Votre cerveau vous trompe - Isabelle Simonetto - E-Book

Votre cerveau vous trompe E-Book

Isabelle Simonetto

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Beschreibung

Déjouez les pièges de votre cerveau. Percevez, interprétez, mémorisez autrement. Les neurosciences dévoilées par Isabelle Simonetto. Un guide essentiel pour comprendre, agir, progresser.

Pourquoi commettons-nous tous des erreurs, même dans les gestes les plus simples du quotidien ? Comment notre cerveau, organe fascinant mais faillible, façonne-t-il nos perceptions, nos souvenirs, nos décisions ? Isabelle Simonetto explore avec clarté et rigueur les mécanismes invisibles qui gouvernent nos automatismes, nos biais cognitifs et nos illusions, révélant l’envers du décor de notre pensée.

S’appuyant sur les dernières avancées en neurosciences et des exemples concrets issus de la vie réelle, l’auteure propose une approche accessible, vivante et profondément humaine. Ce livre ne se contente pas d’expliquer le fonctionnement du cerveau : il offre des clés pratiques pour améliorer la mémoire, aiguiser l’attention, contourner les erreurs et enrichir la communication, aussi bien en famille qu’au travail. Parfait pour les lecteurs passionnés de Stanislas Dehaene, Daniel Kahneman ou ceux qui souhaitent optimiser leur quotidien grâce à la psychologie cognitive.

Osez remettre en question vos certitudes, découvrez comment vos souvenirs se construisent et pourquoi l’erreur est une constante biologique. Ce voyage au cœur de la cognition vous invite à développer votre esprit critique et à transformer vos faiblesses en forces. Les réponses qui pourraient changer votre façon de penser vous attendent dans ces pages.

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Seitenzahl: 274

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Votre cerveau vous trompe

Isabelle Simonetto

Votre cerveau vous trompe

Le guide pour éviter les pièges de votre cerveau grâce aux neurosciences

Préface

Le désir insatiable de comprendre toute chose pousse l’être humain dans une quête permanente de connaissance qui le propulse inlassablement au-delà de ses limites. Mais, arrivera-t-il un jour à appréhender parfaitement le monde, à se connaitre lui-même en tant qu’individu communicant et interagissant avec son environnement ? Son cerveau et son fonctionnement n’auront-ils plus aucun secret pour lui un jour ? Elucidera-t-il la relation entre le fonctionnement de son cerveau et sa pensée ? Objectif atteignable pour certains, inaccessible pour d’autres, qu’en est-il en réalité ? La réponse appartient au futur mais pour l’heure, nous pouvons déjà prendre connaissances des développements récents des Neurosciences qui apportent de nombreuses réponses. Personne ne niera la complexité du cerveau. Il est difficile d’initier le profane à son fonctionnement et en cela, l’informer et l’instruire est un véritable défi que relève avec succès le livre d’Isabelle Simonetto. Sa vulgarisation simplifie sans escamoter la complexité.

La porte d’entrée du livre s’ouvre sur nos erreurs. Curieux comme début… Bien plus, nous apprenons avec stupeur que faire des erreurs est une « constante biologique » ! Comment se fait-il que des êtres aussi perfectionnés que nous puissent commettre quotidiennement des erreurs, qu’elles soient anodines ou avec des conséquences, parfois graves ? Au fil des chapitres, une véritable immersion dans notre cerveau se produit : l’auteure nous guide, nous explique, nous instruit et nous comprenons que la complexité du fonctionnement denotre cerveau à l’origine de nos forces, est aussi à l’origine de nos faiblesses. Comment cela se fait-il ? Notre perception reflète-t-elle la réalité ? Nos organes des sens nous permettent de percevoir le monde, mais qu’en est-il de notre interprétation lorsque nos filtres attentionnels et émotionnels s’en mêlent ? Notre faculté à se focaliser est nécessaire à toute bonne concentration pour effectuer un travail de qualité. Mais que peut-il se passer quand elle est si intense qu’elle nous mène à une cécité attentionnelle ? Notre mémoire peut-elle nous jouer des tours jusqu’à la reconstruction idéalisée de nos souvenirs ? Les automatismes, quel soulagement, cela nous allège une charge mentale trop importante ! Mais, cela n’est-il pas dangereux d’être trop automatisé si nous devons répondre de façon différente à une nouvelle situation ? Alors, comment gérer toutes ces situations duelles ? Isabelle Simonetto, nous en donne les clés avec des développements clairs, accessibles à tous, quel que soit le degré de connaissance de la personne.

Forces et faiblesses. Deux aspects complémentaires et irréductibles du fonctionnement de notre cerveau qui sont liées ensemble et indissociables. Cette formidable aventure à la rencontre du fonctionnement de votre cerveau que vous offre Isabelle Simonetto favorisera votre métacognition et votre introspection. Conscient de cette dualité vous pourrez agir en contrôlant mieux les biais et les mésinterprétations générés par certaines situations. Au-delà du plan individuel, la bonne connaissance du fonctionnement de notre cerveau est un enjeu considérable sur le plan sociétal. Cela offre de prodigieuses perspectives en matière d’interventions thérapeutiques.

Mais il est temps de vous laisser expérimenter, et en cela de vous souhaiter une excellente lecture. N’hésitez pas à développer votre esprit critique, prenez le temps d’assimiler les concepts et de les tester à l’aide des exercices et des conseils prodigués tout au long de votre lecture. À son terme, ne soyez pas déçu, vous continuerez à commettre des erreurs. Souvenez-vous, c’est une « constante biologique » ! Mais rassurez-vous, vous pourrez agir, car vous aurez fait un formidable voyage guidé dans les méandres de votre cerveau. Vous disposerez aussi de nombreuses clés qui vous permettront d’améliorer votre fonctionnement cognitif et de contourner les pièges du quotidien. À vous de jouer, les cartes sont entre vos mains !

Béatrice Alescio-Lautier Directrice de Recherche au CNRS

Introduction

Avant de faire plus ample connaissance avec les propriétés de notre cerveau, une petite présentation s’impose. De quoi parlons-nous quand nous parlons du cerveau ? Ou comme un jeune homme me l’a un jour demandé en formation : « Mais de quoi est-ce fait ? »

Notre cerveau est constitué de deux grands types de cellules cérébrales : les neurones et les cellules gliales. Ces cellules seraient à part quasi égale, soit environ 100 milliards de chaque. Les chiffres varient toutefois, d’un auteur à l’autre, en ce qui concernent le nombre de neurones (de 85 milliards à 100 milliards) et de la proportion entre neurones et cellules gliales (part égale pour certains, 3 à 9 fois plus de cellules gliales pour d’autres). Nous voyons déjà pointer ici une réalité : même sur des éléments de base des chercheurs reconnus dans leur domaine ne sont pas forcément d’accord !

Figure 3 – Neurone et cellules de la glie

•Lesneurones, les plus connus et les plus étudiés pendant de nombreuses décennies, sont des cellules électriques capables de générer et de transmettre de l’information, sous forme de courants ioniques, plus connus sous le nom d’influx nerveux.

• Les cellules gliales, quant à elles, ont longtemps été délaissées et considérées comme de simples cellules de soutien jouant le rôle de glue entre les neurones d’où leur nom « cellule gliale » ou « glie » ! Nous savons maintenant qu’elles jouent un rôle bien plus complexe et qu’elles interviennent directement dans la communication interneuronale, l’immunité, la douleur et peut-être même l’oubli4 !

Les corps des neurones constituent ce que l’on nomme la substance grise (matière grise) tandis que les cellules de la glie ainsi que toutes les ramifications des neurones (axones et dendrites) constituent ce que l’on appelle la substance blanche.

Figure 4 – Substance grise /Substance blanche

Pour ceux qui se posent la question de l’aspect« en vrai », rien ne vaut la confrontation !Allez dans une boucherie pour y découvrir de la cervelle de mouton. C’est pareil mais en plus gros !

L’organisation générale du cerveau est souvent comparée à celle d’une noix (sans la coque verte – péricarpe ou brou – qui l’entoure initialement). La coquille représenterait la boite crânienne, à la différence que notre boite crânienne n’est pas séparée en deux valves comme la coque de la noix mais faite de différentes plaques osseuses définitivement soudées entre elles entre l’âge de 9 mois et 2 ans. Les deux cerneaux de noix représentent les deux hémisphères cérébraux avec les replis caractéristiques et que l’on appelle, pour le cerveau, des circonvolutions. Ces replis se sont complexifiés au fil de l’évolution de l’espèce humaine pour permettre une augmentation de la surface corticale dans un volume fixe.

Figure 5 – Le cerveau comme une noix

Lorsque nous venons au monde, nous sommes, donc, déjà équipés de ces 200 milliards de cellules environ. Pourtant, de tous les mammifères, c’est le cerveau des êtres humains qui est le moins mature à la naissance. À quoi tient cette immaturité ? Au fait que, si toutes nos cellules cérébrales existent à la naissance, elles ne sont pas reliées les unes autres. Notre cerveau n’est pas initialement « câblé ».

Il existe bien sûr des circuits « précâblés » qui constituent la partie innée de nos savoirs : savoir téter, savoir déglutir, savoir respirer… mais pour le reste, il n’y a que très peu de connexions entre les neurones et les cellules gliales. Notre cerveau va devoir évoluer, mettre en place des stratégies pour se câbler de manière optimale par rapport à un environnement donné. Nous sommes, de ce fait, « ultra adaptables ». Si nous naissons dans le désert, nous allons nous câbler pour être adapté à cet environnement. Si nous naissons au pôle Nord, nous allons nous câbler d’une tout autre manière. Chez les mammifères beaucoup plus précâblés, c’est-à-dire où la part de l’inné est plus importante, cette adaptabilité sera moindre et les changements d’environnement moins possible.

Mais quelles vont être les conséquences d’une telle spécificité sur notre perception du monde, sur nos actes dans la vie quotidienne ou encore sur nos pensées ?

Carte mentale 1

4. Wang, et al., 2020

CHAPITRE 1 L’erreur est la norme

Que faisons-nous tous 2 à 5 fois par heure ?

Certains diront bailler. Oui, peut-être parfois, mais ce n’est pas le cas si vous passez une excellente soirée avec des amis. D’autres pensent : nous regardons notre téléphone ; probablement, mais nous faisions également cela bien avant que les téléphones portables existent.

Il s’agit en réalité du nombre d’erreurs que nous commettons chaque heure, à minima5. C’est-à-dire quand tout va bien, que nous ne sommes pas fatigués, stressés, déshydratés, que notre environnement est parfait. Enfin bref, dans des conditions utopiques.

Un humain qui ne fait pas d’erreurs n’existe tout simplement pas. Même les plus doués d’entre nous. De la même manière que personne n’est capable ne rester 30 minutes en apnée. Nous pourrions presque dire qu’il s’agit d’une constante biologique.

Figure 6 – L’erreur est la norme

Vous vous posez probablement la question suivante : qu’appelle-t-on une « erreur » ?

La définition la plus simple que je pourrais donner est :

Une erreur est une action, une opération mentale qui ne produit pas l’attendu ou qui est erronée. Elle est, par définition, involontaire.

Quelles sont les erreurs que vous avez produites depuis ce matin ?

Vous avez peut-être :

• renversé un peu de café, de nourriture au déjeuner ;

• fait tomber un stylo ou un autre objet ;

• écrit un sms que vous avez dû corriger car vous n’avez pas appuyé du premier coup sur les bonnes lettres ;

• oublié d’acheter un produit pourtant essentiel quand vous avez fait les courses ;

• oublié de fermer la porte à clé ou d’éteindre la lumière…

Cela vous revient maintenant ? Habitué à se tromper, notre cerveau corrige le plus vite possible et oublie ses erreurs, qui n’ont souvent d’ailleurs aucune conséquence majeure.

Non seulement nous commettons tous des erreurs mais notre mode d’apprentissage privilégié est le mode essai/erreur.

Nous avons en effet tous appris à marcher en tombant. Le retour d’expérience, donné par la chute, va permettre au cerveau d’ajuster au mieux les commandes motrices. Il en est de même pour la parole, l’écriture, l’apprentissage d’un instrument de musique, en fait tous les savoirs que nous ne possédons pas à la naissance.

Les apprentissages par l’erreur se font parfois de manière douloureuse. Imaginez, par exemple, le scénario suivant :

Jules envoie un message très privé au mauvais destinataire ! Sa vie va s’en trouver bouleversée. Depuis, lorsque Jules envoie un message, il a pris l’habitude de marquer un temps d‘arrêt avant d’appuyer sur la touche « envoi » !

Il a automatisé, grâce à l’apprentissage par l’erreur, le déclenchement d’une parade de fiabilité : le temps d’arrêt.

Ce mode d’apprentissage très efficace, car très adaptatif, est-il toujours possible ? Allons-nous apprendre à des enfants à traverser la route par l’erreur ? Pouvons-nous attendre que le chirurgien ampute la jambe opposée à celle qu’il devait amputer pour qu’il apprenne, par l’erreur, à mettre des parades de fiabilité en place ? Évidemment non.

Pourtant la seule certitude que nous pouvons avoir c’est qu’un jour, le chirurgien, va se tromper de côté. La question n’est donc pas : « Est-ce qu’il va se tromper ? » mais plutôt : « Quand va-t-il se tromper ? »

Rassurez-vous, n’annulez pas immédiatement votre rendez-vous pour une éventuelle opération chirurgicale. En effet, conscients de cette réalité, mais aussi en partie grâce au retour d’expérience, le corpus médical a mis en place plusieurs niveaux de parades pour éviter ou capter l’erreur AVANT qu’elle n’entraîne une conséquence pour le patient. En voici un exemple :

Le chirurgien se prépare à intervenir pour amputer un patient, Mr X, de la partie inférieure de la jambe droite. Il exerce depuis 20 ans et a déjà réalisé cette intervention des centaines de fois. Avant l’intervention et avant l’anesthésie du patient, une check-list6 est réalisée. Elle comprend, entre autres, la vérification du site de l’intervention (vérification qui va être à nouveau effectuée en contrôle croisé avec les autres professionnels après l’anesthésie). Imaginez qu’à l’occasion de cette première vérification, le chirurgien prend conscience qu’il a fait une erreur en confondant menta­lement un dossier. Cette erreur n’entraînera aucune conséquence car elle est captée par la parade de sécurité, ici la check-list.

En professionnel averti, le chirurgien, fort de ces 20 années d’expérience, applique à la lettre les parades de sécurité pour être fiable à 100 % !

Test de mémorisation : à vos stylos

Nous allons commencer à expérimenter votre cerveau grâce un exercice de mémorisation.

Cet exercice de mémorisation s’intitule«Un confort moelleux !».Lisez bien la consigne AVANT de tourner cette page.

1. Prenez une feuille et un stylo.2. Activez le minuteur de votre téléphone.3. Réglez-le sur 15 secondes sans le démarrer.4. Quand vous allez tourner la page (attendez pour le faire !), vous allez découvrir un rectangle dans le sens de la hauteur dans lequel sont écrits des lettres, des signes, une phrase.5. Vous devez mémoriser, pendant les 15 secondes, le plus d’informations possibles.6. Au bout de 15 secondes (quand l’alarme de votre téléphone retentira), cachez la page.7. Reproduisez, sur votre feuille, le plus fidèlement possible, ce que vous venez de mémoriser.8. Allez-y démarrez le minuteur et tournez la page.

Figure 7 – Exercice de mémorisation : un confort moelleux !

De mémoire, notez tout ce dont vous vous souvenez.

Vous venez de réaliser l’exercice. Je vous invite maintenant à revenir sur ce que vous avez produit.

1. Comparez ce que vous avez mémorisé au modèle. 2. Entourez les erreurs que vous avez faites. 3. Aviez-vous écrit la phrase : Les coussins sont sur le canapé □ Les cousins sont sur le canapé □ Si oui bravo ! Vous avez vu l’erreur ! 4. Relisez, à mi-voix, une dernière fois la phrase centrale en suivant le texte avec le doigt (faites-moi confiance) ! 5. Avez-vous vu le double « le »

Maintenant que vous l’avez vu, vous ne voyez plus que cela. Pourtant, dans 97 % des cas, vous ne l’avez pas perçu même en lisant plusieurs fois. Il a fallu appliquer la pratique du point 4, ci-dessus, pour voir le double « le ».

Je vous imagine déjà en train de protester ! Vous invoquez le fait que vous n’avez eu que 15 secondes. C’est vrai mais les faits sont les suivants :

a. En conférence, je choisis toujours un participant qui a fait les deux erreurs sur sa feuille : « Les coussins sont sur le canapé » ;

b. Je lui demande de relire la phrase centrale projetée sur l’écran ;

c. Le cobaye va lire à nouveau « Les coussins sont sur le canapé » ou dans le meilleur des cas il capte la première erreur et corrige « Les cousins sont sur le canapé » ;

d. Les deux erreurs sont exceptionnellement corrigées du premier coup en perception directe lors de la première relecture.

J’expérimente ce type d’exercice depuis 2006. Laetitia Cayrel m’a rejoint en 2017 (elle est l’auteure de cette version de l’exercice). Ensemble, nous avons pu tester ainsi plus de 150 000 personnes en conférence. Le résultat est toujours le même. Seulement 3 % des lecteurs expérimentés, lorsqu’ils font l’exercice pour la première fois, captent les deux erreurs. L’erreur est la norme. CQFD !

Nous allons maintenant nous pencher sur les aspects neurobiologiques pour comprendre ce qu’il s’est passé dans votre cerveau, mais d’abord, je dois introduire une notion fondamentale sur laquelle nous reviendrons souvent : le mode automatique versus le mode conscient.

A. Introduction de la notion de mode conscient versus mode automatique

Schématiquement, notre cerveau possède deux centres de pilotage :

Figure 8 – Mode automatique versus mode conscient

> Centre de pilotage n° 1

Situé à l’avant du cerveau, il correspond au cortex préfrontal(moyen mnémotechnique :il est près du front). Ce centre de pilotage, souvent comparé à un chef d’orchestre, nous permet de réfléchir, de prendre des décisions et est très impliqué dans tous les apprentissages conscients. Il ne peut gérer qu’une seule activité à la fois et consomme beaucoup d’énergie, comme le démontre l’exemple suivant :

Timéo a 13 mois. Il est en train d’apprendre à marcher. Il est très concentré sur son activité et consomme beaucoup d’énergie au niveau préfrontal. Sa maman l’appelle, il lève la tête… et tombe ! Timéo n’a pu gérer les deux opérations en même temps.

En revanche, vous êtes, maintenant, tout à fait capable de marcher (à une allure normale, dans un environnement relativement simple) avec une autre personne et de l’écouter ou de parler en même temps.

Vous avez « délégué » l’activité de la marche aux bases arrière : les noyaux gris centraux, c’est-à-dire le centre de pilotage n° 2.

> Centre de pilotage n° 2

Localisé de manière centrale, il s’agit de la zone des noyaux gris centraux. Ce centre de pilotage gère les activités routinières, les automatismes, ce que nous avons appris, consolidé et que nous maitrisons. Nous parlons également de subconscient ou de mode subconscient en neurobiologie (à différencier de l’inconscient des psychanalystes).

Cette zone peut piloter plusieurs activités automatisées à la fois, sans dépense énergétique excessive. Par exemple :

Si vous conduisez depuis longtemps, vous gérez différents gestes en pilotage automatique : accélérer, freiner, passer des vitesses, mettre le clignotant (même si chez certains cet automatisme s’éteint parfois !). Cela vous coûte peu d’énergie et vous pouvez conduire plusieurs heures. Cela n’aurait pas été possible lorsque vous étiez en apprentissage (centre de pilotage n°1) pour des raisons d’épuisement cognitif !

Ou encore :

Enfant vous avez appris à lire : centre de pilotage n° 1, adulte vous êtes un lecteur expérimenté : centre de pilotage n° 2.

Il est à noter que je n’utilise pas la même terminologie que Daniel Kahneman7, prix Nobel d’économie, qui s’est lui-même inspiré des travaux de Stanovitch et West8. Ces auteurs ont décrit, dès 2000, le système 1 et le système 2. Pour eux le système 1 est le système rapide, c’est-à-dire les automatismes que j’appelle le centre de pilotage n°2.

Il ne s’agit pas d’un quelconque esprit de contradiction, mais quand j’ai commencé à réfléchir sur le sujet en 2006, je ne connaissais tout simplement pas ces travaux ! Erreur, me direz-vous ! Quoi qu’il en soit, j’ai choisi de ne pas modifier mon appellation pour des raisons avant tout pédagogiques. Il m’apparait, en effet, plus simple de mémoriser le centre de pilotage n°1 comme étant celui qui occupe l’avant du cerveau et qui ne peut traiter qu’une activité à la fois. Il s’agit également du centre des fonctions exécutives, fonctions de premier niveau.

Tout ceci n’étant, de toute façon, qu’une représentation arbitraire !

B. Débriefing de l’exercice

Nous avons maintenant les éléments qui vont nous permettre de débriefer l’exercice « Un confort moelleux ! », réalisé précédemment. Regardons étape par étape ce qui vous conduit inexorablement à faire des erreurs dans 97 % des cas.

> 1er ingrédient : la mauvaise préparation mentale

La consigne initiale de l’exercice « Un confort moelleux ! » a induit une mauvaise préparation mentale. Elle vous oriente vers le champ sémantique (groupes de mots relatifs à un même contexte) lié au confort. Certaines parties de votre cerveau vont s’activer. Vous vous préparez à recevoir une information en provenance d’un contexte donné.

Imaginons que j’ai noté à la place d’« Un confort moelleux ! », « Un repas en famille ». Le cerveau sera mieux préparé à voir le mot « cousins » puisqu’il s’inscrit mieux dans un contexte familial.

Nous percevons mieux ce que nous avons été préparés à percevoir.

> 2e ingrédient : l’optimisation des ressources et l’attention focalisée

Quand vous avez tourné la page, pour faire des économies d’énergie et optimiser le temps imparti, votre cerveau a choisi de porter son attention sur ce qu’il ne connaissait pas, ici les 9 groupes de distracteurs : W.P.K ; $$ ; etc. Pour ce faire, vous avez activé le centre de pilotage n° 1, le mode conscient, analytique, et vous avez essayé de mémoriser ces informations nouvelles.

Ce que vous connaissiez, que vous considériez comme facile, la routine, a été traité de manière globale en mode automatique (centre de pilotage n°2). Vous avez à peine regardé l’information centrale (la phrase) et vous êtes allé au plus probable. Vous avez ainsi déduit la phrase qui avait du sens pour vous.

> 3e ingrédient : la certitude

Vous avez peut-être déjoué le piège « coussins vs cousins » car vous vous êtes méfié. Vous étiez alors content de vous, certain d’avoir réussi le test. Vous avez lu la suite de la phrase en mode automatique et vous êtes d’autant plus tombé dans le second piège : vous n’avez pas vu le double « le ». De plus, vous avez appris que le double « le » n’existe pas dans la langue française. Votre cerveau aura du mal à capter quelque chose qui est censé ne pas exister ou qu’il ne connait pas !

> 4e ingrédient : l’interprétation en fonction de ce que je crois

Comme nous avons déjà commencé à le voir, et ce qui est plus étonnant encore, c’est que lorsque nous choisissons un participant à nos conférences qui a fait les deux erreurs, nous avons quatre cas possibles :

•Cas 1 : le cobaye fait à nouveau les deux erreurs. Il doit pourtant, à ce moment-là, simplement lire une phrase projetée sur un écran où les lettres font 20 centimètres de haut.

•Cas 2: le cobaye corrige la première erreur, mais pas la deuxième (cas le plus fréquent).

•Cas 3: le cobaye corrige la deuxième erreur, mais pas la première (ce cas est extrêmement rare).

•Cas 4 : le cobaye corrige les deux erreurs (probabilité inférieure à 1/1 000).

Les faits sont là. Ce n’est pas parce que quelque chose est sous nos yeux que nous allons en avoir conscience et le percevoir. Amusez-vous à faire passer ce test à vos proches et vous allez constater les mêmes résultats.

L’information est présente, visible, très claire et… non perçue car le lecteur lit ce qu’il croit écrit et non la réalité.

Nos statistiques pour des lecteurs expérimentés qui assistent à une conférence sur l’erreur humaine (et qui se méfient donc !) :

• 3 % des lecteurs expérimentés voient les deux erreurs ;

• 60 % des lecteurs expérimentés voient la première erreur ;

• 37 % des lecteurs expérimentés ne voient aucune des erreurs.

Pour rassurer tout le monde :Proposons cet exercice à de jeunes lecteurs peu expérimentés. Ils vont en grande majorité lire : « Les cousins sont sur le le canapé » : ils sont bons car ils sont « mauvais » lecteur. Ils lisent encore en mode analytique, conscient, donc avec le centre de pilotage n°1.

Pour les lecteurs expérimentés qui auraient réussi à capter les deux erreurs : bravo ! Vous avez simplement utilisé une autre stratégie et vous avez traité la phrase en mode analytique. Peut-être occupez-vous un poste où vous devez contrôler des documents ? Ou alors vous avez déjà réalisé un exercice similaire !

C. Exemples de ce type d’erreurs dans la vie quotidienne

Les mécanismes neurobiologiques (physiologiques et comportementaux) que nous observons au cours de cet exercice sont aisément transposables aux activités de la vie quotidienne ou professionnelle. En voici quelques exemples.

> 1er ingrédient : l’influence du contexte sur l’interprétation (ou la mauvaise préparation mentale)

Exemple 1 : Léa a invité son amie, Flore, à fêter la fin de son alternance et son diplôme de comptabilité chez son employeur, un important cabinet comptable. Flore s’imagine déjà à la fête. Comme elle recherche aussi un emploi dans l’expertise comptable, elle se dit que cela sera une bonne opportunité pour élargir son réseau. Elle s’habille donc avec soin pour l’occasion et de manière assez stricte pour correspondre à l’image d’un cabinet comptable réputé. Quand elle arrive sur place, le directeur et ses collaborateurs sont à l’extérieur en short et en sandales ! Elle a toujours imaginé un cabinet comptable « standard » alors que tous les collaborateurs ici sont jeunes et très décontractés. Elle est très gênée et pas du tout habillée pour la circonstance.

Exemple 2