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Marc Barnet habite le charmant petit village de Jongieux, la vie est clémente avec lui. Marc pense qu'il suffit de le vouloir pour être heureux, de faire les bons choix, de rencontrer les bonnes personnes, mais quelquefois ça ne suffit pas. Un jour, le destin s'en mêle, et c'est toute sa vie qui va en être bouleversée...
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Seitenzahl: 64
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Toute représentation intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite.
Chantal Bernati est née en 1966, elle entre à « La Société des Auteurs Savoyards » en mars 2016 avec son roman « Partir avant de vous oublier… »
« Une adolescence volée » 2014
« Partir avant de vous oublier… » 2015
« Après toi… » 2015
« Comme une ombre au fond de ses yeux » 2016
« Sur le chemin de mon père » 2016
À mes parents, enfants, et petits-enfants, avec tout mon amour.
Personne ne sait combien peut durer une seconde de souffrance.
Graham Greene
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Il est à peine six heures quand Marie se réveille ce matin-là et pourtant hier soir, elle a veillé tard, retardant au possible le moment de se plonger dans un sommeil dont elle sait par avance qu’il sera peuplé de cauchemars. La veille, dans un besoin de se raccrocher à quelqu’un, elle a envoyé des SMS à son fils, à ses amies, mais aucun d’eux n’y a vu le SOS qui se cachait derrière les phrases de Marie. Les copines étaient sans nul doute, soit occupées par leurs petits-enfants, soit trop fatiguées elles-mêmes pour répondre ; son fils, quant à lui, se manifestera sûrement dans un jour ou deux, trop pris, comme souvent, par son travail. Toujours est-il qu’elle se retrouve seule avec ce mal de vivre qui ne la quitte plus, avec cette douleur qu’elle connait trop bien et qui n’arrive pas à sortir de sa tête, de son cœur, de son corps. La solitude et la détresse ont pris le dessus sur la vie. Bien sûr, elle n’est pas complètement seule, elle a un mari, Marc, mais ça fait bien longtemps que les deux époux ne regardent plus dans la même direction. Évidemment, pense Marie, il l’aime, mais comme on aime un vieux pull confortable. Elle ne voit plus, dans son regard, cette petite étincelle qui fait la différence entre l’amour et l’habitude. Et pourtant le couple s’est aimé avec passion.
Marie avait rencontré Marc, voilà bien des années ; elle sortait du supermarché de Belley et essayait de démarrer sa voiture qui ne voulait rien savoir. Le jeune homme s’était approché, affichant un grand sourire :
- Si vous continuez ainsi, elle ne démarrera plus ! Vous voulez que j’essaie ?
- Je veux bien, répondit-elle.
Marie sortit de la voiture et Marc s’installa au volant de la petite Renault 5, tourna la clef et le moteur se mit en route. Un grand sourire illumina le visage de Marie.
- Oh ! Vous êtes trop gentil ! s’exclama-t-elle, et tout à son soulagement, elle d’ordinaire si timide, proposa :
- Je vous offre un café, pour vous remercier ?
Le jeune homme éclata de rire.
- On va devoir arrêter votre voiture ! Marie eut un air navré.
- Ah oui, je n’avais pas pensé à ça…
- Ne vous inquiétez pas, je vous la démarrerai à nouveau.
Un peu sceptique, Marie enchaîna :
- Vous êtes sûre que vous allez y arriver ?
- Bien sûr, ne suis-je pas le meilleur mécanicien de ce parking ?
plaisanta-t-il.
Ils s’étaient donc dirigés vers la brasserie attenante au supermarché, s’étaient installés en terrasse. Par ce beau mois d’avril, le temps était déjà très doux, les passants avaient posé les vestes, certains étaient même en tee-shirt. Les rayons du soleil donnaient à leur rencontre comme un air d’été, ils avaient commandé des cafés, avaient discuté plus d’une heure à bâtons rompus puis Marc lui avait avoué avoir un rendez-vous et être déjà très en retard. Le jeune homme avait alors proposé à Marie de l’emmener dîner, le soir même, dans ce charmant restaurant qui domine la vallée de Yenne et le Rhône, sur les hauteurs de Saint-Jean de Chevelu.
Marc Barnet habitait le magnifique petit village de Jongieux depuis sa plus tendre enfance ; son père était viticulteur, comme l’avait été son grand-père. Il avait deux frères qui travaillaient à l’exploitation familiale, mais lui, le petit dernier, malgré l’amour qu’il avait des siens et de son village, avait voulu une toute autre vie. Ce qu’il aimait par-dessus tout, Marc, c’était travailler le bois. Il y avait près de chez ses parents, un homme sans âge, Monsieur Jean, qui avait un atelier d’où se dégageait une odeur qu’adorait le jeune homme, une odeur de sève. Enfant, quand le vieil homme travaillait les portes grandes ouvertes, Marc s’approchait tout doucement. Il le regardait transformer un banal billot en un magnifique hibou ou autre animal ; il le voyait caresser le bois comme si ça avait été un être vivant. Au début, Monsieur Jean lui disait : « Allez, file d’ici ! Va donc jouer avec les gamins de ton âge ! » Mais le jeune garçon restait là, sans bouger, sans parler et le vieil homme l’oubliait, tout à sa passion. Les parents de Marc lui interdisaient l’accès à l’atelier de ce voisin taciturne et peu aimable, mais rien n’y faisait, Marc était attiré par ce lieu. Puis le temps avait passé et Monsieur Jean s’était habitué à ce drôle de garçon qui ne demandait jamais rien. Un jour, il lui proposa :
- Approche donc, gamin. Tu veux que je t’apprenne à travailler le bois ?
- Oh oui, Monsieur, ça me plairait tellement !
Et entre le jeune garçon et le vieil homme était née une belle complicité. Cet homme qui parlait si peu s’était laissé attendrir par ce môme qui le regardait avec de grands yeux émerveillés. L’enfant, sitôt sorti de l’école, courait le rejoindre et passait tout son temps libre avec l’ébéniste. Avec patience, Monsieur Jean lui avait appris le métier et quand, bien des années plus tard, Marc avait réussi son diplôme d’ébéniste, on ne sut lequel des deux fut le plus fier. Le jeune homme avait invité le vieillard au restaurant du village d’à côté pour le remercier de tout ce qu’il lui avait enseigné. Pour l’occasion, Monsieur Jean avait posé son éternel béret, laissant apparaître des cheveux blancs ébouriffés, s’était rasé et avait mis son joli costume du dimanche. Il n’avait pas de famille et ce petit, se disait-il, c’est un peu comme un petit-fils tombé du ciel ! Ce que les gens ignoraient, c’était le triste passé du vieil homme ; il avait perdu ses deux frères à la guerre et ses parents étaient morts de chagrin peu de temps après. Il s’était trouvé seul au monde et avait combattu sa tristesse en travaillant le bois comme d’autres l’auraient noyée dans l’alcool. Non, il ne s’était jamais marié, il pensait que le malheur planait autour de lui et n’avait jamais voulu prendre le risque de souffrir à nouveau. Et aujourd’hui, ce jeune homme qui avait donné un sens à sa vie l’invitait, lui, Jean, et seulement lui, au restaurant de Lucey. Le vieil homme n’y avait jamais mis les pieds et c’était un grand honneur que lui faisait Marc. Les deux hommes passèrent une excellente soirée. Jean regardait, émerveillé, toutes ces jolies tables recouvertes de belles nappes colorées. Les mets étaient délicieux, il se sentait bien. Il pensa qu’il était… heureux !
Les deux amis rentrèrent tranquillement à pied et, arrivés devant chez Jean, ce dernier lui annonça :
- Marc, j’ai bien réfléchi, je vais te donner mon atelier avec tout l’outillage et la grange attenante, ainsi, si tu en as envie, tu pourras la retaper et en faire ton habitation.
- Monsieur Jean, je ne peux pas accepter, je travaillerai et vous l’achèterai plus tard…
