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La vie reprend son cours, malgré tout Naka ne peut s'empêcher d'éviter Sekien Noya qui lui, est bien décidé à lui réveiller sa mémoire. Malheureusement pour lui, les choses ne se passent pas comme il le voulait et Naka profite d'une nouvelle affectation pour s'éloigner de cet homme qui pour lui représente un danger. Retrouvant Kuyrei Roa son meilleur ami au sein de sa nouvelle division, il se rend compte que ce dernier est toujours fou amoureux de lui. Naka n'aura pas beaucoup de temps pour réfléchir à sa situation, les choses sur la ligne de front s'envenimant très vite et les affaires de coeur vont passer rapidement au second plan... ou bien ces dernières vont-elles précipiter les événements ?
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Seitenzahl: 232
Veröffentlichungsjahr: 2016
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CYCLE DES FONDATEURS
Losing my way
Dans tes yeux
Contes Nocturnes - recueil de nouvelles
À corps perdu T1
Losing my way réédition
Atlantis T1
À corps perdu T2
Fragment d’amour
Les aventures d’Ainsley Black
Manimal (2015) - nouvelle
CYCLE DES LOUPS-GAROUS
1res Pleines Lunes, tome 1
La nuit des chasseurs, tome 2
Lune de sang, tome 3 (mars 2016)
COLLECTION ROMANCE
Le parfum suave de la confiture - nouvelle
Chercher à fuir, chercher à comprendre
Une vérité qui fait mal
Division Susi
Une nouvelle vie.
Surpris !
Survivre
Convalescence
Complot ?
Succession & sentiments
Le paradis était à portée de main
Ma place
Perdu sans toi
Retrouvailles
Nous avons attendu tant de temps…
Très loin d’ici…
Confusions.
Épilogue
Le bureau était particulièrement calme en cette fin d’après-midi. Seul le lieutenant Seiryo penché sur son dernier dossier grattait le papier, retranscrivant l’écriture linéaire et incompréhensible pour la plupart des mortels de son capitaine. Naka se redressa quelques minutes plus tard en bâillant et en s’étirant, heureux d’être venu à bout de sa corvée. Son regard erra sur son bureau utilisé en commun avec Suwa Uji.
Celui de son capitaine était encombré et la plupart des piles de dossiers et objets divers tenaient dans un savant équilibre ou bien était-ce tout simplement de la chance ? Naka n’avait toujours pas la réponse à sa question. Quoi qu'il en soit, il était parvenu à comprendre le cerveau tordu de son supérieur et arrivait presque à s’y retrouver dans son savant désordre. En comparaison, son bureau net et rangé paraissait bien vide, comme si aucun occupant ne s’asseyait derrière.
Se levant brusquement, le jeune homme se dirigea vers la grande fenêtre et observa la cour principale de sa division. Quelques soldats de son département marchaient occupés à de multiples activités. Chacun évitant les flaques de pluies qui couvraient encore le sol. Tout paraissait si paisible que Naka en oublierait presque la guerre qui sévissait à nouveau et les multiples pertes qui étaient annoncées en fin de journée…
Jetant un coup d’œil à la grande montre murale, Naka s’aperçut que les noms seraient bientôt affichés. Songeant à son futur poste, il se demanda si lui aussi aurait son nom inscrit sur les listes de sa division… bien sûr que non. Jamais un membre de la division Susi ne verrait son nom figuré sur ses feuilles. Naka songea à ses ami(e)s de l’Académie… y en avaient-ils qui figurait déjà sur ses inventaires funèbres ?
L’image de Roa flotta un instant devant ses yeux. Il ne l’avait pas revu depuis leurs nouvelles affectations. Que faisait-il à présent ? Était-il mort ? Naka n’avait jamais songé à vérifier s’il faisait partie des morts.
Abandonnant son poste d’observation, le noble quitta sa division pour rejoindre ses quartiers. Ses poils s’irisèrent lorsqu’il reconnut la silhouette de Sekien Noya au loin, discutant avec son capitaine. Encore ? Le commandant des forces spéciales n’avait-il pas mieux à faire que de traîner au sein de la division recherche et développement ?
À plusieurs reprises, ils étaient tombés nez à nez… cet homme semblait vouloir lui dire quelque chose, mais Naka reculait instinctivement dès qu’il s’approchait de lui. Son comportement semblait le plonger dans le plus profond désespoir. Que cherchait Sekien Noya ? C’était d’autant plus troublant qu’au fond de lui Naka percevait comme un écho à son émotion. Toutefois, une barrière invisible et infranchissable l’empêchait de connaître la teneur exacte de son malaise et de son propre désespoir lorsqu’il le rencontrait.
Rasant les murs, Naka se fit le plus discret possible pour quitter sa division et il poussa un soupir de soulagement lorsqu’il put enfin s’enfermer dans sa chambre. Tout ceci devait cesser ! Naka n’allait pas rester enfermer constamment dans sa chambre de peur de rencontrer Sekien Noya et puis ce n’était pas dans son caractère.
Le regard perdu dans son verre de vin, Masa avait l’impression que son cerveau s’enfonçait dans les plus sombres profondeurs de son être. Le visage heureux de Sada s’affichant aux côtés de Mabe Nao le mettait tout simplement hors de lui. Plus il essayait de se contrôler et plus sa colère enflait. Un sentiment s’imposait à lui omniprésent. Sada n'appartenait qu'à lui et à personne d’autre !
De plus, les regards de pitié qui le suivaient l’agaçaient au plus haut point. D’un mouvement brusque, Masa porta son verre à ses lèvres et but l’alcool d’un trait sans en apprécier la saveur. Son regard de terre brûlée suivit les habitués de la taverne, méchamment. Plus personne ne venait lui parler de la pluie et du beau temps depuis belle lurette.
Attrapant la bouteille de vin, il prit son verre et se dirigea vers une alcôve de l’estaminet. Masa se sentait le besoin de réfléchir. Sa division était débordée actuellement et il était souvent accompagné d’un subordonné ou d’émissaire d’autres divisions. Pourquoi Sada l’ignorait ?
L’homme se laissa aller contre son dossier et rejeta la tête en arrière. Ses yeux examinèrent le plafond enduit de chaux. Une voix interrompit sa rêverie l’obligeant à baisser le regard.
— Puis-je vous tenir compagnie, commandant Noria ?
— Commandant Sekien ? Ne devriez-vous pas être sur le front ?
— Je pars dans deux jours… Je suis venu me divertir avant de partir.
— Oh… et bien, je ne suis pas de fort aimable compagnie. Je pense que votre lieutenant devrait être plus agréable que moi… surtout à l’heure actuelle, grogna Masa.
— Je pense que vous êtes la personne la plus appropriée pour mon mal…
Masa haussa un sourcil surpris et examina plus attentivement le commandant des forces spéciales. Il paraissait d’une humeur aussi sombre que la sienne. Et puis, de quel mal parlait-il ?
— J’ai apporté ma bouteille…
Noya montra une des meilleures bouteilles servies dans cette taverne et Masa la reconnut immédiatement. Abandonnant sa maussaderie, Masa désigna un siège en face du sien à Sekien qui s’installa à son aise. Voyant son verre vide, ce dernier lui versa le liquide pourpre.
— Une dernière gueule de bois avant de gagner le terrain ? Je ne sais pas si cela est très raisonnable…
— J’ai besoin de noyer ma colère…
— Colère ? s’étonna Masa en scrutant plus attentivement son interlocuteur.
— Que diriez-vous si votre mari vous fuyait comme la peste ?
Masa blêmit. Les yeux écarquillés, il cligna des yeux plusieurs fois en direction du commandant des forces spéciales.
— Pardon ?
— Je sais tout à propos de Seiryo Naka et de moi, commença calmement Noya qui avait abandonné l’interrogatoire qu’il avait entrepris auprès de Suwa Uji pour s’attaquer à un cas similaire au sien. Autrement dit Rioto Sada.
— Je… je ne…
— Je le sais ! Mes souvenirs me sont revenus… tout comme les vôtres doivent vous tenailler à l’heure actuelle.
Ce fut au tour de Noya de guetter les réactions de son vis-à-vis. Le commandant de la division logistique ressemblait à une statue de cire. Son teint était devenu aussi blanc que ses longs cheveux couleur de neige. Considérant qu’il n’avait plus rien à perdre, Noya avait décidé de jouer le tout pour le tout et de briser un tabou. Plus personne ne lui dicterait sa conduite et il irait rechercher son mari, même si ce dernier paraissait terrifié par sa présence.
— Quels souvenirs ? demanda abruptement Masa. Je ne vois pas de quoi vous me parlez… quant aux vôtres, ils ne sont que de vulgaires fantasmes… Je vous rappelle que vous vous êtes fiancé avec Sata Sen votre lieutenant et qu’à présent, vous ne pouvez plus vous tourner vers un autre loup.
Agacé, Noya répondit brièvement.
— Laissez-la où elle est ! Quant à vous, j’ai vu votre regard se poser sur Rioto Sada ces derniers temps. Vous êtes en colère vous aussi, débuta Noya en attaquant à nouveau ne se laissant pas dis-traire par les propos de Masa.
Il but une gorgée de vin pour se donner du courage, il pouvait être traîné au tribunal pour ce qu’il allait dire dans les prochaines minutes.
— Tout le monde vous le cache, tout comme on me le cache. Rioto Sada était votre dominant ! Ils vous ont effacé la mémoire tout comme ils l’ont fait pour moi.
— Rioto Sada, mon dominant ? répéta Masa.
Un rire explosa dans la taverne et de nombreux clients se tournèrent vers les deux hommes qui discutaient avec discrétion jusqu’ici.
— Pourquoi auriez-vous envie de tuer le lieutenant de Rioto au sinon ? Pourquoi croyez-vous que l’on vous adresse les mêmes regards emplis de pitié que l’on adresse à moi-même ? Ne vous en êtes-vous pas rendu compte ?
— Tous les dominants se sont suicidés, ceux qui ont eu à subir la séparation. Pourquoi Sada est-il encore en vie ? Ne m’aimait-il pas assez ? ricana Masa.
— Pourquoi croyez-vous qu’il ait eu besoin ’alcool jusqu’à présent ? Pourquoi restait-il toujours aussi désespérément accroché à vous ?
Masa sentait son sang pulser dans ses veines. Son cœur s’agitait furieusement dans sa poitrine. Un immense barrage s’effritait dans sa tête et la peur commençait à ramper dans son estomac, le nouant d’une poigne de fer.
— Alors pourquoi… Pourquoi est-il avec Nao à présent ?
— Parce que Suwa a fait subir à Rioto ce qu’il a fait à Naka Seiryo. Pourquoi croyez-vous qu’il ait disparu durant tout ce temps sans donner de nouvelles ? reprenant plus calmement Noya continua, je ne sais pas comment Suwa a procédé, mais il a réussi à leur effacer la mémoire.
Les deux hommes s’observèrent durant quelques minutes en silence. Tous les deux affichaient une mine incrédule, tout comme ils paraissaient aussi désorientés et désemparés de se rendre compte de ce qu’ils vivaient… Masa se servit un verre de vin d’une main tremblante. Sa tête allait exploser. Jamais il n’avait eu aussi envie de rejoindre ses quartiers. Le ciel venait de lui tomber sur la tête.
— Pourquoi ? Pourquoi feraient-ils cela ? Sada et moi ne sommes pas dangereux ! Nous ne l’avons jamais été d’ailleurs, rétorqua avec ardeur le militaire.
— Tout comme Naka et moi, répondit Noya en se remémorant son séjour sur son île.
De délicieux souvenirs caressèrent sa mémoire. Un frisson le traversa et ses paupières se fermèrent à demi. Masa qui dévisageait son interlocuteur, remarqua son changement d’attitude. Il se sou-venait sans conteste de son union, brève au demeurant, avec Seiryo Naka. Cela le troubla plus encore… et s’il lui disait la vérité ?
Une envie d’être seul le bouscula, se levant précipitamment au risque de faire tomber les bouteilles et les verres, le commandant de la division logistique bafouilla maladroitement.
— J’ai besoin… J’ai besoin de réfléchir. Je ne mets pas en doute votre parole, mais…
— Alors pourquoi me le dites-vous ? Si vous me croyez réellement, cette phrase était inutile.
— Méfiez-vous Sekien Noya, avertit Masa d’une voix légèrement menaçante. Ce que vous venez de me dire n’est pas sans conséquence. Et si des oreilles indiscrètes écoutaient notre conversation…
— Ou que vous la rapportiez, suggéra doucereusement Noya dans une attitude faussement désinvolte.
Masa dévisagea Sekien sans dire un mot durant quelques secondes. Visiblement, cette éventualité ne lui avait pas traversé l’esprit. Il reprit toutefois d’une voix sereine.
— Vous savez pertinemment que je ne suis pas ce genre de personnage. Vous êtes téméraire, mais pas à ce point. Ce qui me fait dire que vous devriez vous méfier tout de même, et j’espère pour vous que vous n’en avez touché aucun mot à personne d’autre… termina-t-il d’une voix traînante en essayant de connaître la vérité.
Noya hésita et finit par avouer d’un air dégagé.
— J’ai seulement insisté auprès de Suwa…
Un gémissement traversa les lèvres de Masa qui n’écoutait plus les paroles de son interlocuteur. Devant son étonnement, il se pencha vers lui et chuchota, une main devant la bouche.
— Je suis plutôt discret… et les gens se confient à moi avec une déconcertante facilité. Il se dit… murmura encore plus bas Masa, que le capitaine Suwa a fait parti ou fait encore parti d’une certaine troupe d’élite. À votre place, je surveillerais à présent mes amis et mes arrières. Maintenant, je vais vous laisser.
Noya ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Ces souvenirs revenaient et la douleur devenait de plus en plus intense avec eux. Le fait que tous refusaient d’en parler, se sentir isolé alors que d’autres savaient… Qu’est-ce qui le faisait le plus souffrir dans le fond ?
Il cligna plusieurs fois des yeux et observa la place laissée vide durant quelques minutes, pour se lever à son tour. Il traversa la taverne avec un air dégagé et inconsciemment, Noya observa les personnes qui l’entouraient. Était-ce son imagination ou bien de nombreux regards suivaient son déplacement ?
L’homme traversa la ville pour regagner ses quartiers. Les rues étaient éclairées par des réverbères nombreux et quelques habitants s’empressaient de rentrer chez eux. Terminé les promenades tranquilles par un ciel aussi dégagé, les habitants de la capitale rentraient chez eux à l’abri. Une milice passa au pas cadencé. Noya l’observa du coin de l’œil mal à l’aise.
Une certaine troupe d’élite… Il ne pouvait s’agir que de Susi et Masa Noria risquait aussi gros que lui de lui annoncer ce genre d’information. Son cerveau depuis qu’il avait appris la nouvelle, essayait de reconstituer les conversations qu’il avait eues avec Suwa. Ce qui l’inquiétait un peu plus, c’était de savoir Naka entre les pattes de ce type.
Il devait l’approcher avant son départ… oui, mais plus facile à dire qu’à faire. Noya s’enferma dans sa chambre, une fine pellicule de sueur recouvrait son corps à présent. Le manque commençait à le gagner un peu plus chaque jour, se manifestant maintenant de façon physique…
Noya ne savait pas quel traitement Naka avait subi ou subissait encore, et il ne savait plus s’il espérait ou pas que Naka subisse les mêmes effets secondaires que lui… son regard fiévreux recherchait le traitement que son ami Sho lui fournissait discrètement. Rien de bien méchant, mais efficace dans ses crises de plus en plus pré-sentes.
Après avoir pris ses cachets à base de plantes, Noya s’effondra sur sa couche. Il trouverait un moyen pour parler à Naka le lendemain, il le fallait !
Les troupes du département recherche et développement se mobilisaient pour une dernière expérimentation sur une nouvelle arme de poing qui envoyait des projectiles à très haute vitesse, traversant des matières aussi dures que la pierre... En principe !
Naka, lui, quitta le laboratoire exténué. Il n’avait cessé de faire la navette entre le bureau de sa division et celle du Général en Chef. Suwa venait de le renvoyer chez lui et finalement, Naka ne verrait rien de cette nouvelle création. De toute façon, il était trop fatigué pour protester ou avoir la moindre envie de voir de ses yeux les capacités de cet appareil à l’heure actuelle.
Lorsque Naka monta vers ses quartiers, il se figea en haut des marches. Sekien Noya se tenait à quelques pas de lui. Leurs regards se rencontrèrent et une étrange sensation se saisit de Naka. Des morceaux de sa mémoire remontèrent du plus profond de son être. Flous et désordonnés, lui faisant battre le cœur plus vite. Sans qu’il ne s’en aperçoive, Naka chuchota d’une voix rauque.
— Noya…
Se redressant du mur contre lequel il avait pris appuis, Noya entendit son prénom prononcé. Il en était bouleversé. Ainsi, Naka se souvenait de lui ? En voyant sa mine rembrunie abruptement, le commandant des forces spéciales comprit que sa tâche ne serait pas pour autant facilitée. Son dominant s’approcha pour passer devant lui sans le moindre regard. Le cliquetis des clefs que l’on tourne et une porte qui grince lui vrillèrent les nerfs.
— Entre ! Ne reste pas sur le pas de la porte, Noya.
Sekien pénétra dans les quartiers du lieutenant, notant au pas-sage que le jeune homme avait employé son prénom et une certaine familiarité. La chambre était identique à celle d’un capitaine ou d’un commandant. La décoration dans la pièce était absente. Seuls quelques vêtements placés sur le dos d’une chaise indiquaient qu’une personne vivait dans cet endroit. Son regard croisa celui de Naka. Pour la première fois, il remarqua un léger trouble chez son interlocuteur.
— Es-tu inconscient ? commença Naka.
— J’ai besoin de te parler.
— Pourquoi ?
La question fit mal à Sekien, d’autant que son dominant affichait une certaine distance. Ses bras s’étaient croisés devant lui et inconsciemment il recula d’un pas.
— Je pars demain sur le front…
— Et ?
— As-tu perdu la mémoire à ce point ? Ou te conformes-tu aux ordres ? demanda avec curiosité Noya qui ne reconnaissait plus son ancien amant si passionné.
Un silence s’installa. Le tic-tac d’une horloge se fit entendre, rendant l’atmosphère pesante entre eux.
— Je vois… chuchota Noya, amer.
— Tu ne vois rien du tout, répondit Naka sèchement. Pour toi, il s’agit seulement de débarquer dans ma vie et de me signaler que tu as retrouvé la mémoire, c’est bien cela ?
N’attendant pas sa réponse, le jeune homme poursuivit tout aussi durement.
— Tu t’attendais à ce que je me jette à ton cou ?
— Non, protesta Noya, mais certainement à plus de…
— De quoi ? D’amour ? D’amitié ? De sympathie ? Je suis désolé, mais cela ne se peut pas. Avant de te voir ici sur le pas de ma porte, je ne me souvenais plus de rien… le « nous » n’existait plus et j’en étais fort aise, bien que je me demandais pourquoi j’éprouvais cette espèce de vide. Puis reprenant beaucoup plus calmement, Naka poursuivit. Mais depuis que j’ai croisé ton regard, je me rappelle des bribes de notre relation… Et de ce qui c’était passé ensuite.
L’atmosphère changea imperceptiblement. Naka s’était avancé vers Noya pour s’arrêter juste devant lui, les bras ballants. Une des mains du jeune homme remonta vers le visage de Noya et de son index il repoussa une mèche rebelle. Noya ferma les yeux sous la douce caresse. Il murmura.
— Nous pourrions tout reprendre de zéro, suggéra le commandant des forces spéciales. Mes sentiments pour toi n’ont pas changé…
— Pour combien de temps ? coupa Naka. Que me proposes-tu ? Une vie entrecoupée d’une relation qui sera de toute façon vouée à l’échec. Nous ne pourrons jamais ou être autorisé, à vivre notre mariage. Et puis… Ne t’es-tu pas fiancé ? Tu m’insultes tout comme tu insultes Sen !
— Tu préfères abandonner sans te battre ? gronda Noya en colère à présent.
— Me battre ? Tu appelles ça te battre ? Et tu oublies trop facilement tes devoirs !
— Nous finirons bien par pouvoir vivre notre relation. Cette fichue guerre nous ralentira, mais je suis sûr qu’après…
— Tu es un doux rêveur, s’exclama Naka stupéfait. Oublierais-tu que je suis le cousin de l’empereur ? Si tu me l’avais demandé, j’étais prêt à l’exil par amour pour toi ! Mais tu as préféré rester ici, attendant que les événements nous dépassent…
— Exil ? Pour aller où ? demanda Noya stupéfait à son tour. Notre vie est ici !
— Oui. Alors maintenant, nous allons vivre comme les règles de notre pays l’imposent.
Noya remarqua pour la première fois que Naka était devenu aussi grand que lui. Son regard avait changé pour être beaucoup plus mûr que le sien… son attitude altière ne ressemblait plus en rien à celle timide de leur mariage. Le Seiryo Naka qu’il avait connu était mort, pour être remplacé par un autre… un inconnu.
— Tu n’as aucune indulgence pour moi, mais tu n’as rien fait non plus pour cette situation ne nous échappe pas !
Noya voulait faire mal à Naka, tout comme il lui faisait mal. Ce dernier ne lui offrit aucun réconfort, son attitude restait impassible, identique à celle qu’il arborait depuis quelques minutes déjà.
— Je ne peux pas te répondre. Je ne m’en souviens plus, mais je te crois sur parole. Je n’ai certainement pas su t’aimer comme je l’aurais dû ou te protéger. J’ai été un mauvais dominant pour que nous en soyons arrivés là. Noya… Je ne souhaite plus que nous nous rencontrions à l’avenir.
Naka se racla la gorge pour éviter qu’une trop grande émotion ne le submerge. Au fond de lui, une envie de pleurer grignotait peu à peu l’assurance qu’il affichait jusque-là. Il reprit d’une voix plus ferme.
— Je pense que le Conseil des Anciens verrait d’un très mauvais œil notre discussion. Je ne serais pas Rioto et je ne veux pas entretenir de relation amicale… Jamais ! Lorsque je vois ta souffrance… Je crois que cela nous ferait encore plus mal de nous croiser en connaissant notre passé. Et je n’ai pas envie de passer à nouveau deux ans dans un bocal. Je sais que Suwa a effacé de ma mémoire toute ma vie avec toi et le peu que j’entrevois…
Cette fois-ci, la voix de Naka se brisa. En remarquant le geste qu’entamait Noya, le jeune homme se recula d’un mouvement vif, comme effrayé. Noya avait distingué dans l’attitude de Naka toute l’émotion qu’il essayait de réprimer depuis quelques minutes déjà, comme-ci les souvenirs affluaient dans sa mémoire.
Néanmoins, la volonté farouche qui se lisait dans ses yeux de ne pas vouloir céder à ses pulsions, fit comprendre plus que des mots à Noya l’envie du jeune homme à balayer cela.
— Tu décides de tout, tout seul ? interrogea acerbe Noya, anéanti par la portée qu’impliquait le comportement de Naka, il continua méchamment. Pour prendre ce genre de décision, il faut être deux, mais ne t’inquiète pas, là où je vais, je ne risque pas de te gêner. Je pars demain matin et pour un délai indéfini. Sache toutefois que pour moi, cette discussion est loin d’être close, d’autant que je sais que tu n’as pas encore pris connaissance de la totalité de tes souvenirs.
Reprenant son souffle, Noya ajouta d’une voix plus douce, mais toujours aussi affirmative.
— Sache que je t’aime toujours et je suis persuadé que tu me reviendras Naka et ce jour-là je serai là. Je voulais aussi te prévenir… Méfie-toi de Suwa, il ne semble pas être celui qu’il paraît…
D’un mouvement impeccable, Sekien Noya effectua un demi-tour impeccable et quitta l’appartement sans s’attarder, n’attendant pas une hypothétique réponse de son ancien dominant. Un voile noir envahissait son âme et tout son corps tremblait à l’idée de ne plus pouvoir tenir Naka Seiryo dans ses bras. Toutefois pour l’instant, le jeune homme n’était pas prêt… mais il en était certain, le jeune homme retrouverait la mémoire et ce jour-là, il serait là pour le retrouver.
Naka observa la porte pendant de longues minutes. Le jeune homme frappa sa joue pour tuer le moustique qui le gênait depuis quelques secondes, avant de se diriger vers la sortie de son appartement. D’une main prompte, il attrapa sa claymore et la glissa dans son dos. Un grand besoin de se défouler se faisait ressentir, mais ce ne serait pas au sein de sa division qu’il le ferait.
Les troupes qui se rassemblaient au nord de la ville de Mailio grossissaient à vue d’œil. Ce n’était plus qu’une question d’heure avant que l’ensemble des nouvelles troupes soit prêt à faire mouvement vers leur nouvel objectif : arrêter les troupes des Eskins qui envahissaient le pays d’Etela pour l’asservir une bonne fois pour toutes à l’empereur.
Perché en haut d’un promontoire, Noria Masa observait les colonnes presque prêtes à avancer comme un seul homme. Son visage ne reflétait aucune émotion particulière, alors que son esprit songeait qu’un beau gâchis allait avoir lieu. Mais le peuple des Eskins était un peuple belliqueux à la base et la richesse du pays d’Etela aiguisait leur convoitise et par la même occasion, il deviendrait un pays équivalent en puissance à celui de Sue qui longeait leur frontière Nord.
Les monarchies successives à la tête de ce pays n’avaient fait que l’appauvrir. Aucun souverain n’avait songé à moderniser les structures du pays. Ce peuple ne savait que guerroyer et voler. La plupart des habitants restaient nomades. Seules la capitale et trois autres villes de moyenne importance apportaient un semblant de stabilité.
Etela paraissait simple à conquérir. Pays constitué de diverses provinces paisibles et commerçantes, coincé au trois quarts par les eaux des océans qui le bordaient, disposant d’alliances certes, mais dont les pays amis se situaient trop loin pour le secourir, Etela paraissait bien seule et fragile à côté d’Eskins.
Paraissait… songea Masa à nouveau. Leur empereur même s’il se faisait discret dans la vie politique, ne faisant pratiquement pas parler de lui, était intelligent. Pour avoir eu l’honneur de l’avoir rencontré une fois, la dureté de son regard et son expression grave, sérieuse même l’avait marqué. Ses yeux sagaces vous transperçaient dès qu’ils se posaient sur vous. Un frisson de crainte le secoua un bref instant.
Et voilà qu’aujourd’hui Sekkai Yukio Go, livrait sa première guerre d’envergure, seul contre les Eskins ; son illustre père Hute Yukio Go étant maintenant décédé. Et dans toutes ses troupes actuellement, un homme devait lutter contre lui-même, bien loin de toutes ses considérations. Masa le plaignit.
Une bourrasque de vent froid balaya le promontoire, faisant voler ses longs cheveux blancs autour de son visage. L’homme ne chercha pas à se dégager de leur emprise pour mieux voir en contrebas les soldats avancer. Son cœur se mit à battre plus vite. Sada aussi faisait partie du déploiement actuel.
Repoussant cette idée, le militaire fit demi-tour et se dirigeait vers la capitale. Bon nombre d’idées parcouraient son esprit, mais peu à peu le calme régna dans son esprit. Sada était parti, tout comme Sekien Noya… Et tant d’autres. Combien ne reviendraient pas revoir leurs familles ? Leurs amis ? Tout semblait dérisoire lorsqu’il s’agissait de mettre sa vie en jeu, et les conséquences que cela avait sur l’entourage.
Le gros des troupes était parti la veille et Naka avait observé leur mouvement en retrait, se faisant discret. Son regard avait fouillé inconsciemment la foule de soldats pour essayer d’apercevoir la silhouette familière de Sekien Noya, mais il ne l’avait pas vu. Par contre, il avait reconnu la physionomie de Rioto Sada inhabituellement grave.
Naka ne sut dire s’il était déçu ou pas… Depuis la veille, un sentiment inaccoutumé d’inquiétude et de trouble l’agitait. Enfin, la convocation arrivée une heure plus tôt du général des armées l’obligeait à présent de penser à autre chose.
Suwa le laissa partir sans poser de questions. Grimpant rapidement les escaliers, le jeune homme se présenta à l’aide camp de Sagio. Yori lui ouvrit la porte qui donnait au bureau personnel du général. Naka entra sans ressentir une émotion d’aucune sorte.
Le vieil homme se tenait sur la terrasse extérieure attendant visiblement sa visite. Une femme d’une grande beauté se tenait à ses côtés, le dévisageant avec intensité dès son entrée dans la pièce. Naka remarqua ses yeux jaunes immédiatement. Ils n’étaient pas ordinaires.
Traversant la pièce avec une assurance qu’il était bien loin de ressentir, le jeune homme salua les officiers supérieurs qui l’avaient appelé.
— Naka Seiryo. Je vous appelé pour vous présenter votre nouveau colonel. Voici Eizo, ma chère Eizo, voici ton nouveau bras droit : Seiryo Naka.
Le jeune homme enregistra la familiarité dont usait le général des armées vis-à-vis d’Eizo… Depuis quand un supérieur s’adressait ainsi à un subordonné ? Il ne bougea pas d’un pouce, alors que la femme de taille moyenne, absolument sublime de par ses formes généreuses et ses traits fins et harmonieux, fassent le tour de sa personne, le jugeant visiblement sans pitié de la tête au pied.
