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Carly, jeune trentenaire fraîchement divorcée, tente de reconstruire sa vie à Chicago entre yoga, amies déjantées et responsabilités maternelles. Un simple café renversé par un inconnu suffira à bouleverser son quotidien. Joe, séduisant mais maladroit, semble tout droit sorti d’un film romantique… ou d’un cauchemar. Entre joutes verbales piquantes et rencontres inattendues, ces deux cœurs cabossés vont apprendre à s’apprivoiser. Cependant, derrière les sarcasmes, chacun cache des blessures plus profondes. Et si la vie leur offrait une seconde chance… en sept jours seulement ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Caroline Ronco contemple les mots s’enchaîner, les scènes se déployer et les rebondissements s’imbriquer avec la précision d’un puzzle minutieusement assemblé. L’écriture de ce roman s’est révélée être pour elle une aventure inoubliable, mêlant passion, exaltation, épanouissement et un profond sentiment de liberté.
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Seitenzahl: 276
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Caroline Ronco
Sept jours pour une vie
Roman
© Lys Bleu Éditions – Caroline Ronco
ISBN : 979-10-422-7643-0
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuel.
Comme à son habitude, Carly se rend à son rendez-vous de yoga dominical, en plein air, en compagnie de sa meilleure amie Tracy. Vêtue de sa tenue de sport, elle quitte son domicile aux alentours de sept heures trente et traverse la ville de Chicago, au volant de sa coccinelle rouge, décapotable, la musique suffisamment forte pour couvrir sa voix durant son temps de karaoké improvisé. Elle traverse la ville en direction du parking le plus proche de Millénium Park qui se trouve sur la grande avenue.
Une fois stationnée, elle remonte l’allée principale et fait une halte dans un café afin de prendre une boisson chaude à emporter. En entrant, elle constate qu’un groupe de jeunes attendent leurs commandes, tout en discutant et que seulement deux personnes se trouvent devant elle dans la file d’attente où elle prend place. Attirée par le bruit de la porte d’entrée, elle se retourne et voit entrer un jeune couple, mais agacée par l’attente, elle sort son smartphone et envoie un message à Tracy : « Je prends mon café et j’arrive, bises. » Elle attend patiemment, tout en restant fixée sur son écran.
Puis vient le tour de Joe, l’homme qui se tient juste devant elle.
JOE : Bonjour, mademoiselle, dit-il d’un ton charmeur.
LAVENDEUSE (qui n’est pas insensible à Joe, lui sourit) : Monsieur, qu’est-ce qui vous ferait plaisir, aujourd’hui ?
JOE(d’un air flatté) : Je vous prendrais un café latte, s’il vous plaît.
LAVENDEUSE (d’un air enjoué) : Très bon choix, dit-elle avec le sourire. Il me faudrait votre nom et prénom, s’il vous plaît.
JOE(d’un air surpris) : Les deux ?
LAVENDEUSE(d’un air intéressé) : Oui… Sauf si ça vous ennuie.
JOE(autant hébété que gêné) : Euh… Joe, mademoiselle.
LAVENDEUSE :Corina ! dit-elle avec assurance. Donc, ce sera juste Joe !
JOE (rit dans sa barbe, qu’il n’a pas) : Oui, juste Joe.
LAVENDEUSE : Ça vous fera 3,95 dollars.
JOE : Gardez la monnaie et bonne fin de journée.
LAVENDEUSE : Merci et pour info, je finis mon service à 14 h ! dit-elle d’un air et d’un ton aguicheur puis reprend son travail. Suivant…
CARLY (qui ne peut s’empêcher de marmonner) : Tous les mêmes !
JOE (qui ne manque pas de se faire entendre) : Encore une qui aime commérer ! Ça doit être la Sainte aigrie !
CARLY(et son répondant légendaire) : Je ne commère pas, je constate… Nuance ! Enfin bon… Je ne suis pas sûre que vous sachiez faire la différence,dit-elletoutenluisouriantaunez.Puis,elles’adresseàlavendeuse. Un hot chocolate, s’il vous plaît… Au nom de Watson.
LAVENDEUSE(ne prêtant pas attention à la situation) : 3,95 dollars, s’il vous plaît. Carly lui tend un billet de cinq dollars et lui fait signe de la main pour garder la monnaie.
Elle s’avance du côté du comptoir où l’on récupère les commandes, tout en se trouvant toujours derrière Joe, qui lasse d’attendre, se retourne pour engager la conversation.
JOE : Dites-moi, la soirée a été si mauvaise que vous vous en prenez à moi, de si bonne heure ?
CARLY(qui avait de nouveau porté son attention sur son téléphone, relève la tête d’un air surpris et lui répond) : Écoutez…Nous allons arrêter cette conversation stérile, et donc sans aucun intérêt ! Et de plus, il n’y a aucune loi qui interdit de penser à voix haute !
Elle se replonge aussitôt dans son activité qui fut interrompue par cette discussion agaçante et c’est perplexe que Joe lui tourne le dos.
JOE (se met à penser à voix haute avec un rire narquois) : La soirée a vraiment dû être mauvaise… Les femmes autoritaires ne sont pas les premières qu’on séduit, généralement… Je dirais même les dernières !
Il récupère son café, mais furieuse des propos qu’elle a entendus malgré elle, la jeune femme l’attrape par le bras et lui fait opérer un demi-tour brutal, non sans conséquence.
CARLY : Non, mais…
Violemment tiré par la jeune femme, il se retourne tout en renversant du café sur le décolleté de celle-ci qui pousse un cri strident.
Joe, désarçonné et l’air idiot, lâche son gobelet qui tombe au sol et éclabousse ses baskets. Confus, il attrape un gros tas de serviettes et lui colle sur sa poitrine afin qu’elle puisse se nettoyer.
JOE (tout enretrouvant de la contenance) : Mais vous n’allez pas bien ! On n’agresse pas les gens de la sorte ! Vous êtes une folle à lier,dit-il en la fixant du regard, jusqu’à ce que celui-ci soit attiré par son décolletéetpoursuitensouriant.Quel dommage, ils étaient si jolis !
CARLY (d’un air exaspéré) : Taisez-vous, maintenant ! Joesefigetelleunestatue. Auriez-vous la gentillesse de vous écarter de mon chemin !Toutensecontenantintérieurementpournepashurlerdavantage.
JOE(se retire aussitôt tout en répliquant) :Oui, Mme La Colonel !
CARLY (abasourdie, elle hoche la tête degauche à droite en soupirant, attrape sa commande) :Je n’en reviens pas ! C’est un comble !
Elle récupère sa boisson et quitte l’établissement d’un pas pressé, tout en étant autant agacé que dépité. Mais, ne voulant pas en rester là, Joe la suit à l’extérieur et l’interpelle.
JOE :Vous partez, comme ça… Rien ne vous choque ?
CARLY (furieuse, s’arrête, se retourne et ôte ses lunettes de soleil) : Bien sûr que je m’en vais, crétin. Puis, elle repart en direction de son cours de yoga.
JOE(tout en la regardant s’éloigner) : Dites-moi Watson, vous n’avez pas l’impression de me devoir un café !
CARLY (en entendant cela, elle revient sur ses pas) : Et en quel honneur ?
JOE(ayant retrouvé son flegme conquérant) :Vous m’avez tiré brutalement, c’est pour cela que j’ai renversé mon café. Donc oui, vous m’en devez un, mademoiselle.
Perturbée qu’il l’appelle par son nom de famille et énervée qu’il ose lui réclamer un café, elle sort son porte-monnaie de son sac. Elle en retire le dernier billet de vingt dollars qu’il lui reste et s’empresse de le brandir, tout en le secouant sous son nez afin de le narguer.
CARLY : Désolée, je n’ai plus de monnaie, donc…
Au moment où elle s’apprête à arrêter cette plaisanterie, Joe attrape rapidement le billet, sous le regard surpris de celle-ci et ne manque pas de la narguer à son tour.
JOE(d’un air fier) :Ne vous inquiétez pas, je pense que la vendeuse appréciera le pourboire ! Il lui tourne le dos, la laissant bouche bée et retourne prendre une boisson.
Prise de court et épuisée de la situation, la jeune femme inspire profondément, tout en le regardant à travers la baie vitrée, reprendre une place dans la file d’attente.
En voyant qu’il se retourne pour jeter un œil à l’extérieur, elle lui fait un doigt d’honneur, accompagné d’un sourire commercial. Mais amusé par son geste, il réplique aussitôt en lui faisant un clin d’œil.
Elle s’en va, blasée d’avoir perdu à ce petit jeu.
Mise en retard par l’altercation, elle arrive au cours en courant, s’installe discrètement au côté de Tracy qui est placée volontairement au dernier rang afin de pouvoir converser sans trop déranger les membres qui participent à la séance.
TRACY(tout en chuchotant) : Rassure-moi, si tu es en retard, c’est parce qu’un bel homme, ténébreux et sexy t’a retenue dans son lit ? dit-elle en souriant.
CARLY (lève les yeux au ciel) :Presque, mais il n’était pas dans mon lit, loin d’être sexy, mais plutôt arrogant, hautain et, comme si toutes ces qualités ne suffisaient pas, il a deux mains gauches, car il m’a brûlé les seins enrenversant son café sur moi !
Et pire encore, il m’a forcé à lui payer un café.
TRACY (dans l’incompréhension la plus totale) : Quoi ?
CARLY :Le plus fou est que ce crétin, cet abruti fini, me connaît, car il m’a appelé par mon nom de famille.
Il m’a laissé sur le cul, l’enf…rrrrrr !La jeune femme débite si vite que Tracy n’ose pas placer un mot. Je te jure, je ne savais plus quoi répondre.J’avais beau réfléchir, mais la seule chose qui m’est venue, c’est un doigt d’honneur.
Oui bon…Je sais… Ça ne se fait pas, mais rien d’autre ne me semblait plus approprié.
TRACY : Il était sexy au moins ?
CARLY : Tu es sérieuse ?
TRACY : Ben quoi ? dit-elle en haussant les épaules avec un sourire complice pendant qu’elle la regarde d’un air choqué, les yeux écarquillés.
Bon OK, c’est peut-être un client ou un ami de Brian ?
CARLY (arrête sa position de yoga, se met sur ses genoux pour parler avec plus d’aisance) :Non, il ne m’a pas appelé Mme Davis, mais Watson !
Et son visage ne me dit absolument rien, impossible de me souvenir !
TRACY : Donc, c’est qu’il n’est vraiment pas attirant ! Le chapitre est clos.
CARLY : C’est tout… Un inconnu sait des choses sur moi et tu ne t’inquiètes même pas ! Et si c’était un harceleur ou un serialkiller ? Tu sais, comme dans les films. Ça existe vraiment !
Le cinéma n’a rien inventé ! Ça peut arriver à n’importe quelle femme. Il suffit de pas grand-chose pour devenir la proie d’un détraqué. Un simple mot, un sourire de courtoisie, un geste…
TRACY(lui coupe la parole) : Tu exagères…
CARLY : J’exagère…Moi ! Mais tu as écouté ce que je viens de te dire ? Il sait des choses sur moi !
TRACY : Oui, j’ai écouté et…
CARLY : Il a dû me voir sortir du parking et ça a dû être le coup de cœur pour lui ! Tu sais, les gens malades pensent le contraire de ce qu’il se passe réellement. Ils sont convaincus que tu leur appartiens…Je t’assure ! dit-elle d’un air certain.Ils sont vraiment fous !
TRACY(qui s’est assise pour l’écouter déblatérer un tas de bêtises depuis le mot « coup de cœur », lui répond tout en pointant du doigt un objet) : Ou il a lu ton nom sur le gobelet !
C’esten silence qu’elle relève son gobelet et voit apparaître le nom qu’elle avait donné lors de sa commande, Watson. Ce groupe de lettres formant un son familier, la fige comme une évidence.
Lorsque son regard croise celui de Tracy, elles ne peuvent s’empêcher de rire aux éclats et de se rouler dans l’herbe sous les regards étonnés du groupe et du professeur.
CARLY (les larmes aux yeux) : Je suis si soulagée qu’il ne soit pas un harceleur, serial killer ! Je suis allée super loin dans mon délire tout de même ! dit-elle en essuyant ses larmes.
TRACY :C’est bon Spielberg, tu es revenue à la raison ?
CARLY : Oui c’est bon !
TRACY(d’un air tout excité, change de sujet) : Alors, parlons peu, parlons bien, ma belle !
CARLY (la regarde d’un air inquiet) : Quand tu prends cet air-là, ça ne présage rien de bon !
TRACY : Tu as quelque chose de prévu mardi soir ?Carlyn’apasletempsderépondrequeTracypoursuitaussitôt. Bon, tu es invitée à venir manger à la maison.
CARLY(sentant le coup fourré) : Mouais… Développe.
TRACY : Tu te souviens, il y a quelques mois quand tu n’étais pas bien après ton divorce ? Je t’ai dit qu’il était arrivé la même chose à un ami de Peter.
CARLY : Et ?
TRACY : Eh bien, monsieur a emménagé tout récemment à Chicago. Pour te la faire courte, son ex-femme a été mutée pour le travail et pour ne pas briser le lien qu’il a avec sa fille, il les a suivis.Mais, il est bel et bien divorcé, et ce depuis très longtemps.
Nous l’avons invité à manger, mardi soir. Alors, vu que tu dis toujours « plus on est de fous, plus on rit », je me suis dit, invitons Carly !
CARLY(qui n’aime pas les rendez-vous arrangés) : Non…
TRACY (tout en commençant à ramasser ses affaires puisque le cours vient de se terminer et ayant prévu ce refus) : Trop tard ! J’ai dit que tu serais présente. Ce sera un repas sympa entre potes, et Jack et Lara seront présents également donc ce n’est pas vraiment un rencard arrangé ! C’est juste une soirée amicale, c’est tout.
CARLY :OK, plusieurs choses me traversent l’esprit. Pourquoi tiens-tu absolument à me caser ? Pourquoi faire un repas le mardi soir ? Et pour info, j’ai ma fille.
TRACY :Pourquoi mardi ? Comme ça, les enfants n’auront pas cours le lendemain donc zéro stress.Et je ne cherche absolument pas à te caser, mais à élargir ton cercle d’amis. Allez, dis oui…
CARLY : Divorcé, divorcé ?
TRACY : Divorcé depuis plus d’un an, toujours célibataire aux dernières nouvelles et il a une fille.
CARLY (fait la grimace) :Et à quand remontent les dernières nouvelles ?
TRACY : Au mois dernier ! Et je trouve que tu es bizarre quand même ! Il y a trois minutes, tu ne voulais même pas venir et là, tu poses beaucoup de questions pour quelqu’un qui n’est pas intéressé !
Mais bon, je me renseignerai pour être sûre qu’il soit accompagné uniquementde sa fille.
Cela te convient ?
CARLY : Oui, tu imagines s’il arrive accompagné ! J’aurais l’air de quoi, moi !
TRACY(lui fait la bise) : Bon, faut que j’y aille, c’est le week-end belle-mère ! dit-elle en levant les yeux au ciel. Alors je ne peux pas rester plus longtemps, aujourd’hui.
Bisous, ma belle et s’il vient seul, tu es obligée de venir.
CARLY : OK. Mais…Dis-moi, tu ne la vois pas un peu trop souvent ta belle-mère pour quelqu’un qui la trouve agaçante ?
TRACY : Pour le meilleur et pour le pire, dit-elle en s’éloignant. Bye ! À mardi et oui, je te téléphone entre-temps.
CARLY (se met à crier) : Envoie-moi une photo de lui pour que je sache à quoi…
TRACY(se retourne et tout en marchant à reculons) : Non ! Surprise !
Après avoir récupéré toutes ses affaires, Carly se dirige vers l’avenue principale, qu’elle traverse et descend en direction du parking. Prise dans ses pensées, elle ne remarque pas la voiture qui ralentit, tout en descendant la vitre, côté passager.
JOE : Mlle Watson…
CARLY(répond machinalement, sans savoir à qui elle s’adresse) : Oui. Elle réaliseque c’est l’homme du café.Encore vous ! dit-elle en grimaçant.
JOE(se gare, sort du véhicule et d’un ton pacifique) : Vous et moi sommes partis du mauvais pied. Alors, je tiens à m’excuser des propos que j’ai pu tenir à votre égard et pour me faire pardonner, j’aimerais vous offrir un verre.
Carly se met à rire aux éclats. Ça y est, vous avez fini de vous marrer !
CARLY(finissant de se moquer de lui) :Attendez, oh mon Dieu… Ça fait tellement longtemps que je n’avais pas ri de la sorte ! Ouuuuh…
JOE(s’impatiente, mais reste impassible) : Alors, ça vous dit de boire un verre ?
CARLY (qui continue de rire) : Un verre ?
JOE : Oui.
CARLY : Avec vous ?
JOE : Apparemment !
CARLY(tout en reprenant son sérieux) : Je préférerais avoir la gastro plutôt que de boire un verre avec vous ! Mais j’apprécie malgré tout vos excuses qui ne sont que pure stratégie de drague.
JOE(vexé, se met en colère) :Finalement, ma première impression était la bonne. En fait, pour être plus précis, vous n’êtes pas juste aigrie, vous êtes juste le reflet de l’expression « sois belle et tais-toi ».
Rien d’intéressant ne ressort de ce physique qui, à bien y regarder, n’est pas si beau, sexy ou élégant. Vous êtes juste banale… À vrai dire, vos propos vous rendent même laide !
Il tourne les talons, se dirige vers sa voiture mais pris de colère, il revient sur ses pas et poursuit.
Ce n’est pas dans mes habitudes d’avoir un comportement comme j’ai eu ce matin, alors en vous voyant, je voulais juste m’excuser et vous inviter à boire un verre afin de rétablir les choses. Et si vous pensiez que mon but était d’avoir votre numéro de téléphone ou de vous ramener chez moi, vu qu’en plus vous avez l’air narcissique, sachez que vous avez tort.
J’aurais repris ma route juste après, car je ne cherche pas de rencontre. Vous êtes une femme mal baisée, imbue de sa personne, prétentieuse, hautaine et vous ne méritez même pas qu’on se retourne sur vous, car tous ces adjectifs, vous les portez sur votre visage recouvert de maquillage, ce qui fait que votre comportement était donc prévisible.
Mais contrairement à ce que vous dites, je ne suis pas un abruti, mais un homme naïf prêt à s’excuser auprès d’une femme qu’il ne connaît pas juste parce que j’ai des principes et que lorsque je suis en tort, j’ai l’intelligence de le reconnaître.
À ce moment précis, le destin me permettait de m’excuser. Le pire, c’est que vous êtes tellement mauvaise que vous rendez les gens mauvais !
Sur ce, je vous souhaite la gastro dont vous rêvez tant !
Il remonte dans sa voiture en claquant la porte. Pauvre fille.
Puis, il reprend sa route.
Figée telle une statue, elle le regarde partir tout en essuyant ses larmes qu’elle ne peut pas contenir. Mais interpellée par une passante qui tient à s’assurer que tout va bien, elle sourit, essuie ses larmes et marche d’un pas pressé vers le parking, tout en se frottant le visage avec les manches de sa veste car les larmes ne cessent de couler.
Joe,bloqué un peu plus loin par d’autres véhicules à cause d’un feu tricolore, la voit passer en larmes et commence à culpabiliser d’avoir tenu des propos virulents.
JOE(tout en tapant sur le volant) : Hé merde !
Arrivée à son domicile, Carly accroche son trousseau au porte-clés, retire ses baskets tout en accrochant son sac dans l’entrée puis va chercher une bière dans le frigo qu’elle ouvre à l’aide d’un décapsuleur puis monte les escaliers qui mènent à l’étage.
Elle entre dans la salle de bain, commence à faire couler l’eau tout en réglant la chaleur du bout des doigts qui lui servent de thermomètre et met du bain moussant.
Ellepose sa boisson au bord de la baignoire, se déshabille en plaçant directement le linge sale dans la corbeille, attache ses cheveux en chignon tout en se regardant dans le miroir, les yeux rougis, vitreux, dus aux pleurs.
Elle met un fond de musique jazz sur son téléphone et s’installe confortablement dans le bain mousseux afin de pouvoir se détendre, mais la fatigue associée à la contrariété l’emporte et elle finit par s’assoupir.
Après s’être assoupie un bon quart d’heure, elle se réveille en sursaut, complètement paniquée, manquant de justesse de boire la tasse.
CARLY (regarde autour d’elle et se rend compte que ce n’était qu’un mauvais rêve) : Merde ! Cet abruti vient m’emmerder jusque dans mon bain ! Elle inspire profondément. OK, Carly… Ce n’était qu’un cauchemar… Juste un sale type que tu ne reverras jamais. Inspire, expire…
Ayant le cœur qui bat à cent à l’heure dû au cauchemar, elle décide de sortir du bain.
Contrariée, elle se met en mode cocooning, enfile son pyjama, met ses chaussons molletonnés puis coupe la musique de son téléphone et descend dans la cuisine pour se préparer à manger. Passionnée de cuisine, elle prépare un plat italien, des lasagnes. Elle coupe en petits morceaux les oignons, les carottes et le céleri, puis hache le basilic et l’ail. Une fois que tous les ingrédients sont prêts, elle les mélange dans la marmite un à un. Elle y ajoute de la viande hachée pour créer une délicieuse bolognaise, qu’elle laisse mijoter à feu doux, le temps de préparer la pâte maison. Une fois le tout assemblé, elle enfourne son plat et attend patiemment que les lasagnes cuisent, tout en nettoyant sa cuisine.
Une fois cuites, elle se sert une belle part. Elle la savoure sur son canapé, devant un film, et finit par s’endormir, vaincue par la digestion.
De son côté, Joe, installé sur son fauteuil, une bière à la main droite, la télécommande à celle de gauche, regarde une chaîne sportive, mais pense toujours à l’altercation.
N’arrivant pas à se concentrer, il zappe de chaîne en chaîne, mais rien ne l’intéresse vraiment.
JOE(éteint la télévision, pose la télécommande, soupire et se parle à lui-même) : Bon ça suffit ! Arrête d’y penser, ce qui est faitest fait ! Pas la peine de s’en rendre malade.
En plus, tu ne la connais même pas !
Il se lève, prend son ordinateur portable, se rassoit tout en le posant sur ses genoux, l’ouvre, le démarre et va sur Facebook.
J’en reviens pas… Quarante-cinq ans et aller sur les réseaux sociaux pour voir ses amis. Qui l’aurait cru !
Alors qui a mis quoi ? dit-il tout en faisantdéfilersapage.
Quand soudain,iltombesurunephotoqu’apostéeTracylaveilleavec,pourtitre« à quand le prochain week-end de détente ? » Stupéfait,ilcliquedessuspourl’agrandir.Choqué,ilsepasselamaindanslescheveux,setientlatêteetcrie.
Non, non, non… Pas elle !Trois millions d’habitants dans cette ville ! Trois millions et elles sont amies !
C’est une photo où l’on peut voir Tracy et Carly en maillot sur l’une des plages qui borde le lac Michigan.
Interpellé par la sonnerie de son téléphone, il pose l’ordinateur sur la table basse et va le chercherdans la poche de sa veste qui se trouve accrochée à une des chaises de la cuisine.
Voyant le nom de Peter affiché sur l’écran, il hésite un instant.
JOE : Tu deviens fou, ce n’est qu’une simple coïncidence ! Et décroche.
Allô ?
PETER : C’est Peter, tu vas bien ?
JOE : Très bien et toi ?
PETER : Parfait. Dis-moi, je ne te dérange pas ?
JOE : Non.
PETER : Je t’appelle car ma femme ne veut pas commettre d’impair en dressant la table, donc, elle voudrait savoir combien vous êtes ?
JOE (tout en riant) : Dis-lui qu’il n’y aura que ma fille et moi.
PETER : Donc, toujours célibataire ?
JOE : Oui, toujours. Mais dis-moi, est-ce que je connais certains de tes amis qui viennent dîner ?
PETER : Ce ne sont pas des amis d’enfance donc, je ne pense pas ! Bon, je préviens Madame que vous serez deux et on se voit dans trois jours, OK ?
JOE : OK, compte sur nous. Tant que je t’ai au téléphone, ça te dit qu’on se retrouve au parc demain, après l’école avec les enfants ?
PETER : Oui avec plaisir ! À demain, puis raccroche.
Joeregarde son téléphone, voulant s’ôter d’un doute, le rappelle.
PETER(étonné, décroche) : Oui ? Il y a un problème ?
JOE : Peter, j’ai une question. C’est un repas entre amis ou pour me présenter une amie ?
PETER (rit de sa question) :OK… On sera plusieurs adultes, mais certains d’entre nous sont célibataires enfin… Surtout une !
JOE : Tu peux m’envoyer une photo ?
PETER : Non, j’ai promis à Tracy de ne rien te dire et j’en ai déjà trop dit. En plus, elle n’a rien dit à son amie pour qu’elle ne se sente pas mal à l’aise. Alors aucune raison pour que tu aies plus d’infos. Tu viens à ce charmant repas et tu apprécies la soirée, peu importe le résultat. Rassure-toi, cela n’engage en rien donc inutile de paniquer ! D’ailleurs, depuis quand paniques-tu face à une femme ?
JOE(pris au dépourvu, rétorque) : Oui, tu as raison. Pas de quoi paniquer…
PETER : Allez, il faut que je te laisse. Bye !
JOE : Bye ! Tout en raccrochant son téléphone, il lance ce dernier sur la table de la cuisine.
Joe tourne plus ou moins en rond, car il redoute que la jeune femme célibataire soit Carly.
JOE (retourne dans le salon pour se replonger sur Facebook) : C’est elle ! C’est obligé que ce soit elle. Avec la chance que j’ai, ça ne peut être qu’elle !Tout en approfondissant ses recherches pour en savoir plus.
Pour en savoir davantage, il se focalise sur le statut personnel de Tracy et trouve des publications de mai 2016 lorsqu’il tombe sur « Week-end au lac Michigan ».
Il voit plusieurs images de ce jour-là : trois couples d’amis, des enfants, une photo de Carly et Brian à l’époque où ils étaient mariés qui est intitulé « M. et Mme Davis ». Il se souvient pourtant l’avoir appelé « Watson ».
Sans attendre, il saisit dans la barre de recherche « Carly Watson » et trouve une correspondance. La photo de profil correspond et est accompagnée d’une fillette. Il clique sur le profil puis dans la case « À propos » et voit sa date de naissance ainsi que sa situation amoureuse « divorcée ». Il continue et va sur l’onglet « Photos » pour en voir plus.
Il remonte de l’ouverture de son compte sur le réseau social jusqu’à aujourd’hui. Des photos de Brian, son mariage, sa fille, les soirées, les vacances… Et plus rien pendant de nombreux mois. Et à nouveau des photos d’elle et de sa fille… Il affiche une photo d’elle toute souriante.
JOE (d’un air charmé) : Pas si laide finalement ! Puis se reprend. Mais quel caractère de cochon ! Et tout en se déconnectant de Facebook. Qui vivra verra.
Il ferme son ordinateur portable, s’allonge dans le canapé et rallume la télé.
Carly est réveillée par la lumière du jour qui traverse les fenêtres du salon, après une bonne et longue nuit de sommeil.
CARLY (qui prend le temps de s’étirer) : Note à moi-même, je suis trop vieille pour dormir sur un canapé !
— OK Google : mets de la musique pop.
Elle se dirige les yeux à moitié ouverts vers sa cuisine et regarde l’heure affichée sur le four, 8 h 30.
Elle ouvre le placard situé en hauteur, prend une tasse qu’elle place sur la machine à café, tout en se déhanchant légèrement sur la musique qui passe à ce moment-là.
Tandis que son café coule, elle se rend dans le salon pour prendre son téléphone resté dans le canapé, puis retourne dans la cuisine et le pose sur la table.
Elle attrape sa tasse, un sucre rangé sur l’étagère du haut et une petite cuillère dans le tiroir, qu’elle referme d’un coup de hanche.
Elle tire sa chaise, s’assoit en position lotus et, tout en sirotant son café, elle navigue sur internet à la recherche des dernières actualités.
Une fois sa lecture terminée, elle l’éteint et le laisse sur la table. Elle rince sa tasse, l’essuie, la range, et monte à l’étage en fredonnant. Dans sa chambre, elle ouvre son armoire et observe ses vêtements un instant.
CARLY : Aujourd’hui, ce sera cool, décontracté et un tantinet sexy !
Elle attrape une robe-polobleu marine courte, un ensemble lingerie de la même couleur que sa tenue, une paire de socquettes basses blanches vient compléter l’ensemble et se rend à la salle de bain pour se préparer.
Elle pose minutieusement ses habits dans le bon ordre d’enfilage sur le portant et fait couler l’eau le temps de se déshabiller.
Une fois la douche terminée, elle enfile sa tenue, se maquille légèrement et attache ses cheveux ondulés en queue-de-cheval haute. Satisfaite du résultat, elle sourit et descend les escaliers, mais se rend compte que certaines lumières sont restées éclairées. Elle opère un demi-tour pour les éteindre puis descend dans le hall d’entrée pour mettre ses baskets basses blanches.
Elle attrape une veste en jean courte, son sac à mainet se rend chez sa voisine, Mme Jonson.
Une vieille dame à l’esprit aiguisé, au franc-parler, mesurant à peine un mètre soixante, âgée de quatre-vingt-quatre ans, et qui se déplace difficilement à cause de la maladie de Parkinson.
Arrivée à la porte, elle cogne.
Mme JONSON(lui ouvre la porte) : Bonjour ma petite Carly !
CARLY : Bonjour, Mme Jonson ! Bien dormi ? dit-elle tout en lui faisant la bise.
Mme JONSON : Oui, comme un vrai bébé ! Mais, dis-moi, tu es en avance ?
CARLY : Oui, c’est vrai… J’avais dit dix heures pour aller faire les courses. Mais… comme j’étais prête…
Mme JONSON : Huu huu…
CARLY : Bon, j’avoue, une fois prête, je suis venue sans même regarder l’heure qui l’était. Mais je ne suis pas pressée, prenez votre temps.
Mme JONSON : Non, ne t’inquiète pas. Puisque tu es là, tu peux m’aider à mettre mes chaussures, ça m’évitera de me plier en deux.
CARLY : Sans problème. Asseyez-vous.
Une fois fait, Mme Jonson se relève et, aidée de la jeune femme, elle met son gilet, prend son sac et quittent la maison. Elles montent en voiture et partent au supermarché qui se trouve à quelques kilomètres non loin de chez elles.
Pour des raisons pratiques, Carly se gare à côté des caddies. Pendant que la jeune femme en prend un, Mme Jonson s’avance tout doucement vers le magasin mais, rattrapée par celle-ci, elle se voit dans l’obligation de le pousser afin d’avoir un soutien pour marcher.
CARLY : Je vais chercher le lait, la lessive et je vous rejoins.
Mme JONSON : Tu ne sais même pas où je serais !
CARLY (qui commence à partir, hausse le ton pour se faire entendre) : Vous êtes prévisible, Mme Jonson ! dit-elle en remontant l’allée principale du magasin.
Toutes les personnes se trouvant à proximité d’elles tournent la tête vers Carly, attirées par le son de sa voix. Parmi elles, Joe, qui se trouve au rayon des conserves, sourit en la voyant.
JOE : Réfléchis ! Réfléchis !
Pendant ce temps, Carly ramène les deux packs de lait au caddie.
Mme JONSON (la voyant arriver) : Apparemment, je le suis vraiment !
CARLY : Surtout, ne changez rien, j’adore ! Je vais chercher les boissons, prenez le temps de choisir. La vieille dame sourit.
Joe, qui se trouve à l’opposé de l’allée centrale, remonte les rayons en même temps qu’elle jusqu’à ce qu’elle tourne en sa direction au rayon des bières.
