Votre image sur internet ? A vous de jouer ! - Vincent Pittard - E-Book

Votre image sur internet ? A vous de jouer ! E-Book

Vincent Pittard

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Beschreibung

Que dit la toile de soi, de son patron, d’un candidat, d’un concurrent ? L'e-réputation joue un rôle important de nos jours...

L’e-réputation, l’identité numérique jouent un rôle sans cesse croissant dans le monde économique, associatif ou politique. Aujourd’hui, on googlise à tour de bras : que dit la toile de soi, de son patron, d’un candidat, d’un concurrent ? Le réflexe est bien installé et on aurait tort de s’en passer, au risque de perdre une opportunité, un marché. La réputation se construit dans le temps, au travers d’actes posés, de clients satisfaits, de commentaires positifs. L’image numérique doit refléter au plus près cette réputation, offrir un rendu efficace de la réalité. Que dit une image numérique inexistante, lacunaire ou négative ? Usurpation d’identité, droit à l’oubli, retour gênant d’un certain passé, les situations ne manquent pas pour illustrer la nécessité de (re)prendre le contrôle de son image plutôt que de subir la crise. Construire, veiller, anticiper. Au travers de cinq histoires fictives, les auteurs vous emmènent dans un décodage des enjeux et des conseils sous forme de fiches pratiques et d’un lexique de plus d’une centaine de définitions, pour reprendre la maîtrise de votre e-réputation.

Un guide complet pour apprendre à gérer son identité numérique ! À l'aide de cinq histoire fictives, les auteurs décodent les enjeux et vous conseillent avec des fiches pratiques, un lexique et plus d'une centaine de définitions.

EXTRAIT

A l’heure où de plus en plus d’interactions humaines passent par le Web, notre identité numérique n’est plus un vain mot qui sert à enjoliver le briefing d’un as du marketing à une marque dont il assure la promotion. Non, elle constitue ni plus ni moins que notre double numérique, celui que les autres voient quand ils mènent une recherche sur nous et leur sert de point de départ pour se faire une idée de qui l’on est.
Source de nombreuses opportunités, ce « double numérique » peut permettre à chacun de se faire un nom dans son domaine d’expertise. En maniant correctement les outils numériques (blog ou réseaux sociaux, par exemple) pour « booster » son nom et ses théories, il devient possible de se propulser aux devants du Web pour devenir quelqu’un de populaire.
Doper son compte LinkedIn et son compte Twitter pour partager ses idées, assoir sa notoriété dans un secteur en particulier et en récolter les fruits est devenu possible… voire « facile ».
Quelques chiffres témoignent de la puissance que le Net peut revêtir dans une stratégie d’image. Certaines études évaluent à 75% le nombre de DRH qui consultent les comptes Facebook et LinkedIn des candidats. Et de manière plus générale, chaque utilisateur de ces réseaux y passe un temps considérable. L’agence Mediakix a, par exemple, évalué qu’en totalisant tous les petits moments passés sur des réseaux sociaux au cours de notre vie, nous pourrions avoir passé pas moins de… 5 ans et 4 mois de notre existence sur ces réseaux.
Autant dire que tout contenu peut avoir un impact réel une fois posté sur le Web. Et cela ne devrait pas changer, car l’arrivée attendue de l’intelligence artificielle ne fera qu’accélérer le phénomène.

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Seitenzahl: 188

Veröffentlichungsjahr: 2019

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communication

Votre image sur internet ? A vous de jouer !

e-réputation, la théorie par l’exemple

Vincent Pittard

Sandrine Mathen

L’éditionprofessionnelle

L’éditeur veille à la fiabilité des informations publiées, lesquelles ne pourraient toutefois engager sa responsabilité.

Aucun extrait de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans un système de récupération ou transféré électroniquement, mécaniquement, au moyen de photocopies ou sous toute autre forme, sans l’autorisation préalable écrite de l’éditeur.

Directrice de la collection Communication : Christine Donjean

Éditeur responsable

Luca Venanzi

Edi.pro ©

Esplanade de l’Europe, 2 Bte 5 à 4020 Liège

Belgique

(http://www.edipro.info)

Tél. : 00.32.(0)4.344.50.88

Fax : 00.32.(0)4.343.05.53

© 2018, tous droits réservés

Imprimé en Belgique

ISBN : 978-2-87496-353-7

D/2018/8406/03

Préambule

Un livre est un projet de coureur de fond où s’enchainent des phases d’accélération, de repos, de découragement, de libération d’endorphine et de réflexion stratégique.

Si les premières lignes de cet ouvrage sont nées en avril 2016, les dernières n’ont été écrites qu’en novembre 2017. Cette large période a permis de confronter la pertinence de certains aspects théoriques à la réalité de terrain auprès de nos clients, mais aussi d’intégrer les notions et les usages les plus récents, comme le Règlement Général de Protection des Données qui entre en vigueur en mai 2018 dans toute l’Union Européenne.

L’e-réputation, la communication sur Internet et les réseaux sociaux sont des thèmes en mouvement perpétuel. L’actualité y apporte sans cesse de nouveaux rebondissements, de nouveaux éclairages et de nouvelles habitudes. Avec ce livre, nous avons souhaité braquer les projecteurs vers cinq problématiques que nous rencontrons de manière récurrente dans notre pratique quotidienne. Les réponses que nous y apportons se veulent pratico-pratiques pour un lecteur non spécialiste de ces matières :

1.Bad buzz : Des informations qui portent atteinte à ma réputation apparaissent subitement sur le Web.

2.Usurpation : Quelqu’un se fait passer pour moi sur Internet dans le but de me nuire.

3.Droit à l’oubli : Je voudrais nettoyer mon image sur Internet pour qu’on ne me parle plus d’un vieille affaire.

4.Marque employeur : Nos employés devraient parler de notre entreprise sur les réseaux sociaux de manière plus positive.

5.Personal Branding : Je dois être plus visible sur Internet pour développer mes activités.

Et parce que les termes techniques, les anglicismes et le jargon sont indissociables de ces thématiques, nous avons rassemblé une centaine de termes et leur définition dans un lexique à la fin de ce livre.

Remerciements

Nous tenions en premier lieu à remercier Christine Donjean, Directrice de publication de cette collection pour sa confiance… et sa patience !

Merci à Madeleine Dembour pour sa précieuse relecture et ses conseils.

Nous saluons également les étudiants de l’European Communication School de Bruxelles, de CREA Genève et de l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS, Bruxelles) qui nous ont permis d’affiner les détails de ces histoires en y travaillant parfois même en guise d’examen.

Merci enfin à Christophe Charlot qui nous a fait l’amitié d’écrire cette préface pour établir une passerelle entre le monde d’aujourd’hui décrit dans ce livre et le monde de demain.

Préface

« Papa, pour faire rire plein de gens, tu peux mettre sur YouTube la vidéo que tu as filmée où l’on voit que je tombe dans la flaque ? » A 6 ans, nos enfants n’ont pas encore pris conscience de ce que représente le partage d’informations sur le Net. Internet fait partie de leur quotidien : regarder un dessin animé, écouter le dernier tube à la mode, échanger avec des camarades de classes ou rigoler sur les réseaux sociaux sont devenus des actes d’une terrible banalité.

L’omniprésence du Web dans leur vie de tous les jours a d’ailleurs fait tomber bien des barrières, à commencer par celle de leur vie privée. Ils ne sont pas les seuls : aujourd’hui, partager en ligne des photos de fête estudiantine n’est pas non plus un problème pour un étudiant. Ces mêmes images qui pourraient bien un jour être vues par le DRH de la grosse boîte où ils auront postulé une fois leur diplôme en poche, se répandent partout sur les réseaux sociaux. Comme ce doigt d’honneur « amical » que cette jeune écolière tend à sa meilleure amie pour rigoler qui sert d’image de profil sur Facebook.

Quant à cette institutrice de maternelle qui s’assume pleinement, ses photos de vacances en maillot affriolant sur la plage s’agrémente d’un message que sa directrice ne considèrerait pas comme une preuve de motivation.

Il faut l’admettre, le Web est devenu le grand défouloir – voire le déversoir – de millions de gens sur terre. Mais il n’est pas seulement la plus grande base de données au monde, il est aussi la mémoire la plus puissante et la plus étendue de la Terre.

Les données passées, présentes (et futures) qui vous concernent construisent, quotidiennement, votre portrait en ligne. Une brève recherche sur Google vous donne immédiatement un aperçu de la puissance des moteurs de recherche et de la mémoire du Net.

Bien sûr vous retrouverez les images et informations que vous aurez vous-même accepté de partager avec vos proches, et moins proches. Mais la simple recherche sur votre nom dans le plus gros moteur de recherche du Net vous permettra également de retrouver des informations vous concernant que vous n’avez pas partagées vous-même et qui, en quelque sorte, vous échappent : le score de votre équipe de foot amateur ou le temps de votre parcours aux 20 Km de Bruxelles voici 5 ou 10 ans. Des photos de classes, souvenir de votre passage dans cette petite école primaire ou, pire, de ce drink du parti politique auquel vous vous étiez affilié il y a plus de 10 ans mais dont vous ne partagez plus du tout les idées.

A l’heure où de plus en plus d’interactions humaines passent par le Web, notre identité numérique n’est plus un vain mot qui sert à enjoliver le briefing d’un as du marketing à une marque dont il assure la promotion. Non, elle constitue ni plus ni moins que notre double numérique, celui que les autres voient quand ils mènent une recherche sur nous et leur sert de point de départ pour se faire une idée de qui l’on est.

Source de nombreuses opportunités, ce « double numérique » peut permettre à chacun de se faire un nom dans son domaine d’expertise. En maniant correctement les outils numériques (blog ou réseaux sociaux, par exemple) pour « booster » son nom et ses théories, il devient possible de se propulser aux devants du Web pour devenir quelqu’un de populaire.

Doper son compte LinkedIn et son compte Twitter pour partager ses idées, assoir sa notoriété dans un secteur en particulier et en récolter les fruits est devenu possible… voire « facile ».

Quelques chiffres témoignent de la puissance que le Net peut revêtir dans une stratégie d’image. Certaines études évaluent à 75% le nombre de DRH qui consultent les comptes Facebook et LinkedIn des candidats. Et de manière plus générale, chaque utilisateur de ces réseaux y passe un temps considérable.

L’agence Mediakix a, par exemple, évalué qu’en totalisant tous les petits moments passés sur des réseaux sociaux au cours de notre vie, nous pourrions avoir passé pas moins de… 5 ans et 4 mois de notre existence sur ces réseaux.

Autant dire que tout contenu peut avoir un impact réel une fois posté sur le Web. Et cela ne devrait pas changer, car l’arrivée attendue de l’intelligence artificielle ne fera qu’accélérer le phénomène.

Aujourd’hui, Google indexe un nombre colossal de données, permet d’en faire le tri et de dénicher certaines pépites. Demain, l’intelligence artificielle déployée par les géants du Net devrait leur donner d’autant plus de valeur. Non seulement, il sera possible de trouver des informations sur tout le monde mais surtout, il sera possible de les faire parler, de les interpréter voire d’en tirer certaines prédictions.

Quand on sait que le nouvel iPhone d’Apple permettra de déverrouiller un téléphone sur base de la reconnaissance faciale de son propriétaire, on voit directement la valeur des photos que l’on place aujourd’hui en ligne. Pas pour rien que Google ou Facebook aussi développent leurs outils de reconnaissance faciale.

On mesure encore assez mal le nombre de nouveaux services, plus ou moins éthiques, que les géants du Net, couplés aux as du marketing, pourront faire naître grâce à nos données, faciales ou autres…

Par contre, on peut d’ores et déjà envisager le nombre de dérives possibles. Car s’il constitue un formidable outil d’accès au contenu, de personal branding ou de commerce, le Web représente aussi son lot de dangers. On ne compte plus les arnaques, les vols de données, les usurpations d’identité en tout genre. Connus ou inconnus peuvent en être victimes, plus rapidement qu’on ne peut le penser.

Et, pour ne prendre qu’un exemple, l’intelligence artificielle capable de reconnaître des visages pourrait bien rapidement représenter de nouvelles menaces. Cet inconnu qui vous a discrètement pris en photo hier dans le train pourra-t-il accéder, en quelques clics à l’ensemble de votre vie privée ? Le cliché qu’il a pris de vous pourrait-il lui apprendre votre nom, votre adresse, votre métier, vos performances sportives et le lieu de vos dernières vacances ? C’est un risque certain. Pire encore : une intelligence artificielle développée à Stanford serait, d’après ses concepteurs, en mesure de reconnaître l’orientation sexuelle d’une personne sur base… de sa simple photo.

Bien sûr, la technologie avance. Il n’est plus question de revenir en arrière ni d’en freiner les développements. Il faut la comprendre, l’appréhender et la maîtriser. C’est aussi l’attitude à avoir par rapport au double numérique qui se crée de nous sur le Net. Prendre soin de son image en ligne consiste à d’abord bien comprendre les enjeux de son e-réputation.

Ensuite, il convient d’être conscient des avantages d’une bonne e-réputation mais aussi des dangers d’une exposition online incontrôlée.

Le livre de Vincent Pittard et Sandrine Mathen ouvre la réflexion sur ce sujet trop souvent méconnu voire délaissé. Il donne les clés pour comprendre le phénomène de l’identité numérique, détaille des pistes concrètes de réactions à avoir en cas de problème d’image en ligne ainsi que des astuces bien pratiques et directement applicables pour construire son e-réputation.

Un must have pour façonner le double numérique qui nous correspond et être armé face à l’érosion constante de notre vie privée.

Christophe Charlot

Journaliste au magazine économique belge Trends-Tendances, passionné par l’économie collaborative, les startups, l’intelligence artificielle et la transformation digitale de notre société. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment « UberizeME, l’économie collaborative entre promesses et mensonges ».

Chapitre 1 : Le passé qui resurgit : le bad buzz

1. L’histoire

Il est 17 heures ce dimanche et la pluie martèle la vitre du salon.

Florence est devant son ordinateur, bien calée sur un coussin, comme presque tous les soirs de ces deux dernières semaines. Elle se frotte les yeux, boit une gorgée de café froid et continue à pianoter sur son clavier. Un fond de musique l’accompagne, instrumentale, pour éviter la déconcentration.

Derrière elle, punaisées au mur, des photos de voyages qu’elle ne regarde que lorsqu’elle fait une pause. C’est-à-dire pas souvent. Dernière ligne droite. Demain, ce rapport doit être remis. Aucun retard n’est permis.

Florence s’occupe du volet alimentaire dans les négociations du traité commercial avec l’Amérique du Nord, depuis plus d’un an maintenant. Le sujet, au-delà d’être complexe, est très polémique, particulièrement ces derniers mois. Elle sait qu’elle marche sur des œufs. La presse a relayé la colère citoyenne, les nombreuses manifestations, les pétitions.

A 32 ans, Florence est fière de son parcours professionnel. Elle ne veut pas que cela s’arrête. Aujourd’hui, elle fait partie de la délégation belge œuvrant à la négociation, représente, avec ses collègues, la Belgique, et en tire beaucoup de fierté. Florence veut bien faire les choses. Comme toujours. Pour éviter aussi de se faire démonter par des cadres supérieurs non habitués à voir débarquer un petit bout de femme si déterminé. « Bétonnez vos dossiers et tout ira bien ! » leur répétait le Professeur de méthodologie de la recherche. Bétonner, sourcer, vérifier, recouper. Alors, Florence cherche l’erreur, corrige, relit, inlassablement.

Alors qu’elle est toute à sa traque, son portable sonne. Concentrée, elle sursaute, interroge du regard l’engin et saisit l’appareil. « Bonsoir Madame, pardonnez-moi de vous appeler si tard mais je n’ai eu vos coordonnées qu’à l’instant. Je suis journaliste et j’ai lu sur un blog que vous aviez par le passé participé à une opération activiste anti-OGM… qui s’est terminée devant les tribunaux. » Florence en a le souffle coupé. Elle bascule en arrière dans son siège. D’un coup d’un seul, la panique l’envahit. « Je publie un article demain matin à ce sujet. Avez-vous un commentaire ? »

Prise au dépourvu, Florence coupe immédiatement la communication. La gorge serrée, elle se sent coincée, acculée. Une longue, une interminable minute s’écoule. Immobile, Florence est comme suspendue dans le temps. Soudain, elle se remet à pianoter, fébrilement, sur son clavier, enchaîne les recherches, multiplie les opérateurs booléens et finit par tomber sur le billet dont lui parlait ce journaliste.

Ses doigts suspendus en l’air, tout est là sur le net, au vu et au su de tous, depuis quelques semaines et elle ne le savait pas. Florence se prend la tête dans les mains en fixant cet écran de malheur. Son nom apparaît toutes les trois lignes ! Sa carrière est fichue ! Adieu la délégation ! La voilà décrédibilisée. Florence enfouit sa tête dans ses bras, couchée sur son bureau. Le coup est dur. En pleine ascension professionnelle…

Tout à coup, Florence se rappelle de cet exposé sur la réputation en ligne qu’elle avait suivi. Elle avait même échangé quelques mots avec l’intervenant. Sa carte de visite doit bien se trouver quelque part... probablement dans le dépliant de cette journée d’études… oui !

Florence compose le numéro. Ça sonne… on décroche. « Ma carrière est en jeu, il faut que je vous voie de toute urgence. S’il vous plaît… Dans une heure ? Mille mercis. » Florence souffle. Quelqu’un est là, disponible, pour affronter avec elle cette tuile.

Elle est attablée depuis une demi-heure quand M. Renier arrive. Florence commande une Leffe radieuse, M. Renier une bière trappiste triple Westmalle. « Appelez-moi Sébastien. Expliquez-moi ce qu’il se passe. » Et Florence, après une belle lampée, évoque ce passé qu’elle pensait enfoui à jamais.

En 2008, alors qu’elle était étudiante en bioingénierie à l’Université de Louvain, elle passait du temps au sein d’une association militante. Elle y retrouvait des copains, elle croyait sincèrement aux valeurs que l’association défendait, elle se sentait utile et avait l’impression de pouvoir changer le monde. Même un peu. Les manifestations étaient régulières, les opérations aussi. On préparait, on planifiait, on étudiait des plans, des horaires, on s’équipait avant de passer à l’action contre l’ennemi.

Cette fois-là, l’opération visait un centre de recherche de Louvain-la-Neuve qui produisait, en toute discrétion, des semences transgéniques de pommes de terre. Le collectif de Florence avait décidé de frapper un grand coup.

L’opération avait été préparée de longue date, minutieusement, mais les choses ne se sont pas passées selon les plans. Alors qu’ils avaient réussi à pénétrer dans un des laboratoires, deux de ses camarades ont commencé à saccager la pièce. Les chaises de bureau volaient, les tables étaient renversées, les panneaux d’affichage arrachés au mur. « C’était pas du tout prévu comme ça ! On devait juste détruire les semences ! » s’exclame Florence devant un Sébastien impassible.

Les deux autres avaient ensuite sorti de leur poche des briquets. Ils mirent le feu aux stores, aux rapports, à tout ce qui pouvait s’enflammer. Florence avait essayé de les en dissuader mais tout alla tellement vite ... Quand le vigile arriva dans le laboratoire, les flammes étaient déjà bien hautes et l’explosion surprit tout le monde. D’où pouvait-elle provenir ?

Florence fait une pause dans son récit, ferme les yeux et serre son verre de bière à le briser avant d’enchaîner. « Un de mes camarades y a perdu la vie. » Sébastien écoute, attentif. « L’autre s’est enfui ! Il m’a planté là ! ». C’est alors qu’elle a vu le vigile sans connaissance et grièvement brûlé. Tout cela, Florence l’a raconté à la Police, plusieurs fois. Mais les enregistrements des caméras extérieures ne plaidaient pas en sa faveur.

Alors, on s’est dirigé vers le procès. Un procès très médiatisé. Que ce soit dans la presse traditionnelle ou via les réseaux sociaux d’alors. Sur fond de polémique pro/anti OGM. Florence pouvait compter sur un comité de soutien mais avait aussi contre elle nombre de médecins et scientifiques. L’affaire avait pris une dimension sociétale qui dépassait le « simple » accident. L’issue dramatique de cette opération avait concentré toutes les colères sur « la rescapée ». « J’étais la seule encore sur place, après l’explosion, et à peine écorchée. Il fallait que quelqu’un paie. » Le procès a connu des rebondissements, avec son lot de recours introduits et d’ « experts ».

Mais finalement, Florence fut relaxée faute de preuves. L’appel confirma ce jugement au grand dam des victimes.

« Vous savez, Sébastien, on dit toujours que la présomption d’innocence profite à l’accusé. Eh bien, dans mon cas, ce n’est pas tout à fait vrai. Juridiquement oui, mais voyez ce qu’il se passe aujourd’hui. Je trouve avoir déjà payé bien plus que je n’aurais dû. » Et Florence brandit au nez de Sébastien le billet de blog sur lequel le journaliste veut bâtir son accusation.

Florence se prend la tête dans les mains. Que faire ? Attendre l’orage en espérant qu’il passe à côté ? Nier effrontément ? Assumer ? La situation est complexe et le délai n’arrange rien, loin de là. Il ne reste que quelques heures pour adopter une stratégie. Pour préserver sa carrière.

2. Les différentes stratégies

Après sa discussion avec Sébastien Renier, Florence va devoir prendre une décision car le temps presse. Elle doit choisir entre plusieurs stratégies de communication qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients. Il n’y a pas une stratégie idéale dans l’absolu. Il y a celle qui correspond le mieux à une situation et à une personnalité. Passons en revue les différents cas qui se présentent à elle.

A. Elle nie et contre-attaque

Contester est souvent le premier réflexe de protection. Quelques heures après la parution de l’article, Florence va sans doute être convoquée par sa direction qui voudra connaitre sa version des faits et choisir la stratégie… qui préservera au mieux l’image de son organisation.

Florence peut tout à fait nier les faits. Dans ce cas, elle explique qu’il s’agit d’un homonyme qui, déjà au moment du procès, lui avait causé beaucoup de tort lors de sa première recherche d’emploi. Elle pensait que tout cela était loin derrière elle. Cet appel du journaliste a fait remonter cette bouffée d’angoisse à la surface. C’est pour cela qu’elle a raccroché brutalement. D’ailleurs, si un autre journaliste la questionne à ce sujet, elle dira que son profil LinkedIn montre bien qu’elle n’était pas en Belgique dans la même année que son encombrant homonyme. Elle étudiait à Marseille en Erasmus au moment des faits.

Le chef de cabinet qui coordonne la mission de Florence sera rassuré. Il contactera un journaliste qu’il connait bien pour prendre les devants : « Cet article est une pure invention, sans recoupement, indigne d’un travail d’investigation. Son seul but est de créer des tensions lors des dernières phases de négociation du traité. Le ministère soutient sa négociatrice et entend bien l’accompagner dans d’éventuelles actions en diffamation. »

Ce type de communiqué, clair, ferme et solidaire, suffira à éteindre le début d’incendie avant qu’il ne commence à se propager. Les journalistes n’aiment pas être accusés de hurler avec les loups sans maitriser en profondeur le sujet. Incident clos.

Mais si un nouveau détracteur démontre que Florence étudiait bien en Belgique et non à Marseille au moment des faits et si l’Université confirme que les dates de son diplôme sur son profil LinkedIn sont fausses ? Le château défensif s’effondre. Pire, la virulence de sa défense va se retourner contre elle comme un boomerang : plus fort et plus vite. Pourquoi avoir menti si cette ancienne affaire n’a aucun impact sur les négociations avec les Etats-Unis ? Lorsqu’on nie, il faut être sûr de sa position.

B. Elle laisse passer la vague

Et si Florence ne faisait rien ? Finalement, cet article ne sera peut-être pas publié ? Et s’il parait dans ce journal local, peut-être que personne ne le lira ? Communiquer préventivement pour donner sa propre version pourrait même attirer l’attention sur cet article alors que personne ne l’aurait vu si elle n’avait rien fait. M. Renier lui a dit que cela portait même un nom : l’effet Streisand1.

C. Elle reconnait les faits et s’explique

Et puis zut ! Pourquoi devrait-elle encore s’enfermer dans cette souffrance ? Cette affaire est ancienne et Florence a été relaxée lors du procès. En quinze ans elle a montré sa capacité d’analyse et une réelle expertise. C’est tout cela qui l’a amenée là où elle est aujourd’hui.

Elle pense au fond d’elle-même qu’elle doit suivre le conseil de M. Renier : reconnaitre, assumer et en faire un avantage. Mais c’est un certain lâcher prise qui lui fait peur car elle va se mettre volontairement en difficulté. Elle qui a pris l’habitude de tout maitriser, de tout prévoir et d’éviter les zones inconnues. Reconnaitre, assumer et jouer la transparence ne lui ressemble pas. Mais finalement Sébastien Renier a su la convaincre. Maitriser cette situation, c’est justement reprendre la main sur la diffusion et la contextualisation de l’information.

Elle décide d’écrire un article qui pourra être diffusé demain si l’article se propage au-delà du cercle restreint du journaliste : « Les confessions d’une négociatrice du traité transatlantique ».

Elle va expliquer que ce procès, pour lequel elle a été relaxée, a été une révélation : l’engagement politique et social est plus efficace que le militantisme de lutte. Sébastien l’entraine déjà à répondre aux journalistes : « Oui, je me suis déjà expliquée lors du procès, vous avez quinze ans de retard (rires). D’ailleurs, je ne me cache pas de cette histoire et ce sont même les raisons de mon engagement ». Cette prise de position va déplacer le projecteur médiatique sur sa vision et sa mission et non sur son passé qu’elle va ainsi définitivement noyer.

Cette affaire va lui servir de leçon. Elle ne peut plus laisser le soin à des inconnus de créer sa propre image sur Internet. Elle a bien noté cette phrase de Sébastien : « Protéger sa réputation sur Internet ce n’est pas la nettoyer, c’est la construire ». Alors elle va désormais parler de son action, de sa vision, décrypter l’actualité. Elle veut se positionner comme « Le garde-fou du traité transatlantique pour protéger vos assiettes ».

Elle va même mettre en avant son passé de militante pour le transformer en atout. Couper l’herbe sous le pied de ses éventuels détracteurs en diffusant elle-même ses informations et en y apportant son propre éclairage.

D. Elle botte en touche