À contretemps - Eva Baldaras - E-Book

À contretemps E-Book

Eva Baldaras

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Beschreibung

Il y a pire qu'aimer quelqu'un qui ne partage pas tes sentiments. C'est d'aimer un coeur qui n'est pas susceptible d'aimer le tien. Eden n'a jamais oublié le goût de ce baiser volé. Celui qu'elle a osé offrir, un soir d'été, à celui qui ne pouvait pas l'aimer. Camille. L'ami. Le musicien. Le garçon qui ne regarde pas les filles. Il l'a repoussée. Elle a compris. Mais le passé revient. Eden pensait avoir tourné la page. Camille s'était juré de ne jamais la rouvrir. Mais le destin les ramène l'un à l'autre, dans les couloirs d'une université new-yorkaise. Entre faux-semblants, regards évités, chansons, matchs de hockey et secrets, quelque chose palpite encore entre eux. Une vérité qu'ils étouffent... Cette fois, les sentiments n'ont plus rien d'innocent. Mais... un danger rôde... certains secrets sont faits pour détruire. Ils n'ont pas le droit de s'aimer. Et pourtant... quand le coeur choisit l'impossible, combien de temps peut-on lui résister ? Romance new adult campus. Tropes : Friends to lovers / Slow burn / Second chance romance / Forced proximity / Stalker Mystery / Sexuality and self discovery / Redemption Arc / Musician love interest Ce roman aborde des thématiques sensibles telles que le harcèlement, le cyberharcèlement, la manipulation psychologique, et l'administration de substances à l'insu d'un personnage, dans un cadre universitaire. Scènes explicites et parfois langage grossier. Il est destiné à un public averti et adulte. Cependant, ce roman met aussi en lumière une relation saine, empreinte de bienveillance et de respect entre les personnages principaux. Leur histoire évolue dans un cadre d'écoute, de soutien mutuel et de guérison. Leur histoire est un chemin de reconstruction, de confiance et d'amour.

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Seitenzahl: 559

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Avant de lire ce livre…

Les personnages principaux, Camille et Eden sont les personnages secondaires de mon roman « Too young for you » paru aux éditions HarperCollins collection &H digital en mai 2023. Cette histoire a participé au concours Fyctia en février 2024.

Avertissement de contenu / Trigger warning

Ce roman est destiné à un public averti et adulte.

Il aborde des thématiques sensibles telles que le harcèlement moral, le cyberharcèlement, la manipulation psychologique, et l'administration de substances à l’insu d’un personnage, dans un cadre universitaire.

Bien que ces sujets soient traités sans scènes de violence graphique et avec une approche principalement psychologique, ils peuvent raviver des blessures ou des souvenirs douloureux pour certains lecteurs.

Il contient des scènes de sexe explicite et parfois du langage grossier.

L’histoire se dirige vers une romance avec une fin heureuse, mais si l’un de ces thèmes vous affecte particulièrement ou peut vous mettre en difficulté émotionnelle, je vous encourage à prendre soin de vous et à ne pas poursuivre la lecture.

Votre bien-être passe avant tout,

Cela dit, malgré les thèmes difficiles, ce roman met aussi en lumière une relation saine, empreinte de bienveillance et de respect entre les personnages principaux. Leur histoire évolue dans un cadre d’écoute, de soutien mutuel et de guérison. Leur histoire est un chemin de reconstruction, de confiance et d’amour.

Surtout, surtout, n’oubliez jamais : prenez soin de vous, car vous êtes plus important que tout le reste.

Eva BALDARAS

LES TROPES PRINCIPAUX :

Friends to lovers

Slow burn

Second chance romance

University Romance

Forced Proximity

Dark past et Dark secrets

Stalker Mystery

Sexuality and sefldiscovery

Redemption Arc

Musician Love Interest

Encore une petite chose !

C’est une new romance, comme je vous l’ai indiqué plus haut, l’histoire contient des scènes explicites. Cependant, les passages que je juge spicy sont signalés avec le petit pimenten début et en fin de scène.

Si vous vous trouvez dans une situation de harcèlement ou de cyberharcèlement, il est important de chercher du soutien. N'hésitez pas à contacter des professionnels ou des services d'aide spécialisés, tels que des psychologues, des associations de lutte contre le harcèlement, ou encore des lignes d’écoute qui peuvent vous guider et vous soutenir dans votre démarche.

A la date de publication de ce roman :

En France, plusieurs ressources sont à votre disposition :

3018 : Numéro national pour les victimes de harcèlement et de cyberharcèlement. Gratuit, anonyme et confidentiel, accessible 7 jours sur 7 de 9h à 23h.

119 : Service national d'accueil téléphonique pour l'enfance en danger, disponible 24h/24 et 7j/7.

114 : Numéro d'urgence pour les personnes sourdes ou malentendantes, accessible par SMS.

« L’amour, c’est quand nous oublions que le monde existe, mais que nous, nous existons l’un pour l’autre.»

Eva BALDARAS

Je dédie ce roman à ma fille, je t’aime. Maman.

Sommaire

Prologue 1 : Eden Septembre

Prologue 2 : Cam Décembre

Chapitre 1 : Camille Trois mois plus tard

Chapitre 3 : Camille

Chapitre 4 : Camille

Chapitre 5 : Eden

Chapitre 6 : Eden

Chapitre 7 : Camille Quinze jours plus tard

Chapitre 8 : Camille

Chapitre 9 : Eden

Chapitre 10 : Eden

Chapitre 11 : Eden

Chapitre 12 : Eden

Chapitre 13 : Eden

Chapitre 14 : Camille

Chapitre 15 : Eden

Chapitre 16 : Eden

Chapitre 17 : Camille Une semaine plus tard

Chapitre 18 : Camille

Chapitre 19 : Camille Quinze jours plus tard

Chapitre 20 : Camille

Chapitre 21 : Camille

Chapitre 22 : Camille

Chapitre 23 : Camille

Chapitre 24 : Camille

Chapitre 25 : Eden

Chapitre 26 : Eden

Chapitre 27 : Eden

Chapitre 28 : Eden

Chapitre 29 : Eden

Chapitre 30 : Eden

Chapitre 31 : Eden

Chapitre 32 : Camille

Chapitre 33 : Camille

Chapitre 34 : Eden

Chapitre 36 : Eden

Chapitre 37 : Eden

Chapitre 38 : Camille

Chapitre 39 : Eden

Chapitre 40 : Eden

Chapitre 41 : Eden

Chapitre 42 : Camille

Chapitre 43 : Eden

Épilogue : Camille

Prologue 1 : Eden Septembre

Quand nous avons quitté l’appartement de Morgan, la skyline de New York se dressait majestueusement, illuminée par les premiers rayons de l’aube. Je ne saurais dire à quel point j’adore cette ville, celle où je suis née, celle qui m’a enracinée à elle depuis mon premier souffle. Celle que j’ai dû fuir il y a deux ans, parce que…

Je prends une forte inspiration. Aujourd’hui, c’est Camille qui me fuit, et je ne dois m’en prendre qu’à moi-même. C’est ma faute. Uniquement la mienne.

Si nous ne sommes plus amis maintenant.

S’il a décidé de renoncer à rester ici, et à répondre favorablement au contrat que lui proposait Morgan, mon frère, producteur. Pour faire partie du groupe de sa meilleure amie, Roxane, et assurer ses premiers concerts aux États-Unis.

Camille et Roxane représentent les mêmes doigts d’une main. Ils partagent une passion identique pour la musique et faisaient souvent des représentations dans le métro parisien. Dans leur ville, leur pays. Elle avec sa voix, et lui avec sa guitare. Elle désirant plus que tout devenir chanteuse professionnelle, et lui l’accompagnant toujours, par monts et par vaux. Jusqu’à New York cet été.

Morgan se trouvait en France en repérage pour le compte de la maison de disques qu’il dirige avec mon père. Il descendait de la rame. Séduit par la voix de Roxane, il l’a accostée et lui a proposé une audition. Plus tard, celle-ci signait un contrat qui l’obligeait à se rendre aux États-Unis, pour se parfaire dans son art et lancer son premier album. Camille a été son pass, pour que les parents de cette dernière valident son départ à l’étranger, même si en définitive, elle était majeure. J’habitais avec Morgan la plupart du temps, Camille et Roxane aussi. Pendant trois mois. Mon frère s’occupait de dispenser des cours à Roxane, pour faire d’elle la star de demain. Il a construit son plan de carrière et organisé son premier concert. Camille enregistrait les bandes-son des chansons avec les autres musiciens du groupe dont je suis la mascotte.

Camille et moi, en nouveaux amis, partageant tant de choses !

Trois mois…

Je jette un œil sur le couple Morgan-Roxane et les envie, même si je suis très heureuse pour eux. Qui pressentait qu’ils allaient finir ensemble ? Personne, et pourtant…

La vie est pleine de surprises…

Morgan s’avance vers moi, tandis que sa fiancée s’éloigne avec Camille vers une boutique duty free.

Pour elle aussi, c’est difficile…

Les vingt-six kilomètres entre Manhattan et ici ont été un véritable calvaire pour moi. Être assise aux côtés de Cam, dans la voiture de mon frère, tandis que chacun regardait de son côté le paysage obscur défiler, en ignorant royalement l’autre m’a fait un mal de chien.

Parce que nous étions amis, et que j’ai tout gâché en lui déclarant ma flamme, sachant qu’il est homosexuel. J’ai suivi le stupide adage : qui ne risque rien n’a rien. Je pensais naïvement que le baiser qu’il a tenté avec moi pour vérifier s’il éprouvait quelque chose pour moi pourrait changer les choses, qu’il pourrait ressentir la même passion brûlante que moi. Il m’a avoué que je l’attirais, pour se rétracter plus tard, devant Roxane. Je l’ai mal pris. Qui l’aurait bien pris ? Que celui que tu aimes profondément te demande de l’embrasser sur la bouche, qu’à ce contact, tu sentes son désir qui se matérialise contre ton bassin et qu’ensuite, il te dise simplement qu’il n’éprouve rien ?

Qu’il ait confié à Roxane qu’il en pinçait pour moi juste avant ?

Pourquoi m’a-t-il laissé un espoir ?

La réalité a cruellement mis un terme à mes illusions. Il ne m’aime pas. Il a eu une réaction chimique. C’est tout. J’ai mal compris sa phrase.

Et moi, j’ai été la pire des idiotes en lui avouant que je l’aimais !

Eh bien, maintenant, je n’ai plus rien. Inconsciente.

J’ai tout risqué. J’ai tout perdu.

Cette histoire a brisé notre amitié, notre complicité. Tout.

Dans la foule grouillante de l’aéroport de Newark, mes yeux commencent à s’embuer de larmes. Devant moi, je scrute la porte d’embarquement, attendant que Roxane et Camille soient de retour et que ce dernier l’emprunte, destination Paris, pour ne plus jamais revenir. Je l’ai accompagné pour le voir partir, en mémoire de tous nos instants passés. Malgré tout, nous ne sommes pas fâchés. Pour quoi faire ?

J’espère que nous pourrons rester amis.

Mon regard glisse sur celui de mon frère. Le sien trahit la pitié qu’il me porte. Comme d’habitude, j’essaie de feindre la joie d’une attitude désinvolte devant les autres passagers qui nous croisent. Cependant, derrière cette façade, mon cœur est meurtri. J’ai, depuis deux ans, construit une carapace autour de moi, masquant ma peine et ma vulnérabilité aux yeux du monde. Mais aujourd’hui, j’ai de plus en plus de mal à étouffer la tristesse qui émane de chaque pore de ma peau.

— Tu tiens le coup ? me demande mon frère d’un air peiné.

Un sourire étire mes lèvres, tandis qu’à l’intérieur, je suis déchirée.

— T’inquiète, Morgan, je suis forte ! tenté-je sur le ton de l’humour.

Il exécute une moue, puis hoche la tête en regardant le sol deux secondes. Il n’est pas dupe.

Dès l’instant où il s’approche de moi, que ses bras m’enlacent, je lâche tout. Mes sanglots, mes tremblements, mon masque. Je n’en peux plus. Trop d’émotions.

Il part loin de moi, tout à l’heure. Je ne le reverrai plus. Il ne m’aime pas. Je l’ai blessé avec ma déclaration. Il ne me le pardonnera jamais.

— Je suis désolé pour toi, petite sœur… me murmure-t-il en me caressant la tête.

Notre étreinte dure une bonne minute, avant que je ne me rende compte que Camille peut revenir à tout moment. Et je refuse qu’il me surprenne dans mon état lamentable. Je suis parvenue à rester stoïque jusqu’ici. Il ne me reste que quelques minutes à tenir… je ne vais pas flancher maintenant.

Je m’écarte de Morgan, puis lui souris en effaçant mes larmes d’un revers de main. Il cale une mèche derrière mon oreille, tandis que je remets ma longue chevelure derrière mon dos, d’un geste automatique.

— Eh bien, ça valait le coup que je te recoiffe, plaisante-t-il.

— Tu sais bien que je préfère prendre soin de ma coiffure moi-même, lui dis-je avec un clin d’œil.

Son visage redevient grave. Il me connaît. Il connaît toute mon histoire. Vraiment tout. C’est le seul être à qui j’accorde une confiance absolue. Celui à qui je me suis confiée le fameux soir où Cam et moi nous sommes embrassés pour la première fois. Celui où il m’a rejetée. Celui où je me suis rendu compte que j’avais fait la pire bêtise de ma vie en lui avouant mes sentiments, ignorant volontairement ses préférences sexuelles.

— Je t’aime, me dit-il.

Mes lèvres s’étirent et je lui assène un baiser sur la joue.

— Moi aussi. Que ferais-je sans toi !

— Je déteste savoir que tu souffres.

— Bah, t’inquiète, je m’en remettrai ! J’ai toujours mon beau Californien qui m’attend à Columbia ! lui dis-je en m’esclaffant.

Je devrais devenir comédienne…

— Ah, c’est vrai, ton… Californien !

Mon cœur suspend ses battements quand la voix grave de Cam s’élève en claquant derrière moi. Je pivote lentement sur moi-même, tentée par une réponse ironique l’espace d’une seconde. Je préfère m’abstenir. De quel droit le ferais-je ? Juste parce que j’ai mal ?

Il n’y a rien de pire au monde qu’un sentiment non partagé. Oui. Rien de pire. Parce qu’on ne peut pas se punir soi-même d’être tombé amoureux. On ne peut pas s’empêcher d’aimer. L’amour est inhumain, parfois…

Mon sourire s’étire de plus belle. Le sien n’existe toujours pas depuis ce matin. Je dois lui montrer que je passe à autre chose. Il ira mieux, lui aussi.

— Et toi, tu vas retrouver Paris, ta vie d’avant. Un nouveau mec beau comme un dieu, qui sait ?

Nous nous dévisageons pendant quelques secondes. Ses yeux pénétrants me traversent de part en part. Une lueur de colère mêlée à de la tristesse se fait jour dans ses pupilles étincelantes. J’ignore ce que font Roxane et Morgan. S’ils se trouvent toujours à nos côtés où s’ils se sont éloignés pour nous laisser une dernière intimité relative. Ce que je sais, c’est qu’ils nous foutent la paix. Et que je me fiche de ce qu’ils peuvent bien entendre. A priori, celui qui se tient devant moi aussi.

— Eden, je voulais te dire que… commence Cam.

Je lève ma paume vers lui.

— Oui, moi aussi. Je suis désolée pour ma connerie, Cam. Vraiment. Je me sens si idiote ! Parce que finalement, tu n’as été qu’un coup de cœur stupide de ma part ! Penser que tu pourrais éprouver quelque chose pour moi est si bête ! Je vais retrouver mon… Californien et peut-être qu’on tentera quelque chose, qui sait ? ris-je d’une manière forcée.

Le Californien qui n’a jamais existé. Celui que j’ai inventé un jour, pour faire croire à Camille et Roxane que j’avais déjà eu quelqu’un dans ma petite vie minable.

Son visage s’assombrit davantage. Il passe une main sur sa nuque, puis ses pupilles brillantes se scotchent aux miennes.

— Tu as raison, Eden. Tu reprends ta vie ici et moi la mienne en France. Que j’éprouve la même chose que tu éprouves pour moi ne changerait rien, de toute manière.

Les annonces des haut-parleurs résonnent dans le hall de l’aéroport. Les voyageurs se bousculent, tirant leurs valises avec impatience pour ne pas manquer leur vol. Le bruit incessant des conversations, des pleurs et des rires, l’odeur de café frais se mélangeant à celle de pâtisseries contribuent à l’atmosphère chaotique de cet endroit unique.

Et de mon cœur.

Alors que le temps semble s’écouler lentement. Que Cam et moi nous regardons, comme pour cartographier nos visages et nous souvenir de notre amitié détruite par ma faute, l’heure de la séparation s’approche.

Cam exécute deux pas vers moi. Je retiens mon souffle, ne pouvant empêcher mes réactions corporelles traîtresses de se dévoiler.

— Eden, je suis très heureux de t’avoir rencontrée, et je voulais te dire que…

Le rappel du vol de Camille indique qu’il n’a plus une minute à perdre. Pourtant, il semble sans effet sur lui. Il poursuit, mal à l’aise.

— Eden… je… je…

Il ferme les yeux un instant, jure en français à la seconde où la voix résonne dans le hall et signifie qu’il doit embarquer maintenant. Je prends une forte inspiration, au moment où il me remet une mèche derrière l’oreille. Puis ma respiration se bloque dans mes poumons quand il s’approche de moi, que nos corps ne se tiennent qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Son regard se plante dans le mien, révélant une détresse qu’il ne peut plus cacher.

Je me demande à quoi il pense, ce qu’il cache derrière cette émotion qui obscurcit ses traits.

Il tend la main vers mon visage, effleurant doucement ma joue pour essuyer une larme qui dévale ma peau. Mes paupières se ferment un instant, pour apprécier sa caresse.

— Eden… je… je suis désolé de ne pas pouvoir te donner ce que tu veux.

Ses mots percutent mon âme, me précipitant davantage dans les abysses de la douleur. J’acquiesce lentement.

— Cam, je sais maintenant que nos chemins ne se rejoindront jamais de ce côté-là, ne t’inquiète plus pour moi. Je suis grande, je tourne la page.

Mon ton est si triste qu’il mérite un oscar. Son expression est si peinée qu’elle me brise davantage. Un silence horrible s’immisce entre nous. Je clos la boucle.

Il est temps.

— Au revoir, Cam. Prends soin de toi. Surtout, prends bien soin de toi, répété-je.

Il se fige, affiche un air interdit pendant quelques secondes. Secoue sa tête, comme s’il ne croyait pas à mes paroles. Puis, d’un geste incontrôlé, son visage se penche, permettant à sa bouche de se plaquer sur ma joue. Des étincelles jaillissent à son contact prolongé et mes pulsations cardiaques augmentent encore. Puis, d’une manière inattendue, il m’étreint fort, avec une telle puissance que je sens nos cœurs battre à l’unisson.

— Cam, c’est l’heure, murmuré-je dans un souffle, tandis qu’il resserre son étreinte comme s’il ne souhaitait pas que je lui échappe, alors que c’est lui qui part.

— Je ne t’oublierai jamais… jamais. Ne culpabilise jamais de rien, Eden, c’est juste… la vie qui est comme ça… me chuchote-t-il d’une voix trouble, avant de s’écarter.

Ensuite, comme s’il souhaitait en terminer rapidement, il embrasse Roxane sur la joue, puis offre une brave accolade à Morgan, avant de prendre son bagage sur son dos et de partir en courant vers la porte d’embarquement.

Une dernière étreinte, un ultime regard échangé et c’est fini.

Il s’en va.

Il m’a embrassée sur la joue. Il avait besoin d’un dernier contact physique.

Mon cœur explose à sa réaction. Pensant encore qu’il s’agit d’autre chose que d’une simple amitié entre nous.

Je suis pathétique ! Foutu amour à la con, qui te prend par surprise sans rien analyser au départ !!

Mes larmes jaillissent de plus belle, je vois flou. Je ne ravale plus mes sanglots, inutile.

Roxane et Morgan me prennent en sandwich, pour me consoler.

J’avais une irrépressible volonté de le retenir, une impression démente qu’il désirait se déclarer enfin.

Je voulais y croire, jusqu’à la dernière seconde.

Cam ne se retourne pas, tandis que je continue à l’observer de loin jusqu’à ce qu’il disparaisse, portant avec moi les ruines de ce que j’ai cru à un moment être un amour partagé.

Au revoir et à jamais, Cam.

Prologue 2 : Cam Décembre

Depuis l’aéroport, mon cœur ne cesse de me rappeler que je vais la revoir. Et maintenant, j’y suis.

Mon souffle échappe à mon contrôle quand mes pas atteignent le seuil de chez Roxane. Ma meilleure amie, restée avec son manager à New York. Celle qui va faire sa vie avec lui. La fille pour qui je suis revenue, parce qu’elle souhaite que je fasse partie des musiciens qui vont l’accompagner en tournée.

Je n’ai jamais rien pu refuser à ce bout de femme, dont les complexes, dus pour la plupart à sa myopie, s’effacent grâce à un mec qui prendra soin d’elle jusqu’à la fin de sa vie.

Avant, à Paris, Roxane et moi réalisions des représentations dans le métro, des soirées pour des fiançailles ou des mariages. Nous détenons la même passion pour la musique. Et elle est devenue en l’espace de quelques mois, une star de la chanson dans un pays étranger au sien.

Moi, j’ai eu l’idée de la plus grosse connerie de l’année. Comme si ces quelques mois d’éloignement d’elle à New York m’avaient été néfastes.

Je prends une forte inspiration. C’est ma meilleure amie. C’était ma confidente, mon tout. Maintenant, elle vit sa vie et moi la mienne.

Je ne lui ai jamais raconté les évènements de ces derniers temps. Pour la première fois, je commence à avoir des secrets pour elle.

Aujourd’hui, je suis de retour pour elle, bien que je sache au fond de moi que c’est une mauvaise idée.

Pour l’autre.

Je n’ai pas le loisir de sonner que Morgan m’ouvre la porte. Son visage me frappe toujours autant, en raison de ses similitudes avec celui de Robert Pattinson. Pour un peu, il donnerait l’impression d’être son presque jumeau.

Il m’accueille avec un large sourire et une accolade chaleureuse. C’est tout. Si j’ai appris certaines choses en résidant avec eux l’été dernier, pendant que ce type formait sa petite protégée devenue son crush, c’est que les Américains ne sont pas tactiles. En même temps, ils peuvent être un peu intrusifs, du point de vue de ma culture française. Je me souviens d’un type dans la rue qui m’avait arrêté pour me demander la marque de mon jeans. Ou du chauffeur de taxi qui a lâché son volant pour secourir une vieille qui était tombée sur le trottoir. Eden m’avait expliqué que ses compatriotes sont sympas, mais ne dépassent jamais la limite de la bienséance.

Eden. L’autre.

Dès mon entrée dans l’appartement, je suis immédiatement plongé dans l’atmosphère chaleureuse de Noël. L’homme de ma meilleure amie se saisit de mon bagage posé sur le sol, puis m’invite à l’intérieur. Je le suis jusqu’à la pièce principale, que je reconnais à peine, tant elle a changé. Cette pièce de plus de soixante mètres carrés est divisée en deux. D’un côté la partie cuisine, avec un îlot qui nous servait pour le petit déjeuner, de l’autre le coin salon, que nous occupions parfois. Au milieu, une énorme baie vitrée dévoile le ciel bleu étoilé et cache la terrasse avec une piscine où nous nous sommes baignés.

Le canapé extérieur en résine où j’ai embrassé Eden, pour voir si je ressentais vraiment quelque chose à son contact.

Mon cœur accélère ses battements dès l’instant où je clos les paupières pour revisiter l’émotion qui m’a traversé ce jour-là. Puis l’espièglerie de Roxane, au moment où elle a émergé de l’eau en bikini, peu après Morgan. Elle savait pour Eden et moi, autant que moi pour sa relation avec son manager. Pourtant, nous faisions les idiots. Moi à vouloir lui apporter tous les argumentaires pour qu’elle rentre avec moi à Paris, et elle à souhaiter de toutes ses forces que je trouve enfin l’amour, après le désastre que j’ai connu avec mon copain.

L’amour ? Je ne savais pas ce que cela signifiait. Mon ex m’a trompé. Moi, j’ai pensé que j’étais homo, jusqu’à ce que je découvre qu’Eden m’attirait. Être bi était inconcevable pour moi. Et ce que j’ai ressenti, indescriptible, indécodable, irréel, incroyable. J’ignore toujours comment définir ce que j’ai éprouvé. Rien n’est plus fluctuant que nos préférences sexuelles, selon un pote psy. Elles évoluent et s’affirment au cours de notre développement, dépendantes de notre éducation et de nos expériences. Qui se transforment avec le temps. J’avoue, j’ai été déstabilisé par ce que je découvrais en moi.

Je suis encore perdu, parce que je vais la revoir.

Mon regard balaye la pièce sans trouver ma meilleure amie. Les lampes scintillantes des décorations illuminent chaque recoin de l’espace, créant une ambiance féerique et festive. Mes yeux s’écarquillent à la vue du sapin de Noël trônant fièrement à côté du canapé dix étoiles, orné de guirlandes rayonnantes et de boules blanches assorties. Mes lèvres s’élargissent d’elles-mêmes. La décoration est complètement dingue. Je reconnais la touche de Roxane. Elle doit rendre Morgan fou avec la frénésie des fêtes !

Les murs du salon sont parés de feuilles de houx et de branches de pin, qui dégagent une odeur boisée et fraîche. La cheminée est embellie avec soin, quelques chaussettes rouge et blanc sont suspendues, des cadeaux s’étalent sur le sol. Les meubles sont agrémentés de coussins et de plaids de couleur vin, vert et doré, ajoutant une touche de confort et de chaleur à l’ensemble. Des bougies parfumées et des photophores mettent en valeur les étagères et les rebords de fenêtre, des lumières à LED éclairent la piscine. Tout apporte une lueur douce et apaisante. Une déco à l’américaine. Grandiose. Remarquable et créée pour qu’on la repère.

Au fur et à mesure que j’avance, mon rythme cardiaque accélère. Je suis crevé en raison du décalage horaire, mais je suis heureux d’être là. J’ai hâte d’annoncer à mon amie que j’ai décidé de revenir au printemps l’accompagner pour ses concerts. Que je vais étudier à l’université de New York avec elle.

Peut-être même que je pourrai lui avouer que…

Un nœud se forme dans ma gorge, alors, je respire un bon coup. Seulement quatre mois se sont écoulés depuis que j’ai quitté les États-Unis début septembre, et pourtant, ça m’a paru une éternité. Roxane et moi ne nous étions jamais séparés physiquement avant qu’elle ne soit repérée par Morgan dans le métro et qu’elle parte aux États-Unis pour devenir la star de demain. Et il n’a fallu que ces quelques mois pour que ma vie bascule.

— Tu connais tout le monde, inutile de faire les présentations. Je vais appeler ma femme, me dit Morgan avec un clin d’œil, avant de disparaître dans le couloir qui mène aux chambres.

Je remarque John, le bras droit de Morgan. C’est le premier vers qui je me dirige.

Il produit la même accolade que celui-ci tout à l’heure.

— Bonjour, Camille ! Donc, de retour parmi nous ? me lance-t-il joyeusement.

Mes mains se cachent dans les poches de mon jeans, tandis que j’acquiesce avec un sourire.

— Il faut croire que Roxane m’a convaincu, mais chut, pas un mot avant que je ne le lui annonce, lui dis-je avec un clin d’œil qu’il me rend.

— T’arriveras à tout gérer ? me demande-t-il en arquant un sourcil.

— Les études et la musique, oui, réponds-je.

Elle, je n’en sais rien.

Il hoche la tête plusieurs fois de suite, puis Morgan père me salue à son tour. Ensuite, Fabio et Céline, les parents de Roxane, viennent me serrer dans leurs bras. Ils font souvent le déplacement de Paris pour leur fille. Enfin, disons que ma meilleure amie leur envoie des billets d’avion et qu’ils sont heureux de pouvoir venir.

Elle me fait la bise, et lui produit des tapotements sur mon épaule.

— Content de te revoir, Camille. Comment te sens-tu ? me demande la maman de Roxane avec un œil compatissant.

Je prends une profonde inspiration.

— Très en forme et prêt à relever le défi que ta fille m’impose, tenté-je de blaguer.

Ses pupilles sont traversées par une lueur de tristesse avant de s’éclaircir. Elle sait.

Et moi, je suis un lâche.

— Je n’ai rien dit à Roxane, si c’est ce qui te préoccupe. Parce que tu le lui diras toi-même quand le moment sera venu. Mais ça ira, Camille, très bientôt, m’affirme-t-elle.

Je hoche la tête par automatisme, tandis que je remarque que Fabio se rend du côté cuisine pour aider Morgan à préparer je ne sais quoi. Céline disparaît elle aussi pour terminer de disposer des minisapins sur la table.

Morgan père s’approche de moi avec un verre, que j’accepte. Ce mec est un homme d’affaires avant tout, je suis certain qu’il va me parler de mon contrat éphémère. Habillé en costume à la James Bond, comme son fils, il incarne la réussite à l’américaine. Il m’entraîne jusqu’aux tabourets qui entourent l’îlot central. À destination, je m’assieds en jetant un œil devant moi. C’est dingue, Fabio rit aux éclats avec son presque beau-fils ! Qui aurait cru cela, alors qu’il détestait chaque type qui posait un regard sur sa progéniture ? Moi, j’étais un pass, pour Roxane. Sans moi, elle n’aurait jamais pu quitter le nid, partir à l’étranger loin de ses parents, l’été dernier, et commencer sa carrière de chanteuse professionnelle. Fabio et Céline m’ont fait confiance.

Confiance.

Les temps changent. Parfois en mal.

— Pas trop dur de t’envoler loin de ta famille et de ta vie en France ? me demande-t-il.

Je lève un œil vers lui, détachant un instant mon cerveau du fil de mes pensées.

— J’ai presque vingt-deux ans, dis-je comme si c’était la bonne réponse.

— Une décision comme celle-là est difficile à prendre, même à cinquante ans, comme moi.

J’exécute une moue et affiche un sourire de façade. Pour montrer que je suis heureux, alors qu’à l’intérieur, je suis déchiré.

Mais je ne suis pas le seul. Derrière son étirement de lèvres, monsieur Smith cache une tristesse visible. Par sa faute, lui qui n’a pas su comprendre à temps qu’il tenait à son ex-femme. La daronne d’Eden. Qu’il était trop con pour effacer le chagrin du décès de sa première femme, pour laisser la place à sa nouvelle existence. Enfin, je suppose. Finalement, qui peut deviner ce qui se trame dans la tête des gens ?

S’ils savaient à quel point mon âme est abîmée…

Je prends une forte inspiration.

La vie, parfois, c’est de la merde. Croire que nous pouvons nous essuyer avec un chiffon magique qui fera disparaître toute la crasse n’est qu’une utopie.

— Roxane est tout ce qui me reste, à présent.

Ma réponse tranche la joie du tube de Mariah Carey qui chante All I want for Christmas is you. Le roi de la maison de disques américaine la plus populaire de la place incline la tête et me sonde.

— C’est étrange, Eden m’a soufflé la même chose une fois. Enfin, disons qu’elle m’avait craché que Morgan était tout ce qui lui restait, après le départ de sa mère pour Paris.

Ma bouche s’entrouvre. J’ignore pourquoi je songe à ça : la tristesse d’Eden quand je l’ai quittée.

— Et c’était vrai à l’époque. Ça s’est arrangé entre vous ?

Il exécute une moue pensive en faisant tourner son whisky dans son verre.

— Un peu. Depuis que je l’écoute d’une oreille plus attentive. Au sujet de son amour perdu, depuis cet été.

Il avale le liquide d’un trait, en m’inculpant de son regard perçant, pendant que je me décompose.

— Je n’ai jamais voulu lui faire du mal. Il ne s’est jamais rien passé entre nous.

Un baiser de son initiative, que j’ai validé et qui m’a paumé, un second baiser, à mon initiative, qu’elle a accepté, pour savoir ce qui s’était passé en moi au moment du premier.

Et un second n’appelle jamais un troisième.

— Tu n’as pas à te justifier. Chacun fait ses choix. Elle t’aimait, toi pas. Ce que je souhaite te demander, Camille, c’est de la laisser tranquille, si tu ne veux toujours pas d’elle. Elle a assez souffert comme ça.

Un spasme contracte mon estomac.

— Je n’ai aucune intention de la relancer. J’ai été clair avec elle avant de partir. De toute manière, j’étudie à New York et elle préfère Columbia. Nous ne nous verrons plus. C’est la meilleure chose à faire, pour elle et pour moi.

Elle est allée retrouver son beau Californien. Et moi, je ne suis plus le même.

Ses yeux me scrutent avec une lueur étrange. La mimique qu’il exécute est bizarre.

— Tu es maître de tes actes, tu es majeur. Fais ce qui te semble le mieux pour toi. Je voulais juste te dire que ma relation avec ma fille s’est améliorée, histoire de converser un peu tous les deux.

Je hoche la tête en pilote automatique, ne saisissant pas très bien son allusion. Mais je ne lui demande pas de creuser. Il conclut :

— Tu as du talent pour la musique, je suis content que tu aies signé avec ma maison pour la tournée de Roxane l’année prochaine.

Puis il dégage sans un mot, pour se resservir un verre.

L’ambiance semble joyeuse autour de moi. Alors, pourquoi suis-je aussi triste ?

À cause du mal qui me ronge.

Je porte le mien à ma bouche et grimace quand je constate que c’est du whisky. Je pivote vers le mur et en cachette le recrache.

Pas d’alcool.

Je tourne mon buste en direction de la table de la salle à manger, prête pour le festin à venir. Une nappe blanc immaculé est recouverte d’une belle vaisselle et de couverts en argent. Des bougeoirs en cristal et de petits arrangements de fleurs rouges ajoutent une touche d’élégance, tandis que des serviettes pliées en forme de sapin sont disposées avec soin sur chaque assiette. Le chemin de table aux couleurs de Noël agrémente le tout. À présent, Jingle bells résonne doucement dans l’appartement, créant une ambiance joyeuse et festive. Ce logement décoré pour le réveillon est un véritable sanctuaire du bonheur, rappelant à chacun l’esprit de partage, d’amour et de célébration qui accompagne cette période de l’année.

La paix qui devrait m’enivrer, mais qui ne m’atteint plus depuis plus de quatre-vingt-dix jours.

Je frotte ma paume sur mon visage, puis je me lève en direction de la baie vitrée. Je respire l’oxygène à pleins poumons et mes paupières se ferment.

J’espère que tout se passe bien pour elle. Et qu’elle peut au moins regarder la neige tomber depuis sa chambre à Paris. Être impuissant me tue, putain !

Le noir qui m’entoure me rassure.

Et me fait oublier ce que je ne veux plus me rappeler.

— Eden, enfin, tu es là !

La voix de Morgan résonne dans mon cœur comme une explosion. Il prononce un prénom. Juste un prénom et je ne sais plus où j’habite.

Je dois me reprendre. Elle n’est rien. Rien. Elle n’était qu’une amie. En septembre, elle a tout gâché.

Mes yeux se rouvrent, puis je pivote sur moi-même. Je n’ai pas le temps de chercher Eden du regard qu’un boomerang me tombe dans les bras.

Je la serre fort, respire son parfum de rose à pleins poumons. Elle m’a tellement manqué ! Tellement que ma gorge se serre. Seulement, rien ne sort. Comme d’habitude. Pas une goutte de liquide lacrymal. Aucun sanglot.

Rien.

Je m’écarte d’elle, puis efface la larme qui roule sur sa joue.

— Eh bien, heureusement que je ne suis pas jaloux ! plaisante Morgan.

Je m’esclaffe, tandis que je m’éclipse avec ma meilleure amie vers le salon.

— Je vois que ton homme te traite bien, Roxy, ironisé-je.

Celle-ci lève les prunelles au ciel et secoue la tête avec un sourire. Ses yeux rieurs et étincelants prouvent à quel point elle est heureuse de me voir. À quel point l’amour lui va bien. Mon cœur se gonfle de chaleur, pour la première fois depuis longtemps.

Seule Roxane connaît le remède pour me réchauffer.

Sans préambule, elle me pose mille questions, sous le regard joyeux de son petit ami, qui nous espionne de loin avec un sourire. Elle a de la chance de l’avoir. Je me suis complètement trompé sur le compte de ce mec au début.

Tout comme Eden se plante sur ma personne.

Depuis le début.

— Alors, tu as réfléchi à ma proposition ? me demande-telle.

— J’ai obtenu ma bourse, lui apprends-je.

Ses yeux inquisiteurs s’enfoncent dans les miens.

— Tu peux traduire ?

— Ça veut dire que j’étudie ici à compter du printemps prochain et que je pourrai faire partie de la team !

Elle saute dans mes bras une nouvelle fois. Je l’étreins avec puissance. Nous restons là tous les deux, enlacés, à savourer notre instant. Nos retrouvailles. Elle m’a tellement manqué !

Si elle était repartie avec moi à Paris cet automne, comment ça se serait-il passé ?

Personne ne peut répondre à ça, parce que rien ne se prédit. Et que la vie, eh bien, c’est la vie.

Lorsqu’elle se détache de moi, elle se fige et observe quelque chose derrière moi. Je me retourne, tandis que la silhouette bouge pour se trouver en face de moi. Cette chose est en réalité quelqu’un. Une jeune blonde aux yeux couleur océan, vêtue d’un T-shirt blanc et d’un jeans moulant ses belles formes. Son serre-tête en forme de renne lui va bien et m’arrache un sourire l’espace d’un instant. Elle le capte plus rapidement qu’un éclair.

Cette fille possède un détail qui me coupe la respiration, bouscule le sang dans mes veines et lui fait se tromper de chemin. Mon pantalon devient étroit au niveau de mon entrejambe. Mes sensations, mes envies, mon désir, tout m’emmerde.

La voir là, en vrai, me pose un réel problème.

Celui auquel je tente d’échapper depuis que j’ai quitté le sol américain. Parce que putain, quelque chose se passe en moi en sa présence. Quelque chose que je refuse.

— Ici, à New York ? me demande-t-elle sans me saluer comme si elle m’avait vu hier.

Je hoche la tête et me frotte la nuque, mal à l’aise.

— C’est cool, répond-elle avant de s’éloigner.

— Bon, je vous laisse, vous devez avoir des tonnes de choses à vous dire ! À plus tard ! lâche rapidement Roxane en repartant avec un air malicieux.

Sa presque belle-sœur stoppe sa marche et revient vers moi d’un pas tranquille.

Les yeux d’Eden me dévisagent, je me referme comme le connard que je suis devenu.

Eden

Les pupilles de Camille me scrutent et ma peau devient fébrile d’un coup.

Il a été mon coup de foudre d’été, mes pensées obsédantes pendant ces quatre derniers mois alors qu’il était loin de moi à Paris. Et ma douleur de le voir si proche et pourtant si inaccessible me tord le ventre à m’en faire pleurer, crier, hurler mon désespoir.

Cela dit, je savais au moment où je l’ai embrassé ce soir-là, le prenant presque par surprise, qu’il était homosexuel, et que par définition, il ne pouvait pas vouloir de moi. Même s’il avait validé mon baiser. Je n’ignorais pas que je risquais gros, qu’en lui exprimant clairement ma flamme, je pouvais perdre son amitié. Mais je devais essayer. J’étais incapable de laisser échapper une chance qu’il se rende compte que je lui plaisais moi aussi. Et sincèrement, après le premier baiser, où sa bouche a répondu à la mienne avec force, après le second, où j’ai senti son désir matérialisé par un frisson qui courait sur son corps, j’ai cru bêtement que quelque chose existait. Un espoir. Pourtant, il a nié, il est reparti chez lui. J’ai joué gros : nous étions amis, il n’était pas hétéro. Mais qui ne tente rien n’a rien.

— Tu vas bien ? s’inquiète-t-il en cachant ses mains dans ses poches.

Je reste silencieuse un instant, observant la moindre réaction de sa part. Me demandant toujours ce que nous aurions pu devenir en d’autres circonstances. Nous nous sommes quittés dans le hall d’un aéroport, au milieu d’une foule insouciante. Il ne m’a jamais écrit. Il n’a jamais répondu à mes messages. Je le suis sur Instagram. Sur TikTok. Ses posts ne révèlent rien de sa vie, mis à part sa passion pour la musique et ses potes. Et un certain Thomas, qui figurait sur une publication en juin l’an dernier. Celui qui me semblait un poil trop proche et qui a provoqué des sanglots idiots quand j’imaginais que c’était l’ex dont il m’avait parlé et qu’il pouvait encore renouer avec lui. Même s’il n’apparaît plus depuis juillet. Même si Cam n’est pas à moi.

Il ne doit pas savoir à quel point j’ai songé à lui, chaque seconde.

Il a sans doute pardonné à Thomas. Moi, à sa place, j’aurais supprimé tous les posts avec mon ex, si j’en avais eu un. Ou alors pour Cam, ça n’a aucune importance, j’ai bien vu que sa valeur première en amour était la fidélité. Il me l’a indiqué plusieurs fois quand il m’a parlé de son histoire de mec trompé.

— Je voulais juste qu’on soit d’accord, toi et moi.

— Eden… commence-t-il.

Je le coupe.

— Écoute, tu préfères les hommes, OK. Tu es bi, mais tu n’éprouves rien pour moi ? Bien. J’ai compris. Mais tu aurais pu maintenir le contact avec moi. Nous avons traversé tant de choses ensemble ! Nous faisions partie du groupe de la bande de Lucas, nous étions amis, nous nous amusions bien, tous les deux. Nous vivions ici, dans l’appartement de Morgan. Tu as accompagné Roxane lors du premier concert. Quand tu es parti, à l’aéroport, tu…

Il secoue la tête, et je me sens de plus en plus mal.

— Je t’ai attirée vers moi, c’est vrai, nous nous sommes embrassés, c’est exact. Mais c’est tout. Pour moi, c’était une sorte d’expérience. Et tu le savais.

Sa sentence tombe comme la foudre sur un arbre. Et j’ai l’impression que je m’effondre de plus en plus. Cependant, je vais maîtriser ce cœur qui bat fort dans ma poitrine, je vais surmonter mes sentiments qui me torturent parce qu’ils ne devraient plus exister pour ce garçon qui ne sera jamais à moi. J’exécute une moue de façade, puis recoiffe machinalement mes cheveux blonds qui s’échouent en cascade devant mes yeux et finissent par encadrer mon visage. Je ne rate pas à quel point Cam m’observe, et à quel point il semble subjugué par ce qu’il voit.

Je n’ai été qu’une expérience !

— Tu as raison, commencé-je.

Sa voix se fait grave, son ton sec, son comportement digne du pire des salauds.

— Content que tu sois passée à autre chose. Moi aussi. Je suis venu pour Roxane, ma meilleure amie. La seule femme qui compte dans ma vie, avec ma mère, celle pour qui je dévalerais les montagnes les plus difficiles à franchir si besoin.

Le silence me frappe une nouvelle fois, tandis que j’absorbe mes paroles, essayant de capter le sens de ses mots. Il me blesse, mais je sais qu’il n’en est pas conscient.

— D’accord, en gros, tu refuses notre amitié,

Il me coupe.

— Exact. Ce sera plus facile pour ta nouvelle vie. Et la mienne. De toute façon, même si j’acceptais d’être ami avec toi, ou plus, ce serait inutile. Je repars en France après les concerts de Roxane. Rien ne peut exister entre nous.

Il fait référence à notre brève conversation à l’aéroport en septembre. Celle où je lui ai fait croire que j’allais renouer avec un étudiant en Californie, qui n’a jamais existé. Puis à son célèbre adage : les relations à distance ne fonctionnent pas. Mais mon cœur saigne tellement que j’ai pensé qu’il revenait à New York pour moi, d’abord. Prêt à sauver notre lien amical.

— Tu n’es qu’un sale con, Camille ! Parce que notre amitié n’a pas à pâtir de mon erreur.

Attends, il a dit que même s’il acceptait d’être ami avec moi, ou plus, ce serait inutile ? Ça signifie quoi exactement ?

Aucune importance.

— Tu n’as pas raison, Eden. Personne n’a commis d’erreur. Et je suis bien pire que ce que tu penses de moi.

Sa phrase pénètre mon esprit, pour détruire toute lueur d’espoir que nous pouvions encore avoir, en ce jour de paix. Malheureusement, pour trouver la paix, je vais devoir affronter son rejet. Total.

Il n’est pas juste… pas amoureux de moi. Il ne veut plus de moi en tant qu’amie. C’est pire, et plus dur à avaler. Mais si c’est ce qu’il souhaite, pas de problème pour moi.

Un sentiment étrange m’envahit. Ma gorge se noue, ma respiration va devenir difficile, très bientôt. Mes yeux s’embuent. Il ne mérite pas de me voir ainsi. Non.

Jamais plus quelqu’un ne me verra démunie.

Je suis forte. Bien plus que mes émotions veulent me le faire croire.

D’un revers de main rageur, j’essuie une larme qui coule de mes yeux. Quand je le regarde, il semble attristé par ce que je lui montre : une fille faible.

La vie est injuste. Terriblement injuste !

Mais comme me l’a dit mon daron, l’existence est un mystère qui peut tout apporter. Peut-être que j’avais besoin de ça, de toucher le fond pour remonter à la surface d’une manière plus puissante.

Et c’est aussi valable pour l’histoire Camille.

Mes lèvres s’étirent quand de loin, mes yeux rencontrent ceux de mon père. Il est si bienveillant, si protecteur, si avec moi, maintenant. Je n’avais pas remarqué qu’il nous observait. Il me donne la force de me reprendre, de montrer à ce garçon aux yeux noisette et à la mèche sexy qui lui barre le front que je m’en sors. Que je trouverai d’autres appuis fraternels.

J’avais besoin du soutien de Camille, mais tant pis.

Je n’existe pour personne. C’est triste, mais c’est la vérité. Personne ne veut de moi, pour rien…

— Je voulais te dire que mes relations avec mon père se sont améliorées. J’ai réaménagé chez lui, et nous faisons des efforts pour bâtir un lien papa-fille. Ma mère est heureuse à Paris. Elle a trouvé un nouveau mec. Et on se parle souvent en FaceTime. C’est étrange, n’est-ce pas ? Normalement, les relations à distance, selon la théorie Camille, ne fonctionnent jamais. Eh bien, pour ma mère, ça marche. Je me sens plus proche d’elle que jamais. En revanche, pour le cas de mon père, je dois être présente, sinon on s’éloigne.

Mon ton devient ironique. Je crois qu’il assimile la réf tout de suite.

L’adage de Camille : les relations à distance ne fonctionnent pas. Encore une excuse pour me rejeter en douceur.

— Tout dépend de la personne, sans doute, concède-t-il.

Sa bouche remue et m’hypnotise. Alors que je ne devrais pas l’être. Je hoche la tête, puis replace un cheveu égaré derrière mon oreille. J’ai envie de toucher les siens, qui semblent avoir un peu poussé, j’ai envie de caresser sa mèche qui lui barre le front. J’adore respirer son parfum musqué mélangé à l’odeur inexplicablement enivrante de sa peau. Alors que je ne le dois pas.

— Tu as raison. Au fait, sache que j’étudie à l’université de New York à partir de ce printemps. Mais que ce n’est pas parce que tu y seras, je n’en savais rien jusqu’à ce soir. C’est pour mon père. Il a besoin de moi et moi de lui.

Je marque un silence et reprends :

— Je me suis rendu compte que je me suis éloignée de lui parce que je ne supportais plus sa façon d’être. Enfin, en partie. La Californie était bien plus accueillante pour résoudre tous mes problèmes. À présent, je me rapproche de lui, parce qu’il a changé. Que j’ai changé.

Et c’est vrai, en partie. Jamais il ne doit connaître la raison de mon départ pour la Californie.

Plutôt mourir que de le lui dire.

— Et ton Californien, tu l’as quitté ? Pourquoi tu reviens ici ?

Je bats des cils, tandis qu’il me scrute avec intensité.

— Nous ne sommes plus amis, Camille. Ma vie ne te regarde en rien. J’ai décidé de revenir, d’être heureuse, et j’étudierai ici. Que ça te plaise ou non.

Sa bouche s’entrouvre. Je sens presque son cœur cogner comme un fou contre sa cage thoracique. Je pourrais penser que c’est parce qu’il est content de cette nouvelle. Parce qu’il réalise qu’il sera dans le même campus que moi.

En réalité, non. Il se rend compte qu’il devra me voir tous les jours et ça l’emmerde.

Le moment est venu de lui parler de Noah.

Mes pulsations cardiaques résonnent un peu partout dans mon cœur, et je suis à deux doigts de l’évanouissement. Pourtant, je le regarde droit dans les yeux.

— En réalité, j’ai un nouveau mec. Un sportif de haut niveau. Un homme comme je les aime. Attentionné, protecteur, et qui m’apporte tout le soutien dont j’ai besoin. Une épaule sur qui me lâcher si j’en ai besoin.

Je marque un silence, pendant lequel le regard de Camille s’assombrit. Puis je boucle la boucle.

— J’ai ma vie et toi la tienne. Tu as complètement raison.

Ma réplique claque comme un volet sous le vent, signalant la fin de notre discussion.

Le pire, c’est qu’il reste de marbre, comme si ma révélation ne le touchait pas.

Je n’ai plus rien à lui dire. Et je l’éviterai le plus possible.

Sur ce, je pivote pour rejoindre les autres à la cuisine. Perturbée par ce que je viens de lui avouer.

Je devrais être heureuse de lui avoir lâché ça, pour qu’il comprenne que je passe à autre chose, définitivement. Pourtant, je m’enfonce encore plus dans les méandres de ma peine.

Parce que c’est loin d’être le cas.

Seulement, personne ne peut forcer quelqu’un à l’aimer ni à être son ami.

Et je ne suis pas de celles qui supplient ou qui forcent.

Mais une chose est certaine : je suis de celles qui ne subiront plus jamais.

Chacun sa vie, Cam. Tu as raison.

Chapitre 1 : Camille Trois mois plus tard

Eden est la première à fuir mon regard. Moi, je ne parviens pas à stopper mes prunelles, qui, avides de caresser ses lèvres roses, la dévisagent à distance. En dépit de mon esprit qui ne cesse de se raisonner, ma langue se souvient encore de leur goût sucré et s’en délecte en songe, rêvant de pouvoir la sentir une nouvelle fois.

La coupable de mes réveils nocturnes se tient à peine à deux mètres de moi. Elle est sublime, si… belle qu’un seul mot ne saurait la définir en entier. Le vent s’amuse avec sa chevelure dorée qui virevolte gracieusement, pour me torturer davantage. Le son mélodieux de son rire cristallin s’évade dans les airs pour rejoindre mes oreilles avec empressement. Pour ce premier jour de cours, elle porte une minijupe violette assortie avec un T-shirt blanc, sur lequel est brodé le logo de l’équipe de football de l’université. J’ignorais qu’elle était pom-pom girl. Je me demande pourquoi elle s’affiche avec cet uniforme aujourd’hui. Je pensais que ce genre n’était officiel que pendant les matchs.

Pourtant, elle ne semble pas la seule à se vêtir ainsi, à en croire toutes les filles avec qui elle discute. On dirait qu’elles veulent marquer le coup ensemble. Ou se montrer.

Mes yeux dévient vers ses jambes fuselées, le début de ses cuisses musclées, puis sa poitrine voluptueuse et obsédante. Je ne peux que constater qu’elle attire tous les regards des mâles environnants. Et ça me fout en rogne.

Je ne comprends pas, putain ! J’ai tiré un trait sur elle !

Adossé contre le mur du bâtiment de l’université, j’inspecte le moindre recoin de l’espace de pelouse verte qui s’étale autour de moi. Inutile d’attendre Roxane, elle passe une échographie. Quand elle a déclaré qu’elle était enceinte à Noël, au moment des cadeaux, j’ai manqué de peu de tomber de la chaise sur laquelle j’étais assis. Jamais je n’aurais imaginé qu’elle ferait ce type d’annonce aussi vite, seulement cinq mois après le début de sa relation avec Morgan. Et que son mec la demanderait en mariage juste quelques secondes avant, sans connaître la surprise qu’elle lui a offerte en emballant son test de grossesse à deux barres. Roxy m’a soufflé que pour eux, c’était une évidence. Pourquoi attendre, dans ce cas ?

Une évidence…

Mon regard tente inlassablement de se désintéresser de la fille aux yeux océan, pousse de toute la volonté possible pour changer de trajectoire, sans succès. Eden m’attire comme un aimant. C’est plus fort que tout. Que moi. Que mon désir de l’oublier. De me dire qu’elle n’est rien pour moi.

Depuis qu’elle m’a frappé virtuellement avec l’annonce de son homme et d’elle à Noël, mon esprit ne songe qu’à elle H24. Pire qu’avant…

Quand je suis arrivé à Paris en septembre, je me suis rendu compte de ce qu’elle représentait vraiment pour moi.

Une rencontre magique. Une personne inattendue qui a fait naître en moi un désir insoupçonné. La seule personne qui m’importe maintenant, au-delà du sexe.

— Salut, mec !

Je cligne des yeux. Mes pensées s’évaporent et mon attention se reporte ailleurs, alertée par une voix grave. Un géant se tient devant moi et m’aborde, comme s’il me connaissait déjà. Le genre beau à tomber, musclé. Son jeans bleu et son haut blanc claquent à merveille sur sa peau. Will Smith, en mille fois mieux. C’est dire à quel point il est bandant.

Mais il ne m’intéresse pas.

— Salut, lui rétorqué-je sobrement.

Sa main s’élève dans le ciel. Je suppose qu’il veut m’en taper cinq.

— William, Will pour les amis. Et toi, ton petit nom ?

— Je m’appelle Camille, Cam pour les potes, lui réponds-je pendant que nos paumes se rencontrent pour se saluer.

Il imite ma position, je tourne la tête vers lui. Son sourire fait ressortir ses dents blanches bien alignées. Je le lui rends.

— T’es nouveau ? Français ? devine-t-il.

Je réalise une moue approbatrice.

— Bien vu.

— Aucun mérite, ton prénom et ton accent t’ont trahi ! s’exclame-t-il.

Ce type me paraît sympa d’emblée. Mes lèvres s’étirent un peu plus, et mon esprit lâche l’affaire avec mon centre d’intérêt précédent. Enfin !

— Et toi ? Américain, je suppose ? plaisanté-je.

Il m’adresse un clin d’œil.

— Yes. Et nouveau. Comme toi, mec.

Je hoche la tête, puis reviens à ma contemplation initiale. La tranquillité a été de courte durée, puisque mes pupilles retrouvent leur place préférée. Sur la blonde.

Quand l’ovale de son visage s’incline, qu’il se tourne vers moi comme au ralenti, mon cœur rate un battement ou deux. Puis, comme par magie, elle me poignarde du regard, puis le soutient, pendant au moins cinq secondes. Aussitôt, l’air se charge en électricité, mes poils se dressent sur ma peau. Je déglutis. Hésite entre lui sourire ou ne rien faire. Le sort décide pour moi, me coupant toute envie de faire les deux. Un mec apparaît soudain dans mon champ de vision et enroule son bras autour d’elle. Ses fringues s’exposent fièrement à l’effigie de l’équipe de foot, se mariant à la perfection avec celles d’Eden. Je me redresse d’instinct et me tends, à la seconde où elle affiche un visage heureux et quand leurs lèvres se touchent.

OK…

Je prends une forte inspiration pour calmer mes nerfs, qui menacent d’exploser à tout moment, puis expire longuement pour tenter de revenir à la raison.

Elle a un mec. Vraiment. Depuis au moins décembre.

— T’as un problème ? me demande William, visiblement inquiet.

Je secoue la tête en serrant les dents.

Le sportif m’emmerde, exact. Parce que Eden mérite mieux qu’un type qui ne pense qu’à se pavaner avec une belle meuf à ses côtés. Quel mec censé boufferait comme ça sa petite amie en public ? C’est limite indécent. C’est pas interdit aux States, ça ? Eux qui sont parfois si puritains et qui possèdent des lois plus surprenantes les unes que les autres ?

Merde, il me fait chier à un point que je ne capte pas ! Je devrais être heureux pour elle, j’ai refusé d’être avec elle, putain !

— Sérieux, mec, tu as l’air de vouloir massacrer quelqu’un ! observe mon voisin.

Je n’avais pas remarqué que Will s’était déplacé lui aussi. Et qu’il me regarde curieusement. Je ferme les paupières un instant, pour me concentrer sur la réalité des choses. Elle est libre de faire ce qu’elle souhaite.

Je reviens à moi, laissant ma colère s’exprimer à travers le ton de ma voix. Tendue. Agacée.

Fais chier qu’elle me chamboule à ce point ! Je pensais pouvoir l’oublier. Raté.

— C’est qui, ce type ? demandé-je à mon nouveau pote, en désignant la sangsue qui donne l’impression d’aspirer tout le sang d’Eden sur son cou.

Will jette un œil vers eux, puis me répond :

— Noah, le capitaine de l’équipe de foot de l’université. Un champion, si tu veux mon avis, promis à un grand avenir. Et la fille, c’est…

Je l’interromps brusquement :

— Eden Smith, je sais, grogné-je.

Celle-ci me fusille du regard à la fin de ma phrase, tandis que Will baisse mon index, toujours pointé en direction de monsieur muscles.

— Ta mère ne t’a pas appris que c’était impoli de montrer quelqu’un du doigt ? me dit-il.

— Non. Et même. Je m’en tape, lui réponds-je d’un ton sec.

Il lève un œil sur moi, observe Eden et revient vers moi. Sa tête se secoue de désolation.

— Ah, d’accord ! J’ai pigé.

Je le regarde d’un air mauvais, alors qu’il n’y est pour rien. Et surtout, il doit se demander pourquoi j’ai ce comportement devant lui, alors que je le connais à peine.

— Non. Tu n’as rien capté du tout.

Il dresse ses paumes une seconde, puis saisit son téléphone dans la poche de son pantalon et me laisse tranquille. Pas envie de parler de ma situation. Ça ne le regarde pas.

Perdu dans mes pensées, je me souviens de l’air triste qu’avait Eden quand je l’ai jetée comme un chiffon sale. Une fois cet été. Une nouvelle fois à Noël. Sa colère, indescriptible, qui fuitait sur sa peau donnait le sentiment de vouloir abattre tous les obstacles pour m’avoir. Maintenant, je sais ce que ça fait. Alors qu’elle ne me bannit pas vraiment.

Elle me rend dingue.

Mes pupilles accueillent celles du sportif. Pendant un instant, j’ai l’impression qu’il va venir me trouver pour me coller un pain. Mais non, il reste à sa place, se contentant de m’abattre de loin d’une manière virtuelle.

Avec sa bouche qui se promène sur la peau nue d’Eden. Celle de son cou, de ses joues, puis de sa clavicule. Tout en m’observant d’un air de conquérant qui me dit : pas touche, elle m’appartient.

Bordel, mais qu’est-ce que ça peut me foutre ?? Chacun sa vie, putain !

Je m’adosse une nouvelle fois au mur, et plaque mon pied à plat dessus. Will fait de même.

— Si, reprend-il.

Mes pupilles perdues se fondent dans les siennes, remplies de compassion. Il poursuit :

— Tu en pinces pour elle et elle est maquée avec un autre. Ça se remarque, qu’elle te branche, comme ton nez au milieu de ta tronche.

Il exécute un geste du menton en direction du couple qui se voue un amour fou en public.

— Et elle est attachée à ce type, ça se voit aux suçons sur son cou.

Mes lèvres s’étirent à ce constat indéniable, à mon comportement pitoyable et au ton presque humoristique qu’il vient d’employer. Il poursuit sa théorie :

— Tu l’as larguée ou bien c’est elle ?

Non. Il me pose une question.

L’ai-je larguée ? Pas vraiment. Disons ni l’un ni l’autre. Nous n’avons jamais rien commencé. Véritablement. Seulement, au souvenir du moment de notre dernier baiser, celui de la piscine, en août dernier, j’ai l’impression que je ressens son contact doux, appuyé, excitant et que j’entends encore mon cœur dans mes tempes.

Non. C’est bien réel et il exécute son tempo maintenant, comme s’il revivait l’instant.

Mes mains deviennent moites et des fourmis les envahissent. Pourtant, ça ne devrait rien me faire de la voir avec un autre. Elle m’a dit qu’elle avait un copain à Noël. Je l’ai bien acté dans ma tête ! Et surtout, je ne suis pas assez bien pour elle, putain ! C’est pour ça que je refuse mes sentiments.

Peut-être, cependant, constater en vrai qu’elle est avec lui me provoque les mêmes symptômes qu’un marathon sans entraînement. À la limite de la crise cardiaque si je ne cesse pas de courir immédiatement.

Je prends une grande bouffée d’air frais, qui m’apaise. Un temps.

— Elle m’a dit qu’elle m’aimait. Ce n’est pas réciproque, mens-je.

— T’es certain de toi, Camille, que tu t’en fiches d’elle ?

À ton avis ?

Mon regard plonge dans le sien, rempli de pitié. Celui qui amène mes aveux, que je dois lâcher sous peine de souffrir longuement, d’agoniser dans de terribles douleurs. À force de garder tout ça pour moi. Depuis des mois.

— Non, Will. Putain, non ! J’ai la sensation de crever, là. Et le pire, c’est que je ne capte plus rien à ce que je veux.

Je m’en veux de me montrer aussi faible, mais je n’en peux plus. Je malmène mon cœur depuis tant de temps que je vais exploser comme un ballon qui éclate sans prévenir. Quand tu ne t’y attends pas et qu’après, tu chiales comme un môme parce que tu en désires un autre. Mais que cet autre, tu ne l’auras jamais.

Je savais que revenir était une mauvaise idée.

Il se baisse, saisit son sac et le jette sur son épaule, tandis que je lutte encore. Pour éviter de les regarder en pleine action de léchouilles.

— Vient, on se tire, Cam. Je connais un coin pour te remettre de tes émotions.

J’étrécis les yeux. Il est malade ou quoi ? Pas envie de me faire remarquer dès la première matière !

— Et rater mon premier cours de ma première journée ? Tu déconnes ?

Il hausse les épaules.

— On revient dans trente minutes, quarante à tout casser. L’amphi sera occupé par plus d’une centaine d’étudiants aujourd’hui. Le prof ne fait pas d’appel et la manière qu’il enseigne est barbante. De plus, les ressources de ce que tu dois savoir se trouvent sur le serveur. Vois ça comme une optimisation de ton temps pour mieux réussir ton examen.

Je ne suis pas convaincu, surtout que j’ai un peu de mal avec le système de cours ici et l’anglais soutenu. Cependant, je n’hésite pas beaucoup. Mon état lamentable, lié à la vision de ce couple qui incarne la perfection amoureuse, gagne sur ma raison.