Une vie... - Chantal Bernati - E-Book

Une vie... E-Book

Chantal Bernati

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Beschreibung

Quand Julie revient dans la maison de sa grand-mère, elle ne se doute pas que sa vie va basculer. Elle va rencontrer Stéphane et Vincent. Elle va également être confrontée au passé de son aïeule. Aura-t-elle la force d'en supporter le poids et d'en écouter les silences ?

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Seitenzahl: 77

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Chantal Bernati est née en 1966, elle entre à « La Société des Auteurs Savoyards » en mars 2016 avec son roman « Partir avant de vous oublier… »

Bibliographie :

« Une adolescence volée » 2014

« Partir avant de vous oublier… » 2015

« Après toi… » 2015

« Comme une ombre au fond de ses yeux » 2015

« Sur le chemin de mon père » 2016

« Un cœur en hiver » 2017

À Julien et Hortense Jacquet qui m’ont laissé de si merveilleux souvenirs…

À mes parents, à mes enfants, Céline, Émilie, Guillaume, Nicolas et Lilou, à mes petits-enfants, Kelyah et Neymar, qui je l’espère, garderont de belles images du temps passé avec leur mamie Chantou…

La vie passe tellement vite.

Si tu ne t’arrêtes pas pour regarder autour de toi de temps en temps, tu pourrais la manquer. Ferris Buller

Sommaire

Chapitre 1 : Hortense

Chapitre 2 : Stéphane

Chapitre 3 : Jean

Chapitre 4 : Julie

Chapitre 5 : Vincent

Chapitre 6 : Moi, Stéphane

Chapitre 7 : Moi, Julie

Chapitre 8 : Moi, Vincent

Chapitre 9 : Moi, Jean

Chapitre 10 : Été 1956

Chapitre 11 : Été 1957, en Algérie

Chapitre 12 : Juin 1958

Chapitre 13 : Nicolas

Chapitre 14 : Moi, Jean

Chapitre 15 : Moi, Stéphane

Chapitre 16 : Le cahier d’Hortense

Chapitre 17 : La lettre

Chapitre 18 : La rencontre

Chapitre 19 : Moi, Julie

Chapitre 20 : Moi, Jean

Chapitre 21 : Moi, Pierre

Chapitre 22 : Moi, Julie

Chapitre 23 : Moi, Jean

Epilogue

Chapitre 1

Hortense

Hortense a soixante-dix-huit ans.

Malgré son âge avancé, on peut dire qu’elle reste une belle femme. Elle a de magnifiques cheveux blancs, impeccablement coiffés, des yeux vert émeraude, qui pétillent derrière des lunettes en métal. C’est une femme qui a de la tenue, comme on dit. Mais, désormais, Hortense vit au ralenti. Souvent, en pensant au passé, elle ravale ses larmes. Où est-il le temps où la maison était pleine de rires ? Elle passe le plus clair de ses journées à ressasser ses souvenirs, assise dans son vieux fauteuil. Et pourtant, il y en a eu de la joie dans cette maison ; la naissance de son fils, Pierre, puis quelques années plus tard, celles des jumelles, Louise et Mathilde. Julien, son défunt mari, était un homme doux, gentil et travailleur. Hortense doit avouer que, finalement, elle a eu une vie heureuse. Puis les enfants, les uns après les autres avaient quitté la maison et le couple s’était retrouvé un peu perdu. Hortense s’était alors consacrée à ses roses, Julien à son potager et à ses poules. Et puis, les rires d’enfants avaient de nouveau résonné dans la maison… Six petits-enfants étaient venus agrandir la famille et ce fut pour Hortense et Julien une seconde jeunesse. Leur vie avait été rythmée par les vacances scolaires où le couple gardait tout ce petit monde. Secrètement, la grand-mère avait une petite préférence pour Julie, la fille de Pierre. Cette petite, avec ses grands yeux bleus qui venaient d’on-ne-sait-où, était de loin la plus câline des six. Elle ressemblait beaucoup à son père, mis à part ce regard couleur océan.

Puis les petits-enfants devinrent des adolescents, et leurs visites furent plus rares. Seule Julie continuait à passer un weekend de temps à autre chez ses grands-parents, et à égayer ainsi leur retraite.

Un soir, Julien ne s’était pas senti très bien. Hortense devait se rappeler longtemps ses paroles :

- Hortense, si je dois partir, je voudrais que tu saches que j’ai été heureux avec toi, que je ne regrette aucun de mes choix…

- Mais, moi non plus, mon Julien, je ne regrette rien. On a été tellement heureux. Et tu ne vas pas partir, j’ai encore besoin de toi. Je t’aime. Tu le sais, n’est-ce pas, que je t’aime ?

- Oui, je le sais.

Et Julien avait posé délicatement ses lèvres sur le front de sa femme.

Le lendemain matin, quand cette dernière ouvrit les yeux, elle se tourna vers son époux et le découvrit immobile, sans vie. Hortense comprit que, la veille, Julien avait senti la mort venir. Elle posa la tête sur le torse du vieil homme avec qui elle avait passé cinquante-neuf années de sa vie et laissa couler ses larmes. Elle resta là, sans bouger, un long moment à lui murmurer des mots oubliés, ces mots d’amour que l’on murmure quand on est jeune, lorsqu’on croit que la vie ne sépare jamais les gens qui s’aiment. Tous ces mots qu’elle ne dirait plus et qu’elle regrettait de ne pas avoir dit plus souvent. Enfin, elle se décida à appeler son fils. Ensuite, tout alla très vite, et Hortense se laissa porter. Puis ce fut la sépulture, le monde, les fleurs, les pleurs et Hortense… Hortense et sa douleur. Sa peine. Son manque de Julien. Hortense, dont les larmes ne tarissaient pas. Hortense, dont la tête était remplie d’images passées. Hortense qui se sentait comme amputée d’un membre.

Tous les proches se retrouvèrent à la maison et la vieille dame se dit que c’était bien triste qu’il faille un malheur pour rassembler tous ceux qu’on aime. Julien aurait tant voulu les revoir une dernière fois tous réunis dans leur maison…

Mais, bientôt, ce fut l’heure pour chacun de rentrer chez soi. Seuls Pierre et Julie restèrent auprès d’Hortense. Ils l’aidèrent à se coucher puis se retrouvèrent tous les deux blottis devant le poêle à bois. Le père et la fille étaient très proches. Marie, la mère de Julie, n’était pas très maternelle, aussi, quand elle avait quitté son mari, elle avait également quitté la France, laissant sans regret son enfant derrière elle. Pierre et ses parents avaient fait le maximum pour que la fillette ne souffre pas du manque de sa mère. Cette dernière revenait d’Italie une à deux fois par an, les bras chargés de cadeaux pour Julie ; elle restait deux petites heures, et prétextait un rendez-vous pour s’enfuir à nouveau. Alors peut-être était-ce aussi pour cette raison qu’Hortense avait un petit faible pour Julie… C’était en tout cas ce que pensaient ses proches…

Pierre et sa fille passèrent la soirée à se remémorer le temps où Julie était enfant.

La présence de son fils et de sa petite-fille fit chaud au cœur d’Hortense, mais bientôt ils durent, eux aussi, retourner à leurs occupations.

Hortense sut à ce moment-là ce qu’était la vraie solitude. Se lever le matin sans savoir pourquoi, pour qui. Préparer le repas et se retrouver seule devant son assiette à regarder, les yeux pleins de larmes, une boule dans la gorge, la place devenue vide. L’appétit, parti avec son mari… La journée, interminable, dans l’attente d’une visite, d’un appel… Et se coucher le soir venu dans un lit froid, un lit devenu trop grand pour elle seule, un lit qui lui rappelle cruellement l’absence de son époux. Qui peut imaginer ce que la vie peut être, quand, après presque soixante années de vie commune, le quotidien devient tellement vide ? D’un coup, elle s’était sentie vieillir, elle se voyait telle qu’elle était, une vieille femme qui essayait de survivre au décès de son mari, une vieille femme qui n’était plus utile à personne. N’estce pas là le pire des sentiments, cette impression de ne plus servir à rien ?

Chaque soir, dans ses prières, Hortense demande au Bon Dieu de venir la chercher, mais il ne semble guère pressé de l’exaucer.

Et pourtant, ses amies, Marie-Louise, Odette et dernièrement Octavie ont déjà lâché cette vie où Hortense ne se plait plus. Comme il lui est difficile de voir s’éteindre toutes ces vieilles gens autour d’elle. Il ne se passe plus un mois sans qu’elle n’aille à une sépulture… Elle se remémore souvent ces années où elles ont partagé tant de choses… Alors, malgré le poids de cette solitude forcée, elle prend sur elle pour trouver le courage de continuer à vivre. Les enfants viennent régulièrement la voir, mais ils sont toujours tellement pressés. Ils n’ont le temps de rien. Ce n’est pas comme Hortense qui, elle, en a trop de temps. Elle voudrait partager avec eux ses souvenirs, mais à quoi bon ? Ils n’ont pas encore l’âge de se retourner sur leur vie, alors elle parle à son chat, à ses roses, quitte à passer pour une vieille folle…

Chapitre 2

Stéphane

Deux petits coups brefs à la porte et Hortense entend :

- Madame Jacquot, coucou, c’est le facteur…

- Entre, Stéphane, entre, mon petit…

Hortense aime beaucoup ce jeune facteur qui prend toujours un moment pour discuter avec elle. C’est un beau garçon blond, très serviable. La première fois qu’elle l’a invité à boire un café, il a eu l’air bien ennuyé :

- Je suis désolé, Madame Jacquot, je n’ai pas beaucoup de temps… J’ai du retard, aujourd’hui…

- Ce n’est pas grave, s’était-elle empressée de répondre, une autre fois…

Et le lendemain, la vieille dame avait tout préparé sur la table de la cuisine ; le café tout chaud, dans la vieille cafetière italienne, deux anciennes et magnifiques tasses du service en porcelaine, cadeau de sa belle-sœur Thérèse pour son mariage, déposées sur leurs soucoupes et un sucrier assorti, sans oublier les petites cuillères.