Acte deux - Ariel Tachna - E-Book

Acte deux E-Book

Ariel Tachna

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Beschreibung

L'amour suit une courbe d'apprentissage abrupte. Proviseur adjoint au lycée Henry Clay, Blake Barnes a tout ce qu'il désire : une chance d'aider des étudiants en difficulté et un exutoire à sa passion pour le théâtre. Enfin, presque tout – personne ne l'attend chez lui. Et voilà que son béguin du lycée fait un retour explosif dans sa vie en la personne du tuteur inattendu de deux garçons qui se trouvent sous sa responsabilité. Thane Dalton a toujours été un bad boy pur et dur. Peu de choses ont changé depuis l'époque du lycée, y compris la méfiance qu'il éprouve envers les représentants de l'autorité, et aucune bureaucratie institutionnelle ne l'empêchera de protéger ses neveux des petits caïds qui les terrorisent. Si cela veut dire se prendre la tête avec Blake, ainsi soit-il. Blake et Thane ont chacun des leçons à apprendre et notamment qu'ils ont tous les deux les intérêts des garçons à cœur, mais aussi que la tension qui couve entre eux n'est pas seulement conflictuelle et que des étincelles peuvent voler lorsque les contraires s'attirent.

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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Droits d’auteur

Résumé

Avant-première

Dédicace

Chapitre un

Chapitre deux

Chapitre trois

Chapitre quatre

Chapitre cinq

Chapitre six

Chapitre sept

Chapitre huit

Chapitre neuf

Chapitre dix

Chapitre onze

Chapitre douze

Chapitre treize

Chapitre quatorze

Chapitre quinze

Chapitre seize

Chapitre dix-sept

Chapitre dix-huit

Chapitre dix-neuf

Chapitre vingt

Chapitre vingt et un

Chapitre vingt-deux

Chapitre vingt-trois

Chapitre vingt-quatre

Chapitre vingt-cinq

Chapitre vingt-six

Chapitre vingt-sept

Chapitre vingt-huit

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Droits d'auteur

Acte deux

 

Par Ariel Tachna

Les amants de Lexington

 

L’amour suit une courbe d’apprentissage abrupte.

Proviseur adjoint au lycée Henry Clay, Blake Barnes a tout ce qu’il désire : une chance d’aider des étudiants en difficulté et un exutoire à sa passion pour le théâtre. Enfin, presque tout – personne ne l’attend chez lui. Et voilà que son béguin du lycée fait un retour explosif dans sa vie en la personne du tuteur inattendu de deux garçons qui se trouvent sous sa responsabilité.

Thane Dalton a toujours été un bad boy pur et dur. Peu de choses ont changé depuis l’époque du lycée, y compris la méfiance qu’il éprouve envers les représentants de l’autorité, et aucune bureaucratie institutionnelle ne l’empêchera de protéger ses neveux des petits caïds qui les terrorisent. Si cela veut dire se prendre la tête avec Blake, ainsi soit-il.

Blake et Thane ont chacun des leçons à apprendre et notamment qu’ils ont tous les deux les intérêts des garçons à cœur, mais aussi que la tension qui couve entre eux n’est pas seulement conflictuelle et que des étincelles peuvent voler lorsque les contraires s’attirent.

— J’ai retrouvé mon album de promotion, tu sais, dit Thane de cette voix profonde et grondante qui provoquait des choses indescriptibles chez Blake. C’est probablement une bonne chose que je ne t’aie pas remarqué à l’époque. Je n’aurais pas su quoi faire de toi.

 

Blake étouffa un rire au souvenir de l’aveu tranquille qu’avait fait Thane à la cafétéria de l’école et de l’effet que celui-ci avait eu sur lui.

 

— Je pense que si, au contraire.

 

Thane incita Blake à lui faire face. Ses mains lourdes étaient chaudes sur les épaules de Blake, même à travers les couches de vêtements qui séparaient leur peau.

 

— Je suis sûr que je serais parvenu à te baiser, acquiesça Thane, et cette seule pensée suffit à faire trembler les genoux de Blake, mais je n’aurais pas su comment te traiter comme tu le mérites.

 

Il caressa la joue de Blake avec un doigt épais et celui-ci ferma les yeux malgré lui.

 

— Je n’aurais pas su comment te garder.

 

Les yeux de Blake se rouvrirent d’un coup. Thane ne venait pas de dire ça. Mais ce dernier croisa son regard posément, ne flanchant pas le moins du monde à la suite de sa déclaration.

 

— C’est ce que tu veux ? demanda Blake d’une voix rauque.

 

Thane sourit et fit un pas en arrière.

 

— Je serais fou de vouloir moins que ça.

À ma mère et à ma sœur, qui ont répondu à toutes mes questions concernant Lexington, et à Nicki, qui encourage mes obsessions même quand elle ne les partage pas.

Chapitre un

 

 

DERRIÈRE son bureau, Blake Barnes regarda les deux adolescents renfrognés, blottis l’un contre l’autre sur de petites chaises en plastique.

— Vous voulez me dire ce qui s’est passé ? Parce que si vous ne le faites pas, je n’aurai rien de concret mis à part le fait que c’est la troisième fois que vous atterrissez dans mon bureau en moins d’un mois. Trois fois en un mois, ce n’est pas un record, mais si l’on considère que vous avez commencé l’école ici il y a seulement quatre semaines, cela pourrait le devenir.

Phillip – l’aîné des deux frères et, parce qu’ils étaient tous les deux en seconde, sous la responsabilité de Blake jusqu’à ce qu’ils passent en première – ricana, un bon signe en ce qui concernait Blake, mais aucun d’eux ne parla.

— Phillip, Christopher, vous devez me donner quelque chose. Je ne peux pas vous aider si vous ne me dites pas ce qui se passe.

— Kit, marmonna l’autre frère. Personne ne m’appelle Christopher.

Blake soupira.

— Allez, les garçons. Je ne suis pas le méchant, ici. Je ne veux pas mêler vos parents à cette histoire si nous pouvons résoudre les choses à l’école.

Il avait réussi à gérer les problèmes en interne les deux premières fois où les garçons avaient eu des ennuis, car les violences verbales avaient été des incidents relativement mineurs, mais il ne pouvait continuer ainsi compte tenu de l’évolution des événements, surtout maintenant que cela avait dégénéré en un contact physique.

— Nos parents sont morts, cracha Phillip.

Blake cligna des yeux plusieurs fois. Il n’était pas au courant. Eh bien, merde. Tant pis pour ce qui était de développer un lien avec les adolescents en difficulté, même si cela expliquait un certain nombre de choses. Il fronça les sourcils et sortit leurs dossiers pour savoir avec qui ils vivaient. Il fallut un moment à l’ordinateur pour répondre à sa demande – il avait insisté pour en prendre un vieux quand l’école en avait reçu de nouveaux. Les professeurs avaient davantage besoin que lui de la technologie la plus récente. Finalement, la base de données se chargea et lui donna l’information qu’il cherchait. Phillip et Christopher Parkins vivaient actuellement avec…

Bon sang de bonsoir ! Thane Dalton était référencé en tant que leur tuteur. Il se frotta les tempes et pria que les garçons veuillent bien lui parler. Il n’avait pas vu Thane Dalton – en supposant que ce soit le même Thane Dalton, mais dans une ville de la taille de Lexington et avec un nom comme celui-là, il doutait qu’il s’agisse de quelqu’un d’autre – depuis qu’il avait obtenu son diplôme à la fin du lycée. Cependant, il ne pensait pas que le revoir presque vingt ans plus tard serait plus facile.

— Dois-je appeler votre tuteur ou pouvons-nous régler cette affaire entre nous ?

— S’il vous plaît, n’appelez pas oncle Thane.

Kit croisa finalement les yeux de Blake, une expression tellement désespérée sur le visage que le cœur de ce dernier se brisa pour le garçon.

— Kit, je n’arrête pas de te dire qu’oncle Thane ne nous jettera pas dehors.

— Écoutez, dites-moi ce qui s’est passé – la vérité, bien entendu – et je verrai si je peux laisser votre oncle en dehors de tout ça, proposa Blake. Toute la vérité.

— Ces garçons, ceux que j’ai poussés… commença Phillip.

— Tais-toi, dit Kit. Ça ne fera qu’aggraver les choses.

Blake sentit son estomac se tordre.

— Kit, je sais ce que c’est que d’être le nouveau de l’école. Nous avons déménagé à Lexington quand j’avais à peu près ton âge et je n’avais pas de grand frère pour veiller sur moi, mais je sais aussi que garder le silence sur le problème, quel qu’il soit, ne le fera pas disparaître.

Phillip regarda à nouveau Kit, puis Blake.

— Ils pensent que parce qu’ils sont des sportifs reconnus et que nous ne sommes personne, ils peuvent nous intimider. Ils pensent qu’ils peuvent obliger Kit à faire des choses pour eux. Ils…

Blake savait déjà où cela allait mener, mais il devait l’entendre de la bouche des garçons. Il croisa les mains sur ses genoux et les serra avec force pour cacher la tension qui avait planté ses griffes en lui.

— Continue, dit-il aussi gentiment qu’il savait l’être.

— Ils l’avaient obliger à se mettre à genoux et le retenaient. Si je n’étais pas arrivé à ce moment-là… l’un d’eux portait une main à sa ceinture, dit rapidement Phillip. Ouais, je l’ai poussé. Ouais, j’aurais fait pire si la sécurité ne s’était pas montrée, mais ils allaient s’en prendre à Kit. Je ne pouvais pas les laisser faire ça.

Blake ferma les yeux en entendant le désespoir dans la voix de Phillip.

— Non, tu ne pouvais pas. En tant que proviseur adjoint, je ne peux tolérer la violence, mais je comprends pourquoi tu as fait ça. Malheureusement, quand la sécurité est arrivée, Kit n’était plus à terre et les caméras de surveillance ne filment pas le coin où vous vous trouviez à ce moment-là, donc c’est ta parole contre la leur.

Phillip lâcha une protestation.

— Je n’ai pas dit que je ne te croyais pas. En fait, c’est le contraire. Je te crois, mais gérer le problème ne sera pas aussi simple que cela l’aurait été si nous avions eu des témoins en dehors des personnes impliquées. Kit, ont-ils dit quoi que ce soit sur ce qu’ils avaient l’intention de faire avec la ceinture une fois qu’elle aurait été défaite ?

Blake imaginait deux scénarios possibles – un passage à tabac ou un viol collectif – mais il avait appris depuis longtemps que ses étudiants étaient bien plus créatifs que lui. Les autres garçons auraient pu avoir un tout autre motif.

Kit secoua la tête.

— Kit, insista doucement Blake. Je ne peux pas t’aider si tu ne me dis pas la vérité.

Kit secoua à nouveau la tête.

— Appelez oncle Thane, dit soudain Phillip. Peut-être que Kit lui parlera.

Blake hocha la tête et prit le téléphone avant de composer le numéro toujours affiché sur l’écran de son ordinateur. Il ignora la façon dont Kit flancha et espéra qu’il faisait le bon choix. Thane Dalton avait toujours été brut de décoffrage – « J’ai peut-être foiré la biologie, mais même moi je sais que tu ne peux pas mettre une fille enceinte en l’enculant » – mais Blake ne l’avait jamais connu cruel. Il espérait que le temps n’avait pas changé cette qualité chez lui, même s’il avait changé d’autres choses.

Le téléphone sonna trois fois avant que quelqu’un réponde.

— Dalton.

— Monsieur Dalton, ici monsieur Barnes, du lycée Henry Clay. Vos neveux sont dans mon bureau. Il y a eu une altercation. J’aimerais que vous veniez à l’école, s’il vous plaît.

— Laissez-moi leur parler, demanda Dalton.

Cela allait à l’encontre du protocole, mais Blake n’était pas arrivé où il était en suivant les règles. Il ne ressemblait peut-être pas à quelqu’un qui prenait des risques, mais les enfants passaient toujours en premier pour lui.

— Un instant.

Il regarda les garçons.

— Lequel de vous deux veut lui parler ?

Kit eut un mouvement de recul et Phillip carra les épaules.

— Je vais lui parler.

Blake lui tendit le combiné. Le cordon ne s’étirait pas jusqu’où il était assis, alors Phillip se rapprocha du bureau pour le prendre.

— Oncle Thane ?

Blake n’entendait pas ce que Dalton disait, mais il percevait parfaitement le ton colérique. Il soupira. Cela n’allait pas se passer en douceur, il le savait déjà. Soit les garçons s’étaient suffisamment confiés à Dalton pour qu’il sache de quoi il retournait, soit il était devenu très autoritaire et leur criait dessus uniquement parce qu’ils étaient dans le bureau du proviseur adjoint. Phillip écoutait ce que Dalton criait sans faire le moindre commentaire. Au bout de quelques minutes, il rendit le téléphone à Blake et se rassit.

— Monsieur Dalton ?

— Je serai là dans vingt minutes. Ne laissez pas mes neveux hors de votre vue. Si ces brutes ont une autre occasion de s’en prendre à mes garçons, vous allez le sentir passer.

Blake ne trembla pas à ces mots. Il était adulte et il avait depuis longtemps surmonté son béguin d’adolescent pour le bad boy de terminale. Peu importe qu’il ait compris qu’il était gay grâce à Thane Dalton et son mépris étrange envers tout ce qui touchait aux convenances.

— Vos neveux resteront dans mon bureau jusqu’à ce que vous arriviez, répondit Blake aussi courtoisement que possible.

Au cours de ses quatre années en tant que proviseur adjoint, il avait eu affaire à suffisamment de parents en colère pour savoir comment gérer ce genre de choses. Qu’il perde son calme n’aiderait personne, surtout pas les garçons assis en face de lui.

Le déclic annonçant la fin de l’appel téléphonique fut la seule réponse de Dalton. Blake réprima un soupir. Certaines choses ne changeaient pas.

— Votre oncle sera là dans vingt minutes, dit Blake aux garçons. Y a-t-il autre chose que vous souhaitez me dire pendant que nous l’attendons ?

Les deux garçons secouèrent la tête et Blake les laissa à leur silence. Il avait plus qu’assez de travail à abattre si ceux-ci ne voulaient pas lui parler, mais ses pensées ne cessaient de revenir à leur situation. Ils avaient besoin d’un groupe auquel appartenir, d’un cercle d’amis pour les soustraire aux brutes qui s’en prenaient à eux, pour leur apporter la sécurité que lui-même avait obtenue en travaillant au théâtre quand il avait déménagé à Lexington. Être le nouveau était toujours un défi, jusqu’à ce qu’on parvienne à s’intégrer. Et du peu qu’il venait d’apprendre sur leur situation, ils avaient déjà assez de défis à affronter.

S’il pouvait les amener à se confier à lui et à lui dire toute la vérité sur ce qui se passait, il pourrait probablement les aider, mais s’ils ne voulaient pas lui parler, ses options étaient limitées. Cette fois, la sécurité avait interrompu la dispute avant qu’elle dégénère et soit vraiment considérée comme une bagarre, mais la prochaine fois, les garçons n’auraient peut-être pas autant de chance et le comté de Fayette avait une politique stricte de tolérance zéro en matière de violence physique. Si une bagarre éclatait, il n’aurait pas d’autre choix que de les envoyer dans un centre scolaire alternatif, même s’il était convaincu que ce genre d’endroit n’était pas fait pour eux. En outre, il devrait les y envoyer avec les mêmes garçons qui les avaient harcelés au point que Phillip réplique. Il devait y avoir un moyen d’éviter cela. Il fallait simplement qu’il le trouve, de préférence avant que Thane Dalton arrive, parce que Blake n’avait aucun doute sur ce qui s’ensuivrait alors : l’enfer se déchaînerait.

Il sourit à cette pensée. Phillip et Kit avaient besoin de quelqu’un comme leur oncle de leur côté. Il avait presque pitié des parents des autres adolescents si cette affaire tournait à la médiation. Puis il se souvint de ce que Phillip lui avait dit et changea d’avis. Les autres adolescents méritaient tout ce que Dalton choisirait de leur infliger.

Il avait commencé à déplacer des papiers sur son bureau, à la recherche du rapport qu’il était censé remplir à un moment de sa journée, lorsque son regard se posa sur l’annonce du dernier projet du département théâtre. Il y jeta un coup d’œil spéculatif pendant un instant. Un peu de travail physique sous forme de service communautaire avec un groupe d’adolescents qui se targuaient d’être « différents » était peut-être exactement ce dont Phillip et Kit avaient besoin pour commencer à s’intégrer. Cela avait fonctionné pour lui, à l’époque.

 

 

THANE Dalton baissa les yeux sur le téléphone qu’il tenait dans la main et jura à s’en faire saigner les oreilles. Quand il avait promis à Lily qu’il prendrait soin de ses garçons si quelque chose lui arrivait, jamais il ne s’était attendu à ce que cela se produise un jour. Contrairement à son défunt mari, soldat, elle avait un emploi absolument sans danger dans une banque où elle travaillait de neuf heures à dix-sept heures. Aucune raison de penser qu’il finirait brusquement avec la garde de ses neveux parce qu’elle était tombée malade et ne s’était jamais rétablie. Aucune raison d’imaginer qu’il se retrouverait soudain avec deux adolescents en deuil vivant sous son toit.

Il rangea son téléphone dans sa poche et siffla brusquement pour attirer l’attention de son responsable de chantier.

— Derek, je dois aller voir mes neveux. Je reviens dès que je peux.

Derek Jackson, son contremaître et meilleur ami depuis toujours et la seule personne en qui il avait confiance pour gérer Dalton Construction, lui indiqua d’un geste de la main qu’il l’avait entendu, laissant Thane libre de rejoindre son pick-up. Claquant ses bottes contre le sol, il se débarrassa du mieux qu’il put de la boue qui les couvrait avant de grimper dans la cabine.

Il avait réussi à éviter les écoles depuis qu’il avait terminé ses études à Tates Creek presque vingt ans plus tôt. Il avait prévu de continuer sur cette voie, mais Kit et Phillip étaient tout ce qui lui restait de sa jumelle bien-aimée. Il ne les laisserait pas tomber en n’étant pas présent alors qu’ils avaient besoin de lui. Les garçons ne lui avaient pas dit grand-chose – ils ne partageaient presque rien avec qui que ce soit sauf entre eux, d’après ce qu’il voyait – mais ils en avaient dit assez pour qu’il remplisse lui-même les blancs. Il approchait peut-être de la quarantaine, mais il se rappelait encore comment fonctionnait le lycée. Il avait joué le jeu et avait été parmi les meilleurs à l’époque, mais ses neveux, ses précieux garçons, n’avaient pas encore appris ces leçons. Thane essayait de les leur enseigner, mais ils étaient encore trop à vif pour entendre ce qu’il avait à dire.

Thane avait perdu ses parents à trente ans et cela avait été difficile. Il ne pouvait imaginer ce que cela faisait d’être orphelin à quinze ou seize ans. Qu’il soit damné s’il laissait qui que ce soit leur mener la vie dure maintenant et au diable quiconque essaierait de se mettre en travers de sa route. Ils ignoraient de quoi il était capable.

Chapitre deux

 

 

— EXCUSEZ-MOI, Monsieur Barnes. M. Dalton est arrivé.

Blake hocha la tête à l’intention de sa secrétaire.

— Merci, Natalie. Faites-le entrer, s’il vous plaît.

Blake regarda les garçons assis en face de lui se rapprocher l’un de l’autre alors que Nathalie retournait dans le bureau d’accueil. Il se prépara mentalement à ce que les prochaines minutes apporteraient. Il les défendrait de leur oncle exactement comme il le ferait des caïds de l’école si on en arrivait là, mais son champ d’action était limité une fois qu’ils quitteraient son bureau.

La porte s’ouvrit brutalement, faisant sursauter les trois occupants dans la pièce, et Thane Dalton fit irruption. Il n’avait pas du tout changé, sauf peut-être en mieux. Il portait toujours ses cheveux noirs tirés en arrière et noués en queue de cheval sur la nuque. La veste en cuir noir dont Blake se souvenait avait été remplacée par une autre plus belle, mais le jean et les bottes de travail auraient tout aussi bien pu être les mêmes que ceux qu’il avait portés au lycée. Il prenait toujours beaucoup d’espace dans la pièce, plus que sa taille le justifiait, vidant le bureau de tout son air par sa simple présence. Blake inspira et se rappela qu’il n’était plus un petit intello ringard de troisième.

— Monsieur Dalton. Merci d’être venu si rapidement. Je suis Monsieur Barnes.

— Je sais qui vous êtes. Je veux savoir ce que vous allez faire pour empêcher ces brutes de terroriser mes garçons.

— Je serais ravi de discuter d’une médiation avec vous, commença Blake.

Le regard noir de Thane aurait pu transformer Blake en un tas de cendres.

— Une médiation ? dit-il entre ses dents serrées. Je ne vois rien à concilier. Depuis le jour où ils se sont inscrits ici, ils n’ont cessé d’être harcelés par la même bande de sportifs. Vous n’allez pas leur dire de ne pas se défendre.

— Le comté de Fayette a une politique de tolérance zéro en matière de violence physique. Peu importe qui a commencé, dit Blake en ayant l’impression d’être le pire des hypocrites. S’ils sont victimes de harcèlement, ils doivent le déclarer à un adulte plutôt que de prendre les choses en main.

— Comme qui ? demanda Thane. Vous ? Vous vous attendez vraiment à ce que je croie que vous prendrez leur parti au détriment de vos sportifs vedettes ?

— Il existe des procédures…

— Rien à foutre des procédures.

Blake ne rougit pas en entendant Thane dire « foutre ». Il ne le fit pas. Il ne le ferait pas.

— S’il vous plaît, monsieur Dalton. Si vous pouviez garder un langage approprié, cela aiderait énormément.

Thane renifla avec ironie.

— Vous êtes tous les mêmes avec vos politesses et vos bonnes manières et vous avez tous peur de faire quoi que ce soit qui pourrait vous faire virer ou poursuivre en justice. Eh bien, rien à foutre de tout ça, monsieur Barnes. Quelqu’un menace mes garçons et ça s’arrête tout de suite.

— Et comment proposez-vous de faire ça ? demanda Blake.

— Comment proposez-vous de le faire ?

— Les harceleurs ont tendance à s’en prendre à ceux qui n’appartiennent pas à un groupe établi de leurs semblables, expliqua Blake. Ils cherchent ceux qui sont seuls et qui n’ont personne vers qui se tourner pour les défendre ou pour témoigner de ce qui se passe.

Thane ouvrit la bouche pour l’interrompre.

— Laissez-moi finir, s’il vous plaît. Je vais en venir au fait, si vous voulez bien m’écouter.

Thane lui jeta un regard noir, mais Blake refusa de se laisser impressionner. Il avait un travail à faire, des garçons à protéger et une école à diriger. Il refusait d’être intimidé par qui que ce soit. Même par l’homme qui avait été le sujet de son tout premier fantasme.

— Comme je le disais, les nouveaux étudiants, ceux qui n’ont pas beaucoup d’aisance sociale et ceux qui n’entrent pas dans le moule, sont les victimes les plus fréquentes du harcèlement. Dans le cas présent, je pense que le problème tient au fait que Phillip et Kit viennent d’arriver, ils sont nouveaux. Ils n’ont pas eu assez de temps pour se faire des amis et trouver leur place, alors les hyènes se sont rapprochées. Malheureusement, une fois que cela commence, il est plus difficile pour les victimes de trouver leur groupe d’amis ; il est bien plus risqué de se lier d’amitié avec quelqu’un qui est déjà harcelé que de simplement devenir l’ami d’un nouvel élève.

— Tout cela est très intéressant, mais ce n’est pas une solution, déclara Thane, le visage fermé.

Blake l’ignora et se tourna vers Phillip et Kit.

— Les garçons, avez-vous appris quelque chose sur la construction avec votre oncle ?

— Un peu, répondit Phillip. Nous l’accompagnons parfois sur des chantiers le week-end, pour gagner un peu d’argent de poche. Kit est trop jeune pour travailler officiellement, mais nous passons du temps avec lui.

— Dans ce cas, j’ai une proposition. Le département théâtre cherche des volontaires pour renforcer l’équipe technique. Vous aideriez au montage des décors, il faut savoir manier de façon basique une scie, un marteau et des clous, peut-être un tournevis, un pinceau, rien de très compliqué, mais les enfants de la troupe forment un groupe très soudé. Ils vous donneraient ces amis avec qui passer du temps, ce qui rendrait plus difficile à vos harceleurs de vous isoler.

— Le théâtre ? intervint Thane. C’est la meilleure solution que vous avez trouvée ?

— Si vous avez des suggestions, je serais heureux de les entendre, répliqua Blake. Mais si vous ne faites que critiquer mes propositions, dans ce cas, laissez-moi vous expliquer les autres options qui s’offrent à vous. Cela sera consigné dans leur dossier scolaire en tant que service communautaire. Leurs autres choix sont trois jours de suspension de l’école ou deux semaines de suspension intra-scolaire. Ces deux options semblent bien pires à faire figurer dans leurs dossiers que le service communautaire, sans parler du temps d’enseignement qu’ils perdront et du fait que cela attirera sur eux l’attention des vrais délinquants de l’école, et je ne pense pas que ce soit ce que vous vouliez. Je ne fais pas les règles, monsieur Dalton, mais je fais de mon mieux pour travailler conformément à elles pour aider vos garçons.

Thane n’avait pas l’air convaincu, non que Blake puisse l’en blâmer. Il avait entendu assez d’histoires sur les aventures de Thane au lycée pour comprendre qu’il n’avait pas beaucoup de respect pour les administrateurs de l’école. Peu de gens en dehors de la profession comprenaient sur quelle corde raide Blake marchait tous les jours et tous les règlements qui lui étaient imposés par un système indépendant de sa volonté. Il était devenu doué pour trouver des façons créatives de contourner les règles, mais cela ne fonctionnait que si les parents étaient d’accord eux aussi.

Comme Thane ne proposa pas d’alternative, Blake se tourna à nouveau vers Kit et Phillip.

— Qu’en pensez-vous ? Voulez-vous essayer de travailler au montage des décors du théâtre ?

— C’est mieux que la retenue intra-scolaire ou la suspension du lycée, dit Phillip. Ce n’est pas comme si les choses pouvaient empirer.

Comme Thane semblait sur le point de formuler une réplique cinglante, Blake lui adressa la meilleure interprétation de son regard « N’y pense même pas ». Il connaissait les personnes comme Thane. Même s’il avait complètement craqué pour lui cette année-là au lycée, il avait eu quelques années pour apprendre ce que les garçons – et les hommes – comme lui pensaient du théâtre. La musique, ça allait, mais le théâtre, c’était pour les pédés. Si Kit et Phillip avaient eu la fibre musicale, ils auraient déjà été intégrés dans un groupe plutôt que de prendre l’atelier poterie. Si Blake avait dû émettre une hypothèse, il aurait dit que l’atelier avait été calé dans leur emploi du temps pour combler un trou plutôt que par un intérêt réel pour cette activité. Il pouvait se tromper – ce ne serait pas la première fois – mais Phillip et Kit ne lui semblaient pas être le genre de garçons à aimer la poterie.

À sa surprise, Thane ne prononça aucun des mots qu’il avait été sur le point de dire. Blake ne s’était pas attendu à ce que son regard appuyé fonctionne.

Kit regarda son oncle, cherchant une sorte d’orientation à suivre. Blake se prépara à défendre son point de vue contre la désapprobation de Thane, mais ce dernier croisa le regard de Kit avec impassibilité.

— C’est ton temps libre. C’est toi qui décides.

Kit se tourna vers Blake.

— Pendant combien de temps devons-nous travailler là-bas, si on décide qu’on n’aime pas ça ?

— L’entière préparation de la pièce ne dure que huit à dix semaines, le renseigna Blake. La plupart des membres de l’équipe de montage restent pour les représentations et donnent un coup de main avec les accessoires, les lumières ou d’autres choses, mais ce n’est pas vraiment une exigence. Pour répondre à ta question, cependant, disons quatre semaines. Si, à la fin de cette période, vous ne souhaitez pas continuer, nous considérerons que votre service communautaire est accompli.

— On peut faire quatre semaines, pas vrai, Kit ? dit Phillip.

— Oui.

Blake se retourna vers Thane.

— Dans ce cas, c’est réglé. Les garçons, laissez-moi appeler la sécurité pour vous ramener en classe. Monsieur Dalton, pourrais-je avoir cinq minutes de plus de votre temps ?

— Je veux parler à Kit et Phillip avant qu’ils retournent en classe, déclara Thane.

— Je n’y vois pas d’inconvénient. Les garçons, je vais vous demander d’attendre dehors avec Mme Wright, j’appellerai la sécurité pour vous escorter en classe une fois que vous aurez parlé à votre oncle.

Kit et Phillip sortirent et fermèrent la porte derrière eux.

— Asseyez-vous, je vous en prie, offrit Blake. Cela ne prendra pas longtemps.

Thane, qui les avait tous surplombés jusqu’à présent, s’installa sur l’une des chaises que ses neveux venaient de libérer, mais l’avoir à hauteur des yeux n’atténua en rien l’impact de sa présence dans la pièce.

— J’aimerais que vous renforciez chez eux l’idée que la violence ne résout rien et que Kit et Phillip doivent signaler toute action menée à leur encontre plutôt que de riposter. Je peux les aider s’ils dénoncent ceux qui les intimident. Je ne peux pas les aider s’ils se battent contre eux.

— Vous espérez vraiment que je croie que ça va marcher ? se moqua Thane. J’ai quitté le lycée il n’y a pas si longtemps. Je ne pense pas que les choses aient tellement changé.

— Ce qui a changé, ce sont les règles, monsieur Dalton. Lorsque nous étions à l’école, se battre vous valait d’être suspendu pendant plusieurs jours et ça s’arrêtait là. Maintenant, cela peut vous envoyer dans un centre alternatif d’enseignement ou vous faire expulser. Les conséquences ne sont pas vraiment de la même ampleur.

— Et ne pas riposter peut faire de vous la victime d’un viol en réunion, déclara Thane sans mâcher ses mots.

Blake grimaça.

— Ils ne m’ont pas parlé de cette partie.

La pensée lui avait traversé l’esprit, mais il avait espéré… Eh bien, peu importe ce qu’il avait espéré.

— Dans ce cas, j’ai changé d’avis. J’ai besoin que vous les convainquiez de me dire toute la vérité, car c’est une situation tout à fait différente de l’intimidation. Non que je tolère l’intimidation, comprenez-moi bien, mais l’intimidation est un problème interne à l’école. Le viol est un crime.

— Ils ne me l’ont pas dit non plus, mais ils n’en ont pas eu besoin, dit Thane.

— Non, j’imagine, mais ils doivent me dire, en revanche, si leurs agresseurs ont proféré cette menace. Je ne peux pas me baser sur des ouï-dire ou des suppositions. L’un d’eux doit me dire exactement quelles menaces ont été lancées et par qui. S’ils veulent bien faire ça, alors j’ai des options à proposer qui, pour le moment, ne me sont pas envisageables, expliqua Blake.

— Des options, répéta Thane en levant les yeux au ciel. Dites-moi pourquoi je ne devrais pas simplement les retirer de l’école et les inscrire ailleurs.

— Parce que sans une bonne explication pour justifier ce qui s’est passé ce mois-ci, le district n’autorisera pas le transfert, sauf si vous déménagez, dit Blake. Vous pourriez vous intéresser aux écoles privées, mais un regard à leur dossier disciplinaire et les suppositions concernant vos neveux auront sans doute pour résultat de les isoler là-bas aussi. Je comprends votre frustration…

— Vous comprenez que dalle. Je connais les types dans votre genre. Vous avez grandi dans un quartier riche, fréquenté une école huppée et n’avez jamais eu à affronter de réelles difficultés. Kit et Phillip ont perdu leur père quand ils étaient petits. Kit ne se souvient pas du tout de lui. Le mois dernier, leur mère est morte d’un cancer. Et maintenant, ils doivent faire face à une brochette de gros bras sans cervelle qui pensent qu’ils dirigent l’école parce qu’ils sont bons sur le terrain de football, de basket ou je ne sais où encore. Ils en ont eu assez.

À entendre tout cela déballé ainsi, le cœur de Blake saigna pour Kit et Phillip et cela ne fit que renforcer sa détermination à trouver une solution qui les protégerait et les aiderait tout à la fois, à s’installer dans leur nouvelle vie.

— Vous avez été très clair quant à ce que vous pensiez de moi, indépendamment de la justesse de vos hypothèses, mais cela ne change rien au fait qu’à l’heure actuelle, vous et moi sommes les seuls à nous trouver de leur côté. Vous pouvez maudire le système autant que vous le voulez, mais le fait est que je sais comment il fonctionne, alors vraiment, tout ceci ne se résume qu’à une seule et unique question : allez-vous m’aider à déjouer le système ou allez-vous me mettre des bâtons dans les roues tout ce temps et risquer l’avenir de vos neveux ?

Chapitre trois

 

 

THANE regarda l’homme en face de lui qui tenait l’avenir de Kit et de Phillip entre ses mains. Bon sang, il voulait le détester dans sa chemise blanche amidonnée avec sa cravate parfaitement nouée. Il voulait prendre la chaise sur laquelle il était assis et l’envoyer valser par-dessus le bureau de ce connard en lui disant d’aller se faire foutre et le système avec lui. Il pouvait le faire. Il possédait peut-être Dalton Construction, mais il passait encore ses journées sur un chantier ou un autre. Il avait la force de le faire et il était assez en colère pour utiliser cette force, mais cela ne résoudrait rien. Barnes le tenait par les couilles et il ne pouvait absolument rien y faire.

— Vous avez quatre semaines, cracha-t-il. Si votre plan fonctionne pendant cette période, nous serons quittes. Sinon, ou bien si les choses s’aggravent d’ici là, c’en sera fini d’attendre et de jouer selon des règles stupides.

— C’est raisonnable, répondit Barnes de son ton égal qui donnait envie à Thane de le pincer juste pour voir s’il était capable de réagir. Cependant, vous n’avez pas répondu à ma question. Allez-vous m’aider à déjouer le système ou allez-vous me mettre des bâtons dans les roues ? Parce que je peux vous dire maintenant que si vous cherchez à me poser des problèmes, cela ne marchera pas. Je travaille avec des adolescents et je sais tout de leur façon d’interagir avec leurs parents.

— Je suis leur oncle, pas leur père, marmonna Thane.

— Vous êtes leur tuteur légal. À tous points de vue, cela fait de vous leur parent. Comme je le disais, je sais comment les adolescents interagissent avec leurs parents. J’ai vu comment ils vous regardent. Ils ont peur, ce qui est parfaitement logique après tout ce qu’ils ont traversé, pour moitié à cause de la situation et au moins pour l’autre moitié que vous changiez d’avis, et ils ont désespérément besoin de votre approbation afin que vous ne songiez pas à les rejeter. Si vous ne leur faites pas croire que c’est la meilleure idée que vous ayez entendue, ils n’y mettront pas tout leur cœur, et s’ils se présentent en traînant les pieds et en faisant une tête de six pieds de long, les membres du programme de théâtre sauront qu’ils sont là parce qu’ils y sont obligés et non parce qu’ils veulent l’être. Mon plan tout entier repose sur le fait qu’ils se fassent des amis et s’intègrent à un groupe qui les accueillera à bras ouverts. Ne compromettez pas ça avant que cela ait une chance de fonctionner.

Non seulement Thane devait composer avec ces conneries pendant un mois, mais en plus, il devait faire semblant de penser que c’était une bonne idée ? Impossible que Kit et Phillip y croient. Barnes pensait peut-être qu’ils étaient stupides, mais Thane n’était pas dupe. Ses garçons avaient l’esprit vif. Ils avaient seulement vécu une année difficile. Ils étaient autorisés à connaître des difficultés avec leurs études et tout le reste. Ce n’était pas comme s’il pouvait beaucoup les aider non plus. Il pouvait leur apprendre à se servir d’un marteau, mais il avait chargé son emploi du temps de lycéen avec autant d’ateliers manuels qu’on lui avait laissés en prendre. Les études n’avaient définitivement pas été son truc. Au moins, les garçons avaient hérité de l’intelligence de Lily.

— Comment suggérez-vous que je fasse ça ? demanda-t-il.

Barnes haussa les épaules.

— Ils vont avoir à monter des décors. Vous pourriez offrir de les aider. Vous garderiez un œil sur eux pour vous assurer qu’ils ne courent aucun danger et vous auriez la possibilité de passer des moments privilégiés ensemble, tout à la fois.

Thane grogna un rire amusé.

— Du travail gratuit ? Suis-je censé faire don de matériel aussi ? Je dirige une entreprise, pas un organisme de charité.

— C’était une suggestion, non un ordre, répondit Barnes avec douceur. Vous avez demandé des suggestions, alors je vous en ai donné une. Et non, vous n’avez pas besoin de donner du matériel. Le département théâtre a un budget pour les décors, les costumes ainsi que les droits pour monter le spectacle. Tout ce que vous feriez serait de donner aux élèves des conseils avisés en leur faisant profiter de votre expérience et de passer du temps avec vos neveux. Ce n’est pas notre première représentation. Notre équipe sait ce qu’elle fait.

Thane sentit la piqûre de la réprimande, mais l’ignora. Peut-être que Barnes était sincère et n’avait pas essayé d’en tirer parti, mais suffisamment de gens l’avaient fait par le passé pour justifier sa méfiance.

— Je vais y penser. Si nous en avons fini, monsieur Barnes, j’ai une entreprise à faire tourner.

Il devait également parler à deux garçons effrayés, mais cette discussion les concernait. Barnes n’avait aucun rôle à jouer là-dedans.

— Aidez-moi à faire en sorte que cela fonctionne. C’est tout ce que je demande, ajouta Barnes.

Thane acquiesça sèchement et se leva. Il devait sortir d’ici. Trop de souvenirs, même si ce bureau ressemblait très peu à celui de Tates Creek où il avait passé plus de temps qu’il voulait bien l’admettre. Le lycée n’avait pas été l’étape la plus réussie de sa vie.

Il sortit du bureau et trouva Kit et Phillip assis avec la secrétaire. Adieu la discussion à cœur ouvert, non qu’il soit bon à cela de toute façon, quelles que soient les circonstances. Kit et Phillip se levèrent immédiatement, vacillant sur la pointe des pieds, comme s’ils avaient été coupés dans leur élan, entre courir et rester sur place.

Il posa les mains sur leurs épaules, qu’il serra d’une poigne ferme, et croisa le regard de chacun d’eux tour à tour.

— Nous trouverons une solution, dit-il. Si ce n’est pas celle-là, ce sera autre chose. Je ne laisserai rien d’autre vous arriver. Je vous le promets.

Des larmes s’amoncelèrent dans les yeux de Kit, mouillant ses cils et le faisant ressembler à un chiot battu, mais Thane y lut aussi de la gratitude. Il lui serra l’épaule plus fort. Phillip cachait mieux ses émotions, le visage impassible, mais la façon dont il s’accrochait au bras de Thane le trahissait.

— Restez dans des zones animées où les enseignants peuvent vous voir et, inversement, où vous pouvez les voir. S’ils ne peuvent vous atteindre seuls, c’est plus difficile de chercher la bagarre parce qu’il y aura des témoins et des gens à qui vous pouvez demander de l’aide.

— Nous allons essayer, oncle Thane, dit Phillip d’une voix tremblante.

Il maîtrisait peut-être l’art d’afficher un visage neutre, mais il devait travailler sur le reste.

— Ça, ce sont mes garçons.

Il pressa leurs épaules une fois de plus et recula d’un pas.

— Je dois retourner au travail. Je vous verrai à la maison ce soir.

Ils acquiescèrent tous les deux et retournèrent s’asseoir. Il aurait voulu ajouter autre chose, mais les mots n’avaient jamais été son fort. Il préférait l’action, mais il n’avait aucune autorité pour agir, ici. Il ravala un grognement frustré et quitta les bureaux. Il passerait l’après-midi à planter des clous. Voilà qui libérerait sa tension mieux que toute autre option qui s’offrait à lui. Difficile de se faire un petit cul complaisant avec deux adolescents en train de dormir dans la pièce voisine.

 

 

BLAKE s’effondra sur sa chaise quand la porte se referma derrière Thane. Il n’avait plus quatorze ans et ne se cherchait plus question sexualité. Il savait exactement qui il était et ce qu’il voulait – et ce n’était pas Thane Dalton. Il était agréable à regarder, c’est vrai, mais Blake n’avait que faire du type homme des cavernes. Surtout celui qui, en plus, était prompt à la critique.