.
d. D’autre part, « Erikson considère la croissance comme le cheminement de toute une vie, au cours de laquelle nous sont données des opportunités nouvelles de découvrir des dons qui nous permettent d’aimer. Il a imaginé ce qu’on appelle maintenant le “développement continu”, une théorie selon laquelle le développement de l’être humain ne s’arrête pas avec l’enfance, mais considère l’adolescence, le début de la maturité, l’âge adulte et la vieillesse comme autant d’étapes de la croissance10 ».
Là encore, la tradition chrétienne ‒ avec bien d’autres cultures et civilisations ‒ ne peut que le rejoindre. Il faut noter que cette affirmation va à l’encontre du monde occidental contemporain qui promeut une « culture du déchet » (pour parler comme le pape François), selon laquelle certaines personnes sont des « poids morts » qui entravent la bonne marche de la société. Cette dernière met donc au rebut les personnes âgées, les grands malades et les handicapés. Le développement de l’euthanasie en Belgique est symptomatique de cette logique où l’on invite, sans en avoir l’air, toutes les personnes qui représentent une « charge » pour la société à tirer leur révérence dans la « dignité ».
e. Notre auteur de référence pose aussi la nécessité d’apprendre à utiliser le don de chaque étape de façon équilibrée. Par exemple, la « confiance » de l’étape II ne doit pas être aveugle, car on tomberait alors dans le premier piège venu. L’individu doit se positionner par rapport au don nouveau qui lui est fait et au danger corrélatif qui se présente également à cette étape. Le sujet doit trouver une position d’équilibre qui n’est pas sans rappeler le dynamisme des vertus. Nous verrons du reste que chaque potentialité nouvelle est comme le substrat humain de vertus morales clés.
Qu’est-ce qu’une blessure psychoaffective ?
Il y a malheureusement des réalités qui viennent entraver la croissance harmonieuse de la personne humaine dans ses différents stades de développement ‒ j’aborde ici la question des blessures et des traumatismes psychoaffectifs.
Physiquement, on sait ce qu’est une blessure, mais sur les plans psychologique et spirituel, c’est moins clair pour bon nombre de personnes. Je propose un tableau pour éclairer ce point sous un mode analogique (pages suivantes).
Blessures physiques
Blessures émotionnelles ou psychologiques
Blessures affectives et spirituelles
❑Contusions
❑Plaies ouvertes
❑Cancer localisé ou généralisé
❑Infection virale ou bactérienne
❑Ambiance conflictuelle
❑Choc ou traumatisme émotionnel
❑Dépression
❑Névrose ou psychose
❑Déceptions affectives
❑Rejet violent ; malédiction11…
❑Ressentiment et haine
❑Refus du pardon
❑Oppression, obsession et possession diabolique12
On pourrait définir la blessure affective de la manière suivante : je suis blessé dans mon affectivité quand je souffre du fait d’une absence ou d’une insuffisance d’amour ou, pire, d’une perversion de l’amour (abus sexuels).
Pour illustrer notre propos, prenons deux exemples de blessures13 :
a. Un enfant subit un accident de la circulation avec sa famille. Le sang est omniprésent autour de lui. Depuis lors, il n’en supporte plus la vue. Si jamais il en voit, et ce même à la télévision ou au cinéma, il est pris de sueurs froides et se sent mal ‒ en fait, il subit une montée d’angoisse. On parle ici de blessure émotionnelle ou de traumatisme psychique.
b. Un garçonnet de 2 ans tombe malade. Ses parents le conduisent à l’hôpital et, comme c’est assez grave, les médecins prennent la décision de l’hospitaliser. Les parents l’installent dans son berceau en pédiatrie et demeurent avec lui jusqu’à l’heure de fin des visites, c’est-à-dire 20 heures. Après l’avoir copieusement embrassé, ils quittent le service pour rentrer chez eux. L’enfant, lui, a interprété leur départ comme un abandon… Du coup, et ce jusqu’à l’âge de 15 ans, dès qu’il voit quelqu’un en blouse blanche, il se met à hurler et à pleurer. Il a contracté une « blessure d’abandon », qui est d’ordre psychoaffectif et qui lui confère le sentiment de ne plus être aimé. C’est essentiellement sur ce type de souffrance psychique et spirituelle (ou psychoaffective) que nous voulons réfléchir.
La mise en place de « mécanismes de défense »
