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Et si l'été était le seul moment où l'on osait être soi-même ? Chaque été, Harper et Owen se retrouvent au bord du lac Michigan. Les cabanes d'enfance, les silences partagés, les regards qui disent tout ... Ils s'aiment sans promesse, se cherchent sans mot. Mais cet été là, quelque chose vacille. Une maison en bois, deux mois devant eux, et ce trouble qui n'a pas encore de nom. L'amour né dans le silence, peut-il survivre à la vérité ? Entre lettres muettes et souvenirs suspendus, Harper cache une douleur profonde. Et Owen, sans comprendre pourquoi, sent le temps s'accélérer... À l'ombre de nos promesses est une romance délicate, entre lumière d'été et secrets enfouis. Une histoire poignante, portée par l'émotion et la beauté des silences.
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Seitenzahl: 289
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
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Citation :
"Ceux que nous aimons ne meurent jamais vraiment ; ils vivent à jamais dans notre coeur." — Auteur inconnu
Chapitre 1
Indication
Dedicaces
Chapitre 1- Harper Un sourire suffit
Chapitre 2- Owen L'aube d'un pressentiment
Chapitre 3- Harper Le veille de partir
Chapitre 4- Owen Une tradition sacrée
Chapitre 5- HarperLes vacances
Chapitre 6- Owen Juste avant la bascule
Chapitre 7- Harper Le jeu de la bouteille
Chapitre 8- HarperL' autre côté du feu
Chapitre 9- Owen Une nouvelle complicité
Chapitre 10- Harper Ce qu'elle ne disait pas
Chapitre 11- Owen Le sac Crop léger
Chapitre 12- Harper Le poids des silences
Chapitre 13- Harper Les traces
Chapitre 14- Harper Le diagnostic
Chapitre 15- Harper Les mots tus d'un adieu
Chapitre 16- Owen Un mal de chien
Chapitre 17- Caleb Le poids de la promesse
Chapitre 18- Harper Face au miroir brisé
Chapitre 19- Owen Le poids de l'absence
Chapitre 20- Harper Le fil qui se dénoue
Chapitre 21- Le pére de Harper Rester quand le monde s'effondre
Chapitre 22- Caleb Comme elle l'aurait voulu
Chapitre 23- Owen Le soir où tout s'arrête;
Chapitre 24- Owen Le jour où tout s'est aligné
Chapitre 25- Adèle Celle qui l'a attendu
Chapitre 26- Owen Entre deux battements
Chapitre 27- Adèle Elle l'a appelè pa...pa
Chapitre 28- Owen Pas pour demain
Epilogue
Fin
Bonus de rectification
Remerciements
De la meme auteure
Page de copyright
— Sérieusement, vous pourriez me laisser tranquille cinq minutes?
Ma voix résonne dans le couloir, noyée sous les rires de mes frères. C’est plus fort qu’eux. Me taquiner est devenu leur sport préféré.
— On veut juste savoir si tu comptes encore passer la journée enfermée dans ta grotte, lance Caleb.
— Ma chambre n’est pas une grotte! m’indigné-je.
Je claque la porte derrière moi. Le bruit retentit comme une délivrance. Le silence retombe, à peine troublé par le martèlement de mon coeur. J’appuie mon dos contre la porte, ferme les yeux, et respire.
Ma chambre.
Mon refuge.
Les murs, jadis rose bonbon, sont désormais bleu ciel. Plus calme. Plus moi. Ou du moins, ce que je crois être moi. Mon lit trône au centre comme une île, recouvert d’une vieille couette patchwork aux coutures un peu fatiguées. Des souvenirs cousus main. Sur le bureau, quelques carnets de croquis s’entassent, pleins de visages et de paysages imaginés. Les romans attendent, calmes, prêts à m’emporter ailleurs. Un cadre photo attire mon regard: maman, le sourire éclatant, figée dans un éclat de soleil. Juste à côté, une photo de moi et Owen, des grimaces égayent nos visages. C’était un été, je crois. Un bon été. Je traverse lentement la pièce, les doigts glissant sur les objets familiers. Une peluche m’observe depuis une étagère. Poussiéreuse, un peu ridicule, mais je ne peux pas la jeter. Elle a veillé sur trop de nuits.
Je grimpe dans le renfoncement de la fenêtre, sur ce coussin à moitié aplati. Les genoux repliés sous moi, je regarde la pluie dessiner des arabesques sur la vitre. Je me sens bien ici. Seule. Ou presque. Dehors, le monde semble attendre. Et là, je l’aperçois à travers la buée sur la vitre. Owen.
Toujours le même: sweat trop grand, mains dans les poches, l’air de celui qui comprend sans qu’on ait besoin de parler.
Un frisson me traverse.
J’attrape mon sweat à capuche, descends les escaliers à pas feutrés, évite les marches qui grincent comme si ma vie en dépendait. J’ouvre la porte. Il est là.
Son demi-sourire suffit.
Je respire à nouveau.
— Tu viens? demande-t-il, simplement.
Je hoche la tête. Pas besoin de mots. Pas avec lui.
Nous marchons en silence, nos pas s’accordent sans effort. L’air sent la terre mouillée et la pluie fraîche. J’aime cette odeur. Elle me rappelle les débuts. Les choses simples. Dans le tumulte de ma famille, Owen est mon îlot de calme, celui qui voit au-delà des chamailleries.
— Tes frères encore? finit-il par demander.
Je soupire.
— Toujours. Ils me voient encore comme une gamine de cinq ans.
— C’est leur façon de t’aimer.
— Peut-être. Mais parfois, j’aimerais juste… respirer.
Il ne dit rien. Il comprend. Owen comprend toujours.
On arrive au parc, notre banc nous attend sous le vieux chêne. Je m’y installe. Il me rejoint.
Je tourne la tête vers lui.
— Tu te souviens de notre premier jour à l’école?
Il rit doucement.
— Comment oublier? J’étais terrorisé.
Je souris.
— Tu parles! C’était en septembre 2007. Je me rappelle l’odeur des crayons neufs, de la lumière du matin. De toi.
Il hoche la tête, rêveur.
— La salle me paraissait immense. Je cherchais un coin où disparaître. Et toi, t’étais là. Petite, discrète, les cheveux en bataille…
— Et pourtant, c’est toi qui es venu t’asseoir à côté de moi.
Il rit.
— Parce que tu m’as souri. Personne d’autre ne l’avait fait.
Je le regarde.
— Tu ne me faisais pas peur non plus.
Silence.
Il baisse les yeux. Moi, je sens mon coeur rater un battement. Il ne me regarde pas, mais je sens son attention partout. Sur mes gestes, mon souffle, mon hésitation.
On ne dit rien. Mais tout est là.
— Tu te rappelles le premier été au lac? demande Owen.
J’incline la tête, un sourire aux lèvres.
— Comment l’oublier. Tu m’as embarquée là-bas comme si c’était le centre de l’univers.
— Pour moi, ça l’était.
Il rit doucement, puis ajoute, plus sérieusement:
— Et tu sais quoi? Ça l’est toujours.
Je détourne les yeux, le coeur un peu serré.
Ce premier été… J’avais six ans. Maman était déjà partie depuis longtemps. Papa avait hésité, mes frères s’y étaient opposés, mais j’étais partie avec les parents d’Owen. Sa mère m’avait accueillie comme si j’étais sa fille. Elle m’avait appris à faire des cookies, m’avait tressé les cheveux, m’avait écoutée sans jamais me presser.
Et puis il y avait le lac.
Le lac Michigan. Immense, infini, un monde à part. Nos jeux sur la plage, les radeaux de fortune, les cabanes secrètes, les histoires de fantômes au crépuscule. C’était notre royaume. Le seul endroit où tout semblait à sa place.
— Je me souviens, murmuré-je, de la première fois que j’ai vu l’eau. J’ai couru comme une folle vers les vagues. Tu m’as rattrapée avant que je plonge tout habillée.
Owen éclate de rire.
— Et après, tu m’as poussé dedans, histoire de faire bonne mesure.
Je souris, le regard dans le vague.
— On était invincibles. On construisait des royaumes de sable et on faisait des pactes de pirate. C’était sérieux, à six ans.
Il se tait un instant, puis, plus bas:
— Tu crois qu’on l’est toujours?
Je le regarde. Son visage est à moitié dans l’ombre, mais ses yeux brillent d’une lueur que je connais trop bien.
— Je ne sais pas, dis-je doucement. Peut-être qu’on a juste oublié comment c’était quand on n’avait peur de rien.
Il ne répond pas. Sa main s’ouvre vers moi. Je n’hésite pas.
Nos doigts s’enlacent.
Comme à chaque fois.
Mais cette fois-ci… c’est différent.
Le silence est devenu plus dense, plus chargé. Il y a des choses entre nous qui n’existaient pas avant, ou peut-être qu’elles ont toujours été là. Et que je commence seulement à entendre. C’est un vertige silencieux. Une pente douce que je n’ai pas choisie mais que je ne peux plus ignorer.
On reste assis là, à regarder le ciel se teinter de rose et d’or. Le jour décline, la brise se lève. Mes cheveux volent un peu devant mes yeux. Owen les écarte doucement, presque sans y penser.
Je me lève, à contrecoeur.
— Je devrais rentrer. Mes frères vont croire que j’ai été enlevée par un alien.
Il sourit.
— Je te raccompagne?
J’acquiesce.
On marche sans parler. C’est notre façon de dire tout ce qu’on n’ose pas.
Devant la maison, je m’arrête sur le pas de la porte. Les lumières sont allumées à l’intérieur. Je sens leurs regards derrière les rideaux.
— À demain, dis-je.
— À demain, répond-il.
Je reste là un instant, puis franchis le seuil. Je referme la porte derrière moi… et je reste immobile. Le bois est froid dans mon dos. Mon coeur bat trop vite. Je repense à son regard. À sa main dans la mienne. À ce que je n’arrive pas encore à nommer. Ce frisson qui ne me quitte plus depuis qu’il est parti.
— T’étais où? tonne la voix de Caleb.
Je sursaute.
— Je me baladais, dis-je.
— Avec Owen, pas vrai? lance Benjamin en apparaissant derrière lui, sourire aux lèvres.
Je soupire. Inutile de mentir.
— Oui.
Ils échangent un regard entendu. Caleb hausse les épaules.
— C’est Owen. Tu ne risquais pas grand-chose.
— Il est fiable, approuve Nate en arrivant. Même papa lui fait confiance, c’est dire.
Je souris malgré moi. Ces trois-là ont toujours été insupportables… et irremplaçables.
La voix de mon père résonne depuis la cuisine:
— À table!
Le dîner est animé, bruyant, rassurant. Mes frères se moquent de mon « air bizarre », Benjamin affirme que je rougis, je nie en bloc. Papa sourit, silencieux.
Je monte me coucher après avoir échappé de justesse à la vaisselle.
Dans ma chambre, je me glisse sous les couvertures. Le bruit de la pluie a cessé. Il ne reste que ce calme, ce souffle du soir qui berce la maison.
Je pense à Owen.
À demain.
Je me suis endormie avec cette étrange sensation que le monde était sur le point de basculer. Comme si un fil invisible s’était tendu entre Owen et moi, vibrant d’une énergie à la fois douce et inquiétante. J’avais l’impression de me tenir au bord d’un précipice, excitée et terrifiée à la fois par l’idée de sauter. Quoi que ce soit, ce quelque chose qui commençait, je savais que ça nous changerait.
Le réveil ne sonne pas encore. Mais je suis déjà là, les yeux grands ouverts, fixant le plafond comme s’il avait quelque chose à me dire. Je n’ai pas vraiment dormi. J’ai flotté entre des images floues, des souvenirs, des sensations sans forme. Le genre de nuit où le sommeil ne guérit rien. Il y a dans l’air quelque chose de différent. Pas un bruit particulier, pas un événement. Juste une impression. Comme si quelque chose avait dévié, imperceptiblement. Comme si le monde s’était déplacé d’un millimètre pendant que je dormais. Une sensation presque physique, comme un fil invisible tendu autour de moi.
J’entends les bruits familiers de la maison: le ronronnement de la machine à café, les pas lents de maman dans la cuisine, le froissement du journal que papa déplie avec sa méticulosité rituelle. Tout est normal. Et pourtant… Ce n’était pas seulement une impression de changement dans l’air. C’était plus précis que ça, plus personnel. Comme si ce quelque chose dont Harper avait parlé dans son silence hier soir, ce fil invisible que j’avais senti se tendre, était sur le point de se rompre ou de se renforcer. Et au centre de tout ça, il y avait, elle. Je reste encore un moment dans le lit, figé, les bras derrière la tête, le regard perdu. Puis je me lève, traverse la chambre à pas feutrés. Le sol est frais. Je passe devant le miroir, m’arrête une seconde. Mon visage n’a pas changé, mais mes yeux… Ils cherchent quelque chose. Ou quelqu’un. Peut-être qu’ils cherchent Harper.
Je mets un sweat — le gris. Toujours le même. Il me rassure. Ou il me cache. J’ai remarqué que je le mets souvent les jours où je me sens instable. Comme aujourd’hui.
Quand je descends, papa lève les yeux au-dessus de sa tasse.
— Mal dormi?
Je hausse les épaules. Pas envie de parler. Pas envie d’expliquer ce qui ne se dit pas. Il ne pose pas plus de questions. Il n’en a jamais eu besoin. Il a ce genre de silence confortable qui laisse respirer.
Je croque dans une pomme. Le jus est acide, mais je le sens à peine. Mes pensées sont ailleurs. Harper. Hier soir. Ses yeux. Son silence. Sa main frôlant la mienne comme un mot qu’on n’ose pas prononcer. Comme un secret glissé entre deux souffles.
Sur le chemin de l’université, je me sens étranger à tout. L’agitation du matin glisse sur moi sans m’atteindre. Les rues bourdonnent de vie, mais je ne vois que des silhouettes floues, des éclats de sons sans relief. J’avance dans un décor sans contours, comme dans un rêve dont on ne se souvient pas. Devant l’établissement, l’air semble plus lourd. Le bâtiment, familier, m’oppresse soudain. À l’intérieur, les voix résonnent trop fort, les rires m’éreintent, les couloirs débordent de corps en mouvement. Je me fraie un passage, invisible au milieu du tumulte. Mes amis m’interpellent, plaisantent, me bousculent gentiment. Je leur rends un sourire machinal, mais je ne suis pas là. Mon esprit s’égare ailleurs, loin de cette clameur. Et je me demande s’ils devinent ce vide qui m’habite, ou si j’ai fini par trop bien le dissimuler.
Je ne pense qu’à elle.
Je la repère aussitôt dans la cour. Harper. Elle est adossée au mur du bâtiment principal, en train de rire avec une amie. Puis elle tourne la tête. Me voit. Et là… son sourire change. Devient plus doux. Plus réservé. Plus pour moi.
Je lève la main. Elle répond d’un petit signe discret. C’est peu. Mais c’est suffisant.
Je sais qu’elle pense à hier soir. Je l’espère. Moi, je ne pense qu’à demain. Et à ce qui pourrait arriver. Ce qui devrait arriver.
Les heures passent, lentes. Les cours sont flous. Les mots des profs m’effleurent sans m’accrocher. Je revois nos pas sur le sentier, hier soir. Son regard perdu vers le lac. Son rire quand je lui ai rappelé une vieille anecdote. Et ce silence qui s’est installé, mais qui ne faisait pas peur. Un silence plein. Rassurant. Plus fort que les mots.
Le lac. Notre refuge. Notre royaume. Chaque fois qu’on y retourne, j’ai l’impression qu’on retrouve une version plus ancienne de nousmêmes. Une version plus vraie.
Je ne sais pas quand ça a commencé. Quand l’amitié est devenue autre chose. Ce n’est pas une chute. C’est une glissade. Lente. Délicate. Inévitable.
Je suis au fond de la salle. Je la regarde. Elle est assise à l’avant, cahier ouvert, mais elle ne lit pas. Je le vois à la manière dont elle tord son stylo entre ses doigts. Elle pense. Peut-être à moi. Peut-être pas. Mais j’y crois. Parce que c’est plus doux de croire.
J’espère. Et ce simple espoir me suffit pour tenir. Il me donne une sorte de solidité, comme si j’étais ancré dans quelque chose de plus vaste que moi.
La journée s’épuise. L’air est plus lourd, les pensées plus denses. Je marche jusqu’à la maison avec cette sensation tenace d’être à la fois près d’elle et très loin. Comme si nos mondes se frôlaient sans jamais se rejoindre vraiment.
Le soir, je rentre seul. Je réponds à peine aux questions de mes parents. Je suis poli, distant, absent. J’ai besoin de solitude. De silence. D’elle.
Dans ma chambre, je m’allonge sur le lit, les mains croisées derrière la tête. Le plafond est vide. Il ne m’offre rien. Mais dans ma tête, Harper est partout. Elle se faufile dans chaque souvenir, dans chaque recoin de ma mémoire. Elle est devenue une langue que je comprends sans avoir besoin de la parler.
Son rire. Ses silences. Sa main dans la mienne.
Et cette certitude qui me serre le ventre: je suis tombé amoureux.
Pas comme on aime à dix-huit ans pour faire comme les autres. Pas pour dire qu’on est ensemble. Pas pour les photos. Mais pour de vrai. Pour ce qu’elle est. Pour ce qu’on est, quand on est ensemble.
Et je ne sais pas quoi faire de cet amour.
Je pourrais lui dire. Tout. Maintenant. Mais j’ai peur. Peur qu’elle ne le ressente pas. Ou pire, qu’elle le ressente aussi, mais qu’elle n’en veuille pas. Peur de briser ce qu’on a. Ce fragile équilibre qu’on a mis des années à construire.
Alors je reste là. Je l’aime en silence. Comme on retient un souffle. Comme on garde une promesse. Parce que parfois, aimer, c’est se taire pour ne pas effrayer ce qui est encore fragile.
Demain, je la verrai encore. Peut-être que je lui prendrai la main un peu plus longtemps. Peut-être qu’elle ne la retirera pas.
Et ce sera déjà beaucoup.
****
Le lendemain, le soleil se lève paresseusement derrière les rideaux. C’est samedi. Pas de cours, pas d’obligation. Je traîne un peu au lit avant de rejoindre la cuisine. La maison dort, chaque bruit de tasse ou de pas résonne comme un souvenir. Maman lit sur le canapé. Je me sers une tasse de café, l’esprit encore un peu ailleurs.
Je sors mon téléphone et vois un message de Harper:
Harper: « Nate a réussi à renverser du jus sur mon clavier… c’est la catastrophe, je vais pleurer »
Je souris et réponds aussitôt avec un gif d’un chat qui tape maladroitement sur un clavier.
Quelques secondes plus tard, elle m’envoie: »
Harper: « Haha, t’es nul, mais ça m’a fait rire! Merci »
Je tape rapidement:
Owen: « Mission sauvetage du clavier en cours, tu me tiens au courant? »
Elle répond presque tout de suite:
Harper: « Promis! Et toi, ta journée? »
Je repense à ma guitare, à mes bouquins.
Owen: « Tranquille, un peu de guitare, un tour en ville. Rien d’excitant, mais ça fait passer le temps jusqu’à ce soir. »
Harper: « T’es un vrai philosophe du samedi »
Je ris tout seul. Je repose mon téléphone.
La journée s’écoule tranquillement. Un livre, un peu de guitare, une partie de basket avec mon voisin, Elias, dans le jardin, et la conversation légère avec Harper reste là, en fond, comme un fil invisible.
En fin d’après-midi, je prends une douche, choisis un sweat propre et attrape un sac de chips en guise de contribution à la « soirée match ». Le ciel est clair. L’air est frais. J’aime marcher jusqu’à chez eux, surtout ce soir-là.
Quand j’arrive, la maison est en ébullition. Les voix des frères de Harper portent depuis le salon. Je toque. C’est Nate qui ouvre, déjà surexcité.
— Owen! Viens, pile à temps pour les hymnes!
Je rentre. Harper est là, assise en tailleur sur le canapé, un coussin contre elle. Elle me voit, me sourit. Juste un peu. Juste pour moi. Je dépose les chips et m’assois près d’elle. Pas trop près. Mais assez.
Son père entre, deux bières à la main.
— Alors Owen, vous repartez cet été au lac?
J’hoche la tête, content de la question.
— Oui. Pour les deux mois. Et cette fois, Harper et moi y serons seuls la première moitié. Mes parents arriveront après.
Un silence s’installe. Caleb éclate de rire.
— Seuls, hein? On voit ça d’ici!
Benjamin ajoute avec un clin d’oeil:
— On prépare les dragées?
Je rougis un peu, mais je ris. Harper aussi. Mais elle se cache vite derrière ses mains.
— Papa, dis quelque chose!
Son père s’approche, croise les bras, l’air faussement grave.
— Les vacances, c’est aussi fait pour réfléchir. Et se connaître. Mais faites attention aux grandes décisions. L’été, c’est trompeur. Il fait chaud. On croit tout plus facile.
Harper pousse un gémissement et se couvre les oreilles.
— Paaapaaaaa! Arrête! Tu me fous trop la honte!
Tout le monde éclate de rire. Moi aussi. Parce que j’adore cette scène. Parce que c’est vivant. Et drôle. Et que j’aimerais tant qu’il y ait quelque chose à cacher, quelque chose qui justifie ces taquineries.
Mais il n’y a rien. Pas encore.
Alors je souris. Et je regarde Harper remettre une mèche de cheveux derrière son oreille, les joues rouges, les yeux brillants. Et je me dis que c’est dans ces moments-là que l’on grandit, sans bruit.
Et peut-être que cet été, ce sera différent. Peut-être.
Même si au fond de moi, je crois que j’ai déjà décidé. Que cet été sera un point de non-retour. Harper est devenue plus qu’une amie, et le lac… le lac est notre témoin silencieux, prêt à garder nos secrets. La simple pensée de ces jours à venir fait battre mon coeur plus vite.
Le match est fini depuis longtemps, mais dans ma tête, les images tournent encore, comme un vieux film qu’on repasse sans cesse. Les cris de mes frères, leurs rires sonores qui faisaient vibrer les murs du salon. Nate debout sur le canapé, criant à l’injustice d’un hors-jeu, Benjamin lançant des cacahuètes dans tous les sens, Caleb mimant un commentateur sportif avec une voix ridicule.
Et moi, assise là, un coussin serré contre moi, à demi-absente de tout ce vacarme. Mais pas seule. Owen était à côté. Juste à côté.
Je revois ses doigts frôler l’accoudoir. Parfois les miens. Trop près, pas assez. Et ces instants où nos mains se touchaient presque, où je retenais ma respiration. Il n’a jamais bougé brusquement. Il restait là, tranquille, comme s’il savait que le silence entre nous était plus fort que les cris autour.
Je me souviens de ce moment précis, dans le salon, quand papa a sorti sa fameuse phrase: « L’été change les gens. Il fait croire que tout est plus simple… jusqu’à ce que la vie vous rattrape. » Mon visage s’est embrasé. Caleb a sifflé, Nate a éclaté de rire, et moi… j’aurais voulu me fondre dans le canapé. Owen a tourné la tête vers moi. Son sourire n’était pas moqueur. Juste doux. Complice. Comme une main invisible posée sur mon épaule. Et puis cette autre image s’est gravée en moi: recroquevillée sous le plaid, les mains plaquées sur les oreilles, pendant que papa poursuivait son monologue de père inquiet. Les garçons riaient de plus belle. Moi, je voulais disparaître. Mais Owen, encore lui, m’a donné un petit coup d’épaule, léger, presque tendre. Comme pour dire: « Ce n’est rien. Je suis là. »
Ces instants semblaient insignifiants. Pourtant, ils sont restés. Parce qu’ils étaient tout. Ce soir-là, j’ai regardé Owen plus que le match. Et je crois qu’il en faisait autant. Nos regards se cherchaient souvent, sans un mot, comme si nos silences se comprenaient mieux que les phrases. Et j’ai ri, un peu. Pour masquer le trouble. Pour me protéger. Pour ne pas qu’on voie ce que je ne comprends pas, encore..
Les jours qui ont suivi ont filé vite. Trop vite. Derniers jours de cours, plus personne n’écoute vraiment. Les profs parlent comme s’ils récitaient à des murs, les contrôles sont rendus sans commentaire, les cloches sonnent avec une légèreté inhabituelle. On glisse doucement vers autre chose. Les cahiers restent fermés, les stylos entre les doigts, inutiles. On écrit des mots sur les bras, des promesses dans les marges, des coeurs et des flèches sur les tables. On prend des photos en douce, on signe des t-shirts, on lance des regards pleins d’espoir ou de regrets. Les couloirs sentent la fin d’année: cette odeur de papier chauffé par le soleil, de chewing-gum à la menthe, de déodorant bon marché et de liberté imminente. Le stress a disparu, avalé par quelque chose d’invisible, mais fort: une impatience joyeuse, un besoin presque viscéral de bouger, de partir, d’échapper à tout ce qui a été. Et au coeur de cette agitation, il y a Owen. Toujours un peu à l’écart. Mais jamais loin de moi.
Mais au milieu de cette agitation, quelque chose se fige. Owen et moi continuons de graviter l’un autour de l’autre, comme deux astres tenus par une même force. Parfois une phrase échangée en classe. Parfois un sourire dans le couloir. Mais plus souvent encore, ces silences étrangement pleins, comme si tout se disait entre nous sans qu’il y ait besoin de parler.
Je le guette sans m’en rendre compte. Je sais qu’il fait pareil. Le moindre frôlement devient soudain immense. Le moindre geste semble chargé de sens. Et chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus de ce moment hors du temps: le départ.
On en parle peu. Pas comme les autres. Pas avec fracas. Plutôt avec des regards retenus, des petits « bientôt » glissés entre deux battements de coeur. J’essaie d’imaginer ce que ce sera. Être loin de tout. Avec lui. Juste lui.
J’ai commencé ma valise trop tôt, trop tard. J’hésite sur tout. Ce que je mets. Ce que je laisse. Comme si chaque objet avait le pouvoir de me préserver de l’inconnu. J’empile et je défais. Je plie et je replace. Ma chambre ressemble à un champ de bataille calme.
Et ce soir, la veille du départ, je n’arrive pas à dormir.
Je suis allongée sur le lit, les bras en étoile, les yeux fixés au plafond. Mon sweat me gratte un peu, la lumière de la lune découpe des ombres molles sur les murs.
Je pense à lui. À demain. À ce qu’on va être, ensemble, dans ce vieux chalet que je connais par coeur. Et que j’ai hâte de redécouvrir à travers lui. À travers nous.
Je me redresse, attrape mon carnet sur la table de nuit. Je dessine. Des lignes, des cercles, une cabane, un ponton. Le lac. Mon lac. Notre lac.
Dans ma tête, des souvenirs défilent. L’été dernier, celui d’avant, tous les étés avec Owen. Sa main dans l’eau, son rire, sa mère qui nous appelait pour le déjeuner, les crêpes du matin, les histoires chuchotées sous les couvertures. La vieille balancelle qui grince sur la terrasse. Le vieux transistor dans la cuisine. Les lucioles au crépuscule.
Cette année, ce sera différent.
Ce ne sont plus des vacances de famille. C’est nous deux. Seuls. Le chalet, les petits déjeuners sans bruit, les journées sans emploi du temps, le soir avec la fenêtre ouverte et les grillons qui chantent. Et les silences entre nous, qui n’auront plus personne pour les remplir. Peut-être parce que cette fois, on sera deux. Juste deux. Et qu’il n’y aura plus rien pour cacher ce que je ressens.
Je pose mon crayon. Je m’approche de la fenêtre. Le ciel est presque clair. Une étoile filante passe, fine et rapide.
Je ferme les yeux et murmure:
— Ne change pas, Owen.
Comme si ça suffisait. Comme si on pouvait empêcher les choses de glisser. Mais dans mon ventre, ce n’est plus la peur qui palpite. C’est autre chose. Un mélange de vertige et d’envie.
Je retourne me coucher, le carnet à la main. Je relis ce que j’ai écrit:
« Il y a des endroits qui nous reconnaissent, même quand on a changé. »
Je pense au chalet. Au lac. À Owen.
Je serre le carnet contre moi.
Demain, on part.
Et je ne sais pas si je suis prête.
Mais j’ai envie d’y croire.
La maison embaume le linge propre et la citronnelle. C’est le signe: les valises s’ouvrent, les draps sont changés, les sacs se remplissent de t-shirts froissés de ma guitare, un sac de couchage, un livre. Chacun porte un peu de soi. Chaque année, c’est pareil. Et chaque année, c’est différent, enfin surtout celle-ci. Une nervosité douce flotte dans l’air, imperceptible pour les autres. Pas pour moi.
Harper est là, debout devant sa valise, un short en jean dans une main, un t-shirt blanc dans l’autre. Elle hésite. Depuis dix bonnes minutes. Elle attrape machinalement un vieux t-shirt délavé, trop petit, au col usé — un souvenir d’un été d’enfance. Elle le regarde un instant, le plie, puis le repose sans un mot au fond du tiroir. C’est idiot, mais elle a l’impression de laisser derrière elle quelque chose qu’elle ne pourra plus jamais retrouver.
— T’as peur qu’ils ne s’entendent pas, tes t-shirts? demandé-je depuis l’embrasure de la porte.
Elle se retourne, me lance un regard amusé.
— C’est que… je me dis que peut-être, j’en prends trop. Ou pas assez. Ou pas les bons.
Je m’avance dans la chambre. Elle dépose les vêtements sur le lit et s’assoit, croisant les bras.
— T’as jamais eu besoin de te poser autant de questions pour faire une valise, tu sais.
Elle souffle.
— Je sais. C’est juste que… partir deux mois. Juste tous les deux. Sans tes parents. C’est une première.
Je m’assois à côté d’elle.
— Ce sera comme avant. Toi, moi, le lac. Le vieux ponton. Le grenier plein de trucs bizarres. Et les orages d’été qui sentent la terre chaude.
Elle tourne la tête vers moi.
— Et si ce n’était plus pareil?
Je hausse les épaules.
— Alors on inventera autre chose. Mais on sera ensemble.
Elle sourit doucement. On reste là un moment, le silence nous enveloppant. Puis, presque sans y penser, elle attrape un carnet dans son sac, griffonne quelque chose.
Je m’incline pour lire. Elle cache la page.
— Pas encore.
Je souris.
Plus tard dans la journée, Harper et moi descendons les valises au salon. Son père fait l’inventaire des sacs de couchage. Benjamin est accoudé à la fenêtre, une glace à la main, Nate déchire une barre de céréales en observant nos va-et-vient.
— Vous emballez tout le salon ou quoi? lance Nate. Vous ne partez pas à Katmandou.
Harper lève les yeux au ciel.
— C’est toi qui dis ça, toi qui pars en week-end avec un sac de sport gros comme un frigo.
Son père s’approche de moi pendant qu’elle répond à ses frères. Il pose une main sur mon épaule.
— Deux mois, hein?
— Oui, monsieur Clarke.
Il me dévisage un instant, son regard doux mais lourd de sens.
— C’est bien. Je sais que je peux vous faire confiance. Mais tu sais ce que je vais dire…
J’acquiesce avant qu’il continue.
— L’été, c’est la tentation, les expériences, les découvertes.
Il nous tend un vieux porte-clés en bois flotté.
— Tu te souviens, Harper? Tu l’avais ramassée à six ans au bord du lac. Tu voulais en faire une amulette pour ne jamais te perdre.
Elle sourit, serre le porte-clés dans sa paume. Peut-être qu’elle est encore un peu cette enfant.
— Je sais.
Il me sourit.
— Juste… prends soin d’elle. Pas de bêtises surtout et fais attention à toi aussi.
— Toujours.
Caleb passe entre nous, les bras chargés de couvertures.
— Vous êtes sûrs qu’il y aura bien des chambres séparées dans ce vieux chalet?
Harper, qui a entendu, pousse un cri.
— CAL-EB!
Elle plaque ses mains sur ses oreilles.
— Papa, fais-les taire! Je ne vais plus jamais oser partir maintenant!
Tout le monde éclate de rire. Je baisse la tête pour cacher mon sourire. Parce que c’est drôle. Et vrai. Et que si seulement il y avait quelque chose à cacher…
Un peu plus tard, alors que le soleil descend, Harper et moi chargeons le coffre de la voiture. Les sacs, les coussins, les bouquins. Je cale la guitare entre les valises. Elle me rejoint, essuyant ses mains sur son short.
On reste là, en silence, à regarder le ciel changer de couleur. Puis elle dit:
— Tu crois qu’on va changer, Owen?
Je la regarde. Ses cheveux dansent dans la brise. Ses yeux cherchent quelque chose.
— Je ne sais pas. Peut-être. Une chose est sûre, un jour on changera, c’est certain et on sera vieux.
Elle inspire.
— Alors… promets-moi qu’on n’oubliera pas. Le lac. Ce qu’on est, là, maintenant.
Je tends ma main vers elle. Nous avons fait ce geste autrefois, à genoux sur le ponton, les doigts sales de sable, les genoux écorchés. Nous nous sommes juré de ne jamais nous oublier. Aujourd’hui, les mains sont plus grandes, le serment plus lourd. Mais le souvenir, lui, reste intact.
— Promis.
Elle pose la sienne contre la mienne. Nos doigts se referment lentement. Comme un pacte ancien. Un serment silencieux.
Et, au fond de moi, je ne sais qu’aucun été ne pourra vraiment tout changer. Tant que ce geste-là reste intact.
On a pris la route un peu après neuf heures. C’était un matin frais, le genre où l’air semble propre, neuf, comme s’il s’excusait de la chaleur à venir. Owen m’a ouvert la portière avec ce petit geste naturel, presque distrait, qui pourtant fait battre mon coeur un peu plus fort. J’ai glissé mon sac à l’arrière et je me suis installée côté passager, les jambes croisées, les lunettes de soleil sur le nez.
On n’a pas beaucoup parlé au début. Juste de petites choses. La circulation. Le thermos de café oublié sur le comptoir. Puis il a mis de la musique. Une playlist qu’il avait préparée, je le savais. Des morceaux doux, américains, des mélodies folks qui faisaient glisser le paysage comme un film en noir et blanc.
Par moments, je le regardais conduire. Son profil tranquille. La main posée lâchement sur le volant. Il chantonnait parfois, juste assez fort pour que je l’entende, juste assez bas pour que ce soit intime.
On a fait un arrêt dans une station-service au bord d’une petite ville. J’avais envie de chips. Il m’a acheté un soda. On s’est moqués du distributeur qui avalait les billets. Puis, sans se dire grand-chose, on a repris la route.
J’ai dit, presque sans y penser:
— Ça va me faire du bien d’être un peu loin de mes frères.
Il a souri sans me regarder.
— Je les adore, mais oui… ça va nous faire respirer.
À un moment, j’ai laissé ma main traîner entre les sièges. Il n’a rien dit. Il a juste glissé la sienne dans la mienne. Comme toujours. Mais c’était différent. Comme si, cette fois, tout passait par ce contact.
Quand on est arrivés, le soleil était haut. Le chalet était là, exactement comme dans mes souvenirs. Peut-être un peu plus petit, un peu plus poussiéreux. Mais l’odeur, elle, était intacte. Bois ancien. Mousse. Vent du lac.
