Réparation de sang - Ariel Tachna - E-Book

Réparation de sang E-Book

Ariel Tachna

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Suite de Conflit de sang Partenariat de Sang, tome 4 La guerre est à son paroxysme et les deux camps sont sur les nerfs, quand les sorciers rebelles obtiennent une victoire étonnante et capturent Orlando Saint Clair. Accablé par l'inquiétude et le chagrin, Alain, son amant, craint que, même s'ils retrouvent Orlando, le cœur et l'esprit du vampire soient beaucoup trop abîmés pour pouvoir être sauvés. Comprenant que l'Alliance risque de chanceler, Christophe Lombard, le vampire le plus vieux et le plus puissant de Paris, quitte sa réclusion volontaire pour rejoindre la lutte. L'ancien ami d'Alain, Éric Simonet, celui qui l'a trahi en rejoignant les sorciers rebelles, est confronté à un choix : la vengeance ou la rédemption. De son côté, Jean, rendu furieux par la capture d'Orlando, fait face à la plus déchirante des décisions de sa non-vie alors que la bataille finale se profile : leurs actions vont-elles conduire à l'écroulement de l'Alliance ou au salut du monde ?

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Veröffentlichungsjahr: 2016

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Réparation de Sang

 

Par Ariel Tachna

 

Partenariat de sang : tome quatre

Suite de Conflit de sang

 

La guerre est à son paroxysme et les deux camps sont sur les nerfs, quand les sorciers rebelles obtiennent une victoire étonnante et capturent Orlando Saint Clair. Accablé par l’inquiétude et le chagrin, Alain, son amant, craint que, même s’ils retrouvent Orlando, le cœur et l’esprit du vampire soient beaucoup trop abîmés pour pouvoir être sauvés.

Comprenant que l’Alliance risque de chanceler, Christophe Lombard, le vampire le plus vieux et le plus puissant de Paris, quitte sa réclusion volontaire pour rejoindre la lutte. L’ancien ami d’Alain, Éric Simonet, celui qui l’a trahi en rejoignant les sorciers rebelles, est confronté à un choix : la vengeance ou la rédemption.

De son côté, Jean, rendu furieux par la capture d’Orlando, fait face à la plus déchirante des décisions de sa non-vie alors que la bataille finale se profile : leurs actions vont-elles conduire à l’écroulement de l’Alliance ou au salut du monde ?

Pour mes sœurs d’adoption, Nancy, Holly, Connie, Cat, Carol, Madeleine, Gwen et Julianne qui m’ont lue, relue, corrigée et encouragée.

Sans vous, ce rêve ne serait jamais devenu réalité.

I

 

 

THIERRY FRONÇA les sourcils en s’asseyant à la table de la cuisine et en regardant Alain. Cela ne faisait même pas vingt-quatre heures qu’Orlando avait été capturé et déjà son meilleur ami paraissait épuisé, hagard, physiquement et émotionnellement ravagé. Thierry se demandait avec inquiétude ce qui se passerait si les heures angoissantes se transformaient en jours. Il avait encore plus peur de les voir s’étirer en semaines – des semaines qu’Orlando n’avait pas, puisqu’il ne pouvait se nourrir que d’Alain.

Il réfléchissait activement pour trouver un moyen de découvrir où était le vampire disparu. Les patrouilles de nuit fouillaient chaque endroit que Monique Leclerc la magicienne transfuge, leur désignait comme étant un lieu utilisé autrefois par Serrier, avec l’espoir d’avoir un coup de chance et de tomber sur Orlando, mais en toute honnêteté, elle avait avoué que le chef rebelle gardait délibérément ses forces fractionnées afin que toute personne capturée ne puisse révéler qu’une partie de ses plans et de ses cachettes. Thierry ne savait pas trop comment il se sentait à l’idée d’attribuer autant d’importance à ses informations, mais c’était la meilleure piste qu’ils avaient pour le moment, d’autant plus que les sorciers qu’ils avaient capturés pendant la bataille de la place Pigalle n’avaient fourni aucune information intéressante, la plupart craignant plus les représailles de Serrier s’ils parlaient qu’ils ne redoutaient de se voir jetés en prison. Thierry n’était pas sûr de pouvoir les blâmer. À l’exception de Raymond, tous les sorciers qui avaient parlé en échange d’un allègement de peine avaient été soumis à une mort horrible en prison, malgré les efforts redoublés des gardiens.

Impuissant, il vit Alain reculer sa chaise, les pieds raclant bruyamment les carreaux blancs du sol de la cuisine. Le visage crispé, il commença à faire les cent pas, tel un lion en cage incapable d’échapper aux limites de sa cellule.

— Tu vas te fatiguer et ensuite, lorsque nous trouverons Orlando, tu ne seras plus bon à rien pour lui, gronda Thierry.

Il savait que son avertissement ne rencontrerait que du mépris. Il avait raison.

— Comme si tu pourrais rester tranquillement assis ici, si Sébastien était celui qui se trouvait entre leurs mains, répliqua Alain.

— Non, je ne le pourrais pas, admit Thierry, mais tu serais assis là où je me trouve, à m’obliger à prendre soin de moi.

— Je devrais être dehors à sa recherche, protesta Alain. C’est moi qui ai les meilleures chances de le détecter s’ils le gardent caché !

— Peut-être, accorda Thierry, mais tu ne peux pas aller avec chaque patrouille, car cela prendrait trop de temps. C’est plus rapide de les laisser faire leur travail pendant que tu te reposes. Nous n’envoyons pas des gens inexpérimentés sur les sites. Ils connaissent les ruses de Serrier.

Alain secoua la tête, mais Thierry l’ignora.

— Tu as à peine dormi depuis qu’il a été enlevé, à part les quelques heures où je t’ai assommé. Tu ne peux pas continuer comme ça, et espérer être en mesure de nourrir Orlando quand il sera secouru.

Il accentua le quand, refusant absolument d’envisager ce qui pourrait arriver à Alain – autant qu’à Orlando –, s’ils ne parvenaient pas à trouver le vampire à temps.

Le visage d’Alain se crispa.

— Tu ne comprends pas, insista-t-il. Il ne peut se nourrir de personne d’autre que moi, donc il mettra plus de temps à récupérer de tout ce qu’ils lui feront subir.

Il s’efforçait d’expliquer les pensées et les sentiments qui défiaient la rationalité.

— Il est mon autre moitié, Thierry. J’ai l’impression que mon âme a été déchirée en deux, simplement parce qu’il n’est pas là. Et quand je peux sentir qu’ils le blessent, c’est encore pire. Je ne peux pas me reposer parce qu’il ne le peut pas.

Thierry ne demanda pas comment tout cela avait pu arriver en moins d’un mois. Il n’en avait pas besoin. Il avait, lui aussi, un partenaire, mais sans l’intensité ajoutée par la marque sur le cou d’Alain. Il ne pouvait pas sentir les émotions de Sébastien de la même manière dont Alain pouvait percevoir celles d’Orlando, mais il savait qu’il serait tout aussi agité, tout aussi déraisonnable, si Sébastien avait véritablement disparu, alors que ce dernier n’était que momentanément absent, parti chercher des vêtements à Alain dans l’appartement d’Orlando.

— Je comprends, répondit Thierry à mi-voix.

Une légère rougeur colora ses joues en repensant à tout ce qui s’était passé entre Sébastien et lui depuis leur première rencontre, ce qui avait abouti à leurs ébats de la veille.

L’expression sur le visage de Thierry était tellement en contradiction avec son attitude habituelle qu’elle secoua Alain de son égocentrisme. Le rougissement de Thierry n’était pas suffisant pour supplanter Orlando dans ses pensées, mais Thierry était son meilleur ami depuis trente ans. Il ne serait pas un véritable ami s’il ne pouvait pas reconnaître un changement dans la vie de l’homme, malgré ceux qui troublaient la sienne.

— Être avec Sébastien semble te faire du bien. Tu parais à nouveau heureux, d’une manière que tu n’as pas connue depuis longtemps.

La rougeur de Thierry s’accentua.

— Je le savais en vous regardant ensemble toi et Orlando, que faire l’amour avec un vampire serait encore plus incroyable que de simplement le laisser se nourrir de moi, mais je ne pouvais même pas m’imaginer ce que ça pouvait vraiment faire d’avoir ses crocs dans mon cou pendant que… désolé, s’interrompit-il en voyant l’étrange expression sur le visage d’Alain, je donne trop de détails.

— Ce n’est pas ça, répondit Alain, la voix nouée par une émotion contenue. C’est simplement que nous ne… Orlando n’a jamais voulu se nourrir de moi pendant que nous faisions l’amour. Il avait peur de me faire du mal.

— Merde, jura Thierry dans sa barbe. Je suis désolé, Alain. Je n’arrive pas à dire quelque chose de bien ce soir.

— Il n’y a rien à dire, déclara Alain d’une voix rauque. Il avait ses raisons et je les respectais.

Il se détourna, ne voulant pas que Thierry voie la profondeur de sa douleur, malencontreusement amplifiée par son commentaire fortuit. Cependant, il aurait dû savoir qu’il ne pourrait pas se cacher de Thierry. Une main réconfortante se posa sur son épaule.

— Nous allons le ramener, promit Thierry, et quand nous le ferons, tu pourras le faire changer d’avis.

— C’est ça le plus terrible, fit Alain d’une voix rauque. Je crois qu’il avait changé d’avis, mais que ce n’était pas le moment. Nous avons reçu les informations sur l’attaque de la place Pigalle et nous avons passé la soirée à nous concentrer là-dessus. Et après, il a été capturé.

— Alors, dans le bureau avant que nous partions, vous n’étiez pas… ? commença Thierry.

— Il m’a masturbé pendant qu’il se nourrissait, mais ça peut à peine être considéré comme faire l’amour, expliqua Alain. Vous êtes arrivé juste à la fin.

— Je suis désolé. Si je l’avais su, je ne l’aurais pas interrompu, s’excusa Thierry.

Alain haussa les épaules, mais ses émotions étaient à vif dans sa voix quand il répondit :

— Tu ne pouvais pas le savoir, mais même si c’était le cas, nous n’avions pas le temps. De toute façon, je n’aurais pas voulu que, pour la première fois, nous partagions quelque chose d’aussi intime dans le bureau. Je souhaiterais juste que nous ayons eu plus de temps.

— Vous aurez le temps, promit Thierry. Nous allons le ramener et mettre fin à cette guerre, et vous aurez le reste de votre vie pour tout découvrir l’un sur l’autre. Tu dois y croire.

— Tu me dis ça, et ensuite tu ne me laisses pas faire quoi que ce soit pour le retrouver ! rétorqua Alain.

— Que ferais-tu de plus que nous ne soyons pas déjà en train de faire ? demanda Thierry. Cite-moi une chose que tu peux faire à cet instant que personne d’autre ne peut assumer aussi bien que toi, et j’arrête de te harceler afin que tu te reposes et je te laisse y aller. Une seule chose, Alain, vas-y, dis-moi.

Alain ouvrit la bouche pour répondre avant de la refermer, la frustration était visible sur son visage.

— Putain, Thierry, je ne peux pas rester assis ici et ne rien faire !

— Il n’est pas question que tu t’assoies où que ce soit, répondit Thierry fermement. Dès que Sébastien sera revenu, tu iras prendre une douche, changer de vêtements et tu iras dormir, même si je dois t’assommer moi-même. À la réflexion, la douche peut attendre demain. Tu dois dormir ou tu ne seras pas non plus en mesure de le chercher demain. Orlando a besoin que tu sois fort, et pas sur le point de t’écrouler.

— Va te faire foutre, gronda Alain avec colère, s’éloignant de Thierry et se dirigeant d’un pas décidé vers la porte. Je ne sais pas pourquoi tu penses que tu sais ce qui est le mieux pour moi, mais ce n’est pas le cas. Pas cette fois. Je ne vais pas rester ici à écouter des platitudes et supporter ton attitude condescendante. Si tu ne veux pas m’aider à le trouver, alors je vais me débrouiller.

Les mots lui firent mal, même en sachant qu’ils étaient motivés par une certaine irrationalité. Ils le blessèrent assez pour que Thierry ne réagisse pas immédiatement, réprimant sa propre mauvaise humeur pour essayer d’éviter que la dispute ne dégénère. Cependant, Alain n’avait apparemment pas besoin que Thierry lui donne la réplique pour continuer à argumenter.

— Es-tu jaloux ? cria Alain en se retournant quand il atteignit la porte. Est-ce pour cela que tu ne veux pas m’aider ? Ou es-tu tout simplement trop obnubilé par l’idée d’entraîner de nouveau Sébastien dans un lit lorsqu’il arrivera ici, pour te préoccuper de ce qu’ils font à Orlando ?

— Ne t’engage pas sur cette voie, gronda Thierry derrière lui, son tempérament prenant le dessus. Tu sais que je me suis cassé le cul la nuit dernière et toute la journée d’aujourd’hui pour essayer de le trouver, mais je suis épuisé, tu es épuisé et, la seule raison pour laquelle Sébastien ne l’est pas, c’est parce qu’il est un vampire. Il n’y a rien d’autre que nous puissions faire ce soir.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Sébastien en arrivant, immédiatement conscient de la tension ambiante.

La tête d’Alain pivota, son regard se reporta sur le vampire, mais, quels que soient les mots sur ses lèvres, prêts à s’échapper, ils ne les franchirent jamais. Thierry le frappa par le côté avec un sort de sommeil avant qu’il ne les prononce. Les réflexes rapides de Sébastien empêchèrent le magicien inconscient de toucher le sol.

— Tu aurais dû le laisser tomber, murmura Thierry. Ce salaud ingrat.

Les sourcils de Sébastien se soulevèrent.

— Pour l’amour du ciel, que se passe-t-il ? redemanda-t-il, basculant Alain sur son épaule et se dirigeant vers la chambre. Je ne t’ai jamais vu agir comme ça avec Alain.

— Jette-le sur son lit et je te raconterai, répondit Thierry, la blessure des accusations d’Alain encore à vif.

Sébastien porta le sorcier dans la chambre d’amis, l’installa sur le lit et lui retira ses chaussures pour qu’il puisse dormir plus confortablement. Il déposa le sac contenant les affaires d’Alain, là où le magicien pourrait le voir à son réveil puis il retourna dans la cuisine.

— Voilà. Alors, qu’est-ce qui se passe ?

Thierry soupira.

— Je n’en ai pas la moindre idée. Nous parlions – évidemment, il voulait continuer à chercher Orlando, bien qu’il soit complètement lessivé –, et ensuite, il a posé une question au sujet de toi… de nous. J’ai répondu honnêtement parce que je n’ai jamais eu de secret pour lui, et ça a touché un point sensible. Et, ensuite, il s’est mis à me crier dessus, m’accusant de l’empêcher d’aller à la recherche Orlando sous prétexte que je serais jaloux de leur lien ou parce que je voudrais juste coucher avec toi de nouveau. Comment peut-il penser ça ?

— Il ne le pense pas, contredit Sébastien. En fait, il ne pense à rien. Il est totalement fou d’inquiétude et il tremble de peur. Imagine comment tu te sentirais si tu étais obligé de t’asseoir et de regarder Serrier torturer Alain. Tu serais dans la pièce, mais tu ne pourrais pas dire quoi que ce soit, tu ne pourrais rien faire pour l’arrêter. Tout ce que tu pourrais faire serait de souffrir avec lui. Voilà ce que subit Alain avec Orlando. Il ne peut pas le voir, mais il peut sentir la douleur d’Orlando, et il est impuissant. Et c’est ce qui l’incite à dire et faire des choses qu’il ne dirait pas et ne ferait jamais en temps normal. Mais il ne peut pas se retenir parce qu’il souffre, alors il se déchaîne contre les gens autour de lui. Il sait, à un certain niveau, que rien de ce qu’il fera ne sera suffisant pour briser votre amitié et, donc, il laisse toute l’horreur qui est en lui rejaillir sur toi.

— Ce n’est pas tant les choses qu’il a dites, songea Thierry à mi-voix, la présence de Sébastien l’apaisant. C’est la façon odieuse dont il les a dites, comme s’il voulait me faire du mal.

— Il le voulait probablement, reconnut Sébastien. D’une manière un peu tordue, savoir que tu es également malheureux lui donne certainement l’impression d’être moins seul.

Il prit une profonde inspiration et se força à se souvenir des jours les plus sombres de sa vie.

— Quand Thibaut est mort, j’étais en colère contre l’univers tout entier. La cruelle ironie de l’Aveu de Sang, c’est que l’Avoué ne peut pas être transformé parce que son partenaire ne peut pas le ou la vider, mais dans les premiers temps de notre amour, je n’y pensais pas. Il était jeune. Je n’ai pas pensé à ce qui se passerait quand il serait vieux. Jusqu’à ce que je me retrouve là, tenant le corps de mon Avoué, seul pour la première fois en près de soixante ans. Des vampires sont venus pour le veiller avec moi, mais je ne voulais pas de leur compagnie. Je voulais être seul pour pleurer. La colère me rongeait de l’intérieur, alors je m’en prenais à tout le monde, essayant de les chasser. Certains d’entre eux sont partis, mais une femme est restée et m’a laissé déverser des horreurs jusqu’à ce que je sois épuisé et que je n’ai plus rien à sortir. Finalement, je lui ai demandé pourquoi elle avait supporté tout ça, et elle m’a répondu que j’avais besoin de l’évacuer sans quoi je serais devenu fou à le garder en moi… et parce qu’elle refusait de voir un autre vampire périr pour avoir réprimé son chagrin. Je ne l’ai jamais revue après cette nuit. Elle était venue pour me réconforter et elle est partie en emportant ma douleur avec elle.

— Alors que va-t-il se passer maintenant ?

— Je ne sais pas, avoua Sébastien. Alain est la partie humaine de l’Aveu de Sang, pas la moitié vampire, et je ne connais aucun cas où c’est l’humain qui a perdu le vampire au lieu de l’inverse. Je suis pratiquement sûr que c’est déjà arrivé, c’est juste que je n’en ai pas entendu parler. Et Orlando n’est pas perdu. Absent, oui, mais pas perdu, du moins pas encore, alors Alain garde espoir. Bien sûr, cela pourrait compliquer les choses, même les aggraver, si son chagrin combattait cet espoir… À vrai dire, je n’en sais rien.

— D’après toi, pourrait-il y avoir un moyen de trouver Orlando que nous n’avons pas déjà envisagé ? demanda Thierry. Alain peut le sentir. Pouvons-nous utiliser ça ?

— Peut-être, répondit Sébastien. Je pouvais toujours dire si Thibaut était à la maison quand je rentrais après être sorti durant la nuit ; je pouvais toujours savoir qu’il arrivait, avant même que je l’entende faire du bruit. Alain dit que ça ne donne pas de direction, mais il pourrait être en mesure de réduire les zones de recherches en fonction de la force de ses émotions. Il nous faudra simplement faire des expériences et voir ce que ça donne.

— Il serait assez facile de créer un quadrillage de la ville et de vérifier chaque zone pour voir si les sensations sont plus fortes ou plus faibles, réfléchit Thierry à voix haute. Plus nous éliminons de zones, plus nous pourrons concentrer nos forces.

— Et comme Alain sera impliqué, cela apaisera une partie de la frustration qu’il ressent à ne rien faire.

— Sans parler de lui donner une raison de ne plus bloquer le lien comme Marcel l’incite à le faire pendant qu’il est en service, ajouta Thierry. Si cela permet de le débarrasser d’une partie de sa culpabilité, peut-être qu’il sera en mesure de se concentrer plus efficacement sur l’utilisation du lien, et de nous apprendre quelque chose d’utile pour la recherche.

Sébastien hocha la tête.

— Tu devrais également aller dormir, tant qu’il est inconscient. Si ce matin nous donne une idée de ce qui va se passer une fois que ton sort se dissipera, il va se démener pour retourner travailler.

Thierry sourit tristement.

— Cette fois, j’ai utilisé un sort plus fort que la nuit dernière. Espérons que ça nous fera gagner un peu plus de temps, mais tu as raison, déclara-t-il en tendant une main au vampire. Je ne peux même pas imaginer la torture qu’il subit.

Il frissonna en ajoutant :

— Je ne suis pas jaloux de leur lien et je n’ignore pas combien Alain souffre, mais s’il m’avait accusé d’être heureux que ce ne soit pas toi qui aies été enlevé, il aurait eu raison.

Sébastien prit la main tendue, marchant à côté de Thierry vers leur chambre.

— C’est une réaction parfaitement normale. Je ressentais la même chose quand Laurent a été tué. Je ne souhaitais pas cette douleur à qui que ce soit, mais j’étais ridiculement reconnaissant que ce ne soit pas toi.

Franchissant le seuil, Thierry attira la silhouette plus fine du vampire, la retenant contre lui. Sébastien lui rendit son étreinte, leurs corps s’appuyant l’un contre l’autre, chacun tirant de la force et du réconfort dans la présence de l’autre. D’un accord tacite, ils se déshabillèrent mutuellement et se mirent au lit, allongés face à face, les bras autour de l’autre dans un soutien silencieux jusqu’à ce que les yeux de Thierry se ferment finalement avec le sommeil.

 

 

LA VAGUE de colère qu’Orlando perçut en provenance d’Alain le surprit. Il comprenait la frustration, la peur, la douleur, mais ça, c’était une émotion nouvelle. Le vampire sentit ses crocs commencer à s’allonger, ses poils se hérisser à la pensée que quelqu’un puisse bouleverser son magicien.

Il essaya de projeter des pensées apaisantes en retour, rassurant Alain sur sa relative sécurité et sur l’intensité de son amour, mais les émotions ne semblaient pas l’atteindre. Son inquiétude augmentant, Orlando se leva et arpenta la pièce. Il ne savait pas ce qui était arrivé à Alain pour le rendre aussi enragé que ce qu’il sentait à travers leur lien, mais ne pas être capable de rejoindre son amant, de le calmer, provoquait une douleur physique dans sa poitrine. En colère, il secoua la porte de la cellule de sa prison, mais la serrure était aussi solide que la première fois qu’il l’avait testée.

Aussi soudainement que la colère fût apparue, elle prit fin, diffusant une onde de panique en Orlando. Il lui fallut un moment pour réaliser qu’Alain s’était endormi. Il fronça les sourcils, le contraste entre la vibration de colère et le calme du sommeil lui paraissant bizarre, jusqu’à ce qu’il se souvienne que son amant était un magicien, sans doute entouré par d’autres magiciens. Cela ne le surprendrait pas que Thierry ou Marcel ait décidé d’endormir Alain, si c’était ce qu’il fallait pour le calmer.

Un peu plus détendu, il retourna vers le seul mobilier de la chambre, un lit étroit dont les ressorts pointaient à travers le mince matelas. Pourtant, Orlando se disait que ça pourrait être pire. Il aurait pu n’avoir que le sol en pierre où s’allonger.

Le bruit métallique d’une clé dans la serrure attira son attention. Il se leva, préférant faire face à celui qui entrait par la porte dans une relative position de force. S’il avait la moindre chance de se battre, il la saisirait. Les sorciers pouvaient le maîtriser avec leur magie, mais physiquement, ils n’avaient aucune chance contre sa force surnaturelle.

Le grand magicien, celui qui était autrefois l’ami d’Alain, se tenait devant la porte, baguette à la main.

— Tu es Éric Simonet, n’est-ce pas ? demanda Orlando avant que le magicien ne puisse l’immobiliser.

La question prit Éric complètement au dépourvu.

— Pourquoi veux-tu le savoir ? demanda-t-il.

— Alain m’a parlé de toi, répondit simplement Orlando. Tu lui manques.

Éric fronça les sourcils, ne souhaitant pas entendre ce genre de choses. Cela rendrait son travail beaucoup plus difficile. Surtout maintenant.

— C’était dans le passé, lâcha-t-il.

— Pour toi, peut-être, mais pas pour lui.

— Tu le connais bien ? demanda Éric se rappelant avoir vu le vampire combattre aux côtés de Magnier, au cours de la bataille où il avait été capturé.

Orlando ne répondit pas, incapable de se forcer à le nier, mais pas encore prêt à donner aux sorciers rebelles la moindre information susceptible de les aider.

Éric considéra son silence comme un aveu.

— Je n’ai qu’un seul regret, dit-il au vampire. Que lui et Thierry me détestent désormais.

— Ce n’est pas le cas ! protesta Orlando. Ils t’accueilleraient de nouveau à bras ouverts.

— Il est trop tard pour ça. Serrier, t’attend.

II

 

 

DAVID SE dit qu’il était un imbécile pour venir à Sang Froid sans y être invité, surtout après la façon dont il s’était disputé avec Angélique la dernière fois qu’ils s’étaient retrouvés seuls. Il avait combattu à ses côtés pendant la bataille de la place Pigalle, déterminé à ne pas la laisser sans protection malgré la tension qui existait entre eux, mais à cet instant, il n’avait ni l’excuse des affaires de la Milice, ni celle de l’alliance, ni celle de devoir la protéger. Il avait seulement l’inexplicable intuition qu’elle avait besoin de lui.

Son gérant le fit entrer sans un mot, sans poser la moindre question, le guidant simplement vers la porte de ses appartements privés et l’abandonnant là. Il leva la main pour frapper, les doigts à deux centimètres de la porte. Il réalisa avec un pincement au cœur qu’il n’avait absolument aucune idée de sa réaction devant son arrivée. Il était son partenaire, mais elle ne le considérait ni comme un ami ni comme un amant, même s’il aurait aimé être les deux.

Sa main retomba sur la poignée de porte, il l’actionna et entra. Angélique se tenait près de la fenêtre ouverte, enveloppée dans un châle épais, ses bras enroulés autour de sa taille alors qu’elle regardait, sans le voir, le ciel étoilé. Il voulait aller vers elle et lui offrir du réconfort, mais il avait peur qu’elle le prenne mal. Elle l’avait déjà accusé de croire qu’elle était faible en raison de son passé. Insinuer maintenant qu’elle n’était pas suffisamment indépendante pour faire face à ce qui la tracassait, quoi que ce soit ne ferait qu’empirer les choses. Il savait cela, pourtant, il se sentait obligé de jeter un œil sur elle.

Elle se retourna au son de ses pas, les yeux sombres brillant tandis qu’elle le fixait pendant un long moment. Il ouvrit la bouche pour parler, pour demander ce qui n’allait pas, mais avant qu’il ne puisse lui dire quoi que ce soit, elle avança vers lui, se trouva à portée de mains, initiant l’étreinte qu’il avait voulu lui offrir. Ses bras se refermèrent autour d’elle, sentant les frissons légers qui secouaient son corps. Il la berça doucement, ses mains caressant son dos de haut en bas dans un réconfort silencieux.

Angélique frissonna plus fortement, laissant brusquement tomber sa garde, maintenant qu’elle n’avait plus à faire face seule aux souvenirs du corps brisé de Karine. Elle ne savait pas ce qui avait amené David jusqu’à elle, mais elle ne s’en souciait pas. Elle avait besoin de lui et il était là. Rien d’autre ne comptait pour le moment. Une grande main remonta pour envelopper l’arrière de sa tête, l’attirant contre son épaule, glissant dans ses longs cheveux d’une manière répétitive et apaisante. Progressivement, elle se détendit.

Son corps s’amollit dans ses bras, mais il pouvait sentir la tension sous-jacente persister. Il pétrit doucement les muscles raides de son dos, fronçant les sourcils quand il réalisa véritablement à quel point elle était bouleversée. Jetant un regard sur la salle de séjour, il vit une porte menant à un couloir.

— Tu as besoin de te détendre. Viens avec moi.

Il la conduisit dans le couloir, ouvrant les portes jusqu’à ce qu’il trouve la salle de bain, heureux de découvrir une grande baignoire sur pieds contre le mur. Il ouvrit les robinets et, voyant des sels de bain sur le plateau au-dessus de la baignoire, en versa une généreuse quantité dans l’eau, puis il se tourna vers Angélique, desserrant le châle de brocart entourant ses épaules. Gardant un contact aussi impersonnel que possible, il déboutonna son chemisier, les yeux inévitablement attirés par les motifs, à présent estompés, de henné sur ses seins et sur son ventre. Il résista à l’envie de les redessiner, comme il l’avait fait quand ils étaient éclatants, posant soigneusement son chemisier sur le côté avant de déboutonner sa jupe.

Elle resta immobile pendant qu’il la déshabillait, le poussant à se demander si elle était en état de choc. Il détailla ses yeux, ses pupilles étaient dilatées, même si cela pouvait tout aussi bien être dû à la pénombre de la salle qu’à un traumatisme. Il plia sa jupe et la déposa au-dessus de son chemisier. Un coup d’œil à ses pieds lui fit découvrir des chaussons doux tandis qu’il décrochait le fermoir de son soutien-gorge. Il ignora ostensiblement la réaction de son corps face à sa poitrine voluptueuse et tandis qu’il retirait son sous-vêtement. Il regroupa ses cheveux en une masse désordonnée sur le dessus de sa tête, avant de les fixer avec une pince en essayant de ne pas se focaliser sur la mise en valeur de la courbe tentatrice de son cou. Après avoir vérifié la température de l’eau, il lui demanda de retirer ses pantoufles et d’entrer dans la baignoire.

Elle se déplaça mécaniquement, s’asseyant dans l’eau qui lui arrivait jusqu’à la poitrine, les bulles la cachant de nouveau à son regard. La voyant bien installée, il pivotait vers la porte, avec l’intention de lui trouver un brandy ou autre chose, n’importe quoi, pour l’aider à se reprendre, quand le contact de sa main sur la sienne le fit sursauter.

— Ne pars pas, murmura-t-elle d’une voix à peine audible. Ne me laisse pas toute seule.

Il se retourna immédiatement au son de la supplique réservée dans sa voix, si différente de son ton habituel si assuré, cela lui permit de repousser ses hésitations à la regarder dans son bain.

— Veux-tu me raconter ce qu’il s’est passé ?

— Non, répondit-elle honnêtement.

Ses yeux se fermèrent tandis que les mots ravivaient des images qu’elle préférerait pouvoir oublier. Elle savait qu’elles ne la quitteraient jamais complètement, elles composeraient une autre série de cauchemars qui hanteraient son esprit au repos.

David accepta ce refus et s’assit sur le tapis à côté de la baignoire. Il enveloppa sa main entre les siennes, son pouce caressant doucement son poignet de façon réconfortante tandis qu’il retraçait les lignes de henné sur sa peau.

Derrière ses paupières closes, la vue du sang sur le corps de Karine la hantait, ramenant des souvenirs qu’elle avait tenté d’effacer. La plupart des clients du sultan avaient été courtois, ne voulant pas perdre les faveurs de son maître, mais le maître des esclaves qui l’avait formée au début n’avait pas été aussi gentil. Elle ne connaissait que trop bien la terreur d’être contrainte à s’allonger sur le dos, à devoir se mettre à genoux, de voir son corps être utilisé sans aucune préoccupation pour sa douleur. Il avait pris soin de ne pas la marquer, mais il avait été déterminé à la briser, à la transformer en une esclave incapable de réfléchir, n’ayant rien d’autre à l’esprit que le plaisir de son maître.

— Ils ont violé cette pauvre femme avant de la tuer, dit-elle d’une voix rauque.

Un frisson la parcourut alors qu’elle se souvenait de la crainte des premiers jours, quand elle ne savait jamais, à quel moment son corps serait utilisé, ni par qui. Elle avait laissé cette expérience derrière elle, une fois qu’elle était arrivée dans le harem. Au moins là, on lui donnait toujours le temps de se préparer pour ses amants, on l’autorisait à une liberté de mouvement pour orienter leurs interactions de façon à obtenir elle aussi du plaisir. Elle pensait rarement au maître esclave désormais, mais avoir trouvé Karine avait tout ramené à la surface.

— Quelle femme ? demanda David à mi-voix, ignorant à quoi elle faisait allusion.

— Une amie de Jean, Karine, lui répondit Angélique, réalisant qu’elle ne savait pas quel autre titre donner à la jeune femme. Son corps a été jeté devant ma porte ce matin. Elle a été horriblement torturée et sauvagement violée avant…

Sa voix se brisa sur les mots, incapable d’achever sa phrase.

— N’y pense plus à présent, recommanda David, mais il savait que c’était plus facile à dire qu’à faire. Concentre-toi sur ce que tu ressens maintenant. L’eau chaude qui te détend, les sels de bain au bois de santal qui imprègnent ta peau, l’odeur qui emplit ton nez. Laisse tout le reste de côté.

Aucune de ces choses ne lui fournissait une distraction suffisante, mais le contact de sa peau le faisait. Tournant la main de sorte que leurs doigts s’entrelacent, elle l’attira vers elle, portant sa paume contre sa joue pour s’y reposer. Ses doigts caressèrent la peau lisse de sa joue, l’un d’eux glissa plus bas, derrière son oreille, provoquant un frisson d’un genre très différent à travers son corps. Sautant sur ses pieds, l’eau ruisselant sur sa peau, elle attrapa une serviette et la pressa dans les mains de David dans une invite attrayante.

David prit la serviette, le désir le frappa de plein fouet tandis qu’elle se penchait pour retirer la bonde de la baignoire puis se redressait à nouveau, le corps entièrement exposé à ses yeux. Cependant, il laissa ce sentiment de côté. Elle n’avait pas besoin d’un pervers salivant. Elle avait besoin d’être enlacée, dorlotée, réconfortée, même si elle n’aurait probablement pas été du même avis. Secouant la serviette pour la déplier, il l’enroula autour d’elle quand elle sortit de la baignoire directement dans ses bras. Des mèches de ses cheveux chatouillaient son menton, bouclant avec l’humidité de la vapeur du bain. Il laissa ses lèvres les effleurer pendant que ses mains la frictionnaient à travers le tissu. Elle se coula contre lui à la recherche du contact de ses mains, son corps ondulant gracieusement tandis qu’il la séchait.

— Conduis-moi au lit, murmura-t-elle, ses lèvres bougeant contre son cou lorsqu’elle parla.

David se figea, résistant à prendre ce qu’elle offrait. Il pencha la tête vers la sienne, l’embrassant doucement, tendrement. Son corps s’arqua contre le sien, la simple épaisseur de la serviette ne la protégeant pas, de toute façon, de son excitation tandis qu’elle répondait à son baiser, léchant ses lèvres pour l’encourager.

Il s’autorisa un long baiser, pillant sa bouche avec toute la passion qu’elle lui incitait, puis il releva la tête et cacha le visage d’Angélique contre son épaule, le menton appuyé sur le sommet de son crâne. Elle s’agitait dans ses bras, mais il la tenait fermement, caressant doucement son dos.

— Tu as besoin de te reposer, déclara-t-il. Es-tu seulement parvenue à dormir depuis que nous avons repoussé les magiciens de Serrier ?

La tête d’Angélique se redressa brusquement, ses yeux lançant des éclairs.

— Ne me dis pas ce dont j’ai besoin !

David l’apaisa doucement, ramenant sa tête sur son épaule.

— Je ne suis pas condescendant, assura-t-il, mais je t’ai vu quand je suis arrivé. Tu étais à peine réactive à ce qui pouvait t’entourer, moi y compris. Tu es épuisée et probablement en état de choc, et ce ne serait vraiment pas nous faire une faveur que de coucher ensemble ce soir. Cela ne ferait que rendre les choses plus compliquées qu’elles ne le sont déjà. Laissez-moi simplement te tenir dans mes bras ce soir.

S’éloignant de lui, elle leva une main pour dénouer ses cheveux, s’exposant délibérément à son regard. C’était un geste qu’elle avait appris à utiliser à bon escient dans le harem, l’angle de ses bras soulevait ses seins comme s’ils s’offraient. Ses cheveux noirs chutèrent librement, retombant en désordre autour de ses épaules, dans son dos et sur sa poitrine, la cachant en partie à sa vue. En soutenant son regard, elle repoussa lentement ses cheveux en arrière sur ses épaules, révélant à nouveau ses seins.

Il s’arracha à cette vision, lui tournant le dos pour parcourir le reste du couloir jusqu’à la chambre. Il avait offert de rester. Maintenant, il lui faudrait trouver le courage de résister aux attraits exhibés jusqu’à ce qu’il sache avec certitude que c’était ce qu’elle voulait ; non pas parce qu’elle avait besoin de réconfort, mais parce qu’elle le désirait lui.

Perturbée, elle jeta le drap de bain sur le porte-serviette et, nue, le suivit dans le couloir. Il ne devrait pas être capable de résister à ses charmes surtout pas lorsqu’elle décidait finalement de s’offrir à lui. Toutefois, il s’était dirigé vers sa chambre, pas vers la porte, cela signifiait qu’elle aurait d’autres occasions. Dès qu’elle serait parvenue à le déshabiller et à le mettre dans son lit, elle dépasserait ses scrupules.

Elle entra dans la chambre pour le découvrir cherchant elle ne savait pas trop quoi dans son tiroir à sous-vêtements. Il fronçait le nez chaque fois qu’il sortait un autre déshabillé diaphane, cela la fit sourire.

— Si tu es à la recherche de quelque chose pour te permettre de me résister plus facilement, tu perds ton temps, l’informa-t-elle avec amusement. Toute ma lingerie de nuit est destinée à séduire, pas à me cacher.

Il se renfrogna davantage, mais il n’exprima pas à voix haute ses pensées maussades. Si la situation avait été différente, il ne se serait pas plaint de la tentation qu’elle représentait, mais ce soir, il avait besoin de garder le contrôle. Retirant son pull et son large tee-shirt, il jeta le vêtement en coton dans sa direction.

— Enfile ça. Il devrait te couvrir suffisamment.

Angélique leva le vêtement jusqu’à son visage, inhalant profondément le fort parfum masculin de David. Elle envisagea de refuser, par principe, mais la pensée de dormir enveloppée dans son tee-shirt la faisait craquer. Elle le fit glisser sur sa tête, souriant quand elle constata que l’ourlet n’effleurait que le haut de ses fesses, laissant celles-ci et son nid de boucles encore visible.

David soupira en réalisant son erreur. Alors que son tee-shirt couvrait ses seins et la majorité des tatouages au henné, il attirait son regard vers le bas, sur ses longues jambes et sur les boucles couvrant son mont de Vénus. Malheureusement, il ne pouvait plus rien y faire. Il désigna le lit.

— Allez, va t’allonger.

— N’imagine même pas que tu iras dans mon lit avec ton jean, l’avertit-elle, alors qu’elle obéissait à son ordre, se glissant sous la couette et le regardant avec espoir.

David pinça les lèvres, mais se dépouilla, ne gardant que son sous-vêtement noir, sachant que l’ajustement serré du tissu collant révélerait sa demi-érection. Mais Angélique avait été une courtisane, elle savait l’effet qu’elle avait sur les hommes. Elle n’avait d’ailleurs aucune hésitation à en faire usage, si l’on se fiait à ses réactions ce soir. Posant son jean dans un coin, il grimpa dans le lit auprès d’elle, la basculant sur le côté il se positionna en cuillère derrière elle, son corps enveloppant le sien. Il posa l’une de ses mains sur sa hanche, l’autre sur son ventre, la tenant fermement contre lui, tout en limitant l’amplitude de ses mouvements.

Angélique le laissa la déplacer comme il le voulait, profitant de la sensation de ses mains sur son corps, même pour quelque chose d’aussi banal que de trouver une position confortable. Quand il fut installé et qu’il fut évident qu’il n’entreprendrait rien, elle se tortilla contre lui, frottant ses fesses contre son membre qui grossissait de plus en plus rapidement, un frisson de plaisir la traversa à l’idée qu’il n’était pas complètement immunisé contre ses charmes.

— Reste tranquille, grogna-t-il à son oreille, le désir d’abandonner ses scrupules accentuant la difficulté à rester lui-même immobile. Tu es censée te détendre.

— C’est plus facile à dire qu’à faire avec toi qui appuie dans mon dos, le taquina-t-elle d’une voix rauque, en espérant que ça ne prendrait pas longtemps avant qu’il appuie à d’autres endroits. Il y a une solution évidente à notre agitation respective.

David se redressa sur un coude et la regarda sérieusement en la surplombant.

— Tu ne réalises vraiment pas à quel point tu es confuse, pas vrai ? Une minute, tu me dis de ne pas te traiter comme une concubine et la suivante, tu me provoques comme une allumeuse. Je ne sais pas comment je suis censé réagir à ça. Si je cède, tu me reprocheras de te traiter comme tous les autres, mais tu fais de ton mieux pour m’inciter à te traiter de cette façon malgré tout, même quand j’essaye d’être un gentleman. Est-ce vraiment ce que tu veux, Angélique ? Veux-tu vraiment que je te saute dessus et que je t’utilise pour une jouissance physique vide de sens ? Si c’est vraiment ce que tu veux, je vais te le donner – par l’enfer, je suis seulement un homme et tu pourrais tenter un saint –, mais je préférerais te réconforter.

Angélique le regarda avec surprise.

— Tu resterais allongé à côté de moi, tels que nous sommes, et tu serais heureux de te contenter de me tenir dans tes bras pendant que nous dormons ?

David renifla.

— Tu n’as pas écouté un mot de ce que j’ai dit depuis que j’ai passé la porte, n’est-ce pas ? Oui, Angélique, je m’en contenterai parce que c’est ce dont tu as besoin à cet instant. Je ne suis pas un martyr. Je suis sûr que si nous dormons comme ça plusieurs nuits, je finirai par céder à la tentation, mais je préférerais le faire une nuit où nous le voudrons tous les deux, plutôt qu’une nuit aussi chargée d’émotions perturbantes.

Il se rallongea sur le lit et la reprit dans ses bras, une main glissant sous son tee-shirt pour se poser directement sur la peau de son ventre. Il frotta doucement son nez contre son cou.

— Une nuit peut-être, quand tu te peindras pour moi. Pour l’instant, dors. Il sera toujours temps pour le reste plus tard.

Elle frissonna au contact de sa main sur sa peau nue, à l’idée de décorer son corps pour son plaisir à lui. Ce serait sans doute également le sien. Il devait être un amant attentionné, elle en était persuadée, disposé à prendre le temps de s’assurer de son plaisir avant de jouir. Son insistance à vouloir prendre soin d’elle ce soir en était la preuve.

Elle se blottit plus étroitement dans ses bras, laissant sa chaleur se diffuser jusque dans ses os, chassant le froid de la nuit et l’horreur de la matinée. Elle ne s’attendait pas à s’endormir, certainement pas aussi rapidement. Entre les événements de la matinée et le désir que sa présence lui inspirait, elle était trop tendue pour même penser au repos. Cependant, le frottement lent de son pouce sur sa peau était apaisant, sa respiration douce et régulière ébouriffait à peine les cheveux près de son oreille. Sa dernière pensée avant qu’elle ne plonge dans le sommeil fut qu’elle pourrait s’y habituer.

Si, après la bataille devant Sang Froid, quelqu’un avait dit à David qu’il passerait la nuit suivante dans le lit d’Angélique, il lui aurait ri au nez… et pourtant, il était là, exactement où une partie de lui avait voulu être depuis le début. Elle était deux femmes complètement différentes, songea-t-il alors que son corps se détendait lentement dans ses bras. Elle était forte, déterminée, compétente, indépendante – le côté qu’elle montrait au monde – et puis cette soudaine et inattendue vulnérabilité apparaissait.

Elle le détesterait d’être content de voir cette fragilité sous la façade extérieure, mais cela faisait appel à son meilleur côté. S’il ne l’avait pas vu, il n’aurait jamais eu la force de lui résister ce soir, et il était heureux de l’avoir fait, heureux de se contenter de la tenir dans ses bras et de lui offrir ainsi du réconfort. Il soupçonnait qu’elle n’avait pas dû avoir beaucoup de soutien autre que sexuel dans sa vie. Il eut le souffle coupé en réalisant soudain qu’il voulait être le seul à le lui procurer, pour lui montrer toutes les choses qu’elle avait manquées dans sa vie.

Il réprima un petit rire. Si cela ne lui valait pas un regard noir et probablement un coup de poing, il ne savait pas ce qui le ferait. Il n’avait pas besoin de le lui avouer. Il se contenterait de lui montrer. Ses bras se resserrèrent un peu, il était surpris de voir qu’elle avait fermé les yeux et s’était détendue dans son étreinte. Avec un sourire, il ferma les siens et s’endormit.

III

 

 

— IL VA piquer une crise quand il finira par se réveiller, prédit Sébastien tout en observant Alain, toujours endormi dans la chambre d’amis de Thierry.

— S’il est assez en forme pour piquer une crise, je le laisserai faire, répondit sincèrement Thierry. Ton idée est bonne, mais il était trop épuisé hier soir pour être en mesure de passer la journée à sillonner la ville. Quand il se réveillera du second sort, peut-être qu’il sera assez reposé pour ne pas flancher au milieu de la journée.

— Ce n’est pas pour autant qu’il va aimer ça. C’était déjà fâcheux de le prendre au dépourvu avec le premier sort. Te faufiler dans sa chambre au milieu de la nuit pour en jeter un autre va le rendre furieux.

Thierry haussa les épaules.

— Il s’en remettra. J’ai fait ce qui était le mieux pour lui.

Sébastien n’était pas sûr que Thierry eut raison, mais il n’avait pas senti son amant se glisser hors de ses bras, il n’en avait eu conscience que lorsque Thierry était revenu au lit, le sort ayant déjà été jeté. Le vampire comprenait ce qui poussait Alain, ce n’était pas seulement son amour pour Orlando, mais également l’Aveu de Sang, une puissante force magique qui défiait la compréhension et cependant liait un vampire et son Avoué trop étroitement pour être séparés. Alain serait furieux quand il se réveillerait. Sébastien n’était pas pressé d’avoir cette conversation.

— Allons voir ce qui s’est passé durant la nuit, déclara simplement le vampire. Le reste pourra attendre qu’Alain revienne à lui.

 

 

— DE BONNES nouvelles ? demanda Thierry quand il rejoignit Jean, Raymond et Marcel dans la Salle des Cartes avec Sébastien.

Il redoutait de déjà connaître la réponse. S’ils avaient trouvé quoi que ce soit, Alain aurait été le premier qu’ils auraient averti.

Marcel secoua la tête d’un air maussade.

— Chaque endroit où nous avons cherché était aussi vide que les endroits que tu as visités avec Alain avant.

— Nous savions qu’il y avait peu de chances dès le début, leur rappela Raymond. Serrier a fait la même chose après ma désertion, et nous l’avons également vu, lors des rares occasions où nous avons réussi à convaincre un des sorciers capturés de dénoncer ses complices en échange d’une peine plus légère. Il s’esquive avant que nous puissions arriver sur place, laissant les bâtiments abandonnés.

— Alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Jean agacé. Nous ne pouvons pas simplement laisser Orlando entre leurs mains. Cela fait déjà plus de trente heures qu’il a été enlevé, et nous ne savons pas quand il s’est alimenté pour la dernière fois.

— Juste avant la bataille, intervint Thierry. Je ne sais pas combien de temps ça nous fournit, mais lui et Alain se sont accordé quelques minutes seul à seul avant que nous allions à la Place Pigalle, assez longtemps pour qu’il se nourrisse.

Le cœur de Thierry se serra quand il repensa aux révélations d’Alain au cours de la nuit précédente, et de sa confession au sujet de ce qu’ils n’avaient pas eu le temps de faire.

— Combien de temps a-t-il ? demanda Raymond. Avant que ça ne devienne critique.

Jean regarda Sébastien, sa question était aussi évidente et visible sur son visage qu’elle l’avait été avec les mots de Raymond. Il détestait devoir compter sur le vampire pour répondre cette interrogation, mais, dans ce domaine, Sébastien était la meilleure source d’informations dont ils disposaient et Jean ne pouvait pas justifier de l’ignorer, uniquement parce qu’il n’aimait pas la façon dont l’homme avait obtenu cette connaissance. Pas quand la sécurité d’Orlando était en jeu.

— Moins d’un mois après leur Aveu de Sang ? réfléchit Sébastien, en essayant de prendre en considération tous les facteurs qui ne l’avaient pas affecté avec Thibaut.

Il était surpris que Jean ait même songé à se tourner vers lui, compte tenu de la tension qui régnait encore entre eux. Cela allait un peu mieux depuis que l’alliance s’était formée, mais ils n’étaient pas vraiment amis.

— Je ne sais pas à quel point le fait qu’Alain soit un magicien peut influer, mais au mieux, d’après moi, je dirais quatre jours, cinq tout au plus, à peine davantage que s’il n’y avait pas de lien. Mais, à vrai dire, il y a aussi d’autres paramètres à prendre en compte.

Il ne voulait pas trahir la confidence d’Orlando, mais savoir que le lien n’avait été que partiellement consommé le préoccupait.

— Cela pourrait ne pas être différent d’un vampire non lié, avoua-t-il.

— Putain de merde, cracha Jean. La moitié de ce temps est déjà écoulée et nous n’avons pas la moindre idée de l’endroit où chercher désormais.

— En fait, Sébastien a eu une idée la nuit dernière, intervint Thierry. Nous devons juste attendre Alain pour pouvoir la mener à bien. Nous espérons qu’il peut utiliser leur lien pour affiner une zone de recherche.

— Il a dit que le lien n’indiquait aucune direction, objecta Jean.

— Oui, cependant nous espérons qu’il va varier en puissance tandis qu’Alain se déplacera plus ou moins loin de l’emplacement d’Orlando, expliqua Sébastien. Ça ne va pas nous conduire à Orlando, mais ça pourrait nous permettre de concentrer nos recherches sur une partie précise de la ville. Moins nous aurons de surface à couvrir pour le chercher, plus nous serons susceptibles de tomber sur lui.

Jean fronça les sourcils.

— Il doit y avoir un meilleur moyen.

— Alors, trouvez-le, ordonna Marcel. Raymond est un chercheur. Tu es le chef de la Cour de Paris. Tu as certainement des ressources qui pourraient conduire à des idées que nous n’avons pas encore explorées.

— J’ai demandé à Jean-Paul, un bouquiniste, de me dénicher des livres faisant référence aux vampires, déclara Raymond, mais je n’ai pas eu le temps de retourner voir ce qu’il a pu trouver. C’était à tout hasard, mais il aura peut-être quelque chose. Est-ce que monsieur Lombard nous laisserait faire des recherches dans sa bibliothèque ?

— Pour Orlando, il pourrait, admit Jean.

Il se souvenait de leur précédente rencontre, et la manière dont Lombard avait été impressionné quand il avait appris qu’Orlando avait pris un Avoué.

— Il semble avoir de la sympathie pour Orlando. Nous pourrions aller le lui demander, toutefois il n’ouvrira pas sa porte à la lumière du jour. Peut-être que Mireille nous permettra d’entrer.

— Qu’est-ce que vous attendez ? Les incita Marcel. Vous avez mon numéro de portable. Je le garderai avec moi. Appelez-moi si vous apprenez quoi que ce soit qui pourrait nous aider.

— Jean, vois si tu peux trouver Mireille, suggéra Raymond tandis qu’ils quittaient tous les deux la Salle des Cartes. Je vais passer voir les bouquinistes et me renseigner pour savoir si Jean-Paul, ou l’un des autres ont quelque chose que nous pourrions utiliser. Je te retrouve ici dans une quinzaine de minutes.

Au signe de tête de Jean, Raymond disparut, se rematérialisant quelques secondes plus tard sur les rives de la Seine. À cette heure, seules quelques-unes des échoppes étaient encore ouvertes, mais Raymond fut soulagé de voir Jean-Paul à son poste.

— Ah! Raymond, je me demandais combien de temps cela prendrait avant que tu reviennes me voir, commenta le bouquiniste en souriant. J’ai quelques livres pour toi.

— Je suis heureux de l’entendre, répondit Raymond avec un sourire en retour.

Il écarquilla les yeux quand Jean-Paul commença à empiler un livre après l’autre sur la table qu’il utilisait pour les achats. Au moment où il eût fini, une vingtaine de livres s’entassait devant lui.

— Tu as été très occupé, commenta Raymond abasourdi.

Jean-Paul haussa les épaules.

— Après les nouvelles du succès de l’alliance, les autres bouquinistes ont commencé à m’amener des trucs en disant que tu pourrais les trouver utiles. Je cherche tout ce qui peut aider à gagner cette guerre, fit-il le visage fermé. Il n’y a pas que les sorciers et les vampires qui sont touchés. Mon beau-frère a été blessé par le sort d’un sorcier rebelle. D’après les médecins, il va s’en sortir, mais ils ne sont pas sûrs qu’il pourra retrouver un jour l’usage de son bras gauche.

— Je suis désolé de l’apprendre, compatit sincèrement Raymond. Nous faisons du mieux que nous pouvons.

— Je sais, lui assura Jean-Paul. Personne ne blâme la Milice pour ce qui est clairement de la magie noire. Nous voulons voir la guerre s’achever aussi vite que possible, comme tout le monde, et si cela signifie récolter des documents, eh bien, c’est là que nous, bouquinistes, sommes les meilleurs.

Raymond hocha la tête.

— Combien te dois-je ?

— Une victoire, une fois pour toutes, déclara fermement Jean-Paul. Tu les prends, tu les utilises, tu gagnes cette guerre et ainsi nous serons quittes.

— Je ne peux pas faire ça ! protesta Raymond. Il y a là l’équivalent de centaines d’euros de livres. C’est ton gagne-pain. Tu ne peux pas te permettre de jeter cet argent par la fenêtre.

— Un seul de ces livres était à moi, expliqua Jean-Paul. Un vient de Philippe, deux stands plus bas. Un autre de Hugo, un autre de Pauline. Nous pouvons tous nous permettre de perdre le prix d’un livre, en revanche, nous ne pourrons pas garder nos boutiques si nous perdons cette guerre. Considère cela comme notre contribution à la cause.

— Merci, répondit sincèrement Raymond, encore remué par leur générosité. Nous allons gagner cette guerre. Ça ne sera peut-être pas cette semaine ni ce mois-ci, mais nous allons la gagner. Le vent est en train de tourner et Serrier ne peut rien faire pour s’y opposer désormais. Nous devons simplement continuer à le harceler jusqu’à ce que nous puissions l’abattre, une bonne fois pour toutes.

— Parfait. Maintenant, retourne à tes recherches, parce que je suis sûr que c’est une question urgente qui t’a amené ici.

Raymond renouvela ses remerciements et, rassemblant les livres avec un sort, retourna au siège de la Milice.

Dès que Raymond eut disparu, Jean chercha à savoir si Caroline et Mireille étaient de service ce matin-là. Si ce n’était pas le cas, il devrait trouver quelqu’un pour lui dire où vivait Caroline parce qu’il soupçonnait que c’était là qu’il trouverait Mireille. Sensible comme l’était la vampire rousse, elle avait dû désirer la compagnie et le réconfort de sa partenaire après tout ce qui s’était passé.

Il la trouva un moment plus tard, alors que Caroline et elle se présentaient au travail, toutefois, le visage de Mireille se décomposa quand elle entendit la requête de Jean.

— Il a quitté la ville pour son pèlerinage annuel, expliqua-t-elle. Il verrouille la maison quand il part. Je n’ai même pas la clé. Habituellement, je vais dans un hôtel, mais cette fois, je suis chez Caroline.

Le sort s’acharnait contre Jean. Il espérait que Raymond aurait plus de chance de son côté, sinon leurs recherches seraient complètement improductives.

— Je suis vraiment désolée, Jean, s’excusa Mireille. J’aiderais si je le pouvais.

— Quand penses-tu qu’il reviendra ?

Mireille réfléchit une minute.

— D’ici deux nuits au plus tard. Peut-être même demain soir. Cela dépend des horaires de train et des possibilités de voyager après la tombée de la nuit.

— Fais-moi savoir dès qu’il est de retour, s’il te plaît, recommanda-t-il. Orlando n’a pas beaucoup de temps et nous sommes à court d’idées.

Mireille hocha immédiatement la tête, détestant l’idée de ce qu’Orlando devait endurer actuellement. Elle espérait seulement qu’ils trouveraient un moyen de le sauver à temps.

Jean attendit le retour de Raymond en faisant les cent pas. Le magicien réapparut quelques minutes plus tard, les bras chargés de livres.

— Visiblement, Jean-Paul avait plus de livres sur les vampires qu’il ne l’avait réalisé, commenta Raymond avec un sourire.

Ne recevant aucune réponse, il les posa et se tourna vers Jean.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Nous ne pouvons pas accéder à la bibliothèque de monsieur Lombard du moins pas avant demain soir. Il n’est pas en ville et Mireille n’a pas les clés, expliqua Jean. Nous pouvons jeter un œil sur mes livres, mais il dispose d’une bibliothèque beaucoup plus importante que la mienne.

— D’accord, commenta Raymond. Allons informer Marcel du changement de plans puis nous prendrons ça et nous retournerons à ton appartement pour commencer à chercher. Si j’ai besoin de quoi que ce soit chez moi, je pourrai le récupérer jusqu’à un certain point. C’est un contretemps, mais cela ne signifie pas que nous ne disposons pas d’autres endroits où chercher.

Jean prit une profonde inspiration, écartant consciemment toute pensée négative. Il devait continuer à croire qu’ils pourraient sauver Orlando.

— Allons-y. Nous perdons un temps qu’Orlando n’a pas.

Ils arrivèrent dans la Salle des Cartes en même temps que l’un des nouveaux chefs de patrouille, Jérôme Sabatie. Le jeune magicien avait une expression ombrageuse sur le visage, chaque ligne de son corps hurlait sa colère et sa frustration.

Avant que Raymond, Jean ou Marcel puissent annoncer leur changement de plans, Jérôme s’était retourné pour faire face à Monique Leclerc, la magicienne renégate. Elle avait rejoint les autres, réunis dans la salle des opérations durant le court laps de temps où Raymond et Jean s’étaient éloignés.

— Salope ! cria Jérôme en se précipitant dans sa direction, avant d’être intercepté par le grand vampire qui se tenait à ses côtés. Pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi nous envoies-tu dans un piège ?

— Recule, grogna Antonio, les mots sourds sortant du plus profond de sa poitrine. Monique n’a envoyé personne dans un piège.

— Alors, pourquoi diable l’un de mes gars est-il dans un état critique, allongé à l’infirmerie ? cria Jérôme. Ils nous attendaient !

— Peut-être qu’ils vous attendaient, admit calmement Raymond, mais pas parce qu’elle vous a envoyé là-bas en le sachant. L’organisation de Serrier est configurée de telle sorte que si quelque chose comme ça se produit, ou si quelqu’un moucharde, il peut se retirer dans diverses cachettes. Et comme il doit savoir que nous sommes à la recherche d’Orlando depuis que nous avons recueilli Monique avec cette information, il est logique qu’il laisse des pièges derrière lui. Dans certains endroits, ce sont juste des sorts, mais cela ne signifie pas qu’il n’a pas laissé des patrouilles dans d’autres.

— Ou elle nous a donné un tas de vieux emplacements abandonnés pour nous bercer d’illusions, et ensuite nous jeter dans le véritable piège, contredit Jérôme.

— Le sang ne ment pas, s’entêta Antonio.

— Peut-être pas, mais les gens, eux, le peuvent, répliqua Jérôme. C’est ta partenaire. Évidemment que tu voudrais qu’elle soit de notre côté. Tu dirais tout ce qu’il faut pour faire en sorte que Marcel l’accepte.

— Jérôme, ça suffit, intervint Thierry, tirant le chef de patrouille en arrière, loin de Monique et de son partenaire. Je comprends que tu sois contrarié, ce qui est parfaitement normal quand un de tes gars se fait blesser, mais tes accusations n’aident pas. Antonio n’est pas le seul vampire qui s’est porté garant de la sincérité de Monique. Et l’autre vampire a une partenaire dans la Milice, donc il avait toutes les raisons de nous dire si Monique était, d’une façon ou d’une autre, complice des complots actuels de Serrier.

— Les gens peuvent changer de camp, affirma tranquillement Raymond depuis sa place aux côtés de Jean. Il arrive parfois que les personnes fassent de mauvais choix, puis se rendent compte de leur erreur et trouve un moyen d’en sortir. Il y a un mois, tu me regardais exactement de la même manière dont tu la regardes, m’accusant du même genre de duplicité. Le penses-tu encore aujourd’hui ?

Jérôme devait admettre qu’il ne le pouvait pas.

— Alors, offre à Monique le même bénéfice du doute, suggéra Raymond. Ton énergie serait bien mieux dépensée en fournissant à Marcel un rapport cohérent et en allant jeter un œil sur ton ami blessé au lieu de la dépenser à t’attaquer à la seule piste que nous avons à l’heure actuelle.

Honteux, Jérôme se tourna vers Marcel et commença son rapport concernant la façon dont ils étaient partis à la recherche d’un emplacement près de Montparnasse, l’un des rares endroits que Monique avait identifiés sur la rive gauche. Comme dans les autres endroits jusqu’à présent, ils avaient trouvé des pièces vides, des sorts toujours en place, mais personne pour les défendre. Ils avaient pénétré à l’intérieur relativement facilement et avaient commencé une fouille méthodique du bâtiment. Jérôme assura à plusieurs reprises à Marcel qu’ils avaient vérifié la présence d’auras, avant qu’ils entrent, et n’en avaient pas trouvé. Malgré ça, quand ils avaient commencé à redescendre des étages supérieurs, ils avaient été accueillis par un groupe de sorciers rebelles qui avaient immédiatement et violemment attaqué, ils leur avaient jeté des sorts dangereux et douloureux, mais aucun Abattoir.

— Il doit avoir compris au moins ça, songea Raymond à mi-voix.

Il n’ajouta pas que Serrier avait sans aucun doute dû tester les sorts sur Orlando pour connaître ceux qui fonctionneraient réellement sur les vampires. Jean était déjà suffisamment inquiet comme ça. S’il n’était pas déjà arrivé à cette conclusion par lui-même, Raymond ne voulait pas l’ajouter à ses préoccupations actuelles.

Ils étaient parvenus à se frayer un chemin pour sortir, rapporta Jérôme, mais pas avant que Mathieu Gastineau n’ait reçu un sort dans le dos qui avait brisé sa colonne vertébrale et avait presque arrêté son cœur.

— Les médecins ont plutôt bon espoir de parvenir à le garder en vie, acheva le chef de la patrouille, mais ils ne sont pas sûrs qu’il pourra remarcher un jour.

— A-t-il un partenaire ? intervint doucement Monique.

— En quoi ça t’intéresse ? cracha Jérôme.