Sur les traces de l'inattendu - Abira Bonfoh - E-Book

Sur les traces de l'inattendu E-Book

Abira Bonfoh

0,0

Beschreibung

Et si l'inattendu était le plus sûr chemin vers soi ? De son pays d'origine niché quelque part en Afrique, aux métropoles vibrantes, Télia trace sa route entre drames, résilience, éducation, luttes, espoirs, autonomisation et victoires. Sur les traces de l'inattendu est un roman vibrant d'humanité, un hymne à la résilience, aux liens invisibles et à la beauté des rencontres que l'on n'attendait plus. Dans une écriture sensible et lumineuse, l'autrice nous emporte dans un récit de destins croisés, de renaissance et de secrets révélés. Ce roman est une ode à la réussite, à la persévérance et à ces rencontres qui changent une vie. Et si les chemins les plus sinueux menaient aux plus lumineuses rencontres ?

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 187

Veröffentlichungsjahr: 2025

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



On lit comme on aime, on entre en lecture comme on tombe amoureux : par espérance, par impatience. Trouver le sommeil dans un seul corps, toucher au silence dans une seule phrase.

Christian Bobin

Dans la vie réelle, les miracles dépendent rarement de la foi et du dévouement des hommes.

Kangni Alem L’influence du vent

La foi, l’espérance et l’humilité sont des ferments de la résilience dans un monde complexe et plein d’incertitudes.

Professeur Bassirou Bonfoh Directeur de programme au Centre Suisse de Recherches Scientifiques

Aimer est une aventure risquée car aimer sans être aimé en retour est une source de frustrations dont on est soi-même responsable ; mais aimons en le sachant.

Professeur Gnon Baba Représentant de l’Agence Universitaire de la Francophonie au Togo

Si tu m'apprivoises, tu seras pour moi unique au monde, je serai pour toi unique au monde.

Antoine De Saint-Exupéry

Le Petit Prince

REMERCIEMENTS

Mes premiers remerciements vont à mes enfants, ainsi qu’à cette belle âme qui partage ma vie. Je vous suis profondément reconnaissante pour votre soutien indéfectible tout au long de la rédaction de ce livre. Vos encouragements ont été ma boussole dans ce voyage créatif.

Je souhaite exprimer ma sincère reconnaissance à toutes celles et tous ceux dont les analyses et les contributions ont nourri ce roman de leurs réflexions précieuses. Grâce à vous, il s’est enrichi d’une profondeur et d’une perspective uniques.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui, de près ou de loin, m’ont soutenue dans cette aventure, que ce soit par leurs encouragements, leurs conseils ou leur simple présence.

Comme j’aime à le dire, certaines présences sont silencieuses, mais d’une pertinence et d’une intensité rares. Discrètes, presque invisibles aux yeux du monde, elles brillent pourtant comme des phares dans nos vies. Elles n’ont besoin ni de projecteurs ni d’éloges pour exister pleinement. Leur simple manière d’être – une écoute sincère, un geste attentionné, un mot juste au bon moment – suffit à tout transformer. Ces personnes sont des forces tranquilles : elles construisent, soutiennent, relèvent… souvent dans le silence, toujours avec le cœur. Elles sont les racines invisibles de notre stabilité.

À ces âmes précieuses, silencieuses et profondes : merci d’être là, même dans l’ombre. Merci, simplement, d’exister.

PROLOGUE

L’enfance de Télia

Née à Soutouké, paisible ville nichée dans les plaines verdoyantes d’un pays d’Afrique, Télia grandit dans un cocon d’amour, entourée de ses parents et de son jeune frère Liat. Leur modeste maison, simple, mais chaleureuse, témoignait non seulement une certaine éducation culturelle, une discipline scolaire assez stricte, mais aussi de rires, de jeux et de récits. Les soirs d’harmattan, leur père faisait revivre les anciens contes, tandis que leur mère, enduisant de beurre de karité les cheveux de Télia, murmurait des prières de protection. Télia et Liat étaient unis par un lien fusionnel, tissé de rires, de disputes tendres et de promesses murmurées à l’enfance : grandir ensemble, et un jour, changer le monde.

Mais le destin, parfois cruel et imprévisible, faucha ce bonheur en une nuit. Un accident tragique emporta ses parents et son jeune frère, ne laissant derrière lui qu’un silence assourdissant et une petite fille de neuf ans, désormais orpheline.

Elle fut confiée à son oncle, un homme froid et avide, qui, à peine le deuil refermé, s’empressa de s’approprier les maigres biens laissés par les parents défunts : la maison familiale, les terres, et les modestes économies que les parents de Télia avaient patiemment réunies pour l’avenir de Télia et de Liat. Mais l’amour que les parents de Télia lui avaient donné ne pouvait pas être effacé par un acte de cupidité de cet oncle. Cela, son oncle ne pouvait pas le lui voler. L’épouse de ce dernier, femme acariâtre, frivole, au regard dur et au cœur sec, ne manquait jamais une occasion de lui rappeler qu’elle n’était là que par pitié. Tandis que ses cousins grandissaient dans le confort, traités comme de jeunes princes grâce à ce qui aurait dû être son héritage, Télia devint une ombre discrète dans la maison − une servante tolérée, mais jamais aimée.

À onze ans, épuisée par les humiliations et les privations, elle s’enfuit un matin, le cœur battant, pour se réfugier chez l’une de ses tantes. Cette femme au grand cœur, gouvernante dans une famille de diplomates, vivait modestement, mais lui offrit ce qu’elle avait de plus précieux : une tendresse inconditionnelle et la sécurité dont elle avait tant manqué. Stérile, la tante trouva en elle la fille qu’elle n’avait jamais eue, et lui donna, en retour, l’amour d’une mère.

Quelques mois plus tard, les employeurs de sa tante furent rappelés dans leur pays d’origine, le Sénégal. Par attachement, ils lui proposèrent de les y accompagner. C’est ainsi que, dans le sillage de sa tante, Télia quitta son pays natal pour le Sénégal − un nouveau territoire − qui devint peu à peu son pays d’accueil, puis, progressivement, son pays de cœur.

Arrivées à Dakar, elles s’installèrent dans un petit logement d’un quartier populaire. Télia s’intégra vite, déterminée à réussir ses études et à rendre fière cette tante devenue sa nouvelle mère.

Mais à seize ans, l’équilibre fragile que Télia avait patiemment reconstruit s’effondra à nouveau lorsque sa tante se maria. Son nouvel époux, un homme paresseux, avare, au sourire trouble et au regard fuyant, se mit à observer Télia d’un œil inquiétant. Un soir, il tenta de s’introduire dans sa chambre. Télia, lucide et courageuse, repoussa ses avances, se défendit avec fermeté et alla confier les faits à sa tante.

Mais hélas, sa tante choisit de ne pas la croire, aveuglée par l’emprise de son mari, celui-ci ayant retourné la situation en accusant Télia de le séduire. Sa tante l’accusa de mensonge, de jalousie, et de vouloir semer le trouble dans son foyer.

L’ambiance devint quasi irrespirable. Cet homme fourbe et manipulateur se comportait de manière complexe et nuancée auprès de son épouse. Il prenait plaisir à contrôler les actions, les décisions et les pensées de cette dernière en utilisant la menace et la manipulation émotionnelle, en faisant allusion à sa stérilité. Il passait son temps à créer des conflits afin de maintenir le contrôle. Ses sautes d’humeurs imprévisibles, passant de la colère à la gentillesse sont savamment orchestrées pour maintenir sa femme dans l’incertitude et le contrôle. Il s’est employé à isoler son épouse de ses amis, de sa famille, de Télia et d’une partie de ses activités, pour la rendre plus dépendante émotionnellement de lui. Télia constatait, hélas avec résignation et impuissance, combien les comportements de cet homme étaient nuisibles et destructeurs pour la santé physique et émotionnelle de sa tante. Télia quant à elle était une adolescente aguerrie par tant d’épreuves. En dehors de la maison, elle s’était entourée de personnes positives et de confiance qui la soutenaient et l’encourageaient. Elle avait su s’affirmer, se défendre et protéger ses droits, car elle avait une bonne estime de sa personne, une confiance en soi et savait ce qu’elle voulait et surtout ce qu’elle valait. Elle avait su établir des limites claires avec cet homme, en brandissant la menace de signaler tout abus, auprès de ses amis et professeurs. Le mari, désormais violent, faisait pleuvoir insultes sur sa femme, tandis que Télia, silencieuse, rêvait d’évasion. Dans sa chambre, elle avait posé un bâton à portée de main − juste au cas où. Elle ne comprenait pas pourquoi sa tante acceptait tant d’humiliations, pourquoi elle se laissait malmener et manipuler par un homme qui ne lui apportait rien, sinon le poids de sa lâcheté. Il vivait à ses crochets, et cela, malgré les modestes revenus de sa femme.

La tante de Télia n’arrivait plus à joindre les deux bouts car toutes ses économies étaient dépensées par ce mari fourbe. Télia devait trouver au plus vite une source de revenu, non seulement pour subvenir à ses besoins de jeune fille, mais aussi aider sa tante dans les dépenses quotidiennes de la maison. Ainsi, les week-ends, Télia donna des cours à domicile à certains élèves de niveau inférieur. Son sérieux, sa rigueur et sa maturité impressionnaient autant les parents que les enfants.

Mais un soir, l’indicible faillit survenir. Le mari de sa tante essaya de la violer. Télia, animée par un instinct de survie farouche, se défendit avec rage. Elle hurla, frappa, se débattit, jusqu’à saisir le bâton qu’elle gardait à portée de main, près de son lit. Elle le brandit et le frappa de toutes ses forces, avec la fureur de l’enfance bafouée. Alertée par les cris, sa tante accourut. En un regard, elle comprit la situation et recouvra sa lucidité. Le masque de son mari s’effondra enfin. Dans un mélange de douleur, de colère et de honte, elle s’en prit violemment à lui avant de le chasser définitivement de la maison. Ce fut la fin de leur mariage.

Télia, brisée et secouée par la colère, demanda à partir de la maison. Mais sa tante, en larmes, s’y opposa. Elle la supplia de rester, lui demanda pardon pour sa cécité, sa faiblesse, son silence.

Quelque temps plus tard, Télia décrocha son baccalauréat avec mention. À l’université de Dakar, elle se distingua par son intelligence remarquable, sa discipline et son étonnante maturité. L’année suivante, elle fut lauréate d’une prestigieuse bourse d’excellence décernée par la Fondation Alsaa. Ce prix lui ouvrit les portes d’une université européenne.

Elle partit, le cœur chargé d’un espoir tenace. Derrière elle, un monde s'effondrait ; devant, un autre restait à bâtir. Elle se fit une promesse silencieuse, brûlante comme un serment sacré : réussir, devenir plus forte, et donner un sens à tous les sacrifices consentis.

Télia faisait preuve d’une résilience rare. Étudiante à Paris, étrangère dans un pays dont les repères lui échappaient encore, elle se battait chaque jour pour survivre dans un quotidien implacable. Livrée à elle-même, sans filet familial, elle jonglait entre cours, révisions et une succession de petits boulots exténuants, seule issue pour compléter la modeste bourse que lui versait la Fondation Alsaa. Étudiante en terre étrangère, elle enchaînait les cours le jour et une série d’emplois à mi-temps le soir.

Le jeudi, elle enfilait son tailleur d’occasion pour assister un comptable dans un cabinet d’audit. Les mardis et samedis, elle se tenait droite derrière la caisse d’une supérette, de seize heures à vingt heures trente, le visage encore marqué par la fatigue des nuits écourtées. À la fermeture, elle rangeait en hâte, refermait la grille et s’élançait dans les rues désertes, affrontant la pluie, la neige ou le vent glacial. Dix minutes de marche rapide jusqu’au bus. Vingt minutes de trajet jusqu’à la gare centrale. Un train à attraper à vingt-deux heures quinze, direction une lointaine banlieue. Une heure plus tard, elle descendait, les paupières lourdes, l’estomac vide, espérant ne pas avoir manqué le dernier bus. Quand ce n’était pas le cas — ce qui arrivait trop souvent — elle s’engageait seule dans la nuit, marchant quarante-cinq minutes sous les lampadaires blafards, grelottant mais droite, fière, digne.

Elle ne s’endormait jamais avant une heure du matin. Et à cinq heures, son réveil la ramenait sans pitié dans la bataille du jour. Cours, devoirs, examens, rayons à remplir, chiffres à vérifier, clients à encaisser : chaque heure comptait. Elle travaillait même les jours fériés.

Elle ne se plaignait jamais. Elle tenait. Elle avançait. Et malgré l’épuisement et la solitude, malgré le racisme et la misogynie, malgré le froid et les privations, Télia ne pliait pas. Son courage ne faisait pas de bruit, mais il construisait patiemment la femme invincible et remarquable qu’elle était en train de devenir.

Chaque mois, elle envoyait de l’argent à sa tante restée au pays, cette femme frêle, usée par la maladie. Le plan de Télia tenait en peu de mots, mais en une volonté immense : décrocher son diplôme, trouver un bon poste, puis offrir enfin à sa tante la vie douce qu’elle méritait. Et tout semblait tenir − jusqu’au jour où le destin s’en mêla. La maladie, lente et vorace, eut raison de cette figure aimée. Quelques années plus tard, sa tante s’éteignit, paisiblement, comme une flamme que l’on couvre d’un souffle. Télia avait pu lui dire adieu. Un dernier regard, un dernier mot − trop peu, toujours trop peu. Mais en elle, quelque chose survivait à la douleur : la certitude que cette femme au cœur immense, tout comme ses parents disparus et Liat, continuerait de veiller sur elle.

Brillamment, Télia obtint son master et s’envola à New York pour un programme de doctorat interdisciplinaire qui lui permettrait de combiner des connaissances et des méthodes issues de différents domaines. Grâce aux allocations de recherche et aux postes d’assistant de recherche qu’offrait son université aux étudiants les plus méritants, Télia avait pu intégrer une communauté dynamique, avec des séminaires, des conférences et des évènements académiques. Ce qui permit à Télia, étudiante en doctorat, non seulement de développer ses compétences, mais aussi de produire des travaux de haute qualité et de se préparer à une carrière professionnelle dans son domaine d’expertise.

Quant à l’oncle cupide de Soutouké, quelques mois après la fugue de Télia, la nature se chargea de son sort. Un incendie mystérieux, provoqué par une étincelle due à une mauvaise installation électrique – qu’il avait négligé de réparer malgré les alertes – ravagea la maison. Peu après, il sombra dans la misère la plus totale. Ainsi, la nature elle-même semblait avoir voulu rendre justice à Télia.

Sommaire

PROLOGUE

L’enfance de Télia

VINGT ANS PLUS TARD…

Les hasards de l’infini

Maîtresse de son destin

Destins croisés

Soleils jumeaux

Des sentiments croisés

Le baptême des jumeaux

Les vies qui s’entrelacent

Amertumes croisées

La vengeance de Priscillia

Le cœur de Télia

ÉPILOGUE

VINGT ANS PLUS TARD…

Les hasards de l’infini

Les yeux fixés sur l’infini du ciel que dévoilait le large hublot, Télia sentit monter en elle ce mélange étrange d’effroi et de fascination que lui inspirait toujours l’altitude. Cette immensité, vaste et silencieuse, semblait la scruter autant qu’elle la contemplait. Les mains crispées sur les accoudoirs, elle s’y agrippa comme à une certitude dans ce vertige d’inconnu. Des secousses ébranlèrent l’appareil, renversant quelques gobelets à demi pleins. L’avion sembla chuter ; des cris étouffés jaillirent, des regards hagards se croisèrent. Il n’y avait plus que cette sensation étrange de flottement, comme si le destin hésitait entre la vie et la mort.

Elle ferma les yeux, et ce fut comme si le passé resurgissait. Le visage souriant de Liat, son petit frère disparu, la voix tendre de sa mère, la chaleur rassurante de son père, la douceur de sa tante, les encouragements de ses professeurs et de ses amis. Puis l’ombre de l’oncle, le regard froid de la femme de son oncle, les humiliations et les moqueries de ses cousins, le regard fourbe du mari de sa tante, les silences, les fuites. Puis, sa nouvelle vie, ses diplômes, ses formations, son travail, son mariage, sa fille Béryl, son divorce, son départ de New York pour Londres, ses nouvelles fonctions à Londres. Comme une pellicule qui se déroule en accéléré, sa vie lui apparut avec une précision cruelle. Était-ce la fin ? Était-ce ici que tout s’arrêtait ? Quelle ironie ! Elle qui venait d’aider une parfaite inconnue à donner la vie ! Bien plus qu’une vie. Deux vies à dire vrai. Voilà que c’est elle qui était sur le point de perdre la sienne ! Télia ferma de nouveau les yeux. Cette fois-ci, pour fuir sa peur, elle se laissa emporter par les pensées des événements de ces derniers jours.

Quelques heures plus tôt, elle était passée chez Mathilda et Édouard pour prendre de leurs nouvelles avant d’embarquer pour son vol. Mathilda venait de rentrer de l’hôpital avec ses nouveau-nés.

Trois jours plus tôt, alors que Télia sortait du parking d’un grand magasin londonien, elle manqua de percuter une femme agrippée à la portière d’une voiture. D’un réflexe rapide, elle freina brusquement et évita de justesse l’accident. Un accident qui aurait pu être fatal pour la femme, si Télia n’avait pas pour principe d’avoir toujours ses sens en éveil au volant.

Elle baissa la vitre, prête à sermonner l’inconnue, mais son agacement s’effaça aussitôt en voyant le visage blême de la femme, manifestement en proie à un grand malaise. Sans hésiter, Télia se gara convenablement, appela le centre d’urgence, puis sortit de son véhicule pour lui venir en aide. La femme était enceinte, visiblement à terme.

« Bonjour, je m’appelle Télia, dit-elle d’une voix douce en s’approchant d’elle.

— Ma… Mathilda… balbutia la femme, le souffle court.

— Tout va bien, Mathilda. Ne paniquez pas. Je suis là. »

Télia l’aida à s’installer sur la banquette arrière, l’enveloppant de gestes calmes.

« Tenez le coup. J’ai appelé le centre d’urgence. L’ambulance arrive. »

Mathilda, blême, tremblait, de toute évidence paniquée et tordue de douleur. Télia lui prit la main et la rassura avec douceur, lui promettant que tout ira bien.

« Appelez… mon mari… s’il vous plaît… murmura Mathilda entre deux respirations saccadées.

— D’accord, acquiesça Télia. Quel est son numéro ? »

Mathilda, prise de douleur, n’avait plus les idées assez claires pour se rappeler le numéro. Télia la rassura de nouveau et lui demanda si le numéro de son mari n’était pas enregistré dans son portable. Mathilda tenta maladroitement de saisir son sac à main pour récupérer son téléphone portable. Dans la précipitation, le sac bascula, manqua de tomber, et son contenu se répandit au sol dans un léger chaos. Télia repéra le téléphone au milieu des affaires éparpillées, se pencha vivement, le prit et le lui tendit.

« Pouvez-vous le déverrouiller ?

Mais soudain, une violente contraction traversa le corps de Mathilda, la pliant en deux sous la douleur. Elle agrippa la main de Télia avec une telle force que celle-ci lâcha instinctivement le téléphone, qui retomba sur le siège.

Oubliant aussitôt l’appareil, Télia se concentra sur l’essentiel. Elle s’accroupit à côté d’elle, lui tenant la main, le regard ancré dans le sien.

« Inspirez profondément par le nez, lui ordonna Télia. Expirez par la bouche en deux respirations courtes suivies d’une respiration plus longue », dit Télia à Mathilda.

Télia guida Mathilda avec calme et détermination dans cet exercice de respiration rythmée, destiné à atténuer les vagues de douleur. Mathilda suivit scrupuleusement ses instructions. Ensemble, elles répétèrent ce rituel plusieurs fois, jusqu’à ce que la contraction s’estompe, emportant avec elle la douleur. Et lorsque la douleur s’éloigna enfin, Mathilda desserra son étreinte sur les doigts endoloris de Télia, qui reprit le téléphone, lequel − par chance − n’avait subi aucun dommage. Télia lui tendit à nouveau l’appareil pour qu’elle le déverrouille. Avec hésitation, maladresse, mais aussi courage, Mathilda y parvint, puis murmura :

« Pouvez-vous chercher le contact Sweet heart » ?

Machinalement, Télia fit défiler l’alphabet, s’arrêta à la lettre "S", et bientôt repéra le nom recherché. Elle lança l’appel. Les bips résonnèrent… Puis un doute surgit : l’écran faiblissait, la batterie de Mathilda était sur le point de se décharger complètement.

Réactive, Télia comprit qu’il fallait agir vite. Elle fonça vers sa voiture, saisit son sac à main, sortit son propre téléphone et le déverrouilla. De retour auprès de Mathilda, elle copia rapidement le numéro dans son répertoire.

Mais une hésitation la freina. Et si le mari, voyant s’afficher un numéro qu’il ne connaissait pas, ne décrochait pas ? Elle opta pour la prudence : mieux valait l’appeler d’abord avec le téléphone portable de Mathilda. Si la communication se coupait, elle utiliserait alors le sien, au moins, cette fois, il répondrait, même s’il ne reconnaissait pas le numéro. Télia lança l’appel. Après quelques tonalités, une voix d’homme répondit, enjouée :

« Chérie !

— Bonjour, Monsieur. Je suis Télia. Je suis avec votre épouse. Je vous la passe. Mais si la communication s’interrompt, je vous rappellerai de mon numéro, car… »

Bip. Le téléphone de Mathilda s’éteignit. Télia attrapa le sien et composa aussitôt le numéro. À la première sonnerie, l’homme décrocha :

« Allô ! »

Sans dire un mot, elle tendit le téléphone à Mathilda qui, la voix nouée, tenta d’expliquer la situation à son mari. Au bout de quelques phrases, elle lui rendit l’appareil, incapable d’en dire davantage.

Télia prit le relais. Sa voix, posée, mais ferme, décrivit avec précision ce qui s’était passé, et les mesures qu’elle avait déjà prises.

L’ambulance, pourtant attendue en urgence, tardait à arriver. L’angoisse gagnait Télia. Elle rappela le centre d’urgence.

« Nous sommes désolés, Madame. L’ambulance est bloquée en route à cause d’un mouvement de grève », répondit l’opérateur.

Sans hésiter davantage, Télia prit sa décision : elle conduirait elle-même Mathilda à l’hôpital. Elle ramassa le contenu éparpillé au sol et le remit dans le sac à main de la jeune femme, l’aida à se lever, puis verrouilla sa voiture. Doucement, elle l’accompagna jusqu’à sa propre voiture, où elle l’installa précautionneusement sur la banquette arrière. Avant de démarrer, elle appela le mari de Mathilda, l’informa de la situation, lui indiqua l’hôpital où elles se rendaient, et précisa que le véhicule de sa femme était resté au niveau du parking. Une fois rassurée sur l’état de Mathilda, elle programma le GPS et démarra en trombe en direction de la maternité la plus proche.

Elle connaissait bien l’établissement. Elle avait même pris part aux réunions initiales qui avaient convaincu les investisseurs de transformer cet ancien hôpital en une maternité moderne, aujourd’hui reconnue pour la qualité de ses soins. Financée par des capitaux privés et dirigée avec rigueur, cette maternité de niveau 3 était spécialisée dans la prise en charge des grossesses à haut risque, tant pour la mère que pour l’enfant. En plus de son service de néonatologie et de soins intensifs, elle disposait d’une unité de réanimation, assurant jour et nuit la surveillance et les soins des nouveau-nés les plus vulnérables, ceux pour qui chaque seconde pouvait faire la différence.

Au cœur de cette maternité d’une élégance rare, véritable havre de paix niché dans la frénésie de cette grande métropole anglaise, tout semblait suspendu, comme en retrait du tumulte. Au rez-de-chaussée, derrière les grandes baies vitrées du patio habillé de marbre poli, un jardin étonnant s’offrait au regard : fleurs saisonnières, essences tropicales, un kaléidoscope de couleurs baigné de senteurs suaves, une oasis vitrée où la nature s’épanouissait.

Après une course contre la montre à travers la circulation, slalomant presque dans l’embouteillage monstre de cette heure de pointe, elle se gara enfin devant l’établissement. Sans perdre une seconde, elle alerta le personnel médical. Les brancardiers arrivèrent aussitôt et prirent Mathilda en charge.