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Avec ce récit déjanté et joyeux, découvrez la vie trépidante et mouvementée de la famille Gave, un nom emblématique de Nice, ainsi que de celles des amis de Christian Gave, David, Jacques et Patrick, trois autres originaux rencontrés au prestigieux Lycée du Parc Impérial où sévissait l'inoubliable Béatrice Trognon, la pulpeuse professeure de Français. Amusez-vous des exploits de Christian pour décrocher son BAC en 1976, bien aidé par son père Maurice en donnant satisfaction à Lacolle et Louche, deux enseignantes sentimentales. Devenez un as de l'Immobilier de Nice, en vous inspirant de la méthode Christian Gave, mise au point en Corse durant son stage d'accompagnateur excursions. Imprégnez-vous mieux de cette aventure loufoque, en faisant la connaissance de Maître Notairius, un notaire conciliant et de la Callas, l'iconique vendeuse du magasin de lingerie Roselyne. Les études supérieures de marketing achevées, l'auteur, après une expérience positive de GO au Club Méditerranée, qui lui a permis d'exercer avec brio dans les domaines du Textile, de la Communication, de la Formation, de l'Import-Export et, dernièrement de l'Immobilier, jouit dorénavant d'une retraite active consacrée à l'écriture et au théâtre.
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Seitenzahl: 157
Veröffentlichungsjahr: 2019
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À Robert Nicholls, Le frère de mon grand ami Martin. Il aimait tant la vie et le Vieux Nice.
Ma gratitude envers ma chère et tendre épouse Denise, l’excellente professeure de Mathématiques, pour sa patience infinie et son aide utile quant à la réalisation de ce livre.
Mes sincères remerciements à Mary Marc pour sa jolie photo du Vieux Nice en première page de couverture. Puisse-t-elle s’épanouir et s’éclater dans l’Immobilier comme Christian Gave.
Même si le récit est inventé, je me suis efforcé de respecter les lieux et les périodes, grâce à l’aide de : J’ai Nice dans la peau ! et Tu sais que je viens de Nice quand… Toute ma vive reconnaissance ainsi que pour le dynamique groupe Quinquagenius et + à qui j’ai emprunté quelques idées originales, voire coquines.
Votre œil vif et critique remarquera sept ou huit anachronismes. C’est voulu ; cependant ça n’altère point la compréhension du récit. Il le rend, parfois, encore plus croustillant.
Chroniques d’une décomposition française. BoD Février 2018
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
DAVID
JACQUES
PATRICK
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Vladimir, recherché par la Police russe en furie, quitte précipitamment le village saccagé. Depuis la nuit des temps, les habitants du shetl, craintifs et soumis, se courbent avec docilité à chaque descente tragique des Cosaques du Tsar.
Sauf ce jour cruel. Ce maudit jour ensanglanté. Il s’en souviendra jusqu’à son dernier souffle.
Vladimir revient tranquillement des champs. Soudain, il capte un immense cri de détresse. La voix caverneuse du père. Il court à grandes enjambées. Il distingue des corps étendus gémissants, des habits déchirés à peine ôtés. Il accélère le mouvement afin de secourir son père encerclé par une dizaine de sauvages avinés, déchainés. Le gigantesque Salomon se venge avec une colère décuplée incroyable au point de broyer mortellement, à mains nues, six déchets de la terre.
Hélas, le fils, arrivé trop tardivement, ne peut empêcher les cinq autres meurtriers d’enfoncer plusieurs fois leur épée dans le dos herculéen du père hurlant sa rancœur et sa douleur. Un homme bon qui donnait sans compter. Ivres, les monstres ont violé avec une sauvagerie effroyabe sa mère adorée et vénérée, sa douce femme enceinte et ses trois jeunes sœurs, toutes agonisantes avant de rendre leur dernier soupir. Fou de rage, le titan Vladimir fracasse la tête des quatre ordures et du vil dénonciateur qui a signalé leur absence.
L’ultime assassin parvient à s’enfuir de justesse.
Le gredin alerte la troupe prête à venger les siens.
Sur le point d’être capturé, Vladimir bifurque trop à l’Ouest. Chancelant, épuisé, chaussé de bottes d’officier en piteux état et de vêtements en haillons, il pénètre, avec crainte, dans l’accueillante mairie de Nice, hors d’haleine, l’air harassé.
- Votre nom ?
- Gavégagourouzyviski.
- Gavégaga…quoi ? répète l’employé perplexe.
- Gavégagourouzyviski.
« Tête d’abruti ! » maugrée le chétif fonctionnaire grincheux, médusé et stupéfait en le dévisageant longuement de haut en bas et en le scrutant méticuleusement de la droite vers la gauche, tant l’étranger envahit l’espace du bureau.
- Vous l’entendez ! L’énorme mammifère. Avec son accent guttural ! ajoute derechef le collègue Corse mal luné, hilare.
Le mastodonte analyse vite. Dans la ville paradisiaque, touchée par la mansuétude, la grâce et la volupté, il troque volontiers les représailles des crimes irrémissibles pour une force de sagesse.
- Vladimir Gave ! réplique illico le futé colosse.
Vladimir Gave se fond très vite dans le beau et parfumé paysage Niçois. Il s’extasie chaque fois qu’il contemple le ciel bleu magique de Nice.
Un bleu rare.
Il s’unit avec une descendante directe de Catherine de Segura, formant le couple le plus atypique du comté. Marie et son gros cul au pet aussi retentissant que celui de la légendaire Catherine, qu’on entendait jusqu’à la Colline du Château. Lui, le bon géant charmeur au crâne recouvert d’une abondante tignasse rousse bouclée, au-dessus d’une tête incroyable aux yeux globuleux.
Son fils Jean, reproduction fidèle du père, devient presqu’un très bon Français en 14-18, malgré les longues et exterminatrices périodes de souffrance et de misère, toutes ces années douloureuses passées dans des tranchées sordides, crasseuses et irrespirables, encombrées de cadavres en décomposition. Son corps haché, blessé maintes fois, sort indemne du maudit cauchemar.
Le poilu hirsute ne meurt pas bêtement au champ d’honneur pour la noble Patrie.
Maurice son petit-fils, copier-coller de ses glorieux ancêtres, sauve l’honneur de la France dès l’ouverture du conflit en 1940. Durant les quatre années meurtrières, de tourments et de privation, le révolté indigné déjoue astucieusement les pièges crapuleux de la sinistre Milice du répugnant fasciste Niçois Joseph Darnand, quelquefois, avec la complicité bienveillante de l’Évêque, Monseigneur Paul Rémond, patriote colérique et ami fidèle de son père Jean le mécréant.
Des Juifs, certains avec un accent aussi caractéristique que celui de Vladimir, ignorent le nom de leur sauveur. En ce jour sombre, une ombre géante salvatrice leur a permis d’échapper à une nuit noire définitive, un voyage sans retour. Un ovni.
Maurice, aussi discret qu’un notaire, aime faire ses coups en douce. Même retrousser les jupons des épouses des notables ou des ouvriers. Il adore toutes les femmes.
Quinze ans plus tard, le collectionneur séducteur célibataire endurci découvre, en une fraction de seconde, l’amour éternel de sa vie au réputé dancing de la Pignata de son cher pote Roger Notari, un autre joyeux fêtard. Claudette, une beauté rare, farouche et fière, un clone de Marie au pet aussi sonore que celui de la légendaire Catherine.
Les deux tourtereaux passionnés s’adonnent frénétiquement aux intenses plaisirs des nuits torrides et enfiévrées.
L’année suivante, un premier mai à graver dans les annales, Christian, un magnifique bébégenius aux proportions exceptionnelles, avec un immense nez à l’odorat aiguisé prometteur et des oreilles gigantesques à l’ouïe fine, sourit aux parents, à Marcelle et Jean les grand-parents et à grand pépé Vladimir en larmes.
Quelques mois auparavant, ce dernier avait eu la douleur de perdre Marie, le second grand amour de sa vie. « La pauvre ! Elle n’a pas eu la chance de le connaître. » Gémit-il d’une voix rocailleuse dans un langage incompréhensible.
La famille, attendrie, se congratule pendant que l’ange, très précoce, porte un regard vif et enjôleur envers les attentionnées infirmières, émerveillées devant la séduisante créature hors normes.
Naturellement, une toison abondante d’un roux flamboyant inimitable, semblable à celle du regretté Salomon, de Vladimir, de Jean et, bien entendu, de son père Maurice, perpétue l’emblématique marque de fabrique de la réputée famille.
Christian Gave, à 65 ans sonnés et 41 années d’activité professionnelle déroutante, aborde gaillardement la retraite, l’ultime job à durée définitivement déterminée d’une manière indéterminée.
Une activité supposée être sans accroc.
Incrédule, Christian découvre le montant exact de sa retraite. Il détaille le relevé en observant la tête disgracieuse de l’employé revêche du RSI.
- Vous ne vous êtes pas trompé ? Émet-il d’une voix étonnée.
- Certains perçoivent bien moins. Voulez-vous conserver plus de sous à la fin du mois ? Facile ! Devenez vegan.
- Vegan ! Grignoter des herbes et des planctons.
KO d’entrée, l’insignifiant serviteur modèle du calcul réducteur des retraites n’est pas au bout de ses peines.
- Petit déjà, après l’assiette copieuse de charcuterie, je me tapais allègrement avec mes fantastiques parents une juteuse côte de bœuf géante à la Ferme Saint-Michel. Grand maintenant, toujours avec le même appétit d’ogre, je dévore chez l’inénarrable Thierry, le génial créateur du Bootgrill :
NO BEEF NO BEER NO LIFE
Irrité d’être contredit, l’homme des chiffres lui fait la morale.
- Vous cotisiez davantage, vous touchiez plus.
Mal à l’aise sur une chaise volontairement inconfortable afin d’écourter au maximum le temps des récréminations, Christian, le nouvel adhérent au club privé de la dernière tranche de l’existence doré, suggère malicieusement.
- Ah bon ! Je déclare le triple, voire le quintuple pour plus de quarante ans d’un labeur acharné…
- Vous auriez dû ! Coupe l’employé modèle.
- Ainsi ! Au final, je perçois une coquette pension bien rondelette équivalente à celle de mon Député. Avec vingt ans de mandat.
- Non ! Loin de là ! Monsieur Gave.
Le gratte-papier insiste avec un ton provoquant.
- Nous ! Nous plafonnons !
Imbu de lui-même, il plastronne.
- Dans votre cas ? 10% de plus. C’est déjà beaucoup que nous lâchons ! Avec un regard ironique.
Le sosie d’un journaliste économique connu d’une chaîne de télévision, péremptoire, lui délivre un cours d’économie.
- Nous optimisons la gestion de l’organisme. « La mienne ! Crâne d’œuf. Tu crois que je n’y ai pas songé ? » Murmure Christian.
- Pourquoi tant révéler ? Dans ce cas.
Il ébranle les certitudes de Monsieur RSI.
- Pour contribuer à la rémunération et aux frais de bouche de mon Cher Député ? La charité bien ordonnée envers sa famille, tous attachés parlementaires. Mon Très Cher Député, tellement prévenant et si disponible pour mon bien être à chaque approche d’une échéance électorale. Alors que moi, dans ma récente noble profession d’agent immobilier, la dévotion c’était quotidiennement. Même les jours fériés ou à la messe des morts.
Exaspéré de ne pas avoir le dernier mot, le gestionnaire des retraites, pressé d’en finir, le congédie avec brusquerie.
- Sachez-vous occuper pendant la retraite.
Le petit roquet prétentieux se lève nerveusement en lui signifiant sèchement de se retirer. L’arrogant persiste lourdement. Il lui tend cinq minuscules doigts rachitiques tandis que l’autre main squelettique impatiente lui indique avec dédain la sortie en levant son bras si haut qu’il se froisse l’épaule.
Alors ?
Le péché mortel. La faute lourde à éviter lors-qu’un impoli inculte déconsidère le chatouilleux Gave. L’inactif le toise de haut. De très haut. Il fronce les sourcils. Il inspire bruyamment profondément. La robuste constitution avance lentement une main phénoménale aussi large qu’un battoir à linge. La poigne vaillante du retraité fraichement moulu saisit volontiers la maigre patte osseuse d’un blanc cadavérique. Elle la caresse avec tendresse et la malaxe avec une bonne dose de souplesse. Elle la réchauffe longuement en prenant, à nouveau, une profonde inspiration, et l’appuie progressivement en fixant les deux yeux sans vie qui commencent à s’humidifier. Le visage anguleux du subalterne au regard pétrifié se déforme. Christian, les sens en alerte, sent et entend les os s’entrechoquer. Immédiatement, il relâche la forte pression tout en la conservant dans sa grosse paluche. Le doux Christian n’est pas une sorte de brute bornée sans cœur. Juste un peu taquin.
Satisfait de sa trouvaille osée, Christian poursuit ses explications.
- Depuis mon entrée fracassante en seconde au Lycée du Parc Impérial, j’applique fidèlement la première recommandation de mon père.
Il le laisse cogiter en grimaçant de souffrance.
- Un avertissement transmis par Vladimir, mon héroïque arrière grand-père.
« Banni l’humiliation ! Exige le respect ! »
En larmes, contraint et forcé, l’employé subit le sermon de Christian.
- Retenez-le ! Je ne déroge jamais à cette règle.
Il lève légèrement sa main pour obliger l’autre à continuer à l’écouter sur la pointe des pieds. Il lui manque juste un tutu pour interpréter une parodie de la danse du Lac des Cygnes.
- Je garde ma dignité et mes deux pieds actifs.
Content de sa blague, il achève sa plaidoirie.
- Hier encore, mon cerveau foissonnait d’une tonne d’idées originales. Je ne m’arrête pas. Je continue à tracer mon chemin. J’assisterai les retraités résignés dans la dernière tranche de leur existence vide. Ceux, mis au rancart, qui estiment que la vie est plus un supplice qu’un délice en raison de leur maigre pension. Je les aiderai.
L’employé vient de gagner deux centimètres. Au moins, il ne mentira plus sur sa taille.
Christian retire finalement sa main et s’apprête à quitter le bureau. Soudain, il fait volte-face. Il vient de remarquer une petite poigne pleine de vitalité. Elle a pris de belles couleurs.
Le monumental retraité actif le conseille à son tour d’un ton moqueur.
- Vous jouez au golf ? Souple ! La main droite.
Christian imite à la perfection le swing aérien de Ludec, son dynamique professeur de golf du très convivial Golf Country Club de Nice. Un efficace et grand moniteur jovial tant par sa taille que par la transmission de son savoir.
Attablé à la terrasse d’un café proche du RSI, dans le quartier d’affaires avant-gardiste de Nice, l’Arénas, aussi froid et impersonnel que celui de Paris-La Défense, ouvert aux quatre vents, des souvenirs pénibles lui reviennent à l’esprit.
« Élève nul ! Divinement archi nul ! » La plupart des profs manquent d’imagination.
« Aucun espoir dans un travail manuel. Encore moins dans une profession intellectuelle. » Narcisse Lepeintre, le prof de dessin, s’imagine plus créatif.
Le prof d’anglais copie sur le prof de dessin. Le professeur d’espagnol s’empresse de l’imiter.
Dubar, son dynamique professeur de gym, déçu de ne pouvoir mettre en évidence un potentiel physique hors normes fut le seul à le soutenir.
« Il peut envisager une carrière de comédien. Le cancre Michel Galabru y est bien parvenu. »
Christian, la mousse de la bière blonde autour de sa bouche tremblante, tressaille en se remémorant la sentence la plus humiliante.
Son cœur cogne. Son estomac tangue.
Apostrophé sèchement par la méchante Madame Simone Crochet, l’aigrie et rabougrie professeure de Français du Collège Alphonse Daudet, devant tous les élèves médusés de sa clase de troisième, trois mots résonnent atrocement à ses oreilles.
« Gave ! Une page blanche est plus intelligente que les gribouillis de l’E.S.L. » Avec le regard imbu de soi-même et un ton sarcastique.
L’Élève à Succès Limité, moqué et stigmatisé, aurait-il réussi à franchir l’imposant portail du Lycée du Parc Impérial de Nice s’il n’avait pas effectué le stage de découverte du travail pendant une semaine chez Dominique, le ténor de la profession.
Une bonne relation professionnelle de son père, grâce à l’entregent du Crédit Agricole.
Le soir même, Christian annonce fièrement à ses parents sa future profession. « Moi ! Je serai Agent Immobilier ! » Le père est dubitatif tandis que la mère pleure de joie.
- Maman ! Je possèderai un gros Mont Blanc.
- Un quoi ! Questionnent les parents.
- Le gros stylo à plume qui soulage la crampe de l’écrivain. Le chef d’œuvre d’après Charles Creutz.
- Tu connais Charles Creutz ?
- J’tais avec Dominique dans sa boutique, en imitant gauchement la posture académique de Dominique. Ensuite Dominique, le timbre suave, salue quelques passants en glissant un compliment par-ci, par-là. Puis il discute longuement avec son amie Martine Tolédano, la jolie femme blonde qui se teint les cheveux. Dominique me l’a dit. Celle qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui vend des robes de mariées sublimes. Martine a le bel accent chantant du soleil. Un soleil qui vient de « là-bas ». Plus loin que l’île de Dominique.
Les parents sont ébahis. Leur fils, les yeux ravis, alignent les mots d’affilé sans grogner.
Un miracle !
Christian respire intensément. Heureusement, sa chemise fantaisie n’est pas boutonnée jusqu’au col.
Sa première journée fut vraiment un stage positif de découverte de la vie active.
Une aventure et une révélation extraordinaires.
- Le saviez-vous ! Dans notre métier, la discussion avec les commerçants, les poumons de la ville, c’est primordial. Ils savent des tas de choses. Par exemple, qui veut acheter ou vendre, et qui divorce.
- Pourquoi le divorce ? Interroge la mère.
- Moi aussi ! J’n’ai pas compris.
Christian avale sa tarte aux pommes, descend son jus d’orange avant de poursuivre.
- Dominique, en remuant joyeusement sa grosse tirelire en forme de cochon corse, m’a tout expliqué avec une patience infinie.
Christian récite bien le discours du maître.
- Le divorce ! C’est analogue à la multiplication des petits pains ou au principe des vases communiquants. Vous savez ce que signifient Les Vases communiquants ? Je n’ai pas osé demander à mon grand ami Dominique.
Les parents baissent la tête. Ils restent muets.
- Nous leurs donnons pour chacun d’entre eux un nouveau logement. Ils ne chipotent plus, ils sont moins exigeants. En raison d’un budget plus serré, ils acceptent sans rechigner des zones légèrement moins enrichies culturellement.
Christian, avec un air solennel, détaille une autre mission essentielle de l’Agent Immobilier.
- On les met en garde de ne pas envenimer la séparation. Mieux vaut investir dans l’achat raisonnable d’un deux pièces exigus chacun, plutôt que de remplir les poches profondes des avocats gloutons complices, faites sur mesure chez le talentueux couturier Louis Purple, un bon ami de Dominique.
- Vous êtes des bienfaiteurs.
- Oui ! Nous œuvrons dans leur intérêt.
- Pas dans le vôtre ?
- Papa ! Dit d’un ton vexé. Il est désintéressé.
Maurice se retient.
Claudette, en extase, ne le contredit pas non plus.
- Attendez ! Je n’ai pas terminé. En tendant une assiette vide.
Le couple regarde leur fils avec admiration.
- De retour au bureau, à peine assis et remis de notre première heure de labeur intense, deux aimables personnes âgées se présentent à l’Agence. Elles lui intiment de venir estimer leur grande bâtisse située à la Corniche Fleurie qui commence à être bétonnée, puis de la vendre.
- Dominique le généreux leurs rend un service. La vente de leur maison conclue, il se plie en quatre pour leurs trouver un joyau en centre-ville.
- Incroyable ! Ce job. S’exclament les parents. Ça semble tellement facile et ça rapporte plus régulièrement qu’au Loto.
- Le jackpot ! Parfois ! m’a dit Dominique.
Les parents ont hâte d’entendre la suite. Le fils prend un malin plaisir à prolonger le silence. Il a compris la psychologie de la vente. Créer le désir.
- Le mois dernier il a vendu une maison à Elton John sur le Mont Boron. Ses honoraires représentent plus de quatre ans du salaire de son cousin, prof de maths à Masséna.
Maurice avale sa bière de travers.
Christian, deux yeux étoilés, est euphorique.
- Nous devons, à l’instar des Avocats dévoués, mettre tous les moyens en action. Toutefois, notre rigoureux code de l’honneur est nettement plus strict. Nous ! Nous avons l’obligation du résultat. Sinon, nous ne percevons pas notre commission.
Christian résume le travail de Dominique.
Plutôt la fonction d’un facilitateur en Transactions Immobilières. Travail ! Trop destructeur.
- Tu ne te lèves jamais tôt mécaniquement. Nous ne sommes pas des robots programmés. Pour autant, nous ne sommes pas des gros fainéants. Nous planifions la journée. Dehors ! Tu ne te précipites jamais sans réfléchir. Tu renifles l’air du temps et tu quadrilles le quartier selon un plan bien défini.
- En fait ! Vous vous balladez.
- Pas du tout ! La simple et inutile promenade ! Nous la laissons aux syndicalistes. Nous ! Les pros, en fin tacticien, nous analysons avec minutie la conjoncture économique, à l’instar des boursiers, pour évaluer le vrai prix du bien. C’est compliqué de fixer un juste prix à Nice, m’a dit Dominique. Un prix correct pour les Niçois, un prix salé pour les Parisiens ou bien un prix spécial pour les Anglais. Eux ! Ils ont une monnaie forte. Et les Promoteurs ! Ils ont finalement permis aux cultivateurs de fleurs de cesser à s’échiner et de s’abîmer le dos.
Les parents n’en reviennent pas. En une journée de stage, leur fils en sait beaucoup plus qu’eux.
