Violence, paix et réconciliation - Olivier Abel - E-Book

Violence, paix et réconciliation E-Book

Olivier Abel

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Beschreibung

À l’approche des cent ans de l’armistice entre les Alliés et l’Allemagne, un historien, un philosophe et des témoins de massacres de masse abordent les questions de la violence, de la vengeance et de la réconciliation. Dans sa préface, l’historien Maurice Vaïsse dresse un panorama des différentes tentatives des nations, au cours du XXe siècle, pour établir un monde un peu plus pacifique. Et constate que la plus aboutie, malgré ses imperfections et ses défauts, reste la construction de l’Europe. Raphaël Esrail, un des derniers rescapés d’Auschwitz encore en vie, explique comment il a vécu les années d’après-guerre, son absence de haine pour le peuple allemand et son besoin de justice, inassouvi. Trois militants infatigables de la paix, originaires du Rwanda, racontent les horreurs qu’ils ont vécues dans leur pays depuis des décennies, et esquissent des pistes pour les prévenir. Le philosophe et théologien Olivier Abel souligne l’échec qu’il y aurait à vouloir évacuer toute forme de conflit des relations humaines. Le conflit, selon lui, est inhérent à toute forme de société, à commencer par la famille. L’urgence serait plutôt d’apprendre à vivre avec. Pour éviter qu’il ne débouche sur des violences massives et incontrôlables.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Olivier Abel est philosophe, enseignant à la faculté de théologie protestante de Montpellier.


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Seitenzahl: 73

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Ce livre a été réalisé pour les cent ans de l’Armistice entre les Alliés et l’Allemagne, en partenariat avec le MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne, voir en fin d’ouvrage) et l’association Modus Operandi, qui nous a transmis les témoignages de Jean-Pierre Kabirigi, Damien Ngabonziza et Laurien Ntezimana.

Préface

Comment faire la paix ?

Par Maurice Vaïsse, professeur émérite d’histoire des relations internationales à l’Institut d’études politiques de Paris

Il est très difficile de sortir d’une guerre et de faire la paix. L’exemple récent de la Colombie le démontre amplement. L’accord de paix signé le 24 novembre 2016 mettait fin à une guerre civile qui durait depuis 1964 et qui a coûté 260 000 morts et 7 millions de personnes déplacées. Les ex-guérilleros des Forces armées révolutionnaires (FARC) respectent les accords et le processus de désarmement, mais la violence et l’intolérance persistent. C’est dire combien la résolution des conflits demande du temps et de la patience. Sans négliger la nécessité du développement économique, comme condition d’une paix véritable et durable, dans des pays comme le Mali, le Niger, l’Afghanistan, le Bangladesh, entre autres, où l’explosion démographique et l’extrême pauvreté font le lit des conflits internes. Une récente série d’articles publiés dans La Croix (« Construire la paix », du 22 janvier au 4 février 2018) vient illustrer et actualiser un propos que j’avais tenu dans mon livre La Paix au XXe siècle (Belin, 2004), en analysant les différents moyens de faire la paix.

Le premier qui vient à l’esprit est le désarmement militaire. Il est clair que l’accumulation des armes et la volonté pour un État de consacrer beaucoup de ses ressources à ses armements participent d’une logique de guerre, en provoquant chez ses voisins ou ses adversaires des réactions de défense. Mais pour autant, suffit-il de désarmer pour obtenir la paix ? Par exemple, après la Grande Guerre, on a la conviction que le désarmement mènera à la paix ; et c’est l’objectif assigné à la Société des Nations (SDN) naissante. Si la sécurité est assurée par la solidarité de tous les membres d’une organisation internationale, il n’est plus besoin de se doter d’une panoplie d’armements. C’est ce qu’on appelle la sécurité collective. On tourne le dos à la formule Si vis pacem, para bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre ») et on désarme. Un vent pacifiste souffle sur une partie de l’Europe. Mais l’évolution des relations internationales de l’entre-deux guerres, la multiplication des dictatures bellicistes et la crise économique qui démarre en 1929 vont démontrer combien la conviction que le désarmement mène à la paix est une illusion.

« Désarmer les cœurs »

Pourquoi est-ce une illusion ? Parce qu’il est inutile de se désarmer matériellement si l’on n’a pas la volonté de faire la paix. En Colombie, la consigne est désormais : « Nous avons désarmé les FARC ; il faut maintenant désarmer les cœurs ». De ce point de vue, la fable rapportée par Eugène Labiche dans Les vivacités du capitaine Tic est exemplaire : « Il y avait une fois un hérisson philosophe, armé de pointes et de piquants (...) Un jour, ce grand penseur se dit : “À quoi bon cette agglomération de petites baïonnettes improductives qui se dressent sur mon dos à la moindre alerte ? Cet appareil de guerre est vraiment désobligeant pour mes voisins... Supprimons-le !” Il le supprima, l’imbécile ! (...) Il arriva alors une fouine qui, le trouvant gras et sans défense, le croqua comme un œuf ! »

Sans un esprit de paix, sans un désarmement intérieur et un esprit de non-violence, les hommes peuvent être entraînés dans une logique de guerre. D’où l’importance de l’éducation à la paix et aux multiples initiatives qui y concourent. Déjà du temps de la Société des Nations, on avait réfléchi au rôle des manuels scolaires, en particulier des livres d’histoire. Des commissions mixtes d’historiens français et allemands avaient tenté d’extirper de ces manuels tout ce qui pouvait conduire à une vision nationaliste et chauvine de l’histoire. Mais ce genre de démarches doit être renouvelé et multiplié pour calmer les esprits.

Le modèle européen

L’expérience de l’entre-deux guerres a été mise à profit par les Européens dans l’après-Seconde Guerre mondiale. Dans un contexte de tensions internationales et de difficultés renaissantes entre la France et l’Allemagne, le discours du président du Conseil Robert Schuman, le 9 mai 1950, est de ce point de vue exemplaire : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent (...) En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d’une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre. » Et c’est l’offre extraordinaire de « la mise en commun des productions de charbon et d’acier » de la France et de l’Allemagne fédérale, noyau de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, et préfiguration de l’Union européenne d’aujourd’hui. De fait, les tensions franco-allemandes se sont apaisées et le bilan de la construction européenne est – au-delà des critères strictement économiques – qu’elle a créé une zone de paix, enviée par beaucoup dans le monde. Des gestes symboliques, comme les rencontres de Charles de Gaulle et Konrad Adenauer en 1962, le Traité de l’Élysée du 22 janvier 1963, la poignée de main du 22 septembre 1984 entre Helmut Kohl et François Mitterrand devant un catafalque placé à l’entrée de l’ossuaire de Douaumont (Meuse), donnent un contenu symbolique fort à cette réconciliation. L’Union européenne est une construction qui se fait progressivement. Malgré ses contraintes sur le plan juridique et économique, cette démarche originale constitue un modèle à valeur universelle.

Les limites de l’ONU

Quand on pense aux moyens de faire et maintenir la paix, l’Organisation des Nations Unies vient tout de suite à l’esprit. Elle a été créée après la débâcle de la Société des Nations qui s’était révélée impuissante à parer la faillite de la paix et incapable d’empêcher la guerre. Pour tirer les enseignements de l’échec de la SDN, le désarmement n’occupe qu’une place secondaire dans la Charte de l’ONU. Depuis sa création, son bilan est mitigé. Pendant la guerre froide, de 1947 à 1985, l’ONU a été paralysée par la rivalité des deux super-puissances, les États-Unis et l’Union soviétique ; et cette confrontation a réduit l’ONU à un rôle marginal, par le biais du veto. Avec la fin de la guerre froide, l’espoir d’une paix garantie par le droit revient en force et les références relatives à la communauté internationale sont significatives de cette espérance. Mais à l’espoir d’une fin de l’histoire succède vite le constat que des conflits éclatent un peu partout, surtout en Afrique et en Asie, mais aussi en Europe, dans la Yougoslavie qui implose, avec les indépendances de la Slovénie et de la Croatie en juin 1991, en raison du désaccord des grandes puissances. Les combats s’étendent en Croatie, en Bosnie-Herzégovine. Malgré les efforts des représentants spéciaux du Secrétaire général des Nations Unies, malgré l’envoi de Casques bleus (FORPRONU), les massacres se poursuivent ; les forces de l’ONU ne parviennent pas à y mettre fin : elles font l’expérience de leur inefficacité dans un tel conflit. En 1995, il faut l’intervention des forces de l’OTAN contre les positions serbes, puis en 1999 au Kosovo.

Le bilan de ces années montre les limites des capacités de l’ONU, empêtrée dans des conflits qu’elle ne peut maîtriser.

On voit bien ce qui ne fonctionne pas dans le rapport de l’ONU à la paix. La gouvernance mondiale n’existe pas, car son organe principal, le Conseil de sécurité, exige l’unanimité des cinq membres permanents. Or, il est rare que les principales puissances se trouvent unies contre un danger de guerre ou une agression. Ce fut le cas lors de l’invasion du Koweït par l’Irak à l’été 1990, où l’URSS n’oppose pas son veto à la résolution 1661 du Conseil de sécurité pour réagir à cette violation flagrante du droit international. Et depuis 2011, le conflit de Syrie illustre cette difficulté d’obtenir l’accord de membres permanents du Conseil de sécurité, tant les grandes puissances y ont des enjeux contradictoires. Encore faut-il que les États membres acceptent de jouer le jeu international.

Cela étant dit, l’ONU reste indispensable : on le constate chaque jour, à propos de conflits comme celui qui oppose la Grèce à la République de Macédoine. Faut-il rappeler que malgré la complexité des procédures onusiennes, la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) assure une paix fragile à la frontière entre le Liban et Israël depuis 1978 et qu’elle compte dix mille militaires, provenant de quarante-et-un pays différents ? Si l’ONU n’existait pas, il faudrait l’inventer.

La violence et le droit

La paix par le droit, c’est l’idée de réglementer les activités et les rapports internationaux de façon à réduire, sinon à éliminer, l’usage de la violence. Cette idée déjà ancienne, qui est toujours d’actualité, a donné lieu à toutes sortes d’orientations, à travers l’exemple de la SDN ou de l’Europe. Par-delà les échecs, l’histoire de cette conception de la paix pose la question de l’adaptation d’un juridisme hérité du XIXe