Waterloo démythifié ! - Yves Vander Cruysen - E-Book

Waterloo démythifié ! E-Book

Yves Vander Cruysen

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Beschreibung



Il n’est pas une bataille, un événement historique qui n’ait suscité autant de rumeurs, d’analyses contradictoires, d’écrits savants ou anecdotiques, de légendes que le combat de Waterloo ! 

Les auteurs romantiques n’y sont pas étrangers, ayant largement contribué aux affabulations autour du gouffre du chemin creux, des mots de Cambronne, des fraises de Grouchy, des maladies de Napoléon, de la rencontre entre Blücher et Wellington, des 300 morts dans le puits d’Hougoumont, de la blessure du Prince d’Orange, de la mort héroïque de Picton ou de Marie-tête-de-bois, du bal de la duchesse de Richmond, du magot de Genappe, de la construction de la butte du lion, de la fortune des Rothschild, des forces en présence, du traitement des morts et des blessés, de la rente de Wellington, des origines toponymiques de certains lieux, de la dénomination de la bataille... 

Un travail inédit, préfacé par Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE : 

"Un ouvrage ludique et instructif." - Avenir.net


A PROPOS DE L'AUTEUR :

Après avoir consacré quinze années à la revalorisation du plus célèbre des champs de bataille, Yves Vander Cruysen, par ailleurs échevin du tourisme de Waterloo, dresse, dans ce livre, l’inventaire de tous ces mythes, rumeurs, et légendes ; raconte leurs origines et essaye, avec franchise, non sans avoir consulté de très nombreux documents, de discerner le faux du vrai. Quitte à démythifier quelque peu cette bataille bicentenaire.

EXTRAIT : 

Waterloo, terre de combats ?

Waterloo a souvent été une terre de combats. Tout simplement parce que, à travers les siècles, les armées qui défendaient ou menaçaient Bruxelles avaient un égal intérêt à s’assurer la position de Waterloo, celle-ci leur garantissant la maîtrise de la forêt de Soignes encerclant la capitale. Elle était aussi traversée par une route pavée, très prisée des armées. Elle devint ainsi une véritable clé de voûte pour les stratèges militaires.

La petite bourgade, qui n’était alors qu’un hameau de Braine-l’Alleud, fut ainsi occupée, dès 1698, par diverses troupes de passage ; avec tout ce que cela peut représenter, comme dégâts et sacrifices, pour les populations locales.

Le 17 août 1705, elle fut le cadre d’un premier combat important, opposant des troupes de Marlborough à celles de Jacques Pastur, dit Jaco, figure populaire de la région. Cet enfant du pays, digne des romans d’Alexandre Dumas, animait aux alentours du hameau du Roussart une troupe de durs à cuire, prêts à tous les coups de force et dévoués à leur maître. Avec ses mercenaires, Jaco se mit, tour à tour, au service de l’Espagne et de la France. Entre 1702 et 1705, il fut ainsi chargé par le roi Louis XIV de surveiller les mouvements de l’armée de Marlborough, venue renforcer les Habsbourg autrichiens sur le vieux continent. C’est dans ce cadre qu’il opposa, aux portes de son village natal, une forte résistance aux troupes anglo-hollandaises venues prendre possession de la si stratégique route reliant Charleroi à Bruxelles.



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Seitenzahl: 311

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Préface

Pour les manuels d’histoire de tous les pays, la bataille de Waterloo a eu lieu le 18 juin 1815. Elle a commencé en fin de matinée et s’est terminée entre dix et onze heures, au soleil couchant (l’astre de vie, indifférent aux turpitudes des hommes, se couche tard au début de l’été).

Autre fait incontestable, ce jour-là, les forces combinées du duo Wellington-Blücher écrasèrent l’armée de Napoléon. Celui que Clausewitz persista tout de même à qualifier de « Dieu de la guerre » n’eut que le temps de se sauver du champ de bataille pour rentrer à Paris où il abdiqua le 22 juin, avant de prendre le chemin de l’exil. Direction : Sainte-Hélène.

Tous ceux qui s’intéressent peu ou prou à la période napoléonienne et à son historiographie le savent pourtant : la bataille de Waterloo dure encore, deux cents ans après.

De tous les combats menés par Napoléon – il y en eut une centaine –, celui-ci a fait couler tant d’encre que l’on pourrait considérer que son histoire n’est pas « finie », au sens de « parfaite » (qui est celui de cet adjectif au début du XIXe siècle). Il n’y a qu’à examiner la bibliographie concernant la campagne de Waterloo : elle s’enrichit chaque année d’un ou deux livres (on apprendra plus tard qu’il y en a plus de six cents !) et de bien plus d’articles encore, jusqu’à plus soif.

Ce qui tient lieu de modernité à notre époque s’y est mis aussi : une promenade sur la grande toile de l’Internet et des réseaux sociaux permet de parcourir des sites entiers, des blogs, des pages dédiées où dialoguent et s’affrontent des milliers d’afficionados de tous les pays.

Sur place, le site à la fois préservé et en pleine mutation est un des lieux touristiques les plus visités de Belgique. Arpenté par des centaines de milliers de visiteurs, il l’est aussi par une troupe sans cesse renouvelée de chercheurs et de passionnés qui complètent leurs fiches, mesurent les distances, chicanent, argumentent et colloquent, parfois doctement, lorsqu’ils ne grattent pas la terre pour en extraire des vestiges enfouis. Il arrive même qu’un squelette exhumé (le dernier le fut en 2012) déchaîne de nouvelles salves de discussion.

Tous ces acteurs posthumes de Waterloo suivent en cela un exemple prestigieux. C’est en effet Napoléon qui, le premier, a lancé tous ces débats. Dans les jours qui ont suivi la bataille, il en a fait présenter une première version à des députés vent debout contre son Empire restauré cent jours plus tôt, suscitant déjà des remous, des contestations et des mouvements de tribune. Abasourdi par ce qui lui était arrivé (« Journée incompréhensible ! Concours de fatalités inouïes ! », disait-il), il a continué à travailler « sa » bataille sur le bateau qui le conduisait à Sainte-Hélène et a peaufiné son interprétation des événements jusque dans la maison de Longwood, bicoque inhospitalière où l’avait confiné le gouvernement britannique. Premier morceau de ses Mémoires qui parvint clandestinement en Europe, sa Campagne de 1815 fut disponible dès 1820. C’est largement sur le terrain choisi par le vaincu que le débat, à peine esquissé jusqu’alors, s’amplifia.

Il se poursuit encore, et, parallèlement ou simultanément aux controverses purement historiques, il s’est nimbé d’un brouillard de légendes et d’histoires pittoresques, parfois créées de toutes pièces par les témoins, les mémorialistes, les romanciers ou (hélas !) les historiens, qui a fini par constituer une part quasi inextricable de la vulgate de Waterloo. Il nous embrouille souvent, quand bien même ses créateurs français, anglais, belges, néerlandais, allemands ou autres ne poursuivaient pas tous des buts mesquins. Son origine et le fond de vérité qu’il masque parfois sont en tout cas bien difficiles à entrevoir. C’est pourtant ce que tente de faire dans cet ouvrage Yves Vander Cruysen. Mais au couteau dont on dit parfois qu’il permet de couper les brouillards les plus épais, il préfère ici le scalpel.

Par ses racines familiales depuis longtemps nourries par la terre de ce « cirque de bois, de coteaux, de vallons » (Hugo), par son intérêt pour l’Histoire, par les hautes fonctions politiques et administratives qu’il a occupées ou occupe encore, Yves Vander Cruysen fréquente le monde multiple et foisonnant des passionnés de Waterloo depuis plusieurs décennies. Il a accueilli et guidé les visiteurs de passage sur le champ de bataille (dont de nombreux « grands » et quelques « très grands »), géré sa mémoire, développé son patrimoine et préparé son avenir, entendu des centaines de conférences et d’exposés, lu des brassées de textes, organisé des dizaines d’événements autour du souvenir de la bataille, vécu et – qu’on me passe l’expression – « mangé » du Waterloo, matin, midi et soir, sans jamais s’en lasser. Il ne s’en lassera d’ailleurs jamais, ni ne se laissera décourager dans sa passion.

Même s’il s’en défend – sans me convaincre –, il ne se veut pas un spécialiste de la bataille proprement dite, mais accepte volontiers qu’on le considère plus modestement comme un « bon connaisseur » de l’histoire des lieux et de ce qu’on pourrait appeler « l’après-Waterloo » ou le « Waterloo périphérique ».

Force est de constater qu’il en donne la preuve éclatante dans ce livre qui visite et revisite une petite centaine de thèmes qui, à force d’être répétés, recopiés ou racontés, sont le socle de la légende de la bataille. En le suivant, on touchera ici indifféremment à la grande et à la petite histoire. On sera avec Wellington ou Napoléon comme avec les sans-grades. On se promènera au cœur de l’événement colossal comme on se penchera sur des faits individuels. On parlera du 18 juin 1815 comme on se projettera dans sa postérité. À chaque fois avec clarté, rigueur, quelquefois ironie et sévérité, mais jamais sans cette tendresse des hommes qui aiment leur Histoire et leur terre. Qui plus est, il lui arrivera souvent de confirmer et même d’étayer quelques-unes des histoires qu’il aborde. Et, bien sûr, il évoquera un dossier qui lui tient à cœur et qui reste (et restera) une grande réussite : le rapprochement des localités de tous les continents à qui fut donné, après 1815, le nom de Waterloo, perpétuation dans le temps et dans l’espace d’un moment dont on ne pourra jamais dire qu’il ne pesa pas sur l’histoire du monde.

Yves Vander Cruysen participe ainsi, à sa manière et avec l’état d’esprit souriant qui est souvent le sien, au bicentenaire de cette journée de feu, de gloire et de souffrances.

Thierry LENTZ Directeur de la Fondation Napoléon

Introduction

Il n’est pas une bataille, un événement historique qui n’ait suscité autant de rumeurs, d’analyses contradictoires, d’écrits savants ou anecdotiques, de légendes que le combat de Waterloo.

Les auteurs romantiques n’y sont pas étrangers. Présents sur le site dès qu’il fut accessible, les Byron, Walter Scott et autres Robert Southey ont donné la vie éternelle à toutes les affirmations, vraies ou fausses, dispensées par les témoins ou pseudo-témoins qu’ils rencontraient. Chateaubriand a réussi, lui, l’exploit de faire le récit d’un combat qu’il ne fit qu’entendre à cinquante kilomètres de là. Et encore, on peut en douter ! Stendhal y a emmené Fabrice Del Dongo sans s’y être déplacé. Dumas, réfugié boulevard de… Waterloo à Bruxelles, y a promené ses amis. Victor Hugo a fait le reste, rendant mythiques les légendes de ses prédécesseurs, en rajoutant des couches, mais offrant aussi à Waterloo une véritable aura universelle.

Le gouffre du chemin creux, le mot de Cambronne, les fraises de Grouchy, les trois cents morts dans le puits d’Hougoumont, la belle alliance d’une fermière de Plancenoit, la blessure du Prince d’Orange, la mort héroïque de Picton ou de Marie-tête-de-bois sont nés du génie imaginatif de ces grands écrivains, dont les écrits ont à ce point été diffusés qu’ils ont été recopiés, un siècle durant, par des pseudo-historiens.

D’autres légendes sont bien sûr nées par après – autour des forces en présence, des pertes dénombrées, de la construction du Lion de Waterloo, de la rente de Wellington, de l’absence de Napoléon pendant les combats, du bal de la duchesse de Richmond, de la jambe de Lord Uxbridge, de la fortune des Rothschild, des chevaux de l’Empereur, du nombre de drapeaux pris aux Français, du sort de leurs canons, d’exploits individuels, des origines toponymiques de certains lieux, des erreurs commises par les uns et les autres, du choix de la dénomination de la bataille, de l’origine aussi de tous ces Waterloo présents aux quatre coins du monde –, bien souvent colportées par manque d’information.

Même la couverture de cet ouvrage, représentant la rencontre de Wellington et de Blücher, au soir de la bataille, à la Belle Alliance, et dont le travail original est exposé dans la galerie royale du Palais de Westminster à Londres, est le fruit d’une légende. Comme on le lira par ailleurs, Wellington lui-même a du dénoncer cette contre-vérité.

Ce livre n’a qu’une prétention : dresser l’inventaire de toutes ces rumeurs, mythes et légendes et tenter, avec beaucoup de prudence, de séparer le bon grain de l’ivraie, de discerner le vrai du faux, d’évacuer les incongruités, de rappeler quelques vérités que certains trouveront peu agréables à lire, mais nécessaires pour mieux comprendre certains comportements. Avec un risque : celui de démythifier quelque peu ce champ de bataille qui célèbre le bicentenaire du plus célèbre des combats qui s’y déroulèrent.

Mais, il se veut aussi didactique, vulgarisateur, grand public. Les puristes et techniciens de l’époque, amateurs de notices complémentaires en bas de chaque page resteront peut-être sur leur faim. Ils trouveront néanmoins, en fin de volume, une bibliographie qui leur permettra de prolonger leur lecture en fonction des thèmes qu’ils souhaiteraient approfondir.

Il est enfin le fruit de quinze années de présence quotidienne sur le champ de bataille, au milieu d’une bibliothèque et d’archives inédites, généreusement dotées par Gustave Maison, Jacques-Henri Pirenne, Philippe de Callataÿ et Jacques Logie entre autres, de rencontres avec des historiens de premier plan, tels Jean Tulard, Thierry Lentz, Emmanuel de Waresquiel, David Chandler, John Hussey, Jean-Marc Largeaud, Marie-Pierre Rey ou des descendants des principaux belligérants. Ainsi que de longues, fréquentes et chaleureuses réunions de travail avec les membres du comité d’accompagnement scientifique international du champ de bataille de Waterloo*, à qui je dédie ce livre, en les remerciant pour tout ce qu’ils m’ont appris et que j’ai souhaité, aujourd’hui, partager avec le plus grand nombre. En simple passeur de mémoire.

Yves Vander Cruysen

*Jacques-Olivier Boudon, Philippe de Callataÿ, Alan Forrest, Jacques Garnier, Klaus-Peter Hartmann, Philippe Raxhon et Kees Schulten.

Waterloo, terre de combats ?

Waterloo a souvent été une terre de combats. Tout simplement parce que, à travers les siècles, les armées qui défendaient ou menaçaient Bruxelles avaient un égal intérêt à s’assurer la position de Waterloo, celle-ci leur garantissant la maîtrise de la forêt de Soignes encerclant la capitale. Elle était aussi traversée par une route pavée, très prisée des armées. Elle devint ainsi une véritable clé de voûte pour les stratèges militaires.

La petite bourgade, qui n’était alors qu’un hameau de Braine-l’Alleud, fut ainsi occupée, dès 1698, par diverses troupes de passage ; avec tout ce que cela peut représenter, comme dégâts et sacrifices, pour les populations locales.

Le 17 août 1705, elle fut le cadre d’un premier combat important, opposant des troupes de Marlborough à celles de Jacques Pastur, dit Jaco, figure populaire de la région. Cet enfant du pays, digne des romans d’Alexandre Dumas, animait aux alentours du hameau du Roussart une troupe de durs à cuire, prêts à tous les coups de force et dévoués à leur maître. Avec ses mercenaires, Jaco se mit, tour à tour, au service de l’Espagne et de la France. Entre 1702 et 1705, il fut ainsi chargé par le roi Louis XIV de surveiller les mouvements de l’armée de Marlborough, venue renforcer les Habsbourg autrichiens sur le vieux continent. C’est dans ce cadre qu’il opposa, aux portes de son village natal, une forte résistance aux troupes anglo-hollandaises venues prendre possession de la si stratégique route reliant Charleroi à Bruxelles.

Le combat dura une bonne heure et demie. Voyant des colonnes ennemies déborder à sa droite, craignant un encerclement, Pastur fit sonner la retraite. Il se replia avec ses hommes, lentement et en bon ordre, vers le Vivier d’Oie où ils avaient dressé un petit fortin devenu célèbre sous le nom de Fort Jaco. Les troupes de Marlborough n’osèrent, elles, s’aventurer dans la forêt. Elles se contentèrent de piller le village et d’y passer la nuit. Mais c’était sans compter sur l’orgueil de Jaco. Comprenant la situation, il donna l’ordre à ses hommes de faire volte-face. À moitié endormis, enivrés par ce qu’ils croyaient être leur victoire, les Anglo-Hollandais ne parvinrent aucunement à réagir à cette offensive-surprise. Pastur ne mit guère de temps à nettoyer les bois et à reconquérir le village. De nombreux soldats hollandais et anglais prirent la fuite dans la forêt, s’y égarèrent et ne revinrent jamais. Il y eut de nombreux tués.

Cette première « bataille » de Waterloo eut, dans l’Histoire, des répercussions tout à fait inégales. Du côté des alliés, les mémoires sur le sujet ont cherché à minimiser l’échec réel subi par les troupes de Marlborough. Ils traitèrent le combat comme une petite escarmouche (ce que ce dut être !) sans importance. Même Winston Churchill, l’expremier ministre britannique et descendant direct du duc de Marlborough, intitula le chapitre qui traite de cette époque dans la copieuse biographie qu’il consacre à son illustre aïeul « La bataille de Waterloo qui n’eut pas lieu. » C’est quand même faire beaucoup d’honneur à un combat qui, selon lui, n’exista pas.

En France, en revanche, le retentissement de « l’affaire de Waterloo » fut très grand et certainement hors proportion avec l’événement. Ainsi, le petit officier de fortune, le gardien de la forêt de Soignes qui, pendant si longtemps, avait pourchassé les Français fut présenté à la Cour du Roi Soleil. Cela se passa le 17 ou le 18 mars 1706, Louis XIV lui remettant personnellement une chaîne en or et une médaille. Le lendemain, Jaco, qui n’avait pourtant aucun des quatre quartiers de noblesse exigés pour cette distinction et malgré l’avarice en la matière du souverain, reçut la croix de chevalier de l’Ordre de Saint-Lazare et du Mont Carmel. Plus tard, il devint même maréchal de camp et termina sa vie, riche et célèbre, dans une vaste propriété qu’il fit dresser au cœur de Waterloo. Il tomba mort, inopinément, le 3 mai 1723, alors qu’il circulait dans une rue de Bruxelles où il avait aussi des biens.

Les Waterlootois furent tranquilles pendant près d’un siècle. Tout au plus virent-ils défiler, en pleine révolution brabançonne, les troupes du général Friedrich Wilhelm von Schoenfeld, battant en retraite devant les Autrichiens. Ou encore, le 20 novembre 1792, au lendemain de la bataille de Jemappes, celles du général Dumouriez qui firent halte dans le village avant de poursuivre leur chasse à l’Autrichien.

Les 6 et 7 juillet 1794, Waterloo baigne à nouveau dans le sang. C’est toute l’armée de Sambre-et-Meuse cette fois, celle des généraux Kléber et Lefebvre, qui, juste après les combats de Fleurus, se retrouve sur la plaine de Mont-Saint-Jean. Elle a, face à elle, les armées du prince d’Orange, renforcées par l’arrière-garde de l’armée autrichienne commandée par le prince de Cobourg. Les charges de cavalerie, les affrontements de l’infanterie durèrent plusieurs heures. Et c’est une intervention des grenadiers du général Lefebvre, précédée d’une nouvelle charge de cavalerie, qui décida du sort de la première journée. Interrompu par l’obscurité, le combat reprit de plus belle, le 7 juillet, mais davantage vers le village de Waterloo. Repoussé sur toute la ligne, le prince d’Orange dut se retirer vers Malines. Vainqueur mais épuisé, le mari de Madame Sans-Gêne, le fidèle parmi les fidèles de Napoléon, s’arrêta, lui, dans le village et y passa la nuit. Avant de faire une entrée triomphale, le surlendemain, dans Bruxelles.

Les stratèges militaires du XIXe siècle connaissaient donc le site de Mont-Saint-Jean, son intérêt stratégique, sa capacité à accueillir un combat de grande ampleur. Ils en possédaient des cartes. Le terrain avait d’ailleurs été reconnu par Hudson Lowe, pour le compte du Gouvernement britannique, dès 1814, comme « pouvant être utilisé avantageusement pour arrêter une armée d’invasion française devant Bruxelles. » Il était relativement dégagé et permettait, à la fois, les manœuvres d’infanterie, les charges de cavalerie et les préparations d’artillerie. Que demander de mieux ?

Les forces en présence

Les chiffres les plus fantaisistes circulent quant aux forces en présence à la bataille de Waterloo. Certains ont parlé de cent mille hommes ; d’autres de deux cents mille, de quatre cents mille, voire de cinq cents mille soldats. Récemment, une édile d’une commune limitrophe recevant une délégation asiatique a même parlé d’un million de combattants. Selon le comité d’accompagnement scientifique international, mis en place pour préparer le bicentenaire de Waterloo, ils devaient être entre trois cents et trois cents quarante mille à être engagés dans les combats. Mais tous n’ont pas combattu. Loin de là !

Voici l’ordre de bataille, tel qu’il a été validé par ce comité composé d’historiens français, anglais, allemands, hollandais et belges.

Pour l’armée française :

Commandant en chef : l’Empereur NAPOLÉON

Major général : Maréchal SOULT

Commandant de l’artillerie : Général RUTY

Commandant du génie : Général ROGNIAT

1er corps : Général DROUET d’ERLON (20 000 hommes)

- Division d’infanterie Allix (brigades Quiot et Bourgeois)

54e, 55e, 28e et 105e régiments de ligne

- Division d’infanterie Donzelot (brigades Schmitz et Aulard)

13e léger, 17e, 19e, 51e de ligne

- Division d’infanterie Marcognet (brigades Noguez et Grenier)

21e, 46e, 25e, 45e de ligne

- Division d’infanterie Durutte (brigades Pégot et Brue)

8e, 29e, 85e, 95e de ligne

- Division de cavalerie légère Jacquinot (brigades Bruno et Gobrecht)

3e chasseurs, 7e hussards, 3e et 4e chevaux légers lanciers

- Artillerie (6 batteries)

2e corps : Général REILLE (25 000 hommes)

- Division d’infanterie Bachelu (brigades Husson et Campy)

2e légère, 61e, 72e, 108e de ligne

- Division d’infanterie Jérôme Bonaparte (brigades Baudouin et Soye)

1er régiment d’infanterie légère, 1er, 2e, 3e de ligne

- Division d’infanterie Girard (brigades Devilliers et Piat)

11e et 12e légère, 4e et 82e de ligne

- Division d’infanterie Foy (brigades Gauthier et Jamin)

4e légère, 92e, 93e et 100e de ligne

- Division de cavalerie légère Piré (brigades Hubert et Wathiez)

1er et 10e chasseurs, 5e et 6e lanciers

3e corps : Général VANDAMME (18 000 hommes)

- Division d’infanterie Lefol (brigades Billard et Corsin)

15e légère, 23e, 37e et 64e de ligne

- Division d’infanterie Habert (brigades Gengoux et Dupeyroux)

22e, 34e, 70e, 88e de ligne et 2e étranger (suisses)

- Division d’infanterie Berthezène (brigades Dufour et Lagarde)

12e, 33e, 56e, 86e de ligne

- Division de cavalerie légère Domon (brigades Dommanget et Vinot)

4e, 9e et 12e chasseurs

4e corps : Général GERARD (15 000 hommes)

- Division d’infanterie Pécheux (brigades Romme et Schoeffer)

6e légère, 30e, 63e, 96e de ligne

- Division d’infanterie Vichery (brigades Le Capitaine et Desprez)

48e, 59e, 60e, 76e de ligne

- Division d’infanterie Bourmont (puis Hulot lorsqu’il passa à l’ennemi) (brigades Hulot et Toussaint)

9e légère, 44e, 50e et 111e de ligne

- Division de cavalerie légère Maurin (brigades Vallin et Berruyer)

6e hussards, 7e et 8e chasseurs

6e corps : Général MOUTON, comte de LOBAU (15 000 hommes)

- Division d’infanterie Simmer (brigades Bellair et M. Jamin)

5e, 11e, 27e et 84e de ligne

- Division d’infanterie Jannin (brigades Bony et Tromelin)

5e légère, 10e, 47e et 107e de ligne

- Division d’infanterie Teste (brigades Laffite et Penne)

8e légère, 40e, 65e et 75e de ligne

Garde impériale : Général DROUOT, en remplacement du maréchal Mortier, malade (21 000 hommes)

- Grenadiers du général Friant (généraux Petit, Christiani, Poret de Morvan, Harlet)

1er, 2e, 3e, 4e régiments

- Chasseurs à pied du général Morand (généraux Cambronne, Pelet, Mallet et Hanrion)

1er, 2e et 3e régiments

- Jeune garde à pied

Voltigeurs du général Duhesme : 1er et 3e régiments

Tirailleurs du général Barrois : 1er et 3e régiments

- Cavalerie légère du général Lefebvre-Desnoëtes

Chevau légers-lanciers du général Édouard de Colbert

Chasseurs à cheval du général F. Lallemand

- Artillerie, trains, sapeurs et marins du général Desvaux de Saint-Maurice

Réserve de cavalerie : Maréchal GROUCHY (14 000 hommes)

- 1er corps de cavalerie du général PAJOL

Division Pierre Soult (brigades Saint-Laurent et Ameil)

1er, 4e, 5e hussards, 1er et 2e lanciers, 11e chasseurs

Division Subervie (brigades Colbert et Merlin)

1er et 2e lanciers, 11e chasseurs

- 2e corps de cavalerie du général EXELMANS

Division Stolz (brigades Burthe et Vincent)

5e, 13e, 15e et 20e dragons

Division Chastel (brigades Bonnemains et Burton)

4e, 12e, 14e et 17e dragons

- 3e corps de cavalerie du général KELLERMANN

Division Lhéritier (brigades Picquet et Guitton)

2e et 7e dragons, 8e et 11e cuirassiers

Division Rousset d’Hurbal (brigades Blancart et Donot)

1er et 2e carabiniers, 2e et 3e cuirassiers

- 4e corps de cavalerie du général MILHAUD

Division Wathier (brigades Dubois et Travers)

1er, 4e, 7e et 12e cuirassiers

Division Delort (brigades Farine et Vial)

5e, 6e, 9e et 10e cuirassiers

Au total, 128 000 hommes, dont 23 000 cavaliers et 384 pièces d’artillerie.

Pour l’armée anglo-hollandaise :

Commandant en chef : Général Duc de Wellington

1er corps d’armée : Prince d’ORANGE (25 000 fantassins, 56 canons)

- 1re division anglaise du général COOKE (4 700 fantassins, 12 canons)

1re brigade anglaise de Maitlang – 1st Guards

2e brigade anglaise de Byng – 2nd Guards

- 3e division anglaise du général d’ALTEN (7 500 fantassins, 12 canons)

5e brigade anglaise de Colin Halkett – 30e, 33e, 69e, 73e

2e King German Legion du colonel Ompteda – 1er, 2e bataillon léger, 5e et 8e bataillon de ligne

1re brigade hanovrienne de Kielmansegge – bataillons de

Brême, Verden, York, Lünebourg, Grubenhagen

Jaeger Corps

- 2e division hollando-belge du général PERPONCHER (7 500 fantassins, 16 canons)

1re brigade de Byland – 7e de ligne, 27e chasseurs, 5e, 7e et 8e milice

2e brigade du prince Bernard de Saxe-Weimar – 2e régiment de Nassau, régiment d’Orange-Nassau

- 3e division hollando-belge du général CHASSE (6 700 fantassins, 16 canons)

1re brigade de Detmers – 2e de ligne, 35e chasseurs, 4e, 6e, 19e milice

2e brigade de D’Aubremé – 3e, 12e, 13e de ligne, 36e chasseurs, 3e et 10e milice

- Division de cavalerie hollando-belge du général COLLAERT

Brigades de Trip, Ghigny et Van Merlen)

2e corps d’armée : Général HILL (25 000 hommes)

- 2e division anglo-hanovrienne du général CLINTON

Brigades d’Adam, Duplat et William Halkett

- 4e division anglo-hanovrienne du général COLVILLE

Brigades de Mitchell, Johnstone et Lyon

- 1re division hollando-belge de STEDMAN

Brigade de cavalerie Estorff

- Corps du prince FRÉDÉRIC DES PAYS-BAS

Corps de cavalerie : Lord UXBRIDGE (11 000 hommes)

- Brigades Somerset, Ponsonby, Dörnberg, Vandeleur, Grant, Vivian et Arenschild

Réserve, sous les ordres directs de WELLINGTON (36 000 hommes)

- Division PICTON (brigades Kempt, Pack et Vincke)

- Division COLE (brigades Lambert et Best)

- Contingent de Nassau VON KRUSE

- Corps du DUC DE BRUNSWICK

Au total, 97 000 hommes, dont 16 000 cavaliers et 186 pièces d’artillerie.

Pour l’armée prussienne :

Commandant en chef : Feld-Maréchal BLÜCHER

Chef d’État-Major : Général comte von GNEISENAU

1er corps : Général von ZIETHEN (31 000 hommes)

- Brigades d’infanterie Steinmetz, Pirch II, Jagow, Henkel

- Cavalerie Roeder

2e corps : Général PIRCH 1 (32 000 hommes)

- Brigades d’infanterie Trippelskirch, Krafft, Brause, Langen

- Cavalerie Langas

3e corps : Général THIELMANN (24 000 hommes)

- Brigades d‘infanterie Borcke, Kemphen, Lück, Stülpnagel

- Cavalerie Hobe

4e corps: Général BÜLOW von DENNEWITZ (30 000 hommes)

- Brigades d’infanterie Hacke, Ryssel, Losthin, Hiller

- Cavalerie du Prince Guillaume de Prusse

Au total, 117 000 hommes, dont 12 000 cavaliers et 312 pièces d’artillerie.

On estime, en fait que, sur le champ de bataille de Waterloo, les Français ont réellement aligné près de 75 000 hommes ; les Brtiannico-hollandais, entre 70 et 78 000 et les Prussiens, 33 000.

Blücher, le maréchal Vorwärts !

Chef de l’armée prussienne à Waterloo, le maréchal Blücher avait reçu le surnom de « maréchal Vorwärts ». On raconte que c’est parce qu’il était toujours à la tête de ses troupes, toujours prêt à être le premier à charger. L’origine du surnom est, en fait, tout autre.

Vieux soldat, Blücher a combattu, pendant près de vingt ans, les troupes françaises. Il a été humilié à Lübeck, fait prisonnier à Hambourg. Il rêve de revanche. Sa présence à la bataille de Leipzig est déterminante. Félicité de toutes parts, il n’apprécie guère que les alliés essaient d’obtenir une trêve avec Napoléon. Il veut marcher sur Paris. « Je veux planter mon drapeau sur le trône de Napoléon ! », écrit-il à son épouse. C’est dans ces circonstances qu’il va lancer son célèbre « Vorwärts ! » (En avant !) qui va le conduire vers la capitale française.

Ceci étant dit, il est vraiment au cœur de tous les combats. À Ligny, le 16 juin 1815, ayant pourtant atteint l’âge vénérable, pour l’époque, de 73 ans, il fait preuve, une fois encore, d’audace, de fougue et de courage. Il veut en découdre avec son ennemi de toujours, celui qu’il exècre le plus, Napoléon Bonaparte. Ainsi, alors qu’il menait, au milieu de ses uhlans, une énième charge contre l’armée française, il va chuter de son cheval (un don du Prince-Régent d’Angleterre !) et se retrouver, à moitié inconscient, la jambe écrasée sous la carcasse ensanglantée de celui-ci. Ce n’est qu’au courage de son aide de camp, le comte Nostitz qu’il dut de n’être pas capturé par les hommes du 9e cuirassiers français passant juste à côté. Découvrant le sort peu enviable de son maître, Nostitz mit, en effet, pied à terre, cacha l’épée du maréchal et se coucha sur lui, restant immobile, comme un mort, le temps du passage des Français. Puis, profitant du crépuscule et avec l’aide du maréchal des logis Schneider, il le hissa sur un cheval et l’évacua vers Mellery.

Quel aurait été le sort de la bataille de Waterloo si Blücher avait été pris, ce soir-là ? Cela restera à tout jamais une question sans réponse !

Napoléon a-t-il voulu négocier avec Blücher ?

Au soir de la bataille de Ligny, Napoléon a tenté une énième négociation avec les Prussiens. Depuis son débarquement à Golfe Juan, il n’a, en effet, eu de cesse d’essayer de séparer les alliés anglo-prussiens. Profitant de la défaite du vieux Blücher, il a, un instant mais un instant seulement, pensé que le moment était venu pour le maréchal de recevoir un de ses émissaires. Il ignorait pourtant tout de la chute dont avait été victime son vieil ennemi. Tout au plus pensa-t-il qu’il était atteint au moral…

En fait, l’idée lui vint, à la Ferme d’En Haut, à l’issue des premiers combats, le 16 juin 1815. S’adressant à un groupe de prisonniers prussiens, Napoléon déclara qu’il n’en voulait pas à ses adversaires. « Au contraire, clama-t-il, je ne désire que la Paix. » Puis, découvrant la présence du baron Ludwig Adolf von Lutzow parmi les prisonniers, il donna l’ordre à son État-Major d’essayer d’obtenir, par son intermédiaire, un contact avec Blücher.

Lutzow, il est vrai, n’est pas un inconnu. Particulièrement remarqué au sein de son corps franc lors de la campagne de 1813, il commandait, à Ligny, une brigade de cavalerie de ligne.

C’est le général Bertrand qui fut chargé de négocier cette rencontre. Il promit donc à Lutzow un traitement de faveur s’il acceptait de mener un parlementaire français aux avant-postes prussiens. Le refus fut cinglant, Lutzow ajoutant que son chef ne se serait de toute façon jamais prêté à une telle entrevue et, a fortiori, à une quelconque négociation.

Selon Albert Bruylants, avant son départ pour la Belgique, Blücher avait d’ailleurs été prévenu par le roi Frédéric Guillaume III que tout contact avec l’ennemi lui était formellement interdit. L’esprit du Congrès de Vienne devait être maintenu. Coûte que coûte !

Napoléon était-il malade à Waterloo ?

Certains auteurs, dont Georges Barral, ont prétendu que, durant la bataille, vers trois heures de l’après-midi, Napoléon, souffrant des hémorroïdes, serait retourné au Caillou pour s’appliquer une de ces lotions à l’eau blanche grâce auxquelles il ressentait un soulagement presque immédiat. Il n’aurait donc pas assisté à toute la bataille. D’autres ont dit que Napoléon ne put, presque pas, monter à cheval.

Une analyse minutieuse des notes et mémoires de ses plus proches collaborateurs permet de mettre fin à cette légende. Ni le baron Fain, ni Fleury de Chaboulon, ni le commandant Duuring et encore moins le fidèle Marchand, restés toute la journée durant au Caillou, n’ont signalé un tel retour de l’Empereur. Si cela avait été le cas, ils en auraient, à coup sûr, fait part. Et s’il souffrait bel et bien des hémorroïdes, on sait que Napoléon fit, le 17 juin, pas moins de huit heures de cheval ; le 18 juin, sept heures et le 19 juin, tout autant. « Il est établi que, sur les 96 heures que dura la campagne de Belgique, Napoléon fut en selle pendant 37 heures et ne prit que 20 heures de repos. Ce n’est qu’à Philippeville qu’il mit pied à terre pour se reposer », ont écrit Winand Aerts et Léon Wilmet après avoir longtemps enquêté sur la question. Une thèse, toutefois réfutée par Auguste-Louis Petiet qui estime, lui, que Napoléon monta bien moins à cheval durant la campagne de Belgique par rapport aux autres campagnes.

Ceci étant écrit, une chose est évidente : Napoléon n’était pas en grande forme à Waterloo. Selon Phil Mason, deux jours avant la bataille, ses médecins avaient perdu les sangsues utilisées pour soulager la douleur causée par ses problèmes anaux et lui avaient administré, par erreur, une trop forte dose de laudanum, dont il aurait subi encore les effets secondaires au matin de la bataille.

Outre des problèmes d’hémorroïdes, l’Empereur aurait aussi souffert de maux de ventre, voire de cette dysurie (difficultés pour uriner) qui le poursuivait depuis des années. Peut-être aussi de coliques néphrétiques. Témoin privilégié, Henry Boucquéau, le propriétaire du Caillou, le vit « gêné dans ses mouvements », « embarrassé dans sa démarche » et « écartant souvent les jambes ». D’autres témoins disent l’avoir vu fatigué, enrhumé, malade depuis plusieurs jours.

On a aussi raconté que, ne trouvant pas le sommeil, Napoléon avait, toute la nuit durant, parcouru le champ de bataille de long en large, visitant Ney à la ferme du Chantelet, observant les lignes anglaises, reconnaissant Hougoumont sous une pluie torrentielle. Les témoignages des plus proches collaborateurs de l’Empereur, comme le mamelouk Ali, disent tout le contraire. Fatigué, mal portant, il serait arrivé au Caillou, aurait attendu ses malles, fait tirer ses bottes, qu’on eut de la peine à lui ôter tant elles étaient détrempées et, déshabillé, il se serait mis au lit et aurait dîné. Tout au plus sait-on qu’il dormit peu, non qu’il fut malade, mais étant dérangé par les allées et venues de ses collaborateurs venant tantôt chercher un ordre, tantôt transmettre un message de ses généraux.

Une chose est sûre, écrit Savary (pourtant absent à Waterloo !), cité par Thierry Lentz, Napoléon ne put se multiplier, comme il avait coutume de le faire sur les champs de bataille, où sa présence répandait partout la vie et l’émulation. Ce qui eut, sans conteste, un impact sur l’ambiance du combat et l’ardeur des troupes !

Pourquoi avoir attendu avant d’entamer les combats ?

Après avoir remporté le combat de Ligny, Napoléon affichait une confiance impressionnante. À ses généraux, il confia qu’il sentait la victoire à 90 %. Juste l’affaire d’un déjeuner, disait-t-il.

Pourquoi donc décida-t-il de reporter le début des combats de deux heures ?

On l’a lu précédemment, ce n’est certainement pas dû à son état de santé. C’est en fait au cours d’une collation, à la ferme du Caillou, en compagnie de Soult, Bertrand, Ney, Drouot, Maret, Reille et Jérôme Bonaparte que l’Empereur, prenant en compte les remarques qui lui furent faites sur l’état du terrain, décida de reporter l’attaque de deux heures au moins. En agissant de la sorte, il pensait permettre à l’artillerie de mieux manœuvrer et aux unités retardataires de rejoindre le champ de bataille. Les hommes, trempés par les averses de la nuit, espéraient, eux, combattre au plus vite.

Dans ses mémoires, le général Drouot, fidèle parmi les fidèles, prit sur lui cette décision qui fut, on le sait, hautement préjudiciable. En ouvrant les hostilités trois heures plus tôt, commente l’historien Thierry Lentz, Napoléon aurait peut-être pu détruire l’armée anglaise en quelques heures et rendre inutile l’intervention prussienne.

Waterloo, Mont-Saint-Jean ou Belle-Alliance ?

Près de deux siècles après l’événement, certains se battent encore pour contester l’association du nom de Waterloo aux combats du 18 juin 1815. Pour eux, la bataille aurait dû porter le nom de Mont-Saint-Jean, de Belle-Alliance, voire de Plancenoit ou de Braine-l’Alleud.

En réalité, trois appellations ont circulé pour dénommer la bataille du 18 juin 1815. Les Français, par exemple, l’ont tout de suite appelée « Bataille de Mont-Saint-Jean ». C’est du moins ce que confirme le rapport officiel des combats, daté de Paris le 21 juin 1815 ou certains écrivains romantiques inspirés par les lieux. Mais cette appellation, essentiellement française, ne connut qu’un succès très limité et tomba rapidement en désuétude. Même Napoléon, à Sainte-Hélène, n’évoquait déjà plus que le nom de Waterloo.

Côté prussien, le nom de « Bataille de la Belle-Alliance » résista plus longtemps. On trouve ses origines dans le rapport du chef d’état-major de Blücher, le comte von Gneisenau, rédigé le 20 juin 1815 à Merbes-le-Château : « Au milieu de la position occupée par les Français et tout à fait sur la hauteur se trouve une ferme appelée la Belle-Alliance. La marche de toutes les colonnes prussiennes fut dirigée sur cette ferme, qui se voyait de tous les côtés. Ce fut là que Napoléon se tint pendant la bataille. Ce fut là aussi qu’il donnait ses ordres, qu’il se flattait de l’espoir de la victoire et que sa ruine fut décidée. Ce fut encore là que par un heureux hasard le maréchal Blücher et Lord Wellington se rencontrèrent dans l’obscurité et se saluèrent mutuellement. En mémoire de l’alliance qui règne maintenant entre les nations anglaise et prussienne, de l’union des deux armées et de leur confiance réciproque, le maréchal désire que cette bataille porte le nom de la Belle-Alliance. »

Par son attrait symbolique, bien que n’ayant aucun rapport avec la rencontre des deux généraux, cette appellation persista, près d’un demi-siècle durant, mais guère plus, particulièrement en Allemagne et aux Pays-Bas. On trouve encore d’ailleurs à Berlin une rue et une place de la Belle-Alliance. Seuls quelques historiens allemands ont continué à l’utiliser. Ils ne sont pas nombreux…

C’est, en réalité, à Wellington que l’on doit l’appellation officielle des combats. Dans son journal, le général de Constant Rebecque raconte dans quelles circonstances le duc baptisa la journée historique : « Il était tard. Sous la pression des forces fraîches du corps de Zieten, les troupes françaises avaient rétrogradé, poursuivies par les forces anglaises. Nous étions alors près de la ferme de Rossomme. En y allant, le duc me dit en me parlant de la bataille : « Well, what do you think of it ? » Je répondis : « I think, sir, it is the most beautiful thing you have done as yet. » Il ajouta : « By God, I saved the battle four times myself ! » Je lui dis ensuite : « Je suppose que la bataille sera nommée Mont-Saint-Jean. » Il répondit en français : « Non, Waterloo ! »