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Violette et Marius forment un couple heureux. C'est du moins l'image qu'ils transmettent. Un matin, la découverte de lettres d'amour enfouies dans le jardin va bousculer toutes leurs certitudes. La suspicion s'installe, le doute s'amplifie, les blessures d'enfance ressurgissent. Les questionnements sur le sens de la vie viennent tarauder Violette. C'est en fuyant loin, enTanzanie, qu'elle va se découvrir et révéler ses talents. Marius est perdu, persuadé que son couple c'était pour la vie. Leur relation va-t'elle résister à cette tornade? Lysiane GAST traite ici le vaste sujet du couple. Elle aborde les fluctuations d'humeur, la communication, le désir, les priorités qui évoluent.. Avec humour et légereté, elle nous raconte également combien la cinquantaine est une période pleine de questionnements et de contradictions. Le départ des enfants, le couple qui ronronne.. Elle donne aussi à réfléchir sur toutes les injonctions d'être et de faire d'une société normative. Comment limiter l'influence de dictats ou de croyances limitantes? La parole est donnée au féminin et au masculin dans toutes leurs différences et aussi avec toutes leurs complémentarités.
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Seitenzahl: 271
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Écrire un roman, c’est savoir que chaque mot fait aussi partie d’un immense trésor.
Marie Claire BAIS
Prologue
Le trésor maléfique
De simples lettres d’amour
La curiosité l’emporte
Les secrets
Le pouvoir des arbres
La dégoulinure
À qui veut se venger, trop souvent il en coûte
La peur n’évite pas le danger
Le repos salutaire
Clairvoyance et objectivité
Le cœur saigne
Le début du commencement de la fin
Introspection
À chacun sa vérité
S’échapper pour avancer
Rendez-vous en terre inconnue
Le temps de vivre
L’enfant, l’ancrage, la transmission
Un nouvel élan
L’engagement du mariage
Marius prend la parole
Retour aux sources
Paradoxes !
La valse des sentiments
L’erreur est humaine. Je suis humaine.
Le temps du raisonnement
Choisir n’est pas renoncer, c’est être libre
Le grand jour est arrivé
Changement de cap
Reconstruction
Épilogue
Remerciements
Avant de vous embarquer dans l’histoire du couple de Marius et Violette, j’ai voulu me pencher un peu plus sur la définition du mot couple.
Pour être très honnête avec vous, je me demande encore bien pourquoi j’ai voulu aborder cette thématique. Ceux qui me connaissent vont y voir tout ce que je n’y vois pas !
Le plaisir de l’écriture, c’est de laisser ma plume s’envoler. Je ne sais jamais où elle m’emmène et c’est certainement cela qui me donne tant envie de poursuivre. La curiosité de découvrir le chemin inconnu ! Un peu comme la recherche d’un trésor ! Je dis ça, je dis rien… Marius vient de découvrir le sien !
Puisque c’était mon élan, je l’ai suivi et vous voici maintenant transportés dans l’univers du couple. Avant de démarrer, je me devais d’explorer les différentes définitions. N’avons-nous pas chacun et chacune notre propre regard sur le couple ?
Faisons simple avec le Larousse qui nous dit :
Personnes unies par un mariage, liées par un pacs ou vivant en concubinage.
Synonymes : époux, ménage. (Un peu ringard, non ?)
Quelque part, cela m’interpelle.
Faut-il être engagé dans une vie commune pour former un couple ? « Même si on ne vit pas ensemble, je suis avec mon amoureux depuis plus de 12 ans, on est un couple », me dit ma meilleure amie.
Le mot est lancé, elle m’a parlé d’amoureux, avant de dire couple. J’entends la nuance !! (Parfois je sais, je chipote !!)
Il est temps de poursuivre mes recherches.
Couple : « Ensemble de deux personnes liées par un sentiment, un intérêt quelconque.
Synonyme : duo, tandem, binôme.
Les mots sont nettement plus romantiques et tendres, ne trouvez-vous pas ?
Voici qui devrait rassurer mon amie, elle forme un couple puisqu’ils sont liés par un sentiment et de multiples intérêts.
Fouineuse comme je suis, je ne vais pas en rester là !
Un couple est une relation entre deux personnes qui entretiennent une intimité émotionnelle, physique et/ou sexuelle. Les couples peuvent être formés par des personnes de sexes différents ou du même sexe. Les partenaires dans un couple peuvent être mariés, engagés dans une union civile ou simplement vivre ensemble. Les couples peuvent également être de courte ou de longue durée et varient en termes d’engagement, de monogamie, de conception des enfants et d’autres facteurs. Dans un couple sain, les partenaires communiquent efficacement, résolvent les conflits de manière constructive et se soutiennent mutuellement.
On avance ! La définition s’est élargie. Elle convient mieux à mon ouverture d’esprit ; le champ d’action est plus vaste, on fait intervenir la notion de durée et aussi la communication.
Je poursuis et trouve quelques pépites chez les blogueuses :
Un couple, c’est l’idée d’être une équipe ! Une équipe qui, certes, peut s’agrandir par la construction d’une famille (ou l’achat d’un golden retriever, oui ben quoi, j’ai le droit !), mais qui reste une équipe solide dans la durée, car elle se respecte, parce que ses membres s’aiment d’un amour sincère. Et ce respect passe par une bonne connaissance de soi, une écoute attentive de l autre.
Avouez que les nuances sont nettement plus accentuées, on parle enfin de connaissance de soi, d’écoute, d’une équipe soudée. Cela commence vraiment à me plaire !
J’aime bien aussi cette dernière notion : le couple, l’endroit où on se sent libre d’être soi :
Pour moi, un couple épanoui est un couple qui a intégré totalement la communication et la confiance. Pouvoir parler de tout, sans « craintes », pouvoir être soi, avec ses forces et ses faiblesses, sans craindre de décevoir l’être aimé.
On s’approche du trésor, je sens mon cœur palpiter ! Pour corroborer tous ces propos, rien de mieux que quelques citations :
Le couple le plus parfait c’est celui qui se parle comme des meilleurs amis, joue comme des enfants, se dispute comme mari et femme et se protège comme frère et sœur.
Moi, je n’aime pas ce genre de couple qui se fait des bisous et des mamours à longueur de journée. Non, ce n’est pas cela un couple. Dans une relation, il faut avoir des moments de conneries, rigoler, se heurter, se fâcher, se réconcilier et surtout voir si on a toujours envie de l’autre
.
On dit que dans un couple, il y en a toujours un qui aime plus que l’autre, j’aurais préféré que ce ne soit pas moi
.
Mes lectrices connaissent ma taquinerie ; j’ose pousser un peu plus loin le bouchon (oui je sais j’exagère !) :
En physique, le couple ce sont deux forces égales, parallèles et de direction opposée, agissant en sens inverse aux extrémités d’un levier.
Je me dis qu’un couple c’est parfois cela aussi : deux forces qui vont en direction opposée, mais c’est pour le bien de leur survie puisqu’ils se retrouvent pour faire fonctionner la cellule familiale.
Là, vous commencez à me détester ?
La famille n’est-elle pas le prolongement du couple ?
Je ne serais pas aussi catégorique ; cependant, la nature nous ramène souvent au principe de réalité :
On ne sépare pas un couple d’isards, ils se choisissent, s’aiment, s’accouplent… et ils eurent beaucoup d’enfants… !
Sans le couple, comment faire une famille ?
J’approche du but. Quelques mots encore pour atteindre cette petite merveille. Je pense à l’Amour bien évidemment ! N’est-il pas le carburant principal ? Que la carrosserie soit belle ou pas, s’il y a amour, ça va rouler. Les pannes, ça se répare non ?
Tout à coup, des textes viennent me parler. Ils sont déposés là sur ma feuille comme des petits cailloux pour mieux retrouver mon chemin. Ne sous-estimez pas le pouvoir des mots. L’amour se vit mieux avec les mots.
L’amour est une construction intelligente de deux personnes sages qui décident d’être amis, compagnons, complices, camarades et bons amants. Malgré les problèmes, qui ne manquent pas, ils choisissent chaque matin de continuer à marcher ensemble au long de la vie.
Je me devais de rajouter quelques données qui permettent de mieux cerner les besoins, les attentes, les désirs des hommes et des femmes. Je suis convaincue que c’est en se connaissant mieux que l’on arrive plus aisément à trouver la clé de l’énigme !!
Voici quelques-unes des attentes de l’homme dans la relation amoureuse :
Une complicité au quotidien : une amie avec qui se sentir bien.
Un respect mutuel : entendus, écoutés, et que leur avis soit pris en compte.
Une connexion physique : au-delà du sexe, des gestes d’affection plus que des paroles.
Une oreille attentive : pouvoir dévoiler certaines craintes, certains désirs ou projets.
Se sentir rassuré : le manque de confiance en soi est un mal très répandu, même chez les mâles !
Protéger leur partenaire : pouvoir se positionner « en héros ».
Partager des passions : même si vous ne pratiquez pas, montrez votre intérêt.
Un peu d’indépendance, voire beaucoup : garder la possibilité de faire seul ce qu’on aime faire seul.
Puis quelques éléments de réponse à la question : À quoi sert un homme dans la vie d’une femme ?
Il sert à lui rappeler qu’elle compte pour lui.
À arrêter le temps lorsqu’il la prend dans ses bras.
À l’écouter quand elle a besoin de se confier.
À la protéger des intempéries de la vie.
À la surprendre par de belles attentions.
À lui faire l’amour.
À la faire se sentir unique et désirée.
À la faire sourire et rire de bon cœur.
À lui rappeler qu’elle est la plus belle.
À ne pas la juger.
Bref, à l’AIMER tout simplement.
J’espère vous avoir donné l’envie d’aller découvrir les élucubrations amoureuses de Violette et Marius.
PS - Lorsque vous trouverez votre trésor, pensez à moi…
L’amour est un trésor de souvenirs.
Honoré de Balzac
Quel doux matin de printemps ! Une belle grasse matinée comme je les aime. Debout à dix heures, je viens de finir mon puissant café, Venizio force 12. J’ai encore sa longueur en bouche. Sa puissance va m’être fort utile.
Tout à coup, j’aperçois Marius qui remonte du jardin à une allure surprenante. S’est-il blessé ? A-t-il croisé un animal agressif ? Plus il s’approche, plus je remarque sa blancheur et des tremblements dans ses bras. Que lui arrive-t-il ? J’ouvre en grand les baies vitrées de notre cuisine. Marius se jette dans mes bras et me crie pardon pardon pardon !
Je ne comprends rien à ce qui se passe. Qu’est-ce qui l’a mis dans cet état ? Pourquoi me demande-t-il pardon ? Pardon de quoi ?
Réveillé plus tôt que moi, il était descendu dans le jardin pour enlever une grosse racine qui dépassait du sol et nous gênait pour tondre. Je n’arrive pas à percevoir le lien entre cette racine et son retour précipité.
— Peux-tu reprendre tes esprits, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es blanc comme un linge. Veux-tu un café, un verre d’eau ?
Pendant que je prépare le savoureux nectar, je me retourne discrètement. Je vois Marius complètement vautré sur son fauteuil. Il tient sa tête entre ses deux mains. Il tremble. Il ne dit mot. Son corps s’agite comme un pantin désarticulé.
J’amène nos deux tasses sur un plateau sur lequel j’ai déposé quelques petits chocolats. Je pense que cette gourmandise va le requinquer. Pour ma part, j’ai bien besoin de réconfort également, car je sens dans mon ventre un nœud étrange et douloureux. Mon corps est très réceptif aux émotions, alors cela m’intrigue, comme un mauvais pressentiment…
— Raconte-moi, ne reste pas muet, je suis très inquiète, je ne t’ai jamais vu ainsi.
— Chérie, non, ne t’inquiète pas. Tu sais que j’étais parti pour enlever cette fichue racine qui me casse souvent les pieds. Il fallait le faire, même si je n’en avais vraiment aucune envie.
— Oui, tout ça je le sais, mais accouche bordel !!!
— Je savais que tu allais mal le prendre, je ne sais plus si je dois te dire…
— Marius, me dire quoi ? Je ne prends rien mal, je n’y comprends rien à ton charabia.
— Ne me coupe plus la parole alors, et écoute-moi.
— Oh n’en profite pas pour me faire encore tes sempiternels reproches sur ma façon de parler, ça m’énerve et j’ai ma dose ! En ce moment, tu ne cesses de remettre en question ma personnalité. Ça me perturbe.
— Ce n’était pas mon intention, excuse-moi. Quand j’ai essayé de déraciner la souche, je me suis vite rendu compte que la terre avait été remuée il n’y a pas si longtemps. Je me suis demandé si un animal avait gratté.
— Et alors ?
— Alors, j’ai continué à creuser, creuser, creuser ! La racine était profonde. Tout à coup, je suis tombé sur une surface dure. Je pensais que c’était une grosse pierre. J’ai encore gratté pour arriver à enlever le maximum de terre. Et j’ai découvert une caissette fermée par une cordelette. Juste à côté, une petite boite fermée aussi avec du gros scotch.
— Pourquoi ces boites dans notre jardin ? Des enfants se sont peut-être amusés à ensevelir un trésor.
— Non chérie, ce ne sont pas des enfants. Depuis le temps qu’on a la maison, elles auraient été pourries et là, cela me semble récent. Immédiatement, j’ai coupé la ficelle et après avoir soulevé le couvercle, j’ai découvert qu’il y avait plein de lettres.
— Des lettres ? De qui ? Pourquoi sont-elles là ?
— J’en ai ouvert quelques-unes pour savoir de quoi il retournait. Rien de bien important mais ça me gêne. Une part de mon passé que je préférais oublier. Je ne sais pas ce qu’il y a d’autre, je suis vraiment estomaqué !
— Pourquoi ? Ce sont des lettres compromettantes pour toi ?
— Non, enfin tout de même je suis mal à l’aise. En fait, cela me gêne pour toi. J’ai eu pas mal de relations avant de te connaitre, tu le sais bien. Je t’en ai peu parlé, mais tu te doutes que je n’étais pas un saint. Tout de même, retrouver des échanges de cette époque, il y a de quoi s’interroger.
— Oui, et alors, il est où le problème ?
— Sache, chérie, que je ne veux pas te perdre. Tu es la femme que j’aime depuis si longtemps. Le passé, on s’en fout non ?
— Marius, là tu commences sérieusement à me taper sur les nerfs. D’abord ces boites, puis des courriers, puis maintenant une déclaration d’amour, on va où là avec tout ça ?
— Laisse-moi la parole jusqu’au bout s’il te plait. Tout ça, comme tu dis, appartient à mon passé. Malgré tout, je ne suis pas très fier de certaines aventures que j’ai eues. Certaines étaient vraiment malsaines. J’ai un peu honte de l’homme que j’ai pu être.
— Je ne vis pas avec le passé, c’est ta vie de Don Juan ! En gros, je m’en fous, car ce qui est important c’est maintenant et toutes nos années de mariage.
— Merci, merci, ma chérie, j’ai toujours apprécié ta façon de voir les choses et là encore tu me prouves que tu es vraiment une femme exceptionnelle. Je me rappelle qu’au début de notre relation, tu étais un peu contrariée quand je te parlais de mes « ex ». J’ai coupé court à te raconter mes frasques amoureuses. De toute façon, en te rencontrant, je savais que tu serais la femme du reste de ma vie.
— Marius, tout cela je le sais, on est marié depuis suffisamment longtemps. Je commence à savoir qui tu es ! Épargne-moi les détails s’il te plait. Revenons à ces courriers, il est où le problème pour que tu sois paumé comme ça ?
— Je crains qu’il y ait plusieurs histoires dont certaines ne me rendent pas glorieux. Ça me gêne de retrouver mes conquêtes au fond du jardin. C’est à devenir fou. Ce qui m’intrigue vraiment, c’est : pourquoi et comment ces courriers sont-ils arrivés là, enfouis sous cet arbre ?
— Ah ça, si tu as la réponse, je suis preneuse !
— Tout ça me turlupine. Qui a pu déposer ces cassettes et comment ? Notre maison est totalement clôturée et on a une alarme. Qui a pu venir mettre ça là ?
— Écoute Marius, je ne comprends rien au charabia que tu me racontes. Respire un grand coup et redis-moi ce qu’il y a réellement dans ce foutu trésor.
— Deux cartons, un petit et un moyen. J’ai ouvert le plus grand. J’y ai découvert d’anciennes lettres d’amour. J’en ai lu quelques-unes. Je n’en sais pas plus ! Je suis tout de suite monté te rejoindre, je te l’ai déjà dit.
— Je ne sais pas de quoi il retourne, ce qui est sûr, c’est que tu es en train de me rendre chèvre, car tu fais un drame de lettres qui datent de plus de vingt ans. On va les lire, mais il me semble qu’il n’y a pas de quoi te mettre dans cet état.
— Je ne sais pas. Je suis choqué, pour tout te dire. Qui nous veut du mal pour ressortir de vieux dossiers ? Pourquoi ? Je n’ai pas d’ennemi connu, donc qui a pu faire ça ?
— Ce n’est pas le moment de faire ton Caliméro. Pour l’instant, j’ai plein d’autres choses à gérer. Je suis persuadée qu’il n’y a pas péril en la demeure. On en reparle au déjeuner ? J’ai autre chose à penser qu’un de tes délires.
— Si tu le dis, chérie, on va dire que je délire, tu as raison. En tout cas, je file prendre une douche. Je me sens sale et sali…
Écrivez des lettres d’amour, car cela va être difficile de retrouver des messages WhatsApp au grenier dans 40 ans !
Anonyme
J’entends Marius sous la douche. J’ai l’impression qu’il s’éternise un peu, comme s’il avait besoin de récurer tout son passé. J’avoue ne m’être jamais trop intéressée à ce qu’il avait vécu avant de me rencontrer. Je suis une femme qui va de l’avant, chacun sa barque, et je n’aime pas être inquisitrice. J’avais les grandes lignes de son parcours. Je me doutais bien qu’il avait eu pas mal de relations, cela se sentait dans son expérience.
L’air de rien, tout ça me secoue. Plus que je ne voudrais le laisser paraitre. Ce nœud au fond de mon estomac ne me dit rien de bon.
Tout à coup, j’entends Marius qui court jusqu’aux toilettes. Il est en train de vomir. Je commence à m’inquiéter, car tout cela ne lui ressemble pas. Qu’est-ce qui peut bien l’avoir mis dans cet état ? Pas de simples lettres d’amour, tout de même ! Il m’a peut-être caché des choses terribles.
Le voici qui retourne à son bureau et claque la porte. Un homme dans sa grotte, pas question d’aller le déloger ! Je décide de nous préparer un léger plateau-repas. Je sais que dans ces moments-là mieux vaut garder son calme, prendre un peu de force pour pouvoir ensuite affronter ce qui doit l’être. Entre-temps, ma curiosité m’incite à descendre rapidement voir sa trouvaille. Des paquets de lettres sont étalés sur la terre. Une petite boite fermée est posée un peu plus loin. Y a-t-il de quoi en faire un drame ?
Vers treize heures, Marius me rejoint et s’installe à table, silencieux, toujours aussi blême.
— Je n’ai pas très faim, chérie, ne m’en veux pas. Tout ça me retourne les boyaux, tu as dû l’entendre…
— Oui et je ne te cache pas que tu m’inquiètes. Pour l’instant, c’est le déjeuner et on va aborder ton « trésor » après. On ne va tout de même pas se couper l’appétit pour deux malheureuses caisses de courriers.
— Je suis inquiet et même pas curieux de découvrir le reste. En fait, je rumine pour savoir pourquoi cette caisse est au fond du jardin. Et surtout comment elle est arrivée là ?
— Lâche un peu, tu es en boucle !
Nous déjeunons de trois bricoles. Rien ne passe, pas plus chez lui que chez moi. Dès que la table est débarrassée, je propose à Marius d’aller s’occuper de sa boite à secrets ! En éternelle optimiste que je suis, je me dis que nous allons traverser une turbulence puis bientôt atterrir.
Je lui prends la main et, côte à côte, on traverse notre magnifique terrasse, puis on emprunte le petit sentier qui nous permet d’accéder au bas de notre grand terrain. Les fleurs ont leurs corolles grandes ouvertes, majestueuses, un camaïeu de couleurs et de senteurs. Le chèvrefeuille est foisonnant, il m’envoie ses effluves si parfumés. Quand je passe devant la passiflore, je m’aperçois qu’une efflorescence va bientôt éclore. Ces fleurs, quelle délicatesse de la nature ! J’aime observer chaque détail. J’adore mon jardin et je suis très fière de tout ce qu’on a entrepris dans cette demeure acquise au bout de trois ans de vie commune. Je pense à tous nos souvenirs ici. Quand on arrive devant le grand saule, je me souviens de nos élans fougueux, à l’ombre de ses branchages. Il y a quelques années, on adorait y venir pour écouter du Mozart. Allongés sur une couverture, on finissait par se titiller avec les brindilles jusqu’à l’effeuillage de nos corps débordants de désirs.
Depuis le début de notre descente au fond de ce paradis de la nature, j’observe Marius en coin. Je m’aperçois qu’il essaie de repérer un indice, un objet laissé là par erreur, une trace de pas. Sa seule préoccupation : pourquoi ces boites sont-elles là et qui aurait bien pu les déposer ? Surtout, comment ? Le côté pragmatique de mon homme : comprendre et trouver une logique à chaque chose ! Cela m’attendrit, car il est à l’opposé de moi.
Lorsqu’on arrive près de cette souche déracinée, Marius me montre du doigt les objets du délire. J’ouvre la plus grosse boite, bien décidée à élucider ce mystère. Je prends un premier paquet ficelé entre les mains, et me décide à décacheter et à oser la lecture. Je n’ai pas de temps à perdre, car j’ai le ressenti qu’un incendie brûle et il me faut l’éteindre.
— Si tu ne veux pas les lire, ne le fais pas, je crois que cela va nous faire du mal.
— C’est déjà fait, me semble-t-il, non ? Arrête de flipper !
— Oui, ce n’est pas faux, je me demande si on ne devrait pas mieux prévenir la police. Si on touche tout ça, on ne pourra plus faire un relevé d’empreintes.
— Tu veux qu’ils nous rient au nez ? J’imagine bien les policiers nous répondre : « messieurs dames, on est désolés, mais on ne traite pas les lettres d’amour !! »
Marius ne dit plus rien. Il est là, recroquevillé sur lui-même comme un vieillard épuisé, ou comme un môme qui a fait une grosse bêtise. En tout cas, ce n’est plus le mâle dans sa toute-puissance que j’ai épousé ! Je l’ai rarement vu ainsi. Il me faut être forte pour l’aider à sortir de cet état. Mon côté sauveur ! Je démarre à peine quelques lettres et soudainement, je le vois prendre violemment un paquet, le jeter dans la caisse ouverte. Il détale comme un lapin avec sa grosse boite et s’enfuit vers la maison. C’est peut-être trop dur pour lui de remuer son passé ? Je ne peux que le suivre, car en réalité, je suis sidérée par son comportement. Ses lettres, je m’en fiche, ce qui n’est pas normal, c’est de le voir si bouleversé. Il montre une attitude coupable, mais de quoi ?
Lorsqu’il arrive dans le salon, je le vois regarder cette immonde boite et d’un nouveau geste brutal, il tape sur la petite table sur lequel la caisse est déposée. Puis il fuit dans son bureau, son antre, là où en général, il arrive à se calmer. Une fois encore, pas question d’aller le déranger, je respecte son besoin d’isolement.
Je profite de son absence pour prendre un autre tas de ces missives. Les quelques lignes que j’avais lues en bas du jardin n’avaient rien de bien étrange. Des mots doux, des gentillesses, des souvenirs partagés. Pas de quoi en faire une montagne. Il a une fâcheuse tendance à tout dramatiser depuis quelque temps. Je dois continuer la lecture. La clé du mystère se trouve peut-être là, et même si je n’en ai aucune envie, j’aime aller jusqu’au bout. Tout en déchirant une enveloppe, un énorme bâillement m’envahit. Marius m’a épuisée, je décide d’aller me reposer avant d’affronter le monstre ! Mes yeux clignent, mon cerveau turbine. Je ressasse. J’ai horreur d’être dans cet état-là, d’autant que je n’y suis pour rien. J’en veux à Marius, car c’est bien lui le responsable et en ce moment, il me met souvent sur les nerfs.
Je dors finalement trois heures. Marius n’est même pas venu voir pourquoi je dormais autant. Il est dans sa « logique » et ce que je ressens, ce que je traverse, je ne suis pas bien certaine que cela le préoccupe. Quel égoïste parfois !
Je n’ai pas envie de préparer à diner, somme toute, il n’avait pas faim à midi, le soir il prendra ce qu’il y a dans le réfrigérateur. Il sort de son bureau, bâille comme un putois :
— Excuse-moi, je me suis assoupi et je n’ai pas vu l’heure.
— Moi aussi j’ai dormi longtemps. Tout cela nous a épuisés. Veux-tu que je te fasse à diner ? Je n’ai guère d’énergie, je ne te le cache pas !
— Non, c’est bon, on va faire un plateau avec des restes. Sers-toi, moi je me débrouillerai.
Notre soirée s’écoule devant un médiocre film qui m’a plus embrouillé l’esprit qu’autre chose. Il faut que je continue à lire pour éclaircir toutes nos angoisses. Je déteste nous voir ainsi dans nos silences respectifs comme deux gamins qui se font la tête ! Marius part se coucher dans son bureau aménagé en chambre pour les nuits d’insomnie. Tant mieux, je n’aurai pas à le subir et je n’ai nullement envie de le sentir à mes côtés. C’est plutôt rare, car j’aime sa chaleur, son odeur et son bras qui m’enlace pour dormir. Il ne veut rien affronter ce soir, c’est évident. Sa lâcheté est parfois sa voie de sortie ! Je le connais bien, demain il sera un amour.
Je me dirige vers le salon, choisis mon meilleur fauteuil, de jolis coussins couleur miel et me voici au bon endroit pour découvrir la suite des épisodes rocambolesques de monsieur Marius ! Je ne sais pas ce qui m’attend. Si je pouvais refaire le film, j’aurais tout pris et jeté au feu ces horribles boites et leurs contenus.
La première lettre est écrite d’une belle plume qui parle d’amour. Marius lui répond dans la seconde. Très romantique tout ça. J’en deviendrais presque jalouse. Il y en a cinq d’une certaine Stéphanie. Rien de bien troublant, je dirais même que je me sens soulagée. Il a aimé avant moi et c’est moi qu’il a choisie.
Je saisis un second tas ficelé dans du ruban rose. Quelques lettres seulement, cela va être léger. Et pourtant, le plus lourd à lire. Pourquoi n’ai-je pas tout jeté ? Tout de suite, cette écriture me déchire le regard. On croirait un lion en cage qui vient déposer ses griffes sur le papier. C’est assez difficile à déchiffrer. Une bête sauvage. Et pourtant « la lionne » s’appelle Ève. Le prénom de celle qui a créé notre humanité, si on en croit la légende… Alors, Ève, dis-moi où est ton humanité à toi, vieille sorcière aux ongles acérés ?!
Dès le premier paragraphe, je sens que je vais devoir affronter des horreurs. Je pensais lire des lettres de Marius. Non, ce sont celles de Dame Ève herself ! Pourquoi Marius les a-t-il gardées ? C’est du masochisme à ce stade. Elle raconte avec de menus détails, tous plus sordides les uns que les autres, leurs nuits et toutes les expériences sexuelles partagées ensemble. J’apprends alors que mon mari a fréquenté assidûment les clubs échangistes. J’apprends que mon tendre Marius adore les partouzes les plus violentes. Cela lui aurait procuré des plaisirs immenses, et elle n’oublie aucun détail. J’ai juste envie de gerber moi aussi ! Elle raconte combien il crie sa jouissance pendant qu’il la fouette ou pendant les coïts. Outre la violence, cela transpire la vulgarité à tous les étages.
Je n’arrive même pas imaginer Marius dans toutes ces sauvageries. Il a toujours eu avec moi un profond respect de mes désirs, mes envies et nous communiquons beaucoup sur notre sexualité. Je ne l’ai jamais entendu me dire qu’il était frustré, bien au contraire. Jamais il ne m’a brusquée, jamais il ne m’a demandé des actes sado-maso ou autres. Nous avons de l’imagination parce que nos sensualités se causent et se complètent. Mon mari me dit souvent combien il est heureux dans notre intimité. J’aime sa délicatesse qui m’a conquise dès le début de notre rencontre. Un vrai gentleman ! depuis que je le connais, je l’ai toujours vu défendre la cause des femmes.
— Tu sais, ma chérie, je ne suis qu’un homme. Alors, certes, je peux avoir des fantasmes un peu fous, du désir un peu hors limite. Cela reste des fantasmes et très honnêtement, je suis comblé avec toi.
Je me souviens alors d’un moment merveilleux. Après les premières années d’une sensualité largement exprimée, un soir après l’amour, il me prit les mains et me confia avec des larmes dans le regard :
— Je crois que l’Amour c’est vraiment le ciment d’une sexualité épanouie. C’est à cause de cela que je n’ai pas besoin d’extravagance particulière, parce que de toute façon je te désire toujours autant et j’adore notre complicité qui transparait dans notre intimité. Tu es une femme très attirante et tes caresses valent tout l’or qu’un homme aspire à recevoir. Tu t’abandonnes à moi comme jamais aucune femme ne l’a fait avec moi.
Depuis bien des années, je suis à l’aise avec mes désirs et mes envies. Je les exprime. J’ai rencontré mon corps assez tardivement, je rattrape le temps perdu ! Avec Marius, il y a cette pépite merveilleuse qui s’appelle l’amour. Ça n’a pas de prix. Ça vaut tous les kamasutras du monde ! Il me suffit de l’observer, je le connais presque par cœur et pourtant, là au fond de mon ventre, il y a ce petit pincement tout à fait identifiable qui s’appelle le désir. Souvent même, ça part d’un regard, d’un effleurement de mains, d’un sourire. J’avoue que ce corps à corps toujours aussi enflammé laisse pantoises certaines de mes copines.
Je viens de m’égarer dans ma propre boite à souvenirs. Pour le coup, j’en oublie les propos d’Ève, totalement abjects à lire et surtout à digérer. Elle parle de quelqu’un d’autre, ce n’est pas possible. Comment Marius, si tendre, attentionné et respectueux, a pu être acteur de ce que je lis ?
Elle a la plume lourde et riche en vocabulaire, elle donne des détails croustillants. Comment peut-elle écrire ces immondices ? Elle parle bien évidemment d’elle, et moi ça me hérisse le poil ce genre de nana qui n’a plus aucun respect pour l’intime. Arrivée à la quatrième lettre, je pourrais m’arrêter. Je suis totalement atterrée et je suis curieuse en même temps. J’ai besoin d’aller jusqu’au bout. Encore une fois, je suis tentée de prendre tout ça et le jeter dans notre cheminée, en faire un grand feu de joie ! Certes, la solution est sage et aisée. Sauf que nous ne résoudrons rien de cette manière, il faut que je trouve la force d’aller plus loin.
Déterminée, je reprends ma lecture. Horreur ! Ève raconte qu’elle est tombée enceinte. Marius lui a confié sa joie d’être père, même si quelque part, il aurait souhaité un autre moment pour avoir un enfant. Si ce don du ciel arrivait, il voulait l’honorer. Superstitieux et un peu croyant, il ne pouvait imaginer enlever la vie à ce petit être. Marius a un grand sens des responsabilités. Là, je le reconnais bien. J’aime les valeurs de mon mari.
Dans la septième lettre, elle raconte par le détail toutes les étapes de son avortement. Elle explique même tout le plaisir qu’elle a ressenti de se sentir libérée de cet embryon. Elle écrit les insultes proférées par Marius devant sa cruauté. Il n’avait pas été mis au courant et il était dans une colère noire. On le serait à moins. Elle en riait, cette femme machiavélique ! S’était ensuivie la rupture évidemment.
La dernière lettre est centrée sur le fait que Marius s’était mis à pleurer comme un gosse, bien qu’on parlât d’un vulgaire fœtus de moins de deux centimètres. Pas de quoi se mettre dans un tel état. Elle en remettait une couche en lui confirmant qu’il n’avait vraiment pas la capacité à être père. Succédait une bataille de mots orduriers et d’accusations. Les gestes violents suivirent. Elle était fière de lui avoir balancé une bouteille d’eau au visage quand il a voulu s’enfuir. Elle finit sa prose en lui disant qu’il avait bien de la chance, car elle aurait pu porter plainte pour violence conjugale.
Sans m’en rendre compte, je pleure. J’imagine la scène. J’ai mal pour mon mari. Je retiens ma colère en tapant sur mon fauteuil.
— C’est qui cette nana, bordel ? Un monstre ?
Je repense à nos longues discussions sur une éventuelle paternité tardive. Il avait accueilli ma fille préadolescente avec tellement de générosité. À l’époque, elle n’était pas facile tous les jours, mais il avait une patience d’ange avec elle. Ils avaient réussi à créer et entretenir une complicité que j’admirais.
Ses paroles me reviennent :
— Tu vois, je suis quasiment certain que j’aurais été un bon papa… de toute façon maintenant il est trop tard. Et je sais que je suis un très bon beau-père, cela me convient parfaitement.
— Ça oui, c’est rare de voir une relation aussi harmonieuse entre deux êtres qui auraient pu se jalouser. Pour tout ce que tu lui as apporté, je te suis très reconnaissante.
— Il n’y a pas à avoir de la reconnaissance. Ta fille a son papa et moi je suis un second « papa ». Après tout, on ne donne jamais trop
