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Du Chili à la Papouasie-Nouvelle-Guinée et du Bhoutan à l’Australie, suivez deux reporters à la rencontre de personnes qui œuvrent, aux quatre coins du monde, pour un futur meilleur.
Pascale et Jonathan sont deux reporters partis faire le tour du monde avec la volonté de mettre en lumière ces hommes et ces femmes qui, aux quatre coins de la planète, œuvrent pour un avenir meilleur. Ils se sont allégés de tout, ont condensé leurs vies dans deux sacs à dos de 15 kilos et pris la route d’une vie nomade. Lâcher prise, prendre du recul sur les vies trépidantes, hyper-consommatrices, ultra-connectées, prendre de la distance pour mieux questionner notre mode de vie et revenir aux valeurs essentielles. Du Chili à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Bhoutan à l’Australie, en passant par le Groenland, le désert d’Oman, les steppes de Sibérie, les ruelles du Bangladesh, à travers l’Équateur, la Tasmanie, la Namibie… Pendant un an, le couple s’est laissé inspirer par ces peuples éloignés avec la volonté de partager des modes de vie venus d’ailleurs, des paysages à couper le souffle et, avant tout, les valeurs véhiculées par ceux qui n’ont pas attendu que le monde change pour changer le monde. Un monde positif s’est écrit au fil de la route et des rencontres.
Découvrez le reportage d'un duo parti à la rencontre de peuples éloignés qui ont en commun des valeurs solides et la volonté de changer le monde à leur échelle.
EXTRAIT
Ensuite, nous avons été témoins de l’harmonie que certains peuples ont développée avec leur environnement naturel. Un lien émouvant qui achève de nous convaincre des forces tranquilles de la nature, son effet apaisant sur les petits hommes que nous sommes, mais aussi et surtout sa fragilité. Si, pour certains chez nous, la nature n’est que le décor de nos vies, pour d’autres communautés éloignées, la nature est une alliée essentielle à la survie. Que mangeraient les petites communautés du Groenland sans la chasse et la pêche ? Comment feraient les Papouans-Néo-Guinéens installés dans la forêt ou au bord de la mer si leur nature tropicale devenait moins luxuriante ? Comment survivraient les villageois de la forêt amazonienne et du fleuve Amazone si leur Pachamama (la Terre-Mère) devenait moins généreuse ? Que deviendraient les familles éthiopiennes dans la région très aride du Tigré si leur climat devenait encore plus chaud et sec ?
Après avoir vu tant de splendeurs, nous voulons être des ambassadeurs de la beauté de notre planète mais aussi de sa fragilité, des ambassadeurs de la bonté humaine, de l’élan positif dont nous sommes tous capables. Nous avons énormément à apprendre de l’autre et la force du voyage, c’est qu’il nous confronte tous les jours à nos limites, dans ces cultures que nous ne connaissons pas. Il nous rappelle, comme Socrate, « je sais que je ne sais rien », cette petite phrase qui aiguise l’humilité et bat en brèche les discours tout faits, simplistes et autoritaires. Le voyage, c’est la plus belle des écoles de vie ! À tout âge, qu’on soit grand scientifique ou jeune écolier, nous avons encore tout à apprendre, à découvrir et la bonne nouvelle, c’est que l’on est tous à des degrés divers dans le même cas.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Pascale Sury, photographe et reporter du monde positif, a baroudé dans plus de 70 pays sur cinq continents. Avec son appareil photo à l’épaule et un regard bienveillant, Pascale est à la recherche d’émotions, de réflexions et de sens.
Jonathan Bradfer, journaliste à la RTBF pendant 17 ans, est désormais reporter-voyageur. Après des années sur la vague de l’actualité, Jonathan veut pratiquer le journalisme de solutions.
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Seitenzahl: 196
Veröffentlichungsjahr: 2019
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« S’éloigner de tout rapproche un peu de l’essentiel »
LOÏCK PEYRON
Il avait bien raison, Loïck Peyron !
Quelle aventure de larguer les amarres. Quel bonheur de prendre un peu de hauteur sur nos vies et sur ce monde dont on nous dépeint les crises au quotidien. Quelle chance d’avoir pris le temps d’un voyage, 375 jours, pour aller voir par nous-mêmes ce qui, ici et ailleurs, nous semble essentiel au bonheur et rencontrer ceux qui œuvrent positivement. Quel courage d’avoir osé lâcher prise par rapport au confort de nos vies, se séparer de tout pour tracer notre route.
Du Chili en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Du Bhoutan à l’Australie. Sur les glaces du Groenland, le désert d’Oman, les steppes de Sibérie, les ruelles du Bangladesh. À travers l’Équateur, la Tasmanie, la Namibie… Un monde positif s’est écrit au fil de ce chemin dans des décors parmi les plus beaux de la planète, des paysages et des visages magnifiques. Un tour du monde au cours duquel nous voulions rencontrer, photographier, filmer des hommes et des femmes comme nous, comme vous, des anonymes qui, aux quatre coins du monde, œuvrent pour un avenir meilleur.
Après une bonne année de préparatifs, nous sommes enfin prêts pour l’aventure de notre vie. Celle dont on rêve depuis des années sans pouvoir la vivre pleinement ou sans oser s’avouer qu’il faut la vivre maintenant. Jusqu’ici, Pascale voyageait déjà, seule, pour son travail de reporter du monde positif. Jonathan, lui, savourait pleinement le temps des voyages en couple, mais en restant très attaché à sa vie belge.
Le changement de vie a été radical, rapide et parsemé de quelques écueils. Des mois de travail pour penser l’itinéraire du voyage et construire notre projet professionnel. Des mois aussi pour parvenir à vendre la maison, la voiture et tous les objets dont nous n’avions plus besoin. Des mois encore de démarches administratives rébarbatives pour se libérer de tous nos abonnements, contrats… dans les règles de l’art. Et quelques autres moments intenses où l’on est seul face à ses peurs et ses angoisses en essayant de les regarder avec tendresse pour leur dire : « Cette fois, je ne vais pas vous suivre, je vais fermer les yeux et m’écouter ! »
Nous partons fatigués par ces mois passés dans un tourbillon. Mais nous voilà libres, sereins et heureux sur les chemins du voyage… Sur le dos, un sac de 15 kilos, notre maison avec notre essentiel au niveau administratif, vestimentaire et cosmétique. Sur le ventre, un sac de matériel photo, vidéo et informatique, nos « pinceaux » pour dessiner le monde que l’on va découvrir, photographier, filmer, monter, partager et, surtout, donner la parole à ces hommes et ces femmes du bout du monde qui ont tant à nous apprendre.
Nous ne serons pas déçus ! Le résultat de cette formidable aventure est aujourd’hui entre vos mains. Le livre de deux nomades idéalistes, de deux aventuriers du quotidien qui ont voulu faire de leur vie un voyage. Merci, chers lecteurs et lectrices, pour cet investissement qui nous va droit au cœur et qui permet de donner de l’écho à tous les beaux messages que l’on nous a confiés. Grâce à votre écoute bienveillante, nous avons le sentiment de tenir notre promesse, faire bon usage de la confiance que toutes ces personnes nous ont témoignée.
Deux magnifiques enseignements sont nés de ce voyage. Tout d’abord, partout sur la planète, quels que soient les moyens matériels, des hommes et des femmes changent le monde à leur échelle, par des projets constructifs, des modes de vie respectueux de l’autre et de la planète. Ce sont des « acteurs de changements positifs ». En partageant ces rencontres inspirantes et ces modes de vie éloignés du nôtre, nous espérons favoriser un cheminement personnel et une prise de conscience génératrice d’engagement. Nous sommes tous capables de grandes actions, pour nous-mêmes, notre famille, notre communauté et la planète. N’ayons plus peur, osons passer à l’action. Chaque action positive, si petite soit-elle, a tout son sens et des conséquences constructives. Ce sont autant de projets positifs qui, additionnés, dessinent les contours d’un « vivre autrement ».
Ensuite, nous avons été témoins de l’harmonie que certains peuples ont développée avec leur environnement naturel. Un lien émouvant qui achève de nous convaincre des forces tranquilles de la nature, son effet apaisant sur les petits hommes que nous sommes, mais aussi et surtout sa fragilité. Si, pour certains chez nous, la nature n’est que le décor de nos vies, pour d’autres communautés éloignées, la nature est une alliée essentielle à la survie. Que mangeraient les petites communautés du Groenland sans la chasse et la pêche ? Comment feraient les Papouans-Néo-Guinéens installés dans la forêt ou au bord de la mer si leur nature tropicale devenait moins luxuriante ? Comment survivraient les villageois de la forêt amazonienne et du fleuve Amazone si leur Pachamama (la Terre-Mère) devenait moins généreuse ? Que deviendraient les familles éthiopiennes dans la région très aride du Tigré si leur climat devenait encore plus chaud et sec ?
Après avoir vu tant de splendeurs, nous voulons être des ambassadeurs de la beauté de notre planète mais aussi de sa fragilité, des ambassadeurs de la bonté humaine, de l’élan positif dont nous sommes tous capables. Nous avons énormément à apprendre de l’autre et la force du voyage, c’est qu’il nous confronte tous les jours à nos limites, dans ces cultures que nous ne connaissons pas. Il nous rappelle, comme Socrate, « je sais que je ne sais rien », cette petite phrase qui aiguise l’humilité et bat en brèche les discours tout faits, simplistes et autoritaires. Le voyage, c’est la plus belle des écoles de vie ! À tout âge, qu’on soit grand scientifique ou jeune écolier, nous avons encore tout à apprendre, à découvrir et la bonne nouvelle, c’est que l’on est tous à des degrés divers dans le même cas.
Nos pays ont parfois le sentiment d’être au « centre du monde », nos modes de vie sont souvent considérés comme la référence en termes de développement, nos sociétés sont en train de se refermer sur elles-mêmes, alors saurons-nous inverser le mouvement et nous ouvrir à cet ailleurs qui peut tant nous enseigner ? Saurons-nous apprendre à percevoir les valeurs inspirantes des modes de vie si éloignés du nôtre ? Saurons-nous nous inspirer de l’énergie et de la force créatrice de personnages rayonnants ? Nous le pensons !
Notre mode de vie est celui du voyage, notre métier est médiatique, notre force est la sensibilité. Ce sont nos passions et, espérons-le, nos talents. Nous les avons mis ensemble avec cœur pour bâtir ce projet (de vie) qui est le nôtre. Mais le simple fait d’avoir quitté les sentiers battus de notre société ne fait pas de nous, pour autant, des héros à la vie exceptionnelle. D’ailleurs, nous ne sommes pas des vrais aventuriers puisque nous croisons des voyageurs qui vont beaucoup plus haut, plus fort, plus loin… plus fous que nous.
« Chacun son Everest », c’est l’enseignement que nous devons tous garder en tête, sous peine de se sentir tout petit face à l’énergie d’autres personnes que nous croisons. Sous peine de se sentir écrasés de culpabilité « parce qu’on ne fait pas assez ». Un sentiment qui mène à tout sauf à l’action ! Au contraire, chacun sa vie, chacun ses recettes pourvu qu’elles mènent vers plus de sens et de bonheur.
|Bonne lecture, bon voyage et… comme on se le disait, au moment du départ il y a plus d’un an : laissons-nous inspirer !
Saúl face au réchauffement climatique
Saúl Luciano Lliuya est un paysan péruvien et guide de montagne dans ces magnifiques paysages des Andes qui l’ont vu naître il y a 37 ans !
Avec sa petite famille - sa femme et ses deux enfants - Saúl vit près de Huaraz dans le Nord du Pérou. Son petit village s’appelle Llupa, 350 habitants, une poignée de petites maisons à flanc de collines, entourées de terres cultivées. Saúl est fier de faire visiter ses terres et ses cultures : des pommes de terre, du quinoa, du blé, du maïs, de l’orge…
Les 50 000 habitants de Huaraz vivent avec une menace constante au-dessus de leur tête. La fonte des glaces fait peser le risque d’une gigantesque inondation de toute la vallée.
Sa maison modeste a une vue imprenable sur les sommets voisins et les glaciers. Saúl est né ici et est un des premiers témoins de la fonte dramatique des glaciers des Andes. Quand il était enfant, les sommets étaient tout blancs 365 jours par an. « En quelques années, les glaciers des Andes ont perdu 40% de leur surface et le phénomène s’accélère », confie-t-il tristement !
Saúl est devenu un symbole de la lutte contre le réchauffement climatique et surtout de cette réalité très injuste : les pays développés sont les gros pollueurs de la planète, les pays pauvres souffrent en première ligne des conséquences.
« En quelques années, les glaciers des Andes ont perdu 40% de leur surface et le phénomène s’accélère. »
Saúl, sa famille, les 350 habitants de Llupa, les villages voisins et les 50 000 habitants de Huaraz vivent avec une menace constante au-dessus de leur tête. La fonte des glaces fait peser le risque d’une gigantesque inondation de toute la vallée, une catastrophe similaire aux deux glissements de terrain meurtriers qui ont ravagé la région au cours du siècle dernier : « Le risque est lié aux lagunes ici, ces lacs situés à environ 4000 mètres d’altitude. Avec la fonte des glaciers, les lagunes gonflent et menacent les villes qui sont en contrebas, aux environs de 3000 mètres. Ce qu’il peut se passer, c’est que les lagunes débordent, rompent les digues naturelles et les digues artificielles qui existent. Il se produirait alors une catastrophe. »
Sans compter le risque de pénurie d’eau qui est déjà une réalité, moins de glace en montagne, moins d’eau dans la vallée alors qu’elle est la richesse première de ces peuples dont la subsistance dépend essentiellement du travail agricole. Ils vivent à la montagne, avec la montagne !
Son combat à la « David contre Goliath » est une grande première sur le sol européen.
Alors, Saúl a voulu réagir. Il a décidé, avec l’aide de l’ONG allemande Germanwatch, de poursuivre en justice RWE, un gros groupe énergétique allemand, propriétaire du plus gros parc de centrales à charbon d’Europe. « RWE est le plus gros émetteur européen de C02 ». Selon les responsables de Germanwatch, « il est responsable d’environ 1% de toutes les émissions de gaz à effet de serre industrielles ». Son combat à la « David contre Goliath » est une grande première sur le sol européen.
Pour montrer un exemple concret, Saúl et sa petite fille de 7 ans, Gracy, nous emmènent au glacier Churup, situé à 4450 mètres d’altitude, à deux heures de marche, en montée et à bout de souffle évidemment ! La fonte des glaces se voit à vue d’œil, les lacs de montagnes, magnifiquement endormis au pied des sommets, gonflent d’années en années et menacent de craquer en déversant un tsunami d’eau et de boue dans les vallées environnantes. Pour Saúl, il n’y a qu’un seul responsable : les industries émettrices de gaz à effet de serre. Il faut donc qu’elles paient. Saúl Luciano Lliuya demande à la compagnie RWE de s’engager financièrement (0,5% du budget global) dans les travaux de sécurisation des lacs de montagnes qui menacent de déborder.
La petite ville de Huaraz se situe au coeur de la cordillère des Andes.
La cordillère des Andes, dans son ensemble, paie cher la hausse des températures à laquelle s’ajoute le phénomène El Niño dans la région. Pérou, Bolivie, Colombie, Équateur, chaque pays assiste, impuissant, à la fonte de ses glaciers. En Équateur, l’emblématique volcan Cotopaxi a perdu plus de 40% de sa glace en 40 ans. « L’année dernière était terrible pour la fonte des glaces, il n’a quasiment pas neigé. On a perdu une masse considérable de glace, c’est très triste ! », nous dit Saúl. « Je suis content du combat que je mène parce que je défends notre montagne. Nous qui vivons sous la montagne, nous dépendons d’elle pour l’eau, et sans eau, il n’y a pas d’agriculture possible. Alors, si on se défend, peut-être que quelque chose peut être réparé. »
Les magnifiques lagunes des Andes péruviennes gonflent au rythme de la fonte des glaces.
Désert d’Atacama : un ciel si dur, une terre si sèche et pourtant… la vie !
C’est le désert le plus sec au monde, un joyau pour les photographes et les amateurs de terres reculées. Occupant 105 000 kilomètres carrés (la taille de 3 Belgique et demie), certaines zones n’ont tout simplement jamais connu la pluie !
Et pourtant, le désert d’Atacama est une richesse du Chili et la vie s’y est joliment installée.
Le désert d’Atacama est une richesse du Chili.
La région, truffée de minerais, est un des moteurs économiques du pays grâce au travail minier. Mais également grâce à son ciel, d’un bleu quasiment vierge de tout nuage. Un soleil de plomb cogne du matin au soir au point qu’une alerte UV est déclenchée de manière quasi permanente. 11 sur une échelle de 11, il est conseillé aux habitants d’éviter de sortir entre 11 h et 16 h ou, au moins, de rester à l’ombre.
Ce soleil est l’autre richesse du « grand nord » chilien, des dizaines de fermes solaires ont poussé comme des champignons, des milliers de panneaux photovoltaïques qui font du Chili un champion de l’électricité verte. Le gouvernement chilien compte bien produire 20% d’électricité issue des énergies renouvelables (éolien et solaire) d’ici 2025 et 70% d’ici 2050. Dans un passé proche, l’électricité a même été distribuée gratuitement aux consommateurs tellement le stock d’énergie solaire était important.
Diego Álamos a réalisé son rêve, une folie : installer une librairie dans cet endroit coupé du monde.
Les habitants du coin sont fiers de leur ciel « le plus pur du monde ». Les nuits sans nuages et les vents favorables en font d’ailleurs un des meilleurs lieux du monde pour l’observation des étoiles et de l’espace. De nombreux télescopes sont installés pour faire découvrir aux touristes les merveilles de la voie lactée, mais ce sont surtout les gigantesques observatoires qui témoignent de cet éclat stellaire : le radiotélescope ALMA et l’Observatoire européen austral (ESO) ont choisi Atacama pour s’installer.
Autre merveille de cette contrée à l’aridité inégalée : les peuples du désert ont cultivé la vie dans cet endroit austère. Les Atacamenos vivent ici depuis des milliers d’années, grâce aux techniques d’irrigation héritées de leurs ancêtres.
Parmi ces oasis, une bulle de culture est sortie du désert. Diego Álamos a réalisé son rêve, une folie : installer une librairie dans cet endroit coupé du monde. Des livres et une petite maison d’édition familiale pour les touristes de passage et, surtout, les habitants et les écrivains du nord du pays, isolés au beau milieu du territoire le plus aride du monde.
Depuis tout petit, Diego est passionné par les livres. Sa mère était bibliothécaire et il a étudié la philosophie à Santiago où, par la suite, il a ouvert une maison d’édition. Depuis sept ans, sa petite famille s’est installée à San Pedro de Atacama où son épouse a un travail d’archéologue. « La ville est très touristique et il fallait donner du sens à tout ça, donner une dimension culturelle à la compréhension du paysage local. Pour les voyageurs mais aussi pour la population locale qui a besoin de retrouver dans les livres son histoire oubliée. »
Cela fait un an que cette librairie toute particulière est ouverte. Elle est située au cœur de la nature, au milieu du désert, loin de la frénésie du centre de San Pedro de Atacama, première ville touristique du nord du Chili. Il aime vivre ici dans cette petite oasis culturelle mais aussi naturelle. « Une double oasis : une oasis de verdure et une oasis du livre », confie-t-il.
« La librería del desierto » est la seule maison d’édition qui existe dans le nord et qui est spécialisée sur le nord du Chili avec des auteurs régionaux. C’est aussi la seule librairie à San Pedro de Atacama et l’unique librairie rurale de tout le pays. On trouve des livres de photographie, de philosophie, de sciences sociales, d’histoire, de poésie, d’astronomie, d’espagnol, une petite collection de livres en anglais et en français et des livres pour enfants.
« Une double oasis : une oasis de verdure et une oasis du livre. »
San Pedro de Atacama est une ville très cosmopolite. La population locale de même que le tourisme ont besoin de sens. Par le livre, Diego veut mettre les gens en relation et transmettre la culture aux différentes générations !
Une galerie d’art se situe à côté de la librairie avec également un espace pour les écrivains qui pourraient être inspirés par cette nature, au milieu du désert et avec une vue sur le volcan Licancabur. Si vous passez dans la région, n’hésitez pas à vous arrêter, vous serez accueilli avec un café, un thé et des morceaux de chocolat !
À côté de cela, des petits villages, complètement coupés du monde, font figure d’oasis étonnantes. Comment ces peuples survivent-ils sans eau potable et quasiment sans électricité ? L’agriculture est au cœur de la vie. À Caspana, bourgade de 200 habitants à un jet de pierre de la Bolivie, tout le monde est agriculteur. C’est inscrit fièrement à l’entrée du village : « Ici, on fait pousser des fruits, des légumes : poires, pêches, pommes, oignons, herbes aromatiques. »
C’est ici, à 3200 mètres d’altitude, tout près des geysers du volcan El Tatio, que sont installées Cecilia Colamar et sa famille. Leur main verte est leur gagne-pain et la recette de leur subsistance. Cecilia et sa famille sont eux aussi agriculteurs. Ils vivent surtout de l’horticulture mais aussi un peu de l’élevage et du tourisme. Ils cultivent des fruits, des légumes et des fleurs.
On peut y voir pousser de l’ail, des oignons, des pommes, des poires, des pêches, du persil, de la menthe, des figues, des coings, de la coriandre, de l’origan… Ici, tout est organique! Un sacré défi dans cette région du monde, le désert le plus aride du monde, et à une altitude de 3200 mètres.
Cecilia et sa famille sont autosuffisants en ce qui concerne la nourriture. Ils n’ont pas d’eau potable mais un système d’irrigation et des cultures en terrasses qui leur permettent de réussir. Tout est parfaitement adapté à la topographie des lieux. Ils ont des panneaux solaires mais seulement trois heures d’électricité par jour dans le village : « Tout ce que nous faisons ici, tout ce que nous semons, tout ce qui est récolté et que nous mangeons, quasiment tout ce qui est cultivé dans nos champs est organique, nous n’utilisons pas d’engrais, ni de pesticides, ni de produits chimiques. Ce sont toutes des cultures qui se contentent de l’eau de source du bassin et l’aménagement des terres en terrasses par nos ancêtres. Nous n’avons ni eau courante, ni électricité, mais je ne voudrais pas quitter mon village ! »
Le désert d’Atacama est le désert le plus aride du monde, et à une altitude de 3200 mètres.
Pour Cecilia, la vie dans le désert n’est pas difficile. Elle aime vivre loin de la ville, en pleine nature avec plus de calme et de sécurité, loin des tracas. Une vie simple et authentique !
Une vie simple, tournée vers l’essentiel, loin de la vie moderne. Un sacré défi relevé face à la rigueur du désert !
Derrière les Moai, un océan super protégé
Célèbre et mystérieuse, l’île de Pâques (Rapa Nui pour respecter le nom local) est mondialement connue pour ses statues monumentales : les Moai. Ces géants, taillés dans la roche des volcans, ne vénèrent plus seulement les ancêtres et les dieux, mais ils « surveillent » désormais la plus grande aire marine protégée d’Amérique latine.
Les îles de Pâques et de Sala y Gómez, distantes de 415 kilomètres, sont les cimes d’une gigantesque chaîne de montagnes sous-marine, refuge d’une grande biodiversité. Les eaux tropicales sont paradisiaques pour la faune marine. Ce petit bout d’océan Pacifique recèle des récifs de corail, dont certaines espèces sont uniques au monde au vu de l’isolement du lieu.
Pour protéger ces espèces, le Chili et les habitants de Rapa Nui viennent de s’entendre sur la création d’une gigantesque zone protégée de 720 000 kilomètres carrés autour des deux îles. Une aire marine où l’activité humaine est donc restreinte, voire interdite : plus de pêche industrielle, pas d’activité minière notamment et une taxation spécifique.
Depuis peu, Rapa Nui profite aussi de la manne touristique et dispose des revenus de son parc national.
La situation de la mer à Rapa Nui est préoccupante : diminution des espèces due à la pêche illégale, contamination des eaux et de la côte sont autant de problèmes auxquels les habitants doivent faire face jour après jour. Sans compter le tourisme en augmentation constante et les changements climatiques. Face à ces dangers, il était temps de réagir. Ludovic Burns Tuki se bat depuis des mois pour la création de cette « oasis » au milieu de l’océan, avec sa petite association La Mesa del Mar, qui a pour slogan « Te Mau o te Vaikana o Rapa Nui » (ce qui signifie « les richesses de la mer de Rapa Nui ») : « Il était important de protéger cette zone pour Rapa Nui mais aussi pour tout le Pacifique », nous confie Ludovic. « Tout autour de la zone, il y a de la pêche industrielle, on retrouve énormément de déchets sur nos côtes venant de ces bateaux et on ressent les conséquences sur nos niveaux de pêche. Donc désormais, c’est une pêche exclusivement locale, artisanale et ancestrale, même le Chili ne peut plus venir pêcher ici ! »
« Il était important de protéger cette zone pour Rapa Nui mais aussi pour tout le Pacifique. »
Ludovic Burns Tuki devant le logo de son ONG La Mesa del Mar.
Malgré tout cela, une vague d’oppositions s’est abattue sur les côtes de l’île, rattachée à l’État du Chili depuis 1988. De nombreux habitants, épris d’indépendance, craignent cet accord avec « le continent », de peur qu’une fois de plus, l’État (distant de 3700 kilomètres) décide pour eux.
Cela dit, l’accord entérine une administration conjointe de la zone entre l’État central et le gouvernement de l’île. Cet accord maritime va donc dans le sens d’une plus grande autonomie, tout comme la décision de rendre aux autorités locales la gestion et les bénéfices du parc national qui recouvre la moitié de l’île !
Plus que jamais, le peuple Rapa Nui a les clés de son petit paradis !
Jour 38
Ralentir
Slow down! c’est une des bonnes résolutions du voyage, un des petits cadeaux que cette merveilleuse année doit nous offrir, loin du « train-train » de la vie quotidienne qui, pour nous, roule beaucoup trop vite ! Qu’il est frustrant et déroutant de constater que ce n’est pas si facile.
