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Plongée dans le Marseille du milieu du XXe siècle. L'auteur, marseillais bien sûr, déroule son histoire dans ces coins de la ville que ne peuvent connaître que les Marseillais ou les amoureux de cette ville unique au monde. L'impasse Laurana, qui débouchait sur un pré de verdure, la rue Fortuné, aujourd'hui rue Jean Fiore, et son école maternelle... La rue des Trois Mages, face au "jardin des chats" et sa fontaine Espérandieu du Palais des Arts, qui fut le théâtre d'épiques combats de sabres de bois, livrés en armures, casques et boucliers de carton. Le cours Julien, la place du marché provençal sur laquelle concourraient les carrioles des gamins, l'ancien "ventre de Marseille" qui a perdu sa vocation en 1972 et "La Plaine", plus connue sous le nom de place Jean Jaurès, avec son kiosque de Guignol... haut lieu historique et grande piste de courses de patins à roulettes... Sans oublier La Canebière, les retraites aux flambeaux, les défilés du 14 juillet et les feux d'artifice tirés sur le Vieux Port et partagés en famille... Notre-Dame-du-Mont et son patronage... Les parties de pêche dans l'anse de Malmousque et son minuscule port sur la corniche Kennedy, en face des îles d'Endoume et de Gaby, ou vers l'Estaque, à la pointe de Corbière avec son fortin... Pour qu'il en reste au moins une trace...
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Seitenzahl: 175
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Livre autoédité par :
Gérard Giordano
153, chemin des Incapis
83300 Draguignan
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou les reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Est-ce que, lorsqu'on sait que l'on va partir, on acquiert une lucidité qu'on n'a pas eue auparavant ?
Georges SimenonPedigree (1943)
À notre frère Georges, à notre mère et à notre père.
REMERCIEMENTS
AVANT-PROPOS
SUR LES TRACES DE NOS ANCÊTRES
DIMANCHE 26 AVRIL 2020
LUNDI 27 AVRIL 2020
MARDI 28 AVRIL 2020
MERCREDI 29 AVRIL 2020
JEUDI 30 AVRIL 2020
VENDREDI 1ER MAI 2020
SAMEDI 2 MAI 2020
DIMANCHE 3 MAI 2020
MERCREDI 6 MAI 2020
JEUDI 7 MAI 2020
VENDREDI 8 MAI 2020
SAMEDI 9 MAI 2020
DIMANCHE 10 MAI 2020
NOTES ANNEXES…
Toute ma gratitude à Pascal Delugeau, Écrivain-Conseil® du cabinet Votre Plume 83, qui, lors de ses ateliers d’écriture, m’a donné l’enseignement nécessaire pour que je puisse mettre en forme mes souvenirs d’enfance. Il en est de même pour son aide et son concours à l’aboutissement de mon projet.
Merci à ma sœur Mylène, qui a comblé une part de mes lacunes en participant à la relecture du manuscrit.
Merci à ma compagne Joëlle, première lectrice et correctrice, qui a donné de son temps sans ménager sa peine pour me permettre d’arriver au bout de mes souvenirs d’enfance.
C’est durant le premier confinement que j’ai pris la décision de faire le point sur ma vie. Une remise en question qui pouvait être sévère, profonde et existentielle. C'était, à mon sens, le moment de me poser les bonnes questions : qui suis-je réellement, suis-je tout simplement heureux dans ma vie de tous les jours ? Ce questionnement est profond et peut se traduire parfois par d’importants chambardements.
J’étais convaincu qu’il ne nous serait plus possible de penser et de vivre les choses comme avant…qu’il y aurait forcément un après Covid-19 différent, cet épisode douloureux, d’inquiétude et d’incertitude, devait avoir l’effet d’un électrochoc... afin que l’après-confinement soit notre parfaite renaissance !
Le temps d’avant a si vite passé et a laissé tant de traces indélébiles…combien de temps reste-t-il devant moi pour accomplir ce que je n'ai pas réussi à faire depuis le jour de la prise en main de ma destinée ? Pendant cette période de face à face avec moi-même et de l’introspection de moi à moi, l'occasion s’est pourtant avérée idéale pour renouer avec mes convictions personnelles, mes envies, mes rêves et d’en faire le bilan en toute objectivité.
Durant cet intervalle imposé, il était essentiel de redéfinir mes priorités face à ma famille, à mes passions, dévorantes pour certaines, et mon rapport aux autres… Pour aussi identifier les éléments qui me compliquent l'existence, éliminer ceux qui grugent mon énergie, pour tenter de la rendre plus productive dans d'autres aspects de ma vie.
Je devais impérativement entrer en mode retour à la vie. Réfléchir, peser les pour et les contre avant de m’engager dans une voie, quelle qu'elle soit. Prendre le temps de dresser les listes de mes insatisfactions et de mes satisfactions. Comment, pour les premières, inverser leur influence négative et pour les secondes, les maintenir voire les améliorer, pour avoir les idées plus claires et mieux renaître à la vie.
Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour poser le cadre de mon projet. Depuis octobre 1986, à la perte de maman, je noircissais des pages, parce que l'écriture me permettait parfois de prendre des distances avec les interrogations qui m’habitaient. Bien que conscient qu’à cette époque il était nécessaire et fondamental de regarder vers l'avenir avec sérénité. Mais, ressasser le passé avait sur moi l’effet d’une thérapie…
Plus proche de nous, c’est à un moment où certaines représentations antiques de l’humanité sont réduites en miettes et que l’on galvaude de nouveau la définition de Français de souche, que le cinquante pour cent que je suis, plonge dans ses souvenirs d’enfance heureuse pour les déposer sur l’autel de la fraternité sacrifiée.
Il me restait donc à remonter le temps et à plonger dans les méandres de ma mémoire pour en extirper les extraits de ce qui fut… notre vie… J’ai aussi entrepris cette course de relais afin de passer le témoin à mes enfants… tout en espérant qu’ils en feront de même à leur tour…
*
En notes annexes sont rassemblés les écrits qui ont suivi la disparition de nos parents et de notre frère Georges. Ceux concernant papa sont beaucoup plus rares, ce qui ne signifie pas que je l’aimais moins… mais nous n’avions pas les mêmes rapports et, comme vous le découvrirez, il était très secret. Autrement dit, il n’a jamais brisé son armure. Ce qui n’enlève rien à cet ensemble de notes composé parfois dans la douleur ; il a été la colonne vertébrale de certains souvenirs.
Du côté de papa qui est né à Port-de-Bouc le 24 février 1926, le septième d’une fratrie de neuf enfants qui comptera sept filles et deux garçons, nous sommes des petits-enfants d’immigrés arrivés tout droit de Napoli. Il n’est pas dans mes intentions de renier le patronyme légué par notre père. Nous sommes aussi Ritals et j’en suis toujours fier.
Notre arrière-grand-mère et notre grand-père avec son épouse, nos grands-parents paternels, ces deux derniers nés en 1891 et originaires de Castellammare di Stabia, située au sud de la ville métropolitaine de Naples, en Campanie, dans l'Italie méridionale, sont les seuls membres de notre famille ayant migré d’Italie, vers 1910.
Les raisons qui ont motivé leur départ sont certainement d’ordre économique. Ce qui peut paraître étonnant, car son implantation en bord de mer fait de cette région un pôle industriel et commercial avec des chantiers de constructions navales fondés en 1783, des usines de papier, de ciment et de produits alimentaires.
À leur arrivée en France, ils étaient accompagnés d’un jeune garçon. Celui-ci ne faisait visiblement pas partie de la famille, mais selon notre père, il était le frère de lait de notre grand-père et quand il parlait de lui, papa l’appelait, tonton Sauveur.
Curieusement, je n’ai gardé aucun souvenir de lui. D’après notre sœur, il semble que maman l’ait bien connu aussi et peut-être même souvent rencontré. Elle nous disait que parfois papa partait en disant je vais voir mon oncle Sauveur… Il m’est encore difficile de comprendre pourquoi il ne nous emmenait pas avec lui. Nous n’avons jamais rien su de plus sur cet homme qui était devenu, à nos yeux, si mystérieux. Cela faisait partie du silenzio sull'argomento*1, comme si notre père avait eu honte de sa propre histoire.
Il est bien regrettable que nous n’ayons pas pu le rencontrer, ce qui nous aurait permis de mieux le connaître. Au fil du temps, il est devenu ce personnage légendaire dont on parle, mais que l’on ne voit pas… Cependant, un peu magique, car il était le seul contemporain à pouvoir nous rattacher au passé napolitain de notre famille. Le seul être encore vivant à cette époque, né au cœur d’une partie de nos racines et ayant vécu dans une petite ville située à proximité du Vésuve, célèbre volcan ayant causé la destruction de Pompéi. Berceau de la moitié de notre histoire familiale, et c’est peut-être là, en bord de mer, que vit encore une partie de notre famille de l’Italie méridionale !
C’est assez incroyable de n’avoir pas pu l’approcher pour partager avec lui les souvenirs de son enfance et ceux de nos grands-parents… Il nous aurait appris tant de choses sur cette période de notre histoire familiale et plus particulièrement celle de notre grand-père paternel, que nous n’avons pas connu.
Avec mon frère et ma sœur, nous avons tous les trois partagé une profonde déception de cette absence d’échange avec l’oncle Sauveur et nous l’aurions aimé comme s’il avait été des nôtres. D’ailleurs, n’en était-il pas ?
Il nous aurait certainement fait découvrir la jeunesse qu’ils avaient vécue. Nous nous serions même satisfaits de légendes aux parfums d’huile d’olive, de mozzarella et de pastachoute au parmesan.
Je les ai imaginés tous les trois, sous le soleil brûlant de l’été, pêchant dans le port du village ou plongeant depuis un rocher, dans les eaux bleues de la Méditerranée.
Et là encore, quand le soir venu, assis côte à côte parmi les familles se réunissant devant leur pas de porte dans d’étroites ruelles, refaisant le monde sous le linge étendu de part et d’autre des façades des maisons, parlant avec les mains et cette gouaille qui n’appartient qu’aux méditerranéens.
Puis la nuit avançant, chacun sortant une chaise pour écouter des chansons napolitaines, souvent composées de complaintes amoureuses ou de sérénades, le tout arrosé de limoncello, la fameuse liqueur citronnée, ou de chianti qui délie facilement les langues.
Enfin, nous aurions aussi appris comment nos grands-parents avaient fait connaissance. Étaient-ils des amis d’enfance ? Ou bien, comme cela devait se faire à l’époque, étaient-ils promis l’un à l’autre depuis leur naissance ?
Nous sommes peut-être aussi passés à côté de notre meilleur professeur d’italien.
Silenzio sull'argomento sera devenu le leitmotiv de notre père… Les non-dits étaient légion, jusqu’à ne pas savoir quelle profession exerçait notre grand-père… par pudeur… par complexe d’infériorité, ou parce que notre père s’est toujours senti comme un étranger, même parmi les siens ?
Mais nous aimions notre père dans toute la complexité de ses silences et plus particulièrement dans toute la simplicité de son être, parce qu’il était un homme vrai et sincère, des valeurs qu’il nous a enseignées et que nous portons fièrement.
Cependant, malgré le périple qu’il représente, il y a un rêve que je ne cesse de nourrir en espérant qu’un jour il se réalise : partir en pèlerinage sur les terres de mes grands-parents paternels, marcher dans les rues où ils ont marché, respirer l’odeur du jasmin et des bougainvilliers qu’ils ont respirée, admirer le même coucher de soleil sur le Vésuve.
J’aimerais aussi déambuler au hasard dans cette ville construite sur le site de Stabies, un lieu de villégiature apprécié des Romains, mais qui a brûlé lors de l'éruption du Vésuve en l'an 79, dont subsistent trois villas antiques, la villa San Marco, la villa Arianna et la villa d'Oplontis, que je visiterai avec bonheur et enfin, plonger encore plus profond dans ces racines, au cœur de Pompéi.
Du côté de maman, née à Marseille le 4 juillet 1928, deuxième enfant d’une fratrie de quatre sœurs, les choses semblent plus simples ; bien que nos grands-parents maternels soient tous les deux nés également à Marseille, les origines de notre grand-mère maternelle nous plongent dans l’est de la France, entre le Jura et la Haute-Savoie, mais nous ne saurons rien de plus…
Si ce n’est que nous avons grandi avec l’histoire d’un fils déshérité de son titre de noblesse pour avoir épousé une roturière, maman prenait plaisir à entretenir cette légende et, malgré le sort réservé à notre aïeul, nous étions tout de même un peu fiers de cette extraordinaire romance qui avait touché notre ascendance… conte ou légende ? Nous nous sommes contentés de la chute d’une particule sans chercher plus loin !
*
C’est l’article publié le 26 avril 2020 sur ma page Facebook qui sera le véritable détonateur de la rédaction de mes souvenirs d’enfance. Initialement, ce post faisait partie de mon habituel réflexe à commenter l’actualité dans une série de publications intitulées Mon coup de gueule.
Autrement dit, ce fut une sorte de fil conducteur que j’ai décidé de ne pas retirer, bien conscient que son contenu, qui est une forme d’expression de ma liberté de penser, pouvait heurter certains lecteurs.
*
Émilienne Thévenon-Rossiaud ma grand-mère maternelle
Raffaelle Giordano mon grand-père paternel
Jean-Marie Giordano mon père
Maman au 2e rang, 3e en partant de la droite
Marie-Rose Coullomb ma mère
1 Silence sur le sujet
Carnet de bord d’un confiné à J41… L’école buissonnière…
À l’origine, la buissonnière est une école clandestine se tenant en plein champ… Aujourd’hui, face à la Covid-19, on peut comprendre que certains aient plus envie de prendre la clé des champs !... Après de nombreuses controverses, de dits, de dédits et de contredits et plus particulièrement de non-dits… l’exécutif a annoncé que la nouvelle rentrée scolaire serait prévue pour la semaine du 11 mai. En réalité, il s’agit d’une demi-rentrée, mais au regard des commentaires des professeurs, des syndicats de la profession, comme la CGT qui veut que cette rentrée soit repoussée en septembre, et des parents d’élèves, plutôt hésitants, cela pourrait devenir une non-rentrée… Autrement dit, nous nous dirigeons probablement vers l’école buissonnière…
Je ne sais pas pourquoi, mais évoquer l’école buissonnière réveille en moi des souvenirs de mon école primaire, l’époque de La guerre des boutons, des culottes courtes et des sandales en plastique. En ce temps-là, pas de mixité, les filles d’un côté et les garçons de l’autre. Pour rentrer en classe, dès que la cloche avait tinté, il fallait se mettre en rang deux par deux dans la cour, en face de sa classe respective et surtout garder le silence. Nous étions parfois plus de trente par classe et on entendait les mouches voler ; il y avait le respect du maître ou de la maîtresse…
Nos pupitres étaient en bois où nous nous tenions à deux, côte à côte, rangés à la queue leu leu sur trois rangs, même taille pour tous, tant pis pour les petits, tant pis pour les grands. Leur plus grande partie était inclinée pour nous faciliter l’écriture et sous laquelle il y avait un casier où nous pouvions glisser livres et cahiers. Sur leur partie haute et plate, il était prévu un aménagement pour poser crayons et porte-plume. À notre droite – tant pis pour les gauchers –, les encriers de porcelaine étaient fichés dans un trou, nous y trempions la plume Sergent-Major de nos porte-plume. Il fallait les remplir de l’encre violette réglementaire qui nous tachait les doigts et faisait des pâtés sur nos cahiers de devoirs, au dos desquels figuraient les tables de multiplication que nous devions apprendre par cœur…
Nous portions tous une blouse, noire de préférence, taillée dans un tissu épais et résistant, nous n’avions pas le souci d’arborer le dernier survêt’ ou les vêtements de marques de la dernière tendance… cela n’existait pas encore…
Toutes les salles de classe se ressemblaient : il y avait l’estrade sur laquelle se trouvait le bureau du professeur et derrière, le tableau noir avec les craies blanches et de couleurs, ainsi que l’éponge pour le nettoyer, une tâche bien souvent réservée au chouchou du prof.
En fermant les yeux, j’entends encore le crissement particulier de la craie sur le tableau noir et je n’ai pas non plus oublié son odeur. Tous les matins, nous avions droit, juste en dessous de la date, à la leçon de morale du jour. C’était, par exemple Il faut toujours obéir à sa conscience… La politesse ne coûte rien et rapporte beaucoup…Il n’est si bon pain que celui qu’on a gagné…
Pendu à un mur de la classe, l’inévitable carte géographique de la France, carte physique au recto et carte politique au verso. Autre élément incontournable, le poêle à bois et à charbon qui trônait là, bien en vue avec son tuyau, traversant parfois toute la pièce pour arriver au trou d’évacuation…
Les meilleurs moments de la journée, c’était la pause récréation, et dès que la cloche sonnait, je n’étais jamais le dernier à quitter la salle de classe pour me précipiter dans la cour… On se dégourdissait les jambes en jouant à saute-mouton, à Colin-Maillard, mais le plus souvent, on jouait aux billes ou aux osselets. Rares étaient les jours où il n’y avait pas de bagarre, toutes les écoles avaient leurs caïds…
À cette époque, nous avions trente heures de cours par semaine, repos le jeudi après-midi et le samedi après-midi… Et pour certains, il y avait l’étude gratuite, jusqu’à dix-huit heures…
Et les jours passaient dans la douce quiétude de mon enfance et dans l’attente des périodes de vacances… Mais plus particulièrement… les grandes vacances d’été… je crois que j’étais déjà un doux rêveur !...
*
Papa et maman jeunes mariés
Carnet de bord d’un confiné à J42… À la recherche du temps perdu…
Comme je l’ai évoqué dans l’avant-propos, c’est le confinement qui m’a poussé à faire ce voyage intérieur pour mettre à jour mes souvenirs, même les plus intimes… Dans le chapitre précédent, j’ai évoqué les vacances scolaires d’été. Si pour certains, elles étaient synonymes de vacances au bord de la mer ou à la montagne, à l’époque de mon enfance, pour bon nombre d’entre nous, elles signifiaient que la plupart du temps nous resterions à la maison.
Mais avant d’en arriver à cette période de mon enfance, laissez-vous entraîner dans la genèse de mon histoire…
Je suis né le 10 juin 1949 à Marseille, vingt-sept mois avant mon frère Georges et onze ans avant notre sœur Mylène, à quelques encablures de la place Castellane, au n° 71 de la rue Fortuné, aujourd’hui rue Jean Fiole. Impasse Laurana, c’est le nom que j’ai trouvé sur internet, mais j’ignore si la « traverse » de mon enfance s’appelait déjà ainsi.
C’est là que j’ai appris à marcher et à faire du vélo et que se situent mes premiers souvenirs d’enfance. À cette époque, avec mes yeux d’enfants et de toute ma hauteur, cette traverse me paraissait alors large et profonde, ce qui donnait le sentiment d’y vivre des aventures du bout du monde, dans des pays inconnus.
Elle débouchait sur un pré dans lequel tous les enfants se retrouvaient pour jouer en toute sécurité. Un espace de verdure en plein centre-ville pour abriter nos jeux d’enfants sous les regards attentifs des mamans, tandis que leurs hommes refaisaient le monde en fumant une cigarette. Aujourd’hui à la place de notre coin de paradis s’élève un collège…
Mais retournons dans la traverse. Au-dessus de la porte d’entrée de l’immeuble de cinq étages, dont l’escalier conduit à l’appartement que nous occupions au premier, il y a une petite fenêtre qui donne dans la cuisine et sur sa droite, une autre qui donne dans la chambre où nous dormions tous, nos parents, mon frère et moi.
Nous cohabitions avec notre grand-père maternel, qui exerçait la profession d’allumeur de réverbères, ce que l’on appelait aussi falotier. À l'heure venue, variant en fonction des saisons, il commençait sa journée par éteindre les réverbères et il la terminait en les rallumant au crépuscule, en parcourant les rues qui en étaient dotées, mais son secteur était essentiellement situé boulevard Saint-Pierre. Il ne connaissait ni dimanche ni morte-saison et rien ne le détournait de sa promenade quotidienne. Je l’ai souvent imaginé par tous les temps, portant son échelle sur l’épaule, nettoyant les réverbères, les chapiteaux et les porte-mèches.
Il logeait avec sa femme du moment, Sébastienne, avec laquelle nous n’avions aucun lien de parenté, dans la plus grande pièce transformée en chambre, cuisine et salle à manger… Nous occupions avec mes parents et mon frère, les deux autres pièces, composées de la cuisine et d’une chambre…
Avec mon frère, nous ne bravions jamais l’interdiction de franchir la porte qui séparait ces deux mondes entre lesquels la cœxistence n’a pas toujours été facile…
Nous les entendions quelquefois chuchoter, rire et se chahuter, d’autres bruits nous parvenaient aussi, mais ils échappaient à notre imagination d’enfants et nos parents feignaient de ne pas les entendre.
Lorsque nous passions devant la porte interdite, nous ne nous attardions pas. Je crois, sans nous l’être avoué, que nous avions la crainte de goûter à la cravache en nerf de bœuf qui trônait entre l’armoire et la cheminée, c’était le gendarme de notre discipline… Nous n’avons jamais su si notre grand-père en aurait fait usage…mais dans le doute…
Je nous revois avec mon frère Georges, au coin de la traverse, attendant notre père qui rentrait déjeuner le midi. Il remontait la rue Fortuné, poussant son vélo sur le trottoir. Dès que nous l’apercevions dans son bleu de chauffe, la casquette sur la tête et l’incontournable « Gauloise » sans filtre aux lèvres, nous partions le rejoindre en courant et nous montions chacun sur une pédale de part et d’autre du vélo. Mon père poussait l’ensemble dans un effort que nous ne soupçonnions pas…
