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Qui sommes-nous, où allons-nous, que faisons-nous ? Et si nous prenions le temps d'y réfléchir, et de construire, pas à pas, la société du bonheur, en prenant pour exemple les sociétés traditionnelles et en écoutant la sagesse qu'elles ont à nous transmettre. Après tout, il est toujours le temps d'agir, de grandir, pourvu que nous en donnions les moyens, c'est à dire le temps, et l'accord entre nous. Tout est question de rythme : c'est ainsi que j'avais commencé à écrire mes carnets. Je vous souhaite une bonne lecture, à enrichir et à perfectionner, pour approcher de la beauté, l'ultime degré de connaissance que nous puissions atteindre. Ce livre est un livre de réflexion sur la société contemporaine dans laquelle nous vivons, et sur les transformations que nous pourrions y apporter. Différents thèmes sont traités : la monnaie, les formes d'imposition, la spiritualité, l'éducation, l'habitat (exemples de formes architecturales et urbaines), entre autres. Une réforme politique est proposée à la fin de l'ouvrage. Vous pouvez vous reporter au site d'auteur dans lequel d'autres détails sont donnés : https://lucdupont.fr
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Seitenzahl: 314
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Illustration de couverture : « L'heure de la sieste » - Zhouzhuang (Chine) Estampe : Luc Dupont (technique du mokuhanga)
Dédicaces
Note préliminaire
Avant-propos
Prolégomènes
La société du bonheur
Épilogue
Remerciements
Références
Écrits antérieurs
Nous1 sommes comme les nuages,
Vaporeux, insaisissables et fluctuants
(mouvants).
Nous glissons dans l'espace (même si la gravité
nous attache au sol), naissons et nous
évanouissons.
Avant, pendant, après...
Ne sont que des continuités.
La seule importance est d'apprendre à flotter,
sans encombre, et sans heurter personne.
C'est cela qui peut nous rendre heureux, et
aimables.
Avez-vous remarqué que les nuages se
mélangent, se pénètrent et se mêlent ?
Nous sommes comme les nuages ; juste des
nuages...
Attends, écoute, ne force rien.
Ton inclination est le chemin.
Ta volonté est un leurre; elle t'interdit d'écouter.
Écoute, fais le juste nécessaire.
Cela est suffisant, et t'évitera de nuire aux autres.
Pour entrer en résonance, il faut éviter les heurts.
1 Nos esprits. Même liés à nos corps physiques, nos esprits voyagent.
À l'ex-Roi du Bhoutan, Jigmé Singye Wangchuck, qui a instauré en 1972 dans son pays l'indice du Bonheur National Brut (BNB) en remplacement du Produit Intérieur Brut (PIB), pour mieux prendre en compte dans la gestion économique de son pays les bienfaits que ses habitants peuvent recueillir du développement économique. Je n'ai pas le pouvoir de me substituer à nos gouvernants, mais je regrette que les pays occidentaux n'aient pas reconnu dans cette action remarquable le signe du chemin que nous devrions à notre tour emprunter. Les occidentaux sont fiers et orgueilleux, dominateurs, et peut être est-il difficile pour eux de reconnaitre que la lumière nous vient là d'un « petit pays », à l'écart des grands circuits internationaux, même si, chez nous, quelques-uns ont participé à cette prise de conscience2.
À mon père, qui aimait les livres, et qui m'a encouragé à écrire. À ma mère, qui aimait les arts.
À Naoko, qui m'a patiemment laissé le temps d'écrire ce livre.
2 Nous reviendrons sur la question de la remise en cause des critères de « succès » économique effectuée depuis plusieurs décennies, et dont ont pu s'inspirer les représentants du Bhoutan. Je renverrais les lecteurs français aux travaux de Dominique Méda et de Patrick Viveret notamment. Nous saluons donc ici la décision politique de mettre en application ces principes.
Du début jusqu'à la fin de ce livre, j'essaierai d'emprunter la voie de la douceur3, même quand je parle de choses injustes ou désagréables. La plus grande différence à laquelle nous sommes confrontés est là : du dialogue serein, apaisé, aux énervements, emportements, qui parfois nous submergent. Si nous pouvions, un seul instant, nous en rendre compte, nous dire que nous nous sommes mal exprimés, avec emphase, orgueil ou infantilisme, le monde dans lequel nous vivons changerait radicalement. Et, nous ne ferions pas tant d'erreurs (commettrions tant d'indélicatesses), par précipitation, ou sans conscience.
3 En hommage au très grand peintre Jean Siméon Chardin, qui nous conseillait d'emprunter ce chemin. «Messieurs, messieurs, de la douceur. Entre tous les tableaux qui sont ici, cherchez le plus mauvais ; et sachez que deux mille malheureux ont brisé entre leurs dents le pinceau, de désespoir de faire jamais aussi mal. Parrocel, que vous appelez un barbouilleur, et qui l’est en effet, si vous le comparez à Vernet; ce Parrocel est pourtant un homme rare, relativement à la multitude de ceux qui ont abandonné la carrière dans laquelle ils sont entrés avec lui. Le Moine disait qu'il fallait trente ans de métier pour savoir conserver son esquisse ; et Le Moine n'était pas un sot. Si vous voulez m'écouter, vous apprendrez peut-être à être indulgents. » / propos rapportés par Diderot dans la préface au Salon de 1765.
« Écrire, c'est aller dans ce périmètre où on n'est plus personne » - Marguerite Duras
« Ce qui est devenu fou,
ce n'est pas moi,
c'est le monde » - Haruki Murakami
J'emprunte à la langue japonaise (ou aux Japonais) le terme d'« ukiyo » comme titre de ce livre. Vous verrez que dans cet ouvrage j'évoque le Japon à plusieurs reprises, notamment en parlant de l'époque d'Edo, qui pourrait souvent inspirer nos réflexions. « Le monde flottant », notion d'origine bouddhique, désigne le monde présent, traversé de tumultes, de souffrances et d'inquiétudes. Mais à la fin de l'ère d'Edo, le terme d'« ukiyo-e » (« images du monde flottant »), représenté notamment par les estampes japonaises, décrit un monde de plaisirs et de bonheurs terrestres. Cette expression de « monde flottant », je l'ai souvent en tête. Elle me questionne, dans son ambivalence. Dans ce livre, j'essaye de vous proposer un aller-retour entre les souffrances du monde actuel dans lequel nous vivons, et la manière que nous aurions de construire un monde de bonheurs. Il s'agit bien du sujet du livre.
Ce livre est un livre de réflexion. En aucun cas, même s'il contient des propositions, il ne s'agit d'un programme. Je récuse d'emblée cet objectif, qui ne correspond pas à ce travail. Nous sommes, dans le domaine politique notamment, beaucoup trop souvent soumis à des personnes qui professent des convictions, avant même d'avoir énoncé des propositions. Prenez donc ce livre comme une plongée au cœur des réflexions les plus intimes ou les plus profondes que je sache élaborer aujourd'hui, pour tenter d'atteindre ce qui peut nous unir, et qui doit être discuté entre nous. Mon seul objectif, en vous transmettant ces réflexions, est de stimuler la vôtre, pour que vous vous formiez un avis personnel, et que nous puissions ensuite échanger. Ce livre voudrait ressembler à une fenêtre que l'on ouvre, ou à une maille que l'on étend, que l'on desserre. Une respiration.
Ce livre n'est pas un livre d'économie au sens monétaire ou financier du terme. Je ne suis pas « économiste », et même si j'ai suivi une formation d' « économie politique » à l'Institut National Agronomique (chaire de « Développement agricole » créée à l'origine par René Dumont), je ne possède pas la maitrise des sujets économiques au sens de l'économie financière et des équations monétaires rendues souvent volontairement incompréhensibles à tout esprit sain, puisque la volonté première, souvent non exprimée, est d'en cacher la teneur, la signification et le fonctionnement. Être économiste dans ces conditions, je ne le voudrais pas.
Ce livre est politique, au sens anthropologique, puisqu'il s'intéresse avant tout à la définition du bien commun, et à la meilleure manière possible que nous aurions de gérer nos affaires communes, l'homme étant un animal social. Il n'est donc pas politique au sens des partis politiques, ce qui accréditerait l'idée que l'exposition contradictoire (dialectique) des opinions puisse faire office de politique commune, alors que la question est de résoudre les contradictions le plus tôt possible4, pour se donner ensuite le temps et l'espace de travailler les meilleures solutions d'accords possibles5.
La « réflexion » est parfois une des dernières libertés qui nous restent (les contraintes pour agir étant parfois dantesques), à condition de parvenir à nous défaire des idéologies qui nous sont assénées tous les jours, à toute heure6. C'est un projet, dont j'ai parfaitement conscience qu'il nécessiterait un temps long pour s'en approcher. Le rythme politique qui nous est imposé, fait d'élections et de votes presque annuels, nous en empêche d'ailleurs ; le « renouvellement » qui nous est promis, comme devant s'approcher de nos désirs d'électeurs, n'est en fait professé que pour masquer la totale césure qui existe entre ceux qui gouvernent et ce que nous sommes. Nous avançons désormais sous le régime d'une dictature masquée, d'essence matérialiste et inégalitaire, qui nous concède juste le fait que ses représentants se renouvellent régulièrement (en réalité se déplacent seulement). Nos paroles, nos voix, ne sont jamais questionnées.
Comme le dit Georges Bataille en introduction de « La part maudite » (dans 1'« avant-propos »), tous les sujets de société qui nous intéressent entretiennent un rapport étroit avec l'économie, à condition de ne pas réduire le sujet aux questions matérielles. L'économie décrit une grande part du système de nos échanges, et souvent les détermine. Je ne rentrerai pas dans la technique économique, utile et nécessaire par ailleurs, notamment pour comprendre et analyser le système dans lequel nous vivons, voire le critiquer et le faire évoluer. Ma tentative consiste à prendre le système tel qu'il est aujourd'hui, avec ses imperfections et ses dysfonctionnements, voire les inégalités qu'il contient, et à étendre le champ d'observation à des questions non techniques, mais qui déterminent l'environnement « économique » dans lequel nous vivons.
Le fait économique ne peut se résumer à une technique des flux de capitaux, technique d'ailleurs aujourd'hui si complexe (et souvent opaque) qu'elle échappe presque à tous7. Parler des questions foncières, des modes de production de l'habitat, de la production agricole et des ressources que nous offre notre environnement, c'est aborder la question économique générale des sociétés dans lesquelles nous vivons.
De même, comme nous vivons dans des environnements collectifs (communes, départements, régions, nations, communautés économiques trans-nationales) qui consomment une partie de la richesse produite, nous devons questionner l'équilibre qui s'est instauré entre richesse produite individuellement et richesse dépensée collectivement. Dans une société comme la société française d'aujourd'hui, la part prélevée collectivement est très importante. Nous essaierons d'évaluer, dans la mesure du possible, la qualité de cette dépense.
C'est en quelque sorte une « anthropologie » de notre propre condition que je questionne, jusqu'aux aspects philosophiques et spirituels qui nous animent.
A l'instar du « Bonheur National Brut » qui au Bhoutan remplace le PIB8, car ce dernier n'est fondé que sur la croissance et ne prend pas en compte les valeurs qui déterminent le bien-être des habitants et de leur environnement, nous tenterons de formaliser des principes économiques orientés vers le bonheur des habitants, afin que ceux-ci mesurent et reconnaissent les bienfaits de l'État qui les réunit et les administre, et que ce dernier soit frugal et économe.
« Regardez mes frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même, tout animal est en vie. C'est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi notre existence. C'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins animaux, autant de droit qu'à nous d'habiter cette terre.
Cependant écoutez-moi mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et faible quand nos pères l'ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd'hui, elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l'esprit la volonté de cultiver le sol, et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage. »
Tatanka Yotanka, ou Sitting Bull, grand chef Sioux
Dans les sociétés « traditionnelles », l'économie est « encastrée » dans l'ensemble du champ social, dont elle ne représente qu'une partie. La parenté, la religion, la politique peuvent entretenir des rapports avec l'économie mais ne sont pas déterminés par elle. L'économie traite de la question des rapports de production, de distribution et d'échange dans la société ; il ne s'agit que d'une part des activités.
Aujourd'hui l'économie s'est transformée en système marchand mondialisé qui semble recouvrir l'ensemble des activités sociales et les déterminer. C'est sans doute une illusion, mais toute notre attention, voire toute notre énergie, est portée vers la performance économique et vers le travail. Même nos enseignements (école, université) favorisent la formation d'un « homo œconomicus » et délaissent des pans entiers de la connaissance, intellectuelle, spirituelle, artistique9.
Les hommes semblent plus se préoccuper d'échanger les biens à travers le monde et d'accroitre chacun leur domination, que d'échanger leurs cultures et leurs savoir-faire. L'espionnage industriel et technologique prend des allures guerrières et systématiques, quand l'échange de connaissances pourrait devenir l'enjeu et l'objectif. Chaque pays ou chaque continent développe sa grande paranoïa qui prétend qu'il faut craindre l'autre. Pourtant nous sommes à l'ère des échanges et des déplacements mondialisés, de la découverte de toutes les autres cultures. L'enjeu de connaissance et d'échanges culturels devrait prédominer10.
Je me suis résolu à écrire ce livre. J'y ai longtemps rechigné ; j'aurais aimé vivre dans la « vraie vie » ces échanges intellectuels, ces échanges d'idées, ces réflexions, et contradictions. Bref, ne pas avoir à les écrire. Mais l’âge avançant, je me rends compte que ces échanges sont presque impossibles, que la plupart des sujets sont « tabous » ou conflictuels dans notre société, hystérisée11, et que donc une vie intellectuelle doit être menée d'abord seul. Je suis heureux finalement de l'avoir enfin compris.
Vous comprendrez, en lisant ce livre, qu'il pose plus de questions qu'il n'en résout. Ce n'est pas exactement un choix. Il me semble que cela fait partie du processus de réflexion que nous pouvons avoir, si nous souhaitons rester sincères et permettre la réflexion des autres, accepter qu'ils prolongent et enrichissent la vôtre, la fasse progresser. C'est une condition nécessaire pour trouver des accords communs.
Pour conclure cet avant-propos, je voudrais citer Li Ying, jeune journaliste chinoise, qui, quand elle vivait à Paris, avait été invitée dans une conférence au Pavillon de l’Arsenal pour évoquer le « vieux Pékin » où elle avait vécu pendant son enfance, et qui était désormais en voie de disparition. Dans un passage magnifique, elle racontait la vie quotidienne et familiale dans les « siheyuans »12, au sein des « hutongs »13. Une question lui a été posée sur le Pékin moderne qui advenait, et plus précisément sur le nouvel opéra de Pékin. Li Ying, mesurée, modeste, réfléchie et respectueuse, a alors prononcé ces quelques mots :
- J'ai beaucoup regretté...
(Réfléchissant, et cherchant les mots justes en français, qui n'est pas sa langue natale, et qui resteraient respectueux)
- Je regrette beaucoup... de ce qu 'il y a aujourd'hui.
Pour le dire autrement, ce livre nait en partie de la profonde répulsion que j'éprouve pour le monde dans lequel nous vivons ; j'aurais pu commencer cet avant-propos ainsi, mais je ne voulais pas commencer par une note négative, qui aurait été exagérée. Pourtant, je ne sais plus où j'habite, à proprement parler. Et je ne sais plus où habiter, réellement. Le monde, notre environnement, m'apparait sali. Pour tenter de comprendre, je me suis éloigné d'ici. Au Japon, en Chine, ailleurs, j'ai vu des choses qui m'émerveillaient. Mais je ne voyais que ce qui m'intéressait. Quand je considère aujourd'hui ces deux pays magnifiques, du fait de leurs cultures anciennes, je me désole de ce qu'ils deviennent, comme pour nous.
Gauguin, Brel, Moitessier, et d'autres14, ont tenté de fuir. Ils ont su que cette fuite était vaine. Même en Polynésie, aux confins du monde, il n'existe plus de refuge qui échappe aux « marchands du temple15 ». Ces derniers ont fini d'envahir la planète ; ils terminent leurs œuvres, jusqu'à nous asservir, dans leur machiavélisme sordide16.
Je n'ai pas d'autre choix que de me replier en moi-même, et de réfléchir. J'ai tenté de m'ouvrir au monde, à travers l'agronomie, l'informatique, puis
l'architecture ; dans aucun de ces domaines je n'ai pu exercer librement ma pensée, ressentir la possibilité de réaliser une œuvre utile, belle et nécessaire, aller là où je le souhaitais. Je vous livre donc des pensées et des réflexions. Peut-être, finalement, est-ce aujourd'hui ce qui nous manque le plus. Certains les trouveront utopiques, ou idéalistes ; peu importe, cet avis émane de personnes qui craignent leur liberté, notamment celle de penser librement. Ces pensées sont bien réelles et concrètes, et ne demandent qu'à être réalisées, si d'autres le souhaitent et les partagent. J'espère qu'elles chemineront, se transformeront, s'amélioreront. En réalité, j'ai le sentiment que je n'ai pas vraiment le choix.
Tout en vivant ici, et maintenant, ce livre est une tentative d'éloignement radical des conditions dans lesquelles nous vivons, qui nous rendent proprement « fous », sans repères. Valérie Bugault a justement établi un lien entre le nombre de dépressions (et de consommation d'anxiolytiques) dans notre société et la dégradation des structures sociales qui caractérise nos vies. En tant que juriste, elle observe la déconstruction systématique des règles de droit qui fondaient notre culture sous les puissances de l'argent et du commerce17. Nous sommes en danger à force d'être soumis à des forces occultes, machiavéliques et égoïstes. Comment retrouver et reconstruire la raison ? En commençant par construire samaison ?18
4 Tout semble se passer comme si, dans un processus ascensionnel, les névroses individuelles (dues au désordre collectif) remontaient et s'exprimaient à l'échelle sociale supérieure, représentative.
5 Ce qui demande beaucoup de temps et d'énergie, et que nous ne prenons pas le temps de faire. D'où le sentiment que nous pouvons avoir souvent que les débats à l'Assemblée nationale sont inutiles ou puérils.
6 Parfois de manière consciente, parfois de manière inconsciente, par des individus qui parlent ou répètent à l'emporte-pièce, disent proprement n'importe quoi, de manière inutile (nous évoquons ce sujet plus loin, dans le livre).
7 Dans l'économie financière qui nous gouverne, il subsiste plus de choses délibérément cachées, que de choses qui soient révélées.
8 Il nous faudrait questionner la signification profonde du « PIB », composé d'une accumulation d'échanges (comme preuve de la vitalité d'une économie), comme une hystérisation de la société dans laquelle nous vivons. En quoi une somme d'échange détermine-t-elle une richesse, et un bonheur de vivre, si toute une part de ces échanges est vaine, voire inutile ? Une société peut être riche et limiter ses échanges, ou les accomplir, au moins partiellement, en dehors des circuits monétaires.
9 Ayant étudié dans une grande école scientifique, j'ai été stupéfait de constater qu'il n'y avait aucune formation philosophique dans ces études, dites « supérieures ». La philosophie était abordée en classe « Terminale », puis abandonnée...
10 Beaucoup d'entre nous préfèrent les «Jeux Olympiques », qui assoient la domination de tel ou tel pays qui a développé un système politique et économique plus performant, plus dominateur.
11 Souvent aussi parce que nous n'avons pas le temps d'échanger, ou ne prenons pas le temps de le faire. Notre agitation est contraire à la sagesse.
12 Les « siheyuans » sont les maisons traditionnelles pékinoises à cour carrée où vivaient les familles au sens élargi, c'est à dire sur 3 ou 4 générations.
13 Les « hutongs » sont les ruelles du vieux Pékin qui forment une trame fine orthogonale (orientée Est-Ouest majoritairement), et qui sont bordées par les « siheyuans ».
14 En écrivant ces quelques noms, je pense indubitablement à Alain Bashung, rare personne pour laquelle j'ai pleuré lors de son décès. Il n'est pas parti dans les îles du Pacifique ; il s'en est allé dans les « airs », survolant avec tendresse et tristesse notre monde, qu'il voyait s'effondrer. Jusqu'au dernier moment de sa vie, il nous a encouragé à tenir. Il a eu la force de partir, en restant.
15 Les véritables marchands du temple, ceux qui exercent cette activité et la revendiquent, mais aussi une part de nous, qui accepte ou participe de cet état de fait, même parfois malgré nous.
16 Jusqu'à quel point sommes-nous complices des totalitarismes qui nous gouvernent ?
17 Valérie Bugault : « Les raisons cachées du désordre mondial » tomes 1 & 2 - Éditions Sigest.
18 Dans les sociétés traditionnelles, « construire sa maison » est l'acte fondateur d'entrée dans la communauté humaine, donc de constitution et de perpétuation de la communauté. Regardez aujourd'hui nos maisons ; elles sont à notre image. Ce livre est aussi une maison que je construis, faute de n'avoir pu, à ce jour, construire ma propre maison bâtie. Je me console en pensant que les Japonais ont construit les plus belles maisons qui soient, et qu'ils savent les conserver et les entretenir. D'une certaine manière, je ne saurai faire mieux que ce qu'ils ont fait J'aimerais vivre un jour dans une maison traditionnelle japonaise, le plus haut degré d'élaboration philosophique matériel que je connaisse.
Presque tout aujourd'hui est monétisé, mais nous serions incapables individuellement d'établir une base de calcul ou d'évaluation de la valeur de la monnaie. Ce sont des valeurs relatives, fluctuantes, au gré des marchés internationaux et des échanges mondiaux, des activités de spéculation des acteurs économiques ou politiques. Faudrait-il revenir à une valeur de la monnaie fondée sur la valeur des biens ou des services (définir un tableau d'équivalences entre les services rendus et les biens produits) ?
Tout n'a pas toujours été monétisé. Les anthropologues et les historiens nous ont montré que dans d'autres cultures, ou dans la nôtre à des époques antérieures, il existait d'autres formes d'échanges sans utilisation de monnaie : le don (et le contre-don), la koula, en sont des exemples. Plus proche de nous, le service rendu, aussi, peut-être. Certains voient dans ces formes d'échanges des exemples obsolètes, antérieurs (dans le sens d'une « évolution ») à notre modèle totalement monétisé. Rien n'est moins sûr. Il s'agit de formes différentes dont il convient d'étudier la sagesse qu'elle peut contenir, et que nous avons oubliée. Peut-être des formes de liberté et de cohésion sociale qui nous ont été retirées, pour alimenter un profit individuel (un accaparement) et un isolement, cloisonnement, des individus.
L'histoire peut être parfois celle des occasions manquées, des chemins erronés. Autrement dit, au cours de l'histoire, ce sont parfois la force et la cupidité qui l'emportent sur la sagesse et sur l'intelligence. Longtemps après, quand nous en avons pris conscience, il est sage de revenir en arrière. Cette considération peut être appliquée individuellement à chacune de nos vies (c'est le sens de ma proposition en architecture de reconstruire Notre Dame et son environnement (parvis du 18è siècle) tels qu'ils étaient autrefois, à l'identique, conscient de l'état de décrépitude totale de l'architecture aujourd'hui : décrépitude morale et intellectuelle, désir démagogique de plaire, dans la médiocrité et la vacuité, ou parfois simple soumission).
La monnaie est de la dette, une reconnaissance de dette entre deux individus, comme un échange différé dans le temps. On crée de la monnaie quand on augmente le montant de la dette.
Nous pourrions croire que la monnaie est l'équivalent d'un produit, qu'ils se confondent ; par exemple qu'un kilogramme de carottes vaut (égale, ou « est ») une unité monétaire. Or, les choses sont assez différentes. Une unité monétaire que je possède (qui est une dette qui m’a été contractée) fonctionne comme une promesse d'achat vis à vis du producteur du kilo de carottes dans notre exemple. Il y a un décalage temporel dans l'échange.
Puis-je dire que si j'ai une baguette, je possède un euro ? Pas tout à fait; pour que j'ai un euro, il me faut trouver quelqu'un qui m'« achète » (m'établisse une reconnaissance de dette) la baguette à ce prix, ce qui n'est pas certain. Si je mange la baguette... sa valeur a disparu.
Comment puis-je acquérir une unité monétaire ?
- Soit par un système d'échange (de bien ou de service), quand j'ai remis à un tiers un produit par exemple (toujours le kilogramme de carottes, ou un équivalent). Au lieu de me l’échanger avec un autre bien (ou service), il m’a remis une « unité monétaire », qui permet en quelque sorte de différer l'échange (don/contre-don). Ce serait un moyen d'échange « à court terme » entre des denrées ou services qui ne sont pas disponibles au même instant (la récolte des choux est plus tardive que celle des carottes, et la « monnaie » permet d'organiser ce décalage temporel). Il y a un acte de confiance entre les deux parties, mais il est mesuré ; il s'établit dans un système productif « normal », qui n’a pas besoin de croitre ou de s'étendre...
- Soit par une promesse que je ferais à un tiers d'une "richesse” escomptée, qui n'existe pas encore, mais qui est présumée. Cette richesse reste à produire ou à découvrir ; une part de cette richesse sera «rendue» au donneur (prêteur) d'argent. Nous pourrions illustrer ce cas par l'exemple de la royauté espagnole qui a pu financer ses grandes expéditions de découverte (les Amériques) en empruntant de l'argent sous la promesse de retour de richesses multipliées (or, argent, matières, productions). L'acte de confiance comporte là un risque indéniable, car la promesse de retour peut ne pas être tenue (richesse escomptée inexistante ou moindre que prévue, conflits guerriers, malhonnêteté,...). Un autre exemple serait celui d'un industriel qui promet un bénéfice par l'accroissement de la production, permis par de nouvelles machines ou par de nouvelles ressources qu’il exploiterait. Dans ces deux exemples, nous sommes au cœur d’un système économique en expansion qui vise à accroitre la part produite bénéficiant au groupe à l'origine de l'échange (l'Espagne, et ses financiers périphériques, dans le premier exemple). Nous sommes dans un système en déséquilibre. (Cette question est importante aujourd'hui dans un monde qui a pris conscience qu'il épuisait les ressources terrestres, au-delà de ce que la Terre peut produire ou fournir de manière durable).
Pouvons-nous dire qu’il existe deux sortes d'argent ? Un argent «productif», servant à réguler les échanges au sein d’une société « à développement égal ». Un argent « spéculatif », fondé sur des promesses de transformation de la société et de ses conditions de vie. Dans ce deuxième cas, nous devons nous poser la question de la validité de ces promesses ; l'argent « spéculatif » est-il nécessaire à l’amélioration des techniques et de nos conditions de vie, ou sert-il d'autres intérêts, qui ne sont pas dits, comme l'extension d’un royaume ou d’un empire, ou l'enrichissement d’une classe privilégiée ? Il est très vraisemblable que l'argent « spéculatif » ne soit que cela. Les innovations techniques ou de connaissances qui améliorent les conditions de vie ne « coûtent » en général presque rien.
Au regard de ces quelques considérations, nous comprenons mieux la « sagesse » des sociétés traditionnelles qui excluaient du système monétaire (l'argent) toute la part de la production consacrée à la « survie » du groupe. Une autre part, la richesse excédentaire, était « dépensée » de manière « somptuaire », peut être pour ne pas pervertir le fonctionnement du groupe. Certaines de ces sociétés avaient comme but de vivre en harmonie avec la nature, leur environnement, et non de poursuivre des objectifs de conquêtes territoriales ou d'accroissement de richesse. Nous y reviendrons par la suite.
« L'économie commence là où la psychologie s'arrête » Ludwig von Mises
Dans quelle mesure l'économie n'est-elle pas dominée aujourd'hui par la psychologie19 ? Si l'on considère les deux approches dans l'établissement de la « valeur », l'approche objective de la valeur du travail, et l'approche subjective dans 1'« utilité » que prennent les choses, peut-on dire que les deux approches sont efficientes, en proportions différentes selon les époques et les lieux, et qu'aujourd'hui dans l'économie mondialisée l'approche subjective est très développée. La psychologie influence les comportements individuels dans une proportion inquiétante (presse, publicité, marketing), et aussi dans la gestion des marchés internationaux et des bourses mondiales (valeur affective ou prospective donnée aux choses, donc aux entreprises). Le mimétisme (désir des autres, du groupe) est aussi un facteur qui détermine la valeur. Un autre facteur est la recherche de profit.
Un article de journal récent (Juillet 2020) nous indiquait qu'une entreprise chinoise allait vendre en Europe et aux États Unis un scooter électrique au prix « incroyable » de moins de 500€. Certes, les performances du scooter ne sont guère différentes de celles d'un vélo électrique, mais ce dernier est vendu 2000€ ou plus chez nous. Imaginez ; moins du quart du prix !
Il y a deux réactions possibles à cette annonce :
1) Se réjouir, assez naïvement, et considérer que c'est une prouesse que seule peut nous offrir le capitalisme international, et que notre pouvoir d'achat va en être augmenté.
2) Se questionner, et se demander par quel artifice l'économie chinoise, désormais à un niveau de développement économique proche du nôtre, peut vendre à de tels prix ? Certains diront que la main d'œuvre est moins chère, que le modèle de protection sociale est moins développé... mais, alors que le niveau de vie est désormais proche du nôtre (je rappelle qu'il y a dix millions de « pauvres » en France), le prix de vente est divisé par 4. Le système de protection sociale français, même plus développé, ne suffit pas à expliquer cet écart de valeur.
Je disais en préambule de ce chapitre que la valeur de la monnaie était désormais très difficile à appréhender. Cette valeur semblait détachée du coût de production, coût de la matière et revenu du producteur confondu. Certes, nous pouvons dire que la baguette de pain vaut environ 1€, et que l'échelle des prix irait en conséquence. Mais l'exemple sus-cité montre que cela n'est pas vrai. D'autres paramètres que le coût de la matière et le revenu du travail entrent en compte (je ne parle pas ici d'une plus-value qu'un producteur pourrait exercer, du fait de la rareté des biens qu'il produit, ou de la plus-value commerciale opérée du fait d'une non-concurrence).
Reprenons l'exemple du prix de la baguette. Pour une part il est attaché au prix du blé, ce dernier étant soumis au prix du marché international. Pour défendre ses producteurs locaux, l'Europe par exemple applique un prix différent, supérieur au marché international, donc en quelque sorte subventionne ses producteurs. Ces « subventions », valeurs monétaires, sont donc prélevées ailleurs, dans l'économie générale. En Europe tout ceci est englobé dans la PAC (Politique Agricole Commune), et le producteur est mis en situation de « remercier » les autorités politiques européennes de lui permettre de vivre de son travail 20. Bref, le monde à l'envers. La véritable création de richesse (culture du blé, transformation en farine, puis en pain) est rendue secondaire par rapport aux politiques monétaires et financières, qui elles devraient être subordonnées à la création de richesse. Pour illustrer la situation, le « banquier » a pris le pouvoir et définit la valeur des biens, plutôt que le producteur. Leurs intérêts sont séparés. Leurs importances sociales respectives inversées.
Dans une société « traditionnelle », les protagonistes produisaient des biens et les échangeaient selon la valeur qu'ils leur attribuaient. Nous pouvions parler d'« échange », même si cette description est quelque peu idéalisée. Ici, le producteur a perdu la maitrise de la commercialisation de ses produits, même en étant agriculteur. Il est devenu un membre du prolétariat.
Ce qui nous questionne est donc, au contraire des anciennes communautés locales traditionnelles, la division excessive du travail qui a renforcé les secteurs tertiaires de la finance et de la commercialisation notamment 21 . Ces derniers, banquiers, financiers, « traders », ne servent plus l'intérêt du groupe initial, de la communauté (locale), mais leurs propres intérêts. La scission du groupe communautaire (primitif) est là ; l'intérêt d'un sous-groupe a pris le pas sur l'intérêt du groupe dans son ensemble.
Et pourtant, cette situation est soigneusement camouflée aujourd'hui, de différentes manières :
1) Par un discours idéologique perpétuellement ressassé et répété à l'envi qui nous dit que la « Révolution française » a aboli les privilèges, défait les castes, religieuses (clergé) ou politiques (noblesse), et que nous vivrions dans un monde égalitaire et sans classes, alors qu'elles se sont reconstituées de manière subreptice avec des contours volontairement flous ;
2) Par la valeur relative des différentes monnaies nationales (ou supranationales comme l'euro) établie de manière totalement opaque et idéologique, la valeur n'étant pas établie sur l'équivalence des biens mais sur les rapports de force et de valeur que souhaitent établir les financiers ;
3) Par l'opacité presque totale du système financier qui dissimule la valeur des échanges, les noms des détenteurs de capitaux et les valeurs associées, les lieux où sont stockées ces réserves. Thomas Piketty 22 relève à juste titre la difficulté d'obtenir des statistiques sur ces données, et le refus des États d'effectuer des déclarations automatiques de patrimoines, ce qui pourrait être fait (cela est déjà fait pour les revenus).
La valeur de la monnaie n'est plus la valeur d'échange entre deux produits. Elle est devenue une valeur intrinsèque, entièrement spéculative, aux mains des banquiers et des manipulateurs de monnaie. Comme le démontre très bien Valérie Bugault, la monnaie a perdu sa signification originelle de contrat d'échange (signification légale, juridique), pour devenir elle-même un produit spéculatif (seuls les banquiers ont le pouvoir de le produire et de l'exploiter). La valeur de la monnaie n'est plus réelle (soumise à un véritable libre-échange) ; elle est totalement faussée, au profit de ceux qui la manipulent de manière spéculative et idéologique.
Il est de coutume aujourd'hui de parler de « libre-échange» et d'en vanter les mérites. Le libre-échange n'existe plus. Nous vivons dans un système d'échanges totalement soumis à la valeur de la monnaie, elle-même totalement préemptée et faussée.
La monnaie est à l'origine une « valeur d'échange ». J'échange, par exemple, 5 kilogrammes de carottes contre un bol en terre cuite réalisé par un potier. Les deux parties conviennent que l'échange est égal, et qu'en quelque sorte les quantités de travail et de ressources mises en œuvre sont équivalentes. De proche en proche, nous pouvons définir les valeurs relatives des produits, du simple aliment ou matière première aux objets plus complexes, voire plus grands (bâtiments, ouvrages d'art, objets technologiques, etc.).
Je pars en Chine avec 1 kilogramme de tomates que je vais tenter de vendre à un consommateur chinois. En France, selon les saisons, les modes de production, la région, le type de distributeur, j'aurais payé ce kilogramme de tomates environ 3€. Cette somme, selon les taux de conversion monétaire d'aujourd'hui23, représente environ 24 yuans. Je me permets de considérer, au moins provisoirement, que le coût du transport entre les deux pays est négligeable. De toute évidence, aucun consommateur chinois ne m'achètera ces tomates au prix de 24 yuans : en Chine, le coût sur les marchés des tomates est d'environ 6 yuans/Kg. Je constate donc amèrement que 3 euros que je possède ne valent pas 24 yuans en réalité ; ils en valent le quart (j'ai bien conscience que les ressources et le travail pour produire un kilogramme de tomates sont équivalents en France et en Chine).
La valeur d'échange des différentes monnaies, indiquée par les taux de change respectifs, est donc totalement factice.
Dans l'exemple précédent, nous avons considéré un kilogramme de tomate produit en deux lieux différents dans des conditions équivalentes, et nécessitant la même quantité de travail. Avec l'évolution des techniques de production, cette notion de « quantité de travail » devient difficile à évaluer et à quantifier. Ainsi, chez nous aujourd'hui, le prix du kilogramme de tomates variera de 1€ à 5€, voire plus... 1 à 2€ en pleine saison, depuis le producteur, jusqu'à 5 ou 6€ selon la variété, le mode productif et le circuit de distribution. L'utilisation de serres, de produits chimiques d'amendement et de traitement, de variétés génétiquement modifiées, de main d'œuvre sous-payée... favoriseront une augmentation des rendements et une diminution des coûts de production. Pour la même quantité de travail, l'agriculteur « local » produira 1 Kg de tomates, quand l'agriculteur « industriel » en produira 10 ou 20 ! Et cette différence est rentable pour l'agriculteur industriel, car il ne paye pas à leur «juste prix» les outils de production qu'il utilise : machines, engrais, traitements phytosanitaires, etc. (laissons de côté pour l'instant le coût de la main d'œuvre, des mains d'œuvre à rémunération moindre lui sont opposées). Comment ? Un des moyens est de sous-payer le coût des ressources fossiles (minerais, pétrole, gaz) essentielles dans le système industriel de production. Un autre serait d'exploiter les ressources de la communauté nationale (la dépense collective), au profit presque exclusif des industriels : infrastructures nationales (voies ferrées, routes, autoroutes), recherche scientifique fondamentale de nature publique, etc. Il est très fréquent qu'un industriel profite des « biens communs » sans avoir à les payer. Pire, il pollue souvent l'environnement, là aussi sans conséquence pour lui et le prix de ses marchandises.
Dans notre cas du kilogramme de tomates, l'agriculteur local n'est pas mis en concurrence avec un autre agriculteur d'un autre lieu géographique, il est mis en concurrence avec un système économique global qui vise à remplacer sa production.
Quand nous n'étions pas dans ce système économique de rivalité et de préemption, sous couvert de fausses promesses, n'oublions pas que les hommes ne travaillaient que quelques heures par jour pour subvenir à leurs besoins. Les fausses promesses, ce sont les promesses d'abondance, les coûts d'achat moindres, la diminution du temps de travail 24
