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Ishihara Masao obligé de s'exiler en Italie, puis en France et enfin aux Etats-Unis se réalise dans son métier de pâtissier. Pourtant, son existence va se voir chambouler avec l'arrivée inopinée de Yuya Itami à New-York. Entre attirance foudroyante et vie quotidienne, les deux hommes se tournent autour... D'un autre côté, l'ombre de Rei Nanashi plane toujours sur la famille Ishihara et il n'est pas dit qu'il veuille se faire oublier aussi facilement.
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Seitenzahl: 452
Veröffentlichungsjahr: 2019
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DE LA MÊME AUTRICE :
CYCLE LES FONDATEURS
Losing my way (réédition)
Contes Nocturnes
À corps perdu T.1, Nanashi
À corps perdu T.2, le clan Ishihara
Atlantis T.1, le destin des anges
Fragment d’amour (FxF)
Manimal (nouvelle)
Les aventures d’Ainsley Black T1
Un coin de Paradis (nouvelle)
Loveless (nouvelle)
L’un pour l’autre (nouvelle)
Pandemonium (nouvelle FxF)
Irrésistible attraction (nouvelle)
L’empreinte (nouvelle)
CYCLE DES LOUPS GAROUS
1res pleines lunes T1
La nuit des chasseurs T2
Lunes de sang T3
La nuit des parjures T4
COLLECTION ROMANCE
Le parfum suave de la confiture
Les effets du chlore sur le cerveau
Dans tes yeux
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Épilogue
TOKYO, FIN NOVEMBRE 2006
La cuisine résonnait des mêmes bruits faits de raclement de casseroles, de la voix du second qui donnait ses ordres, et du crépitement des plats. L’odeur était alléchante.
Loin du tumulte de la brigade, Ogawa Eisen, seul, restait appuyé contre le plan de travail sans bouger. Le Chef pâtissier paraissait absent, et son regard lorsqu’il s’animait, se dirigeait vers le plafond, comme s’il essayait par la pensée de rejoindre son apprenti.
À bien observer l’ensemble de la pièce, une atmosphère pesante régnait parmi les cuisiniers. Eux-mêmes jetaient des coups d’œil fréquent à la porte pour y voir débouler soit le Chef Ogawa ou Ishihara qui terminerait, ils l’espéraient tous sans trop y croire, bientôt leur entretien. Là-haut se jouait le sort du pâtissier et tous attendaient le verdict avec impatience.
Faisant une dernière fois le tour de son bureau, Shige Ogawa épousseta le siège qu’occuperait son mari d’ici quelques minutes et caressa du bout du doigt, celui où s’installerait Masao.
Rejoignant la baie vitrée, Shige observa d’un regard absent l’horizon. Elle rongea l’un de ses ongles manucurés. Son cerveau déroulait le discours qu’elle s’apprêtait à dire à Ishihara Masao. Elle remonta d’un geste inconscient sa paire de lunettes qui cachait à peine les cernes de sa nuit blanche. Elle et son mari avaient longuement discuté du sort du pâtissier pour lequel, ils s’étaient pris d’affection sans qu’ils ne s’en rendent vraiment compte.
Shige abandonna son poste d’observation pour s’assoir derrière son bureau. Après avoir rangé une énième fois ses crayons, ses ongles pianotèrent sur la table, rythmant sa nervosité.
Le chantage auquel elle et son mari étaient soumis la mettait hors d’elle. Prenant une nouvelle bouffée d’air, elle se dit que la solution qu’ils avaient trouvée était la meilleure. Et dire que toute cette affaire avait permis au couple de se rapprocher alors que jusqu’ici, ils étaient incapables de communiquer. Comme si Ishihara était le fil qui leur permettait d’attacher les morceaux disparates que formait leur ménage.
Un coup léger frappé à la porte attira l’attention de Shige qui lança d’une voix brève.
— Entrez !
La porte s’ouvrit sur le pâtissier, très pâle sous son bronzage. La directrice de l’Hoshi admira l’homme qui se présentait devant elle. Sa résolution vacilla. Elle ne voulait pas laisser partir Ishihara. Derrière lui, la femme d’affaires remarqua la mine des mauvais jours qu’arborait son mari.
Se redressant, Shige désigna un siège en face d’elle.
— Je vous en prie Ishihara-san , prenez place.
Masao observa le visage de sa patronne. Son air solennel ne lui laissait planer aucun doute sur son sort. Il s’assit en silence, attendant la suite des événements qui ne tarderait pas à arriver. Naomi prit place sur le fauteuil laissé libre.
Les deux époux échangèrent un regard de connivence. Comme ils l’avaient prévu, ce fut Shige qui s’exprima en premier. Sa voix était ferme, et elle se surprit elle-même devant sa maîtrise.
— Ishihara-san, le Chef et moi-même devons vous faire part d’une très mauvaise nouvelle.
Shige remarqua l’agitation du pâtissier et toussota pour effacer le trémolo dans sa voix. Ce n’était pas la première fois qu’elle renvoyait un employé, mais ici…
— Êtes-vous au courant que vous faites à nouveau la une des journaux à scandale ? Et de la presse en général ? J’ai même pu voir votre tête sur les écrans de télévision au réveil ce matin !
— Oui…
Masao qui se sentait très mal, faiblissait de plus en plus à l’énoncer des médias dans lequel il s’affichait sans qu’il ne le veuille. En rentrant chez lui, il avait pris conscience de ce qui lui était arrivé en voyant débouler de nombreux locataires de l’immeuble venant le voir, soit outrés par son comportement ou en simple curieux.
Ils voulaient la confirmation du mystérieux inconnu, qui embrassait d’un côté Itami Yuya et frappait Rei Nanashi. Les journaux avaient même tablé sur un triangle amoureux. La boule grossissait encore au creux de son estomac. Ses yeux rencontrèrent ceux de Shige et Naomi, leurs mines sombres ne lui disaient rien de bon. Sa carrière allait se briser nette !
Si seulement il avait réfléchi un peu plus avant d’agir… Son problème étant qu’il ne ressentait aucun remords jusqu’ici. S’il était à nouveau en présence de Rei, il le frapperait avec la même force, si ce n’est plus en sachant qu’il en perdrait le travail qu’il aimait par-dessus tout !
— Vous comprenez que nous ne pouvons pas vous garder avec ce qui s’est produit. Les journalistes voudront en connaître plus sur vous, et notre établissement fera alors la une des journaux, nous ne pouvons pas permettre ce genre de publicité. La notoriété de notre établissement reposant sur le sérieux et la respectabilité. Un de nos employés mis en garde à vue pour coup et blessure contre une personnalité telle que Rei Nanashi… c’est… une bombe à retardement surtout lorsque l’on sait que la plupart de nos clients font partie de la télévision, de la mode ou du cinéma en plus d’hommes d’affaires de premier plan.
— Je comprends, chuchota Masao, anéanti.
— Ce n’est pas tout, continua Shige. Connaissez-vous le couple Ruane ?
— De l’ambassade des États-Unis ? demanda Masao avec un nouveau pressentiment.
Son cœur se mit à battre plus fort. La transpiration de ses mains se fit abondante. Les yeux du jeune homme clignèrent nerveusement. Le visage d’Ellen Ruane lui effleurait l’esprit, et son regard méprisant jurait avec l’amabilité de son mari.
— Oui. Nous avons eu un coup de fil d’Ellen Ruane.
Shige remarqua que le teint de son employé devenait à présent livide.
— Je vois que vous savez à quoi vous attendre…
— Elle m’a invité à prendre un thé il y a quelques jours…
— Ah ? À quel sujet ? interrogea Shige curieuse d’en savoir un peu plus, ou tout au moins la version du pâtissier.
— J’ai reçu l’invitation de ne plus approcher son fils…
— Et ? Vous l’avez fait ? questionna la femme d’affaires, en fronçant les sourcils.
— Non, répondit le jeune homme une lueur de défi dans le regard.
Shige nota le comportement plus combatif de Masao, alors que jusqu’ici il se tassait sur son siège.
— Vous… vous étiez en couple avec Ruane-kun ?
— Oui, répondit impassible Ishihara. Ses poings se resserraient au point où leurs jointures blanchissaient.
— Nous venions juste de démarrer notre relation.
— Et vous ne vous doutiez pas des conséquences ?
— Non. J’en avais discuté avec Ogawa-sensei et Rin…
Shige qui avait tourné un visage interrogateur vers son mari. Ce dernier protesta vigoureusement.
— Pas moi ! Eisen !
— De toute façon, même moi je n’aurais pas vu d’inconvénient à cela. Mais les Américains sont… chrétiens et son moins tolérant…
— Il est républicain, confirma Naomi toujours soucieux et comme s’il s’agissait d’une évidence pour tout le monde.
— Je suis aussi chrétien, rétorqua abruptement Masao en même temps que répondait son Chef.
Voyant l’air étonné du couple, Masao déglutit et déclara.
— Je suis catholique comme eux…
— Vous ? coupa Shige étonnée, avant de passer sa main devant elle comme pour effacer cette idée parasite. Enfin, nous en sommes aujourd’hui à ce que cette femme utilise tout son poids pour vous faire renvoyer de notre hôtel.
— Mais pourquoi ? Je n’ai pas parlé à Soren et…
— Et nous n’avons pas le choix ! Entre le scandale d’une relation avec un mineur qui se trouve être le fils de l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique et la Une des journaux qui vous inculpe d’agression aggravée sur la personne de Rei Nanashi, nous ne pouvons pas vous garder dans notre établissement, même si Rei-san n’a pas porté plainte contre vous, répliqua Shige en serrant son poing.
Le monde de Masao s’écroulait. Une envie de hurler le secoua. Son regard devint brillant sous le coup de son émotion. Shige déclara calmement avant qu’il ouvre la bouche.
— Naomi et moi-même avons une proposition à vous faire. En fait, nous avons été contactés il y a quelques jours par Sergio Cavanese… Nous avions décliné sa proposition, parce que nous ne voulions pas que vous quittiez nos murs… Mais, vu la situation, et avec votre accord, nous aimerions vous envoyer en stage chez lui durant un an. Il est Chef pâtissier au Brunello Toscan Palace en Italie. Vous pourriez vous y perfectionner.
— Euh… commença Masao déstabilisé par la proposition inattendue.
— La réponse est à nous fournir le plus rapidement possible.
— Ceci est fait pour vous faire oublier pendant quelque temps Masao-kun, reprit Naomi songeur. Eisen pense qu’il s’agit d’une bonne idée pour vous faire progresser. Il estime que vous feriez un très bon Chef et il pense que cette expérience vous ferait acquérir d’autres savoir-faire. Notre but, comprenez bien Masao-kun, c’est de vous faire revenir ici et vous embaucher.
Reprenant sa respiration, Shige reprit plus calmement comme si elle-même s’apercevait de la formidable opportunité offerte au jeune homme.
— Vous devriez saisir la chance qui vous est offerte. Cavanese-sensei est un des meilleurs pâtissiers que je connais. Les circonstances de votre départ ne sont peut-être pas faites sous les meilleurs auspices, mais tout ne se déroule pas toujours comme on le souhaite dans la vie. Cavanese-sensei va vous trouver un logement, et bien sûr vous serez rémunéré.
— Je ne parle pas italien et mon anglais est limité, protesta Masao au bord du gouffre.
— Cavanese parle japonais et il va certainement faire en sorte que vous parliez l’italien, je pense également vous faire faire un stage chez Kanyon-sensei. Sergio, soupira Naomi, m’a dit que vous vous entendiez plutôt bien à la soirée à l’ambassade.
— Mais c’est aux États-Unis… chuchota Masao la gorge sèche.
Le jeune homme voyait l’ombre des Ruane le poursuivre dans leur pays.
— De toute façon, le choix est simple Masao-kun. Soit vous partez soit vous vous retrouvez sans travail avec peu de possibilités d’en retrouver. Apparemment, cette Ellen Ruane a décidé de torpiller votre carrière. N’oubliez pas que ce genre de personnes a un carnet d’adresses bien rempli, entre hommes politiques et hommes d’affaires… Souvenez-vous de votre soirée à l’ambassade, cela vous donnera une petite idée du pouvoir qu’elle a entre les mains.
Le couple fixait le pâtissier complètement défait, le ciel semblait lui être tombé sur la tête. Shige navrée, se leva de sa chaise et contourna son bureau. Elle se plaça de telles sortes qu’elle soit à la hauteur de son employé pour le regarder droit dans les yeux.
— Croyez bien que cette situation ne nous enchante guère. Je ne supporte pas qu’une étrangère se permette d’exercer une telle pression sur nous, nous ne sommes pas aux États-Unis, mais il faut bien reconnaitre qu’elle a un bras plus long que le mien. Toutefois, je ne laisserai pas cette femme faire de vous un exutoire à sa frustration. Vous n’avez rien fait de mal Masao-kun.
— Pourquoi ? chuchota Masao la voix éraillée.
Voyant l’air perplexe de ses employeurs, il reprit sa question.
— Elle a des relations et… et vous pourriez pâtir de…
— Voyez-vous, un certain patriotisme m’étreint lorsque je vois une Américaine se permettre de traiter une personne de la sorte, reprit Shige. Et puis, nous ne le cacherons pas…
Shige tourna son visage vers son mari, et une expression de profonde affection se lut sur ses traits.
— Naomi et moi-même, nous vous aimons beaucoup. Cela fait plus d’un an que vous travaillez pour nous à présent, et vous étiez très apprécié par Naito-sensei qui vous considérait comme un fils, toute la brigade apprécie votre travail… et votre implication à votre poste. Je… je…, bafouillai Shige qui ne pouvait plus continuer, n’ayant pas l’habitude des démonstrations d’affections.
— Nous ne vous abandonnerons pas ! coupa Naomi en regardant Masao droit dans les yeux. Arata n’aurait pas apprécié que je le fasse, je me sens un devoir vis-à-vis de ses sentiments et puis… comme le dit si bien Shige, nous vous apprécions beaucoup. Et je dois dire que grâce à vous, même si vous ne vous en rendez pas compte, votre venue ici nous a permis à moi et à ma femme de nous rapprocher.
— Moi ? s’étonna Masao.
— Oui. Acceptez cette proposition Masao-kun, et revenez-nous avec un savoir-faire qui placera notre Palace parmi les meilleurs de la ville. Je suis sûr que vous vous épanouirez ailleurs.
Un sourire amer plissa le coin de la bouche du pâtissier. Ses belles paroles le réconfortaient sans le convaincre réellement. Mais avait-il réellement le choix ?
— Que se passera-t-il si elle fait pression en Italie ? Dans son pays ? Que ferez-vous si…
— Vous êtes officiellement licencié, répondit calmement Naomi. Vous ne faites plus partie de nos effectifs à partir d’aujourd’hui.
— Pardon ? blêmit Masao.
Shige attrapa la chemise bleue qui trônait sur son dessus de main. Elle le tendit au pâtissier sans hésitation.
— Voici, le dossier envoyé par Cavanese-sensei. Vous trouverez un contrat, des photos de votre futur logement, et un billet d’avion. Nous vous donnons quatre ans pour devenir un des meilleurs pâtissiers sur le marché. Tout est déjà payé.
— Mes affaires, mon appartement… balbutia Masao qui s’accrochait encore à son présent.
— Vous avez un mois pour vous préparer, répliqua Shige fermement.
— Mais…
— Vous avez jusqu’à la fin de la semaine pour prendre votre décision, coupa sa patronne. Ensuite, vous aurez trois bonnes semaines pour préparer votre voyage. Votre destin est entre vos mains.
Masao observa le visage tendu de sa patronne, pour glisser vers le Chef cuisinier, qui affichait la même expression. Le jeune homme reporta son attention sur le dossier qu’il tenait entre ses mains. Il l’ouvrit et feuilleta les pages écrites à son grand soulagement en japonais et non en rōmaji , certainement tapé par le Chef Cavanese lui-même.
Les photos montraient un magnifique hôtel-restaurant à la façade ancienne. L’intérieur était fait de marbres et de lourdes tentures soyeuses. Le personnel en tenue noir, blanc et or y était aussi distingué qu’à l’Hoshi Palace. La plaquette en anglais annexé était luxueuse.
Un silence s’installa dans la pièce tandis que Masao feuilletait son contrat. Piégé une nouvelle fois, songea-t-il. Le visage de Nanashi se juxtaposait par-dessus les caractères soigneusement alignés.
Masao admira et remarqua l’effort du Chef qui l’avait écrit de haut en bas, et de droite à gauche comme il était d’usage dans son pays. Finalement, ce serait la meilleure solution pour lui, sa décision était prise.
Et si Nanashi l’apprenait ? Cette idée le révulsa. L’ancien mannequin serait capable de le suivre, ça, Masao en avait l’intuition. Le jeune homme songea à Rin et sa relation avec son ex. Sa sœur ne devait pas le savoir ! Elle vendrait la mèche sans forcément le vouloir. Masao releva la tête et déclara sobrement.
— J’accepte, mais s’il vous plaît… Ne dites rien à personne et surtout pas à ma sœur.
Voyant l’interrogation et la surprise sur le visage de ses patrons, Masao précisa sans s’étendre.
— Nous nous sommes à nouveau brouillé ma sœur et moi. Et je souhaite prendre de la distance… avec ma vie ici.
— Bien ! Si c’est ce que vous souhaitez… répondit Shige pensivement.
— Je vous remercie infiniment pour tout ce que vous faites pour moi. J’exploiterai ces quatre années pour ne pas vous décevoir, et devenir un très bon professionnel.
Masao s’était levé en parlant et s’inclina respectueusement devant le couple. Se redressant, il reprit impassible.
— Je vais lire le contrat attentivement. Je passerai demain matin pour dire au revoir à la brigade, si vous me le permettez, j’en profiterai pour vous rendre les papiers signés. Pourrais-je contacter Cavanese-sensei ?
— Bien sûr ! Je pense qu’il en sera ravi, sourit Naomi soulagé de la décision de son employé.
— Bien. Je… je vais rentrer, termina Masao encore indécis et sous le choc.
— Reposez-vous, recommanda Shige.
— Merci Ogawa-san, répondit Masao en s’inclinant à nouveau avec respect.
Le couple observa Ishihara quitter le bureau quelques minutes plus tard. Son dos droit et ses épaules crispées parlaient pour lui.
— Je pense que c’était la meilleure solution.
— Nous ne pouvions pas faire mieux, confirma Naomi.
Ils s’observèrent un instant, et Shige, pour la première fois, se glissa spontanément dans les bras de son mari. Naomi surprit, caressa longuement les cheveux de sa femme. Ils restèrent un long moment immobiles, chacun plongé dans ses pensées. Après Naito, voilà qu’ils perdaient Ishihara. Enfin, ils avaient au moins la promesse de son retour.
Masao franchit le seuil de son appartement, anéanti. Balançant la chemise bleue sur la table de sa cuisine, son regard traqué détailla chaque meuble, et chaque coin que composait son appartement. Son chez lui !
Un nouveau départ, un nouvel équilibre réduit à néant ! Plus jamais, il ne laisserait qui que ce soit décidé de son destin. Plus personne n’imposerait sa loi sur son destin, songea-t-il avec colère. Il s’en fit la promesse…
Après plusieurs inspirations pour se calmer, il se prépara un café et s’installa confortablement sur une chaise. Il devait être productif, pleurer et crier ne servirait à rien de toute façon. Il n’avait aucun choix.
Les pages du contrat bruissèrent dans l’appartement silencieux. Le paysage vallonné et verdoyant, les petits villages charmants attiraient le futur touriste.
L’hôtel n’avait rien à envier à l’Hoshi… En fait, la bâtisse ancienne avait un cachet que l’Hoshi ne posséderait jamais. Et dire qu’il avait rencontré Cavanese à cette soirée à l’ambassade, tout comme Kanyon… Quelle ironie !
Finalement, c’était une occasion en or pour évoluer, et se faire oublier et pas que par Ruane Ellen et son mari…
NEW YORK, LE 3 MARS 2010
Le soleil brillait à l’extérieur de la boutique chic qui voyait affluer de nombreux clients vers la pâtisserie située sur la Madison Avenue. L’ambiance feutrée de l’établissement était à peine troublée par le bruit du tiroir-caisse ainsi que quelques rires bas, et des conversations discrètes provenant du salon de thé adjacent.
Les employés habillés d’un uniforme gris et blanc, impeccablement repassés et dont le foulard carmin autour du cou cassait l’austérité de la tenue, déambulaient entre le salon de thé, la boutique et les cuisines.
Du côté du laboratoire, les exclamations des commis rythmaient une partie de la nuit et le début de matinée. Les employés de la boutique saluèrent les pâtissiers qui s’apprêtaient à quitter leur lieu de travail.
Installé devant son casier, Masao enlevait le dernier faux pli de sa veste blanche, avant de s’asseoir pour changer ses chaussures. Autour de lui, les conversations allaient bon train, lui n’aspirait qu’à se pelotonner sous sa couette. Il étouffa discrètement un bâillement.
— Hé Masao ! lança Joe de sa voix chaleureuse. Tu ne nous as pas dit les résultats de ton match de samedi. Tu t’es classé combien ?
— Il n’y a pas de classement, c’était simplement une démonstration, répondit le Japonais tout en se relevant.
Il ferma son casier après avoir rangé ses chaussures de travail.
— Tu devais avoir fière allure dans ton costume, remarqua envieuse Cadence en lorgnant la silhouette athlétique du second.
— Imbécile, on ne voit rien, il porte un men ! répliqua Brett en se grattant le haut de son crâne.
— Je vous laisse, sourit Masao en saluant la brigade au passage, je vais pioncer. Je n’ai presque pas dormi la nuit dernière.
— Ton mec est revenu ? s’étonna Joe.
— Non, je crois que j’ai mal digéré un truc, marmonna Masao en se tenant le ventre en se souvenant des atroces douleurs qui l’avaient lanciné la soirée précédente. Et Duncan et moi c’est terminé.
— Vraiment ? Depuis quand ? demanda Brett en tombant des nues.
— Quelques jours…
Masao n’ajouterait rien de plus sur le sujet, qui ne concernait de toute façon personne.
— Et en plus, t’as mangé un truc avarié ? Fais gaffe !
Brett tapota l’épaule de Masao qui enfilait sa veste en laine, avant de s’apprêter à sortir.
— Tu vas rentrer à Loisada ? interrogea Cadence.
— Oui…
— T’es conne ou quoi ? s’exclama Joe. Masao a dit que c’était terminé… Bien sûr qu’il retourne chez lui.
Masao haussa les épaules et après un dernier salut, quitta le laboratoire. Il utilisa la porte de service pour rejoindre la soixante-dix-huitième rue. Enfilant son baladeur, et remontant rapidement le trottoir, il héla un taxi pour se rendre chez lui.
Et dire qu’avant il aurait abusé de l’appartement de Duncan, mais tout était fini entre eux, à son instigation. Son regard ne faisait plus attention aux immeubles imposants qui défilaient devant ses yeux. Masao ferma ses paupières, heureux en songeant à son ex-amant… une dizaine de jours que tout était fini et quelque part, il lui manquait. Par pur confort personnel ?
D’un commun accord, leur relation s’était basée sur le sexe, enfin au tout début... Masao ne pouvait pas nier la profonde amitié qui était née entre eux. Jamais ils n’auraient pu entretenir une liaison aussi longue, s’ils n’éprouvaient pas ce sentiment confortable. Et puis ici pas de cri, pas de pleurs, chacun était libre de faire ce qu’il voulait sans rendre de compte à l’autre, une relation pouvant s’arrêter du jour au lendemain sans explication.
Indépendant au point où Duncan ne s’était livré à lui, laissant une sorte de mur invisible entre eux qu’il était incapable de combler songea amèrement le jeune homme.
Masao avait tenté à un moment de se rapprocher un peu plus de Duncan… si beau, si mystérieux. Ils se voyaient au minimum deux à quatre jours par mois, et ce, pendant deux ans à cause de son travail. Quoique leur première rencontre datait de l’époque où il vivait en Italie soit presque quatre ans.
C’était au cours d’une soirée mondaine auquel il avait été convié par Cavanese pour qu’il se fasse des amis en Italie, et surtout qu’il étoffe son carnet d’adresses. Cavanese et son éternel sourire identique au soleil chaud de l’Italie.
Masao se souvint de Duncan accoudé à la balustrade de la terrasse. D’une beauté à vous couper le souffle. L’homme le plus grand qu’il est rencontré aussi. Pas loin de deux mètres, une stature athlétique, un costume bleu nuit qui lui saillait à merveille, alors que la plupart du temps, les personnes de sa taille paraissaient gauches. Pas lui !
Ses longs cheveux noirs tenus par un ruban, d’où quelques mèches échappées encadraient son visage carré. Ses yeux extraordinairement bleus, qui vous sondaient dès qu’il se posait sur vous. Ses traits fins, réguliers et virils, attiraient l’attention sur ce trentenaire. D’ailleurs, il était entouré de femmes, mais lorsque ses yeux insondables croisèrent les siens, il n’avait pas hésité une seconde à venir le rejoindre, provoquant chez Masao la plus grande confusion.
Encore maintenant, le jeune homme se souvenait de cet instant particulier qui l’avait frappé. Il avait eu la nette impression, cet instant où il avait eu l’impression de le reconnaître.
Ils étaient devenus les amants d’un soir… pour se retrouver plus tard à New York. Duncan l’avait laissé jouir de son appartement comme il l’entendait. Le plus étonnant dans leur relation, c’était que Duncan comblait tous ses désirs comme par magie, comme s’il lisait en lui comme dans un livre ouvert. C’en était déconcertant.
C’était amusant de voir que pour tous ils formaient un couple établi. Alors que pour lui, le regard bleu si profond de son amant lui paraissait insondable… Jamais Duncan ne souriait. Était-il heureux ? Souvent, Masao se posait la question en l’observant de loin.
Oiseau de nuit tout comme lui, toujours habillé de ses costumes trois-pièces, invariablement un verre d’alcool fort entre les doigts, son regard rivé vers l’horizon comme s’il s’attendait à voir arrivé quelque chose, ou quelqu’un… et cela n’avait jamais été lui.
Masao bâilla discrètement avant de fouiller dans sa veste pour payer la commission du taxi. Sortant du véhicule, le pâtissier leva les yeux vers son appartement. Un demi-sourire se forma sur le visage de l’Asiatique qui se hâta de rentrer chez lui.
Poussant la lourde porte de l’appartement, Masao laissa traîner son sac dans l’entrée, le traversa en bâillant à nouveau. Quoi qu’il en soit, cette relation s’était terminée comme elle avait été vécue, sans drame et sans heurt… si paisible qu’elle paraissait intemporelle.
Franchissant le salon, et un couloir, Masao se déshabilla en laissant toutes ses affaires traîner sur le sol. Sous la douche, il choisit un jet chaud. Son esprit n’aspirait qu’à retrouver les draps frais. Il ne fut pas long à se glisser entre les draps en soie qu’il affectionnait à présent depuis Duncan. Masao s’endormit nu.
Une voiture de sport traversait les rues de Tokyo à vive allure. Le conducteur repoussa ses cheveux d’un geste absent, le regard lointain. Yuya sentait l’adrénaline courir dans ses veines.
Boum. Son cœur émit un bruit sourd. Yuya sentait à nouveau son pouls. La ligne blanche défilait, et c’est avec dextérité qu’il doublait les véhicules qu’il rencontrait.
Boum, boum. Encore son cœur. Ses doigts pianotèrent sur le volant, impatient. Il faut dire qu’un rendez-vous avec Ishihara Ujiteru c’était plutôt rare et puis, voir le cadet de Masao c’était un peu revoir le visage de celui qui hantait ses nuits depuis trois ans maintenant. Sa main chercha une station de radio et surtout une chanson en accord avec ses sentiments.
Boum, boum, boum… Yuya ouvrit la bouche pour prendre plus d’air. Sa main caressa sa gorge et défit le premier bouton de chemise au niveau du col. Sa gorge devenue sèche l’irritait. Ses mains moites à présent glissaient légèrement sur le volant. Un froncement de sourcil barrait son front. Mais quel con ! Ce n’était pas Masao qu’il croiserait d’ici quelques minutes ! Mais son rythme cardiaque ne faisait que s’affoler au fur et à mesure qu’il progressait. Le temps lui semblait interminable, et en même temps très court.
Baboum, baboum, boum, baboum… Boumboum… Son regard s’alluma en reconnaissant au loin l’hôtel de police. Le comédien ralentit pour regagner le parking souterrain. Ses jambes flageolaient alors qu’il descendait de la voiture. Pourtant, sa démarche était assurée lorsqu’il traversa le parking. Devenu un habitué des lieux, il salua chaleureusement les policiers qu’il identifiait.
Boum, boumboum, baboum, boum, boumboumboum, baboum… Le fait d’être aussi proche des forces de l’ordre lui permettait d’être relativement tranquille sur les routes. Mais il n’abusait pas… sa situation était trop confortable. Mais c’était quoi cette conversation à la con ?
Franchissant le seuil du service où se trouvait Ishihara, il se dirigea directement vers lui. Il distinguait sa silhouette au travers des fenêtres de son bureau, le profileur était penché sur ses dossiers. Après un coup discret à la porte, il entra. C’était une consigne d’Ujiteru adressé à lui seul, pour éviter les émeutes dans le commissariat.
Boum, baboum, baboum, baboum, boum, boum, bababoum. Le cœur de Yuya bondit en voyant cette physionomie qui hantait ses nuits depuis trois ans, se redresser.
Boumbaboumbaboumbaboum… Boum… boum… boum…
Les yeux marron d’Ujiteru le firent redescendre sur Terre. Il était mort à nouveau, Ujiteru avait beau ressembler à son frère, il ne serait jamais Masao.
Comme il avait essayé de se persuader tout le long de la route, malgré la cavalcade de son cœur, Ujiteru n’était définitivement pas Masao.
Le profileur reconnut la lueur dans le regard d’Itami, celle de l’espoir, pour remarquer ensuite l’extinction de cette flamme dans son regard presque aussitôt. Il fit comme s’il n’avait rien vu et l’accueilli chaleureusement.
— Bienvenue Itami-sensei.
— Vous pourriez être un peu plus familier, répliqua Yuya moqueur.
— Sans façon. Asseyez-vous. Je suppose que vous prendrez une tasse de thé ? Non ! anticipa Ujiteru en levant les yeux aux plafonds lorsqu’il remarqua la grimace de l’acteur, je ne vous servirai pas un alcool.
— Très bien. Va pour une tasse de thé.
— Soyez plus détendu, Itami-sensei. Si je vous ai appelé, c’est pour quelque chose que vous attendez impatiemment depuis trois ans.
— Vraiment ? ironisa l’acteur.
Ujiteru se détourna camouflant son sourire en coin. Il prépara le thé et se servit un café. Le silence s’installa durant les quelques minutes où il était occupé. Lorsqu’il se tourna à nouveau vers Itami celui-ci l’observait toujours interrogateur. Le policier plaça la tasse devant son invité et regagna son siège.
— Rejoindre mon frère n’est pas la chose la plus importante qui soit pour vous ? s’étonna faussement Ujiteru.
— Pardon ?
Le profileur savoura la mine décomposée de son interlocuteur. Faire perdre de sa superbe à cet homme, peu pouvait s’en vanter et il adorait cela.
— Masao m’a toujours défendu de donner son adresse à qui que ce soit. Quelque part, je le comprends… Rei-sensei est quelque peu étrange. Même si je n’ai jamais rien pu prouver contre lui.
— Votre sœur ?
Ujiteru fronça les sourcils à l’évocation de Rin. Sa sœur ne semblait toujours pas vouloir se réveiller du mirage dans lequel elle vivait.
— Elle en est toujours aussi amoureuse, mais comptez sur moi pour intervenir à la moindre occasion, soupira Ujiteru en soufflant sur sa tasse. Donc pour en revenir à Masao, j’ai su que vous vous rendiez aux États-Unis…
— Il est là-bas ? s’étonna Yuya.
Depuis qu’Ujiteru avait annoncé son intention de lui révéler le lieu de résidence de Masao, son cœur bondissait littéralement dans sa poitrine. Enfin, il allait pouvoir retrouver le pâtissier…
— Oui, et plus précisément à New York… Bien sûr, je vous demanderai ne pas révéler son adresse. S’il a dû quitter le Japon précipitamment, c’est suite à quelques personnes ayant un certain pouvoir politique et je n’ai pas envie que…
— Pour qui me prenez-vous ? coupa Yuya contrarié que l’on puisse le prendre pour ce genre d’individu. Depuis le temps que j’attendais d’obtenir cette information, je n’ai absolument pas envie de la partager. Il est à New York, dites-vous ?
Yuya avait posé sa tasse dans un bruit sec et serrait nerveusement ses mains l’une contre l’autre. Comment cela pouvait être possible ? Jamais il n’aurait pensé que le jeune homme soit hors des frontières de son pays. Ils avaient été si proches sans jamais s’être rencontré.
— Masao a vécu en Italie, pour ensuite faire un petit stage de perfectionnement en France et actuellement à New York. Il y réside depuis presque deux ans. Tenez ! C’est son lieu de travail, s’il veut vous revoir, il vous donnera sa carte personnelle, lui-même.
Ujiteru tendit une feuille qui trônait jusqu’ici sur son bureau. Yuya la saisit d’une main dont il essaya de maîtriser le tremblement. La dernière précision noua la gorge de l’acteur. Si Masao le désirait uniquement… cela voulait dire qu’il pouvait encore se faire jeter ! Cette idée lui fit peur. Lui l’aimait, mais Masao le fuyait…
— Merci, chuchota Itami la voix enrouée sous le coup de son émotion.
— Je vous la donne parce que… parce que pour moi, vous êtes l’homme qu’il faut pour mon frère.
Yuya leva les yeux vers Ujiteru qui se renfonçait dans son siège en croisant les jambes.
— Mon frère a un petit ami depuis quelques années, enfin avait… Ils ont rompu il y a quelques jours, ce qui me fait penser que je devrai me mêler de mes affaires, grommela Ujiteru à lui-même, mais j’avoue que l’idée qu’il puisse tomber à nouveau sur un homme du type de Rei ou… ou même de son nouvel ex…
— Et je serai bon pour jouer les seconds rôles ? ironisa Yuya qui n’aimait pas s’imaginer comme roue de secours.
— Mon frère était intéressé par vous…
— Vraiment ? coupa Yuya sur la défensive. Votre frère ne m’a montré que du mépris !
— Mon frère, s’il vous avait détesté, ne vous aurait jamais embrassé et encore moins parlé comme il l’a fait. Vous ne l’avez jamais laissé indifférent ! objecta Ujiteru agacé par le scepticisme de l’acteur.
Le policier se cala un peu plus dans son siège avant de reprendre.
— Avez-vous baissé les bras ? N’éprouvez-vous plus rien pour lui ?
Yuya ne pouvait pas lui répondre, tout au moins verbalement.
— Vous lui plaisiez beaucoup.
— Vous auriez besoin de lunettes, marmonna Yuya.
— Je pense que vous n’avez rien à perdre, Itami-sensei. Et je pense aussi que vous avez peur. Peur que cette fois-ci le rejet que pourrait vous opposer mon frère ne vous blesse ou pire encore, que Masao ne soit pas à la hauteur de vos fantasmes.
Yuya observa longuement la feuille qu’il tenait entre ses mains. Il maîtrisa sa main qui tremblait un peu pour plier le papier soigneusement et le ranger dans son portefeuille. Ujiteru avait vu juste. Ne sachant plus quels sentiments il devait affronter en premier, son cerveau était en proie au chaos le plus total. Pour son plus grand soulagement, Ujiteru n’insista pas, le laissant décider seul de son avenir.
L’acteur continua une conversation courtoise avec son interlocuteur qui le libéra un petit quart d’heure plus tard. De toute façon, songea-t-il en montant dans sa voiture, il allait avoir deux semaines pour réfléchir… abordé ou non Ishihara… C’est tout aussi troublé qu’il rentra chez lui, avec un sentiment de peur lové au fond de son estomac.
Se levant en faisant le moins de bruit possible, Nanashi se dirigea vers la salle de bain en ramassant ses vêtements posés sagement sur une chaise. Le petit jour se levait et la lumière extérieure qui franchissait les interstices des tentures le guidait.
La forme allongée ne bougea pas d’un iota alors qu’il fermait doucement la porte derrière lui. Il poussa l’interrupteur de la salle de bain en dénouant ses cheveux. L’acteur prit une douche sous laquelle il étira ses muscles encore endormis. Il n’avait plus beaucoup de temps avant le réveil de Fuyuki.
Une demi-heure plus tard, telle une ombre, Nanashi s’apprêtait à quitter l’appartement de sa maîtresse lorsqu’une voix ensommeillée l’arrêta. L’acteur jeta un coup d’œil de biais à Rin qui avait enfilé un peignoir en soie rouge, moulant ses formes parfaites.
— Tu pars déjà ?
— J’ai un rendez-vous ce matin de bonne heure… Je t’en ai parlé hier soir.
— Ah oui… désolée, j’avais oublié. Tu as quand même le temps de me faire un petit câlin ? sourit-elle coquine.
Nanashi allait refuser, mais lorsqu’il croisa son regard vert, sa respiration se coupa un bref instant. Sa maîtresse en profita pour se coller contre lui, rejetant la tête en arrière pour l’observer entre ses cils.
— Un tout petit baiser…
Nanashi fut agacé, mais jouant son rôle depuis une éternité, lui semblait-il, il se pencha et effleura les lèvres entrouvertes sans s’attarder.
— Eh ! Nanashi, tu exagères ! protesta sa compagne.
— Désolé, mais je n’ai vraiment pas le temps. Je te téléphonerai dans la journée… Ne fais pas de bêtises durant mon absence.
— Mais…
La porte de l’appartement avait claqué, laissant Rin désemparée dans le genkan . Nanashi dévala les marches pour regagner le sous-sol et récupérer sa voiture. Regardant sa montre une nouvelle fois, il s’aperçut qu’il lui restait à peine une demi-heure pour être à l’heure.
Sa voiture fila sur la route, en prenant soin tout de même de ne pas se faire arrêter pour excès de vitesse, ne pouvant pas justifier de son absence à sa fille. Nanashi arriva avec dix minutes d’avance sur son horaire à son appartement. Le petit jour avait fait place à l’apparition du soleil. Il se glissa chez lui sans aucun bruit et traversa l’appartement dans la pénombre, tel un fantôme.
Sans allumer la lumière de sa chambre et se fiant à sa mémoire, Nanashi s’allongea sur son couvre-lit et fixa le plafond en attendant que Fuyuki se lève. Un soupir franchit ses lèvres.
Son esprit divagua sur la double vie qu’il menait depuis presque trois ans. Sa fille ignorait tout de sa liaison avec une femme… et encore moins qu’il s’agissait de la sœur de Masao. Nanashi qui était jusqu’ici préoccupé par un éventuel retard à son appartement songea à Rin.
Elle l’irritait ! Son regard triste notamment. Il la repoussait souvent, voire à chaque fois qu’il franchissait le seuil de son appartement. Coucher avec une femme que l’on n’aimait pas n’était pas toujours facile. Mais elle avait au moins la qualité d’être la sœur de Masao, d’avoir son regard et elle se soumettait à tous ses fantasmes et ils étaient nombreux, ricana intérieurement l’acteur. Jamais il ne pourrait humilier une actrice comme il le faisait avec elle ! Malléable comme sa première femme, elle acceptait tout de lui.
Nanashi s’aperçut qu’il ne parviendrait plus très longtemps à rester auprès de cette fille. Même si elle se laissait faire, Rin ne ressemblait en rien aux femmes qu’il désirait et ce n’était pas son choix ! Enfin, un choix imposé pour lui permettre de retrouver Masao et qui devenait lourd à supporter.
Il se surprenait souvent ces derniers temps à vouloir être violent avec elle. Des envies compulsives montaient en vagues l’étouffant presque, et c’était toujours au prix d’un grand effort qu’il calmait ses pulsions, pour combien de temps encore ?
Et puis, Nanashi avait un autre frein ! Si Masao apprenait cela, jamais plus il ne voudrait lui parler. D’ailleurs, il n’avait toujours pas reçu le dernier rapport du détective qu’il avait engagé. Où en était-il à présent ?
Comment pouvait-il échapper à la traque qu’il organisait depuis tout ce temps ? Inconsciemment, Nanashi fit tourner sa bague qu’il portait maintenant en permanence à son annulaire.
Un bruit dans le couloir attira son attention. Nanashi tendit l’oreille pour s’apercevoir que Fuyuki s’arrêtait devant sa porte pour ensuite se diriger vers la cuisine.
Un autre sujet d’agacement pour lui, il n’avait plus de nounou pour surveiller sa fille. La dernière ayant claqué la porte avec perte et fracas. Plus personne ne voulait mettre un pied dans son appartement, même pour un pont d’or. Les caprices de sa fille avaient eu raison de la patience de tous ses employés, bien sûr, chacun avait pris soin de faire passer le mot à leurs agences.
Lentement, Nanashi prit la direction de la cuisine à son tour. Arrivé devant la porte, il entendit un grand bruit de verre brisé qui lui fit pousser la porte précipitamment. Fuyuki jurait devant l’évier.
— Fuyuki ! réprimanda Nanashi.
— Papa… je n’ai plus dix ans !
— Tu n’es pas encore une adulte…
— J’ai quinze ans ! agressa la jeune fille comme s’il s’agissait d’un âge canonique, ou un quelconque âge de raison.
— Et alors ? Qu’est-ce que tu as fait ?
— J’ai cassé un verre, il n’y a pas mort d’homme. Si t’avais fait la vaisselle hier…
— C’était à ton tour de la faire Fuyuki, rappela calmement Nanashi.
— Oh ça va ! J’n’avais pas le temps.
Se plaçant devant elle, Nanashi redressa le menton de Fuyuki avec son index, pour l’obliger à le regarder en face. Son expression était dure.
— Ce n’est pas parce que tu as quinze ans, que tu parles mal à tes profs et à tes amies pour montrer ton côté rebelle, que tu agiras de la même manière avec moi. Tu mettras la vaisselle dans le lave-vaisselle et tu rangeras la cuisine. Tu n’as qu’à t’en prendre à toi-même si plus personne ne veut travailler pour nous !
Fuyuki tenta de fixer son père droit dans les yeux, mais la lueur qui s’allumait parfois dans son regard comme maintenant, la mettait franchement mal à l’aise. Elle détourna les yeux.
Un frisson l’avait parcouru, ainsi qu’une petite sirène d’alarme. Son père ne plaisantait pas, et ne semblait pas de bonne humeur. Capitulant, elle se recula et approuva d’un hochement de tête la décision de Nanashi. L’adolescente proposa d’une voix enjouée.
— Tu veux un café ?
— Laisse, je vais me servir moi-même. Occupe-toi des dégâts que tu causes.
Fuyuki observa son père qui se servait une tasse de café. Il étouffait un bâillement avant d’aller s’assoir à sa place, le regard lointain.
— Tu as l’air en forme…
— Bof… J’ai un rendez-vous ce matin pour un nouveau rôle…
— Tu n’as pas l’air emballé.
Nanashi haussa les épaules, pour finir par répondre.
— Je ne pensais pas embrayer aussi vite après avoir fini celui que je viens…
— Pourquoi tu ne refuserais pas ?
— On ne refuse pas une proposition de Tora-sensei, répondit-il en bâillant à nouveau.
— Oh, tu as déjà travaillé pour lui, si je me souviens bien ?
— Oui.
Nanashi songea au tournage avec Itami. S’il avait su à cette époque-là… Son esprit divagua et Nanashi fit un effort sur lui-même pour ne pas perdre le contrôle de ses pensées.
— Tiens, je te l’ai dit que j’avais cours avec une des nièces d’Itami ?
L’acteur leva les yeux vers sa fille, cette dernière arborait un air supérieur. Nanashi répéta surpris.
— Une nièce ?
— Ouais, le genre de petite pimbêche qui se fait plein d’amis en cinq minutes, avec sa petite mine de sainte n’y touche. Elle est plutôt pas mal non plus, fit songeuse la jeune fille un peu ailleurs.
— Laisse-la tranquille, marmonna son père en voulant éviter un nouvel esclandre dans un établissement scolaire que Fuyuki fréquentait.
— Oh, ce n’est pas le genre de fille avec qui je traîne. Kioko Oda.
— Pardon ?
— C’est son nom… Elle s’appelle Kioko Oda. Cette imbécile s’est vantée auprès de tous que son oncle était le meilleur acteur que la Terre n’ait jamais porté. J’te jure ce qu’il ne faut pas entendre par moment.
— Viens déjeuner. Tu vas encore partir l’estomac vide.
— J’n’ai pas faim… se buta la blonde.
— Viens manger, de toute façon, je n’aime pas manger seul.
Fuyuki en entendant cela, traversa la pièce et sortit des toasts et de la confiture. Se servant ensuite son café et prenant place à côté de Nanashi, elle mangea tout en posant sa tête sur l’épaule de son père.
— Papa après ton film, on pourrait partir quelques jours en vacances tous les deux ?
Nanashi jeta un coup d’œil en biais à sa fille, surpris.
— Où ?
— Peut-être en Chine ? C’est la destination à la mode ces derniers temps.
— OK ! À condition que tes résultats scolaires remontent.
— Ts ! Vieux jeu…
— Et alors. Ce n’est pas normal qu’un père s’inquiète de l’avenir de sa fille ? remarqua Nanashi sans le penser.
— C’est bien ce que je disais… T’es vraiment vieux jeu.
Fuyuki sourit. Elle repoussa les longs cheveux de son père de la main. Elle admira l’ancien mannequin, qui était toujours aussi beau. Combien de ses copines rêvaient de coucher avec lui. Mais ça, elle ne le permettrait jamais ! Jamais plus il ne serait malheureux, et ça, elle y veillerait jalousement.
Elle continua sa conversation sur ses copines de lycée, les cours de chants qu’elle avait intégrés, et l’équipe de volley dont elle faisait partie. Son père l’écoutait attentivement, et le regard de la blonde brillait. Nanashi avait toujours été si proche d’elle. Se levant pour débarrasser sa table, elle salua son père au moment de partir.
Nanashi se laissa aller sur sa chaise, fatigué et entendit au loin la porte d’entrée claquer. Fermant les yeux pour laisser ses pensées dérivées, ses pensées retournèrent sur sa relation avec Rin. Agacé, il se leva pour se servir un nouveau café. La sonnette de l’entrée retentit, certainement Chisei, songea le mannequin en se dirigeant vers la porte.
Une tasse à la main, il invita son agent à entrer chez lui, alors qu’elle se battait avec les fils de son mp3 en jurant.
— Entre… et arrête de t’agiter.
Nanashi s’éloigna sans se retourner et se dirigea vers son bureau. Il entendait derrière les talons aiguilles émettre un léger Tac, tac, sur le sol au rythme de la démarche de Goto Chisei. S’installant derrière son bureau, il invita son agent à s’assoir en face de lui.
— Je suppose que tu as déjeuné ?
— J’aimerai un verre d’eau, s’il te plaît Nanashi.
Le mannequin se redressa pour se diriger vers la cuisine. Après avoir préparé un plateau avec de l’eau minérale, des verres, et quelques biscuits, il retourna à son bureau où Chisei retirait des documents de sa pochette. Voyant un verre se balancer devant son nez, la femme leva des yeux reconnaissants vers Nanashi. Son regard s’attardait sur la silhouette de l’acteur qui s’étoffait dernièrement… Elle admirait de plus en plus l’homme qu’était devenu Rei.
— Tu as des papiers à me faire signer ?
— Hum… une campagne de pub.
— Je ne suis plus mannequin.
— Écoute, ne recommence pas ! C’est de Valentine dont on parle ! Ils vont faire un mini-film et ont demandé à t’avoir en vedette.
— Je suis encore obligé de faire…
— Nanashi, commença calmement Chisei, c’est vrai que tu es devenu un acteur reconnu… Les propositions sont nombreuses, mais je te déconseille de négliger tes anciennes amours. Tu sais, la célébrité, ça va et ça vient. Et puis… tu dois occuper l’écran et faire parler de toi. Une marque de grand luxe, ce n’est pas négligeable.
Un soupir passa les lèvres de l’ancien mannequin qui n’était pas sûr de vouloir promouvoir son image de cette manière. L’agent, en voyant le manque d’enthousiasme de son protégé, reprit pour le piquer au vif.
— Au Japon, la seule personne pouvant se passer de ce genre de chose, c’est Itami Yuya.
Nanashi faillit éclater de rire et s’étouffer par la même occasion, pour finalement se reprendre. Rei croisa ses jambes nonchalamment et haussa les sourcils condescendants.
— Il devient vieux !
Chisei fronça les sourcils et se cala dans son siège et termina son verre d’eau. Pour ensuite répondre sèchement.
— Itami Yuya est un acteur accompli. Tu ne fais que des films sur grands écrans. Lui joue aussi bien sur des planches, sur grand et petit écrans. Ses rôles sont variés et il n’hésite pas à s’investir dans des films d’auteur… et aux dernières nouvelles, il va se rendre aux États-Unis.
— Pardon ? s’exclama Nanashi dont la colère avait grimpé au fur et à mesure des paroles de son agent.
— Il a été retenu pour le film de Randy Irvin, d’après les bruits qui courent à son sujet. C’est un film à très gros budget comme on peut s’y attendre avec un réalisateur tel qu’Irvin-sensei et il se déroule aux États-Unis. Tu te souviens de son petit rôle dans le film Eternal Rain, celui dont tu t’es allégrement moqué parce que pour un premier film aux US, tu avais considéré cela comme un coup d’épée dans l’eau ? Et bien Irvin l’a vu, et a été séduit par la personnalité d’Itami.
— Impossible !
Nanashi frappa violemment le bras de son fauteuil avant de se lever et de marcher nerveusement dans la pièce. Chisei implacable continua.
— Si Itami devient meilleur de film en film. Il a une aura et une personnalité attachante, en plus d’être séduisant. N’oublie pas qu’il a encore été désigné comme l’homme le plus beau et sexy du Japon. Ce qui ne gâche rien à sa panoplie, c’est son intelligence… Il suffit de voir son plan de carrière. Bref, sa horde de fans ne faiblit pas, bien au contraire, et maintenant il joue dans des films américains.
— Tu aurais aimé être son agent ? ironisa Nanashi en jetant un regard méprisant à Chisei.
— N’importe quel agent aurait aimé être à ses côtés, je pense. Maintenant, moi je suis satisfaite de travailler pour toi depuis toutes ces années, et je suis heureuse de l’évolution de ta carrière. Si tu continues sur ta lancée, tu pourras faire une belle carrière…
— Mais pas comme Itami Yuya, remarqua méchamment Nanashi.
Chisei observa l’acteur. Un caprice ? Un besoin de reconnaissance ? Elle préféra changer de sujet. De toute façon, il était inutile de répondre. Nanashi était beau, et possédait un certain talent, mais quant à se comparer à Itami Yuya, il était encore loin de lui arrivé à la cheville. Nanashi encaissa le silence. Comment ce type pouvait le surpasser ? Toujours Itami qui éclipsait tout ce qu’il entreprenait… et à cause de lui, il en avait perdu Masao. Toute sa haine se cristallisait sur ce type. S’il n’existait pas…
L’université résonnait de cris et de rires. Soren lui était pressé de rejoindre son club photo. Il se mit à courir, mais s’arrêta lorsqu’il entendit la voix de Selena l’interpeller.
— Soren ! Bon sang… tu as le diable aux trousses ? haleta l’étudiante en ressources humaines.
— Je suis désolé Selena. Mais aujourd’hui, je prépare mon exposition au musée d’art moderne, et j’avoue être assez excité.
— Pourquoi ? Ce n’est pas ta première exposition…
— Non peut-être, sourit malicieusement l’étudiant, mais c’est la première fois que je le fais avec un artiste de la classe de Joël Morencet.
— Non c’est vrai ? s’extasia son amie.
— J’ai eu la confirmation ce matin par téléphone de Rogers. Une partie de l’exposition sera consacrée à la peinture, sculpture, et à la photographie. Et Morencet a accepté hier soir de venir nous rejoindre. Et cerise sur le gâteau, il sera présent au vernissage.
— Oh là, je me réserve une place, s’excita Selena à l’idée d’approcher l’artiste.
— Je vais choisir mes clichés, j’ai laissé quelques films au club.
Soren repoussa ses mèches blondes qui lui tombaient devant les yeux, et observa Selena qui se dandinait depuis quelques minutes nerveusement.
— Quelque chose ne va pas, Selena ?
— En fait, je voulais te parler, mais je vois que tu es occupé alors ça pourra attendre.
— Non, non… je ne suis pas non plus à cinq minutes près. Vas-y… Si tu as des problèmes, je peux t’aider.
— Non, ce n’est rien Soren…
Le jeune homme haussa un sourcil interrogateur, et observa son interlocutrice devenue rouge comme une pivoine. Quelque part, cela le renvoya en arrière… cette attitude, il était certain de l’avoir eu alors qu’il était amoureux d’Ishihara, justement.
— Je ne peux pas Selena.
— Pardon ? s’étonna son interlocutrice.
— Je suis amoureux de quelqu’un d’autre. Alors, ne te fais aucune illusion.
— Mais… mais…
Selena se sentait prise au dépourvu d’avoir été déchiffré aussi facilement. Elle songea aux conquêtes avec lesquelles Soren s’affichait souvent.
— Je ne suis pas une écervelée comme celles qui…
— Tu cherches à te caser. Tu es le genre de filles sérieuses que j’apprécie en tant qu’amie, mais tu es le genre de filles que je fuis en tant que maîtresse. Je ne cherche aucune relation sérieuse.
— Mais…
— J’aime quelqu’un d’autre, et tant que je ne suis pas sûr que cette personne n’a pas besoin de moi, je refuse d’entretenir une relation qui serait de toute façon bancale. Je préfère être honnête Selena. Je suis désolé.
Soren sourit faiblement à son amie, avant de se détourner et traverser le campus à grands pas. Le visage de son senpai lui apparut devant les yeux. Oui, tant qu’il n’était pas sûr des sentiments d’Ishihara Masao, il ferait tout pour se rapprocher de lui. En attendant, il travaillait d’arrache-pied pour se faire une place définitive au soleil, et faire parler de lui. Le Japon ne lui avait jamais apparu aussi loin de la Californie là où il se trouvait pour ses études.
Traversant le restaurant chic qui l’accueillerait pour son déjeuner, les yeux de Yuya fouillèrent les lieux, cherchant un visage connu. Ils s’illuminèrent lorsqu’ils rencontrèrent ceux chaleureux de Ruyzoji Naonori. Un sourire s’inscrivit sur les traits de l’acteur. Il se dirigeait vers l’homme politique qui remerciait un serveur. Le connaissant, il avait probablement dû commander un bourbon. Yuya interpella le jeune homme au passage et commanda la même chose.
— Oh… sourit Naonori en se reculant sur son siège, tout en croisant ses longues jambes. C’est rare de te voir boire une telle boisson au déjeuner.
— J’ai besoin d’un remontant, déclara Yuya en croisant les jambes dans un geste qui se voulait désinvolte.
— Mauvaise nouvelle ?
— Non… en fait… en fait… hésita l’acteur en se caressant son menton faussement négligé d’un air songeur, que ferais-tu Naonori, si tu apprenais brutalement où se trouvait la personne que tu recherches depuis des années ?
— Je cours la chercher sans me poser de questions.
Yuya observa le visage inhabituellement sérieux de Naonori. Visiblement, son ami pesait ses mots, lui aussi aurait cru qu’il se serait précipité dès qu’il apprendrait la nouvelle, mais au lieu de cela, il était tétanisé. Tellement de choses avaient changé dans sa vie… Tellement.
— Aurais-tu peur ?
La voix de Naonori le tira de ses songes. Le serveur posa les verres sur la table et nota la commande pour le repas. Une fois seul, Yuya but une nouvelle gorgée du liquide ambré et se laissa gagner par sa chaleur. Il fixa son interlocuteur qui s’enfonçait à nouveau confortablement dans son siège, avant de répondre agacé.
— Non !
— Je serai mort de trouille… confessa Naonori sans rire, si la personne que tu aimes n’éprouve plus les mêmes sentiments et…
— Je te coupe tout de suite, Ishihara ne m’a jamais aimé, cela simplifie grandement les choses, ironisa Yuya, malheureux.
— Pourtant hier encore tu étais prêt à franchir des montagnes, souligna narquoisement Naonori.
— Ce n’est pas aussi simple !
Un petit silence s’installa entre les deux hommes. Yuya passa une main nerveuse dans ses cheveux avant se triturer les doigts, son regard avait glissé vers le sol.
— Imagine que… c’est comme si on te donnait les clefs pour réaliser un rêve jusqu’ici inaccessible.
