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Ayez au fond de l’âme gravé profondément ce principe d’où tout découle : que tous les hommes sont vraiment, véritablement frères en Dieu, leur Père commun, et qu’il veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent, en tout comme les frères les plus tendres. » Charles de Foucauld
Ermite du désert. Frère universel. Charles de Foucauld (1858-1916) a vécu un itinéraire spirituel hors du commun et pourtant très actuel. Après une jeunesse dissipée, le soldat géographe retrouve la foi chrétienne et ne veut vivre que pour Dieu. De Nazareth à Tamanrasset, il choisit d’imiter la vie cachée de Jésus et de crier l’Évangile par sa vie. Une vivante biographie spirituelle, qui nous invite à suivre ce passionné de Dieu sur le chemin de la prière et de la fraternité.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Conférencier, poète et essayiste,
Jacques Gauthier a été professeur à l’Université Saint-Paul d’Ottawa. Père de famille, prédicateur et spécialiste des saints, il a publié plus de 80 ouvrages
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Seitenzahl: 160
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Jacques Gauthier
Saint Charles de Foucauld
Passionné de Dieu
Éditions Emmanuel
Conception couverture : © Christophe Roger
Photo couverture : © Bridgeman Images
Composition : Soft Office (38)
© Éditions Emmanuel, 2020
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-877-0
Dépôt légal : 4e trimestre 2020
À sœur Fernande Levac
L’amour de Dieu, l’amour du prochain. Là est toute la religion. Comment y arriver ? Pas en un jour, puisque c’est la perfection même : c’est le but auquel nous devons tendre toujours, dont nous devons nous rapprocher sans cesse et que nous n’atteindrons qu’au Ciel.
Charles de Foucauld, lettre à Louis Massignon
Charles de Foucauld (1848-1916) est une figure emblématique du christianisme du XXe siècle qui a placé l’amour de Dieu et du prochain au-dessus de tout. La biographie romancée de l’académicien René Bazin, écrite en 1921, l’a rendu célèbre1. Ce livre, un véritable best-seller à l’époque, révélait au monde la vie héroïque de cet explorateur et prêtre hors du commun. On a souligné à grands traits sa conversion à vingt-huit ans et sa vocation d’ermite dans le Sahara algérien. Passionné de Dieu, il vivra en état de conversion permanente au Christ et sa vie dite érémitique sera entrecoupée de rencontres, de déplacements, de voyages.
Au-delà des images mythiques et des perceptions, qui varient selon ses biographes et les époques, le missionnaire des Touaregs séduit les gens de tous les milieux, croyants ou non. Son parcours atypique et son radicalisme évangélique manifestent clairement le triomphe de la grâce sur le mal. En lui, la miséricorde est plus forte que le péché et la prière est aussi vitale que l’air qu’on respire.
Après sa rencontre avec l’abbé Huvelin en 1886, le jeune converti voudra se donner totalement à Dieu dans l’humilité et la pauvreté. Son idéal de vie se précisera dans la prière, en fidélité à l’Esprit Saint : imiter autant que possible Jésus dans sa vie cachée à Nazareth. Ce Jésus, il le découvrira progressivement en méditant les évangiles, en adorant le saint sacrement, en aimant tous les hommes.
Charles connaîtra des passages à vide qui purifieront son désir profond : accomplir la volonté de Dieu, qui passe par l’obéissance à ses supérieurs et à son directeur spirituel. La grâce va pacifier cette forte personnalité en l’exposant au feu de l’adoration eucharistique, transformant ses excès d’amour pour Jésus en une source d’eau vive pour le prochain.
Cet homme de son temps, si plein de paradoxes et de contrastes, fut soldat, géographe, ethnologue, moine trappiste, linguiste, prêtre, ermite, missionnaire, défenseur des droits de la personne, homme de prière. La prière, voilà le fil d’Ariane qui l’a guidé dans le labyrinthe obscur de son cheminement si particulier. Il disait que la prière était le « premier moyen d’action » qui le reliait à Dieu et le fortifiait dans le combat spirituel. Elle vivifiait sa foi et fécondait son engagement. Une prière de pauvre, toute simple, qui lui a permis de s’abandonner au Père en toute confiance. Une prière amoureuse qui a grandi avec lui à Nazareth, au Maroc, en Algérie, dans le silence intérieur et la solitude du désert.
Si la prière a guidé le frère Charles, l’amour a unifié sa vie. Comme l’écrivait l’abbé Huvelin au père abbé de Solesmes, dom Couturier : « Il fait de la religion un amour. » Après une jeunesse frivole, il a modelé sa vie sur celle de Jésus, qu’il appelait son « Bien-Aimé Frère et Seigneur Jésus », inscrivant cet amour dans son nom de religieux : frère Charles de Jésus. Son programme de vie se résumait à deux mots, comme une devise, que l’on retrouve en tête de ses lettres : Jesus Caritas. Il a cru en l’amour de Dieu d’une manière si concrète que cet amour influencera toute son action et sa spiritualité.
Le jeune officier en quête de transcendance tenta la seule aventure qui vaille la peine d’être poursuivie, celle de la sainteté. L’appel du désert fut toujours très fort en lui, à une époque où la France était en pleine expansion coloniale en Algérie et au Sahara. Il deviendra le frère universel, établissant des ponts avec les musulmans, qu’il considérait comme ses amis. Il termina sa vie seul, en fixant son attention sur Jésus et en partageant la culture des Touaregs, jusqu’au jour de sa mort brutale, l’ultime passage qu’il avait tant attendu et médité. Des disciples afflueront d’un peu partout quelques années plus tard.
Sa vie, comme la nôtre, contient des zones d’ombre et de lumière. Mais quand on la regarde dans son ensemble, nous voyons les traces de la miséricorde divine. Sa passion pour Dieu resta entière dès le moment qu’il sut qu’il existait. Sa foi ardente lui fit communier à une autre passion, celle de Jésus, à qui il voua son amour en voulant imiter sa vie cachée. Telle est la sainteté, qui n’est pas une question d’effort et de perfection, mais d’accueil et d’amour.
L’Église a reconnu la sainteté de Charles de Foucauld en le béatifiant le 13 novembre 2005. L’annonce de sa canonisation par le pape François a réjoui les nombreuses personnes et fraternités qui se réclament de son message. Elle m’a inspiré cet ouvrage, qui est plus un exercice d’admiration que de critique. Admiration pour son écoute de l’Esprit Saint dans la nuit de la foi et le désert de l’âme, hommage pour sa constante recherche de la volonté divine afin de l’accomplir le mieux possible. Même si tout ne fut pas parfait dans son parcours, je ne peux que m’émerveiller de la manière dont l’Esprit a conduit frère Charles, et de rendre grâce pour sa réponse fidèle, pure gratuité de la miséricorde divine.
Nous verrons, dans la première partie, les principales étapes de sa vie, de Strasbourg à Paris, de la Trappe à Nazareth, de Béni-Abbès à Tamanrasset. Dans la deuxième partie, nous aborderons les grandes lignes de sa spiritualité : discerner la volonté de Dieu, obéir par amour, imiter Jésus à Nazareth, vouloir aimer par-dessus tout, crier l’Évangile par sa vie, évangéliser par la bonté, être frère universel. Nous terminerons en dégageant quelques éléments de sa vie de prière, faite d’amour, d’adoration et d’abandon, en puisant abondamment dans ses écrits2.
Il n’y a pas de porte pour entrer au désert, on y pénètre sans en franchir le seuil, tant il nous entoure de toutes parts. Ainsi en est-il de la vie de frère Charles de Jésus. Son étoile dans la nuit brille en secret au-dessus de nos déserts et de nos Nazareth, que nous portons en silence au fond de l’âme, comme on porte un grand amour, une présence infinie, la Présence.
1. René Bazin, Charles de Foucauld, explorateur au Maroc, ermite au Sahara, Paris, Plon, 1921. Le livre a été réédité en 2003 aux éditions Nouvelle Cité.
2. Les citations que l’on retrouve dans cet ouvrage sont principalement tirées de la correspondance de Charles de Foucauld et de ses écrits spirituels. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter la bibliographie à la fin du livre.
Notre destinée est de nous perdre dans la joie de ce que Dieu est Dieu, de Lui rendre grâces de Sa grande gloire et de nous abîmer dans son adoration et son amour.
Charles de Foucauld, lettre à Henry de Castries
Charles de Foucauld est né à Strasbourg le 15 septembre 1858 dans une famille de vieille noblesse, dont la devise est « Jamais arrière ». Il reçoit le prénom de son frère aîné décédé à l’âge d’un mois. Il a trois ans lorsque naît sa sœur Marie. Sa mère Élisabeth Beaudet de Morlet, très pieuse et introvertie, éduque ses enfants dans la foi catholique. Sa piété n’a rien de conventionnel. Elle aime et croit en ce Dieu éternel qui s’est fait homme en Jésus. Sa foi l’aide à adoucir une certaine tristesse qui l’habite. Elle donne à Charles un petit autel devant lequel il apprend à prier. Pendant les vacances à Saverne, ils cueillent ensemble des fleurs pour les déposer au pied des calvaires.
Mariée à vingt-six ans avec le vicomte Édouard de Foucauld de Pontbriand, qui a neuf ans de plus qu’elle, sa mélancolie déteint sur le jeune Charles. Son mari est tout le contraire : beau, expansif, fort, joyeux. Mais il s’enfoncera dans une dépression qui se terminera par l’arrêt de travail. Comble de malheur, Élisabeth meurt des suites d’une fausse couche le 13 mars 1864. Son époux, atteint de neurasthénie, décède cinq mois plus tard dans un asile d’aliénés.
Ces décès laissent une blessure profonde dans le cœur du petit orphelin, qui explique en partie les turbulences de son adolescence difficile. Charles et sa sœur sont confiés à leur grand-mère paternelle, la vicomtesse Clotilde de Foucauld, mais celle-ci meurt peu de temps après d’une crise cardiaque, une image de Notre-Dame du Perpétuel Secours à la main. Plus tard, Charles priera souvent la Vierge sous ce nom. Pour le moment, il ne réagit pas extérieurement à ces séparations. Il s’interroge seulement sur ce Dieu que sa mère priait avec ferveur et qui permet de telles souffrances. Il s’enferme dans son chagrin.
Les enfants sont alors recueillis par leurs grands-parents maternels, le colonel Beaudet de Morlet, qui a soixante-huit ans. Polytechnicien retraité, il vit à Strasbourg avec sa femme. Il gâte beaucoup ses petits-enfants. Charles reconnaîtra plus tard l’éducation pleine d’affection qu’il a reçue de ses grands-parents, surtout de son grand-père, dont il admire l’intelligence, malgré le fait qu’il manqua d’autorité à son égard. Il obtient de bons résultats scolaires, même s’il est souvent malade. On le décrit comme introverti et colérique, exprimant de manière maladroite la douleur qui le dévore de l’intérieur. Pour tout orphelin, tracer son chemin vers l’âge adulte demeure une initiation de taille. Le petit Charles écrira sa propre histoire à l’abri du regard de ses parents, mais des amis l’aideront à transformer sa solitude en grâce.
L’été 1868, Charles à dix ans. Il fait la connaissance de sa cousine Marie Moitessier, qui a huit ans de plus que lui. Il habite deux mois avec elle au château des Moitessier à Louye, dans l’Eure. La future Marie de Bondy, fervente pratiquante, intelligente et contemplative, sera très proche de son petit cousin. Elle lui transmet la dévotion au Sacré-Cœur qui sera marquante dans sa spiritualité. Charles l’accompagne chaque matin à la messe en l’église rurale de Louye. Tendre avec une volonté de fer, elle exercera à l’occasion un rôle maternel, comme en témoigne leur correspondance. Elle veillera sur lui, l’aidera à surmonter les obstacles quand ce sera nécessaire. Charles restera très attaché à sa cousine ; il lui écrira plus de sept cents lettres.
La guerre contre la Prusse force la famille de Merlet à s’installer à Rennes, puis à Nancy en 1871. Étudiant dans un lycée laïc, Charles se lie d’amitié avec Gabriel Tourdes, s’enthousiasme pour les lectures classiques, développe un sentiment patriotique envers la France qu’il gardera jusqu’à sa mort. Il délaissera la pratique religieuse, même s’il n’était pas un enfant particulièrement pieux.
Il fait tout de même avec ferveur sa première communion le 18 avril 1872, choisissant comme souvenir une image du Sacré-Cœur. Il est confirmé par Mgr Foulon, évêque de Nancy et futur cardinal. Sa cousine Marie, venue de Paris pour la cérémonie, lui remet les Élévations sur les mystères de Bossuet. Mais sa pensée est ailleurs, à la joie de voir partir les Allemands de Nancy, à la douleur de voir Strasbourg demeurer annexé à l’Allemagne.
Charles entre dans l’adolescence avec une vive inquiétude qu’on pourrait qualifier de métaphysique. À quinze ans, il se nourrit de livres qui n’ont rien à voir avec la prose de Bossuet. Son grand-père le laisse faire tout ce qu’il veut. Il entre en rhétorique en octobre 1873. Influencé par l’esprit rationaliste de ses professeurs et amis, il commence à s’éloigner de la foi, doutant de l’existence de Dieu. Il n’y a rien d’absolu, tout est relatif, admet-il, à la suite de certains penseurs de son époque comme Renan et Comte. Commence pour lui une recherche de la vérité qui s’exprime par un mal-être existentiel. Il témoignera dans ses écrits spirituels de « cet état de mort », qui n’est pas sans rappeler saint Augustin dans ses Confessions :
Je m’éloignais de plus en plus de vous, mon Seigneur et ma vie… et aussi ma vie commençait à être une mort… et dans cet état de mort vous me conserviez encore3…
L’adolescent ne sera pas athée pour autant, ni anticlérical, mais sceptique. On peut dire qu’entre seize et vingt-huit ans, il est agnostique, ne niant ni ne croyant en l’existence de Dieu. Il tente de conjurer l’angoisse en s’enfonçant dans une vie de jouissance et de désordre. Désirant être officier depuis son enfance, il prépare son entrée à l’École militaire de Saint-Cyr en étudiant à l’école Sainte-Geneviève de Paris, tenue par les Jésuites. Avide de liberté, il s’oppose à la sévérité de l’internat et abandonne toute pratique religieuse. Il obtient son baccalauréat en août 1875, grâce surtout à sa bonne mémoire, mais il est exclu du lycée pour paresse et indiscipline un an plus tard. Il était plus fait pour les grands espaces que pour les dortoirs des internats. Plus jeune, il voulait être marin. De retour à Nancy, son grand-père ne cache pas sa déception. Il lui donne un précepteur pour qu’il achève sa préparation au concours de Saint-Cyr.
À un ami incroyant, Henri Duveyrier, qui veut connaître sa vie passée, il lui écrit le 21 février 1892 :
J’avais été élevé chrétiennement mais dès l’âge de quinze ou seize ans, toute foi avait disparu en moi, les lectures dont j’étais avide avaient fait cette œuvre ; je ne me rangeai à aucune doctrine philosophique n’en trouvant aucune assez solidement fondée, je restai dans le doute complet, éloigné surtout de la foi catholique dont plusieurs dogmes, à mon sens, choquaient profondément la raison… au même âge, ma vie devint dissipée, elle le resta longtemps sans empêcher un penchant très vif pour l’étude. Au régiment, je fus très dissipé, j’étais loin des miens, je vis à peine ma famille de 1878 à 1886 et le peu qu’ils surent de ma vie, surtout dans la première période de ce temps, ne put leur faire que de la peine4.
En juin 1876, il intègre Saint-Cyr. Il est l’un des plus jeunes de sa promotion ; on le juge trop gras pour son âge. À dix-huit ans, donc devenu légalement majeur, il peut jouir d’un important héritage que lui laisse son grand-père Morlet. C’est une erreur de sa part. L’énorme rente mensuelle qu’il reçoit a de quoi satisfaire ses désirs qui sont insatiables. Indiscipliné, déçu de l’esprit de Saint-Cyr, il réussit quand même sa première année. Après des vacances à Nancy, il entreprend la deuxième année, qui sera plus difficile. Autre coup dur : son grand-père tant aimé meurt le 3 février 1878. À vingt ans, il peut prendre possession de son héritage qu’il dilapide en partie avec des filles et des amis, comme tant d’autres jeunes officiers privilégiés de son époque.
De plus en plus seul, Charles entre à l’école de cavalerie de Saumur à la fin octobre 1878. Il s’ennuie, ne pense qu’à s’amuser. Il mène une vie de fêtard, d’excentricité. Il s’étourdit dans les repas somptueux et les émotions du jeu, cherchant le bonheur là où il ne se trouve pas. Il s’ennuie. Alors qu’on lui refuse une permission, il fugue de l’école, se déguise en mendiant, joue les pauvres. Retrouvé par les gendarmes, il revient à Saumur. Cet esprit si peu militaire est tout de même reçu de justesse à l’examen de sortie. Il est affecté au 4e régiment de hussards à Pont-à-Mousson sans grande motivation. « Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d’une âme qu’au fond de la mer », avait écrit Victor Hugo dans son poème Moi, l’amour, la femme.
Charles s’installe à Pont-à-Mousson où il vit en concubinage avec Marie Cardinal, une danseuse à l’Opéra de Paris qu’on appelait Mimi. Cette liaison sera plus durable que les autres amours d’un soir. Sa famille s’en inquiète et engage une procédure pour lui imposer un curateur qui contrôlera ses dépenses. Il ressent de plus en plus un vide douloureux qui se manifeste par une tristesse accablante, un ennui mortel, même pendant les fêtes qu’il organise. Ce vide, cette tristesse, cet ennui, il les comprendra plus tard comme un don que Dieu lui fait, une grâce insigne qui lui évite le naufrage et le prépare à son sauvetage dans le Christ. Il restera au plus profond de son être un écorché vif, insatisfait de lui-même, dans une recherche constante de l’Absolu.
En 1880, le jeune soldat est envoyé à Sétif, en Algérie française, avec son régiment. Il emmène sa concubine, à l’insu de son colonel qui le lui a interdit et la fait passer pour sa femme. Sa conduite scandaleuse lui vaut la prison et sa sortie de l’armée pour un temps. À vingt-trois ans, il se retire à Évian avec Marie Cardinal. Il apprend que son régiment se bat en Tunisie, contre la tribu des Kroumirs. Il veut réintégrer l’armée pour se battre avec eux, pour connaître la vie de camp. Cette permission lui est accordée quelques mois plus tard. Il rompt alors avec sa concubine, qui ne songeait qu’au mariage et à mener une vie bourgeoise.
Il rejoint ses camarades qui combattent dans le Sud-Oranais. Il rencontre François-Henry Laperrine, qui devient son ami et a sur lui une influence morale indéniable. Après six mois de lutte, il part en garnison à Mascara, en Algérie. Ce fêtard invétéré devient un excellent soldat, un chef respecté. Il fait preuve d’un comportement militaire exemplaire, soucieux des hommes avec qui il vit. Le soleil d’Afrique, sa lumière vive, lui fait du bien. En 1881, il passe huit mois avec son escadron sous la tente dans le Sahara oranais. Il est attiré par ces immensités qui renvoient à sa soif de liberté, à son désir d’absolu.
Cette expérience du désert lui donne un goût très vif des voyages et d’aventures, qu’il veut satisfaire en démissionnant de l’armée. L’appel de l’inconnu lui permet d’exprimer sa volonté de puissance autrement qu’avec l’argent et les fêtes. Cette période marque la sortie de son existence médiocre. Il ressent le désir de prouver, auprès des siens et de lui-même, qu’il est d’une trempe supérieure à ce que son passé laisse paraître. Un nouvel homme émerge peu à peu du brouillard de la guerre.
3. Charles de Foucauld, Dieu est Amour, Paris, Le Livre ouvert, 2014, p. 8.
4. Ibid., p. 9-11.
