Voyages dans l'Au-delà - Jean-Jacques ROSSIGNOL - E-Book

Voyages dans l'Au-delà E-Book

Jean-Jacques ROSSIGNOL

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Beschreibung

L'au-delà existe-t-il ? Est-il possible que des proches qui ont quitté cette terre puissent communiquer avec nous par le biais des rêves ? Que penser de ces faits troublants qui interpellent sur la probabilité d'une persistance de la conscience après la mort ? Ils sont issus de rencontres réellement vécues avec des défunts durant le sommeil. Des matérialisations inattendues d'objets, des rencontres provoquées, des décorporations volontaires, des songes communs à deux personnes, des événements révélés à l'avance, et des découvertes intrigantes constituent la trame de cet ouvrage insolite, qui interpelle le lecteur. Ce livre intrigue et pose des questions. Il est construit à la manière d'une enquête, d'un récit d'aventures. Il mêle les narrations de songes et de faits du quotidien à des épisodes vécus. Il plonge le lecteur dans cet univers et le pousse à en savoir davantage pour avoir lui aussi les explications que cherche l'auteur ! Appartenant au monde médical et scientifique, l'auteur se pose la question de cette réalité. Aidé par une équipe d'universitaires, chercheurs en neurosciences, psychiatrie, physique quantique ainsi que d'une jeune femme médium, il tente de se rassurer lui-même avant de chercher à donner un sens à ce qui lui arrive.

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Seitenzahl: 306

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Cet ouvrage est dédié à Micheline & Jacques sans qui je n’aurais jamais pu exister si leur amour n’était pas aussi fort. En hommage à leur détermination, leur courage et le fait d’avoir été toujours présents dans les moments les plus merveilleux, comme au milieu des tourments les moins enviables.

A Madeleine & Marcel, qui sont les tous premiers à m’avoir ouvert les yeux sur le monde de l’Invisible, et offert tant d’amour durant leur vie terrestre.

A Gaby & Raymond, qui m'ont permis de prendre conscience de la souffrance liée à cet univers physique. Pour le courage dont ils ont fait preuve en affrontant les épreuves au quotidien sans jamais renoncer, malgré le lourd tribut qu'ils ont dû payer à cette vie.

Aux équipes médicales, aux scientifiques et à tous les spécialistes qui m’ont aidé dans mon exercice et pour mes recherches.

A tous ceux qui m’ont permis d’être capable d'allier le cartésianisme à l’irrationnel sans que je perde le fil des réalités essentielles.

A ces religieux qui, sans jugement de valeur, m’ont instruit sur leurs diverses croyances, sans a priori.

Enfin, à mes amis qui ont toujours été présents pour me soutenir et dont la confiance qu'ils ont mis en moi, a pu rendre possible l’écriture de ce livre. A ceux dont la radiesthésie, la médiumnité et les capacités holistiques font bon ménage avec vie professionnelle et familiale, sans la moindre contradiction.

Je destine ce livre à ceux qui cherchent la Lumière au fond d’eux-mêmes et dans leur cœur.

Tout ce qui va suivre est inspiré de faits réels.

Je sais que certains n’en croiront rien, mais que d’autres vont y trouver le réconfort de ne pas être les seuls à avoir vécu, ce qu’ils n’ont jamais osé raconter.

Avec toute mon amitié et ma reconnaissance à Francis pour son soutien et son aide précieuse.

Avertissement aux lecteurs.

Pour des raisons de précaution, les prénoms d'une partie des personnages ont été délibérément modifiés, et les lieux renommés quand ils n'étaient pas indispensables au récit. Les communications avec mon père et les faits en découlant sont rigoureusement vrais.

Voyages dans l'Au-delà

Prologue

L'appel au secours

Le passage à Jérusalem

Le DRH

L'enquête

L'équipe

La porte de l'inter-monde

Mission impossible

L'engagement

Les limbes et l'obscur

Belles rencontres

Frayeurs dans l'Ombre

L'éclat du cristal

Epreuves et preuves

Epilogue

Prologue

Il fait très froid en ce mois de novembre 2001. La neige est tombée à gros flocons collants qui ont formé un tapis très dense rendant le trafic routier impossible sur l’autoroute. Des milliers de gens se retrouvent bloqués sur la "A89".

Heureusement nous sommes passés hier de justesse en revenant de l’enterrement de papa. Quelques heures plus tard et nous aurions fait partie de ces naufragés de la route.

J’écoute les informations à la radio, au chaud dans mon lit, caché sous la couette.

Je pense à ces automobilistes, et je remercie le ciel de nous avoir épargnés. Des larmes coulent sur mes joues. Je revois encore mon père il y a tout juste une poignée de jours, fringant et plaisantant, comme à son habitude le matin au petit déjeuner.

Levé avant tout le monde, Jacques aime préparer la table pour nous y accueillir douché et rasé de près.

Il ne supporte pas de rester en tenue négligée. Je l’entends encore nous dire :

- Il n’y a que les malades pour se balader en pyjama toute une matinée !...

Ce matin, il n’est plus là pour nous. Il faut se lever malgré cette tenace envie de rester enfouis sous les draps pour ne pas avoir à affronter la réalité… IL n’est plus là et il ne sera jamais plus à nos côtés. La force de l’habitude seule, nous pousse hors de nos chambres.

Les choses ont pris une couleur grise avec le choc de la cérémonie à l’église, puis au cimetière de la vieille ville. Nos amis nous ont suivis, soutenus et accompagnés dans cette épreuve brutale, inattendue.

Jacques nous a quittés comme il l’avait souhaité, sans souffrance inutile et rapidement, en lui épargnant de subir la déchéance. Celle qui s’installe, prend son temps pour torturer le corps et l’esprit de l'être dont elle va, au final, et sans pitié, prendre la vie.

Il est mort comme il a vécu, traitant les événements avec le plus de pragmatisme et d’efficacité possible.

Mais pourrait-on choisir cette ultime expérience ?

Curieuse question que je me pose là, en le voyant allongé dans cette chambre d’hôpital, inerte. Son visage reflète la sérénité, ses traits sont apaisés.

Je pourrais même croire qu’il dort, tant il émane de tout son être, une expression de satisfaction. Il a même rajeuni, il est… tellement beau.

Comment puis-je dire cela d’un être cher, étendu là, juste sous mes yeux et qui ne respire plus, ne bouge plus et ne répond plus à mes appels, à mes cris et ne réagit pas à mes sanglots ?

Peut-être est-il encore là, près de nous, et que ses pensées cherchent à toucher nos esprits tentant vainement de nous consoler face à cette cruelle séparation ?

Serait-il possible que l’âme existe réellement, que nous puissions amorcer ne serait-ce qu’un embryon de communication avec ceux confrontés à cette obsédante souffrance de la séparation ?

Notre seule consolation au cœur de cette épreuve, se réfugie dans un constat puéril : au moins, il aura eu une bonne mort ! Comme si le trépas pouvait avoir quelque chose de bon au regard des proches qui viennent de perdre un être cher.

Jacques vient de nous laisser ici-bas tous deux, dix ans, jour pour jour, après le décès de Madeleine, sa mère, à laquelle il était très attaché. Il avait d'ailleurs eu bien de la peine à remonter sa disparition.

Mais à cette heure, nous étions forts tous les trois.

Micheline est seule, il me faudrait la soutenir dans ce malheur, mais c’est elle au contraire qui me redonne de la force.

Je pensais à tort, que le fait que je sois croyant, me permettrait de mieux supporter l’affliction, car il n’en est rien.

Le doute s’immisce sournoisement dans mon esprit à la manière d’une maladie, il me ronge de l’intérieur comme un terrible acide.

Je croyais avoir perdu ma foi mais durant une nuit, tout va basculer dans ma vie, d’une incroyable façon, m’entraînant en un instant au cœur d’une aventure aussi imprévue qu'inconcevable.

Ce sont toutes ces expériences, découvertes, et ces énigmes qui sont venues bouleverser mon existence, que j’ai décidé, après bien des années de réflexion, de partager avec ceux qui, comme moi espèrent en une persistance de la vie après la mort physique.

Je n’ai pas la prétention de détenir La vérité, mais je voudrais au moins rapporter ce que j’ai vécu, ce qu’il m’a été donné d’apercevoir, sans le moindre jugement de valeur.

Avec la certitude qu’il y a une part de réalité au cœur de ce singulier périple, qui a changé radicalement ma façon d’être en ce monde, de percevoir les personnes, les choses et tous les événements que j’ai été amené à croiser, à trouver, à vivre au fil de mon chemin sur cette terre.

Il existe des gens bien, des cadeaux qui m’ont été faits, mais aussi des individus dont j’aurais souhaité ne jamais croiser la route, tant leur esprit est sombre, et leur attitude délétère. Ils ont incarné pour moi, le cauchemar, la part de ténèbres et les plus grandes désillusions.

Ils m’ont fait traverser bien des événements que j’aurais apprécié ne jamais avoir été amené à vivre.

Au cours de mes voyages initiatiques, je vais avoir la chance de découvrir ce qui pourrait expliquer quelques-uns de ces mystères qui nous concernent tous.

Je me devais de retranscrire tout ce que j’ai pu voir, apprendre et aussi ressentir. Je ne sais pas, ni comment, ni même pourquoi, j’ai été amené à vivre ces rencontres d’une manière si intense. Pour moi, elles sont bien réelles. Elles m’ont permis de pouvoir progresser et elles m’ont offert la chance de pouvoir anticiper certains événements.

Chacun se fera son opinion. Le doute rationnel est une sage attitude quand il est l’allié d’un esprit ouvert, face à tous les défis intellectuels qui lui sont proposés.

1- L’appel au secours

Le film à la télé ce soir, n’a rien de passionnant et la tête n’est pas aux divertissements. La vie doit reprendre son cours. Voilà maintenant à peine plus de trois semaines que Jacques nous a quittés pour aller rejoindre un monde meilleur. Si l'on en croit cette expression consacrée, qui voudrait nous consoler de la perte d’un être cher.

Cette promesse d’un paradis où tout serait beau et bon, où les âmes évolueraient dans un océan de bonheur sans fin, ne suffit pas à me consoler de ce chagrin tenace et agressif.

Je ne sais pas pour quelle raison, mais j’en veux à la terre entière. Comme si le monde était responsable de ce malheur qui vient de nous frapper.

La mort est un processus naturel, je ne devrais pas réagir de la sorte et accepter que nous sommes de passage dans cet univers. Surtout lorsque l’âge la rend acceptable au regard de cette logique affligeante et lamentable de notre constat d’impuissance.

Lorsque l’on se dit croyant, il devrait être moins difficile d’accepter le départ d’un proche, de moins le pleurer. Pourtant, ce n’est pas le cas. Au contraire, j’en veux même à Dieu de m’avoir pris mon père beaucoup trop tôt !...

Quel que soit l’âge, de toute façon, ce n’est jamais le bon moment. Il n’existera jamais car nous ne voulons pas être séparés des personnes que nous chérissons.

Perdu dans mes réflexions et guère attentif à ces images qui défilent sur l’écran, je me tourne vers maman :

- Je crois que je vais aller me coucher, je suis trop fatigué pour rester plus longtemps.

- Je vais faire comme toi, mon garçon, ce film est vraiment niais. Et puis, comme d’habitude, il faut toujours qu’il y ait un enterrement dans le scénario. On dirait que tout est fait exprès pour nous rappeler ton père.

Nous regagnons nos chambres, non sans nous être étreints, pour nous souhaiter une bonne nuit, mais avec plus de force qu’à l’habitude,

Je sais que Micheline attend ce moment de solitude nocturne pour enfin s’autoriser à verser les larmes, qu’elle n’ose pas laisser couler en ma présence.

Malgré le chauffage, ma chambre est fraîche.

L’humidité de la neige pénètre dans la pièce et, en dépit des 19°, je frissonne en me déshabillant.

Je suis impatient de me glisser sous la couette en revenant de la salle de bains. Je ne peux empêcher mes yeux de s’emplir de larmes. Je ne voudrais pas, je lutte contre ce flot mais, tout est plus fort que moi, le liquide salé coule sans que je ne puisse rien faire pour l’endiguer.

La vague passe, puis elle revient moins forte et, telle une marée descendante, elle va s’apaiser, en laissant mon esprit dans un désert humide, une plage abandonnée sur laquelle je me retrouve seul face au soleil couchant aussi rouge et brûlant que le sont mes yeux.

Enfin, je vais m’endormir. Epuisé mais réconforté d’entendre ma mère dans la chambre voisine, émettre un petit ronflement, tel un signe tranquillisant de son paisible endormissement.

Depuis la disparition de Jacques, mes nuits sont ponctuées de nombreux réveils qui entraînent une fatigue matinale que j’ai bien du mal à supporter pour assumer ma journée de travail.

Heureusement que les consultations à mon cabinet, me plongent dans l’univers d’autres souffrances, celles qui affectent les patients. Elles éloignent momentanément de mon esprit les affres de mon propre chagrin.

Mais cette nuit me semble différente, mon sommeil paraît plus profond qu’à l’habitude.

Je ressens un étrange apaisement. Je me retrouve dans un état où se mêlent rêve et réalité, comme plongé au sein d’un univers ambivalent, intrigant.

Je ne comprends pas ce qui arrive, j’ai l’impression d’être réveillé et pourtant, je sais que je dors !

Tout autour de moi est rassurant, à la fois connu et inhabituel.

Les choses sont normales, je peux me déplacer, je sens le sol sous mes pieds, un air doux vient caresser mon visage, je peux toucher les objets qui m’entourent, sentir leur poids, leur chaleur, leur texture… et cette lumière, partout à la fois, sans source précise.

Elle émane de partout en même temps, du sol, des murs, du plafond mais aussi de chaque élément présent, y compris de mon propre corps qui rayonne…

Je me sens serein, tranquille et confiant.

Je ne vais pas demeurer seul assez longtemps dans cet endroit curieux. J’entends une voix derrière moi. Je reconnais son timbre si particulier et familier, il a bercé mes tendres années.

- Grand-mée, c’est toi ?... Ce n’est pas possible, tu es morte depuis plus de dix ans !...

- Si, mon petit garçon, c’est bien moi, et je viens te voir pour demander ton aide. Ton père a besoin de toi, il faudrait lui apporter ton soutien.

Je ne comprends rien à tout ceci. Que se passe-t-il ?

Si c’est un rêve, il paraît tellement… réel, qu’il en devient perturbant !

- N’aie pas peur JJ, il ne s’agit pas d’un songe. Je suis venue vers toi pour te parler. C’est une communication. Je sais que tu as du mal à le comprendre. Alors je reviendrai dans quelques nuits et je t’expliquerai la raison de mes visites… Prochainement, tu vas vivre un événement aussi surprenant que significatif, il te permettra de croire ce que tu viens de vivre. Ce sera un clin d'œil de ton père.

Je me réveille en sursaut, avec une sensation très curieuse. Je me sens comme décalé.

L’horloge affiche alors 23 h 23, j’ai l’impression d’avoir dormi longtemps, en réalité, il y a moins d’une heure que je suis au lit !

J’ai de la peine à effacer les images que je viens de voir en rêve. Elles me paraissent si concrètes !

Est-ce que je deviendrais fou ?

Je sais que le chagrin peut jouer d’étranges tours.

Malgré tout, je parviens à retrouver le sommeil.

Je me lève avec en tête cette curieuse expérience jusque dans le moindre de ses détails.

Je retrouve maman pour partager le petit déjeuner et je lui parle de mon aventure nocturne.

Comme d’habitude elle me rassure et elle change de sujet pour me détendre un peu en abordant un sujet plus présent.

- Tu sais, j’ai eu Jackie et Domi au téléphone.

- Et alors ?

- Ils viennent dimanche à la maison, ils apportent le repas pour ne pas nous donner de travail.

- C’est bien, ça nous changera les idées. Tu as accepté ?

- Bien sûr, j’étais sûre que leur idée te ferait plaisir. Mais tu penseras à prendre une bonne bouteille de champagne, ils adorent en boire à l’apéritif.

- J’irai chercher un grand cru. C’est une excellente idée.

Je pars faire les courses. Au fil du temps, quelques jours après, je ne pense plus vraiment à mon expérience nocturne si étrange.

Le travail a repris et nous apprenons avec difficulté à vivre sans Jacques. Je me souviens de la phrase qu’il nous avait lancée ce jour où nous avions été en désaccord avec lui, au sujet d’une broutille…

- Vous verrez le jour où je ne serai plus là !...

Nous n’imaginions pas à quel point elle deviendrait pertinente. Aujourd’hui, il nous manquait si cruellement, que ces quelques mots venaient résonner avec une force que nous n’aurions pas soupçonnée à cette époque.

Enfin le dimanche arrive, nous nous réjouissons de revoir nos amis et passer un réconfortant moment en leur compagnie.

Comme d’habitude ils ne sont pas en retard et la météo nous promet une journée radieuse.

Nous déchargeons la voiture des nombreux paquets prévus pour les repas de la journée.

Rien ne manque, Domi a géré au mieux pour que l’ambiance soit la plus légère possible face aux sinistres circonstances qui hantent nos esprits sans répit.

- Allez, venez à table !... J’ai dégotté un champagne dont vous me direz des nouvelles.

- Excellente idée, il ira parfaitement bien avec les feuilletés que nous avons apportés.

Nous allons nous installer autour de la table.

Domi va se charger de faire sauter le bouchon de la dive bouteille…

Le bruit caractéristique nous fait rire, d’autant plus que le muselet a lâché trop vite et que le bouchon est parti comme une fusée !...

Nous nous amusons de l’incident, je pars récupérer à l’autre bout de la pièce, l’objet brièvement transformé en un projectile festif, qui a malgré tout laissé une petite empreinte dans le plafond de la pièce.

Machinalement je regarde ce bout de liège, puis je le dépouille de son muselet métallique et de sa coiffe.

Et là, je ne vais pas en croire mes yeux !

Il est inscrit sur le bouchon, une succession de chiffres imprimés.

Elle n’a rien d’anodin. Elle vient nous rappeler la date exacte de l’anniversaire de Jacques !

1er novembre 1928, sous la forme "1–11–28" et ceci est parfaitement lisible.

Si c’était le signe dont m’avait parlé Madeleine ?...

Nous sommes tous intrigués par cette singulière coïncidence.

Comment une pareille inscription a-t-elle pu être imprimée sur ce bouchon ?

Quelle probabilité existait pour que la combinaison de ces cinq chiffres se trouve exactement ordonnancée pour former une date aussi précise ?

Et quelle chance avais-je de choisir cette bouteille particulière au milieu de la quantité qui s’étalait dans le rayon des vins de Champagne ?

Nous savourons le nectar aux fines bulles dans un silence quasi religieux, faisant un écho à notre surprise et à nos interrogations.

Je vais constater une chose, ce simple morceau de liège restera dans le buffet de la salle à manger, comme une sorte de mystérieuse relique.

Il ne sera pas mis à la poubelle, même si je ne peux m’empêcher de considérer ceci comme étant à la limite du superstitieux…

Domi et Jackie sont partis. Nous avons passé une bonne journée réunis autour de la table. L’absence nous a parue moins lourde à supporter grâce à leur présence.

- Ils nous ont bien gâtés avec le repas qu’ils avaient pris chez le traiteur, me dit Micheline

- Il est vrai qu’ils n’ont pas fait semblant. Je suis content d’avoir choisi ce champagne pour les remercier.

- Et le bouchon ?...

- Je l’ai mis sur l’étagère où sont rangées les coupes, à l’abri.

- C’est curieux non…

Une larme coule sur le visage de ma mère.

Elle pense à son compagnon qui a été à ses côtés plus de cinquante ans.

Le vide prend alors l’aspect d’un abîme de solitude, même si je suis près d’elle, rien n’est plus pareil.

Je la serre dans mes bras, un long moment.

Puis, elle se calme.

Sa force m’impressionne et me rassure.

- Allez, ce n’est pas le tout, mais il faut ranger la vaisselle avant de regarder le film. Il reste des chocolats ?

- Oui, je m’occupe de tout remettre en place. Assieds-toi dans ton fauteuil, je vais t’apporter une bouchée pralinée…

Quelque temps plus tard, alors que l'aventure du bouchon de champagne est passée dans le domaine des anecdotes incompréhensibles, je vais revivre un nouvel événement nocturne hors du commun.

- Jean-Jacques !... Tu m’entends ?

Je reconnais immédiatement la voix de Madeleine. Etrangement, je ne suis pas perturbé.

Je lui réponds sans attendre.

- Oui, Grand-mée, mais je ne peux pas te voir.

- Le moment n’est pas venu pour toi de discerner. Pour l'instant tu dois vite aider ton père. Il est bloqué dans sa progression par des djinns qui le retiennent.

- Et qu’est-ce que je peux faire à ceci ?

- Tu dois faire dire le Kaddish, c’est la prière des morts pour les Hébreux, ainsi son âme pourra être libérée.

- Mais, nous ne sommes pas juifs !... Comment je vais m’y prendre pour faire dire cette prière ?

- Tu trouveras sûrement une solution… Nous te faisons confiance.

La communication prend fin. Elle me laisse plongé dans un trouble important.

Je m’endors pourtant sans effort et le lendemain, je m’en ouvre à ma mère au petit déjeuner.

- Tu n’as qu’à demander à Amélia, elle connaît pas mal de monde, je suis sûre qu’elle saura comment procéder.

La réaction de Micheline me surprend autant par sa spontanéité que son calme face à des événements qui sont malgré tout, vraiment déroutants.

L’idée me paraît bonne et, Méa, comme nous la nommons affectueusement, a vécu en Algérie durant une époque où les trois religions du Livre coexistaient en bonne intelligence.

C’est décidé, cet après-midi je vais me rendre chez elle pour lui parler de ce qui nous arrive.

Amélia est un petit bout de femme du même âge que Micheline.

Elles sont proches depuis leur première rencontre houleuse pour une stupide histoire d’interphone.

Quand elle est arrivée dans notre immeuble, elle a emménagé avec mari et enfants dans l’appartement situé juste au-dessous du notre. Par malheur, François, son compagnon, la quittera brusquement, quelques semaines seulement après avoir pris sa retraite.

Méa est vraiment croyante. Maman se retrouve tout naturellement auprès d’elle à l'heure de ces dramatiques circonstances.

Les deux femmes deviennent rapidement intimes et vont partager de nombreux moments.

Amélia est d’ailleurs la dernière personne, hormis nous-mêmes, à avoir pu côtoyer mon père juste avant son accident cardiaque.

- Vous êtes encore à Saint André ? demande Méa à Jacques.

- Oui, mais nous reprendrons nos quartiers d’hiver fin de semaine prochaine. On se reverra dès notre retour.

- Alors à bientôt, si Dieu le veut !...

Notre amie a pour habitude d’utiliser cette formule souvent. Mais ce jour-là, elle va s'avérer dramatiquement prémonitoire.

Moins de trois heures après cette rencontre, mon père va être victime d’un arrêt cardiaque dans le bureau d'accueil de mon cabinet.

Une succession de chocs thoraciques, fait repartir son cœur, le temps de prévenir le SAMU pour transférer Jacques en réanimation. Cette syncope n’augure rien de bon. Le verdict tombe rapidement :

- Ton père fait un infarctus massif postérieur. Que veux-tu que nous fassions ? Doit-on le transférer en soins intensifs malgré le peu de chances qui lui restent ?

- Oui, mais au mieux possible… en clinique si tu peux.

- Je m’en occupe immédiatement. Je te tiens au courant dès que j’ai du nouveau.

Jacques est emmené dans une excellente clinique où il reprend conscience. Il nous parle vite de son désir de rentrer à la maison pour arroser son premier infarctus, comme s’il s’agissait d’un glorieux fait de guerre. Une victoire qu’il n’avait pas le moindre doute de pouvoir remporter…

- On fera sauter un bouchon, pour fêter mon retour à la maison, avec Arthur et tous nos amis !... Tu iras acheter du millésimé, pas de l’ordinaire !

Même dans ces circonstances dramatiques, Jacques a gardé son esprit positif et résolument optimiste.

Deux jours plus tard, il refait un accident cardiaque qui cette fois-ci sera malheureusement sans retour malgré la prompte réactivité de l’équipe médicale.

Je ne peux m’empêcher de repenser à la boutade de Jacques juste avant de nous quitter définitivement.

Il tenait tellement à faire sauter un bouchon dans une atmosphère festive…

Je me pose la question en me remémorant l’épisode du bouchon marqué.

Aurait-il fini ce jour-là, par sabrer ce champagne auquel il tenait tant, de là où il se trouvait maintenant ?

Il avait un tel désir de partager ce verre de l’amitié pour fêter son retour à la vie, en bonne compagnie avec un excellent champagne.

Je me demande s’il n’est pas arrivé à ses fins par cet artifice en forme de clin d’œil en provenance de l’au-delà.

Je me perds alors en de vaines conjectures.

Ne serait-ce pas uniquement là, l’expression d’un désir de le savoir encore en vie, vivant toujours dans un hypothétique ailleurs d'où il s’exprimerait ainsi ?

Méa est attentive à mon récit. Rien ne l’étonne, car elle est ouverte à ce genre de manifestations. Elle prend mon récit au sérieux puis m’assure pouvoir m’aider pour la requête de ma grand-mère.

- Je te tiens informé rapidement. Vous pouvez compter sur moi, avec Micheline. Je ferai tout mon possible pour vous.

Le lendemain soir, la sonnerie du téléphone vient rompre le calme de la soirée.

- C’est Méa. J’ai contacté des amis qui se rendent en Israël la semaine prochaine. Ils pourront sans aucun problème faire dire sur place le Kaddish dans les strictes règles religieuses qui sont attachées à cette prière vraiment particulière. Vous pouvez avoir confiance en eux, tout sera fait.

Avec Micheline, je me confonds en remerciements pour cette aide aussi inattendue que précieuse à nos yeux. Même si nous n’en comprenons pas toutes les subtilités.

2- Le passage à Jérusalem

Une dizaine de jours s’est écoulée depuis l’appel de notre amie Amélia. Nous tentons de reprendre le cours de notre vie en essayant de ne pas trop nous laisser déborder par le deuil qui nous écrase au quotidien.

Ce mercredi soir, alors que nous terminons notre souper, le carillon de la porte d’entrée résonne dans le couloir.

- Qui ça peut être à cette heure-là ?... me demande Micheline.

- Je vais voir. De toute manière il s’agit de quelqu’un de la maison, on ne peut pas entrer dans l'immeuble sans sonner à l’interphone.

Rapidement, je vais ouvrir la porte d'entrée.

Je vois apparaître dans l’encadrement arborant un large sourire… Méa !

- C’est encore l’enquiquineuse !... s’exclame-t-elle en riant…

- Penses-tu, entre vite, il ne fait pas chaud du tout sur le palier.

Elle s’installe dans le fauteuil à côté de Micheline, lui prenant la main d’un geste apaisant.

- J’ai de bonnes nouvelles pour tous les deux ! Mes amis sont revenus de Jérusalem et ils ont pu faire dire le Kaddish par douze rabbins, comme le veut la règle. Le papa devrait être délivré sous peu de l’emprise des mauvais esprits qui le retiennent.

Pour fêter l'heureuse information, nous grignotons quelques sucreries dont nous sommes friands.

La soirée se déroule sous de bons auspices.

Après un grand moment de discussions amicales, Amélia retourne chez elle, en laissant derrière elle, une réconfortante empreinte de satisfaction et d’espoir.

- Je ne sais pas l’effet que cette prière aura, mais de toute façon, ça ne peut certainement pas faire de mal de prier pour la mémoire d’un être cher.

- Tu as raison mon garçon. Ton père doit être content que nous ayons pu relever ce défi.

Trois nuits plus tard, alors que nous passons le week-end à Saint André, je vais vivre la première de ces nombreuses expériences extraordinaires que je vais être amené à faire.

Je m’endors sereinement sans la moindre difficulté. Après une journée de travail bien remplie, j’ai épuisé le peu de réserve qu’il me restait à tenter de résoudre le cas d’un patient plus difficile que d’ordinaire.

Je ressens alors une sensation étrange...

Je sais que je suis plongé dans le sommeil, pourtant, je n’ai pas l’impression de rêver comme d’habitude.

Je perçois ce qui m’entoure, comme lorsque je suis éveillé. Le plus surprenant, c’est que je suis en train de me voir dormir dans mon lit !

J’observe ma chambre sous un angle que je n’avais jamais connu jusqu’à cette nuit. Mon regard est en mesure d’englober la totalité de l’espace sans que je bouge la tête.

Une image à 360°, c’est invraisemblable !...

Au-delà de cette aberration, je constate les faits. Je me range à ces évidences. Je suis bien capable de me voir allongé avec en plus, une perception globale de la pièce où je me trouve. C'est incompréhensible !

Une voix douce s’adresse à moi calmement. Elle ne m’a pas surpris. Son timbre est d’une rare pureté et le ton utilisé si rassurant qu’il me paraît presque familier.

- Je te salue Jean. Tu n’as rien à redouter de moi ni de mon compagnon. Nous sommes là pour t’accueillir.

- Bonjour… enfin bonne nuit, je ne sais pas. Qui êtes-vous ?

- Il n’y a pas de jour ni de nuit, mais la Lumière et les ténèbres à ce niveau de conscience où tu arrives. Nous te connaissons depuis longtemps, je suis ton guide et ton meilleur ami, celui que tu entends dans ta tête quand tu crois te parler à toi-même.

- Mon ange gardien ?

- Si tu veux. bien que ceci n’ait pas d’importance. Je suis attaché à ton essence, ton âme si tu préfères. Je me nomme Aniel. J’ai pour mission de te protéger et te conseiller du mieux possible dans le respect de ton libre arbitre.

- Et ton compagnon, qui est-il ? Il paraît si fort, vraiment différent de toi.

- Tu vas rencontrer au fil de tes nécessités, quatre êtres différents, nous avons chacun une spécificité. Septiel qui est là, est responsable de ta sécurité dans ce que nous appelons l’inter-monde.

- Un garde du corps en quelque sorte.

- Plutôt le protecteur de ton esprit car celui qui a en charge ton corps physique porte le nom de Iziel. Il le veillera à chaque fois que nous viendrons te chercher. Mais chaque chose en son temps, tu es trop curieux et pressé de tout savoir.

- Mais, tu m’as dit que vous étiez quatre ?

- Précisément, c’est à ce dernier de notre équipe qu’il va échoir la tâche de t’enseigner chaque chose que tu seras appelé à découvrir. Il s’appelle Ahael, et il a toujours une réponse pour tout.

- J’ai vraiment l’impression de rêver intégralement, d’être en plein délire !...

- Tu ne rêves pas. Quand tu te réveilleras demain, tu te souviendras précisément de notre rencontre, dans le moindre détail. Et puis n’oublie pas, ton père t’a adressé un petit message en guise de clin d’œil, pour que tu TE croies.

Le décor disparaît aussi soudainement qu'il m'était apparu, me rendant au sommeil, ma tête confortablement blottie au creux de l'oreiller.

Au lever tout me revient en mémoire. Comme le ferait un songe banal. A la différence qu’aucun détail ne manque, comme l’a souligné l’insolite créature.

J’ai l'étrange sensation de me rappeler un souvenir, vraiment distinct de cette perception rattachée à ce monde irréel et reconnaissable des songes.

Au petit déjeuner, je vais parler à Micheline de cette curieuse aventure.

Je n’arrive toujours pas à comprendre ce qui a bien pu se passer.

- Tu sais, je crois que je suis en train de dérailler. Avec la mort de papa, je pense que je perds la tête.

- Ne dis pas ça. Et puis, si tu ne vas pas mieux, tu n’auras qu’à aller consulter ton ami psychiatre.

- Tu as raison. Je suis bientôt à l’hôpital et Éric sera là en consultation. J’irai déjeuner avec lui, de cette façon je pourrai lui en toucher deux mots. S’il le faut je prendrai rendez-vous à son cabinet par la suite.

- C’est un garçon charmant et compétent, je suis sûr qu’il va trouver les bons mots pour te rassurer, et qu’il n’y a rien de grave. Ne te fais pas de souci.

Je ne peux m’empêcher de repenser à ce rêve.

Pourquoi l’entité m’a-t-elle appelé Jean, elle n'a conservé qu’une partie de mon prénom ?

Durant toute la journée, je tente de rationaliser ce qui m’est arrivé. Un choc émotionnel n’est pas anodin, surtout quand il est question d’un deuil de cette nature.

Perdre son père est un lourd chagrin, même lorsque l'on a quarante-huit ans. Cette épreuve peut générer des troubles psychologiques qui pourraient expliquer ce genre de manifestations.

Il fait un temps magnifique ce mercredi alors que je cherche vainement une place pour garer ma voiture sur le parking réservé au personnel, de l’hôpital.

Comme d’habitude, je galère un peu. Des véhicules non autorisés viennent prendre les places destinées aux soignants. Je marmonne au volant en cherchant le petit bout de bitume tant espéré.

- Ce n’est vraiment pas possible !... Ils ne sont même pas capables de comprendre que l’on vient là pour les soigner. On a autre chose à faire que de chercher une place pour stationner !...

Enfin la chance va me sourire. Une voiture démarre juste devant moi en libérant un magnifique endroit.

Je persiste malgré tout dans mon monologue.

- Tu vois, ce n’était pas la peine de râler pour ça… Il te suffisait seulement d’y croire…

Je me surprends à prononcer cette phrase, comme si elle n’était pas venue de moi.

Je viens de verbaliser une pensée et de dire à haute voix, ce que j’entendais tout bas dans ma tête.

Je me presse un peu, je ne suis pas en avance. J’ai perdu assez de temps sur ce parking pour ne pas me laisser envahir par des réflexions stériles sur mon comportement.

Je me rends d'un pas rapide au vestiaire.

Pauline est déjà arrivée.

- Allez JJ, bouge-toi, le patron est déjà sorti du bloc et il a demandé à voir l’équipe au grand complet.

- J’arrive !... Tu triches ma grande, c’est facile pour toi d’arriver en avance quand on habite l’immeuble en face de l’hôpital !...

Ma collègue est une grande blonde, à l'allure aussi sportive qu'élégante.

Elle est en plus, une excellente analyste. Ce qui ne gâte rien, car je peux toujours m’appuyer sur les résultats des examens qu’elle pratique sur nos patients.

Nous sommes rapidement devenus amis et souvent nous passons d'interminables soirées ensemble à refaire le monde.

En entrant dans la salle de consultations, je repère tout de suite Éric. Il est en train de discuter au sein d'un petit groupe. Il est toujours égal à lui-même et ce, jusque dans son apparence.

Il est presque l’archétype du psychiatre. L’image d’Epinal que l’on peut se faire, à tort, de cette spécialité. Petites lunettes cerclées or, nœud papillon bordeaux et costume trois pièces qui apparaît sous un sarrau ouvert, nonchalamment posé sur ses épaules.

C’est vrai qu’il paraît rassurant dans cette tenue, à la fois distinguée et décontractée, juste ce qu’il le faut. La blouse ouverte comme pour bien marquer l’accueil qu’il peut offrir à ses patients, en dévoilant un aspect sérieux et apaisant.

Il efface l’espace de protection entre l’autre et lui, en affichant une bienveillante distance professionnelle. Rien n’est vraiment anodin dans le comportement d’un psychanalyste de sa trempe.

J’irais même jusqu’à le soupçonner d’observer ses propres réactions, si je ne savais à quel point il peut être spontané et convivial quand nous sommes réunis pour faire la fête, chaque premier jeudi du mois.

Je m’approche de lui en saluant au passage le plus de collègues qu’il m’est possible de le faire sans déranger la séance d’échanges organisée par notre patron.

- Bonjour Éric, je pourrais te voir ?

- Bonjour à toi. Bien sûr, quand tu veux.

- On déjeune ?

- OK.

L’échange est bref, écourté par une demande du chef de Service, qui me concerne directement.

La réunion se terminera tard ce jour-là et nous n’irons déjeuner qu’à 13h30, ce qui ne nous laissera que fort peu de temps pour discuter.

- Tu reprends à quelle heure JJ ?

- A 14h30 et toi ?

- Pareil ! Bon, on mange en vitesse au cani1 du coin, si ça te va, comme ça on devrait être dans les temps.

- Ça marche…

Le petit bouchon en contre-bas de l’hôpital, nous sert de point de rencontre quand nous voulons éviter la cafétéria un peu trop fréquentée par les mêmes personnes. Certes, l’ambiance de ce petit restaurant lyonnais est quelque peu sonore mais c’est un gage de discrétion, que de pouvoir fondre une conversation privée dans la masse de toutes les autres.

- Deux plats du jour chef et un pot, merci ! demande Éric au patron.

- Toujours pressés, hein les gones ! Vous devriez en parler à votre médecin, il vous dirait que ce n’est pas bon pour la santé. Installez-vous à la 4, je vous amène ça tout de suite

Notre hôte s’en va en rigolant pour nous procurer de quoi nous satisfaire.

- Alors mon ami, qu’est-ce que tu as de si important à me dire ?

- En fait, tu sais… enfin, la mort de mon père…

- Oui, j’ai bien vu que tu as du mal à remonter la pente mais tu vas y arriver grâce à ta mère. Cette femme est toujours aussi étonnante. Depuis que je la connais, elle a fait preuve d’une force hors du commun. Tu sais un deuil, c’est un long processus, tu dois être patient avec toi-même.

- Je comprends ce que tu me dis et je suis conscient du temps qu’il me faudra.

- Toi, tu ne me dis pas tout ? Allez, explique-moi ça.

Le patron nous apporte des assiettes bien garnies, et il s’empresse de remplir nos verres avec un vin rubis, sorti tout droit de sa réserve personnelle.

- Bon appétit messieurs et puis ne mangez pas trop vite !... ajoute-t-il d’un ton facétieux avec un clin d’œil complice.

Après l’avoir remercié, Éric se tourne à nouveau vers moi et m’interroge du regard.

Je lui raconte brièvement les événements étranges de ces dernières semaines, pour arriver à l’essentiel de ce qui engendre mon inquiétude.

Éric m'a écouté avec beaucoup de concentration, sans jamais m’interrompre. Il prend un temps de réflexion avant de répondre à mes interrogations.

- Tout d’abord, non, tu n’es pas fou. Il se produit beaucoup de phénomènes qui restent inexpliqués après un décès. Tes perceptions des choses sont assez logiquement modifiées. Et l’inconscient