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Antoine Claude Pasquin (1789 – 1847), plus connu sous le nome de Valery, fut conservateur et administrateur des bibliothèques de la couronne sous Charles X et, après 1830, bibliothécaire des palais de Versailles et de Trianon.Parmi ses livres les plus connus : Voyages historiques et littéraire en Italie, Voyage en Italie : guide du voyageur et de l'artiste, L'Italie confortable.Voyage en Sardaigne c'est le second tome du "Voyage en Corse, à l'île d'Elbe et en Sardaigne", œuvre publiée à Paris en 1837-8.Après avoir consacré plusieurs années à l'étude des arts, de l’histoire et de la littérature de l'Italie, et avoir fait plusieurs voyages dans cette docte et poétique contrée, Valery décide peindre une Italie nouvelle et inconnue.C’est ainsi qui est née l’idée d’un voyage, en Corse, à l'île d'Elbe et en Sardaigne : si les deux premières de ces îles étaient devenues plus ou moins célèbres en France, la dernière était tout-à-fait inconnue.Jean François Mimaut, ancien consul de France en Sardaigne, dans l’introduction de son Histoire de la Sardaigne, publiée en 1825, avait écrit : « Les Patagons nous sont mieux connus que les Sardes. Nous avons des relations satisfaisantes d’Otaïti, des îles de la Société, des Amis, et des Marquises; nous ne sommes pas étrangers à la constitution politique de Noukaïva, et les souverains des îles Sandwich nous ont donné les moyens d’étudier de prés et sur eux-mêmes leurs usages et leur mœurs ; mais nous ne savons guère ni ce qui se passe, ni même ce qui s’est jamais passé dans une île en vue des côtes d’Italie, et séparé par un détroit de quelques lieus d’une autre île qui est un département français ».En 1834, année du voyage de Valery, la Sardaigne est donc une île oubliée, une terre à découvrir et à raconter au publique : « La Sardaigne compte deux merveilles, les premières dans leur genre : la grotte d' Alghero, la reine des grottes, et la forêt d'orangers de Milis, à laquelle les plages même de San Remo, de Salò et de Gaëte ne peuvent être comparées…Le point de vue de Cagliari est à la fois singulier et magnifique. Le nouveau musée phénicien, unique en son genre, présente les antiquités religieuses les plus reculées. Le peuple sarde est resté, je crois, le plus pittoresque de l'Europe, et ses fêtes nombreuses au mois de mai sont admirables ».
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Veröffentlichungsjahr: 2015
Voyage en Sardaigne
(Voyages en Corse, à l’Ile d’Elbe et en Sardaigne – Tome second)
1838
par Valery, Antoine Claude Pasquin
Bibliothécaire du Roi aux palais de Versailles et de Trianon
Auteur des Voyages historiques et littéraires en Italie
2015 Éditions Indibooks
Sous la direction de Carlo Mulas
© Carlo Mulas – Indibooks
ISBN 978-88-98737-10-9
En couverture (œuvre dérivée de):
A. Pittaluga
Bourgeois Campidanois
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Quelques critiques ont été assez aimables pour trouver trop court le premier volume de ces voyages, et ils m’ont invité surtout à donner plus de développement aux faits historiques. Obligé par la forme d’itinéraire de ne traiter l’histoire qu’en détail et hors de l’ordre chronologique, je crois devoir avertir du procédé dont je me suis servi. Dés qu’un personnage est mentionné pour la première fois, je donne une sorte de notice sur son origine, ses succès, ses misères (car mes héros, y compris Napoléon et la grande princesse sarde Éléonore, qui le vaut, ont presque tous été malheureux); si ce personnage reparaît, je ne l’indique plus que par son nom et quelque simple épithète : il est pour moi Alexandre ou César. Ces biographies échappent au lecteur qui saute (et qui lit aujourd'hui sans rien sauter ?) ; il doit alors trouver mes récits bien insuffisants, bien tronqués, et sa curiosité doit être plus piquée que satisfaite; mais est-ce ma faute?
Ce livre a été écrit en partie à travers champs et à dos de mulet ; il doit être lu à-peu-près de même. Les périodes historiques trop multipliées pourraient bien causer quelque impatience à mon lecteur ambulant et l’exposer à se rompre le cou. Peut être mes chapitres primes-sautiers sur la Corse étaient-ils assez en harmonie avec son sol âpre, hérissé. La Sardaigne est beaucoup plus unie : je souhaite seulement que le style ne paraisse point aussi plat que le pays.
C’est de Bonifacio que je m’embarquai pour visiter la Sardaigne. A mon retour, je repassai avec plaisir par cette agréable ville afin de compiler mon voyage de Corse. Cet itinéraire est, je crois, le plus simple et le meilleur quand on veut parcourir les deux îles. On me procura une longue et incommode barque, lestée de gros pavés, pour aller à l’île de la Madeleine, adjacente à la Sardaigne et le premier point du territoire sarde où je devais toucher.
Je saluai en passant les rochers de San-Bainzo, de Cavallo et de Lavezzi illustrés par les ruines des carrières romaines.
Avant d'arriver à la Madeleine, je remarquai un rocher bizarre qui, de loin, présente tout-à-fait la forme d’un ours et a valu à ce point de la côte le nom de Capo del Orso.
Il me fallut subir, à la Madeleine, les inconséquentes rigueurs de la quarantaine. Cette quarantaine n’existait point pour aller de Marseille à Gênes ; il n’y en avait point non plus pour ceux qui s’y rendaient de Bonifacio, et on me l’imposait pour passer l’étroit canal de Bonifacio à la Madeleine. Le gouverneur de Livourne venait d’obtenir qu’elle serait levée pour les bâtiments de ce port ; le consul de France à Cagliari avait écrit à notre ministère des affaires étrangères, afin d’être autorisé à former une réclamation pareille qui n’aurait pu manquer d’être accueillie ; mais il n’avait point reçu de réponse. Sans la complaisance du commandant et des autorités de l’île, qui me permirent secrètement ainsi qu’à mon brave et impassible compagnon de voyage, M. Piras, négociant de Bonifacio, de nous installer dans la chambre d’un maître-maçon du pays, j’aurais été, comme nos mariniers, contraint de passer, à bord de notre frêle barque et par la pluie, trois jours et deux nuits, ou de bivouaquer sous un rocher de la côte comme un négociant de Montpellier, que j’ai depuis rencontré en Sardaigne. Il n’y a point de lazaret à la Madeleine, et celui qu’il avait été question d’établir, au bon emplacement de l’île Saint-Etienne, n’a pu avoir lieu, faute de fonds. Cette stupide quarantaine si désagréable et si dure pour les voyageurs et le commerce français, fut enfin levée, grâce aux instances réitérées de notre excellent consul en Sardaigne, M. Cottard, et j’en ai probablement été la dernière victime.
La colonie corse qui s’établit il y a environ un siècle à la Madeleine occupa d’abord le sommet, au point où se trouve aujourd'hui la petite église de la Trinité. Cette colonie s’accrut depuis des réfugiés fuyant la conscription de l’Empire, et elle compte environ quinze cents habitants qui ont conservé la langue de leur première île. Ce point devint, lors du blocus continental, un vaste et riche entrepôt de marchandises anglaises. II est impassible de n’être pas frappé de la propreté, de la bonne construction des maisons toutes blanchies à l’extérieur. Cette sorte de splendeur est due principalement au baron de Geneys, créateur de la marine sarde, commandant il y a une vingtaine d’années de la Madeleine, et véritable fondateur de la ville actuelle, tant il a contribué à l’accroître et à l’embellir.
L’île est à-peu-près inculte, à l’exception de quelques vignes qui donnent d’excellent vin et de très-bons raisins secs. Elle n’est guère habitée que par des familles de marins : aussi la population des femmes me parut-elle exorbitante, ces marins étant le plus souvent en course, et cinq à six cents se trouvant alors employés dans le port de Gênes. Les marins très-habiles de la Madeleine ont fourni quelques hommes parvenus aux premiers grades, parmi lesquels les deux Millelire, le premier mort commandant de l'île, le second encore aujourd'hui directeur de l’arsenal de Gênes, ainsi que plusieurs autres officiers de mérite , tels que M. A. Zicavo, capitaine du port et commandant de marine à la Madeleine.
L’église, assez belle pour un si petit port, était nouvellement peinte à cause de la visite prochaine de l’évêque. Cette église fut rebâtie par les soins du baron de Geneys, avec les offrandes volontaires des habitants. Les matériaux tirés de la presqu’île de la Testa, près Longosardo, et de l’île Tavolara, étaient avec empressement transportés, aux jours de fêtes et de dimanches, par les femmes et les enfants. Cette joyeuse et touchante corvée paraît convenir aux mœurs religieuses de l’Italie, et c’est à-peu-près de la même manière que fut érigé le temple splendide consacré par Canova au lieu de sa naissance, et qui lui sert de tombeau.
Cette église d’une petite île infréquentée offrait encore, il y a peu d’années, les présents divers des deux premiers capitaines de terre et de mer qu’ait vus notre siècle : les chandeliers et la croix d’argent, avec un Christ doré, donnés par Nelson, et la bombe lancée de la main de Napoléon, de l’île Saint-Etienne, lorsque commandant en second le bataillon des volontaires du Liamone, il faisait partie de l’expédition malheureuse dirigée en 1793 contre l’île de la Madeleine.
Cette bombe fut pointée vide par Napoléon, qui voulut seulement effrayer les habitants, presque ses compatriotes ; elle tomba paisiblement dans un tombeau au milieu de l’église abandonnée avec précipitation par les fidèles, qui ne manquèrent pas d’attribuer à la protection de sainte Madeleine, patronne de l’église et de l’île, le miracle de la chute inoffensive du projectile. J’ai vu les chandeliers chez le procurateur de la fabrique, marchand de toiles, qui, pour plus de sûreté, les gardait dans sa boutique. La bombe fut cédée en 1832, moyennant trente écus, à un anglais, M. Creig, commis de la maison Mackinstosch de Glasgow, établi à la Madeleine, où il faisait récolter sur les rochers le lichen verdâtre, appelé herba tramontana, que la chimie anglaise emploie avec succès, ainsi que les lichens de Corse, à la teinture.
Un conseiller municipal avait négocié l’échange de la bombe, laquelle fut envoyée en Écosse à l’insu des habitants. Les trente écus devaient servir à l’acquisition d’une horloge dont la paroisse manquait encore.
Les deux grands donataires de la Madeleine n’ont point toutefois touché son sol. Nelson qui laissait aller à terre ses officiers ne voulait jamais quitter un instant son bord, et le corps d’armée de Napoléon fut repoussé. Cette carrière si glorieuse, ces innombrables victoires sur tant de lointains champs de bataille, devaient se trouver entre deux désastres : le petit et obscur échec de la Madeleine et l’immense revers de Waterloo.
Je repris la mer pour me rendre a Terra-Nova. Au fond du golfe de Liscia-Grande, est Porto-Pullo (c’est à tort que les cartes et quelques écrivains indiquent Porto-Poglio), excellente station reconnue et appréciée par Nelson dont le nom est resté imposant et populaire dans ces parages.
L’aspect extraordinaire de l’île Tavolara, haut rocher escarpé, dentelé, rappelle le pic déchiré de Gibraltar. Mais au lieu des magots hideux et sans queue qui peuplent ce dernier, l’île Tavolara est habitée par des troupes gracieuses de chèvres sauvages qui errent sur les hauteurs, agiles animaux à la moustache dorée par les herbes aromatiques qui leur servent de pâture, et dont la chasse difficile, périlleuse, provoque l’intrépidité du chasseur.
Cette île, l’ancienne Hermæa, fréquentée par les Romains qui venaient y pêcher le mollusque dont ils tiraient la pourpre, est la plus grande de l'archipel de la côte. Elle a été en quelque sorte donnée par le roi de Sardaigne à un berger corse, nouveau souverain qu’a produit sa patrie, seul humain, qui, avec sa famille, habite ce désert. Ce berger-roi n’a pour sujets que ses brebis et les chèvres de la montagne. Le titre honorifique d’intendant de la Santé de l’archipel voisin, lui a été accordé ; il récolte du blé sur les bords de son île, et jouit d’une certaine aisance. Il voulut récemment remplacer sa hutte de feuillage par une maison, mais il trouva un cadavre en creusant les fondations, et il a commencé plus loin son Capitole.
Le golfe de Terra-Nova est magnifique, et s’il était débarrassé de la barre jetée par les Génois, dans leurs guerres contre les Pisans, il pourrait devenir le premier de Sardaigne, et l’un des meilleurs de l’Europe. Cette barre appauvrit toute la partie maritime de la province de la Gallura ; formée, dit-on, de deux galères coulées bas, et de tas de pierres, elle pourrait être aisément et promptement déblayée, travail qu’un propriétaire industrieux de Terra-Nova, dont l’offre n’a malheureusement point été accueillie, avait proposé d’exécuter, moyennant un droit à l’entrée de chaque navire.
Le village maritime de Terra-Nova, insalubre , dépeuplé, qui n’a pas deux mille habitants, occupe remplacement de l’antique et célèbre Olbia.
L’aspect des maisons est celui de grandes métairies alignées, blanchies. J’y fus reçu à merveille par un sarde plein d’esprit, d’intelligence et de capacité, M. Puccio, qui, après une vie voyageuse et aventureuse, est revenu cultiver ses champs.
M. Puccio faisait une très-plaisante peinture d’un certain hôte anglais qu’il avait gardé plusieurs jours, chasseur forcené, descendu chez lui avec dix-sept chiens et trois valets, qui partait avant le soleil levé, ne rentrait qu’a la nuit, se faisait servir à souper, et ne daignait pas lui adresser quatre paroles, solemne bestia, ainsi que le traitait la facétieuse rancune de M. Puccio.
Du point, dit Cucotto, donné pour remplacement de l’ancien arsenal, on jouit de la plus admirable vue du golfe.
Dans la campagne, l’église Saint-Simplicius qui remonte aux Pisans, est à-peu-près abandonnée, et l’on n’y célèbre l’office que deux fois l’an : au mois de Mai, à la fête du saint, et au mois de Septembre, anniversaire de la Dédicace. L’église était une véritable volière lorsque j’y entrai, tant il y avait d’oiseaux qui faisaient un vacarme affreux de leurs cris et du battement de leurs ailes, et tant ils avaient de peine à s’échapper par les longues et étroites fenêtres. Je souhaitais à la vieille église pisane l’élégant sacristain du temple de Delphes, modèle de l’immortel Eliacin, ce jeune Ion qui menaçait de percer de ses flèches les oiseaux du Parnasse, profanateurs du temple d’Apollon, et le cygne aux pieds de pourpre qui semblait voguer comme en ramant vers l’autel [v. le charmant monologue d’Ion de la tragédie d’Euripide].
Deux colonnes de Saint-Simplicius sont du même brillant granit qu’une petite colonne voisine de l’église, et sans inscription. Ce granit est le même que celui des colonnes de l’église Sainte-Marie-Majeure de Rome, et ces colonnes, comme celles des baptistères de Pise et de Florence, paraissent avoir été tirées de Sardaigne.
Une citerne bordée de granit, taillée dans le roc, et du temps de l’église , fournit abondamment une eau très-fraîche.
De l’église Saint-Simplicius, le point de vue de la plaine couronnée de collines de formes diverses, avec l’apparition de l’île Tavolara, est superbe. Près de là sont les traces d’une voie romaine. Tout ce désert respire l’antiquité. On aperçoit des restes de murs et d’un aqueduc, et l’on peut juger du vaste emplacement de la cité antique que le consul Lucius Cornelius Scipion n’avait point osé attaquer, et pour le siège de laquelle il fut contraint de retourner en Italie chercher des renforts à son armée.
Cette belle plaine de Terra-Nova, autrefois si florissante , qui compta jusqu’à douze cités et soixante-dix communes, si heureusement située au bord de la mer, abritée par les montagnes et sous un si beau climat, pourrait nourrir plus de cinquante mille habitants, et elle possède encore tous les éléments de son ancienne prospérité. Le même déclin s’applique au reste de l’île, sans que le sol y soit appauvri ; elle a compté jusqu’à un million deux cent mille âmes, et malgré quelques récents progrès , elle n’en comptait en 1835 que cinq cent trois mille cinq cent trente-six.
C’est dans la plaine de Terra-Nova que fut défait et tué le général carthaginois Hannon, par L. Cornelius Scipion qui lui décerna de magnifiques funérailles auxquelles il assista. Ce capitaine romain fut le premier qui obtint par sa victoire le triomphe inscrit sur les tables du Capitole, et qu’accompagnèrent plusieurs milliers d’esclaves sardes, derrière le char du vainqueur. Les Sardes ouvrent ainsi cette marche de captifs fameux, parmi lesquels devait figurer le dernier successeur d’Alexandre, et que ferma la reine de Palmyre.
L’époque reculée de la fondation d’Olbia est restée très-incertaine. Les débris que le soc de la charrue y découvre sont du meilleur style : des anneaux romains, de riches camées servent à la parure des paysannes. Le hasard fit trouver jusqu’à cinquante de ces joyaux pendant une année et à peu près une douzaine en 1833. Un tel sol mériterait bien d’être honoré de ces fouilles devenues trop souvent un commerce ou une vanité. L’antiquité se retrouve même à la surface : le langage est celui, de tous les idiomes modernes, qui a conservé le plus de mots latins ; les vêtements rappellent ceux qu’a décrits Tito-Live, et dont s’est moqué Cicéron ; la charrue est encore à peu près la même que celle des Géorgiques, et le charriot ne diffère point de l’ αρξα grec et du plaustrum romain.
La Sardaigne fut déclarée province romaine dit l’an 518 de Rome, elle le fut avant la Sicile qui n’obtint ce fatal honneur qu’après la chute de Syracuse. Olbia devint le séjour de Quintus Cicéron, prêteur chargé par Pompée qui venait d’être élevé à la dignité de fournisseur de Rome, d’aller chercher du blé en Sardaigne. Si l’amitié de son illustre frère n’est point trop partiale, Quintus avait réussi dans le pays. Cicéron l’invitait tendrement à se méfier du climat de la Sardaigne ; et depuis, malgré quelques concessions oratoires, il en a même fort spirituellement maltraité les habitants.
La Corse et la Sardaigne, ces îles méconnues que mes obscurs efforts voudraient réhabiliter , ont été fatalement discréditées par les deux plus beaux esprits de Rome, Sénèque et Cicéron, mais juges suspects, puisque le premier était exilé, et que le second, avocat du préteur Scaurus, espèce de Verrès de la Sardaigne, dont la défense fait peu d’honneur à l’orateur romain, attaquait la nation, afin d’affaiblir les nombreuses dépositions des témoins qui accusaient son infinie client. Bientôt, lors de la poursuite d’un autre avide préteur, Albutius, la Sardaigne eut le plus glorieux des avocats, c’était Jules César.
La Sardaigne, livrée chez, les modernes à d'obscurs ou d’ineptes vice - rois aragonais, espagnols ou piémontais, dédaignée de nos voyageurs et de nos curieux, si peu remarquée soie le rapport littéraire, fut soumise, gouvernée, visitée, dans l’antiquité, par les plus illustres Romains, Cornélius Scipion, Caton l’ancien , les Grecques, Pompée, le frère de Cicéron, César, et elle a passé pour avoir vu naître le père de la poésie latine, Ennius, qui l’avait habitée jusqu’à l’âge de quarante ans, y avait fait la guerre comme centurion, et y avait appris le grec à Caton, alors préteur, auquel il dut d’être mené à Rome. Sous les empereurs, la Sardaigne n’a plus de célébrité que par les deux mots cruels de Tacite, vile damnum, au sujet de la déportation de quatre mille Juifs envoyés pour y réprimer le brigandage, et livrés à l’inclémence du climat.
Par un de ces coups de la fortune des enfants d’Israël, leur race, qui avait crû et multiplié en Sardaigne, fut expulsée de l'île plus de quatorze siècles après le sénatus-consulte de Tibère, et le décret fut rendu le 31 Mars 1492, sous le gouvernement du légiste aragonais Jean Dusay, le premier vice-roi qui n’eût pas été militaire. Les Juifs avaient trouvé en Sardaigne un illustre protecteur, le pape saint Grégoire, qui figure si honorablement dans l’histoire de l'île.
Ce grand pape porta l’esprit de charité (je ne veux point du mot tolérance pour un tel homme et un tel siècle) jusqu’à leur faire rendre par l’évêque de Cagliari la synagogue que l’un d’eux, nouveau converti, avait violemment changée en église. Cette espèce de Polyeucte, fanatique bizarre, était entré dans la synagogue, le jour de Pâque, à la tête d'une horde sans frein (quibusdam indisciplinatis), et il en avait chassé tout le monde après y avoir pénétré et y avoir arboré la croix, les images du sauveur et de la vierge, ainsi que la robe blanche qu’il avait revêtue la veille, le jour de son baptême.
Il m’est impossible d’oublier l’impression que je reçus à mon arrivée sur la plage de Terra-Nova, à la vue des premiers Sardes que je rencontrai, et en me trouvant au milieu de cette population moins connue que certaines tribus sauvages de l'Amérique, et dont les barbes épaisses, les sombres vêtements, les visages basanés, les cheveux flottants, l’armure théâtrale m’étaient si nouveaux. La mine rébarbative du campagnard sarde contraste véritablement avec son caractère, avec son extrême douceur trop ignorée et que j’ai depuis été à même d’observer. Ce paysan barbu, armé d’un long fusil et d’un large coutelas (gulteddo) passé par-devant et suspendu à un ceinturon de cuir servant de giberne, la tête enveloppée d’un capuchon pointu et noir ou brun comme le reste de son vêtement, à l'exception de son espèce de petit caleçon de toile blanche, ce paysan vous salue en route avec politesse et vous souhaite affectueusement un buon viaggio.
[Cet inséparable gulteddo parait assez semblable au couteau germanique que les indigènes de la Gaule du VI siècle portaient pour se défendre contre les harcèlements perpétuels des guerriers francs ; malgré son inutilité actuelle, les Sardes ne le quittent guère plus que les Gaulois ne quittaient leur couteau de sûreté, dit Skrama-Sax. Voyez le Dix ans d’études historiques, par M. A. Thierry, pag. 389.]
Le cavalcante (muletier du pays où l’on ne se sert que de chevaux) avec lequel je m’arrangeai, avait tout ce pittoresque digne des crayons Horace Vernet, de Schnetz, de Cogniet et de Léopold Robert, et il était bien supérieur à mon muletier de Corse, Martin, dont le large chapeau rond, la veste de velours vert-pomme et la longue queue tenaient encore de la civilisation. Le cavalcante, quand vous le payez, vous baise respectueusement la main qu’il appuie contre sa longue barbe. Si j'ai loué les voiturins d'Italie, je ne dois pas moins d’éloges aux cavalcanti sardes, fort braves gens, causant, toujours de bonne humeur et attachés à l’étranger qu’ils conduisent. Je ne puis en vérité oublier le bon naturel de mon cavalcante Giovanni, qui avait fait dire une messe pour les âmes du purgatoire, afin qu’un cheval excellent qui m’avait été prêté à Oristano, et que la maladresse d’un maréchal ferrant de Sassari avait estropié, cessât de boiter et que je fusse moins cahoté par son allure incertaine.
La gaité de ce peuple n’est pas moins extraordinaire que sa douceur. J’ai parcouru à cheval la plus grande partie de la Sardaigne, prenant chaque jour de nouveaux guides, car le cavalcante qui, au moment du traité, fait à haute voix et en présence de témoins, se vante un peu trop de connaître toute l’île, ne peut en savoir tous les sentiers. Ce guide était ordinairement quelque pauvre diable de l’endroit où j’étais arrivé la veille; il avait couché sur la dure, eh bien! du matin jusqu’au soir, il était allègre, en train, chantant. Je m’aperçus même une fois qu’on de ces garçons, des plus gueux que j’eusse rencontrés dont la cravache était la longue corde par laquelle il attachait son cheval, ayant remarqué que je ne buvais point de vin, choqué en vrai Sarde d’une telle manie, improvisa là-dessus dans son patois une espèce de couplet à boire, et que tout en trottant devant moi, ce jovial gueux chansonnait il signor che non beve vino.
J’ai essayé de peindre l’empressement, la grâce de l’hospitalité corse, et certes je n ai point envie de me dédire ; mais il y a dans cette hospitalité quelque chose de la vanité française. L’hospitalité sarde a un tout autre caractère : elle est, on peut le dire, plus primitive, plus antique, plus simple, plus universelle. La Sardaigne qui a gardé le nom qu’elle portait jusque dans les temps héroïques (son premier nome de Sandaliotis ou Ichnusa provient, dit-on, de la forme de sandale ou plante du pied qui présent l’île. Elle changea sa triviale dénomination grecque pour prendre le nom de son premier civilisateur, le Lybien Sardus, qui s’en empara environ seize cents ans avant l’ère chrétienne : Mox Lybici Sardus generoso sanguine fidens, Herculis, ex sese mutavit nomina terrae – Silius Italicus), conserve encore une multitude de traits caractéristiques qui rappellent les vertus et les mœurs des anciens peuples. L’hospitalité est à la fois une tradition, un goût et presque un besoin pour le Sarde. M. le Cav. Orrù de Sardara chez lequel j’eus l’honneur d’être reçu, me racontait que le feu comte son père, modèle des vieilles mœurs sardes, quoique vivant au sein d’une aimable et nombreuse famille (il avait été marié trois fois à de très-jeunes personnes et il avait épousé les deux dernières dans sa maturité et sa vieillesse), était au comble de la joie lorsqu’il lui tombait une douzaine d’hôtes, et qu’il était triste, de mauvaise humeur, quand il n’avait personne à souper ; alors il allait relancer ses voisins, ou bien il amenait quelque passant pour lui tenir compagnie et boire avec lui.
Dans les palais, car on donne quelquefois ce nom à d’assez grandes et vilaines maisons, laservitù (les domestiques) vous baise la main à votre arrivée ; vous êtes accueilli par l'accolade de toute la famille et par un ben arrivato qu'accompagne bientôt le gracieux s’accomodi, idiotisme des mœurs et de la langue italienne, intraduisible dans nos mœurs et notre langue gourmée. Dans la cabane du berger (ovile) et à sa table, on vous crie a parte signor, a parte (partagez avec nous), et aussitôt un mouton est pris, tué, dépouillé et rôti pour votre repas à la manière des héros d’Homère. Souvent il m’a été répété dans ces gîtes étroits, le proverbe de l’hospitalité sarde, se la casa è piccola, il cuor è grande (Si la maison est petite, le cœur est grand).
Au lieu de l’escorte bruyante de l’hôte corse qui allonge quelquefois votre chemin afin de vous faire voir ses propriétés, l’hôte sarde vous reconduit avec un humble compatisca et s’excuse de n’avoir pu mieux faire. Il n’est point nécessaire de marquer là les logements militaires ; ils n’ont lieu que pour la forme, car l’hospitalité sarde s’exerce encore envers la troupe en passage. Chaque paysan s’empresse de recevoir quelques soldats ; il se vante du nombre dont il s’est chargé, et même dans le Campidano d’Oristano où le vin est très-fort, il traite quelquefois un peu trop bien ses hôtes. C’est ce que me contait un ancien officier de la garde royale que sa famille bien pensante avait obligé de passer au service de Sardaigne en 1830, et qui, sous le shako et l'uniforme allemands adoptés par l’armée piémontaise, regrettait le service français. Il allait même jusqu’à attribuer à la forme de ce shako la perte de ses cheveux, qu’il aurait bien pu mettre sur le compte de sa cinquantaine.
Mais une hospitalité qui m’a laissé les plus chers souvenirs est celle des ecclésiastiques, de ces dignes curés, vicaires et recteurs, de ces excellents chanoines qui vous abandonnent si généreusement leur propre lit. Combien de fois dans ces gîtes pieux , entouré à mon réveil du mobilier de la prière et de la pénitence, des saintes images, des livres sacrés, des rameaux bénits, j'étais confondu, accablé de la tiédeur de mon zèle. On sent que les convictions de ces hommes doivent être sincères, puisque leur vie matérielle même s’y rattache. J’ajouterai que la plupart de ces ecclésiastiques sont des hommes instruits, d’un vrai mérite, et dont plusieurs avaient suivi la carrière du barreau. Ce clergé aisé, hospitalier, est toutefois assez relâché : l’ardeur du climat produit la fragilité des sens ; plus d'un village voit croître et multiplier la génération du pasteur, et la morale ne s’allie pas toujours avec la foi.
On peut néanmoins remarquer, sans diminuer le prix de l’hospitalité sarde , qu’elle s’explique par le bon marché de la vie du pays, et qu’elle est peu coûteuse aux propriétaires, même de fortune médiocre, et qui ne posséderaient pas, comme le comte Orrù, jusqu’à onze mille porcs. Chacun fait son pain chez soi et avec son blé; le poisson se vend à la livre comme en Angleterre, mais il ne coûte guère que deux ou trois sous; la viande est à un sou. Un excellent chevreau , nourri des herbes odorantes de la montagne, s’est vendu, à l’un de mes compagnons de voyage, un demi-réal (dix sous), et sa peau en vaut cinq : une côtelette chez un restaurant de Paris est ainsi plus chère que ce tendre animal.
Mais ce qui est infiniment préférable aux copieux festins de l'hospitalité sarde, c'est sa bonne grâce et son infatigable, son attentive obligeance, à laquelle je dus d’être délivré de l’insalubre et périlleux souper dont le voyageur doit tant se garder, et qui n’est guère moins tardif là que dans la société de Paris, il y a soixante ans. Le contre-coup de ce malencontreux souper est de vous faire lever tard. J’ai rencontré des propriétaires qui, à la campagne , n’étaient point debout avant dix heures.
Votre caractère d’hôte, en Sardaigne, semble véritablement extraordinaire ; il est presque celui du maitre de la maison. Il y a telle de ces familles rurales dans laquelle j’aurais volontiers passé ma vie, tandis que malgré la courtoisie des cavaliers de Sassari et de Cagliari, je sens que leurs privilèges eussent fini par me blesser [v. ci-après chap. XVIII].
Il est une observation que je crois pouvoir rattacher à ce tableau de l’hospitalité en Sardaigne, c’est que l’autorité là, au lieu d’être importune , est singulièrement polie, attentive et protectrice. L’usage veut que l’on fasse une visite au gouverneur de la ville, loyal militaire, ne parlant pas trop mal français, ayant par fois servi dans nos armées, point du tout partisan des barons, et jouissant d’un pouvoir beaucoup trop absolu , dont il n’abuse point. Une fois entré dans l’île, vous voyagez partout librement, et sans être obligé , comme en Italie , à celle perpétuelle exhibition du passa-porto.
A mon départ de Terra-Nova, j’aperçus en haut de la montagne, les vastes ruines du château de Padulazza, féodal manoir qui remonte au XIIIe siècle. Les mines des anciens châteaux de la Sardaigne sont infiniment plus considérables et mieux conservées qu’en Corse. La superbe domination aragonaise ou espagnole ne poursuivait point et ne cherchait point à effacer, comme l’envieuse oppression de Gênes, les traces nationales du passé de la Sardaigne.
Homme de la France nouvelle, je ne connaissais la féodalité que par les livres. Malgré les déclamations des philosophes, il me semblait que cette forme de gouvernement avait pu convenir à certaines époques; qu’au lieu d’être un obstacle, elle avait contribué d’une manière nécessaire et puissante au perfectionnement social, puisqu'elle se retrouvait partout où des circonstances semblables s’étaient réunies, et qu’en France et en Angleterre, cette législation des barons laboureurs fut le seul moyen d’ordre et de conservation applicable à une société militaire et nouvelle.
[Au Mexique, à la Chine, au Japon, à Otaïti, dans la Tartarie, dans les Gaules et presque tous les peuples du nord. De nos jours, le système féodal fit aussi partie de la constitution politique établie par Touissaint-Louverture. - La fortune des généraux noirs - dit M. le général Pamphile Delacroix, dans ses excellents Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de Saint-Domingue - n’aurait bientôt plus eu de bornes, si la paix eût laissé au système de fermage (véritable féodalité) le temps de développer toutes ses ressources].
La lecture de Walter Scott m’avait encore rendu la féodalité poétique, et elle me paraissait intéressante à observer, surtout à côté du nivellement français de la Corse. Une remarque du dernier et judicieux historien de la Sardaigne m’avait rendu particulièrement respectable la féodalité de cette contrée, puisqu’il attribue à son introduction et à son exercice l’abolition tacite de l’esclavage [v. liv. XI de la Storia di Sardegna, par M. le baron Manno].
Je trouvai cette féodalité décrépite, mourante ; elle avait fait son temps, et deux ans après elle devait tomber sous une simple ordonnance, au lieu d’être abolie légalement par les anciens États sardes (stamenti), mis de côté depuis quarante ans. Les transports du peuple à la promulgation du décret du 21 Mai 1836, s’expliquent par la pesanteur des droits féodaux en Sardaigne. L’Espagne avait détaillé l’île à ses barons. Le paysan ne payait pas moins de quatre-vingts pour cent sur sa récolte, et le petit tas de blé qui lui restait après ses labeurs d’une année, était encore diminué par le frère mendiant qui le gruge.
Mai si la féodalité, en désaccord avec les lois et l’administration actuelles, devait finir, sa suppression ne doit s'opérer ni sans indemnité, ni sans règle. Le baron devient grand propriétaire, et la société serait ébranlée jusque dans ses bases si ce qu’il possède était discuté et si l’on y portait la moindre atteinte. Ce rôle de propriétaire, moins flatteur pour la vanité que le vieux litre féodal, ne laisse pas que d’avoir aussi ses douceurs. On peut librement disposer de son bien, avantage que ne possédait pas toujours le superbe baron qui n’exportait son blé que sous le bon plaisir de la commune, laquelle certifiait qu’il ne lui en manquait point, et retenait quelquefois pendant six mois dans le grenier, le blé de son seigneur. Celui-ci, depuis des siècles, était tenu de lui vendre ce blé au même prix. L’indépendance de la propriété semble bien préférable à une suprématie aussi gênante. Le rachat parait encore légitime, puisque les terres ont dû être vendues d’après le produit des fiefs. Quant au droit de pendre, celui-là ne mérite aucune indemnité, car il est hors de la nature.
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