Une épopée de légende III - Nathalie Deux - E-Book

Une épopée de légende III E-Book

Nathalie Deux

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Beschreibung

Le nom Pezon était jadis connu dans le monde des ménageries foraines, grâce à Jean-Baptiste Pezon , dompteur émérite, qui avait créé l'une des plus importantes galeries zoologiques de son époque à Paris, après être parti de sa Lozère natale. Quatre des cinq frères deviendront de célèbres belluaires comme nous l'avons vu dans les deux premiers tomes d'une Epopée de Légende. L'histoire aurait pu s'arrêter là et le nom disparaitre si la seconde génération n'avait repris le flambeau. Dans cet ouvrage, nous suivons la descendance de Théodore Pezon, des personnages hauts en couleur et attachants qui ont continué à faire vivre la tradition familiale malgré les défis et le danger. Alexandre, Edmond, Eugénie et Théodora ont aussi écrit en lettre d'or leurs noms au fronton de leurs établissements. Les fauves étaient leur quotidien , leurs complices, leur raison de vivre.. l'histoire de la famille Pezon, de 1860 à 1930, témoigne d'une époque révolue et rappelle l'importance de préserver la mémoire de nos ancêtres.

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Seitenzahl: 113

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Table des matières

Courte généalogie de la famille Pezon

Alexandre Pezon et Maria Pezon

Les débuts

Le spectacle

Un mariage de dompteur

Itinéraire d’un dompteur

Théodora Pezon et Wilhelm Dickmann

Le musée d’anatomie du docteur Mehlberg

La ménagerie Dickmann-Pezon

Eugénie Pezon ( Dumont- Aubegny)

Edmond Pezon et Baptistine Pezon

Exposition universelle

L’incendie de la ménagerie

Mariage au pays des lions

La ménagerie d’Edmond

La jolie Théro

Carlos de Châtenay

Zizi Bamboula

Introduction

PEZON, un nom fameux qui s’écrivait en lettre d’or aux frontons de leurs établissements. Il est bien loin le temps où Jean–Baptiste partait de sa Lozère natale et montait à Paris une des plus importantes galeries zoologiques de l’époque.

Parmi les cinq frères Pezon, quatre animés par un esprit d’aventure et de liberté ont savouré leurs voyages et sont devenus des dompteurs1 célèbres. La famille Pezon a laissé une marque indélébile dans l'histoire des ménageries foraines.

L’histoire aurait pu s’arrêter là et le nom disparaitre avec cette génération si les enfants n’avaient repris avec courage le flambeau.

Dans cet ouvrage nous assisterons aux pérégrinations de la descendance de Théodore PEZON ; des figures hautes en couleur et attachantes qui ont continué à faire vivre la tradition familiale malgré les défis et les changements de l'époque.

L'histoire de la famille Pezon, de 1860 à 1930, est un témoignage de cette époque révolue, mais elle est également un rappel de l'importance de préserver la mémoire de nos ancêtres et de leurs réalisations. Les journaux, les affiches et autres documents écrits ont permis de laisser des traces vivantes de cette belle époque des ménageries foraines.

Note : Les textes en italiques sont issus de récits existants dont les références seront citées in situ ou en bas de page.

Les recherches datant souvent de plusieurs années, il a été parfois impossible de retrouver les sources de certains documents stockés sur support numérique.

1 Une épopée de légende –Tome 1 et 2.

A toutes les personnes que nous avons croisées et qui par leurs documents, leur analyse productive, leur soutien, ont permis de faire avancer nos recherches, nous exprimons notre profonde gratitude et nos remerciements chaleureux.

Nous souhaitons également rendre hommage aux héros méconnus de notre livre, les fauves, qui ont été des acteurs incontournables de cette histoire. En leur honneur, nous avons choisi de mettre en majuscules ou en gras les noms de ces bêtes exceptionnelles retrouvés au fil de nos recherches.

« Ils quittent un à un le pays, pour s’en aller gagner leur vie, loin de la terre où ils sont nés … »

La Montagne – Jean Ferrat

Et parfois n’y reviennent jamais mais laissent

dans les yeux et le cœur une poussière de rêve.

Une Epopée de légende

Fauves Passionnément Les enfants de Théodore PEZON

Généalogie

ALEXANDRE PEZON

Gilbert Pezon dit Alexandre (1861-1895) Marguerite Pezon dite Maria (1864 -1894)

Alexandre Pezon est né le 2 avril 1861 à Saint Rambert L’ile Barbe. Il est le premier fils de Théodore Pezon et Anna Constantial. Son nom de baptême figure sur les registres sous le prénom de Gilbert mais il utilisait Alexandre comme nom de scène et d’usage. Nous continuerons de le nommer Alexandre !

Son frère cadet Edmond nous a laissé une description2 précise : « Mon frère était plus âgé que moi de sept ans. C’était un beau et grand gaillard, dompteur d’un courage extraordinaire et véritablement remarquable sous tous les rapports. Il était très expérimenté, ayant été de bonne heure formé à l’excellence de mon père. Comme lui il n’avait qu’un défaut, celui d’être trop téméraire et d’avoir une trop grande confiance dans son audace, sa force et son autorité sur les bêtes… » « Sa barbe rare et sa toison frisée lui donnait bien plus l’apparence d’un photographe que celle d’un dompteur3»

Portrait d’Alexandre ©Collection privée

De la jeunesse d’Alexandre nous savons peu de choses. Il a dû être élevé à la ménagerie comme son frère Edmond, puis placé en pension pour ses études. Probablement a-t-il étudié au lycée Blaise Pascal de Clermont Ferrand, l’ancien collège des jésuites devenu collège Royal puis Lycée Blaise Pascal, avant la construction du nouveau lycée avenue Carnot en 1950.

Sur cette photo où l’on voit les quatre enfants de Théodore Pezon prise entre 1872 et 1874, Alexandre, l’ainé, porte un uniforme de collégien.

Il a été formé par son père au dur métier de belluaire. Jusqu’au décès de celui-ci, Alexandre n’est jamais noté comme dompteur dans les articles de presse. Il devait toutefois aider au bon déroulement des spectacles à la « Grande ménagerie Européenne et Lozérienne ».

Et quand Théodore est indisponible c’est sa femme qui rentre dans les cages, comme le 19 novembre 1876 à Montpellier4.

Théodore devait s’éteindre à Chalon-sur-Saône le 19 février 1880. Alexandre n’avait que 19 ans.

Les débuts d’Alexandre

Jusqu’à fin septembre 1880, les placards publicitaires signalent les arrivées de la « Grande Ménagerie Européenne et Lozérienne » dirigée par Mme Vve Théodore Pezon.

A Nîmes pour la foire de la Saint Michel5, Alexandre est pourtant bien présent. Il est toujours appelé Pezon Fils, l’ombre de son père plane encore sur l’organisation de la ménagerie. D’ailleurs Alexandre a hérité de toutes les qualités de son père excepté sa force herculéenne :

Un fâcheux accident est arrivé hier, vers cinq heures du soir à la ménagerie Pezon, qui se trouve installée sur notre champ de foire. Le fils Pezon, âgé de dix-neuf ans, était entré dans la cage aux lions pour y faire ses exercices de dompteur, lorsque tout à coup une lionne s’est précipitée sur lui et l’a blessé en plusieurs endroits avec ses terribles griffes. Grâce au courage et au sang-froid du jeune dompteur, qui a lutté un instant au corps à corps avec le terrible animal. Il a pu d’un coup de barre de fer repousser la lionne et sortir précipitamment de la cage.

MM. les docteurs Reynaud et Luneau, appelés en toute hâte ont prodigué leurs soins au malheureux Pezon et ont constaté qu’il n’avait reçu aucune blessure grave.

On croit qu’il pourra bientôt reprendre ses exercices.

D’autant qu’à cette époque se posa bientôt avec la conscription, la question du service militaire de la classe 1881. Aux archives départementales du Puy de Dôme se trouvent les registres de matricules qui nous apprennent que Gilbert Pezon a été dispensé pour cause de « aîné de veuve », il avait alors charge de famille. Il sera ultérieurement réformé avec congé n°26 (15 mai 1884).

Accidents

A Montpellier, le 21 novembre suivant, il a repris les représentations

« Aujourd’hui à la Grande ménagerie Pezon séance extraordinaire dans laquelle paraitra M. Pezon fils âgé de dix-neuf ans. M. Pezon fils n’en est plus à faire ses preuves d’intrépidité et plusieurs fois déjà il a eu à subir les terribles accès de colère des fauves qu’il est parvenu à dompter7. »

Selon le propre témoignage d’Alexandre : « En 1881, à Nîmes, j’ai reçu 14 coups de griffes et 4 coups de dents dans la même représentation. Il me fallut prendre la bête corps à corps et engager une lutte désespérée… »

L'accident de Nîmes, gravé dans les esprits par sa douloureuse réminiscence, a été relaté dans plusieurs publications : « Du vivant de M. Pezon père SULTANE se contentait de le suivre des yeux, mais n’osait ni rugir, ni grogner, ni s’élancer »8. « Nous sommes dans la loge ; Sultane déjà s’agite, a des frétillements désordonnés, rugit, lance un regard sauvage sur la porte d’entrée. Soudain, deux coups ont retenti, la porte s’ouvre – Le public anxieux garde un silence solennel. On n’entend que les rugissements qui redoublent, on ne voit que les bonds prodigieux de la lionne effroyable ; Pezon, lui, très calme dans le fond de la loge, excite Sultane de la voix et du geste. La lionne au paroxysme d’une fureur indescriptible, la gueule baveuse semble défier cet adolescent qui tout à coup se présente devant elle. Enfin M. Alexandre Pezon est vainqueur. La foule enthousiasmée l’acclame. Celui-ci remercie d’un salut, ses yeux ont quitté une seconde la redoutable ennemie. Hélas ! Elle en a profité, se jette sur lui et le déchire ! L’effroi est général, la victime lutte avec courage, joue du pied et du poing en désespéré ! On sépare les combattants. Pezon, les jambes entamées, la main meurtrie, la tête en sang, est transporté prés de sa mère et de ses sœurs éplorées ! »9 La lutte n’avait duré que trois minutes mais le souvenir se perpétua durant une éternité.

Son frère nous décrit également cet accident sérieux10 bien qu’Edmond n’y a pas assisté. Il y a des inexactitudes, peut être dues à une erreur de typographie car les noms de Sultane et Bellone comportant sept lettres peuvent présenter une similitude en écriture manuscrite. La lionne s’est transformée en tigresse. Il faut donc rester prudent face aux récits d’Edmond comportant beaucoup d’affabulation avec toutefois un zest de vérité :

« Nous possédions une énorme tigresse nommée BELLONE absolument intraitable que mon frère faisait travailler en férocité… Quoique adulte seulement elle était d’une taille véritablement extraordinaire. Son séjour à la ménagerie avait été marqué de plusieurs accidents fort graves et trois de nos dompteurs étaient déjà restés sur le carreau sous la griffe de Bellone. Mon frère n’entrait naturellement dans la cage qu’après avoir pris la précaution de deux bâtons qu’il présentait en parade aux attaques de la tigresse chaque fois qu’elle s’obstinait à ne pas sauter la barrière. Chaque soir c’était entre lui et le fauve une lutte émouvante et terrible, la bête s’acharnait à saisir les bâtons dans ses crocs, à les briser, à les mâcher.

La représentation alla sans encombre jusqu’à l’entrée de Bellone. dans la cage centrale. La première partie du travail fut accomplie avec révolte par la bête grondante. Mon frère avait toutes les peines du monde à lui arracher des crocs les bâtons qu’elle retenait dans ses formidables mâchoires. Dans un effort fait pour lui retirer ses faibles armes, mon frère fit un faux mouvement, glissa, perdit l’équilibre tombant à la renverse. Un cri de terreur retentit. Bellone. avait fait un saut… Elle était sur mon frère ! La tigresse avait planté ses griffes dans la poitrine d’Alexandre et lui labourait les chairs, tandis que la mâchoire lui saisissait le front. Des hurlements de terreur poussés par les femmes se mêlant aux appels au secours, aux cris des garçons de piste qui avaient saisi les barres de fer, les bâtons, les crochets, tout ce qui leur tombait sous la main … A l’aide de fourches pointues, les employés essayaient de dégager mon malheureux frère de la sanglante étreinte de la tigresse. Mais celle-ci tenait bon… soudain elle lâcha prise. Elle voyait devant elle l’issue donnant de la cage centrale dans les cages latérales…

Le corps inerte de mon frère gisait au milieu d’une mare de sang parmi la sciure de bois convertie maintenant en une véritable boue rouge…La victime avait le haut du crane effroyablement broyé… Néanmoins Alexandre respirait encore. On s’empressa de le transporter dans sa roulotte où des soins rapides et empressés le firent revenir à la vie. Les médecins constatèrent que son état était des plus graves. Dès que le transport fut possible, Alexandre fut conduit à la Faculté de Médecine de Montpellier. Les médecins les plus célèbres et les plus éminents tentèrent sur lui une opération suprême et désespérée qui réussit miraculeusement ».

Fin mars 1881, la Ménagerie Pezon est de passage à Carcassonne. Le programme est bien celui d’Alexandre Pezon mais c’est le dompteur Francis qui officie dans les cages. Francis est un dresseur Belge attaché au jardin d’acclimatation de Hambourg.

A Aix ensuite en octobre et en décembre 1881, c’est la « Ménagerie Alexandre Pezon » qui arrive en tournée. Elle se compose de douze lions et lionnes, tigre de Java, jaguar, léopards de Perse, panthères mâles et femelle, chat-tigre de Guinée , tigre Royal du Bengale, ours blancs et ours noir, lama ….etc. Grande collection de singes, de serpents, crocodiles du Nil et de jeunes lionceaux nés à la ménagerie.

Les journaux locaux saluent unanimement la qualité du spectacle et la bonne tenue de la ménagerie.

Ménagerie Pezon

La ménagerie Pezon offrira ce soir aux amateurs de vives émotions un spectacle tout à fait exceptionnel.

Après avoir réuni dans la cage centrale ses belles lionnes, le dompteur, M. Pezon, se présentera avec un mouton vivant et excitera ses sauvages pensionnaires.

Ce sont là jeux dangereux et que peu de dompteurs se risquent à tenter. Déjà à Nîmes, M .Pezon a failli être victime de son audace, et c’est la première fois depuis lors qu’il renouvelle cet exercice.

Malgré l’attrait de cette soirée, le prix des places n’est pas augmenté, et dès huit heures les bureaux seront ouverts au public.

Le Messager du Midi – 17/11/1881 Montpellier

En octobre 1883 à Montpellier, c’est encore le dompteur Francis qui est aux commandes d’une ménagerie enrichie d’animaux puisqu’elle compte maintenant 23 lions et lionnes.

Une autre activité de la ménagerie est l’organisation de tombolas qui attire le public. C’est M. Tenéze, quincailler à Perpignan qui, en janvier 1884, a gagné le gros lot ; un lionceau. Il y a fort à parier qu’il renonça à son gain.

A Carcassonne, en février 1885, alors que le dompteur Francis remplace encore Alexandre, Mlle Pezon entre dans les cages. Il est très possible qu’il s’agisse d’Elisa Anna dite « Théodora » qui venait d’avoir vingt ans.

Mlle Pezon accompagnée du dompteur Francis a fait son entrée dans la cage centrale où six lions se trouvaient réunis. Il était vraiment émouvant de voir cette gracieuse jeune fille au milieu de ces fauves qui obéissaient avec docilité à ses moindres gestes. Après leur avoir fait exécuter leurs exercices habituels elle est sortie de la cage saluée par une triple salve d’applaudissements, bien mérités d’ailleurs, par son courage et son sang-froid.