Vivre la Chine - Morgane Delaisse - E-Book

Vivre la Chine E-Book

Morgane Delaisse

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Beschreibung

Laissez-vous guider au cœur de la Chine

Vivre en Chine est une réalité partagée aujourd'hui par plus de 45 000 Français, notamment à Shanghai, Pékin, Wuhan, Chengdu, Canton ou Hong Kong. La Chine offre des opportunités et un fort potentiel de développement de carrière professionnelle. Elle attire des entrepreneurs, comme des expatriés avec leur famille, des étudiants ou des jeunes diplômés qui veulent booster leur carrière. Pour que vivre chez les Chinois ne devienne pas un casse-tête, Vivre la Chine est la boîte à outils d'un projet d'expatriation chinois quel qu'il soit.

Vivre la Chine donne toutes les clés du quotidien, depuis le logement jusqu’au mariage, en passant par le travail et l’éducation, la santé, les loisirs, etc. Grâce au partage d'expériences, on découvre à chaque page une société que l'on comprend autrement, par ses règles sociales. Comment on conduit, comment on loue un appartement, comment on s’aime, ce que travailler avec des Chinois signifie, etc. Chaque chapitre permet de comprendre la Chine et sa culture, de manière pragmatique, au quotidien.

Le compagnon idéal pour vos aventures chinoises !

A PROPOS DE LA COLLECTION « VIVRE LE MONDE »

Vivre le Monde est une collection destinée à ceux qui veulent comprendre un pays, pour y vivre, y étudier, y faire des affaires, ou simplement y séjourner en espérant plus que du tourisme. Chaque livre est à la fois un guide pratique expliquant par le détail tout ce qu'on doit savoir sur le quotidien du pays, en donnant à chaque fois les clés pour comprendre la société.

LES ÉDITIONS HIKARI

Hikari Éditions est un éditeur indépendant, dédié à la découverte du monde. Il a été fondé par des journalistes et des auteurs vivant à l'étranger, de l'Asie à l'Amérique du Sud, souhaitant partager leur expérience et leurs histoires au-delà des médias traditionnels.

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Seitenzahl: 482

Veröffentlichungsjahr: 2016

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VIVRE

LA CHINE

VIVRE LA CHINE

par Morgane Delaisse et Hikari Pékin.

Un guide de la collection Vivre le monde.

Direction de la publication : Anthony Dufour.

Édition : Marie Duchaussoy.

Maquette et mise en page : Katarina Cendak.

Couverture : © Leungchopan - fotolia.com

Photos : © Carole Pes, © Morgane Delaisse, © Paul Delaisse, © Emilie Lamy, © Marie Duchaussoy, © Dorothée Citerne, © Christèle Jaime, © Anthony Dufour.

Tous droits réservés.

Hikari Éditions

4, avenue Foch, 59000 Lille (France).

www.hikari-editions.com

[email protected]

ISBN 9782367740539

ISSN 2271-8265

© Hikari Éditions SARL.

Dépôt légal : février 2015.

Toute reproduction partielle ou intégrale, faite sans l’accord préalable et écrit de l’auteur et de l’éditeur, est strictment interdite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque (article L. 122-4 du Code de la Propriété intellectuelle). La copie sur support papier à usage privé de ces différents objets de droits est autorisée conformément à l’article L122-5 du Code de la Propriété intellectuelle.

VIVRE LE MONDE

Vivre la Chine appartient à la collection Vivre le monde. C’est un guide pratique qui veut donner toutes les informations nécessaires à ceux qui habitent ou souhaitent habiter en Chine.

Il a été rédigé par une journaliste belge basée à Shanghai et une équipe de journalistes français et chinois basés à Pékin. Tous vivent en Chine depuis de nombreuses années. Ils font partager leur expérience du quotidien, leur connaissance du terrain : louer un appartement, s’inscrire à l’université, aller à l’hôpital, scolariser ses enfants, sortir, faire du sport, payer ses factures, rencontrer l’amour… Tout simplement vivre en Chine.

Vous trouverez dans ces pages des informations pratiques, des contacts, des conseils, sans jamais oublier nos clés de la société chinoise. Car pour nous, une information doit toujours être comprise dans son contexte, dans sa culture, dans son univers.

Ce guide a été élaboré sans aucune publicité par une équipe totalement indépendante. Il vous offre un regard libre sur la vie en Chine. Nous espérons qu’il sera un compagnon efficace et agréable de votre projet chinois.

« En Chine, patrie de la dualité, du yin et du yang, rien ne s’oppose, tout se complète. »

Ysabelle Lacamp.

« Comme j’ai aimé la Chine ! Il y a ainsi des pays que l’on accepte, que l’on épouse, que l’on adopte d’un seul coup comme une femme, comme s’ils avaient été faits pour nous et nous pour eux. »

Paul Claudel.

SOMMAIRE

Chapitre I Panorama chinois

Impressions de Chine

L’histoire

La géographie

Le climat

Les langues et groupes ethniques

Villes chinoises

L’économie

La politique

Casse-tête chinois

Chapitre II Préparer son voyage

Les visas et permis de résidence

Les exigences sanitaires

La pollution de l’air

Arriver en Chine

La douane

Rencontre avec le Consulat

Rencontres avec des résidents français en Chine

Chapitre III La présence internationale

La communauté français en Chine

Rencontre avec un expatrié

Les autres communautés expatriées

Les Ambassades et les Consulats

Les associations communautaires

Rencontre avec une « banane »

Chapitre IV Se loger

Quel type de logement?

Acheter un bien immobilier

Rencontre avec un agent immobilier

Louer

Déménager

Les agences de relocation

Meubler son logement

Faire des travaux

L’eau, le gaz, l’électricité

Les ordures

L’aide à domicile

Chapitre V Travailler

Le marché du travail chinois

Trouver un travail

Signer un contrat local

Rencontre avec une salariée en contrat local

Travailler avec des Chinois

Les salaires et congés payés

Faire un stage

Le volontariat international

La protection sociale

Les impôts

Prendre sa retraite sur place

Rencontre avec un expert du Bureau Veritas

Chapitre VI Entreprendre

Les formes de sociétés

Le financement de son entreprise

Rencontre avec le directeur général de la CCIFC

Rencontres avec des entrepreneurs français

Les associations professionnelles

Chapitre VII Étudier

Trouver une formation

Étudier en Chine, comment procéder ?

Le coût de la vie étudiante

Rencontres avec des étudiants étrangers en Chine

La reconnaissance des diplômes

Chapitre VIII L’argent

La monnaie chinoise

Les banques

Ouvrir un compte bancaire

Changer de l’argent et payer

Chapitre IX Conduire

Passer le permis de conduire

Acheter une voiture

Louer une voiture

Chapitre X Se déplacer

Le train

L’avion

Les transports en commun

Les deux roues

Le taxi

Chapitre XI Parler chinois

De la nécessité de parler le mandarin

Les spécificités de la langue en Chine

Apprendre le chinois en France

Apprendre le chinois en Chine

Chapitre XII S’assurer

Les assurances médicales et le contrat au premier euro

Les autres types d’assurance

Chapitre XIII Se soigner

La santé au quotidien

Les urgences

L’hospitalisation

Les dentistes

Les pharmacies

Accoucher en Chine

Rencontres avec des mamans

Chapitre XIV La sécurité

La sécurité au jour le jour

La sécurité alimentaire

L’incivilité, la contrefaçon, la prostitution

Chapitre XV Les enfants

Avant l’école, la crèche ou l’ayi?

Scolariser son enfant dans le système chinois

L’école primaire

Le collège et le lycée

Les bourses scolaires

Les loisirs des enfants

Chapitre XVI Rester connecté

Internet

La téléphonie et Internet mobiles

La poste

Chapitre XVII Manger

Manger chinois au quotidien

Comment se tenir à la table des Chinois ?

Trouver des produits importés

Le vin

Les restaurants

La sécurité alimentaire

Chapitre XVIII Le shopping

L’explosion de l’e-commerce

S’habiller

L’électronique

Chapitre XIX Les animaux

Emporter son animal

Acheter un animal

Et les autres animaux ?

Chapitre XX Sortir

La vie nocturne

Gay et lesbien

Chapitre XXI Le sport

Entretenir sa forme

Les lieux pour faire du sport

Les sports extrêmes et de plein air

Assister à des compétitions sportives

Chapitre XXII La culture et les loisirs

Les jeux traditionnels chinois

La musique et le théâtre

Le cinéma

Les musées et galeries d’art

Les médias

Et la télévision ?

La littérature

Chapitre XXIII Les religions

Le rapport aux cultes

Le bouddhisme

Le taoïsme

Le confucianisme

Le christianisme

L’islam

Le judaïsme

Les croyances et superstitions

Chapitre XXIV L’amour

Avoir un(e) petit(e) ami(e) chinois(e)

Le sexe

L’homosexualité

Se marier

La cérémonie du mariage

Rencontres avec des couples mixtes

Divorcer

Chapitre XXV Voyager en Chine

Découvrir la Chine

Le tourisme alternatif

Quelle destination en quelle saison ?

Bibliographie

Chapitre I

PANORAMA CHINOIS

Qui peut encore croire qu’en débarquant en Chine il se retrouvera dans les pages du Lotus Bleu ? Au premier abord, la Chine n’a plus rien de ces ruelles décorées de lampions en papier, où se bousculent pousse-pousse, cyclistes et vendeurs de légumes. Non, quand vous sortez de l’avion, qui a atterri dans l’une des mégalopoles chinoises, c’est le gigantisme et la modernité qui vous assaillent. Des immeubles à perte de vue, des avenues qui font la taille des autoroutes, bordées d’enseignes internationales, et des voitures qui foncent dans tous les sens, en usant et abusant de leur klaxon. Le premier contact avec la Chine est souvent déstabilisant, voire un peu angoissant, rarement charmant, mais aussi grisant de nouveauté. Vous vous apercevez vite que ce pays fait cohabiter les paradoxes. Fascination, parfois répulsion. Ça y est, vous êtes en Chine !

IMPRESSIONS DE CHINE

À peine un pied posé sur le sol chinois, c’est le choc ! Klaxon, embouteillages… La circulation est frénétique. Des dizaines de véhicules, des piétons, des vélos, des mobylettes, des charrettes à bras, des triporteurs, des voitures et des bus zigzaguent, se dépassent et s’entrecroisent dans un rythme ahurissant. Une fois débarqué, on se retrouve emporté dans un tourbillon explosif et enivrant.

Quelle que soit l’heure du jour et de la nuit, ce qui frappe en Chine, c’est la foule, le fourmillement. Que l’on se déplace à pied ou en transports en commun, la prudence est de mise. Dans l’indifférence générale, les deux roues circulent sur les trottoirs, les automobilistes tournent à droite malgré le feu rouge et les scooters ne respectent aucune signalisation. C’est à vous d’être vigilant ! À l’inverse de nos habitudes occidentales, la voiture a la priorité absolue sur les autres usagers et ne vous étonnez pas qu’un conducteur ne s’arrête pas alors que vous vous engagez sur un passage pour piétons.

La Chine est tournée vers le futur et les villes, au premier abord, présentent un visage moderne et décomplexé. Tout est grand, voire gigantesque; tout est neuf, voire bling bling. Les mégalopoles sont traversées par des autoroutes construites sur plusieurs niveaux, les tours s’alignent, fièrement dressées vers le ciel et les enseignes internationales surenchérissent pour proposer des magasins toujours plus grands et luxueux.

Mais à y regarder de plus près, cette modernité effrénée cohabite encore souvent avec des petits quartiers traditionnels. Au détour d’un boulevard, passés les Vuitton, Rolex ou autres Starbucks, vous tournez soudain dans une ruelle et dans un autre monde : les petites maisons se pressent les unes contre les autres, leurs habitants assis sur le pas de la porte, se rafraîchissent à grands coups d’éventails. Le temps semble s’être arrêté. Ici, un gamin s’avance dans sa culotte fendue; là, un marchand répare d’antiques bicyclettes avec sa machine d’un autre âge. On flâne, on papote… On prend le temps de vivre loin de toute l’agitation de la modernité. Pour certaines générations de Chinois, parties de mah-jong, séances de tai-chi et dîners sur le trottoir rythment toujours les journées, générations seniors plus que jamais attachées à leurs traditions. C’est toute l’extravagance de cet incroyable pays où des vendeurs à la sauvette vous arrêtent devant des centres commerciaux grand luxe, où les derniers lilong et shikumen résistent encore et toujours face aux bulldozers. À la fois pays de l’immuable et du changement, la Chine intègre le monde contemporain sans jamais perdre de vue ses racines millénaires.

Pays de tous les paradoxes, de tous les superlatifs, la Chine, c’est avant tout un peuple, à la fois chaleureux et indifférent, d’une grande sagesse et d’une immense passion. Surprenant, si loin de la culture occidentale et pourtant si proche.

L’HISTOIRE

Les Chinois, même les moins instruits, connaissent leur histoire, ils en ont en tout cas tous une idée, plus ou moins exacte. C’est de toute façon pour eux une source de très grande fierté : une civilisation vieille de plus de cinq mille ans, qui vit l’invention de la boussole, de la poudre à canon, du billet de banque, pour ne citer que les plus illustres, c’est pour eux la preuve manifeste de l’indiscutable raffinement de leur civilisation.

Si les plus anciennes traces retrouvées sur le sol chinois datent du paléolithique, la légende veut que l’histoire commence par les Xia (, Xia Cháo), dynastie mythique qui aurait régné à la fin du troisième millénaire avant Jésus-Christ. Les débuts de l’âge de bronze, moins contestables, remontent à la dynastie Shang (, Shang Cháo), qui généralisa son usage et améliora les techniques de façonnage. De cette époque, subsistent surtout les légendes et les histoires de héros. Et enfin les Zhou (, Zhõu Cháo), entre 1050 et 221 av. J.-C., bouleverseront l’ensemble de la société chinoise, en créant une organisation qui persistera jusqu’au communisme : le souverain à la tête, au-dessus des nobles qui lui sont fidèles et au dessus eux-mêmes des agriculteurs, des artisans et des éleveurs.

C’est l’époque des guerres entre les sept grands royaumes traditionnels, les grands états absorbant peu à peu les plus modestes. L’histoire de la Chine débute véritablement avec les Zhou, alors que les souverains appellent leur fief Zhongguo, les royaumes du milieu. Le nom est encore d’usage aujourd’hui en mandarin. Tous les territoires qui ne sont pas administrés par les Zhou sont considérés comme barbares. On distingue la période des Printemps et Automnes (environ jusqu’en 440 av. J.-C.) et la période des Royaumes Combattants (jusqu’en -256 av. J.-C.). Au fur et à mesure que les siècles avancent, les guerres se font plus sanglantes, les royaumes sont tour à tour annexés, dans un processus de concentration politique et militaire.

De son côté, Maître Kong (, Kǒng Zǐ), connu sous le nom de Confucius, prône la vertu individuelle et l’éthique. Il souhaite que les souverains montrent l’exemple d’une morale irréprochable. Son contemporain, Lao Tseu (, Lǎozǐ) jette les bases de la religion taoïste, à savoir le dépassement de soi, la recherche de la Voie, ou Tao, pour gouverner sa vie de façon exemplaire. Le premier véritable empire apparaît avec la dynastie Qin (de 221 à 206 av. J.- C.), fondé par Qin Shi Huangdi, qui s’impose par la force, unifie l’ensemble des territoires morcelés, de la Mandchourie à l’actuel Vietnam, centralise le pouvoir et donne son nom au pays (, Qín que l’on prononce « tchin »). Chef autoritaire et tyran, on lui reconnaît d’avoir emmené la Chine dans une ère de suprématie : à l’époque Qin, elle surpasse le reste du monde sur le plan artistique, scientifique, technologique et militaire. Aujourd’hui, l’empereur est encore connu dans le monde entier pour avoir édifié à Xi’an une armée de 7 000 à 8 000 soldats en terre cuite protégeant son tombeau ainsi que les prémices de la Grande Muraille.

>> Le mandat des Fils du Ciel

Depuis la dynastie Zhou, le mandat céleste légitime la place de l’empereur. Ainsi, les dieux eux-mêmes donnent le pouvoir aux rois sages et vertueux, mais peuvent tout aussi bien le leur reprendre en cas de mauvaise conduite. Face à cette approbation céleste, le peuple ne peut que s’incliner, sauf si les manifestations divines sont évidentes. En cas de mauvaises récoltes ou d’intempéries, la population pouvait donc plus facilement se révolter contre la dynastie. Le mandat du ciel se différencie en cela du concept de droit divin européen, qui attribue une légitimité inconditionnelle au souverain, au mandat héréditaire de père en fils. <<

Les successeurs de Qin Shi Huangdi, la dynastie des Han (, Hàn Cháo), seront au pouvoir pendant quatre siècles : de 206 av. J.-C. à 220, avec une courte pause lors de la dynastie Xin (, Xǐn Cháo) de 9 à 23. Les Han remettent à l’honneur le confucianisme, ouvrent le pays aux influences étrangères – notamment par la Route de la Soie – et sous leur règne, le bouddhisme venu d’Inde gagne du terrain. La civilisation chinoise est, sous leur influence, de nouveau à son apogée.

Ensuite, la période des Trois Royaumes (, Sanguo), entre 220 et 316, bien que relativement courte, marque l’histoire et la tradition. Si elle représente la fin de la Chine centralisée, elle jouit pourtant encore aujourd’hui d’une grande popularité, en raison de ses figures légendaires. Les trois rois qui luttent pour le pouvoir - Wei au nord, Shu à l’ouest et Wu à l’est - deviendront d’ailleurs au XIVe siècle, les héros du roman historique de Luo Guanzhong Les Trois Royaumes, un des écrits les plus importants du patrimoine chinois et les plus influents dans les pays asiatiques. D’autres personnages de l’époque, seigneurs de guerre, écrivains et poètes tels Cao Cao, Sun Quan ou Liu Bei et leurs exploits ont inspiré et inspirent encore aux auteurs chinois des histoires très populaires. Opéras, estampes, poèmes mais aussi cinéma ou jeux vidéos… Pas une forme d’art n’oublie ces protagonistes.

>> La Muraille de Chine

La Grande Muraille (, Changcheng), est un ensemble de fortifications militaires construites entre le IIIe siècle av. J.-C. et le XVIIe siècle pour ses parties les plus récentes. Sur plus de 6 500 kilomètres, elle était censée protéger les terres chinoises des agressions barbares, depuis la Mer Jaune à hauteur de Shanhaiguan (à trois heures de Pékin) au désert de Gobi, à Jiayuguan. Son tracé a évolué dans l’Histoire mais son rôle n’a pas varié : protéger l’empire des invasions militaires comme culturelles et politiques. <<

Au fil des siècles, les dynasties perdent et conquièrent le pouvoir, les royaumes sont morcelés, puis à nouveau unifiés. Les Tang (de 618 à 907) et les Song (de 960 à 1279) établissent leur capitale dans différentes villes du pays, avec des politiques plutôt pacifistes.

Jusqu’à l’arrivée de Gengis Khan (vers 1155/1162-1227) qui établit, au début du XIIIe siècle, l’Empire Mongol, le plus vaste empire unifié en Asie de tous les temps, en rassemblant Chinois, Turcs et Mongols. Après sa mort, ses héritiers continueront de régner pendant plus de cent cinquante ans. Son petit-fils, Kubilaï Khan (1215-1294), est le fondateur de la dynastie Yuan à Khanbalik (l’actuelle Pékin) en Chine, dont il devient l’empereur en 1271. Soucieux de rétablir la force commerciale du pays, il s’attache à restaurer les routes et canaux et à entretenir de bonnes relations avec l’Europe. Après un voyage de plus de trois ans, Marco Polo (1254 ou 1255-1324) devient un important fonctionnaire de la cour de Kubilaï Khan.

>> Le premier guide touristique sur la Chine

Marco Polo fit non seulement un périple des plus étonnants, tellement étonnant qu’on en est encore fasciné mais il donna aussi matière au Livre des Merveilles un récit exceptionnel, mêlant poésie et géographie. Il y témoigne de l’émerveillement vécu au cours de son voyage de trois ans sur la Route de la Soie entre Ayas (Turquie) et Pékin et de l’enchantement que furent pour lui les vingt années passées au service de Kubilaï Khan. Très exhaustif, mêlant mythologie et réalité, il s’agit ni plus ni moins du premier récit en Europe sur la Chine mongole. Il y décrit les différents paysages, les coutumes, la politique, les vêtements, les climats, les bâtiments, les fêtes, la faune et la flore… Plus insolite, Marco Polo n’a pas rédigé lui-mêne ce « guide de voyage » mais il l’a dicté à un compagnon de cellule, alors qu’il était enfermé dans la prison de Gênes lors de la guerre maritime opposant Gênes et Venise. <<

En 1368, les Chinois reprennent le pouvoir sur leur territoire et la dynastie Ming (, Míng Cháo) établit sa capitale à Pékin. Cette dynastie règne pendant près de trois siècles, jusqu’en 1644. On lui doit les trésors architecturaux que sont la Cité Interdite (, Gùgõng), le Temple du Ciel (, Tiãn Tán) et de nombreux autres jardins et palais à Pékin et à travers tout le pays.

Viennent ensuite les Qing (, Qǐng Cháo) : d’origine mandchoue, ils régneront de 1644 à 1912. L’apogée de leur puissance sera le XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, l’empire est marqué par de nombreuses famines et des révoltes sociales.

Le pays accuse un retard sans équivoque, notamment en termes de conditions de vie et d’hygiène, par rapport à un Occident en pleine Révolution industrielle. Dans ce contexte, les Fils du Ciel ont bien du mal à assurer leur légitimité et à combattre le déclin irréfutable d’un gouvernement totalement inefficace et désorganisé pour gérer des conflits qui s’intensifient sur un territoire immense.

De leur côté, les puissances internationales ne cachent plus leurs ambitions commerciales et se montrent toujours plus pressantes, face à l’obstination chinoise de refuser tout échange commercial avec les étrangers. La première guerre de l’opium éclate en 1839 et aboutit en 1842 au Traité de Nankin, plaçant de facto la Chine sous domination étrangère. Hong Kong passe sous mandat britannique et des concessions anglaises, américaines et françaises sont établies dans les grands ports chinois : Shanghai, Xiamen, Canton, Fuzhou et Ningbo.

Dans ces quartiers, la Chine et ses habitants n’ont aucun droit, les concessions sont entièrement régies par des lois étrangères. Humiliation suprême pour les Chinois qui se retournent contre leur empereur, avec entre 1851 et 1864, un soulèvement en Chine du Sud et du Centre du nom de révolte des Taipings. Plus tard, à Pékin, la révolte des Boxers (1899-1901) se soldera par un échec des insurgés face aux huit nations alliées contre la Chine : les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Autriche-Hongrie, l’Italie, le Japon et la Russie. Les mouvements insurrectionnels du Guangdong et du Guangxi, le soulèvement de Wuchang, entre 1905 et 1911 sont d’autres exemples de cette période de révoltes, que les pouvoirs en place ont bien du mal à maîtriser. Ces insurrections paysannes et populaires sont finalement matées par les Qing, avec le soutien des forces franco-britanniques.

Malgré ce secours, les Chinois persistent dans leur refus de négocier avec les étrangers. Des épisodes tragiques jalonnent les relations entre la Chine et les intérêts étrangers. En 1860, pour venger le meurtre d’un missionnaire chrétien, le palais d’été de Pékin (ancien palais d’été, Yuánmíng Yuán) avait été pillé et incendié par les troupes franco-britanniques. De nouveaux traités sont signés.

En 1861, l’empereur Xianfeng décède et son fils Tongzhi, alors âgé de 5 ans lui succède. En pratique, c’est l’impératrice douairière Cixi (1835-1908) qui prend les rênes de l’empire et les gardera pendant près de cinquante ans. En 1908, elle décède en désignant Puyi (1906-1967) comme empereur, alors âgé d’à peine trois ans, qui sera le douzième et dernier empereur de Chine.

En 1911, les élites intellectuelles chinoises promulguent l’adoption d’un régime républicain. En 1912, le jeune Puyi, renversé par le général Yuan Shikai, nommé pour mater les mouvements de révolte (notamment le soulèvement de Wuchang du 10 octobre 1911), abdique.

La République de Chine est proclamée par Sun Yat-sen (1866-1925), premier président et père de la Chine moderne. Mais la paix n’est pas encore garantie et de nombreux conflits internes couplés aux menaces d’invasion japonaise rythment le quotidien des chefs républicains et de l’armée.

Le 23 juillet 1921, le Parti Communiste Chinois (PCC) naît à Shanghai, dans la concession française, lors de ce qui est reconnu comme étant son premier congrès. Il s’associe dans un premier temps au Kuomingtang, littéralement « parti nationaliste chinois » créé en 1912, le parti de Sun Yat-sen et de Tchang Kaï-chek, avant que ce dernier décide d’y mettre un terme en 1927.

Passé dans l’opposition, le parti communiste chinois se replie dans les campagnes au sud de la Chine et y rencontre les populations les plus défavorisées du pays qui constitueront sa base, nombreuse et convaincue. C’est de cette rencontre avec les paysans et ouvriers que naîtront bon nombre des principes qui firent le succès de la révolte communiste. En octobre 1934, Mao Zedong (1893-1976) est élu à la tête du PCC et entame sa Longue Marche. Pendant plus d’un an, accompagné de quelque 100 000 camarades et de l’Armée rouge chinoise (les communistes), il parcourt 12 000 kilomètres du Jiangxi au Shanxi, pour échapper à l’Armée nationale révolutionnaire de Tchang Kaï-chek (les nationalistes).

L’invasion de Pékin par l’armée japonaise crée une trêve entre les communistes et les nationalistes, soudés dans une position de résistance. Mais l’envahisseur nippon tient bon et en 1937, c’est le massacre de Nankin. Le PCC se détache des nationalistes, la guerre civile continue. Des guérillas menées par les communistes font rage dans tout le pays jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui met l’envahisseur japonais en échec.

Quand il monte sur Pékin en 1948, à la tête de l’Armée populaire de Libération, Mao Zedong ne rencontre aucune résistance. Le 1er octobre 1949, c’est depuis la Place de la porte de la Paix Céleste, connue comme place Tian’anmen (l’entrée sud de la Cité Interdite) qu’il proclame la République Populaire de Chine de la phrase : « Les Chinois se sont levés. »

Tchang Kaï-chek se réfugie à Taïwan et proclame Taipei, capitale de la République de Chine. Tous les étrangers en Chine continentale sont sommés de retourner dans leurs pays d’origine.

Tout reste à faire pour le Grand Timonier et son entourage dans la création d’un État communiste chinois : collectivisation agricole, industrie planifiée, bourgeoisie dépossédée de ses biens, le tout associé à une propagande intense. Bien que le Parti dispose d’un contrôle sur l’ensemble de la société chinoise, rurale comme urbaine, les difficultés s’enchaînent et, en 1956, les intellectuels remettent à Mao un rapport mitigé sur les avancées du pays. Refusant les critiques et les remarques des élites politiques, le Président Mao mène une campagne contre tous ceux qui s’opposent à la construction de la Chine socialiste. Au total, 400 000 personnes sont envoyées en camp de rééducation par le travail, le laogai, et 300 000 cadres du parti sont éliminés, expédiés à la campagne pour la plupart. Cet épisode est connu aujourd’hui sous le nom de campagne des Cent Fleurs (février - juin 1957).

À la suite de quoi, à la fin des années 1950, Mao Zedong, doutant de la loyauté de certains dirigeants, lance une réforme économique, baptisée Grand Bond en avant. Cette politique radicale fut un véritable fiasco, entraînant de nombreuses famines et la mort de 15 à 30 millions de personnes (ces chiffres font encore l’objet de controverses et de censure de la part des autorités chinoises) entre 1958 et le début des années 1960. Rien qu’à la campagne, certains historiens avancent que la famine aurait provoqué la mort de 18 à 23 millions de personnes.

Au sein du parti, de nombreux points de discorde divisent les partisans inconditionnels d’une politique maoïste et les sceptiques, qui tentent de tempérer les excès du « Grand Leader ». Mais Mao Zedong veut montrer que c’est encore lui qui décide.

Entre 1962 et 1965, il met en place un « mouvement d’éducation socialiste » qui se traduit par une épuration des cadres s’opposant à ses idées, principalement dans l’appareil rural du parti. Il y aurait eu un million de cadres « épurés ».

En 1966, la « grande révolution culturelle prolétarienne », ou Révolution culturelle, prend le relais et les politiques se durcissent. Les cadres du parti sont désormais tous soupçonnés de parjure, de révisionnisme, voire carrément accusés d’être modernistes ou capitalistes. L’épuration des dirigeants, des professeurs, des bourgeois, des bureaucrates, de tous les opposants avérés ou supposés au régime totalitaire de Mao, devient systématique entre 1966 et 1968. Avec le soutien de la jeunesse galvanisée au sein des Gardes Rouges, Mao Zedong regagne le pouvoir du pays et du parti; sa popularité remonte et des millions de jeunes se rassemblent de nouveau Place Tian’anmen, brandissant leur exemplaire du Petit Livre Rouge.

Après cette longue période de coups de force et de terreur, des politiques plus modérées et une relative ouverture à l’international sont entreprises. En octobre 1971, la Chine intègre les Nations Unies, les universités rouvrent leurs portes, les militaires sont progressivement remplacés par des civils aux fonctions publiques. Richard Nixon est le premier président américain à effectuer un voyage officiel en République populaire de Chine, en 1972, une étape symbolique de la normalisation des relations diplomatiques de la Chine avec le reste du monde.

>> 1964-2014, cinquante ans d’amitié franco chinoise

Le 27 janvier 1964, c’est via un communiqué sobre que la Chine et la France annoncent la relance de leurs relations diplomatiques. Par cette prise de position audacieuse, le Général de Gaulle est l’un des premiers chefs d’État occidental à reconnaître la République populaire de Chine. Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse, il évoquera ce choix : « Il y a quelque chose d’anormal dans le fait que nous n’avons pas de relations avec le pays le plus peuplé du monde, sous prétexte que son régime ne plaît pas aux Américains… Avant d’être communiste, la Chine est la Chine ! » <<

Quand Mao Zedong décède en septembre 1976, à l’âge de 83 ans, son aura ne s’éteint pas avec lui et le Grand Timonier veille encore, embaumé, dans son mausolée de la place Tian’anmen.

Réhabilité après la Révolution culturelle, Deng Xiaoping prend les rênes du pouvoir. Celui qu’on surnomme le « Petit Timonier » signe avec les États-Unis des accords de coopérations scientifique et technique en 1979, ouvrant la Chine aux capitaux étrangers. Les finances se modernisent et, selon une expression désormais célèbre de Deng, « Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape les souris, c’est un bon chat. », la Chine adopte la voie du capitalisme plutôt que l’idéologie marxiste, créant une « économie socialiste de marché ».

Sur le plan politique comme économique, loin de critiquer complètement la personnalité de Mao Zedong, le parti cherche plutôt à valoriser ses contributions positives. Quarante ans après la disparition du Grand Timonier, les Chinois retiennent l’image d’un libérateur, d’un modernisateur et le portrait de l’homme trône encore légitimement aux portes de la Cité Interdite.

L’économie se réforme en profondeur. Les activités privées sont autorisées, les petites entreprises sont encouragées, le marché libre devient une réalité. Les entreprises publiques, si elles gardent le monopole des secteurs clé, sont désormais responsables de leur financement. Cette ouverture inspire sans doute les mouvements démocratiques naissant aux quatre coins du pays.

Dans les rues, les dazibaos, ces affiches rédigées par les citoyens et placardées sur les murs, deviennent de plus en plus vindicatifs. Les auteurs y dénoncent les crimes perpétrés au nom de l’autorité et revendiquent plus de libertés. Entre novembre 1978 et décembre 1979, un mur rassemble des curieux, chaque jour plus nombreux, et devient le centre d’un mouvement politique spontané. Ce « Mur de la démocratie » est le point de départ du mouvement du Printemps de Pékin, vague de contestations qui eut lieu entre mai et juin 1979. Cette première tentative de révolution rassemble des étudiants pendant un mois sur la place Tian’anmen avant d’être largement réprimée par l’armée.

Dix ans plus tard, la soif de liberté et de justice de la jeunesse pékinoise n’a pas diminué. Les intellectuels et les étudiants se rassemblent autour de revendications communes : multipartisme, liberté de la presse, fin des privilèges pour les membres du parti, fin de la corruption, libération des prisonniers politiques, meilleur salaire pour les enseignants. En avril 1989, ils sont des dizaines de milliers à se rassembler place Tian’anmen, symbole fort du pouvoir central. Malgré un large soutien national et international, le gouvernement ne veut rien entendre. Le 4 juin 1989, après plusieurs semaines de protestations, les militaires envahissent la place lors d’un épisode de répression les plus impressionnants de l’Histoire. Cet événement, est aujourd’hui encore tabou dans la société chinoise, totalement censuré par les médias et les discours officiels. Cela peut sembler incroyable, mais il n’existe pas le moindre bilan du massacre de la place Tian’anmen. On imagine quelques milliers de morts et de blessés, mais nous n’avons aucun moyen de le vérifier aujourd’hui.

Faites une expérience intéressante quand vous êtes en Chine : demandez à Google de chercher « Tank Man », « Beijing Tian’anmen 4 june » ou même simplement « 4 june ». Soit votre connexion internet se coupera, soit une émulation de Google par le pouvoir chinois vous proposera des résultats fantaisistes. Montrer dans la rue la photo de ce fameux « Tank Man », cet homme qui s’opposa à une colonne de chars arrivant sur la place, peut valoir une arrestation. Pour contourner cette psychose du pouvoir et la censure, les malicieux internautes chinois ne parlent plus du 4 juin, mais du « 35 mai »… D’une manière générale, il vaut mieux éviter de se lancer avec des contacts ou des amis chinois dans un débat sur les événements de Tian’anmen, même si cela vous brûle les lèvres.

Depuis, le pays est surtout connu pour sa croissance économique exceptionnelle sur la scène internationale et son développement national fulgurant. Dans les années 1990, la Chine tente de rattraper son retard et poursuit les réformes. Elle s’ouvre au commerce international et aux investissements étrangers. La décennie est marquée par la reprise des relations avec Taïwan, la rétrocession de Hong Kong en 1997, le retour de Macao sous souveraineté chinoise en 1999.

Malgré un régime dictatorial socialiste, la Chine prend des mesures de libéralisme économique. Elle adhère en 2002 à l’OMC (organisation mondiale du commerce) au FMI (fonds monétaire international) mais finalement, le mystère reste entier. Malgré son ouverture sur le monde, la Chine demeure énigmatique, insaisissable et souffre d’une image négative.

Pour tenter de corriger cette représentation et montrer à la face du monde la grandeur de sa civilisation, le pays postule à l’organisation de grands événements internationaux. En 2001, Pékin est choisie parmi les cinq villes candidates pour accueillir et organiser les Jeux Olympiques d’été en 2008. L’année suivante, Shanghai est sélectionnée par le Bureau international des expositions pour accueillir l’Exposition universelle en 2010. Malgré les nombreuses voix qui s’élèvent, rappelant les problèmes des droits de l’homme et de censure, les villes choisies pour les différents événements mondiaux assurent une organisation sans encombre.

En 2010, passant devant le Japon, la Chine devient la deuxième puissance économique mondiale, avec un PIB de 7 321 milliards de dollars. Selon certains indicateurs, la Chine aurait même atteint la première place à la fin de l’année 2014. Le pays joue désormais dans la cour des plus grands acteurs de l’économie mondiale globalisée.

Il devra composer avec la masse de ses ruraux, de moins en moins disposés à payer le prix fort de ce développement à marche forcée, toujours plus nombreux : 900 millions de personnes potentiellement laissées-pour-compte de la fulgurante croissance économique chinoise et de la corruption massive. Le journal The New York Times rapportait en 2014 que : « Le gouvernement chinois reconnaît que les disparités entre les revenus en milieu urbain et en milieu rural, où vivent les deux tiers des Chinois, sont au cœur des « troubles sociaux grandissants qui menacent la stabilité de l’État et le modèle du parti unique. », alors que, pour sa part, le magazine anglophone de Hong Kong, Time Asia, titrait : « La colère de la Chine rurale ».

>> 2020, odyssée chinoise ?

Conquête spatiale, conquête commerciale, boulimie énergétique, consumériste, touristique… L’échelle du développement chinois dans la première décennie du XXIe siècle donne le tournis, d’autant qu’elle semble prétendre au partage du leadership mondial. Comme le dit Jean-Luc Seys, président de l’Institut Diderot : « Ses produits envahissent les marchés mondiaux, le niveau de vie de ses habitants s’améliore, ses capitales rivalisent d’audace architecturale avec les villes les plus modernes, elle est le banquier des États-Unis et négocie sa participation au sauvetage de l’euro. Ces succès résultent de la coexistence d’une gouvernance politique ferme et centralisée, autour du parti communiste chinois avec une libéralisation très large du champ économique qui a permis de mobiliser énergies et talents autour de la croissance économique et de la reconquête de son rang de grande puissance. Des résultats acquis si rapidement sont-ils durables ? » La Chine des 500 millions de ménages qui disposeront d’ici de 2020 de revenus annuels allant de 60 000 à 500 000 RMB est en marche depuis plusieurs années déjà. Avec eux, ce sont de nouveaux modes d’action citoyenne qui se sont aussi réveillés : mobilisation populaire, contestation sur les réseaux sociaux, manifestations… La relative récession depuis 2013 ne semble pas avoir arrêté le pays dans sa frénétique course économique, mais il devra relever outre le défi de la contestation citoyenne, celui d’une croissance durablement compatible avec d’effrayantes prospectives écologiques et démographiques. <<

LA GÉOGRAPHIE

Avec une superficie totale de plus de 9,5 millions de km2 - un quart de l’Asie ou dix-sept fois la France - la Chine est le troisième plus grand pays au monde. On y rencontre parmi les territoires les plus riches et les plus hostiles, les plus froids et les plus hauts de la planète. Du Nord au Sud, de l’extrême Est à l’Ouest, la diversité des paysages et des climats étonne et permet de saisir tous les contrastes de ce vaste pays. Notons que 40 % des terres se situent à plus de 2 000 mètres d’altitude.

Sur sa largeur, on distingue trois grandes régions aux reliefs marqués :

-à l’Est, le littoral fait face à la mer jaune (au nord) et à la mer de Chine sur un terrain plat et à la mer de Chine méridionale, bande un peu plus montagneuse. On y trouve les zones les plus fertiles, de grandes plaines agricoles qui ont fait la richesse de cette partie de la Chine, également favorisée par son ouverture sur l’extérieur et de nombreux ports. L’ensemble des côtes concentre évidemment la majorité de la population. Sur 15 % du territoire s’entassent 90 % des Chinois, essentiellement des Han, ethnie la plus importante.

-Le Centre, d’une altitude moyenne de 1 500 mètres, est une zone tampon et présente un relief de moyennes montagnes, collines, plateaux ainsi que des vallées, traversées par le fleuve Jaune et le Yangzi Jiang. On y trouve les provinces du Shanxi, Gansu, Guizhou, Guangxi, Yunnan et Sichuan et des paysages parmi les plus spectaculaires de Chine : rizières en terrasse, terres calcaires, forêts luxuriantes et le célèbre barrage des Trois Gorges, inauguré en 2006.

-L’Ouest enfin, superpose des hauts plateaux et des reliefs montagneux, avec le Tibet, le Xinjiang et la Mongolie. C’est le « Toit du Monde », avec une moyenne de 5 000 à 6 000 mètres d’altitude et le Mont Everest, sommet de l’Himalaya qui culmine à 8 848 mètres sur la frontière entre le Népal et la Chine. Région encore pauvre qui offre des conditions de vie extrêmes, elle se développe néanmoins de plus en plus vite et concentre la majorité des représentants des minorités ethniques.

La Chine est, en outre, traversée dans toute sa longueur par deux grands fleuves, le Yangzi Jiang et le fleuve Jaune. Le premier, long de 6 300 kilomètres, le plus important de Chine est le troisième au monde. Il prend sa source au Tibet et serpente à travers tout le pays pour se jeter dans la mer de Chine, non sans être passé par le barrage des Trois Gorges, Chongqing, Nanjing, Wuhan et Shanghai. Le second, le Huang He (fleuve Jaune) s’étire au nord de la Chine, sur 5 464 kilomètres, entre le Qinghai et la mer de Bohai, croisant sur sa route Lanzhou, Xi’an, Zhengzhou, Jinan…

>> La Chine à l’heure unique

Étendue sur une largeur 5 000 kilomètres, il n’y a pourtant en Chine, depuis 1949, qu’un seul fuseau horaire (GMT +8). Le soleil se lève donc à 5 heures du matin à l’extrême est et seulement à 9 heures à l’extrême ouest du pays. Que vous soyez à Shanghai sur la côte Est ou à Lhassa, sur les hauts plateaux himalayens de l’Ouest, quand il est midi en France, il est 18 heures en été et 19 heures en hiver partout en Chine. <<

Mais la façon la plus juste de diviser le territoire chinois est certainement plutôt historique que géographique.

LA CHINE DU FLEUVE JAUNE

C’est ici que commence l’histoire des Han, l’ethnie la plus importante en Chine. Elle correspond à la Chine antique à laquelle les différentes régions se rallieront au fil des siècles, attirées par la richesse de la société déjà structurée, forte économiquement et politiquement. Aujourd’hui, on délimite cette zone par les provinces du Hebei, du Henan, du Shanxi et du Shandong;

LA CHINE DU FLEUVE BLEU

C’est la seconde région sur le plan historique et c’est aussi une région moins uniforme car plus éloignée du pouvoir central. Autour du Yangzi pourtant, les villes et villages rassemblent depuis le XIIe siècle, les pouvoirs économiques et intellectuels. Bref, une région de commerçants et d’artistes inspirés sans doute par les paysages enchanteurs. C’est toute la partie qui s’étire entre le Jiangsu et le Zhejiang, jusqu’aux Hubei et Hunan.

LA CHINE DU XIJIANG ET DE LA MER

Ouvertes sur l’extérieur, les provinces maritimes sont nées du besoin de relier les pêcheurs au reste de la Chine. Les villes sont ici autant d’étapes vers les commerçants du Nord, sans qui, ne viendrait aucune richesse. Ainsi, depuis deux milles ans, Canton est considérée comme le carrefour des grandes routes commerciales, reliant le sud au nord, l’est à l’ouest. Cette région correspond au Guangxi, au Guangdong et au Fujian.

LA CHINE DES MONTAGNES

C’est la Chine des hauts plateaux, longtemps isolée, aux paysages luxuriants et fertiles. Elle fut pourtant une région très pauvre, avec des conditions de vie rudes : montagnes, chemins escarpés, forêts denses, etc. Aux frontières de la Thaïlande, du Laos et du Myanmar, c’est une zone aux coutumes bien différentes, celles des minorités ethniques qui sont ici… en majorité ! Elle correspond au Sichuan, au Guizhou, au Yunnan et au Tibet.

LA CHINE DES STEPPES ET DES DÉSERTS

Ici, l’histoire riche de plusieurs siècles a pour point commun la vie de nomades, traversant des paysages aussi étendus qu’inhospitaliers. Séparée du reste de la Chine par la Grande Muraille, c’est l’ancienne région des barbares envahisseurs et aujourd’hui encore, les habitants de Mongolie, du Xinjiang et du Qinghai ont fort peu de points communs avec leurs compatriotes.

LE CLIMAT

Si l’on détaille la géographie de la Chine dans sa longueur, plusieurs régions climatiques se distinguent.

Au Nord-Ouest, une zone aride recouvrant 30 % du territoire comprend le désert de Gobi (Mongolie Intérieure), le Xingjiang et le Qinghai. La météo est marquée par des hivers très longs et très rudes et des étés caniculaires.

Avec une altitude moyenne de 4 000 mètres, le Plateau du Tibet connaît également des hivers extrêmement froids et rigoureux, avec des étés plus doux, quoique très courts.

Au Nord-Est, l’ancienne Mandchourie se caractérise par un climat semi-humide et les hivers y sont également très rudes. C’est d’ailleurs à Harbin, chef-lieu de la province du Helongjiang que se tient chaque année un festival des glaces.

Les températures en été sont toutefois agréables, en comparaison avec le sud du littoral, qui se transforme en véritable fournaise, soumise aux caprices de la mousson.

À Pékin, on pourrait pratiquement dire qu’il n’y a que deux saisons (été et hiver), avec un automne et un printemps très agréables mais qui ne dureront pas plus de trois semaines à un mois. Avant et après ces deux intermèdes, c’est froid glacial et vent du Nord (avec des températures allant jusqu’à -20 °C), ou chaleur accablante et air suffocant (pics de chaleur pouvant aller jusqu’à 45 °C) avec tempêtes de sable venant du désert de Gobi dont les dernières dunes se trouvent à 80 km de la capitale. Le climat pékinois est continental, hiver froid et sec/été chaud et humide, un peu comme à New York mais de façon plus marquée, plus extrême.

À Shanghai, les quatre saisons sont marquées mais pas de la même façon qu’en Europe. L’hiver commence réellement début décembre et les mois les plus froids s’étendent de entre janvier et mars (de 2°C à 9°C). À cause de l’humidité, les températures ressenties sont beaucoup plus froides et quelques précipitations neigeuses ne sont pas à exclure. Les mois d’avril et mai se réchauffent progressivement (entre 11°C et 25°C) et bénéficient d’un agréable ciel bleu. L’été est marqué par des températures étouffantes (de 24°C à 33°C) et une humidité excessive. La ville est fréquemment soumise à des ouragans et des inondations. Finalement, la saison la plus agréable est l’automne qui s’étend de septembre à fin novembre où le thermomètre affiche encore des températures très douces (entre 10°C et 25°C), sous un ciel clément.

Avec un climat subtropical ou tropical, la moitié Sud (à laquelle les villes de Wuhan et Shanghai appartiennent déjà) est marquée par les précipitations les plus importantes du pays. Même si les hivers sont relativement doux, l’humidité ambiante crée des températures ressenties beaucoup plus fraîches. Les étés y sont caniculaires, pluvieux et particulièrement étouffants. L’amplitude thermique, marquée en hiver est quasiment réduite à néant en été.

En résumé : le nord est sec, froid et venteux, et plus on va vers le sud, plus il fait chaud et pluvieux, humide.

>> Les quatre fours de la Chine

« Quatre fours » (, sì dà huǒlú chéngshì), ainsi sont désignés les villes les plus chaudes de Chine continentale. Ce classement est basé sur le nombre de jours où la température dépasse les 35°C au cours d’une année. Ce top 4 prend en compte toutes les villes chinoises depuis 1981. Dernièrement, ce classement a bougé. Alors qu’habituellement les quatre fours étaient (dans l’ordre) : Wuhan, Nankin, Chongqing, Changsha, les villes les plus chaudes récemment recensées sont : Fuzhou, Chongqing, Hangzhou et Haikou. Changsha, Nanchang, Wuhan, Nanning, Xi’an et Canton restent néanmoins dans le top 10. Ce classement ne prend pas en compte la température ressentie, mais seulement les degrés affichés au thermomètre, ce qui biaise peut-être un peu l’appréciation. En effet, à Haikou, par exemple, située en bord de mer en face de l’île de Hainan et souvent balayée par les vents maritimes, la chaleur est moins ressentie qu’à Wuhan ou Changsha situées à l’intérieur des terres, où l’air ne circule pas, donnant une atmosphère étouffante beaucoup plus prononcée. <<

LES LANGUES ET GROUPES ETHNIQUES

LES PEUPLES CHINOIS

Il y a en Chine plus de 1,357 milliard d’habitants. Un humain sur cinq dans le monde est chinois. Selon un dicton populaire chinois : « Là où il y a des gens, il y a des Chinois ».

La Chine est un état multiethnique où 55 minorités nationales cohabitent avec l’ethnie majoritaire, les Han. Descendants directs de l’ancienne dynastie éponyme, ils représentent 92 % de la population chinoise. Établis pendant des siècles autour du fleuve Jaune, les Han se sont peu à peu approprié l’ensemble du pays, mais ils restent principalement concentrés dans les régions orientales, plus fertiles et hospitalières et occupent aujourd’hui environ 40 % du territoire.

« Être Han aujourd’hui, ce n’est pas parler la même langue (puisque le cantonnais par exemple est complètement incompréhensible pour un Pékinois !), ce n’est pas appartenir à la même race, à la même religion, ni même seulement au même peuple, c’est avoir en commun un art de vivre, une culture et surtout une structure sociale et philosophique d’une remarquable cohérence et d’une stupéfiante longévité. » Les Han sont considérés par le gouvernement central et se considèrent eux-mêmes comme un seul et unique groupe ethnique malgré de larges différences internes, notamment pour la langue et les coutumes.

Le gouvernement de la République populaire de Chine reconnaît donc officiellement 56 groupes ethniques différents en Chine continentale. Les Han sont les plus nombreux. Les 55 autres groupes constituent les minorités ethniques qui vivent dans les régions montagneuses, les steppes ou les déserts : Tibet, Yunnan, Sichuan, Xinjiang, etc. Parmi elles, citons les Tibétains (6,3 millions), les Ouïgours (population estimée à environ 10 millions de personnes), les Miaos (aussi appelé Hmong au Vietnam ou au Laos, près de 2 millions), les Mandchous (plus de 10 millions de personnes), les Zhuang (près de 16 millions), les Daï (1,1 million), les Maonans (environ 107 000 âmes), les Hani, les Kazakhs, les Hui, les Yi, les Mongols…

Pour la liste complète et les chiffres de leurs populations :

french.cri.cn/1841/2013/10/11/241s346597.htm

fr.wikipedia.org/wiki/Groupes_ethniques_de_Chine

Ces minorités rassemblent 90 millions de personnes. Certes, elles bénéficient de certains avantages : le droit d’avoir deux enfants, la garantie d’admission aux écoles, aux emplois et au Parti, à condition bien entendu qu’elles acceptent à leur tour les politiques d’intégration et d’assimilation mises en place par le pouvoir central de Pékin…

LES LANGUES CHINOISES

En Chine, la langue officielle est le mandarin (dénommée pǔtõnghuà, littéralement « langue commune »), apprise dans les écoles, utilisée par les administrations et les médias, c’est la langue véhiculaire. Au sein de l’ethnie han cependant, on note de nombreux dialectes régionaux, répartis en plusieurs groupes. Par exemple, le cantonais, le wuhanais ou le shanghaïen sont incompréhensibles pour un Pékinois. De plus, 53 ethnies ont leur propre langue, toutes déclinées en des centaines de dialectes. 27 ethnies utilisent même un système d’écriture différent des idéogrammes chinois.

Le chinois parlé actuellement est né du mandarin archaïque, qui date de la dynastie Han (entre -206 et 220). Son écriture ne s’est jamais éteinte et a permis de conserver une mémoire collective absolument unique au monde. Cependant, en 1956, sous Mao, le PCC adopte une écriture simplifiée, lors de la réforme de l’écriture, qui n’influença donc ni Taïwan, ni Macao, ni Hong Kong, où les caractères traditionnels restent de mise.

>> C’est du chinois !

Quelques chiffres sur les langues chinoises et le nombre de locuteurs.

Mandarin : 836 millions (monde entier)

Wu : 77 millions

Cantonais : 71 millions (monde entier)

Min (dont taïwanais) : 60 millions

Jin (souvent groupé avec le mandarin) : 45 millions

Jiang : 36 millions

Hakka : 34 millions (monde entier)

Gan : 31 millions

Hui (souvent groupé avec le wu) : 3,2 millions

Ping (souvent groupé avec le cantonais) : 2 millions

Et encore plus de 40 dialectes dont certains ne comptent plus que quelques locuteurs. Liste complète des langues parlées en Chine :

fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_langues_de_Chine<<

Le dernier recensement (2011) a mis en lumière un vieillissement de la population chinoise. Les personnes de plus de 60 ans représentaient 13,3 % de la population et les plus de 65 ans, 8,8 %. Le pays peut compter sur 921 millions de personnes en âge de travailler, soit 70,1 % de l’ensemble de la population.

LES VILLES CHINOISES, UNE AUTRE ÉCHELLE

Les grandes villes sont le visage de la Chine contemporaine. Si, suite à la croissance démographique et l’exode rural massif, elles se sont développées de façon exponentielle et parfois anarchique ces dix dernières années, le phénomène urbain est très ancien. Au contraire des villes européennes qui se sont toujours développées autour d’une église et d’un marché, les cités chinoises sont construites de toutes pièces afin de servir les pouvoirs dynastiques.

Xi’an est née un millénaire avant Jésus-Christ, quand le roi Zhou s’y installa mais tout ce qu’on y visite au XXIe siècle date de la dynastie Tang, hormis bien sûr le mausolée de l’empereur Qin et son armée enterrée. Nankin (Nanjing), quant à elle, est une des plus anciennes villes de la Chine du Sud, successivement capitale en 229 (royaume de Wu), en 937 (royaume des Tang du Sud) et en 1368 (capitale des Ming). Pékin (Beijing) prend réellement le visage qu’on lui connaît encore aujourd’hui – du moins pour le centre historique – en 1153, quand la dynastie Jin décide d’y établir la capitale. Selon un modèle identique, la ville est la miniature de l’univers, de l’ordre parfait, traduisant un certain urbanisme politique, le chemin entre la terre et le ciel, à l’image des empereurs, les Fils du Ciel, mandatés par les dieux pour accomplir un destin.

Si on trouve dans les grands centres urbains une qualité de vie proche de ce que l’on connaît en Occident, c’est loin d’être le cas dans les campagnes, qui n’ont pas encore atteint le même développement et ne profitent pas des nouvelles richesses de la première puissance économique mondiale. Ce fossé Chine rurale vs Chine urbaine pousse encore chaque année des centaines de milliers de personnes à migrer vers les villes.

Selon le recensement de 2011, 49,7 % de la population chinoise vit en milieu urbain, en raison d’une migration interne jamais observée dans le monde. Avec un accroissement de la population citadine de plus de 14 % sur une dizaine d’années, l’exode rural a pris en effet des proportions impressionnantes.

Ce phénomène, particulièrement visible à l’est de la Chine, s’explique d’abord par l’industrialisation massive des périphéries des villes chinoises. Le second facteur est le développement des centres urbains, nécessitant la construction de nouvelles infrastructures et bâtiments en tous genres. Bref, la demande de main-d’œuvre s’est accrue de façon exponentielle, ce qui a aussi eu de nombreuses répercussions dans la vie économique, sociale et politique.

Pour répondre à ce besoin de main-d’œuvre, les migrants sont venus des campagnes vers les villes mais ils y subissent, eux et leur famille, plusieurs discriminations. Les míngõng () comme on les appelle ne bénéficient en effet pas des mêmes droits que les personnes natives des grandes villes. En Chine, le hukou, à la fois passeport national et livret de famille, limite les droits d’une personne dans la province où il est né. Cet héritage des traditions séculaires visait à fixer les populations. Officiellement, on ne peut donc pas déménager dans une autre ville sans autorisation. Une fois arrivés sur place, les migrants les moins qualifiés se voient refuser leur carte de résident. Vivant dans la clandestinité, avec la complicité des autorités locales, ceux-ci sont dès lors obligés de travailler pour des salaires de misère, de se loger dans des habitats de fortune, leurs enfants ne peuvent s’enregistrer dans les écoles publiques et ils sont privés d’accès aux autres services publics. Leur nombre est estimé entre 180 et 250 millions.

>> Découpage à la chinoise

En matière d’administration du territoire, il existe trois catégories administratives en Chine :

-les municipalités, directement contrôlées par le gouvernement national (statuts des villes de Pékin, Tianjin, Shanghai et Chongqing);

-les régions autonomes qui sont majoritairement peuplées et gouvernées par une ou plusieurs ethnies autres que les Han (Mongolie Intérieure, Ningxia, Xingjiang, Tibet);

-22 provinces (Zhejiang, Shaanxi, Guangdong, Sichuan, Yunnan, Hunnan, Hubei, etc.) qui possèdent chacune un gouvernement provincial.

Notons encore les deux régions administratives spéciales de Hong Kong et Macao qui sont, elles, autogouvernées. <<

La plus grande agglomération en Chine est Chongqing, avec 32 millions d’habitants. Vient ensuite Shanghai, avec plus de 23,5 millions d’habitants; Pékin, 18 millions d’habitants; Canton, 12,8 millions d’habitants; Tianjin, 12 millions d’habitants; Shenzhen, plus de 10 millions d’habitants et Chengdu 9 millions d’habitants. Il y a par ailleurs plus de 90 villes qui dépassent le million de citadins.

L’ÉCONOMIE

Avec Cuba, le Laos, le Vietnam et la Corée du Nord, la Chine est l’un des cinq derniers pays communistes de la planète. Depuis les politiques d’ouverture des marchés et d’internationalisation de Deng Xiaoping entamées en 1979, elle peut se targuer d’un développement exponentiel extrêmement rapide, malgré son isolement de la scène mondiale pendant presque trente années maoïstes.

Depuis son entrée en 2002 dans l’OMC, la Chine a connu, jusqu’en 2010, une croissance phénoménale. Désormais, elle occupe le premier rang mondial, juste devant les États-Unis. Malgré un ralentissement de son économie, le pays a été préservé de la crise financière et reste le premier exportateur mondial, pour un montant total de 1 897 milliards de dollars.

L’Union européenne et les États-Unis sont les deux principaux partenaires commerciaux de cette véritable « usine du monde », notamment pour le textile (33 % des parts de marché en France), les produits industriels (85 % de la production mondiale), les appareils électroménagers et électroniques.

Depuis 2010 cependant, les coûts totaux et les revendications sociales des ouvriers ont fait baisser cette impressionnante production. Selon l’aveu des patrons d’usines chinois, la rentabilité n’est plus aussi bonne qu’en 2000 et ils sont désormais obligés de délocaliser une bonne partie de l’industrie textile, au Cambodge et au Bangladesh notamment.

Depuis 25 ans, la stratégie industrielle chinoise s’est appuyée sur l’expertise étrangère : seuls 41 % des exportations sont le fait d’entreprises 100 % chinoises. Avec une main-d’œuvre intarissable, de plus en plus qualifiée pour un coût salarial bas malgré les récentes évolutions, la Chine se tourne vers de nouvelles industries où son expertise et son savoir-faire deviennent enfin déterminants. Il y a fort à parier que dans un avenir proche, de nombreuses activités industrielles reviendront entièrement dans le giron chinois.

Sur son vaste territoire, le pays possède également des richesses naturelles, abondantes et diversifiées : charbon, pétrole, de nombreux métaux et minerais à forte valeur ajoutée.

L’agriculture emploie aujourd’hui, principalement dans de petites structures familiales, 50 % de la population active et participe au PIB à hauteur de 16 % (contre 50 % pour l’industrie et 34 % pour les services). La Chine est le premier producteur mondial de blé et de riz. Elle occupe aussi une place d’envergure sur les marchés mondiaux du coton, du tabac, du maïs, du thé, du sucre, de l’élevage et de la pêche.

Les deux contraintes majeures de l’économie chinoise tiennent à sa dépendance énergétique et son autosuffisance alimentaire, atteinte en 1995 mais qui reste fragile.

Longtemps jalousée pour sa croissance à deux chiffres, la Chine doit faire face à un ralentissement de son économie, avec « seulement » 7,7 % de croissance en 2013, son taux le plus bas depuis treize ans, et encore un peu moins depuis.

L’objectif de cette décennie annoncé par Pékin est de faire émerger une classe moyenne et de lui donner les moyens de s’affirmer au sein du pays. On estime que cela devrait concerner plus de la moitié de la population d’ici 2020. Mais le gouvernement ne peut plus ignorer les populations les plus pauvres, qui sont aujourd’hui mieux scolarisées et ambitionnent elles aussi de profiter de la réussite du modèle social.

En l’absence d’une protection sociale digne de ce nom, on note un taux d’épargne parmi les plus élevés au monde. Le système bancaire peine encore à utiliser cette épargne et à financer les ménages et les PME au profit des entreprises étatiques et des collectivités locales. Sans réforme ambitieuse et profonde, les banques présentent un réel risque de défaut ou de surinvestissements dans de mauvais placements.

Les nouveaux défis à relever sont nombreux, entre le vieillissement de sa population, l’augmentation du taux de chômage chez les jeunes diplômés, la croissance des inégalités, les problèmes urgents de pollution industrielle, la hausse des coûts de production et les revendications salariales.

LA POLITIQUE

Question ô combien épineuse et complexe. Disons-le tout de go : pour la plupart des Chinois, la politique reste un terrain sensible. Donc avant de vous aventurer dans une critique en règle du régime, réfléchissez ! Vous risquez de mettre vos interlocuteurs mal à l’aise. On ne parle pas politique facilement en Chine, et encore moins avec un étranger. Mais si vraiment cela vous taraude, mettez-y les formes, les nuances (absolument) nécessaires, et choisissez vos interlocuteurs. Il n’est a priori pas difficile de deviner les raisons d’une telle sensibilité.