Fragment d'amour - Marlène Jedynak - E-Book

Fragment d'amour E-Book

Marlène Jedynak

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Beschreibung

Lisa Fournery, française divorcée depuis deux ans, vivant à New York, jongle entre sa vie professionnelle et ses deux enfants. Seule depuis sa séparation, elle voit arriver les fêtes de Noël avec appréhension, d'autant que ses enfants vont les passer chez leur père. Son amie Eva l'invite à boire un verre après le travail pour l'obliger à sortir un peu de son train-train habituel. Les deux femmes se lient d'amitié avec un groupe tout proche de leur table... et Lisa va se rendre compte que l'amour peut prendre un visage bien inhabituel.

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Seitenzahl: 162

Veröffentlichungsjahr: 2019

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DU MÊME AUTEUR

CYCLE LES FONDATEURS

Losing my way (réédition)

Contes Nocturnes

À corps perdu T.1, Nanashi

À corps perdu T.2, Yuya

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Atlantis T.1, le destin des anges

Fragment d’amour

Manimal (nouvelle)

L’empreinte (nouvelle)

L’un pour l’autre (nouvelle)

Loveless (nouvelle)

Irrésistible attraction (nouvelle)

CYCLE DES LOUPS GAROUS

1res pleines lunes, T1

La nuit des chasseurs, T2

Lunes de sang, T3

La nuit des parjures, T4

COLLECTION ROMANCE

Le parfum suave de la confiture (nouvelle)

Dans tes yeux

Les effets du chlore sur le cerveau, T1

Chez MxM Bookmark

Le devoir d’un Berserker, La riposte des dragons, T1

Dédicace

Ce roman est spécialement dédicacé à une amie qui me suit depuis le tout début de mon aventure… malgré la distance qui nous sépare (un océan) ; les turpitudes de la vie, jamais elle n’a cessé de manifester son soutien.

Si ce roman existe aujourd’hui, et si j’écris du Yuri aujourd’hui, c’est juste parce que tu es dans ma vie. J’espère que cette histoire sans prétention te plaira…

À mon amie québécoise Kasandra

Avec toute mon amitié, Marlène

Sommaire

Chapitre 1 : Sortie arrosée

Chapitre 2 : Douce chaleur.

Chapitre 3 : Amitié ?

Chapitre 4 : Ce n’était pas

Chapitre 5 : Franchir le pas.

Chapitre 6 : Premiers émois.

Chapitre 7 : Joyeux Noël !

Chapitre 8 : Sexy love

Chapitre 9 : Ensemble

Chapitre 10 : Retour à la réalité

Épilogue

Chapitre 1 : Sortie arrosée

18 DÉCEMBRE 2002, NEW YORK.

Jetant un coup d’œil rapide à sa montre, Lisa s’aperçut qu’elle n’était pas en avance sur son horaire. Faisant le tour de son appartement, elle ramassa les vêtements de ses enfants qui traînaient un peu partout et les interpella au passage.

— Grace, Lenny ! Dépêchez-vous ! Votre père ne vous attendra pas cent sept ans… il est pressé.

— Maman ! Tu sais où j’ai rangé mon pull angora blanc ? demanda sa fille pour toute réponse.

— Ouvre tes yeux. Regarde dans ton placard ! Lenny, tu es mort ? continua Lisa.

— Nan !

— Il est en train de jouer à la console ! cria Grace heureuse de coincer son frère.

— La ferme, espèce de sale rapporteuse ! hurla en réponse Lenny de mauvaise humeur.

— Lenny surveille ton langage et Grace dépêche-toi… enfin, dépêchez-vous ! poussa Lisa en jetant le linge sale dans le panier prévu à cet effet. Je dois partir travailler moi aussi.

Retournant dans la salle, Lisa s’installa sur une chaise et chaussa des chaussures à petits talons. Mesurant un mètre soixante-treize, elle estimait être déjà assez grande sans en plus s’ajouter de la hauteur. Se redressant, elle se dirigea ensuite vers le petit vestibule en s’observant vaguement dans le miroir, et se recoiffa vite fait avec les doigts. Trente-six ans et pas un cheveu blanc, un visage qui en paraissait vingt-huit, tout au plus et au vu des enfants qu’elle avait, c’était un exploit.

D’ailleurs, sa fille de seize ans vint se poster à ses côtés, son gros sac de voyage à ses pieds. Elle se glissa entre sa mère et le miroir pour replacer sa mèche sous son béret rose. Une moue boudeuse se forma sur ses traits. Lenny jeta également son sac aux pieds de sa mère et commenta en colère.

— Franchement… je t’interdis de nous envoyer en vacances chez papa au moment des fêtes ! On a trop de choses à prendre.

— Comme quoi ? C’n’est pas pour tes deux pulls et ton jeans que tu vas pleurer, crétin ! répondit Grace en lui tirant la langue au passage.

Lenny repoussa ses cheveux mi-longs bouclés, et fit un gnagnagna silencieux. L’adolescente haussa les épaules dédaigneusement et sortit sous le regard froid de son frère.

— Maman, calme ta fille.

— C’est ta sœur et je t’avoue sincèrement que vos petites bagarres m’importent peu. Allez dépêche-toi ! Et sache aussi une chose, ton père et tes grands-parents veulent vous avoir pour les fêtes… alors que tu le veuilles ou pas, tu seras de corvée de bagages.

— Je déteste la famille ! grogna-t-il pour la forme.

— Mais oui, mais oui… déclara sa mère indifférente, tu es toujours bien content d’avoir un membre de la famille pour lui soutirer de l’argent quand tu en as besoin. Tu me sortiras ce genre de réflexion lorsque tu seras indépendant financièrement, mon petit père.

Envoyant un regard venimeux à sa mère, Lenny prit son sac et sortit en claquant la porte. Lisa se mordit l’intérieur des joues pour ne pas hurler après son vandale de fils. Un jour où l’autre, ses murs tomberaient en morceaux… Attrapant son sac à main, Lisa ne perdit pas plus de temps, abandonnant les lieux en prenant bien soin de fermer la porte derrière elle calmement.

Lisa dévala les escaliers, ses enfants ayant pris le petit ascenseur qui serait certainement plein à craquer avec leurs bagages. En bas, Lisa croisa le regard de Lucas, visiblement exaspéré par le temps qu’elle prenait à descendre.

— Je t’avais dit à sept heures trente… il est sept heures quarante !

— Oh mon Dieu ! s’exclama Lisa blasée. Je sens que ta journée est gâchée…

— Exactement !

L’ancien couple se foudroyait du regard, tandis que Lenny revenait chercher son père.

— Papa grouille-toi ! Tu vas encore dire que c’est de notre faute si tu es en retard !

— Lenny ! Je t’interdis de me rappeler à l’ordre ! répliqua son père agacé par la remarque.

Se tournant vers son ex-femme, il déclara ironique.

— On voit tout de suite le fruit de ton éducation laxiste ! Je me charge de le reprendre en main…

— Bien sûr… tu fais toujours mieux que les autres, toi !

— Il faut croire, puisque c’est vers moi que tu te retournes lorsque tu es dans la mouise.

— Papa ! appela Lenny.

Le regard du jeune homme fixait le dos de son père avec animosité. Lisa savait que son garçon n’aimait pas leurs sempiternelles disputes. Elle se dirigea vers lui, ignorant son ex pour embrasser Lenny.

— Sois sage, mon grand…

— Maman ! protesta Lenny en s’essuyant la joue avec sa manche.

— Que veux-tu… tu as beau avoir quatorze ans, je te considère comme mon petit garçon.

— Ouais… enfin bon, fait attention à toi maman, se soucia le jeune homme inquiet de laisser sa mère toute seule une nouvelle fois.

— Merci de t’inquiéter, sourit Lisa.

Le duo sortit et Lisa eut juste le temps de voir sa fille lui tomber dans les bras.

— Je t’appellerais en arrivant maman. Et essaye de sortir pour Noël, ne reste pas seule.

— Je ferai mon possible.

— Il faudrait que quelqu’un veuille d’elle.

— Toi, t’as seulement eu de la chance papa, répliqua sa fille sans se démonter. Il faut dire qu’Emy n’a que deux neurones et elle n’est pas exigeante, ça aide !

— Qu’est-ce que tu viens de dire ? s’énerva son père.

Lenny éclata de rire en écoutant la description de sa belle-mère qu’il n’aimait pas beaucoup non plus. Les adolescents enlacèrent une dernière fois leur mère, avant de monter dans la grosse berline de leur père. Lisa envoya des bisous à ses enfants jusqu’à ce que la voiture disparaisse à l’horizon. Après un dernier soupir, elle se dirigea vers la bouche de métro toute proche. Une nouvelle journée de travail démarrait et elle n’était pas franchement en avance.

Le sourire vissé sur ses lèvres, Lisa se demandait parfois si son visage ne se transformait pas en masque d’ailleurs. C’était aussi une des raisons pour lesquelles elle souriait peu lorsqu’elle sortait de son boulot à dix-neuf heures. Après une dernière courbette, elle se dirigea vers la porte, son trousseau de clefs à la main et se pencha pour fermer le magasin. Matthew Kanyon, le Chef pâtissier et accessoirement son patron, l’apostropha alors qu’elle retournait derrière la caisse.

— Bonne journée aujourd’hui ?

— Oui Chef…

— Les nouveautés ?

— Vendues comme des petits pains. D’ailleurs, ce sont les classiques qui nous sont restés sur les bras. Il nous reste quelques Saint-honoré, Opéras, éclairs et un Paris-Brest… Sinon, nous il ne nous reste que quelques mousses en part individuel. Les gâteaux aux fruits se sont très bien vendus.

— Peut-être une envie de croquer l’été ?

— Il fait très froid Chef, approuva Lisa, il est vrai qu’un fruit donne toujours une impression que les beaux jours approchent.

— Ils ont prévu de la neige demain, déclara songeur Kanyon, le regard tourné vers l’extérieur. Vous ferez attention lorsque vous rentrez chez vous… Demain, Monsieur Parker revient à son poste, vous aurez moins de travail.

— Ce n’est rien Chef. Vous faut-il autre chose ?

— Non, terminez la caisse et apportez-moi les chiffres de la recette.

Lisa laissa son patron partir et sortit le tiroir-caisse pour compter l’argent dans l’arrière-boutique. Eva qui avait terminé la sienne descendit les rideaux métalliques, fermant les lumières de la boutique. Lisa achevait les comptes lorsque son amie entra dans la petite pièce où elle se trouvait et s’appuya contre le chambranle.

— T’as l’air vraiment crevé dit donc, remarqua l’Américaine.

— Je n’ai pas beaucoup dormi. Les enfants sont partis ce matin avec leur père.

— Ah… commenta Eva en se grattant le haut du front, l’air dubitatif. Il devait être de charmante humeur encore. Qu’est-ce qu’il t’a reproché cette fois-ci ?

Lisa mit des élastiques aux liasses et se leva pour se rendre au bureau de son patron. Son front devait avoir d’horribles plis dus aux soucis que lui apportait son ancien mari.

— S’il te plaît… change de sujet. Je ne veux pas en parler.

— OK, je vais prendre un verre au Seven, tu te joins à moi ?

— Je n’ai pas le temps…

— Tu es toute seule ! remarqua Eva tout en laissant passer son amie. Tu pourrais sortir une fois de temps en temps, cela ne te ferait pas de mal. Tu te rends compte que tu es toujours sur la brèche ? Jamais tu ne penses à toi ?

— Pas de discours moralisateur, s’il te plaît.

— Comme tu veux ! Lorsque tu auras la cinquantaine et que tu te réveilleras, tu te rendras compte que tes enfants auront fait leur vie et ton salaud de mari aussi… J’suis sûre que ce con aura une nouvelle famille et fêtera de nombreux Thanksgiving avec ses rejetons. Toi seule resteras isolée, tout encroûtée.

— Franchement, tu exagères un peu, sourit Lisa en s’imaginant tel un friand moisi bon à jeter.

Mais en même temps, cela la toucha. Elle songea à son ex. Depuis qu’ils avaient divorcé, Lucas avait perdu du poids et s’habillait à nouveau tel un jeune homme… Franchement le matin même, elle l’avait trouvé séduisant, si ce n’était son exécrable caractère qui lui était exclusivement réservé. Voulait-elle vraiment devenir une espèce de zombie solitaire ? Lui devait être avec ses parents autour d’une bonne table avec ses enfants.

Qu’attendait-elle pour vivre à son tour ? C’est vrai… qu’est-ce qui l’attendait chez elle ? Un appartement vide où le ménage restait à faire. Et demain, son appartement serait propre certes, mais elle dans tout ça ? Lisa se tourna vers Eva qui s’apprêtait à partir. Elle serait restée le reste de la soirée à mater un vieux film romantique avec un paquet de chips sur les genoux et une limonade.

— Tu veux bien m’attendre. Je n’en ai pas pour très longtemps, se ravisa la jeune femme, décidé brutalement à vouloir donner un nouveau visage à sa vie.

Eva lui adressa un sourire lumineux pour toute réponse. Lisa frappa quelques coups discrets à la porte et pénétra dans la pièce où son patron l’invita à entrer.

Le ciel gris sale et menaçant qui se devinait sous les projecteurs qui éclairaient la ville ne laissait pas présager une nuit calme. Les voitures tous phares allumés projetaient une lumière jaune sur l’asphalte mouillé. De nombreux badauds tenaient entre leurs bras des cadeaux qu’ils offriraient pour le réveillon.

Eva attira Lisa par le bras pour lui désigner des vitrines aguicheuses par leur décoration étincelante et bariolée. Les deux femmes rires comme des gamines en voyant les prix prohibitifs de certains produits, ou en essayant des vêtements de fêtes très sexy qu’elles n’achèteraient pas de toute façon, mais ça passait le temps.

C’est aux alentours de vingt heures qu’elles entrèrent dans un pub, sans savoir comment elles y étaient parvenues, très loin du Seven où elles avaient prévu de passer la soirée. Lisa remarqua une petite table vide et entraîna son amie en la prenant par la main. Eva se laissa guider. La Française était tactile, sans pour autant ne montrer aucun intérêt d’aucune sorte, depuis le temps Eva s’y était faite.

Assises devant leur table, elles se frottèrent les mains et attendirent qu’un serveur vienne prendre leur commande. En attendant, elles retirèrent leurs manteaux. Lisa jeta un regard rapide autour d’elle… c’était la première fois qu’elle venait là. En fait, si elle réfléchissait bien, c’était la première fois en dix ans qu’elle habitait cette ville qu’elle sortait comme ce soir-là.

Alors qu’elle jetait un regard circulaire sur la salle, ses yeux accrochèrent ceux d’une jeune femme d’une beauté à couper le souffle. Ses grands yeux brun mordoré bordés de longs cils, certainement des faux au vu de leurs longueurs, songea Lisa, lui conféraient un regard de biche.

Lisa eut un choc et son cœur se mit à battre un peu plus rapidement. Elle détourna son regard gêné, pour prêter attention à son amie et oublier ce contact visuel accidentel au plus vite.

Le serveur revint avec des pintes de bière. Eva en profita pour commander une tourte à la viande, accompagnée par Lisa qui mourrait de faim.

— Tu vois, tu as bien fait de venir. Tu allais faire quoi chez toi ?

— Disons que comme les enfants étaient partis, je pensais ranger et manger un truc chinois devant la télé ou des chips et pleurer sur mon triste sort…

— Tu te serais maté une comédie romantique ?

— Oui… pour ajouter à ma solitude, ricana Lisa.

— Maso…

Elles éclatèrent de rire bêtement. Levant leurs verres, elles les entrechoquèrent avant de les boire, les yeux grands ouverts et prenant soin de bien être au-dessus de la table pour ne pas se tacher au cas où elles renverseraient le contenu mousseux.

Lisa sentit souffler en elle un sentiment confortable de liberté retrouvé. Depuis une heure, elle riait sans raison et à présent, elle s’apercevait que cette hilarité libératrice la faisait se sentir revivre.

— De temps en temps, il y a des groupes qui jouent ici.

— Vraiment ?

— Oui. Apparemment pas ce soir…

Jetant à nouveau un regard autour d’elle, Lisa essaya de deviner à quel endroit le groupe pouvait s’installer.

— Non, non… il n’y a pas d’estrade. Les musiciens restent autour d’une table.

— Cela ne doit pas être pratique.

— Tss ! Parfois, tu es d’un rabat-joie. La table est légèrement repoussée et bien sûr… il n’y a pas de batterie. Ce sont des groupes irlandais qui viennent ici.

— Cornemuse et tout le toutim…

— Tout-im ? répéta Eva sans comprendre.

— Ne cherche pas… c’est une expression française.

— Ah… Oh ! regarde Lisa ! Voici notre repas qui arrive ! applaudit son amie excitée et affamée.

— Tu as l’air vraiment contente de passer à table, remarqua moqueuse la Française.

— J’ai mangé une salade ce midi… j’essaye de maigrir.

— Et tu te rattrapes le soir avec un plat à deux-mille calories au centimètre carré !

— Tu ne peux pas comprendre. Tu es mince toi… et tu ne fais même pas d’efforts. Dieu n’est vraiment pas juste par moment.

Lisa eut un sourire et s’abstint de tout commentaire. Comment expliquer à son amie qu’elle devrait aller un peu moins souvent au fast-food ? Et boire également un peu moins de bière ou de soda… Eva était jolie et savait se mettre en valeur, même si elle affichait quelques kilos en trop au compteur.

Elles discutèrent à bâton rompu de leurs vies professionnelles, des hommes qui étaient tous des salauds bien entendu, puisque divorcée pour Lisa et larguée par mail deux mois plus tôt pour Eva. Leurs petits cœurs fragiles avaient été brisés beaucoup trop de fois pour que cela puisse être autrement et enfin, aborder leurs projets d’avenir.

Les verres de bière se succédaient allégrement, et lorsque leurs voisins de tables se mirent à chanter des ballades folks, Eva les reprit en chœur, Lisa se contenta de reprendre ou plutôt de bafouiller timidement le refrain qu’elle comprenait à peine. D’ailleurs, la Française ne sut comment elle se trouva à la grande table voisine, coincée entre deux types taillés comme des armoires.

Enivrée par la bière ingurgitée alors qu’elle n’avait pas l’habitude d’en boire, même le vin était quelque chose dont elle ne profitait pas parce que trop onéreux pour sa bourse, Lisa chanta en ayant ses bras dessus dessous avec ses musculeux voisins, un sentiment exaltant d’émancipation lui montait à la tête. Elle savourait chaque seconde.

Emportée par Kevin qui lui donnait les paroles des airs qu’ils entonnaient depuis une heure, Lisa se laissa aller à chanter à plein poumon. Toutefois, au bout de quelques minutes, elle poussa discrètement du coude son voisin qui devenait un peu trop familier. Son regard rencontra celui amusé de la fille qui observait le petit manège de son admirateur. Lisa baissa les yeux comme pris en faute, avant d’être à nouveau accaparée par son entreprenant chevalier servant.

Jetant un regard glauque sur sa montre une heure plus tard, sentant brusquement la fatigue l’envahir, la jeune femme s’aperçut qu’il était bientôt minuit et qu’elle ferait mieux de rentrer. Se tournant vers Eva, Lisa remarqua enfin que cette dernière avait disparu.

— Votre amie est sortie il y a cinq petites minutes.

Surprise, Lisa pivota vers la voix de velours qui l’avait interpelée et rencontra le visage de cette blonde sublime. Elle haussa les sourcils, un peu inquiète visiblement.

— Voulez-vous que nous regardions dehors pour voir si nous la trouvons ?

— Euh… Je peux le faire toute seule…

Son interlocutrice grimaça légèrement amusée.

— Je crois qu’il vaut mieux que je vous accompagne.

Lisa se redressa et remarqua que le sol tanguait dangereusement.

— Oups !

— Je vous aide, venez !

Se laissant entraîner par la blonde qui devait être un peu plus grande qu’elle, Lisa respira son parfum aux odeurs orientales et entêtantes, qui l’enveloppèrent toute entière. Son bras, même s’il était fin, était sûr et stable. Lisa était très troublée pour elle ne savait quelle raison. Peut-être l’alcool ? Quoi qu’il en soit, sur le trottoir, Lisa ne trouva aucune trace de son amie.

— Comment a-t-elle pu me laisser ici ?

— J’en suis désolée, déclara l’inconnue compatissante.

Lisa se tourna vers elle et sa gorge se noua. Son pull cheminé vieux rose moulait une poitrine généreuse et marquait une taille mince. Son jeans moulant noir lui aussi, montrait une silhouette longiligne, souple et déliée… combien elle aurait aimé lui ressembler, songea Lisa avec regret.

— Pourquoi êtes-vous désolée ? demanda Lisa avec curiosité.

— Enfin, vous paraissiez très amies et elle vous laisse seule.

— Oh… elle aurait pu simplement me prévenir. Je me fiche qu’elle parte. Enfin, je vais chercher mes affaires.

Lisa trembla un peu sur ses jambes, mais l’air frais extérieur lui avait fait du bien et remis les idées en place.

— Moi aussi…

— Et vos amis ?