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Alors que Katsuo entame enfin sa carrière avec les Suumitsu, et que Reita décroche un poste d'assistant auprès d'un professeur réputé, les problèmes s'accumulent à nouveau. Même si la décision semble venir de nulle part, les craintes informulées de Katsuo se matérialisent avec son éviction du groupe. Bien qu'il ait reçu une offre plus alléchante chez Hanamaki Network, il hésite. Pour ne rien arranger, Matsuta Otomo parvient à ses fins et Reita disparaît de sa vie du jour au lendemain. Cette fois-ci, Katsuo est seul. Il n'a plus ses anciens amis pour le soutenir. Réussira-t-il à surmonter toutes ses nouvelles épreuves ? Et arrivera-t-il à oublier Reita et tourner la page ?
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Seitenzahl: 412
Veröffentlichungsjahr: 2020
CYCLE LES FONDATEURS
Losing my way (réédition)
Contes Nocturnes
À corps perdu T.1, Nanashi
À corps perdu T.2, le clan Ishihara
Atlantis T.1, le destin des anges
Fragment d’amour
Manimal (nouvelle)
Les aventures d’Ainsley Black T1
Un coin de Paradis (nouvelle)
Loveless (nouvelle)
CYCLE DES LOUPS GAROUS
1res pleines lunes, T1
La nuit des chasseurs, T2
Lunes de sang, T3
La nuit des parjures, T4
COLLECTION ROMANCE
Dans tes yeux
Le parfum suave de la confiture (nouvelle)
Les effets du Chlore sur le cerveau T1
Les effets du Chlore sur le cerveau T2
Un petit-ami pour Noël
Épouse-moi
Contrariété
Propositions
Bouleversé
Comme un air de vacances
Coup de tonnerre
Nous n’y pouvions rien
Sans lui
New-York, New-York…
Premier concert
Retrouvailles
Menaces
Je ferais sans…
Le mariage
Nouvelle vie ?
Shiro
Un recommencement
Sur le fil du rasoir
Mariage
Naomi Vs Emy
Transformation
Une montagne d’une taupinière
Perdre la tête
La tension montait parmi les membres des Suumitsu qui investissaient la scène vide pour une petite demi-heure, le temps pour eux de faire leur balance devant une quarantaine de curieux. C’était peu, mais mieux que rien, songeaient-ils. Les autres plateaux qui se trouvaient disséminées dans les environs possédaient un public plus nombreux d’après Anri qui se tenait à leur côté. Elle leur donnait les derniers chiffres de la fréquentation du festival en temps réel.
Suumitsu connut par quelques passionnés, faisait surtout partie de la scène underground. Ils n’avaient pas les mêmes privilèges que les gros groupes qui avaient eu plus de temps pour se préparer sur scène, en plus de bénéficier d’un rabattage médiatique d’importance. Leur groupe n’avait eu que quelques affiches faites à la va-vite. Même si leur nom était imprimé sur les programmes, il n’attirerait pas la foule. Ils étaient des illustres inconnus après tout.
Katsuo se moquait bien de tout cela, contrairement à Aiji et Yoshio. Lui se laissait porter par l’événement, très heureux d’être là tout simplement. Il observait ses amis qui lui paraissaient très tendus. Il n’allait pas dire qu’il n’était pas impressionné, cette scène plus grande que toute celle sur laquelle ils étaient montés jusqu’ici, l’impressionnait lui aussi.
La brise marine parvenait jusqu’à eux et le chaud soleil évoquait les prémices des vacances estivales prochaines. Aucun des musiciens ne céda à l’ambiance douce et nonchalante qui les invitait à la torpeur. Pourtant, Katsuo avait la sensation d’être en vacances, c’était si amusant dans le fond. Jouer en plein air par une belle journée, entouré de ses amis… De quoi pouvait-il rêver mieux ? Peut-être la présence de Reita dans le public ?
Un membre du personnel, les invita à quitter les planches. Leur tour était terminé. Contents du résultat, les Suumitsu descendirent sur les marches derrière les coulisses et rejoignirent Aki Yamamoto et le reste du staff.
Le portable de Katsuo vibra, il s’éloigna sous le regard curieux de l’équipe. Il décrocha, tandis qu’il se trouvait un endroit à l’abri des conversations et surtout plus frais. La chaleur moite les écrasait et devenait étouffante. C’était étonnant parce que sur scène, il n’avait pas ressenti cette humidité inconfortable.
— Katsuo ?
Un sourire s’inscrivit sur le visage de Katsuo en reconnaissant la voix de son compagnon. Il lui manquait.
— Reita, enfin ! J’ai essayé de t’appeler toute la journée…
— Quelque chose de grave est arrivée ?
Reita s’inquiéta tout à coup. Est-ce que Katsuo rencontrait de nouvelles difficultés à cause de son père ? Même là-bas ?
— Non, pas du tout. Je n’arrivais pas à te joindre, alors je m’inquiétais.
Katsuo changea de sujet, il ne voulait pas s’inventer des drames qui n’existaient pas.
— Nous venons de terminer la balance. Et cette scène est tellement grande…
— Tu as l’air de t’amuser.
Katsuo remarqua l’amusement dans la voix de Reita. Il hocha la tête inconsciemment et s’appuya contre un arbre tout proche.
— Oui, j’ai hâte de monter sur scène, avoua-t-il.
— Que se passe-t-il, alors ? Pourquoi cherchais-tu absolument à me contacter ?
La note de soulagement dans le ton de sa voix n’échappa pas à Katsuo. Il avoua tout en éprouvant de la tension en lui.
— Ma maison de disque m’a collé « une petite amie » avec laquelle je dois m’afficher. Je voulais te prévenir, pour éviter que tu t’inquiètes si certains bruits te parvenaient. J’en serais étonné, je ne suis pas si connu, mais bon je préfère parer à l’éventuel problème que cela pourrait engendrer.
— Oh, je ne m’attendais pas à cela.
Son timbre laissait entrevoir de l’agacement. En fait, Reita fulminait ! Il aurait préféré que cela soit lui le sujet des rumeurs qui entouraient Katsuo et non cette vulgaire fille. Soudain, son esprit eut un éclair de compréhension ! Mais ça tombait très bien. Si son père en avait vent, peut-être qu’il le lâcherait un petit peu.
— Moi non plus, répondit Katsuo contrarié. Je ne voulais pas que tu sois surpris alors, s’il te plaît, crois-moi si je te dis qu’elle n’est qu’un leurre.
— Une chance que tu ne sois pas bi, plaisanta Reita.
— Oui.
Pour la première fois, Katsuo éprouva du soulagement de ne jamais être sorti avec une femme. La voix de Reita lui parvint lointaine.
— Je suis content, tu es arrivé à bon port. J’espère que Yoshio s’est bien comporté durant le trajet.
— Il m’a dit mes quatre vérités et le reste de l’équipe aussi. Reita…
Katsuo hésita, mais son compagnon l’incita à parler.
— Je t’écoute Katsuo.
— As-tu peur que je te quitte un jour pour Darell ? Je veux dire que…
— Tu m’aimes ! objecta Reita. Pour moi, Darell n’est qu’une histoire ancienne. Parfois, je ne peux pas m’empêcher d’éprouver une pointe de jalousie, tu as vécu si longtemps avec lui. Mais je sais que tu ne me quitteras pas pour lui, chéri.
Il n’y avait même pas une once de doute dans sa réponse. Katsuo respira mieux, soulagé.
— Alors, pourquoi nous nous disputons à son sujet ?
— Je ne sais pas. Je préférai en parler quand tu seras de retour à la maison.
Katsuo soupira et se dit qu’une conversation sur la question serait plus bénéfique de vive voix qu’au téléphone.
— OK, j’ai eu la confirmation que je rentrerai mardi. Les organisateurs nous ont demandé de rester sur le festival jusqu’à dimanche. Nous prendrons le train lundi dans l’après-midi.
— Je me doutais bien que tu ne rentrerais pas ce week-end, même si les organisateurs ne vous avaient rien dit. Je viendrai te chercher à la gare. Dis Katsuo, est-ce que tu as en ta possession un passeport en règle ?
La question avait été posée sur un ton plus grave, qui étonna le musicien.
— Pourquoi ?
— J’aimerais que nous partions quelques jours, une fois que tu seras de retour. J’ai eu quelques jours de vacances, alors je nous ai organisé un petit voyage bien mérité.
La confusion régnait dans le cerveau de Katsuo. Et si sa maison de disque lui demandait encore de faire un concert surprise ou une action promotionnelle ? Un petit voyage avec Reita serait merveilleux, mais à présent que sa carrière décollait, il n’était pas sûr d’être libre de ses choix comme auparavant.
— Mais je ne sais pas si…
— Nous reviendrons dimanche dans la journée, le rassura Reita. Comme tu peux le voir, ce n’est pas long et j’en ai terriblement besoin.
Katsuo resta un moment silencieux. Est-ce que Yamamoto avait organisé quelque chose pour lui à son retour ? Reita qui stressait à l’autre bout du fil le questionna.
— Tu ne veux pas ?
Reita jura intérieurement, sa voix paraissait trop incertaine. Mais les enjeux étaient si grands pour lui et pour eux !
— Ce n’est pas cela qui me gêne Reita, c’est le fait que je ne sais pas si Yamamoto a prévu quelque chose pour le groupe dans la semaine qui suit. Je sais que la maison de disque a lancé notre clip ce week-end, et nous fait de la publicité également. Tu comprends ?
— Hum… Je vois. Peut-être devrais-tu lui demander pour être certain ?
Reita insistait vraiment beaucoup, et Katsuo sentait son malaise grandir, voir… de la peur ? Son cœur se mit à battre très vite. Sa main se crispa sur le téléphone.
— Reita ! Explique-moi ce qui se passe !
— Il ne se pass…
— Ne te moque pas de moi ! Je ressens ta crainte. Dis-moi ce qui ne va pas, et n’essaye pas d’arranger les choses tout seul ! II s’agit de « nous » et pas de « je » !
Sa voix s’était faite sèche malgré lui. Mais connaissant son amant, comme il le connaissait, il envisageait le pire à présent. Son regard se promena autour de lui, et il vit que la foule commençait à affluer. Il le pressa.
— Je n’ai pas beaucoup de temps Reita. On risque d’être coupé et si tu veux que je coopère, il faut que je sache pourquoi tu tiens tant à ce que je parte avec toi…
— Veux-tu m’épouser ? l’interrompit Reita.
Là, Katsuo crut avoir mal entendu. Son cœur eut un raté, et se mit à battre après coup très vite. Avait-il bien compris ?
— Pardon ?
— Je t’ai demandé, si tu voulais bien m’épouser ?
— C’est une blague ? interrogea Katsuo incertain.
Faire une déclaration pareille au téléphone ? Bon c’est vrai, il l’avait poussé à avouer, mais quand même ! Qu’arrivait-il à Reita ?
— Non. Je suis tout à fait sérieux.
— Mais qu’est-ce que ce voyage à avoir faire, avec le fait de nous marier ?
Un soupir à mi-chemin entre l’exaspération et le fatalisme se fit entendre. Lorsque Reita se mit à parler à nouveau, sa voix tremblait. Katsuo oublia tout ce qui l’entourait brusquement. Il regrettait sa question. Il aurait dû répondre par oui ou par non. En même temps, il était si surpris et mal à l’aise sans trop savoir pourquoi.
— Je l’ai organisé pour pouvoir t’épouser aux États-Unis. La cérémonie aura lieu jeudi matin, enfin si tu acceptes. Alors, quelle est ta réponse ?
Une multitude d’interrogations lui traversèrent l’esprit et il se douta confusément que cette demande en mariage avait un rapport avec Matsuta Otomo. Reita lui proposait cette alliance pour le contrecarrer… Pour agir si vite et à l’insu de tous, cela ne pouvait être que cela. Que devait-il répondre ? D’un côté, il ressentait de la joie, mais de l’autre, tout ceci n’était pas trop précipité ? Il hésitait. Les circonstances le rendaient malheureux et pourtant, cette demande l’inondait de joie.
En même temps, Katsuo sut que s’il ne prenait pas le train en marche, l’entente que lui et son amant avaient développée risquait de chanceler et il ne voulait pas quitter Reita ! Pas après tout ce qu’ils s’étaient dit et pas après tout ce qu’ils avaient traversé en si peu de temps.
— Tu vas me faire mourir Katsuo, si tu refuses de me répondre ! déclara Reita faiblement.
Cette phrase le rappela à l’ordre et il se remémora la promesse qu’il s’était faite ! Vivre à fond, sans regret et sans se retourner. Son regard se dirigea sur les va et vient des techniciens un peu plus loin. Tout le monde agissait comme si de rien n’était, alors que lui était scié. Les mains moites, la gorge un peu sèche, Katsuo chuchota :
— J’accepte ! Bien sûr, j’accepte ! Je ne supporterai pas que nous soyons séparés. Je ne pourrai pas vivre loin de toi, Reita. Je me fous de la raison pour laquelle tu me le demandes. Oui, je le veux !
Un soupir de soulagement se fit entendre. Reita devint silencieux à son tour. L’attente lui avait scié les jambes. Katsuo continua d’une voix plus douce.
— Je suis désolé de t’avoir fait peur à ce point. Mais ta demande tombait des nues et j’ai été pris au dépourvu.
De son côté, Reita était fou de joie ! Katsuo acceptait sa demande. Il savait qu’il l’aimait, mais d’un autre côté, au vu des circonstances. Ce rappel à la réalité, l’attrista. Faire une demande en mariage de cette manière, c’était loin d’être romantique. Il ne l’était pas beaucoup et aurait voulu qu’au moins pour cela, les choses se passent mieux.
— Je le sais. Je ne l’avais pas prévu par téléphone, mais je voulais nous mettre à l’abri définitivement de mon père. J’étais si stressé par ta réaction que… enfin… je…
— Je rencontrerai Yamamoto en privé, dans la journée.
— Oui, soit discret. Si cette nouvelle s’évente et que cela vient aux oreilles de mon père, mon plan échouerait.
— J’ai encore plus hâte de rentrer à la maison.
— Et moi donc ! Tu me manques Kats. Je suis impatient de te revoir.
— Moi aussi. J’ai hâte.
L’un comme l’autre se sentait proche malgré la distance. Katsuo ouvrit la bouche pour parler, mais il fut pris de court.
— Kats ! cria soudain Aiji énervé… On a besoin de toi ! C’est bientôt l’heure.
À regret, Katsuo devait interrompre la conversation téléphonique. Elle avait été bien courte et en même temps…
— Il faut que…
— J’ai entendu. Rappelle-moi quand tu le veux que nous puissions discuter tranquillement plus tard.
— D’accord. Je t’aime Reita.
Encore sous le coup de la nouvelle, Katsuo s’aperçut que ses jambes flageolaient. Quel revirement de situation ! Jamais il n’aurait pensé à ce genre de solution. Katsuo se dirigea vers le groupe qui l’attendait à quelques mètres de là, visiblement agiter. Cela ne l’empêcha pas de garder son calme, et d’afficher un sourire serein.
Tous furent surpris, lui qui paraissait si préoccupés ces derniers temps, mais Katsuo resta silencieux sur le rebondissement qui venait de se produire dans sa vie. Il le garderait précieusement pour lui. Il voulait savourer l’instant.
Ce fut au même moment qu’apparut Yamamoto à leur côté, accompagné d’Anri. La formation écouta attentivement les conseils que leur prodiguait Yamamoto, mais également Anri qui s’y connaissait en concert en plein air, ayant été une idole très populaire quelques années plus tôt.
Katsuo grignota sous la tente, quelques clubs sandwiches. Il devait assurer une heure et demie, ils n’avaient jamais fait de représentations aussi longues. Les Suumitsu avaient la scène la plus petite de tout le festival, mais elle était déjà beaucoup plus grande que celles sur lesquels ils se produisaient habituellement. L’occupation d’un espace aussi grand allait les déstabiliser dans un premier temps, ils s’en étaient tous rendu-compte plus tôt au moment de la balance.
Katsuo en profita pour mettre dans un coin de sa tête la conversation qu’il avait eue avec Reita, sinon il serait incapable de se concentrer. Il s’avoua que l’exercice était beaucoup plus difficile que d’habitude. Il jeta des regards inquiets aux autres membres du groupe, qui ne manqueraient pas d’être contrariés par cette nouvelle. Pas qu’ils ne seraient pas heureux pour lui, mais ce mariage tombait vraiment mal. Même lui devait bien se l’avouer.
Quand l’heure sonna, Katsuo n’eut absolument pas d’appréhension. D’ailleurs, c’est lui qui s’installa le premier sur la scène devant quelque trois cents personnes éparpillées dans le pré qui leur servait d’auditoire.
Les premiers accords plaqués, le quatuor mit toute son énergie dans leur représentation. Ils oublièrent tout ce qui n’était pas leur univers. Ils se produisaient tous depuis si longtemps que pour eux ce n’était pas une découverte, sauf peut-être au niveau de l’occupation de l’espace.
Yoshio se chargea du spectacle. Les écrans géants passaient sur chacun des musiciens. Katsuo fit tomber le T-shirt en cours de concert pour le plus grand plaisir des fans qui s’amassaient lentement mais sûrement.
La sueur coulait sur le corps sculpté de Katsuo qui retenait l’attention du public et encore plus lorsqu’il faisait les chœurs. Katsuo lui voyait la foule sans vraiment la voir. Il se sentait dans son élément. Il avait l’impression d’être dans une bulle de pure énergie positive, chaleureuse et qui le transportait. L’ancien bibliothécaire oubliait tout. Il se déplaçait sur la scène pour rejoindre tantôt Yoshio ou Aiji. Leurs expressions étaient celles d’enfants ayant trouvé leur terrain de jeu.
Yoshio laissa la place à Katsuo en cours de concert pour se désaltérer. Ce dernier prit le relais comme à son habitude et il chanta avec les autres musiciens pour interpréter une ballade de sa belle voix grave, aux accents rauques très sensuels.
Il se sentait bien, l’atmosphère, le soleil, la foule qui grossissait à vue d’œil, ses amis autour de lui, tout cela mélangé libéra une partie de la tension qui l’habitait depuis son départ précipité de Tokyo. Il se balança au rythme de la mélodie et prit du plaisir à chanter, à être sur le devant de la scène. Cette chanson d’amour, il se l’appropria. La mélodie lui prenait les tripes et il voulait le faire ressentir au public.
Katsuo ne se rendait pas compte de ses attitudes évocatrices et érotiques qu’il envoyait aux spectateurs, à moitié dénudé, la transpiration qui roulait lentement sur ses muscles dorés. Sa voix envoûtait le public qui paraissait comme suspendu à ses lèvres.
Lorsque Katsuo vit apparaître du coin de l’œil Yoshio, il vit la surprise qu’affichait le chanteur du groupe, comme s’il le voyait pour la première fois. Sans regret, Katsuo rendit le micro à Yoshio qui enchaîna sur un morceau servi par une mélopée hypnotique.
Etsujiro Konoe immobile au milieu de la foule observait le groupe quitter la scène. Il fit un signe à Kaori Hirano pour qu’elle le suive. Dans sa tête, l’image de Fuji restait gravée. S’il le voulait, ce type pourrait faire une carrière solo sans problème. Mais il ne s’agissait pas d’un loup solitaire, il suffisait de voir la manière dont il jetait des coups d’œil constant aux autres membres des Suumitsu. Quelque part, cela l’arrangeait, il avait besoin d’un bon bassiste après tout.
Il se dirigea tranquillement vers les tentes qui distribuaient des rafraîchissements et des snacks. Il ne décrocha aucune parole, absorbé par ses pensées.
Kaori le suivait un pas en arrière. Elle examina son patron qui avait abandonné son éternel costume, pour une tenue décontractée. Elle avait failli ne pas le reconnaître lorsqu’elle l’avait rencontré à l’accueil du Ryokan dans lequel ils s’étaient arrêtés pour deux jours.
Un t-shirt noir à l’effigie d’un groupe de métal moulait ses muscles puissants, et un jeans serré moulait ses hanches. Une paire de baskets en toile finissait la tenue. Il portait une casquette NY sur la tête. Les cheveux qu’il portait long et habituellement tenus par un élastique, flottaient libres sur ses épaules. Il n’avait plus rien à voir avec le patron toujours impeccable qu’elle croisait dans les couloirs, à présent il ressemblait à un vieux métalleux.
Elle se mit à sa hauteur alors qu’il commandait deux bouteilles d’eaux fraîches. Kaori en fut reconnaissante, elle crevait de chaud.
— Donc, qu’avez-vous pensé de ce groupe, mademoiselle Hirano ?
— C’était plutôt sympa, fit-elle après avoir réfléchi. J’aime beaucoup leur style et leurs attitudes.
Etsujiro lui tendit une bouteille et son air mi amusé, mi interrogateur, lui fit comprendre qu’il attendait une autre réponse. Elle n’allait pas le décevoir avec ce genre de réponse ? Il insista.
— Mais ?
— Le guitariste chauve ne joue pas toujours juste et il lui arrive d’être en retard. Le chanteur a une belle voix et possède un certain charisme, mais lui aussi aurait besoin de quelques cours pour rattraper les deux autres musiciens. Le groupe est hétérogène. Il aurait été préférable, je ne sais pas… Le bassiste n’a rien à faire là ! Je suis un peu dure, parce qu’il s’agit d’un bon groupe. Mais j’ai l’impression que vous n’attendez pas de compliments de ma part, n’est-ce pas ?
Un sourire chaleureux fendit le visage de son patron et Kaori fronça les sourcils. Elle but une gorgée d’eau pour ensuite se rafraîchir le front avec le contenant qui perlait d’eau. Elle n’aimait pas passer cette sorte d’oral, qu’il lui faisait parfois passer. Comme Konoe s’éloignait, elle le rattrapa et vit qu’il laissait la place à d’autres consommateurs et visiblement, il cherchait à ne pas être entendu. Pourquoi ?
— C’est amusant ce que tu me dis là. D’après ma petite enquête, Fuji avait quitté le groupe des Suumitsu durant quelques années, tandis que les autres musiciens ont continué à se produire. Et tu trouves qu’il a un niveau supérieur aux autres musiciens ?
En apprenant cela, Kaori fut étonnée.
— Avait-il changé de groupe ?
— Non, pas à ma connaissance. Il semblerait qu’il n’ait fait partie d’aucun groupe durant une longue période. Il n’est revenu que récemment parmi eux.
— Je n’en reviens pas. Il est indéniablement supérieur aux autres, mis à part le batteur. Lui aussi est très bon. C’est lui le bassiste que vous voulez récupérer ? Celui qui fait défaut aux SoulsTorn ?
— Tu as tout compris, ma petite Hirano. C’est bien cela… Que penses-tu de mon idée ? Après tout, c’est toi qui les côtoies au jour le jour à présent. Réussira-t-il à s’intégrer ?
Kaori se remémora le musicien. Grand, élancé et musclé, il dégageait un côté animal très prononcé. Même si le chanteur possédait aussi une certaine présence, son manque de justesse et son implication étaient moindre par rapport au bassiste. Puis, elle songea aux membres de SoulsTorn, tous des fortes têtes avec un très bon niveau musical.
— Il est beaucoup plus âgé que les autres éléments du groupe d’après l’âge que vous m’avez donné lorsqu’ils sont entrés sur scène, même s’il paraît jeune physiquement. Je pense même que sa différence d’âge paraîtra inaperçue avec les SoulsTorn. D’ailleurs, j’ai encore du mal à croire qu’il va avoir trente-neuf ans… En même temps, il apportera de la maturité ce qui ne sera pas un mal.
— Est-ce un désavantage à ton avis ?
Pensive, elle tapota sa joue avec son index. Au vu des autres membres qu’elle avait eu l’occasion de croiser, la réponse parut évidente.
— Pas vraiment, je dirais au contraire. Il pourrait recadrer certains musiciens… ou plutôt une certaine personne. Si elle reste seule sans personne avec qui en découdre, Naomi pourrait manger le reste du groupe avec le temps.
Son patron hocha la tête pour signifier son approbation. Il se désaltéra avant de lui dire :
— Et tu ne sais pas la meilleure Hirano ?
Elle haussa les sourcils ? Qu’avait-il encore en tête ? Son sourire radieux lui fit plisser les yeux en se demandant ce que son patron allait encore sortir de son chapeau.
— C’est le parolier des Suumitsu !
— Vraiment ?
Elle fut agréablement surprise. Elle n’avait pas posé la question, mais elle avait noté la qualité des textes. Jun était un merveilleux compositeur, et s’il était assisté d’un parolier aussi doué, le groupe pourrait sans conteste s’inscrire dans la durée.
— Oui. Je ne remercierai jamais assez mon beau-frère et ma femme… Tu me feras penser à lui acheter un énorme bouquet de roses rouges.
— Euh oui, dit-elle déconcertée.
Finalement, ils quittèrent le festival après s’être rendus sur d’autres scènes et écoutés plusieurs groupes. Kaori avait l’impression que son patron partait à la pêche. Quelques personnes le reconnurent et lui manifestèrent beaucoup de respect, même si Etsujiro s’était habillé de manière pour le moins peu conventionnel pour un homme de sa stature sociale. Quelque part, Kaori était fière de se tenir à ses côtés.
Lorsque le concert se termina, Katsuo était vidé tout comme le reste du groupe. Quand il se retrouva dans la tente qui leur faisait office de loge, Katsuo s’aperçut qu’il était le centre de l’attention du groupe et du staff. Pourquoi le regardaient-ils tous ainsi ? Cela le mit très mal à l’aise.
— C’était quoi ta démonstration de tout à l’heure ? interrogea Yoshio contrarié.
— Démonstration ? répéta Katsuo surpris en se servant une eau fraîche pétillante.
L’homme fit rouler sa bouteille verte où quelques gouttelettes serpentaient, sur son front pour s’apporter un peu de fraîcheur. Cela lui fit du bien, il ferma les yeux pour mieux en apprécier la sensation glacée. En plus, il n’avait pas eu de pause. Il entrouvrit la bouche pour chercher de l’air.
— ‘tain arrête ça ! s’écria Aiji inexplicablement excédé.
— Quoi ?
Mais qu’avaient-ils tous à la fin ? Cela lui mit les nerfs en pelote. Pourquoi le regardaient-ils tous ainsi, avec cette expression de reproche ? Alors qu’ils venaient de vivre un moment aussi fantastique sur scène. À moins que lui seul ait vraiment profité de l’instant ?
— De nous allumer !
Les yeux de Katsuo s’ouvrirent en grand. Mais de quoi parlait-il ? Et pourquoi semblaient-ils si contrariés lui et Yoshio ?
— J’ne vous comprends pas les gars ! Je n’allume personne, je suis toujours comme ça…
— Faux ! affirma Yoshio.
— La représentation de ce soir était tout simplement géniale ! déclara Aki en entrant dans la tente. Et je suis loin d’être le seul à le penser. Fuji, si tu me refais ça à chaque fois, c’est sûr qu’on remplit les stades ! Vous faites la gueule ? dit-il brusquement en remarquant les mines contrariées des musiciens.
Akinori Yamamoto remarqua l’ambiance tendue dans le petit espace clos. Il n’avait pas vu l’altercation, mais apparemment, c’était Fuji le centre d’intérêt… Il fronça les sourcils. Ce type effacé qui se cachait derrière une attitude désinvolte, voir discrète avait mis le feu au public. Il était une réelle bête de scène et méritait certainement d’être le leader du groupe et les autres avaient dû enfin s’en apercevoir.
Jusqu’ici, tous le considéraient comme le bassiste qui « revenait » parmi eux. Il apportait un plus par ses qualités de musicien loin d’être usurpées. Pourtant en comparaison, Yoshio ressemblait à une pâle copie du bassiste.
Ce soir, Fuji avait montré son vrai visage et soit il se ferait éjecter du groupe, soit il en deviendrait le leader. Il restait juste à savoir comment les membres accepteraient se changement de donne au sein de leur microcosme. Anri entra et se jeta au cou de son chéri.
— Tu as été formidable ! Je vais faire un tas d’envieuses. En tout cas, si tu vires ta cuti, ch’suis prête et à ton entière disposition !
Aki leva les yeux au plafond et se demanda s’il avait eu une bonne idée de la mettre en couple avec le bassiste.
Matsuta monta les marches qui menaient à son manoir. Il n’était pas arrivé en haut qu’un appel l’interrompît. Il décrocha par réflexe et entendit la voix de son secrétaire à l’autre bout du fil.
— Monsieur Otomo, excusez-moi de vous déranger. Auriez-vous quelques minutes à m’accorder ?
Matsuta s’était arrêté et fixait la porte d’entrée sans vraiment la remarquer.
— Je vous écoute, monsieur Yoshida.
— Nous avons trouvé une solution pour monsieur Otomo Reita. Le professeur Maeda a accepté notre offre et se propose de le prendre sous son aile dès lundi comme assistant.
— Toute notre offre ?
— Oui.
Un sourire se dessina sur les lèvres minces de Matsuta, qui voyait une résolution au problème qui existait avec son fils.
— Très bien. Vous pouvez procéder au virement et faites en sorte que monsieur Maeda rencontre mon fils rapidement.
— Je m’en occupe.
— Tout va bien, Matsuta ?
Surpris, l’homme d’affaires leva les yeux vers sa femme qui s’approchait une expression soucieuse sur le visage.
— Oui très bien, ma chère. J’ai enfin trouvé une solution aux difficultés que nous rencontrons avec Reita. Et si nous fêtions cela ?
Umeko le scruta avec intensité, comme si cette invitation inattendue la laissait perplexe.
— Fêter quel événement ? demanda-t-elle avec prudence.
— La réussite de notre fils, bien sûr !
Matsuta eut un petit rire satisfait et passa un bras autour de la taille de sa femme. Il la poussa en avant, afin qu’elle rentre avec lui et accède à son désir de boire le verre de la victoire. Elle ne lui offrit, comme d’habitude aucune résistance. Il savoura ce moment de gloire et à la réussite de ses projets si mûrement réfléchis.
L’ambiance durant le week-end fut tendue au sein du groupe. Yoshio et Aiji rejetaient Katsuo qui se prenait des réflexions désobligeantes. Seul Tetsu lui adressait la parole normalement. Il servait de bouclier contre les deux autres membres des Suumitsu. Katsuo essaya de le dissuader de le faire. Après tout, il n’était pas là pour ça… Mais Tetsu était obstiné et l’avait toujours protégé. Qu’il soit d’accord ou pas n’y changerait rien.
Katsuo eut Reita au téléphone et tut la tension qui existait à présent entre lui et ses amis. Ils avaient d’autres préoccupations.
— Alors, lui as-tu demandé ? le questionna Reita avec impatience.
Katsuo répondit par la négative. Aki Yamamoto était toujours entouré. Reita comprenait, mais devenait pressant. Ce ne fut que l’avant-dernier soir une heure avant le concert qu’il réussit à se trouver face à face avec lui.
— Monsieur Yamamoto, puis-je vous parler en privé ?
Surpris, Aki hocha la tête. Est-ce que ce gars allait lui annoncer qu’il laissait tomber le groupe à cause des tensions qui existaient ? Il désirait en avoir le cœur net ! Il repoussa toutes les personnes qu’ils croisèrent alors qu’il entraînait le bassiste dans sa loge.
Seuls à présent, ils se faisaient face. L’expression gênée du musicien attisa sa curiosité.
— Que t’arrive-t-il ? Tu veux quitter le groupe ?
Remarquant l’air stupéfait de Katsuo, Aki soupira de soulagement. Mais pourquoi voulait-il le voir s’il ne quittait pas les Suumitsu ? De son côté, Katsuo tomba des nues lorsque Yamamoto lui posa la question.
— Bien sûr que non ! Entre Yoshio, Aiji et moi, les rapports sont tendus, mais bon ça nous arrive. Je ne vais pas partir pour si peu ! Non, ce n’est pas ça…
— Oh ? Et pour quelle raison voulais-tu me voir seul à seul ?
— Eh bien…
Katsuo ne savait pas comment poser la question, alors il se lança d’une traite.
— Une fois rentré, j’aimerais être en vacances, jusqu’à lundi prochain !
— Pardon ?
Aki n’en croyait pas ses oreilles. Après un raclement de gorge discret, Katsuo repris un peu gêné.
— Eh bien, j’ai besoin de régler quelques affaires et donc je pensais pouvoir m’absenter quelques jours…
— Tu sais, le coupa son manager avec gravité, je voulais profiter de ces concerts pour faire le point avec le groupe et voir avec un tourneur pour vous bloquer quelques dates sur Tokyo. De plus, je pense programmer quelques interviews cette semaine. Alors si ce ne sont que des problèmes mineurs, je préférai que tu sois là.
— Je vais me marier.
La mâchoire d’Aki tomba. Il fixait Katsuo avec intensité. Dans le même temps, le fait que Katsuo avouait à quelqu’un qu’il allait épouser Reita lui procura un frisson de plaisir. Aki plissa les paupières et l’observa avec attention.
— N’es-tu pas gay ?
— Je pars aux États-Unis… Il y a des états qui acceptent les mariages homosexuels.
— Donc, c’est arrangé depuis longtemps et c’est impossible de reporter ?
— Reita a fait tout le nécessaire et ne me l’a annoncé qu’à notre arrivée ici. La cérémonie aura lieu le douze mai.
— Je vois… Enfin, même si malgré tout, tu as une bonne raison, je ne vais pas pouvoir te donner une réponse tout de suite. Il faut que tu comprennes que nous lançons votre groupe et que tout change très vite. Toute une équipe travaille pour Suumitsu. Je vais voir ce qui est prévu pour vous ces prochains jours, mais je ne garantis rien.
Katsuo se doutait que les choses ne seraient pas faciles, surtout aussi rapidement. Il eut l’impression de ne plus s’appartenir. En même temps, à quoi s’attendait-il franchement ?
— Je suppose que les autres le savent et…
— Non, ils ne le sont pas. Et s’il vous plaît, je souhaite que personne ne soit au courant.
Là, l’expression de Yamamoto parut étonnée.
— Ils risquent de mal le prendre que tu ne leur dises pas, tu dois…
— Ma vie de couple est plus importante, répondit Katsuo. Et lorsqu’ils connaîtront la raison de mon silence, ne vous inquiétez pas, ils comprendront.
— Ah oui ? Personnellement, je n’en suis pas aussi certain. Mais bon, si tu le dis…
Tout à coup, son agent eut un grand sourire et vint vers lui pour le féliciter.
— Eh bien, je ne m’attendais pas du tout à ce genre de nouvelles. Félicitations ! Même si je ne te donne pas tout de suite le feu vert, je suis vraiment content pour toi.
— Merci, répondit Katsuo.
— Par contre, il va falloir cacher ta relation avec ton mari, parce que ce n’est pas sûr que ton public comprendrait.
— J’en ai bien conscience et Reita aussi… Nous allons gérer ça. Personne ne sera au courant.
Une voix forte interpella Aki de l’extérieur qui interrompit les deux hommes. Il invita l’importun à entrer et la tête de Fuu apparut ! Son expression contrariée se mua en surprise.
— Purée ! Je te cherche partout depuis tout à l’heure ! Dépêche-toi de retrouver les autres, ça va être votre tour…
— J’y vais !
Katsuo bondit pour rejoindre le groupe. Fuu resta immobile, puis reporta son attention vers son chef et demanda en plissant les yeux.
— J’peux savoir ce qui se passe ? Des problèmes à l’horizon ?
Levant les yeux sur son interlocutrice, Aki répondit sans sourire.
— J’espère que non… Fuu, peux-tu me donner le dernier emploi du temps des Suumitsu, s’il te plaît ? J’ai besoin de vérifier quelque chose.
Et il n’en dit pas plus. Il quitta sa loge pour rejoindre le groupe qui était prêt à entrer en scène. Chacun paraissait très concentré et cela le soulagea. Il n’aimait pas les problèmes après tout.
Le Shinkansen approchait le bord du quai. Katsuo attendit que tout le monde se soit levé pour quitter son siège. Sûr de ne déranger personne avec sa basse, Katsuo prit la porte de sortie, et mit ses lunettes de soleil sur le bout de son nez. Son retour s’effectua seul. La morosité le gagna et il songea à son départ précipité avec Yoshio quelques jours plus tôt. Jamais il n’aurait cru que l’atmosphère changerait à ce point après le festival. Il ne s’attendait pas à rentrer de cette manière. Une pointe d’écœurement montait en lui.
Yamamoto lui avait trouvé une place aux aurores le lundi, afin qu’il puisse rejoindre Tokyo rapidement avec la promesse d’être présent la semaine suivante. Quelque part, Katsuo avait eu l’impression de partir comme un voleur.
Devant l’air étonné de Katsuo, il lui avait dit :
— Tu n’auras pas beaucoup de temps pour te reposer, alors enchaîner un long voyage en train et un vol en avion, autant que tu partes maintenant… Et puis, au vu de la tension actuelle dans le groupe, c’est préférable. Ton absence tombe à pic, je dois bien le dire. Je vais calmer tout le monde.
Reconnaissant, Katsuo avait entassé ses vêtements à la hâte. Il se passa peu de temps avant qu’il ne monte dans la rame. Une fois dehors, il héla un taxi pour rentrer chez lui. Il n’avait pas prévenu Reita, souhaitant le surprendre.
Une étrange émotion le parcourait depuis qu’il était dans le train et plus encore maintenant qu’il n’était plus qu’à quelques minutes de chez lui. Katsuo avait hâte, maintenant qu’il était proche de sa destination.
Mille scénarios s’échafaudaient dans la tête de Katsuo en imaginant la tête de Reita avec son retour inopiné. Un frisson d’excitation monta en lui. Bien sûr, durant le voyage il avait eu le temps de ressasser son mensonge et les conséquences qui ne manqueraient pas de tomber derrière, mais il s’en moquait. L’idée d’être marié à Reita le séduisait.
Autant, il manquait de confiance en lui lorsque Darell lui avait proposé le mariage, autant là, son cœur ne cessait de battre la chamade en prenant conscience que Reita et lui pourraient s’unir pour la vie. Ils traversaient tant d’épreuves ensemble et ils s’aimaient tellement qu’au final, cette union sonnait comme une évidence.
Une fois descendu du taxi, Katsuo paya la commission et récupéra son bagage et sa basse. Il salua quelques voisins et c’est heureux qu’il franchit le seuil de la maison, après s’être débattu avec la clef et la clenche. Sa housse n’arrêtait pas de glisser de son épaule, cela l’agaçait.
Il entra et ferma la porte avec discrétion. Soudain, il entendit quelque chose derrière lui et alors qu’il se retournait un voile noir et une douleur à la tête le saisirent. Katsuo tomba dans les limbes, incapable de comprendre ce qu’il lui arrivait.
Lorsque Katsuo ouvrit les yeux, ce fut avec précaution. Une douleur lancinante lui vrillait la tête. Son regard rencontra celui de Reita qui paraissait très inquiet. Il gémit en essayant de bouger. Il avait l’impression qu’on lui avait fendu le crâne en deux.
— Katsuo, je suis désolé, s’excusa Reita en se penchant sur lui. J’ai cru qu’il s’agissait d’un voleur ! Tiens, je t’ai apporté de l’aspirine et un verre d’eau. Tu veux autre chose ? Pourquoi ne m’as-tu pas prévenu ?
— Je voulais te surprendre, chuchota Katsuo. S’il te plaît, parle plus doucement, j’ai mal à la tête.
— Imbécile ! lui dit Reita en prenant son compagnon dans ses bras.
Le jeune homme avait cru avoir tué de ses mains, la seule personne qu’il aimait. Ses jambes en tremblaient encore. Reita l’enlaça et le serra contre lui. Katsuo allait protester, mais même si l’étreinte l’écrasait, il préféra rester ainsi goûtant l’odeur de Reita. Sous ses doigts battait son cœur de manière désordonnée, lui indiquant combien Reita avait eu peur pour lui.
— Je t’aime.
L’étudiant surpris repoussa Katsuo, puis fit mine de vérifier sa température. Cette déclaration soudaine le troublait et il tenta de le dissimuler. Mais lorsqu’il rencontra le regard de miel de son compagnon, il déglutit. Il porta ses doigts à sa bouche, les embrassant un par un. Reita n’aimait pas les grandes annonces, pourtant il se noyait dans le regard de braise, il avait l’impression de n’être qu’un avec le musicien qui ne le quittait pas des yeux.
— Viens, Reita.
Le jeune homme se sentit tiré en avant. Il s’allongea au côté de sa moitié qui se blottissait contre lui.
— Katsuo ?
Mais ce dernier se contenta de l’observer en silence, encerclant ses épaules d’un geste tendre. Les doigts de Katsuo jouaient avec les mèches brunes si douces.
— Tu me manquais. Je… je voulais te surprendre…
— Je te rassure, t’as réussi ! grogna Reita toujours sous le coup de son émotion.
— Ts !
Reita se pencha et embrassa Katsuo qui resserra son étreinte autour de son cou. Le baiser sirupeux devint encore plus lent pour devenir voluptueux. Lorsque Reita se redressa, ils ne se quittèrent pas des yeux, très troublés. Reita chuchota d’une voix curieusement rauque.
— Et si tu me montrais combien, je t’ai manqué ces derniers jours ?
Seul le sourire de Katsuo lui répondit. Il repoussa tendrement Reita sur le matelas et grimpa sur son ventre.
— À vos ordres, mon cher agresseur.
Enlacé sur le lit, Katsuo profitait de la présence de Reita qui le tenait serré contre lui. Il se sentait bien, en paix. Les événements désagréables de ces derniers jours qu’il vivait avec Yoshio et Aiji lui parurent très lointains.
Il sursauta lorsque le radio réveil sonna. Il le ferma d’un coup sec. Quand Reita l’avait-il mis ? Il était à peine six heures du matin. Un ronronnement contre le creux de sa nuque lui indiqua que son petit-ami se réveillait.
— Je n’ai pas envie de me lever, protesta Reita.
— Alors, reste, suggéra Katsuo en se tournant vers lui.
Sa bouche s’empara de la sienne avec volupté. Katsuo se rapprocha plus près de Reita et sentit son érection matinale se frotter contre son sexe. Le baiser se prolongea encore et encore. Ses mains caressaient son torse, pour descendre inexorablement vers ses abdominaux, son nombril, ses poils et… sa queue. Il l’empoigna.
Contre sa bouche, Reita haleta. Il lui donnait des coups de langue plus que des baisers à présent. Son autre main se saisit de son propre sexe qui se durcissait progressivement et il le frotta contre celui de Reita qui bougeait doucement son bassin.
— Ça m’avait manqué, murmura Reita contre son oreille.
Katsuo ne répondit rien, il se laissait aller contre lui. Il avait chaud, il étouffait et en même temps, il recherchait sa présence.
— Je…
Il n’eut pas le temps de finir qu’il sentait couler sur ses doigts le liquide poisseux. Reita le prit dans ses bras et l’embrassa, tandis qu’il le rejoignait. Il resta un instant immobile, puis il se souleva sur ses coudes. Ses cheveux mi-longs encadraient son visage aux traits fins.
— Tu m’as beaucoup manqué.
— Moi aussi.
— Ton mal de tête semble aller mieux, se moqua-t-il.
Un sourire entendu flotta sur les lèvres de Katsuo.
— Je suis heureux que tu sois rentré plus tôt.
Là, Katsuo se mordilla la lèvre inférieure. Remarquant l’expression interrogative de Reita qui s’asseyait sur le bord du matelas, il dit :
— J’ai tellement hâte que nous partions...
L’attitude de Reita se modifia, la gêne le gagnait. Katsuo plissa les yeux. C’était bien la première fois qu’il voyait Reita aussi mal à l’aise.
— Que se passe-t-il ?
Après un silence de quelques secondes qui parurent une éternité au musicien, Reita avoua.
— Nous ne pourrons pas aller nous marier, enfin pas tout de suite.
— Que veux-tu dire ?
Cette annonce assomma Katsuo, mais il se doutait que Reita avait de bonnes raisons de changer leur plan.
— Hum ! J’ai reçu une proposition pour devenir l’assistant du Professeur Maeda.
Cette nouvelle aurait dû provoquer une réaction chez lui, Katsuo en était conscient, mais il ne voyait vraiment pas qui était cet homme. Enfin, il devait être reconnu pour que Reita soit aussi excité, les étoiles qui illuminaient son regard en disaient long sur l’admiration qu’il lui portait.
— OK. Et quand commences-tu à travailler avec lui ?
— Depuis hier après-midi.
L’étonnement devait se lire sur les traits de Katsuo, car Reita éclaircit sa situation.
— Hier matin, le professeur avait rendez-vous avec Odasan, ils travaillent sur un projet commun. Monsieur Maeda a expliqué qu’il songeait à embaucher un nouvel assistant et monsieur Oda lui a proposé mon nom.
Les paupières de Katsuo clignèrent plusieurs fois.
— Je suis surpris. Si vite ?
L’expression de Reita devint pensive. Il caressa son menton d’un air absent.
— En fait, cela m’aurait étonné dans d’autres circonstances aussi, mais tout était si évident… Et en même temps, je n’ai pas du tout envisagé une manipulation de mon père. J’ai l’impression que si j’analysais chacune des opportunités comme un piège, je vais devenir parano. Es-tu déçu ? Je veux dire, veux-tu que j’annule…
— Tu ne fais rien du tout. C’est seulement repoussé. En même temps, j’avoue que cela m’arrange, dit Katsuo.
Reita parut à son tour interloqué. Katsuo se chargea de lui éclairer sa lanterne.
— Il semblerait que je sois moi-même très occupé ces prochains jours, si ce n’est pas les prochaines semaines.
— Ah oui ?
— Yamamoto m’a dit qu’il comptait profiter de cette première scène pour donner une impulsion à notre groupe. Je vais être absent pour quelques dates, pour des interviews, tourner des clips, des enregistrements, etc.
— Mais c’est super ! fit Reita sincèrement heureux pour Katsuo. Tous les autres doivent être fous de joie aussi.
— Oui, oui…
Katsuo éclata de rire tandis que Reita le chatouillait. Puis, le jeune homme s’arrêta en voyant l’heure affichée sur le radioréveil.
— Nous en reparlerons ce soir. Je ne dois pas être en retard ce matin !
— Et ton petit-déjeuner ?
— Je l’ai eu, dit Reita avec un petit sourire moqueur.
Katsuo secoua la tête, tandis que Reita quittait la chambre, avant de se raviser pour lui dire droit dans les yeux.
— Vivement ce soir !
Et il disparut dans la salle de bain. Katsuo se leva à son tour plus lentement. Sa tête réfléchissait à toute vitesse. Ce n’était pas ce qu’il avait prévu, et la situation tournait dans un sens qui lui nouait la gorge. Quand auraient-ils le temps, tous les deux ? Il était heureux pour Reita, même si cette soudaine affectation avait allumé en lui un signal d’alarme.
Toutefois, Reita avait raison au sujet de son poste. Il n’allait pas imaginer le pire à chaque fois qu’on lui proposait une chance comme celle-là, d’autant que son compagnon était un élève brillant. Cette opportunité qui lui était donnée, n’était pas usurpée.
En même temps, une étrange sensation le rongeait. Il avait dit à Reita que cette situation l’arrangeait, ce qui était vrai, mais en même temps…
Bon sang ! Il devait arrêter de se faire des nœuds au cerveau et vivre l’instant présent. De toute façon, les prochains jours pour lui allaient être cruciaux. Il devait apaiser la tension qui existait dans le groupe et si Aki l’appelait pour participer à une interview ou à tout autre arrangement commercial, il serait dispo.
Un coup de fil avertit Katsuo qu’il devait être présent le lendemain matin à neuf heures pétantes. Il le nota dans son agenda qui commençait à se remplir progressivement. En attendant, il se dirigeait vers le studio de Yoshio pour retrouver tous les membres du groupe.
Lorsqu’il arriva, Katsuo était le dernier. Remarquant leurs expressions défaites, il jeta un œil à sa montre pour voir s’il était en retard et constata qu’il était en avance pour une fois.
— Êtes-vous tous tombés du lit ? s’étonna Katsuo.
— Tais-toi et viens ! grogna Yoshio.
— T’as ramené des croissants ? le questionna Aiji en se glissant sur le sol.
Ses traits étaient tirés.
Katsuo rejoignit ses amis et les observa avec attention. Ils étaient claqués et leurs mines boudeuses ne lui disaient rien qui vaille. Yoshio lui jeta un coup d’œil, avant de lui demander.
— Alors ? T’es marié ou pas ?
Il ne s’attendait pas à cette question, il avait été trahi ! Sa mâchoire s’ouvrit de stupeur. Comment savait-il ? N’avait-il pas dit à Aki de ne rien dire ? Son air stupéfait déclencha un rire narquois chez Yoshio. Aiji quant à lui, le fixait froidement.
— Aki allait rester silencieux, lui dit-il, mais Yoshio l’a tellement fait chier pour savoir pourquoi tu avais eu la permission de rentrer, qu’il a cédé. Alors ? Vu que t’es là, ce n’est pas possible que tu aies eu le temps de faire l’aller-retour Tokyo - NewYork, je me trompe ?
Toujours sous le coup de l’émotion, Katsuo mit quelques secondes avant de lui répondre.
— Finalement, le projet est repoussé. Reita a reçu une proposition pour être l’assistant d’un professeur important, alors… c’est décalé. Et comme Aki m’avait dit que nous risquions peut-être de partir, au final ça arrange tout le monde.
Tous le dévisageaient avec attention. Aiji sortit un paquet de clopes et s’alluma une cigarette. Au travers de la fumée, il l’interrogea :
— Dis donc, elle tombe plutôt à pic cette proposition. Ce n’est pas un coup du vieux de Reita, ça ?
— Pas d’après lui, fit Katsuo avec vivacité. Il m’a dit que tout ça, ça, c’est produit au cours d’une conversation informelle, vraiment quelque chose d’inattendu. Son patron demandait des conseils pour un nouvel assistant et…
— Sérieux ? T’y crois-toi ?
Yoshio revenait vers eux avec un plateau sur lequel se trouvait une thermos et des tasses à café. De son côté, Katsuo avait blêmi, d’entendre dire à voix haute un doute qui l’avait traversé lui faisait se sentir mal. Il enfonça les mains dans ses poches, elles tremblaient. Ne parvenant pas à soutenir le regard des autres, il détourna le sien.
— Ouais, en conclut Yoshio. Je vois que tu n’en penses pas moins. Viens t’asseoir avec nous, on a à te parler.
Le ton avec lequel il avait dit la phrase attira l’attention de Katsuo. Que voulaient-ils lui dire ? Il pencha la tête sur le côté, interrogateur. Aiji tapota une place à côté de lui sur le sol.
— Viens t’asseoir à côté de moi, Katsuo.
Le musicien obéit, très intrigué. Il sentait cette tension palpable qu’il avait ressentie lors des concerts qu’ils venaient de donner. Katsuo prit la tasse qu’on lui tendait, mais attendait la suite patiemment.
— Donc, nous avons besoin de mettre les choses au clair entre nous avant d’aller plus loin dans notre aventure.
— Que veux-tu dire ?
— Comptes-tu prendre la place d’Aiji comme leader ?
Yoshio s’était exprimé avec une mine sombre. La mâchoire de Katsuo tomba.
— Bien sûr que non !
Il n’en avait rien à foutre. Lui désirait se laisser porter par les événements, pas être à la tête du groupe.
— Vous voilà rassurez ?
Tetsu qui observait la scène tout en disant cela eut un petit sourire vainqueur.
— Je te l’avais dit, cette idée ne lui avait même pas traversé l’esprit. Mais non, vous ne m’avez pas cru ! ajouta-t-il.
— Ça, c’est toi qui le dis !
Aiji fixait Katsuo avec intensité. La colère montait en Katsuo, comme jamais auparavant. Pourtant, il prit sur lui pour répondre calmement à cette question idiote.
— Je n’ai jamais, et je n’aurais jamais l’intention de prendre ta place Aiji ! Ce qui me plaît c’est de jouer et d’écrire des chansons. Le reste, je m’en fous. Je n’ai aucun problème d’égo à régler.
— Qu’est-ce que tu dis ?
Aiji avait mal pris sa dernière phrase, mais ça, Katsuo s’en moquait. Prenait-il des gants avec lui ?
