Thérèse de Lisieux, l'interview - Jacques Gauthier - E-Book

Thérèse de Lisieux, l'interview E-Book

Jacques Gauthier

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Beschreibung

Une petite provinciale du XIXe siècle, morte inconnue à 24 ans. Et pourtant, « la plus grande sainte des temps modernes » a bouleversé des millions de coeurs. Quel est son secret ? Avec l’audacieuse confiance que permet une longue amitié, Jacques Gauthier pose directement à Thérèse toutes les questions que nous rêverions de lui adresser ; elle lui « répond » à travers ses écrits et ses paroles. Cette vivante interview nous offre une rencontre personnelle avec une grande amoureuse, qui nous partage son expérience de la vie, de la prière, mais aussi de la souffrance... Elle nous parle surtout d’amour, et de son grand amour : Jésus.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Marié et père de quatre enfants, Jacques Gauthier est professeur de théologie à l'Université Saint-Paul d'Ottawa. Ce canadien essayiste et conférencier, a publié une trentaine de livres dont les deux succès que sont Les défis du jeune couple (1991) et La crise de la quarantaine (1999). Amoureux de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, il lui a déjà consacré trois ouvrages.

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Seitenzahl: 155

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Jacques Gauthier

Thérèse de Lisieux

L’interview

Son grand amour, ses secrets, ses conseils

Éditions Emmanuel

Conception couverture : © Christophe Roger

Composition : Soft Office (38)

© Éditions de l’Emmanuel, 2020

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-824-4

Dépôt légal : 2e trimestre 2020

À Hélène Mongin

Tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendredu haut des Cieux.

Thérèse de Lisieux, lettre du 9 juin 1897

Thérèse m’accompagne à chaque pas et je veux en donner témoignage. Elle m’a enseigné à avancer, malgré mes douleurs. Mais c’est une amie fidèle et elle montre la route à suivre.

Pape François, à des religieuses de Madagascar, 7 septembre 2019

Préface

Avec ce livre, Jacques Gauthier nous offre les mots de Thérèse comme des bijoux et fabrique autour d’eux un magnifique écrin.

On peut lire et relire Thérèse sans se lasser : à chaque fois nous découvrons un peu plus sa force.

Ici, des questions lui sont posées, qui nous aident en même temps à entrer un peu plus dans la pensée de cette jeune fille à l’âme brûlante d’amour.

J’écris cette préface le 6 mai 2020, alors que nous sommes au jour 51 d’une quarantaine qui teste notre capacité à aimer, à pardonner, à croire, à garder la foi. Et encore une fois, c’est dans les écrits de Thérèse que je trouve les réponses. Que je me rappelle que tout passe par l’amour. La petite voie de la confiance et de l’amour, à chaque moment de la vie, nous tourne vers la lumière.

« La vie c’est un trésor… chaque instant c’est une éternité. »

« C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour. »

« Tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendre du haut des Cieux. »

En nous permettant de dialoguer avec Thérèse, Jacques Gauthier entrouvre encore davantage cette porte vers l’amour et la confiance.

Natasha St-Pier

Introduction

Encore un livre sur Thérèse de Lisieux, diront certains. Oui, mais celui-ci n’est pas comme les autres. Il propose une interview avec Thérèse, une longue conversation amicale qui prend la forme d’un dialogue. Je pose des questions à Thérèse, elle me « répond » à partir de ses écrits et de ses paroles. Le ton est spontané, le style, direct. Je lui donne la parole, et elle la prend en toute simplicité. La fidélité à ses textes est totale : je m’efface derrière eux. Je n’ai qu’à puiser dans ses mots comme un pêcheur de perles, assuré de l’abondance de la récolte. Je plonge avec mes questions, je remonte avec ses réponses et je respire mieux, surtout lorsque les eaux semblent plus troubles, plus noires.

L’objectif de ce livre est de favoriser une rencontre personnelle, un contact intime, avec cette grande amoureuse de Jésus. C’est donc une invitation à mieux la connaître de l’intérieur. Elle-même nous donne rendez-vous. Sa vie est un message passionnant, et une ardeur singulière se dégage de ses écrits. Le genre littéraire de l’interview permet une proximité et une complicité dans la relation. Thérèse, qui a toujours privilégié le genre épistolaire, recherchait elle-même cette approche cordiale, propice aux confidences et au témoignage. Toute sa vie, elle a écrit des lettres pour mieux se dire, et ainsi toucher les cœurs.

Pourquoi utiliser le dialogue comme procédé littéraire ? Cela s’est imposé tout naturellement à moi. Il y a Thérèse, il y a moi, et nous dialoguons ensemble. En 1995, Thérèse m’a accordé une grâce d’abandon, qui m’a fait sortir de la crise de la quarantaine. Depuis, cette petite sœur m’est devenue très familière dans la quête du Christ. Après de nombreux séjours à Lisieux, après avoir préparé livres, retraites et conférences sur Thérèse, je peux dire qu’elle occupe une place bien particulière dans ma vie. Nous sommes ici dans l’ordre de l’amitié et de la gratuité, donc de l’action de grâces. Cela ne s’explique pas, ça se vit. Je sais qu’elle m’accompagne sur une petite voie d’amour et de confiance que je suis avec mon épouse, nos enfants et petits-enfants. J’ai donc voulu donner à ce livre un ton qui nous la rende proche, malgré le siècle qui nous sépare. Son œuvre si populaire peut paraître difficile à nos contemporains, justement à cause de cette distance culturelle grandissante. Pour remédier à cette difficulté, j’ai privilégié une approche thématique des textes de Thérèse.

Le livre est divisé en sept chapitres, autant d’entretiens où Thérèse parle, témoigne, prie, chante, s’explique sur les grands thèmes de sa vie. Dans le premier entretien, j’interroge Thérèse sur son rapport à l’écriture. Qu’entend-elle par « chanter les miséricordes du Seigneur », puisque c’est ainsi qu’elle définit ses écrits ? Comment a-t-elle rédigé ce livre, Histoire d’une âme, sans cesse réédité, vendu à des millions d’exemplaires, traduit en plus de soixante langues ? Je ne m’attarderai pas ici à l’histoire de la composition de ce livre ni à ses nombreuses éditions. Si cela vous intéresse, je vous invite à lire, par exemple, l’explication stimulante de Conrad De Meester dans son édition critique d’Histoire d’une âme (Presses de la Renaissance, 2005).

Vous trouverez dans les pages qui suivent des extraits d’Histoire d’une âme, mais aussi des passages de la correspondance de Thérèse, de ses poésies, prières, pièces de théâtre, qu’on appelait à son époque des récréations pieuses, et enfin des extraits de ses derniers entretiens : les paroles prononcées par Thérèse au cours de ses derniers mois, que ses sœurs ont scrupuleusement notées.

J’ai respecté le style spontané de Thérèse qui se manifeste, entre autres, par une utilisation irrégulière des majuscules et par une ponctuation inhabituelle. Ainsi, « bon Dieu » et « Bon Dieu » peuvent se retrouver dans la même phrase. Les mots en italiques, dans les réponses de Thérèse à mes questions, sont ceux qui sont soulignés par Thérèse elle-même dans ses écrits.

Revenons au plan du livre. Après l’entretien sur le rapport qu’entretenait Thérèse avec l’écriture, j’aborde dans les chapitres suivants les grands axes des écrits thérésiens : la confiance, l’abandon, Jésus, la prière, la souffrance, l’amour. Ces mots se greffent aux six entretiens : la petite voie de sainteté (confiance), l’espérance en la miséricorde (abandon), le désir qui fait vivre (Jésus), le cœur à cœur quotidien (prière), la nuit de la foi (souffrance), le cœur de l’Église (amour). Je termine ce dialogue par une prière trinitaire adressée à Thérèse, qui résume tout ce qu’elle m’a appris.

Avant de commencer notre échange avec cette grande sainte, je vous propose quelques explications concernant les références à ses textes, puis une brève présentation du secret de sa vie : vivre d’amour.

Références aux textes de Thérèse

Les textes cités sont extraits des Œuvres Complètes de Thérèse de Lisieux (Cerf-DDB, 1992, éd. 1996). Le lecteur pourra les retrouver dans toute édition des écrits de Thérèse, ou sur l’excellent site www.archives-carmel-lisieux.fr, grâce aux sigles universels suivants :

Ms A : Manuscrit autobiographique A, première partie d’Histoire d’une âme.

Ms B : Manuscrit autobiographique B, deuxième partie d’Histoire d’une âme.

Ms C : Manuscrit autobiographique C, dernière partie d’Histoire d’une âme.

Ces sigles sont suivis des numéros des folios, c’est-à-dire des feuilles des cahiers utilisés par Thérèse, en précisant recto ou verso.

Exemple : Ms A, 35r° signifie Manuscrit A, recto du folio 35. Ms A, 35v° désigne le verso du même folio.

LT : Lettres de Thérèse, numérotées de 1 à 266.

PN : Poésies de Thérèse, numérotées de 1 à 54.

Pri : Prières de Thérèse, numérotées de 1 à 21.

RP : Récréations pieuses de Thérèse, numérotées de 1 à 8.

CJ : « Carnet Jaune » rédigé par Mère Agnès, le carnet principal des Derniers Entretiens. Suivi de la date et du numéro de la parole citée.

DE/G : Paroles recueillies par sœur Geneviève dans les Derniers Entretiens.

OC : Œuvres Complètes.

I.

Le secret de Thérèse : vivre d’amour

Quel est donc le secret de cette jeune Normande, inconnue de son vivant, qui n’a laissé que des écrits épars rassemblés dans un livre, Histoire d’une âme ? Une de ses compagnes, sœur Saint-Vincent de Paul, n’avait-elle pas déclaré : « Je me demande vraiment ce que notre Mère en pourra dire après sa mort. Elle sera bien embarrassée, car cette petite sœur, tout aimable qu’elle est, n’a pour sûr rien fait qui vaille la peine d’être raconté1. » Et pourtant, quel ouragan de gloire depuis plus d’un siècle !

La petite sœur universelle

Comment expliquer le rayonnement de celle que Pie X nomma « la plus grande sainte des temps modernes » ? Contemporaine de Marx, Nietzsche, Rimbaud, Van Gogh, elle est probablement la Française la plus connue à travers le monde. Le philosophe Emmanuel Mounier dira qu’elle est « une ruse de l’Esprit Saint ». Elle brûle ceux qui s’approchent d’elle avec un cœur sincère : aussi bien les papes que des gens aussi différents que Bergson, Bernanos, Piaf, Guitton, ou encore des mystiques comme Élisabeth de la Trinité, Dina Bélanger, Maximilien Kolbe, Édith Stein, Marcel Van, Marthe Robin, mère Teresa, et tant d’autres. Quiconque suit sa « petite voie » de confiance en Dieu s’expose à devenir incandescent.

Elle avait dit qu’après sa mort, tout le monde l’aimerait. En effet, qui ne l’aime pas ? On lui a consacré des milliers de livres, et on ne compte plus les films sur sa vie, les reportages, les disques de ses poèmes, les sites sur internet… Plus de 1 800 églises à travers le monde portent son nom. Alors qu’une cinquantaine de personnes seulement sont présentes à son inhumation au cimetière de Lisieux le 4 octobre 1897, 500 000 assistent à sa canonisation à Rome, le 17 mai 1925. Elle est déclarée patronne des missions deux années plus tard, alors qu’elle n’a jamais quitté son cloître. Nommée patronne secondaire de la France en 1944, avec Jeanne d’Arc, elle n’a pas fini de nous étonner.

Elle n’a ni diplôme ni compétence particulière, mais Jean-Paul II la déclare docteur de l’Église en octobre 1997. Elle est la troisième femme, après Catherine de Sienne et Thérèse d’Avila, à recevoir ce titre, mais aussi la plus jeune, et la plus proche de nous dans le temps. Quel paradoxe de voir cette jeune femme, qui a toujours voulu rester dans l’ombre, et qui n’a fait que suivre une petite voie de confiance et d’amour dans un humble quotidien, s’asseoir à la même table que les grands philosophes et théologiens que sont les autres docteurs : Augustin, Grégoire, Hilaire, Anselme, Bernard, Bonaventure, Thomas d’Aquin, Alphonse de Liguori, Jean de la Croix, François de Sales…

Qui est donc celle qui demanda que nous l’appelions familièrement « la petite Thérèse » (même si elle était en taille la plus grande des sœurs Martin) ? Elle cultivait les rêves les plus fous, était remplie de désirs pour son Jésus, voulait parcourir la terre entière pour annoncer l’Évangile et témoigner de la miséricorde divine. N’est-ce pas ce qu’elle réalise aujourd’hui par l’incroyable périple de ses reliques à travers le monde ? À l’automne 2001, ce fut au tour du Canada, mon pays, de vénérer ses restes mortels.

Il existe d’ailleurs un lien étroit entre Thérèse et le Canada. D’abord, ce sont des Normands qui ont défriché et peuplé cette Nouvelle-France. Thérèse elle-même écrivit souvent le mot « Canada » sur les lettres qu’elle envoyait au père Pichon, son accompagnateur spirituel, missionnaire au Québec pendant qu’elle était au carmel. Elle pria d’une façon spéciale pour les œuvres du père Pichon dans cette région. C’est un prêtre canadien, l’abbé Eugène Prévost, qui présenta le premier Histoire d’une âme à Pie X. ll contribua également à faire connaître la dévotion à la Sainte Face, telle que Thérèse l’avait vécue. Enfin, c’est un Oblat de Marie Immaculée canadien, Mgr Ovide Charlebois, qui fit parvenir à Rome une requête, signée par plus de deux cents évêques missionnaires du monde entier, pour que Thérèse soit déclarée patronne des missions.

Le mystère d’une vie donnée

Thérèse Martin naît à Alençon le 2 janvier 1873, dans une famille de petits commerçants qui ont réussi. Son père, Louis, est horloger ; sa mère, Zélie, dentellière. Ils élèvent leurs cinq filles dans une foi vivante et incarnée. Sa mère ne pouvant l’allaiter, Thérèse doit quitter le foyer familial, peu après sa naissance, pour être mise en nourrice pendant seize mois. Zélie, atteinte d’un cancer du sein, meurt lorsqu’elle a quatre ans. Deux de ses sœurs aînées entrent par la suite au carmel de Lisieux. Ces séparations la rendent très fragile et à l’âge de 10 ans elle est victime d’une « étrange », et très grave, maladie, probablement d’origine psychosomatique. Alors qu’elle est au plus mal, elle voit la statue de la Vierge à côté de son lit lui sourire, ce qui la guérit instantanément.

À Noël 1886, elle reçoit une grâce exceptionnelle qui lui permet de sortir de l’enfance et qu’elle appelle sa « conversion ». Elle demande à entrer au carmel à 15 ans et montre sa détermination en allant jusqu’à en demander l’autorisation au pape Léon XIII, à Rome ! Elle passe neuf années au carmel, où elle se voit confier, à l’âge de 20 ans, la formation des novices. Elle y découvre et approfondit une petite voie de sainteté pour tous, au cœur même du quotidien et des blessures. Elle ne se complaît pas dans la souffrance ; c’est l’amour seul qui l’intéresse, surtout durant la terrible nuit de la foi qu’elle expérimente pendant les dix-huit derniers mois de sa vie. Le 30 septembre 1897, elle meurt de tuberculose à l’infirmerie du carmel, à l’âge de 24 ans. Un an plus tard, la première édition d’Histoire d’une âme est publiée. Commence alors ce qu’on a appelé un « ouragan de gloire »…

On a beau étudier Thérèse dans tous les sens, son mystère reste entier. Elle n’est pas un simple sujet littéraire, réductible à un objet d’étude ou des grilles d’analyse. On peut bien écrire quantité de livres sur son message, on n’a jamais fini d’en faire le tour. Peut-il en être autrement ? « Tout homme est une histoire sacrée », écrivait le poète Patrice de La Tour du Pin. Le langage est bien limité pour décrypter le mystère qu’est toute vie humaine. En chaque personne qui meurt, un manuscrit reste caché. Thérèse savait que ses paroles et ses écrits ne pouvaient pas dévoiler totalement le secret qui l’habitait. « Il est de ces choses qui perdent leur parfum dès qu’elles sont exposées à l’air, il est des pensées de l’âme qui ne peuvent se traduire en langage de la terre sans perdre leur sens intime et Céleste » (Ms A, 35r°). J’ajouterais qu’il y a des amandes que l’on ne peut goûter qu’après en avoir percé le noyau : il faut dépasser l’écorce, l’emballage, les clichés, pour atteindre le fruit.

Thérèse surgit toujours là où on ne l’attend pas. Elle défie les frontières, les paradoxes, les antinomies, les images. Toujours hors normes, elle résiste à l’usure et bouscule les bien-pensants. Plusieurs sont agacés par l’attention accordée à « la petite sainte aux roses » ! Les clichés ne datent pas d’hier. On lui reproche d’être d’une famille bourgeoise (alors qu’elle est dépossédée de tout et d’elle-même), d’être névrosée (ce qui ne l’empêche nullement d’atteindre une grande maturité humaine et spirituelle), d’être mièvre et romantique (alors qu’elle est simplement de son époque, et que son style rejoint sa vie toute simple), d’être à l’eau de rose (alors qu’elle est énergique, espérant contre toute espérance, vivant les dix-huit derniers mois de sa vie dans la nuit du néant), d’être surprotégée (alors qu’elle est entrée au carmel à quinze ans non pour rejoindre ses sœurs, mais pour Jésus seul, et qu’elle meurt de tuberculose dans de grandes douleurs physiques et spirituelles), d’être inaccessible (alors que sa « petite voie » de la confiance et de la sainteté est pour tous), d’être trop parfaite (alors qu’elle supporte avec douceur ses imperfections et que sa faiblesse seule lui donne l’audace de s’offrir à l’amour miséricordieux), d’avoir été exaltée par ses sœurs (alors qu’aucune n’aurait pu prévoir ou penser qu’elle serait canonisée un jour, et que le monde se l’approprierait avec autant d’ardeur).

Thérèse se révèle en toute simplicité à travers ses écrits et ses photos, qui nous sont maintenant offerts sans artifices. Simplicité et profondeur vont de pair ici. Sa « petite voie » d’émerveillement se retrouve aussi dans son écriture dépouillée qui veut rendre compte du « vrai de la vie » (Ms A, 31r°). Nous pouvons la lire sans trop de difficultés, même si son époque et sa sensibilité diffèrent de la nôtre. Son langage est imagé, son style est simple, sans être simpliste. Elle écrit comme elle vit. Elle se raconte par images, presque en plans cinématographiques. Ses textes sont plus intuitifs que didactiques. Elle n’a jamais voulu faire une œuvre, n’écrivant qu’au gré des circonstances le désir qui l’habitait, à la demande de ses sœurs. Sa vie est son message, son existence est théologique. Il n’y a rien de systématique dans ses écrits, pas de traité spirituel, encore moins d’argumentations philosophiques ou théologiques, seulement des synthèses dispersées dans près de huit cents pages de texte.

Mystique et comique

La vie de Thérèse est traversée de bord en bord par l’amour qui se manifeste, non pas dans des extases ou de grandes mortifications, mais dans les petites choses du quotidien, ces « riens » qui font plaisir à Jésus et font « sourire l’Église » (Ms B, 4v°). Thérèse est mystique parce qu’elle est ouverte au mystère, qu’elle recherche la volonté de Dieu comme son bien le plus précieux, qu’elle veut s’unir au Christ en s’abandonnant sans crainte à son amour miséricordieux. Thérèse ne s’évade pas dans une mystique désincarnée. Au contraire, cette mystique du don et de la confiance s’enracine dans chaque petite chose du quotidien. « Ramasser une épingle par amour peut convertir une âme. […] C’est Jésus qui peut seul donner un tel prix à nos actions » (LT 164).

Cette vie d’amour fut aussi une vie de grande souffrance. Peut-il en être autrement lorsqu’on est hypersensible et lucide envers soi-même ? Thérèse a vécu son lot de ruptures, de maladies, d’incompréhensions : mise en nourrice après sa naissance, mort de sa mère à quatre ans et demi, abandon de ses deux sœurs aînées qui entrent au carmel, étrange maladie à l’âge de dix ans, scrupules, maladie mentale de son père lorsqu’elle est carmélite, souffrances causées par le froid et les indélicatesses de ses sœurs, désert intérieur, nuit de la foi et de l’espérance, tuberculose. L’amour seul l’intéresse. « Je veux souffrir par amour et même jouir par amour » (Ms B, 4v°). Elle développe une spiritualité du sourire, à l’image de la Vierge Marie qui l’a guérie par un sourire lorsqu’elle avait dix ans. Elle se réjouit au lieu de s’affliger de son sort, résistant contre tout ce qui détruit la joie, surtout la joie d’aimer Jésus et de le faire aimer, jusque dans l’éternité. N’a-t-elle pas dit qu’elle voulait passer son Ciel à faire du bien sûr la terre ?