Trois roubles - Ivan Bounine - E-Book

Trois roubles E-Book

Ivan Bounine

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Beschreibung

« Il faudrait imaginer un Tolstoï presque inconnu des Français, un Dostoïevski peu ou mal traduit, un Tchekhov ignoré. Hypothèse invraisemblable, mais qui permet de mesurer combien est étrange la méconnaissance de l’œuvre de Bounine... »

Ivan Bounine fut le premier écrivain russe à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1933, alors qu’il était en exil en France et que l’U.R.S.S. s’attendait à voir Maxime Gorki, son écrivain officiel, être récompensé. Ce recueil contient sept des plus belles nouvelles de l’écrivain: Trois roubles, La Grammaire de l’amour, Nuit en mer, Coup de soleil, Casimir Stanislavovtich, Ida, Le Sarafane de Mordovie. Sept variations autour de l’homme, de la femme, de l’amour, pour une œuvre où tragique et lyrisme se condensent en une méditation sur l’âme russe.

« La vraie grammaire de Bounine prédit l’imprévisible gestation de la beauté dans le magma du vécu. La beauté se cristallise, prend forme, mûrit. [...] Le lieu commun romanesque appelé amour est vécu dans une telle densité de perception que le réel en sort transfiguré. »

(extraits de la préface d’Andreï Makine)

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Seitenzahl: 122

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Petite Bibliothèque slave

— Collection dirigée par Xavier Mottez —

Chez le même éditeur — Littérature russe

 

1. GOGOLLes Âmes mortes. Traduction d’Henri Mongault

2. TOURGUENIEVMémoires d’un chasseur. Traduction d’Henri Mongault

3. TOLSTOÏLes Récits de Sébastopol. Traduction de Louis Jousserandot

4. DOSTOÏEVSKIUn joueur. Traduction d’Henri Mongault

5. TOLSTOÏAnna Karénine. Traduction d’Henri Mongault

6. MEREJKOVSKILa Mort des dieux. Julien l’Apostat. Traduction d’Henri Mongault

7. BABELCavalerie rouge. Traduction de Maurice Parijanine

8. KOROLENKOLe Musicien aveugle. Traduction de Zinovy Lvovsky

9. KOUPRINELe Duel. Traduction d’Henri Mongault

10. GOGOLLe Révizor — Le Mariage. Traduction de Marc Semenoff

11. DOSTOÏEVSKIStépantchikovo et ses habitants. Traduction d’Henri Mongault

12. Les Bylines russes — La Geste du Prince Igor. Traductions de Louis Jousserandot et d’Henri Grégoire

13. PISSEMSKIMille âmes. Traduction de Victor Derély

14. RECHETNIKOVCeux de Podlipnaïa. Traduction de Charles Neyroud

15. TOURGUENIEVPoèmes en prose. Traduction de Charles Salomon

16. GONTCHAROVOblomov. Traduction de Jean Leclère

17. GOGOLVeillées d’Ukraine. Traduction d’Eugénie Tchernosvitow

18. DOSTOÏEVSKIMémoires écrits dans un souterrain. Traduction d’Henri Mongault

19. KOUPRINELe Bracelet de grenats — Olessia. Traduction d’Henri Mongault

20. GOGOLTarass Boulba. Traduction de Marc Semenoff

21. LESKOVGens d’Église. Traduction d’Henri Mongault

22. POUCHKINELa Fille du capitaine. Traduction d’Eugène Séménoff

23. LOUGOVOÏPollice Verso. Traduction d’Ely Halpérine-Kaminsky

24. CHMELIOVLe Soleil des morts. Traduction de Denis Roche

25. CHMELIOVGarçon !Traduction d’Henri Mongault

26. GOGOLNouvelles de Pétersbourg. Traductions de Michel-Rostislav Hofmann et Tatiana Rouvenne

27. ILF ET PETROVLes Douze Chaises. Traduction d’Alain Préchac

28. POUCHKINERécits de Belkine. Traduction de Pierre Skorov

29. LESKOVLady Macbeth du district de Mzensk et autres nouvelles. Traductions de Jean Leclère et d’Irène Tateossov

30. TOURGUENIEVPères et fils. Traduction de Marc Semenoff

31. ILF ET PETROVLe Veau d’or. Traduction d’Alain Préchac

32. PILNIAKRiazan-la-pomme. Traduction de Maurice Parijanine, révisée par Michel Niqueux

33. PILNIAKL’Année nue. Traduction de L. Desormonts et L. Bernstein, révisée par Dany Savelli

34. TOLSTOÏLe Faux Coupon. Traduction de Pierre Skorov

35. DOSTOÏEVSKISouvenirs de la maison des morts. Traduction d’Henri Mongault

36. POUCHKINELa Dame de pique — Le Nègre de Pierre le Grand. Traduction de Michel Niqueux

37. LESKOVLe Pèlerin enchanté — Aux confins du monde. Traductions d’Alice Orane et d’Hélène Iswolsky

38. ARSENIEVDersou Ouzala. Traduction de Pierre P. Wolkonsky

39. BOUNINELe Village. Traduction de Maurice Parijanine

40. BOUNINESoukhodol et autres nouvelles. Traduction de Maurice Parijanine

41. ILF ET PETROVKolokolamsk et autres nouvelles fantastiques. Traduction d’Alain Préchac

42. TOURGUENIEVFumée. Traduction de Génia Pavloutzky

43. BOUNINELe Monsieur de San Francisco et autres nouvelles. Traduction de Maurice Parijanine

44. BOULGAKOVCœur de chien. Traduction d’Alexandre Karvovski (Petite Bibliothèque slave)

45. LESKOVLe Gaucher. Traduction de Paul Lequesne (Petite Bibliothèque slave)

46. TOURGUENIEVMoumou. Traduction d’Henri Mongault. Préface de Dominique Fernandez (Petite Bibliothèque slave)

47. BOUNINETrois roubles. Traduction d’Anne Flipo Masurel. Préface d’Andreï Makine (Petite Bibliothèque slave)

Ivan Bounine

Бунин Иван Алексеевич

1870-1953

TROIS ROUBLES

 

 

Nouvelles

Traduction d’Anne Flipo Masurel, 1997.Préface d’Andreï Makine

© Anne Flipo Masurel, Andreï Makine, 1997 (Éditions Sables), 2020

© Ginkgo Éditeur, 2020

© The Ivan Bunin Estate (University of Leeds, Great Britain), 2020

 

Couverture : Isaac LEVITAN, Au-dessus du repos éternel (1894).

 

 

Table des matières

Préface
 
La Grammaire de l’amour
Casimir Stanislavovitch
Nuit en mer
Coup de soleil
Ida
Le Sarafane de Mordovie

Préface

 

IVAN BOUNINE ET SA GRAMMAIRE DE LA BEAUTÉ

Il faudrait imaginer un Tolstoï presque inconnu des Français, un Dostoïevski peu ou mal traduit, un Tchékhov ignoré. Hypothèse invraisemblable, mais qui permet de mesurer combien est étrange la méconnaissance de l’œuvre de Bounine — l’œuvre dans laquelle la tradition littéraire du XIXe siècle russe trouve son expression la plus achevée et sa reviviscence.

Le lecteur français qui voudra explorer l’univers bouninien constatera pourtant assez rapidement que cette méconnaissance n’est pas celle qui s’abat, de temps à autre, sur un nom — un écrivain incompris par son époque, boudé par la critique, évité par les biographes pour cause d’une vie sans relief apparent. Non, la présence de Bounine dans les belles-lettres russes n’a rien de fantomatique. Très jeune, poète et prosateur, Bounine est publié, remarqué, accueilli par le milieu littéraire. En 1901, il obtient le Prix Pouchkine pour un recueil de poèmes, La chute des feuilles, en 1909, à l’âge de trente-neuf ans, le voilà membre de l’Académie des Sciences, en 1915 voient le jour ses œuvres complètes en six volumes... Même le cataclysme révolutionnaire et l’exil (qui durera jusqu’à sa mort en 1953) n’ont pas réussi à effacer le nom de Bounine des annales littéraires réécrites maintes fois par le goût du jour, censurées par les idéologies. Réfugié en France, Bounine connaît, après une brève période de désespoir, un merveilleux revif créateur. Des dizaines de nouvelles, des poèmes, son chef-d’œuvre romanesque La Vie d’Arséniev, le recueil Les Allées sombres, ce sommet de la prose poétique. Le prix Nobel de Littérature décerné en 1933 semble devoir stimuler, enfin durablement, la célébrité tant méritée. Pourtant, dix ans après, Les Allées sombres parues à New York sont tirées à quelques centaines d’exemplaires, les traductions sont rares ou d’une qualité déplorable et la renommée de l’auteur se limite, en fait, à l’émigration russe.

Oui, il faudrait imaginer Tolstoï et Tchékhov peu lus, presque absents de l’horizon littéraire de l’Europe.

Tolstoï et Bounine... Plus d’une fois Bounine a rencontré l’auteur de Guerre et Paix, échangé avec lui plusieurs lettres, suivi pendant quelques années les préceptes éthico-religieux du « tolstoïsme ». En espérant fuir les charmes futiles de la civilisation, le jeune Bounine s’improvise tonnelier. Puis, prosélyte illuminé. Il ouvre, en 1894, une librairie à Poltava, en Ukraine, pour promouvoir les écrits polémiques et édifiants de Tolstoï. Il n’hésite même pas à faire du porte-à-porte. Ce zèle lui vaut une arrestation et la condamnation à trois mois de prison, évitée de justesse grâce à l’amnistie qui accompagne l’intronisation de Nicolas II...

Tchékhov et Bounine... Une longue amitié les unit, une vraie communion d’idées même, profonde et exigeante, face à l’aplatissement intellectuel qui annonce déjà la barbarie à venir. C’est à Bounine que Tchékhov confie les plus personnelles de ses intuitions esthétiques. Leur correspondance en témoigne clairement : jusqu’à sa mort en 1904, Tchékhov voit en Bounine un interlocuteur privilégié, un confident, une âme sœur dont l’absence pèse. « Bounine est parti et je suis seul... », écrit-il à celle qui sera sa femme.

 

*

 

Tolstoï, Tchékhov, mais aussi Gorki, Kouprine, Brioussov, Balmont, Stanislavsky, Chaliapine, Rachmaninov — la célébrité de Bounine aurait pu être fondée ne serait-ce que sur ces rencontres dont il a laissé une transcription éblouissante en faisant revivre, dans ses notes, plus d’un demi-siècle de l’histoire littéraire et artistique russe. D’ailleurs, même une approche tout simplement biographique aurait dû remédier à cet étrange manque d’intérêt : Bounine — un grand voyageur, témoin oculaire et chroniqueur de la catastrophe humaine de 1917, l’un des piliers de la littérature dans l’émigration.

Hélas, non. En France, le nom de Bounine, pour autant qu’il parvienne à percer l’anonymat total, évoque une série de clichés réapparaissant d’un article à l’autre, d’un dictionnaire des noms propres au suivant : Bounine, chantre du village russe et du crépuscule de la noblesse, antibolchévique invétéré.

Ces formules correspondent, dans leur simplisme obtus, à celles, plus mutilantes encore, concoctées par les confrères et les consœurs. « Gorki représente une époque, Bounine, seulement la fin d’une époque », assénait Marina Tsvétaéva avec le mépris et l’assurance qu’on aimerait lui pardonner par égard à son tragique destin. C’est pourtant Gorki qui considérait Bounine comme « le meilleur styliste contemporain ». L’inévitable « anthropophagie » littéraire qui incite les jeunes écrivains à massacrer leurs prédécesseurs n’a pas épargné Bounine. Souvent il a été attaqué par les auteurs qui, en principe, lui étaient le plus redevables. Nabokov, en entomologiste patenté, le parodiait dans ses mémoires en notant avec sarcasme que seul Bounine « avait le don de dépeindre les papillons »... Et Olécha qui savait que, pour assassiner un auteur, il fallait simplifier sa pensée, déclarait : « Bounine n’a aucune foi... Ses raisonnements sur l’âme qui se fond dans l’éternité ou quelque chose de ce genre semblent parfois tout simplement stupides. »

« L’éternité ou quelque chose de ce genre »... Ce traitement s’est avéré malheureusement efficace. À ce point que, même les auteurs qui ont eu la chance d’approcher Bounine, de correspondre avec lui, de l’écouter, se livrent à ce jeu méprisant et destructeur. C’est moi qui souligne de Nina Berbérova en est un exemple pour ainsi dire classique. « Le style de Bounine, terre à terre et un peu simpliste », « son côté primaire », « la grossièreté dont Bounine faisait preuve dans ses paroles », « mesquin, haineux, jaloux, orgueilleux » — de telles définitions ponctuent le livre et s’accompagnent parfois de propos purement diffamatoires : « Puis, ayant bu à la santé de Staline, il admit sans réserve le pouvoir de celui-ci. » Et dans la notice biographique, les bons vieux clichés sont de rigueur : « Bounine s’attacha à dépeindre la culture traditionnelle de la campagne russe et son inexorable déclin. Antibolchévique, il fuit la Russie en 1920. »

 

*

 

Bounine, le Maudit ? Condamné à cette semi-méconnaissance, à cette connaissance déformante, lacunaire et qui ferait presque préférer un oubli total ?

La grande chance du lecteur russophone est de ne pas être obligé de franchir, pour connaître Bounine, les alluvions vaseuses de toutes ces simplifications critiques, toutes ces « éternité ou quelque chose de ce genre », ces mémoires où le moi, sinon l’ego, de l’auteur souligne, raie, retouche la réalité à sa guise. Mais, pour la majorité des lecteurs, la traduction reste l’unique moyen de percer les sédiments de ces idées reçues.

La traduction donc... Or Bounine se disait lui-même intraduisible ! Dans une conversation avec Kataïev (l’un des jeunes « anthropophages » qui, plus lard, dénigrera le maître dans ses mémoires), Bounine cite une phrase qu’il trouve justement intransposable en aucune autre langue. La reproduire ici en français serait contredire l’écrivain. Disons seulement que le fragment cité se distingue, comme toute la prose de Bounine, par un dessin stylistique très personnel, par une musicalité inimitable, un rythme, un souffle, une cohésion pénétrante de ces éléments : évocation de la nature, référence à la tonalité précise d’une saison, d’une journée, la fusion du geste, de l’état psychologique, du regard, de la parole. En un mot, ce que les admirateurs de Bounine appelaient sa « langue de brocart » et ce que Tchékhov lui enviait amicalement en comparant ses propres récits à un travail fait à la hache...

La traduction donc, qui doit, bien que désavouée par l’écrivain lui-même, permettre de rompre cette absurde malédiction de méconnaissance. Les efforts accomplis ont donné des résultats pour l’instant contradictoires — allant de la quasi-falsification du livre traduit (tel fut le destin de la Vie d’Arséniev et du Sacrement de l’Amour en français) jusqu’à une réussite incontestable — la traduction des Allées sombres, il y a une dizaine d’années. En passant par les traductions « qui se lisent bien », sans plus, comme celle du Village, et du Monsieur de San Francisco et quelques autres. L’avantage est déjà appréciable. Les vieux clichés (chantre de la vie paysanne, antibolchévique) s’estompent devant une vision plus profonde et nuancée. On découvre que le Village n’est pas seulement un tableau de la campagne russe mais une véritable encyclopédie poétique du vécu national. Les récits sur le « crépuscule de la noblesse » (Les Pommes d’Antonov, par exemple) vont bien au-delà de cette tâche ethnographique en imposant une nouvelle approche imagière, en acclimatant l’écriture impressionniste dans la prose russe. Oui, c’est grâce aux traductions déjà effectuées que le lecteur français peut se rendre compte à quel point la formule « chantre du village russe » est réductrice. Car la lecture de Bounine met à l’évidence des strates très variées : l’univers de la ville moderne est présent dans son œuvre autant que celui du monde rural, le conte et le « dit » voisinent avec le genre de la nouvelle philosophique, et les courtes esquisses pointillistes avec une enquête psychologique et policière. On découvre également un écrivain-voyageur qui, dans L’Ombre de l’oiseau use du style artiste, très novateur pour la prose russe du début du siècle.

 

*

 

La présente traduction, ce recueil qui regroupe six nouvelles écrites entre 1915 et 19251, poursuit, outre son objectif purement littéraire, le même but d’éclairage juste. L’univers bouninien y apparaît très éloigné de l’inévitable triade du « monde paysan — passéisme nobiliaire — antibolchévisme viscéral ».

Une extraordinaire variété des situations humaines, d’abord. Le récit bouninien se lit tantôt comme le bilan existentiel d’une vie, tantôt comme l’évocation d’un seul instant dont l’intensité éblouit les personnages en les rendant à jamais différents du commun des mortels. Cette variété est sous-tendue par la diversité de la parole poétique : la controverse philosophique de la Nuit en mer succède aux observations d’un carnet de voyage lyrique dans la Grammaire de l’amour. Le genre très langagier du récit dans Ida contraste avec l’introspection acérée, impitoyable du Sarafane de Mordovie. Les gros plans sur l’infini paysage russe mettent en valeur l’explosive étroitesse des intérieurs qui peuvent abriter les préparatifs d’un suicide, une liaison amoureuse inavouable, la présence envoûtante d’une femme absente.

Cette narration multiple pourrait, semble-t-il, miner la composition même du recueil. Réuni autour du thème de l’amour, l’ensemble des nouvelles fait éclater par sa diversité ce pivot thématique. Pourtant le secret de l’art bouninien est justement là — dans cette extrême singularité du monde recréé. Le lieu commun romanesque appelé « amour » est vécu par ses personnages dans une telle densité de perception que le réel en sort transfiguré. L’amour en quittant les schémas de la géométrie passionnelle s’imprègne de la blancheur mate des amas de neige dans une gare perdue où se retrouvent les héros de Ida, se condense dans une épingle à cheveux, vestige d’une nuit éphémère et éternelle du Coup de soleil, s’enlise dans le corps convoité d’une femme dont l’hypocrisie et la maladresse charnelle semblent décupler l’attirance.

La vraie lecture de Bounine sera précisément la délicate découverte de ces minuscules facettes très signifiantes. Les lois de cette « grammaire de l’amour », sont celles du dépassement esthétique du visible : l’arrachement de la beauté à la physiologie, de l’harmonie de l’instant à l’implacable mécanique du temps, de l’indicible à la mortifiante banalité des mots. Que cet élan se brise, l’échec peut lui-même donner sujet à un récit : les éclats de la beauté printanière qui jaillissent autour du héros de Casimir Stanislavovitch ne doivent-ils pas leur luminosité à la pathétique laideur de sa vie gâchée ? Que cette volonté de dépassement s’inverse en disséquant le corps et l’esprit d’une femme désirée dans un acte de possession symbolique — et cela engendre l’étrange couple d’amants du Sarafane de Mordovie. Qu’elle aboutisse enfin, comme dans Ida ou dans Coup de soleil