Vivre avec un haut potentiel - Daniel Wurmberg - E-Book

Vivre avec un haut potentiel E-Book

Daniel Wurmberg

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Beschreibung

Comprenez les enfants à haut potentiel. Soutenez leur singularité. Transformez la différence en force. Un guide essentiel signé Daniel Wurmberg et son équipe.

Dans une société où l’intelligence atypique reste souvent mal comprise, Vivre avec un haut potentiel éclaire le parcours des enfants, adolescents et adultes HPI. À travers des témoignages poignants et des analyses claires, ce livre dévoile les défis quotidiens, de l’école à la famille, en passant par la construction de l’estime de soi. Loin des stéréotypes, il met en lumière la richesse et la complexité de la douance intellectuelle.

Fruit du travail collectif de psychologues, psychiatres et acteurs de l’Éducation nationale, cet ouvrage se distingue par son approche humaine et concrète. Les auteurs partagent leur expérience de terrain, offrent des repères fiables et proposent des solutions adaptées pour accompagner les enfants précoces, les adolescents en souffrance et leurs familles. Parfait pour les parents, enseignants, professionnels de santé et tous ceux qui veulent comprendre l’univers des enfants surdoués.

Découvrez comment l’empathie, la bienveillance et la connaissance peuvent changer le destin de ceux qui vivent avec un haut potentiel. Entre difficultés scolaires, hypersensibilité et recherche d’intégration, ce livre vous invite à repenser l’accompagnement des enfants et adolescents HPI. Pour les lecteurs de Jeanne Siaud-Facchin ou ceux en quête d’un guide parentalité surdoués, voici un ouvrage incontournable.

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Seitenzahl: 362

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Vivre avec un haut potentiel

Coordonné par Daniel Wurmberg

Vivre avec un haut potentiel

Comprendre les HPI et leurs difficultés pour mieux les accompagner

À Léo.

Préface

Lorsque Daniel Wurmberg m’a exprimé le souhait que j’introduise cet excellent ouvrage par une préface, j’ai d’emblée mesuré la difficulté de la tâche pour un ancien directeur d’hôpital, certes psychiatrique, de répondre à cette demande. Mais pouvais-je refuser cela à Daniel que j’ai soutenu dès le départ dans sa noble démarche ?

Je n’oublierai jamais son regard lorsqu’il est venu dans mon bureau pour m’annoncer son projet de communiquer tous azimuts sur la problématique des enfants à haut potentiel après le décès de son fils. Il m’avait demandé de lui donner « un peu de temps » sur son temps hospitalier pour se consacrer à cette mission d’information et de communication. J’ai fait ce que j’ai pu. Il m’avait dit : « Je suis un battant. J’irai aubout. Je ne lâcherai rien ». Et il l’a fait. Pour Léo. Pour les autres. Bravo.

Je n’en ai jamais douté, tellement étaient fortes sa conviction, sa persévérance, son envie de mieux comprendre le problème et d’en parler. Il les a partagées avec des parents confrontés aux mêmes difficultés, qui l’ont rapidement rejoint dans l’association qu’il a créée dans ce but. Ensemble, tous se sont engagés sans compter dans des actions de communication dans les écoles et collèges, à la radio, dans la presse, avec des conférences. Impressionnant investissement de partage. Tous avaient fait le même constat : ces enfants sont intelligents, trop intelligents...

La thématique du haut potentiel. Une préoccupation centrale de la société, et tout particulièrement des professionnels de santé et de l’Éducation nationale. Très médiatisée pour certains. Pas assez pour d’autres. Le sujet est vaste, riche, passionnant, motivant.

Comment ne pas s’intéresser à cette forme d’intelligence atypique, d’une richesse et d’une complexité extrêmes, que présentent certains enfants ? Comment ne pas s’intéresser à ces enfants et ces adolescents à HPI se caractérisant par des capacités cognitives et intellectuelles de bon niveau, une hypersensibilité émotionnelle et affective, un besoin de maîtrise, de justice, une lucidité forte ? Comment ne pas s’intéresser à ces adolescents qui réfléchissent sur tout, tout le temps, intensément, mettant en perspective, anticipant, intégrant de nouvelles données à analyser ? Comment ne pas s’intéresser à leur devenir ? Comment ne pas s’intéresser à ces futurs adultes qui ont « une pensée toujours en marche » ?

« Vivre avec un haut potentiel » est un ouvrage collectif rédigé par une équipe de professionnels d’Alsace exerçant en libéral ou en milieu hospitalier, ou éducatif, engagés auprès des familles et des adolescents depuis de nombreuses années. À partir de leur réflexion et de leur pratique clinique, les auteurs tentent d’apporter des repères clairs et concrets sur lesquels les lecteurs qu’ils soient parents, enseignants, professionnels de santé, peuvent s’appuyer pour renforcer leurs connaissances, afin de permettre à l’enfant haut potentiel intellectuel de s’inscrire sereinement dans sa vie. Peut-être que pour certains d’entre eux quelques extraits de ce livre feront écho à leurs expériences personnelles.

Avec cet ouvrage, Daniel Wurmberg et ses co-auteurs sont dans la logique du slogan permanent de la semaine annuelle de la santé mentale : « En parler tôt, pour en parler à temps ». Aider les autres à comprendre, à demander de l’aide, à agir ensuite à bon escient. Élargir le champ de réflexion dans ce domaine permet d’ouvrir de nouvelles perspectives de prise en charge innovante tant sur le plan psychologique, psychiatrique, que pédagogique ou éducatif.

Pierre WesnerDirecteur d’hôpital honoraire

Avant-propos

Les motivations à l’origine de la création d’une association sont le plus souvent très personnelles et singulières. C’est une disparition accidentelle et tragique qui est à l’origine de la création de l’association Leopotentiels, en 2014.

Léo était un jeune homme de 20 ans, mon fils, qui était à haut potentiel intellectuel. Il a vécu cette particularité à sa façon, comme il a pu, dans un monde auquel il s’est adapté, ce court instant qu’il a passé parmi nous.

Confronté à cette disparition dramatique, j’ai souhaité comprendre et par la suite agir en faveur des enfants et adolescents à Haut Potentiel Intellectuel en difficulté. Léo a eu un « AVP » comme on dit dans le jargon policier et médical et qui signifie « accident de la voie publique ». Mais avec le recul et les connaissances que j’ai acquises entre temps, beaucoup de souvenirs me sont revenus, et j’ai constaté que si j’avais disposé de plus d’informations au sujet de cette problématique, j’aurais certainement bien mieux pu accompagner Léo dans son parcours de vie. Tous les HPI ne rencontrent pas systématiquement des difficultés dans leur vie. Nous ne rencontrons que ceux qui peuvent présenter un mal-être, des difficultés d’adaptation diverses, et qui s’adressent à l’association et à ses professionnels adhérents.

On s’accorde en général à dire qu’il s’agit d’un tiers d’entre eux. Cela peut aller d’une difficulté d’intégration scolaire et sociale à des aspects plus inquiétants, comme les troubles du comportement, la dépression, la fuite dans les addictions ou des conduites à risque. Un mal-être à vivre à différents degrés d’intensité. Il y a donc des personnes parmi nous qui peuvent vivre les choses de manière un peu différente et qui ont une pensée voire une gestion émotionnelle singulières par rapport à la norme. Leur contact ébranle nos matelas de certitudes, nos repères que nous avons du mal à remettre en cause. Nous réagissons en fonction de notre éducation et de nos connaissances.

Ce qui sort de ce cadre peut bien évidemment interroger et le cas échéant insécuriser. Par exemple, ce sont des êtres avec lesquels on ne sait pas exactement s’ils manquent de respect, s’ils sont ironiques ou rebelles. S’opposent-ils simplement, comme on s’y attend au moment de l’adolescence ? Pourquoi dramatisent-ils autant et prennent-ils tant à cœur ce qui nous paraît plutôt futile, à nous, ceux qui ont eu un parcours normé qui nous a permis de nous blinder ?... Faut-il alors simplement imposer et appliquer les règles qui nous semblent nécessaires ? À leur contact on découvre des êtres qui sont d’une sensibilité hors norme, qui enregistrent et retiennent ce qui est dit, des êtres qui ont besoin de reconnaissance, (je dirais de connexions), et dont la finesse d’être et de réagir peut souvent surprendre.

Des êtres qui nous mettent en face de nous-mêmes et de nos contradictions. Leur perception du monde, et leurs perceptions tout court (au pluriel) les mettent dans une fragilité parce qu’ils ont sans cesse besoin de « valider », de se rassurer, notamment par rapport à ce qu’ils imaginent que l’on attend d’eux. Pour eux, c’est souvent la compréhension au pied de la lettre qui est prise comme référence. Cela peut parfois engendrer des quiproquos et des malentendus, voire des conflits. Pour eux, un mot a tendance à être un mot. Suffit-il de trouver le bon alphabet pour leur parler ?

Quoi qu’il en soit, ce sont des êtres qui font preuve de grandes capacités intellectuelles pour traiter l’information, la mémoriser, réfléchir et raisonner, et cela sans cesse. Ils soumettent ainsi leurs expériences de vie aux conclusions ou conclusions intermédiaires que leur esprit a forgées. Plus ils se perçoivent et sont perçus comme différents, plus ils risquent d’entrer dans une spirale qui va les amener à s’auto-dévaluer et se marginaliser de manière parfois dramatique. Avec une détermination qui peut surprendre. La singularité de ces sujets, à savoir leur manière de comprendre le monde et d’y réagir, leur extrême finesse et sensibilité émotionnelle, peut, si elle est prise en compte, éclairer et peut-être même faciliter l’accompagnement de ces incompris de la vie. Lorsqu’on y prête attention, il s’agit souvent, au départ, d’un manque d’information, d’un manque de connaissances qui favorise notre incompréhension.

Évidemment cette incompréhension engendre alors plus facilement des attitudes désadaptées de la part de l’entourage. Cette ignorance, et ce besoin de savoir son enfant apte à entrer dans le moule qu’exige la société pour des raisons de fonctionnement, font que des parents peuvent être anxieux si leur enfant ne correspond pas aux normes attendues, notamment par rapport « à ses capacités ».

On doit alors bien faire la part des choses entre une entité nosographique (une maladie déterminée) et des manifestations morbides (des symptômes) qui ne pourraient être alors que le reflet d’une désadaptation plus globale, tenant à la particularité de raisonnement et de perception de certaines de ces personnes HPI. L’approche, l’éventuel diagnostic, différera alors si on tient compte de cette particularité HPI dans l’appréhension globale des troubles que l’on observe. Nous traiterons de cette question, le diagnostic différentiel, dans cet ouvrage.

Il est évident que l’information et la recherche doivent s’intensifier. La littérature commence d’ailleurs à s’étoffer à ce sujet. L’information permet davantage de recul vis-à-vis d’une situation. Le jugement devient plus objectif, les actions par conséquent plus ciblées. Le travail d’information auquel s’emploie l’association s’adresse tout d’abord :

– aux parents ;

– à l’école et à l’institution scolaire ;

– enfin aux structures éducatives et de soins.

En effet, il semble que la singularité des sujets HPI demeure encore un phénomène relativement inconnu du grand public, des acteurs sociaux et des acteurs de soin. Pourtant, une inadaptation de certaines de ces personnes se révèle de manière dramatique, notamment à l’école et en consultation. Non compris ni identifiés dans leur manière de s’inscrire dans le monde, ils peuvent de ce fait être marginalisés voire facilement psychiatrisés le cas échéant. Informer est, entre autres, le but de l’association Leopotentiels.

Son objet est « la compréhension, le soutien, l’intégration sociale et scolaire des enfants et adolescents à haut potentiel intellectuel (HPI) en difficulté ». Encore une fois, il convient de préciser qu’il ne s’agit pas de caractériser tous les enfants et adolescents HPI comme ayant les difficultés que nous avons évoquées jusqu’à présent. Nous ne rencontrons que ceux qui en éprouvent dans leur parcours. Une bonne majorité d’entre eux ne rencontre pas les problèmes que nous décrivons.

Cet ouvrage n’est pas tant un manuel que le rapport de témoignages de professionnels qui, à travers leurs activités et leur pratique, apportent leurs expériences et réflexions. En partageant les analyses de ces experts, ce livre a pour objectif d’aider les personnes qui vivent avec un haut potentiel à parvenir à une vie plus sereine, plus épanouie et plus constructive.

Ainsi, les auteurs qui collaborent à cet écrit sont psychologues (Caroline Schaeffer, à l’Éducation nationale, Marie-Laure Rossat en libéral, Daniel Wurmberg, en environnement hospitalier), médecins psychiatres (docteur Nicolas Lhomme travaille en libéral, docteur Marie-Sa Guillon, est psychiatre hospitalier spécialisée dans la prise en charge des adolescents). Y participent également par leur relecture des acteurs de l’Éducation nationale, des acteurs du soin et des parents, qui enrichissent par leur contribution ce que nous vous proposons comme témoignage. Il s’agit d’un ouvrage collectif, dans l’esprit de l’association : unir des talents et motivations pour concourir à déchiffrer et améliorer le vécu de ces enfants et adolescents, de leurs familles, et de leurs enseignants, en apportant une lecture issue d’une expérience de terrain, humble et sans polémique. Ceci ne nous empêchera pas par ailleurs de donner notre avis sur un certain nombre de questions qui agitent la sphère du haut potentiel intellectuel de manière générale.

Il n’y a aucune prétention à asséner une vérité, mais juste une contribution à la compréhension de cette particularité, pour faire en sorte qu’elle soit reconnue et prise en compte de manière adéquate, permettant ainsi la mise en place d’actions adaptées et cohérentes dans l’accompagnement de ces personnes. Notre propos concernera trois domaines :

– Les parents et la sphère familiale ;

– La sphère scolaire et éducative ;

– Le domaine du soin (dépistage et soin si nécessaire).

Nous souhaitons qu’à la lecture de cet ouvrage, vous soyez informés au sujet de ce que vous pourriez rencontrer dans ces trois registres. Nous développerons également une partie plus clinique que nous appellerons diagnostic différentiel pour permettre de s’orienter dans le monde du soin par rapport à cette particularité cognitive et émotionnelle qu’est le haut potentiel intellectuel.

Enfin, nous évoquerons les adultes HPI et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur parcours de vie. En vous remerciant pour l’intérêt que vous portez à ces enfants, adolescents et adultes HPI, je vous souhaite une agréable lecture des lignes qui vont suivre.

Daniel Wurmberg, psychologue clinicien,Président fondateur de l’association Leopotentiels

CHAPITRE 1 Notions d’intelligence et de HPI

Marie-Laure ROSSAT et Nicolas LHOMME

Il paraît important, dans un premier temps, de définir succinctement certaines notions fondamentales touchant à l’intelligence, et à certaines conceptions théoriques touchant au HPI.

1. L’intelligence, essais de définition1

Être intelligent semble être une clef de réussite, c’est quelque chose d’enviable, surtout quand c’est affirmé par l’autre. Le dire de soi-même est juste prétentieux.

Mais qu’est-ce que l’intelligence ? L’ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle ? Ou encore l’aptitude d’un être humain à s’adapter à une situation, à choisir des moyens d’action en fonction des circonstances ? Ou est-ce la personne considérée dans ses aptitudes intellectuelles, en tant qu’être pensant ?

Ces définitions semblent justes, chacune résonne en nous comme une part de vérité. Mais une part seulement, car chaque définition donne un éclairage différent sur une sorte d’entité complexe.

La définition de l’intelligence fait toujours débat, en psychologie, mais aussi dans d’autres disciplines. En effet, l’intelligence est multiple, multidimensionnelle, mais aucun consensus n’existe actuellement pour la définir.

Les tests d’évaluation de l’intelligence existent pourtant, et ils ont leurs limites pour comprendre l’intelligence, mais ils évaluent certaines choses, certains aspects de ce qu’elle est ; leur valeur est donc relative, mais n’en est pas moins là. On ne peut pas plus dire que ces tests évaluent tout de l’intelligence, que ce « le QI (quotient intellectuel) ne veut rien dire » que l’on entend encore parfois.

1.1. L’apparition des tests dits d’intelligence

À la fin du XIXe siècle, la scolarisation se généralise. Cela amène à devoir trouver des outils d’évaluation, donc des tests, permettant de situer le niveau intellectuel des enfants. Ces tests permettent de mieux les positionner dans tel ou tel niveau scolaire. Ainsi, on pourra trouver ceux susceptibles de poursuivre des études, et ceux au contraire en grande difficulté, qu’il y a lieu d’accompagner en dehors du cadre strict de l’école. C’est ainsi que sont nés les tests dits d’évaluation de l’intelligence.

Alfred Binet (1857-1911), pédagogue et psychologue, a conçu des tests permettant de telles évaluations au début du XXe siècle. Ses travaux ont été repris et développés dans une quête de compréhension de ce qui définissait l’intelligence. Pour Binet, l’intelligence consistait dans les activités de raisonnements, comme ceux sous-tendus par le langage ; dans le test de 1911 il proposait, par exemple, aux enfants de décrire une gravure ou encore de critiquer des phrases absurdes. Sa conception de l’intelligence reposait sur un modèle unidimensionnel : est intelligent celui ou celle dont les capacités mentales supérieures (c’est-à-dire les capacités de raisonnements) sont de bon niveau. Les échelles de Binet ont été construites en étudiant les différences de résultats aux tests entre les individus, en tenant compte de leur âge.

Cette approche de Binet avait une fonction utilitaire : évaluer les différences entre enfants quant à des capacités intellectuelles, pour avoir un outil d’orientation scolaire.

1.2. La recherche fondamentale

De son côté, la recherche fondamentale se penchait aussi sur la difficile question de l’intelligence. Ce n’est que tardivement que ces deux approches d’une même recherche se sont enfin rencontrées.

En recherche fondamentale, la première difficulté vient du fait que l’intelligence est un objet complexe. On ne peut pas la situer quelque part dans le cerveau, dans une zone précise. Parler de l’intelligence c’est donc :

Une représentation pratique pour l’esprit, qui synthétise un trait commun à tout un ensemble de comportements2.

Pour essayer de résoudre cette difficulté, un concept a été utilisé : celui de modèle cognitif. Il s’agit d’une représentation simplifiée d’un objet complexe : ici, celui de l’intelligence.

Les modèles cognitifs sont apparus au XXe siècle, et sont venus relayer, formaliser, les travaux du siècle précédent. Avant la création de ces modèles cognitifs, le psychologue et chercheur anglais Spearman (1863-1945) a postulé l’existence d’un facteur d’intelligence générale, qu’il a appelé « facteur g » (le « g » pour général), pensant qu’il s’exprimait dans tous les domaines de la cognition humaine, donc qu’il influençait tous les processus intellectuels. Il ouvre la voie à une conception dite bifactorielle de l’intelligence : le facteur g est en lien avec les différentes composantes de l’intelligence, donc avec des domaines spécifiques, comme les capacités verbales, les capacités de numération, etc. Ces domaines spécifiques sont chacun définis par un facteur particulier : le « facteur s » (le « s » pour spécifique). Il y a donc un lien entre l’intelligence générale (notée « g ») et chaque capacité intellectuelle (notée « s »), lien plus ou moins important, selon la capacité concernée. C’est ce lien entre « g » et « s » qui pose l’introduction de la conception bi factorielle de l’intelligence.

Une autre conception de l’intelligence, la conception multifactorielle, a été élaborée par Raymond B Cattell (1905-1998), lui aussi psychologue. Il voyait deux types d’intelligence : l’intelligence fluide (capacités de raisonnement dans des situations inédites) et l’intelligence cristallisée (capacités de raisonnement s’appuyant sur l’expérience et les connaissances acquises). Dans ce cas, les liaisons entre le fameux facteur « g » de Spearman et les différentes activités deviennent plus complexes. L’analyse des corrélations, c’est-à-dire celle des liens entre ces différents domaines devient plus poussée ; c’est en ce sens que l’on parle d’approche multifactorielle.

1.3. Quelques représentations de l’intelligence

Les travaux se sont poursuivis durant tout le XXe siècle ; pour mémoire on citera le modèle CHC, ou modèle de Cattell-Horn-Carroll3, présenté en figure 1, issu de l’approche psychométrique (mesure de l’intelligence) et dont les échelles de Wechsler (WPPSI, WISC et WAIS) actuellement utilisées pour déterminer le QI sont largement inspirées. Ce modèle propose une représentation simplifiée de ce qu’est l’intelligence, il s’agit donc d’un modèle cognitif.

Ce modèle, dit modèle CHC d’après l’initiale de ses auteurs, a été conçu en synthèse de travaux précédents de Carroll en 1993. Le facteur d’intelligence générale (le facteur « g ») conditionne différents types de fonctions détaillées dans le schéma ci-dessous.

On trouve ensuite des fonctions très spécifiques qui se rattachent à ces huit fonctions, ce que l’on va retrouver, par exemple, dans les items des tests de QI (ainsi, l’item « puzzles visuels » des échelles de Wechsler mobilise la perception visuelle, entre autres compétences).

Figure 1. Schéma réalisé à partir du modèle de Cattell-Horn-Carroll

Le psychologue Howard Gardner, à la fin du siècle dernier, a proposé un nouveau modèle de l’intelligence qui rompait avec une approche centrée et ciblée sur la réussite scolaire, et qui se démarquait de cette quête du facteur « g ». Sa théorie des intelligences multiples cible huit formes différentes d’intelligence. Selon Gardner, l’école devrait permettre aux enfants de les développer, puisqu’elles existent chez chacun d’eux, et que le rôle de l’école est justement de permettre leur potentialisation.

Ces intelligences multiples concernent les domaines : logicomathématique, musical, spatial, verbal, naturaliste (répertorier, classer), corporel (aisance physique, sportive, bonne connaissance de son corps et de ses possibilités), interpersonnel (les relations sociales), et existentiel (questionnements existentiels).

Cette approche plus large ne rend toutefois pas compte de tout ce qui peut aussi par ailleurs constituer l’intelligence. En effet, dans ce modèle, bien peu de place est faite aux fonctions exécutives (l’attention, la planification, la vitesse à traiter les informations, etc.), véritable alimentation des fonctions de haut niveau (les raisonnements).

D’autres chercheurs ont aussi essayé de sortir des modèles où la perspective de la réussite scolaire tenait une trop grande place. Par exemple le modèle triarchique du psychologue Robert Sternberg4 dans lequel l’intelligence repose essentiellement sur trois domaines : les capacités d’analyse, les compétences pratiques et la créativité. Ce modèle est présenté en figure 2.

Figure 2. Schéma réalisé à partir du modèle triarchique de l’intelligence de Sternberg

Les capacités d’analyse concernent les différents types de raisonnements et l’acquisition des connaissances, dans toutes les étapes du traitement de l’information.

Les compétences pratiques concernent les capacités de l’individu à influer sur son environnement (s’y ajuster mais aussi le modifier) et à tirer parti de ses expériences. La créativité est au service de nouvelles stratégies dans le domaine intellectuel, avec le recours à de nouvelles idées et mises en action.

1.4. L’intelligence, une question complexe

Ces théories un peu indigestes (et je suis très loin d’être exhaustive) ne permettent guère de donner une approche satisfaisante, par exemple dans mes échanges avec mes patients, sur la question de l’intelligence. Comment parler d’une notion encore mal définie, pour laquelle aucun consensus n’existe ?

J’ai donc, en essayant déjà d’y voir un peu plus clair pour moi-même, tenté une métaphore. L’intelligence pourrait être comparée à la confection d’une sauce. Parlons donc un peu mayonnaise. Pour cette mayonnaise, il faut des ingrédients (des capacités de raisonnement, verbales et non verbales), des ustensiles (de l’imagination, de la créativité, de la mémoire, etc.) et une procédure de réalisation (les fonctions exécutives). Ceci peut représenter ce qu’est l’intelligence : une alchimie complexe intégrant différents éléments, des ustensiles et une procédure. Même si tous ces éléments sont de qualité, si la procédure est bien suivie, il peut cependant y avoir des ratés. Toute personne faisant une mayonnaise le sait : les sauces loupées existent, même avec de l’expérience. Ainsi, certains jeunes pourtant très doués ne réussiront pas à potentialiser leurs capacités, alors même que l’environnement serait favorable à leur expression.

A contrario, des ingrédients médiocres ou des ustensiles peu adaptés peuvent permettre une mayonnaise très acceptable. J’ai ainsi le souvenir de ce garçon, élève en CLIS (Classe pour l’intégration scolaire des enfants présentant des troubles des fonctions cognitives, actuellement appelées Ulis – Unité locale d’enseignement spécialisé), dont le QI n’était pas très élevé. Il était pourtant autonome dans sa vie quotidienne, bien socialisé, et tout à fait compétent dans bon nombre de domaines. Il pouvait espérer une parfaite autonomie de vie. Un garçon intelligent ? Sans doute, car il tirait le meilleur parti possible de ses capacités, ce qui laissait présager d’une bonne qualité de vie, en harmonie avec la société dans laquelle il allait évoluer. On le voit, l’intelligence ne peut se résumer uniquement à un simple score de QI.

Les ratés possibles dans la mayonnaise quant à eux, constituent cette part d’imprévisible, ce qui reste peut-être encore à cerner dans la complexité de l’intelligence, la bonne homogénéisation des différents éléments qui la constituent. Quels peuvent être ces ratés ? Il ne s’agit pas là des situations que l’on peut rencontrer où un jeune est en dépression, ou atteint d’un trouble de type « dys » (dyscalculie, dysgraphie, dysorthographie, etc.), ce qui vient impacter sa vie et son parcours scolaire. En effet ici, la cause des difficultés est cernée, comme si, pour notre mayonnaise, les ingrédients n’étaient pas à la même température.

Non, il s’agit d’une part d’aléa(s) inconnu(s), du moins actuellement, qui vient affecter un être humain dans la mobilisation et l’exploitation volontaire de ses capacités. La question de l’intelligence reste donc ouverte, et ma métaphore, qui n’a certes rien de scientifique, n’est qu’un petit moyen pour en cerner la complexité et donne un aperçu de tout ce que nous ignorons encore.

2. Cerner le haut potentiel intellectuel (HPI)5

2.1. Qu’est-ce que le HPI6 ?

Nous avons vu combien il est difficile de trouver une définition consensuelle de l’intelligence. En adoptant arbitrairement la position que l’intelligence serait une fonction mentale qui rend compte de la qualité et de la quantité d’informations qu’est capable de traiter une personne, pour mieux interagir avec son environnement, nous réalisons ce que nous appelons une abstraction.

La notion d’abstraction renvoie à l’idée :

D’isoler par la pensée les propriétés générales et universelles qui caractérisent un objet pour en former une représentation mentale, et ainsi pouvoir la manipuler par la pensée afin de continuer à mieux la définir, la comprendre, l’utiliser7.

C’est chose aisée que de le faire avec des objets concrets manipulables et accessibles à nos sens. Dans le cas où nous demandons à quelqu’un de caractériser un poids de balance et une plume, et de nous dire à la suite de ces descriptions ce qui différencie les deux objets, nous pouvons alors déboucher sur les notions de masse et de poids. Concernant l’intelligence, le problème est tout autre ; en effet si le cerveau est l’organe qui la sous-tend, la définition de l’intelligence elle-même sera nécessairement imparfaite. L’imperfection n’empêche cependant pas l’utilité du concept.

L’abstraction seule permet de définir l’intelligence qui fascine l’homme depuis que le monde est monde. Elle a permis l’élaboration de théories permettant de mieux la comprendre, et, à partir de modèles créés, de mettre au point des tests pour mieux la qualifier et mieux la cerner. Ils sont nés dans le contexte de la scolarisation comme nous l’avons dit plus haut ; créant de fait un biais, car est alors défini comme intelligent celle ou celui qui réussit académiquement.

Lorsqu’en sciences nous sommes capables de quantifier, alors nous faisons de la mesure. Dans le domaine de la psychologie ceci s’appelle la psychométrie. Et en appliquant ces mesures associées à l’étude statistique des populations, elles nous disent que cette quantité mesurée (le QI) se répartit dans une population selon une loi connue sous le nom de « loi normale » dont le tracé graphique s’appelle la courbe de Gauss.

2,2 % de la population présente un QI supérieur à 130. C’est le repère psychométrique qui a été retenu pour définir le haut potentiel intellectuel ; même si ce seuil est discuté et que certains auteurs pensent que nous pouvons admettre l’existence d’un HPI à partir d’un chiffre supérieur ou égal à 1258.

Un autre repère qui permet d’affirmer l’existence du haut potentiel intellectuel correspond aux nombreux témoignages de personnes travaillant avec ces enfants qui les décrivent comme capables d’assimiler des connaissances plus vite que d’autres, et qui, dans la manière de les utiliser se trouvent en avance par rapport à leurs pairs. Ces caractéristiques mises en évidence chez une personne ne témoignent nullement de sa supériorité par rapport aux autres, mais reconnaissent un mode de fonctionnement cognitif particulier.

Il n’est malheureusement pas toujours possible d’avoir recours aux tests (du fait du coût de cet examen mais aussi parfois du délai nécessaire pour obtenir des rendez-vous), pour identifier un tel profil cognitif. Ainsi, dans une pratique clinique usuelle, certains éléments doivent nous permettre de supposer l’existence du haut potentiel sans en avoir la confirmation par les tests, comme notamment les capacités de raisonnement, la curiosité intellectuelle par exemple. Il faut aussi noter que cette définition et cet abord de la problématique interrogent notre pratique.

En effet, nous pouvons noter que nous avons tendance à faire des recherches en fonction de ce que nous connaissons déjà, et comme nous l’avons expliqué plus haut, la définition à partir de tests psychométriques est restrictive. Ainsi comment pourrions-nous intégrer la théorie de Gardner des intelligences multiples pour trouver d’autres profils de hauts potentiels intellectuels ? Une autre question se pose : dans quelle mesure, la mise en avant et la valorisation d’une intelligence « extrascolaire » pourrait-elle permettre d’améliorer cette intelligence académique pour que le sujet puisse rompre avec une situation d’échec scolaire ?

Le HPI existe et son repérage permet de mieux utiliser, comprendre et prendre en charge certaines de ces personnes qui se trouvent en difficulté. Malheureusement, j’entends encore trop souvent l’incompréhension à laquelle les personnes HPI que je rencontre se heurtent.

Dans les études médicales que j’ai suivies, cette notion de HPI n’a pas été abordée. Elle s’avère pourtant essentielle pour la compréhension et la prise en charge des personnes HPI. Ainsi des patients ont pu ne pas être dépistés par les professionnels qu’ils ont pu rencontrer. Il est important de faire connaître au monde médical cette singularité, et particulièrement à la psychiatrie et à la pédopsychiatrie.

En effet, ceux-ci peuvent alors ne pas tenir compte du HPI dans l’évaluation des troubles du comportement présents chez les sujets. Les personnes HPI apportant ces témoignages rapportent alors combien une attitude liée à la méconnaissance chez un professionnel, peut générer chez eux de la colère et un stress, et ceci d’autant plus lorsque le HPI a été objectivé par un test de QI.

2.2. HPI : pourquoi cette expression et pourquoi l’expliquer ?

Il existe au moins deux raisons. La première d’entre elles consiste à trouver un consensus qui permette aux professionnels de partager des connaissances concernant les personnes HPI. La seconde, non moins intéressante, est de pouvoir informer le public de manière générale au sujet de cette problématique.

Définir une telle population et ses caractéristiques a évolué en fonction des époques et des lieux. Nous ne nous appesantirons pas sur les diverses appellations qui ont été ou qui sont encore en usage au sein de la communauté scientifique portant un intérêt à ces personnes : surdoués, intellectuellement précoce, « zèbre », etc. Mais nous essaierons plutôt d’expliquer pourquoi ce choix de terminologie de haut potentiel intellectuel et dans quel intérêt nous le préférons aux autres dénominations.

Pour ce faire, les recherches sur l’étymologie et la définition des mots nous permettent généralement d’éclaircir et de rendre les données du problème plus tangibles. Ainsi le premier mot de l’expression haut, signifie qu’un objet possède une certaine dimension verticale. Par analogie avec cette expression, il exprime donc que les fonctions cognitives sont particulièrement développées au regard des résultats du test ; en effet les capacités intellectuelles dans le test sont représentées par des nombres sur une échelle de croissance.

Le mot potentiel quant à lui, signifie « en puissance » ; ceci traduit ici l’ensemble des ressources que possède un individu sur le plan de l’intellect. Il arrive souvent que ce soient les autres qui remarquent les potentialités du sujet. La personne HPI devra si possible, au cours d’un travail personnel, prendre conscience de ses potentialités et s’attacher à les développer. Le dernier des trois mots (intellectuel) relève des fonctions cognitives, et renvoie à l’ensemble des fonctions mentales, ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle, permettant à un individu de s’adapter à son environnement.

Maintenant que les termes sont définis, nous pouvons apprécier les raisons qui, selon nous, permettent de dire que cette expression semble la plus adaptée, malgré ses imperfections, pour caractériser cette population. Il nous semble que cette expression évite l’écueil de la discussion entre inné et acquis comme pourrait le suggérer par exemple le mot « surdoué » ou « gifted » chez les anglo-saxons. La question de savoir si l’intelligence est innée, donc avec un important facteur de transmission génétique, vient souvent en opposition avec une conception qui entend l’intelligence comme susceptible de se développer et d’évoluer elle-même durant le cours de la vie. Il n’existe pour l’heure aucune certitude qui démontre une causalité génétique au HPI. Mais, par ailleurs, il n’est pas rare de rencontrer des profils semblables dans l’entourage familial proche d’une personne HPI.

Renoncer à cette opposition inné/acquis permet donc de s’inscrire dans une perspective pragmatique, et le constat de HPI fait avec le patient lui permet ainsi d’utiliser cette réalité pour pouvoir évoluer dans son propre parcours de vie. L’annonce d’un HPI peut permettre d’établir ou de rétablir la confiance en soi pour des individus s’ils souffrent d’une image d’eux-mêmes volontiers dévalorisée.

Elle transmet également l’idée qu’il y a des fonctions très développées et présentes ; mais qu’un travail et un conatus (synonyme de volonté) vont être nécessaires pour actualiser et rendre effectif ce potentiel présent chez l’individu. C’est en effet pour cette raison que les modèles essayant de décrire le HPI ne s’arrêtent pas à la seule prise en compte du QI. La motivation est considérée comme un élément important du HPI, parmi d’autres.

Une fois de plus9, il n’est pas question d’être exhaustif sur tous les modèles développés pour rendre compte de ce qu’est le HPI. Nous n’en présenterons que deux. L’un des plus classiques et répandu est celui du psychologue Joseph Renzulli10, présenté en figure 3.

Pour Renzulli, le haut potentiel intellectuel se caractériserait par des compétences intellectuelles très élevées (raisonnement, pensée abstraite, etc.), mais aussi par une créativité particulièrement développée (innovations, idées nouvelles, adaptation élevée à l’environnement).

Figure 3. Schéma réalisé selon le modèle en trois anneaux de Renzulli

Il ajoute à cela la motivation qui engendre l’engagement, c’est-à-dire le lien existant entre l’individu et ses actes. Dans le cas des personnes HPI, cet engagement est particulier, très interne. Il ne repose pas – ou peu – sur des motivations externes comme les récompenses, mais il provient d’un choix de l’individu à faire, concrétiser, apprendre, etc. Cette conception qui enrichit la vision que l’on a du HPI qui n’est plus cantonné à la seule mesure de certaines capacités intellectuelles, a été reprise et complétée.

De nombreux autres modèles existent, mais nous ne présenterons ici que celui de Cuche11 en figure 4.

Les habiletés sous-jacentes représentent les fonctions cognitives telles que la mémoire, le langage, la vitesse de traitement, etc., et elles permettent l’expression des capacités. Celles-ci sont évaluées par les tests, qui constituent un filtre, par le jeu de l’évaluation. Ces habiletés et capacités sont tributaires de l’environnement (famille, école), mais aussi de facteurs individuels, comme la personnalité ou la motivation. Ce sont elles qui vont permettre, avec leur développement, les réalisations. On voit qu’il est difficile de cerner pleinement ce qu’est le haut potentiel intellectuel.

Figure 4. Schéma réalisé à partir du modèle synthétique de Cuche (2014)

Actuellement, la pratique professionnelle chez les psychologues, pour établir qu’une personne est HPI, passe par l’administration d’un test de QI. Celui-ci est un critère nécessaire, car « haut potentiel intellectuel » renvoie à la réalité d’un QI très supérieur. Ce critère est-il suffisant ? C’est là une question importante, car les modèles proposés, comme nous l’avons vu, montrent bien qu’on ne peut se cantonner à une seule évaluation cognitive, de plus forcément incomplète, pour poser cette particularité dans sa globalité.

La démarche de test de QI est malgré tout celle qui demeure fondamentale, sans pour autant préjuger d’évaluations complémentaires (pour la créativité, les réalisations, l’engagement, entre autres aspects du HPI).

Mais celle-ci permet déjà de mettre en lumière des particularités cognitives (et sans doute de manière incomplète), et donc d’objectiver le HPI, sans toutefois rendre compte de toute sa richesse et de sa complexité.

Je reprends ici la métaphore que j’utilise avec mes patients : le HPI est comme un iceberg. Le test de QI permet de voir cet iceberg dans sa partie émergée ; ce qui est immergé représente la part la plus conséquente du HPI, qui est à explorer par la suite, une fois le test administré et concluant.

2.3. Les singularités cognitives des personnes HPI12

Les singularités cognitives ressortent du protocole (les résultats du test) de chaque personne et sont donc particulières à chacun. Mais on retrouve des points communs à pratiquement toutes les personnes HPI. Tout d’abord des capacités de raisonnement très supérieures, que ce soit dans le domaine verbal ou le non verbal, c’est-à-dire en logique, en analyse perceptive visuelle et en spatialité (les capacités à manipuler le 3D, se repérer dans l’espace, etc.).

Nombre de personnes me disent, avant le test : « je suis nul(le) en maths ». Une fois celui-ci passé, je vois combien cette perception d’elles-mêmes est fausse.

Elles sont brillantes au contraire, mais très souvent incomprises par le système scolaire.

En voici un exemple, rapporté par un adulte. Élève en classe de troisième, lors de l’étude des droites parallèles en mathématique, il a totalement bloqué quand le professeur a dit : « si deux droites sont parallèles, alors elles ne se rejoignent jamais et restent équidistantes », (donc à distance égale l’une de l’autre, et ce jusqu’à l’infini). La formulation n’est pas exacte ; en effet ; il aurait mieux valu dire : « si deux droites sont équidistantes et le restent à l’infini, alors ce sont des parallèles ». Et, non, ce n’est pas pareil. Dans un cas on affirme une conséquence a priori, dans l’autre on affirme une implication. Il a fallu très longtemps à cette personne pour comprendre son blocage, et ce n’est qu’en étudiant la logique mathématique, qu’elle a réalisé que son incapacitéà comprendre, venait d’une erreur de formulation de son professeur.

Trop tatillon ? Non, très logique simplement. Cet exemple montre bien combien pour un enfant ou un adolescent HPI, les choses peuvent être compliquées à l’école. J’ai aussi le souvenir de ce jeune confronté à un sujet de dissertation, dont voilà l’intitulé de mémoire : « Le poète écrit-il pour autrui ou pour exprimer ses ressentis ? ». Son travail fut bref, avec « les deux » comme seule réponse. Il ne voyait aucun intérêt à développer ce qui était pour lui une évidence, quelque chose de trivial qui ne méritait guère qu’on s’y arrête.

Ces singularités de raisonnements n’existent que par rapport au plus grand nombre, c’est à dire les personnes qui ne sont pas HPI ; la plupart des jeunes qui n’ont pas ces particularités intellectuelles traitent, avec plus ou moins de bonheur, des droites parallèles ou du poète, sans ces complexités ou raccourcis qui sont le fait des personnes HPI. Les personnes HPI sont souvent trop « loin » dans leurs réflexions ou encore entravées par un défaut de logique, de consistance parfois, dans les propos des enseignants (que l’on peut fort bien comprendre et excuser, qui a enseigné sait combien ce métier est épuisant et complexe). Les jeunes argumentent, pointent des contradictions, passent pour insolents alors qu’ils ne sont juste qu’en demande de compréhension.

Et ces singularités ne s’arrêtent pas aux raisonnements, dont je ne viens de citer que deux petits exemples. Le QI met aussi en lumière des compétences très élevées dans les domaines de la vitesse de traitement de l’information et en mémoire de travail ; je parle ici de jeunes ou d’adultes ayant des profils cognitifs homogènes, des profils où les résultats sont en phase les uns avec les autres.

La mémoire de travail concerne en particulier l’attention, la capacité à garder une information et à la traiter en quelques instants. La vitesse de traitement renvoie aussi à l’attention, à la planification et à la vitesse avec laquelle des informations (visuelles dans le test) sont traitées.

C’est ainsi que l’on voit certains enfants compter à toute vitesse et réciter leurs tables de multiplication en additionnant, dans l’incapacité qu’ils sont à mobiliser un apprentissage par cœur. Celui-ci est souvent difficile pour une personne HPI, attachée au sens plus qu’à un énoncé, qu’elle peut d’ailleurs rebâtir pour elle-même, souvent plus clair, plus simple, que la définition d’origine.

La question de l’écriture peut aussi se poser, en dehors de tout trouble lié au graphisme ; penser est très rapide ; parler l’est moins, écrire est lent, surtout pour un enfant qui n’écrit pas encore très vite. Il perd donc beaucoup d’informations en voulant retranscrire sa pensée, et rejette ce mode d’expression.

Ces singularités, qui sont des atouts à la base car les fonctions évaluées sont de niveau très élevé, peuvent devenir autant de difficultés dans la vie scolaire ou familiale. Et je ne fais qu’évoquer la partie émergée de l’iceberg...

Ceci m’a amenée à parler de « différence discrète » pour le HPI, c’est-à-dire qu’elle échappe à l’entourage. Invisible dans l’apparence physique, parfois perceptible dans les comportements, mais souvent aussi parfaitement cachée, inconsciemment, ayant pour effet une adaptation totale à l’environnement.

3. Quelques signes d’appel chez les enfants

3.1. Le développement du jeune enfant : quelques repères

On a longtemps pensé le nouveau-né comme non dissocié de sa mère ou encore comme une table rase sans compétences. Mais le bébé arrivant au monde est déjà un sujet avec bon nombre de capacités. Ce sont les travaux de T. Brazelton (1918-2018), pédiatre américain, mais aussi ceux de F. Dolto (1908-1988), médecin et psychanalyste en France, qui ont permis de mettre en lumière ces capacités précoces.

Il n’est pas question ici de développer des notions de pédiatrie qui sont du domaine de compétences des médecins spécialistes comme le sont les pédiatres. Notre propos est davantage de donner quelques jalons de développement, qui permettront aux parents de soulever des questions, par exemple si leur enfant fait montre d’une avance particulière, dans les domaines qui seront évoqués.

Bien sûr nous n’envisageons ici que les bébés nés à terme et en bonne santé ; la situation des enfants nés prématurément est particulière, et fait d’ailleurs l’objet d’un suivi médical dédié.

3.2. Le contact

Dès la naissance le bébé a la capacité d’imiter. Tirez la langue à un tout petit, et il vous y répondra en retour par le même comportement. Il entend, reconnaît très vite la voix de sa mère, et il comprend ce qui lui est exprimé. Non dans les mots directement, pas encore, bien sûr, mais sans doute dans les inflexions de la voix, en phase avec les ressentis émotionnels de son interlocuteur. Cette compréhension est certainement très imparfaite, mais existe bel et bien.

Un exemple extraordinaire nous est donné dans le témoignage de Francine Christophe. Celle-ci, enfant, a été déportée en 1944 avec sa mère dans le camp de Bergen-Belsen, un camp de concentration durant la Seconde Guerre mondiale.

Une jeune femme y accoucha, et durant le temps que dura encore la captivité, le bébé resta extraordinairement silencieux et discret durant 6 mois, percevant certainement combien le danger était présent et qu’il fallait peu s’exprimer et sans doute se « cacher ». L’histoire est magnifique, dans un contexte abominable, nous ne pouvons que conseiller de regarder ce témoignage bouleversant : « L’histoire de Francine13 ».

3.3. Le développement moteur

Le bébé marchera environ à partir d’un an ; la norme est l’acquisition de la marche entre 11 et 18 mois. La marche autonome acquise de bonne heure est un indicateur d’un développement moteur de qualité, comme toute habileté motrice survenant très tôt.

J’ai ainsi un fils latéralisé dès sa naissance ; entendons qu’il a toujours utilisé spontanément sa main et son pied droit, dès qu’il est né. Il faisait également la « pince » avec le pouce et l’index dès sa venue au monde. Cette avance dans le développement moteur a d’ailleurs été notée dans le carnet de santé par les médecins.

Ce genre de manifestations ne m’avait pas alertée à l’époque ; on ne pense pas au haut potentiel intellectuel avec un nouveau-né. Mais une fois son bilan réalisé durant l’enfance, d’où ressortait une intelligence concrète particulièrement élevée (qui a trait à la spatialité, avec la latéralisation, les capacités visuomotrices, les capacités logicomathématiques entre autres), ces éléments me sont revenus.

3.4. Le langage

Il s’agit d’une autre compétence qui peut faire signe d’appel : le développement langagier. Il est fréquent que des parents évoquent un langage acquis très tôt et parfaitement maîtrisé chez leur enfant HPI. Le langage « explose » vers deux ans. Entendons que le petit enfant acquiert de plus en plus de vocabulaire et commence à construire de petites phrases vers cet âge-là.

Je n’avais pas noté cette avance chez mon autre fils, il était mon premier enfant et j’ignorais tout du HPI. Il parlait bien, c’était fort agréable de converser avec lui. J’avais beaucoup aimé ce mot, à deux ans et demi : « Maman, qu’est-ce que c’est un « ubin » ; « je ne sais pas, mais fais une phrase avec », lui répondis-je. « L’autre jour, tu m’as appelé mon chérubin » (entendons qu’il avait compris mon cher « ubin »). Il avait donc déjà intégré la notion d’adjectif, tout en l’ignorant, tel Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir.

De cela non plus je n’avais rien tiré à l’époque, juste un joli mot d’enfant qui me faisait sourire. Mais cette avance langagière était, là encore, un révélateur d’un développement très rapide, qui témoignait de capacités particulièrement élevées dans toute la sphère langagière.

On peut trouver ainsi chez les petits, de nombreux signes d’appel. Une capacité de concentration très importante sur une tâche donnée, le fait de se poser très tôt des questions visiblement sans rapport avec l’âge par exemple.

Celui de mes fils qui était si avancé sur la latéralité a ainsi eu l’envie de résoudre le problème de la quadrature du cercle à quatre ans. Il dessinait furieusement des cercles dans des carrés au retour de l’école, et hurlait de rage de ne pas réussir ce qu’il voulait. Quand nous avons compris son problème, c’est-à-dire une fois qu’il a su que le cercle ne pourrait jamais se déplier en carré, il a pu passer à autre chose. Là encore, il ne s’agissait que d’un signe d’appel.

3.5. La lecture

Un autre point à évoquer concerne l’apprentissage spontané de la lecture. Certains enfants vont apprendre à lire seuls,