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Suite de Contrat de sang Partenariat de Sang, tome 3 Alors que les partenariats magiciens-vampires de l'Alliance deviennent plus forts, les sorciers rebelles en subissent les effets. Ils cherchent de plus en plus désespérément à trouver des informations capables de les contrer, ignorant la pression croissante des liens de la magie de sang sur les magiciens et les vampires. Le conflit se propage. Les querelles des partenariats mal assortis, à la fois sur un plan personnel et professionnel, menacent de déchirer l'Alliance de l'intérieur, malgré les efforts d'Alain Magnier et d'Orlando Saint Clair, de Thierry Dumont et de Sébastien Noyer, et même de Raymond Payet et de Jean Bellaiche, le chef des vampires de Paris qui se bat pour établir un équilibre avec son propre partenaire afin de pouvoir donner l'exemple. Alors que la guerre fait rage et que les pertes déchirantes augmentent dans les deux camps, les sorciers rebelles continuent à chercher des indices pour comprendre et contrer la force de l'Alliance, alors que les partenaires liés par le sang de l'Alliance font la chasse aux anciens préjugés et partent à la recherche de savoirs oubliés pour trouver un avantage qui pourrait inverser le cours de la guerre une fois pour toutes. Avec cette nouvelle force à ses côtés, les dirigeants de l'Alliance décident d'annoncer son existence au monde entier, dans l'espoir de rallier des soutiens contre les sorciers rebelles qui menacent de détruire la vie comme ils la connaissent. Luttant pour trouver sa voie dans la guerre qui s'étend, l'Alliance découvre que, malgré ses avantages, les partenariats ont une incidence sur l'équilibre du pouvoir magique dans le monde, ce qui est pourrait être une menace encore plus grande que la guerre elle-même.
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Seitenzahl: 731
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Par Ariel Tachna
Suite de Contrat de Sang
Partenariat de sang, tome 3
Alors que les partenariats magiciens-vampires de l’Alliance deviennent plus forts, les sorciers rebelles en subissent les effets. Ils cherchent de plus en plus désespérément à trouver des informations capables de les contrer, ignorant la pression croissante des liens de la magie de sang sur les magiciens et les vampires.
Le conflit se propage. Les querelles des partenariats mal assortis, à la fois sur un plan personnel et professionnel, menacent de déchirer l’Alliance de l’intérieur, malgré les efforts d’Alain Magnier et d’Orlando Saint Clair, de Thierry Dumont et de Sébastien Noyer, et même de Raymond Payet et de Jean Bellaiche, le chef des vampires de Paris qui se bat pour établir un équilibre avec son propre partenaire afin de pouvoir donner l’exemple.
Alors que la guerre fait rage et que les pertes déchirantes augmentent dans les deux camps, les sorciers rebelles continuent à chercher des indices pour comprendre et contrer la force de l’Alliance, alors que les partenaires liés par le sang de l’Alliance font la chasse aux anciens préjugés et partent à la recherche de savoirs oubliés pour trouver un avantage qui pourrait inverser le cours de la guerre une fois pour toutes.
Avec cette nouvelle force à ses côtés, les dirigeants de l’Alliance décident d’annoncer son existence au monde entier, dans l’espoir de rallier des soutiens contre les sorciers rebelles qui menacent de détruire la vie comme ils la connaissent. Luttant pour trouver sa voie dans la guerre qui s’étend, l’Alliance découvre que, malgré ses avantages, les partenariats ont une incidence sur l’équilibre du pouvoir magique dans le monde, ce qui est pourrait être une menace encore plus grande que la guerre elle-même.
Table des matières
Résumé
Dédicace
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
XXVI
XXVII
XXVIII
XXIX
XXX
XXXI
XXXII
XXXIII
XXXIV
XXXV
XXXVI
XXXVII
XXXVIII
XXXIX
XL
Réparation de Sang
I
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Droits d’auteur
Pour mes sœurs d’adoption, Nancy, Holly, Connie, Cat, Carol, Madeleine, Gwen et Julianne qui m’ont lue, relue, corrigée et encouragée. Sans vous, ce rêve ne serait jamais devenu réalité.
— QUE PENSE-T-IL gagner de cette… farce ? cracha Pascal Serrier avec dégoût en éteignant la télévision.
L’annonce d’une alliance entre les magiciens de la Milice et les vampires parisiens, par Chavinier, lui retournait l’estomac. L’idée que ces créatures puissent avoir leur mot à dire dans la décision du pays était plus qu’il ne pouvait supporter. C’était une raison de plus pour renverser le gouvernement actuel et le reconstituer exclusivement avec des magiciens – ses sorciers – qui, eux, avaient compris la valeur de la magie et la place appropriée pour ces êtres inférieurs.
— Il doit savoir que cette alliance ne lui profitera pas. Qu’est-ce qu’un vampire peut faire contre l’un de nos sorts ? Et même s’ils peuvent résister à certains d’entre eux, nous pouvons tout simplement programmer nos attaques pour les effectuer durant la journée. Chavinier ne voudra pas contrarier l’ordre naturel au point d’inverser le jour et la nuit, à supposer qu’il soit encore assez puissant pour le faire, ce dont je doute. Il a mis sa réputation en jeu pour rien.
— Ou alors, il y a plus là-dessous que ce qu’il annonce, le contredit Éric Simonet. Il a beau être un idéaliste, il ne ferait pas une déclaration de guerre qu’il ne pourrait pas mener à bien. Il n’est pas stupide. Il sait les conséquences que cela aurait sur le moral et sur sa réputation.
— Alors, quel est l’intérêt ? demanda Serrier. Quel profit peut-il en tirer ?
— Si les vampires s’occupent des patrouilles de nuit, il peut affecter plus de sorciers aux combats pendant la journée, souligna Simon Aguiraud.
— Mais cela fait moins de sorciers pour nous contrer si nous attaquons la nuit, contredit Simonet. Il dit vrai quand il mentionne le retournement de situation, un résultat qu’il attribue entièrement aux vampires. Ils doivent bien avoir une faiblesse, pourtant. Joëlle a réussi à les battre avant d’être tuée.
— La lumière du soleil et le feu, répéta lentement Serrier. C’est ce que Bellaiche a dit lors de la conférence de presse. La lumière du soleil et le feu.
— À quoi pensez-vous ?
— Quelques minutes avant l’aube, déclara Serrier. Si nous attaquons une patrouille juste avant l’aube, ils vont perdre leur atout quand le soleil se lèvera, soit parce que les vampires chercheront un refuge, soit à cause de la lumière du soleil elle-même.
— C’est instantané, vous croyez ?
— Je ne sais pas, admit Serrier, mais notre invité sangsue le saura. Et il me dira la vérité ou j’arrêterai de lui fournir des victimes. Envoyez Claude le chercher.
Éric fronça les sourcils, mais fit ce que demandait le magicien. L’idée même du vampire le mettait mal à l’aise, mais il prenait garde à ne pas le montrer.
— Qu’en est-il de la femme ?
— Quoi, la femme ? demanda Serrier.
— Vous n’avez plus besoin d’elle, n’est-ce pas ?
Serrier haussa les épaules.
— On ne sait pas quand elle pourra s’avérer utile. Même si elle ne peut pas nous dire ce que nous voudrions savoir, je suis sûr que Claude prendra plaisir à jouer avec elle. Cela fait un moment que je ne lui ai pas donné un nouveau jouet.
Éric retint un frisson à l’idée que le magicien tordu puisse mettre la main sur la femme svelte qu’il avait contribué à ramener, sur l’ordre de Serrier. Il n’avait jamais été très optimiste sur son sort, mais il s’était autorisé à espérer que Serrier aurait la miséricorde de la tuer une fois qu’elle leur aurait dit tout ce qu’elle savait. Il avait lié son destin à celui de Serrier et de ses sorciers après la mort de sa femme, mais, parfois, certaines de leurs méthodes lui faisaient remettre en cause son jugement. Il avait coupé les ponts, de toute façon, il devrait donc se contenter de trouver d’autres moyens de préserver son humanité. La mort accordée par compassion lors d’une soi-disant maladresse avait fonctionné une fois. Il doutait que Claude – ou Serrier – puisse y croire de nouveau.
— La lumière du soleil et le feu, répéta pensivement Serrier. Nous ne pouvons pas forcer le soleil à se lever plus tôt, mais il existe des sorts pour le feu. Nous devons travailler pour adapter ces sorts aux batailles. Simon ?
— Je m’en occupe, déclara Aguiraud en se levant pour se diriger vers la porte. Les vampires vont regretter d’avoir révélé leur faiblesse.
Dès qu’il fut parti, Serrier se tourna vers Éric.
— Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de savoir ce qui se passe dans la tête de Chavinier, déclara-t-il à son lieutenant. As-tu réfléchi à l’idée de retourner vers lui pour être mes yeux et mes oreilles ?
— Je l’ai fait, admit Éric, et c’est une pensée attrayante d’utiliser sa naïveté pour lui nuire, mais je ne pense pas que je pourrais le convaincre. Je ne pense pas que je pourrais faire semblant de travailler avec l’assassin de ma femme, même pour l’abattre. Et tant que la colère sera toujours dans mon cœur, et dans ma magie, je ne pense pas qu’il me reprendra. Vous feriez mieux de trouver quelqu’un d’autre, quelqu’un ayant moins d’antécédents avec la Milice.
— Une suggestion ? demanda Serrier avec curiosité.
— Monique, répondit Éric après un instant de réflexion. Elle est assez impitoyable pour faire ce qui doit être fait, mais elle est capable de présenter un visage assez avenant pour lui permettre d’être acceptée.
— VOUS NE pouvez jamais rien demander de simple, général Chavinier, n’est-ce pas ? demanda Denise Cadoret, en regardant le projet de loi posé devant elle. Établir une égalité des droits pour les vampires, en vertu de la Constitution, n’est déjà pas une mince affaire à elle seule et, maintenant, vous nous demandez d’engager la responsabilité de tout le gouvernement sur cette question ?
— Comme vous le savez fort bien, Madame la Ministre répondit Marcel en refusant de regarder la Ministre de la Justice, la question revêt une certaine urgence.
— Pourquoi ? demanda Madame Cadoret. Pour le meilleur ou pour le pire, la situation existe depuis aussi longtemps qu’il y a eu un gouvernement pour accorder des droits à quiconque. Pourquoi devrions-nous adopter ce projet maintenant ? Je ne dis pas que nous ne devrions pas leur accorder l’égalité des droits. C’est juste que je ne comprends pas pourquoi cela ne peut pas suivre le processus législatif normal. Vous nous demandez de faire quelque chose d’incroyablement controversé et de risquer la dissolution du gouvernement, dans le cas où l’Assemblée déciderait de voter contre votre proposition.
— Parce que c’est juste de le faire, intervint André Guy, le Secrétaire des Droits de l’Homme. Les vampires risquent leur vie et leur âme pour nous protéger. Le moins que nous puissions faire est de prendre un risque pour eux.
— Parce que, depuis qu’ils ont commencé à risquer leur vie et leur âme pour nous protéger, nous n’avons perdu qu’un seul combat contre les rebelles de Serrier, ajouta Marcel. Nous sortons de l’impasse et le vent tourne en notre faveur.
— C’est bien beau tout ça, protesta le ministre de l’Économie et des Finances avant de réaliser combien son intonation semblait sarcastique.
Il se tourna vers le chef de la Cour à l’allure imposante, assis à la droite de Chavinier.
— Je le pense vraiment. C’est une chose merveilleuse que nous faisons des progrès contre les rebelles, mais la reconnaissance d’un nombre indéterminé de nouveaux citoyens d’un seul coup… c’est un cauchemar administratif. Il faut prendre en considération les emplois, les soins de santé, la sécurité sociale…
— Oui, nous sommes des milliers, admit Jean, mais nous ne pèserons pas sur le système autant que vous l’imaginez. Nous n’avons pas besoin de soins médicaux. Nous avons seulement besoin de nous nourrir, une chose que nous gérons très bien tout seuls. Nous ne vieillissons pas et ne devenons pas impotents, donc la sécurité sociale n’est pas nécessaire. Chaque chef des Cours connaît sa ville. Ils pourront donc facilement fournir une liste des vampires habitant dans leur secteur à la préfecture locale, afin de leur obtenir des papiers d’identité. Nous avons tous trouvé des moyens de gagner l’argent dont nous avons besoin pour nos loyers sans quoi nous n’aurions pas survécu au-delà de l’aube, donc le logement n’est pas un problème non plus.
— Ce n’est pas uniquement les organismes qui ne sont pas préparés à tout cela, répliqua Madame Cadoret. Les vampires n’ont jamais été régis par nos lois, mais si nous leur accordons une protection juridique, les tribunaux auront à s’occuper d’eux.
— Nous n’appliquions pas le droit des mortels, parce qu’il ne nous reconnaissait pas, répondit Jean, mais cela ne nous rend pas ingouvernables. Nous avons nos propres lois, nos propres tribunaux et notre propre justice depuis bien plus longtemps que cette république n’existe.
— Raison de plus pour avancer lentement, insista, Madame Cadoret. Nous ne savons rien de vos lois ni comment elles peuvent s’adapter aux nôtres. Cela ne présage que des ennuis.
Voyant la mine renfrognée du vampire, elle continua :
— Je ne dis pas que nous devrions empêcher la loi d’aller à l’Assemblée. Je pense simplement que le calendrier du général Chavinier n’est pas raisonnable.
— Laissez-moi voir si je peux résumer la situation pour vous, répliqua Jean. Avec mon peuple, nous nous sommes portés volontaires pour aider dans cette guerre afin de soutenir un gouvernement qui, pour le moment, ne reconnaît même pas notre droit à exister et, encore moins, notre droit à quoi que ce soit d’autre. Heureusement pour vous, nous nous rendons compte que l’enjeu dépasse les quelques mortels sans vision à long terme qui sont assis sur ces chaises. La seule condition que nous avons mise pour notre assistance c’est cette loi.
— Nous avons à peine récupéré d’un déséquilibre dans la magie élémentaire, déclara Marcel en reprenant la parole. Avoir les vampires de notre côté nous permet de libérer des magiciens pour le traiter, que ce soit pour réparer les dégâts ou pour tenter de résoudre le problème. Vous ne voulez pas vraiment avoir à expliquer au peuple français pourquoi votre réticence a provoqué l’échec de l’alliance, la perte de la guerre par les miliciens et la chute de la République, n’est-ce pas, Madame la Ministre ?
— QUELLE SALOPE, murmura Jean quand Marcel l’eut ramené à son bureau après le Conseil des ministres.
— Elle n’est pas arrivée là où elle est actuellement en étant aimable, accorda Marcel, mais elle n’est pas réactionnaire, juste prudente. Une fois que le Premier Ministre prendra sa décision, elle le soutiendra et s’assurera que la loi soit la meilleure possible. Nous devons juste attendre la décision de Monsieur Pequignot désormais.
Jean hésita un moment, puis reconnut :
— Tu sais, à ce stade, nous ne partirons pas, même s’il n’invoque pas l’article 49-3 ? Pour le meilleur ou pour le pire, nous sommes engagés maintenant.
— Je sais, répondit Marcel.
Il avait déjà deviné que les vampires ne se retireraient pas, même si le gouvernement ne présentait pas au vote la proposition de loi sur l’égalité des droits.
— Et je suis persuadé que le Premier Ministre le sait aussi, continua-t-il. En t’affichant publiquement à mes côtés, tu es devenu une cible au même titre que les magiciens de la Milice. Tu devrais malgré tout avertir ceux qui ne sont pas directement impliqués de prendre des précautions supplémentaires. Si les sorciers de Serrier trouvent l’un des tiens, ils ne se demanderont pas si leur victime est impliquée dans l’alliance ou pas. Ils se contenteront d’attaquer et, même si le sort Abattoir ne fonctionne pas sur les vampires, d’autres sorts y parviendront certainement. Je comprends pourquoi tu as dit à la presse que la lumière du soleil et le feu étaient les seules choses que les vampires craignaient, et je sais que le soleil n’est pas un problème pour les vampires ayant un partenaire, mais c’était quand même un risque énorme, car cela va réduire les sorts que Serrier et ses hommes vous lanceront.
— Je me suis battu aux côtés des sorciers, souligna Jean. Je les ai regardés neutraliser les sorts avant qu’ils puissent faire le moindre dégât. Ils n’auront qu’à neutraliser ces sorts de la même manière. Et le lien qui semble se former entre les partenaires saura certainement leur donner une motivation supplémentaire.
Il ne mentionna pas la dimension plus intime que le lien comportait désormais pour la plupart des partenariats, ne voulant pas que cet aspect influence le vieux général qui soutenait les vampires. Cependant, il ne pouvait s’empêcher de se rappeler les sons intimes qu’il avait entendus avec Raymond pendant qu’ils vérifiaient l’équilibre de la magie élémentaire, alors qu’ils géraient les conséquences du typhon alimenté par la magie sur l’île de La Réunion.
— Ils en auront l’occasion d’ici peu, déclara tristement Marcel. Nous avons besoin que Thierry revienne ici et probablement d’Alain également. Notre jeune espion nous a envoyé des informations que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer. Je donnerais les ordres, mais Thierry est bien meilleur stratège qu’un vieil homme tel que moi.
Jean grinça des dents pour lutter contre sa réaction instinctive à la pensée du partenaire du magicien blond. Elle provenait de sa conviction que Sébastien lui avait volé son amant, son potentiel Avoué cinq siècles plus tôt, juste sous son nez, à peine quelques jours après son arrivée à Paris. Malgré leur récente conversation sur le sujet, il n’appréciait pas le vampire et n’était pas tout à fait sûr d’avoir confiance en lui. Malheureusement, Marcel faisait confiance à son magicien, ce qui signifiait que Jean n’avait d’autre choix que de tolérer le vampire.
Il sourit à Orlando quand celui-ci entra, et conserva la même expression quand il fit face à Sébastien. Celui-ci lui répondit d’un geste aimable de la tête. Jean aurait parfois voulu se débarrasser des apparences imposées continuellement par le jeu des Cours, même entre alliés supposés. Le jeu était toutefois trop enraciné pour s’arrêter, même ici. Il regarda de nouveau Orlando et Alain, essayant de déterminer s’ils avaient résolu leur problème. Son jeune ami paraissait visiblement plus détendu que la dernière fois où ils s’étaient parlé. Il allait observer et attendre, mais s’il voyait quoi que ce soit qui l’inquiétait, il aurait une discussion avec le magicien avant la fin de la journée. Il avait été le protecteur d’Orlando trop longtemps pour cesser de veiller sur le jeune homme maintenant. En attendant, il s’appuya contre le mur, prêt à écouter ce que Marcel avait à annoncer, et la discussion qui s’ensuivrait.
— Que se passe-t-il ? demanda Alain quand ils furent tous assis.
Il pouvait sentir les yeux de l’ancien vampire dans son dos, mais il ne savait pas comment il pourrait le rassurer, surtout dans cette assemblée. Si Marcel les avait tous réunis, c’était qu’il était arrivé quelque chose, et la guerre passait en premier. C’était nécessaire.
— Notre jeune espion nous a envoyé quelques informations ce matin, je les considère de première importance, annonça Marcel. Selon lui, Serrier a décidé d’utiliser Samhain pour démontrer que son pouvoir existe toujours. Il doit savoir que nous espérions profiter de ce jour pour stabiliser la magie élémentaire et, qu’en conséquence, nous ne serons pas en mesure de nous opposer à ses plans.
— Ce n’est pas une surprise, admit Thierry, bien que la révélation de l’alliance puisse quelque peu changer ses projets.
— Le message est arrivé après l’annonce, répondit Marcel, mais tu as raison, il peut encore changer d’avis. Pour l’instant toutefois, son intention est de détruire la tour Eiffel, à midi.
— Tout ça suggère qu’il a pris en considération l’alliance, observa Alain. Stratégiquement, il est préférable d’attaquer à la faveur de l’obscurité plutôt qu’au beau milieu de la journée.
— Oui, si les vampires étaient encore limités par le cycle du soleil, nous aurions à choisir entre préserver l’un des monuments de notre ville – sans compter les vies qui seraient perdues dans une telle attaque – et l’équilibre de la magie élémentaire, confirma Marcel. Heureusement, nos alliés ne souffrent plus de ces limitations.
— Avec l’aide adéquate, admit Jean spontanément, cruellement conscient de l’homme qui n’était pas présent alors qu’il observait la salle.
L’absence de Raymond le tourmentait comme un mal de dents, pas gênant au point qu’il ne pouvait plus travailler, mais toujours présent dans un coin de son esprit.
— Raymond a-t-il dit quand il pensait revenir ? demanda soudain Marcel en se tournant vers Jean. Son expertise serait inestimable.
— Nous pouvons le faire sans lui, grommela Thierry.
— Oui, nous le pouvons, admit Marcel, mais cela ne signifie pas que nous le devrions s’il est présent. Aucun d’entre nous n’a étudié les pouvoirs élémentaires autant que lui, alors pour quoi ne pas utiliser toutes les ressources à notre disposition ?
Jean se hérissa un peu, en entendant son partenaire être mentionné avec autant de légèreté, mais il avait eu à traiter avec des vampires ayant une attitude similaire à celle de Thierry, et il savait que l’approche de Marcel était la plus efficace. Cela l’ennuyait toujours d’entendre quelqu’un dénigrer les capacités de Raymond.
— Combien de sorciers seront nécessaires afin que le rituel de rééquilibrage soit un succès ? demanda-t-il.
— Raymond, pour son habileté, et Thierry est volontaire également puisqu’il a souvent aidé en la matière avant la guerre, énuméra Marcel. Nous ferons appel à une cinquantaine de volontaires pour apporter leur force. Ce n’est pas un rituel dangereux, mais il est exigeant. La plupart des magiciens concernés devront ensuite se reposer pendant plusieurs jours. Je ne prendrai que deux volontaires par patrouille afin de ne pas diminuer inconsidérément nos ressources.
— Je dirigerai la patrouille de la tour Eiffel, proposa Alain. Si Thierry ne peut pas être présent pour s’occuper de la coordination, je suis la personne la plus qualifiée pour m’en charger.
À ses côtés, Orlando retint un froncement de sourcils. Il commençait à peine à retrouver leurs marques après leur dispute – un malentendu stupide sur les limites d’Orlando et la crainte qui en avait découlé, Alain redoutant que son amant puisse avoir perdu toute confiance en lui – et, malgré tout, son amant se portait volontaire pour participer à ce qui pourrait être une terrible bataille. Il comprenait la nécessité de la guerre, il comprenait même l’implication d’Alain, mais ses instincts protecteurs s’emballaient à la pensée de tout ce qui menaçait son Avoué. Il resterait aux côtés d’Alain constamment, mais il savait qu’il ne pouvait pas faire grand-chose pour protéger son magicien, en particulier si les sorciers de Serrier commençaient à adapter leurs sorts pour infliger des dégâts aux vampires, une possibilité dont il avait discuté avec Alain depuis l’annonce de l’alliance.
— Prends au moins ma patrouille avec toi, et peut-être une autre aussi, conseilla Thierry. Serrier veut que ce soit une victoire. Il ne va pas se contenter d’envoyer une poignée de sorciers. Nous aurons de la chance s’il n’envoie pas tous ceux qu’il a.
— Et si l’attaque était une diversion ? interrogea Jean. C’est ce que ferait un vampire : laisser filtrer une information, tout en planifiant secrètement autre chose. Je ne dis pas que nous devrions ignorer la menace, mais cela semble affreusement direct pour un homme aussi tordu et malsain que Serrier.
— Il marque un point, admit Thierry. Le gamin ne semble pas haut placé dans la hiérarchie. Ça pourrait être un piège, pour lui comme pour nous.
— C’est possible, admit lentement Marcel, mais le jeune Dominique n’est pas ma seule source d’informations. Comme on dit, je ne suis pas né de la dernière pluie. J’ai suffisamment de renseignements pour penser que la menace est crédible. La tour Eiffel n’est pas vraiment un emplacement stratégique, mais elle est un symbole. S’ils réussissent à la détruire, cela portera un sérieux coup à l’image de la Milice et du gouvernement.
— Alors, nous devrons simplement nous assurer qu’ils ne la font pas tomber, conclut Thierry d’une voix ferme.
RAYMOND TRÉBUCHA un peu quand il apparut au siège de la Milice, juste au moment où le soleil se levait. Le déplacement depuis La Réunion l’avait épuisé, mais il ne voulait pas reporter davantage son retour. Il était douloureusement conscient du temps qui s’était écoulé depuis le départ de Jean et le besoin d’être de nouveau aux côtés de son partenaire était devenu véritablement insurmontable. Le savoir inspiré par la magie ne faisait rien pour en atténuer l’effet. Il allait faire le point avec Marcel et lui remettrait son rapport, puis il trouverait son partenaire et insisterait afin que le vampire s’alimente de nouveau correctement.
La jalousie comprima le cœur de Raymond à la seule pensée que Jean ait été obligé de se résoudre à boire le sang de quelqu’un d’autre pendant son absence. Il s’était donné sans compter pour essayer de stabiliser suffisamment la situation sur l’île, afin de pouvoir la laisser aux mains du lieutenant Raynaud de Lage et de son partenaire. Il était parfaitement conscient qu’à chaque heure qui passait, la subsistance et la protection que son sang avait fournie à Jean faiblissaient. Il avait vu les flashs d’actualités montrant Jean et Marcel annonçant l’alliance deux jours plus tôt. Il s’était empli les yeux de l’élégance sobre de son partenaire et avait finalement admis pour lui-même que, inspiré par la magie ou non, il était attiré par le vampire. Il n’envisageait pas de céder, hormis pour encourager Jean à se nourrir autant et aussi souvent qu’il en avait besoin. Une petite partie de son esprit craignait de s’abandonner complètement à l’influence de la magie élémentaire, mais la révélation était là désormais, au plus profond de son être.
Traversant les couloirs calmes, il s’appuya lourdement contre le mur lorsqu’il frappa à la porte du bureau de Marcel.
— Raymond ?
Le magicien s’écarta du mur en entendant son nom, ne voulant pas montrer la moindre faiblesse devant les autres, d’autant que ceux-ci toléraient à peine sa présence. Il lui fallut un moment pour comprendre qui venait de parler.
— Jean, qu’est-ce que tu fais encore ici ? demanda-t-il. Le soleil est levé et je suis sûr que ma magie n’agit plus.
— C’est vrai, admit Jean, depuis hier après-midi. Je suis arrivé hier à la tombée du soir pour aider une patrouille de nuit, et je suis resté à parler avec Marcel sur les progrès de la loi. Nous étions si absorbés que nous n’avons pas vu le temps passer jusqu’à ce qu’il soit obligé de me quitter pour une réunion – après le lever du soleil. Je suis descendu à ton bureau, puisqu’il n’a pas de fenêtre, pour me reposer. Que fais-tu ici ?
— Je voulais informer Marcel que j’étais de retour, et lui demander s’il savait où tu étais, expliqua Raymond. Lui n’est pas ici, mais au moins je t’ai trouvé. Tu dois te nourrir.
Jean rit.
— Cela peut attendre ce soir. Tu es épuisé. Rentre à la maison et repose-toi.
S’affalant contre le mur, Raymond sourit avec lassitude.
— Je ne pense pas que je peux rester éveillé assez longtemps pour prendre le métro, et je sais que je n’ai pas l’énergie pour m’y rendre par magie. Je vais trouver un coin tranquille ici, et m’effondrer après t’avoir nourri.
Le chef de vampire fronça les sourcils, glissant son bras autour de la taille de son partenaire et l’entraînant vers son bureau. S’il était secrètement aux anges de sentir le magicien marcher aussi près de lui, son plaisir était toutefois minoré par sa préoccupation de le voir aussi faible.
— Pas question que tu fasses une telle chose. Nous allons rejoindre ton bureau et tu pourras créer un lit pour toi. Je pourrai lire pendant que tu dormiras ; tu as bien assez de livres dans ton bureau et il serait bon que j’en apprenne autant que je le peux, maintenant que nous sommes alliés. Quand tu te réveilleras, je me nourrirai et nous déciderons alors de ce qu’il reste à faire. Y a-t-il quelque chose que tu dois dire à Marcel qui ne peut pas attendre que tu aies dormi pendant au moins quelques heures ? Tu dors debout.
— Non, ça peut attendre, marmonna Raymond, quand ils passèrent le seuil de son bureau. Je voulais juste l’informer que j’étais de retour.
— Je m’assurerai qu’il le sait, promit Jean. Fais apparaître un lit et repose-toi un peu.
Raymond hocha la tête et murmura un sort de transformation, le bureau devint une banquette étroite. S’il n’avait pas été aussi fatigué, il serait rentré chez lui pour dormir dans son lit, mais même ce sort si simple semblait l’avoir vidé de ses dernières forces.
— Un vrai lit, gronda Jean. On ne peut guère se reposer là-dessus.
Raymond esquissa l’ombre d’un sourire et prononça un autre sort, le canapé disparut et un lit, petit, mais confortable, prit sa place. Épuisé, les deux sorts ayant consommé le peu d’énergie qui lui restait, il s’effondra sur le matelas mou, s’endormant presque avant que sa tête ne touche l’oreiller. Jean secoua la tête alors qu’il remontait les pieds de Raymond sur le lit et le couvrait d’une légère couverture. La température de la pièce lui paraissait agréable, mais il avait côtoyé suffisamment de mortels pour savoir qu’ils appréciaient une chaleur plus importante que celle que lui trouvait nécessaire. Son partenaire était déjà épuisé, la dernière chose qu’il voulait c’était de voir Raymond tomber malade.
S’installant sur la chaise de bureau, Jean prit un livre sur l’histoire de la sorcellerie. Il pensa que ce serait une lecture ennuyeuse, mais monsieur Lombard, son mentor et le plus vieux vampire de Paris, avait mentionné que les vampires avaient déjà fréquenté des sorciers autrefois, et il était curieux. Il voulait voir s’il trouvait une quelconque référence mentionnant des vampires combattant aux côtés de sorciers. S’il y parvenait, il serait en mesure de comprendre comment empêcher son peuple d’être décimé, comme il l’avait été autrefois d’après ce que monsieur Lombard lui avait dit. Certes, l’existence des partenariats aiderait cette fois – protégeant les vampires appareillés de l’exposition au soleil et donnant aux sorciers quelqu’un d’attitré pour le protéger –, mais tous les vampires n’avaient pas de partenaire et, désormais, Serrier avait connaissance de l’alliance. Les sorciers rebelles allaient sûrement adapter les sorts qu’ils utilisaient pour les rendre préjudiciables aux morts-vivants.
Il réussit à parcourir les deux premiers chapitres avant que ses pensées ne dévient du sujet pour se reporter sur l’homme qui dormait à proximité. Il ne s’était pas attendu à ce que Raymond lui manque. Son sang et la protection qu’elle lui offrait, oui, mais pas l’homme lui-même. Plus d’une fois, au cours des jours précédents, il avait eu envie de partager une réflexion avec le magicien ou de lui demander quel serait son avis sur tel ou tel sujet. Prenant le temps d’y réfléchir, il réalisa avec stupeur que leur rencontre remontait à peine à deux semaines et, durant ce court laps de temps, la proximité – et le lien magique entre eux – avait permis à Raymond de faire partie intégrante de son existence. Il pouvait encore vivre sans son partenaire à ses côtés, mais il aurait alors l’impression qu’il lui manquait quelque chose, comme si ses sens étaient subitement émoussés. Maintenant que Raymond était de retour à Paris, tout rentrait dans l’ordre, comme si un voile s’était levé devant ses yeux. Il se dit qu’une telle réaction était ridicule, mais cela ne diminua en rien la sensation.
Posant le livre de côté, il s’approcha du lit et s’assit sur le bord, observant attentivement le magicien aux cheveux noir. Les yeux de Raymond étaient fermés, ce qui lui interdisait de voir ses iris noisette, mais Jean pouvait les visualiser assez facilement. Les imaginer s’ouvrir doucement, voir ses lèvres minces se relever en un sourire accueillant tandis que Raymond tendrait les bras pour…
avant que Jean ne puisse la retenir, sa main s’élança vers le visage de Raymond pour le caresser, le cours inattendu de ses pensées le prenait au dépourvu. Sa main resta suspendue à un centimètre au-dessus des cheveux courts de son partenaire, tandis qu’il luttait contre lui-même, contre le fait de savoir que leur lien était inspiré par la magie, contre le désir compulsif de réclamer le beau magicien comme sien. Il ne s’était pas nourri depuis son départ de La Réunion. Il devrait être affamé, à peine capable de contrôler son besoin de chasser après aussi longtemps. Quarante-huit heures, il pouvait les supporter facilement. Soixante-douze heures, cela restait une durée raisonnable. Mais cela faisait quatre-vingt-dix heures maintenant, sa faim aurait dû être débilitante. Il pouvait évidemment sentir le besoin de sang, mais pas avec autant d’acuité qu’il s’y attendait. Sachant que Raymond s’offrirait dès son réveil – il s’était proposé avant de s’endormir, mais cela aurait été un abus de confiance d’accepter – Jean devrait être en train de se contenir avec toute la force de sa volonté. Au lieu de ça, il était patiemment assis à côté de son partenaire, attendant que Raymond se réveille.
Les yeux de Raymond s’ouvrirent lentement, comme incités par l’intensité du regard de Jean. Il cligna des yeux plusieurs fois, incertain de pouvoir croire ce qu’il voyait. Chaque fois qu’il avait dormi durant leur séparation, il avait rêvé de se réveiller en trouvant son partenaire à ses côtés. Chaque fois, cela n’avait été qu’un rêve.
— Suis-je encore en train de rêver ? demanda-t-il, confus.
Jean secoua la tête.
— Non, c’est la réalité.
— Je n’étais pas sûr, expliqua Raymond encore à demi endormi, les mots s’échappant sans censure. J’ai rêvé…
Il s’arrêta quand il réalisa ce qu’il avait été sur le point de révéler. Secouant la tête pour s’éclaircir les idées, il offrit son bras à Jean.
— Tu dois te nourrir.
Jean étreignit la main de Raymond dans la sienne, mais ne la leva pas immédiatement à sa bouche. Son regard était fixé sur la veine pulsant au cou de son partenaire. Il voulait refermer ses lèvres sur cet endroit, enfoncer ses dents dans cette partie de chair, mais le faire sans y être invité briserait sûrement la sérénité qui régnait entre eux. Même en sachant l’intimité que procurait le baiser d’un vampire, Jean ne voulait pas menacer cette paix. Quelque chose dans son expression avait dû trahir son désir, car Raymond croisa son regard et courageusement, lentement, très lentement, bascula la tête en arrière. Un millénaire d’expérience en tant que vampire, un millier d’années à se sustenter du sang vivifiant des autres, ne l’avait pas préparé à ce moment. Il ne devrait y avoir rien de spécial, rien d’inhabituel dans l’offre que faisait Raymond avec cette prudente résolution. Des mortels s’étaient offerts sciemment et inconsciemment à Jean plus de fois qu’il ne pouvait en compter au cours des années qui avaient suivi sa transformation. Beaucoup d’entre eux avaient offert leurs cous. Peut-être était-ce de savoir combien Raymond avait été hésitant – Jean réprima un rire ; révolté était un terme plus exact – la première fois qui rendait cette soudaine bonne volonté aussi tentante. Peut-être était-ce le délai depuis la dernière fois qu’il avait mangé qui influençait maintenant sa faim. C’était peut-être le lien magique entre eux qui guidait ses instincts possessifs. Quoi qu’il en soit, sa main tremblait quand il se prépara à se pencher sur son partenaire et à s’alimenter à cette veine offerte.
La sensation d’un corps le surplombant, le touchant presque, faisait courir des frissons dans le dos de Raymond. Il combattit la double urgence qui l’incitait à se battre ou à fuir, alors que la sensation d’être pris au piège grandissait en lui. Puis les lèvres de Jean frôlèrent son cou et tout désir de s’éloigner le déserta. À la place, sa tête bascula plus franchement en arrière, donnant au vampire un meilleur accès à la peau tendre de son cou.
Jean se figea, avec l’envie croissante de se pincer pour s’assurer que, comme il l’avait assuré à Raymond, ce n’était pas un rêve. Il respira profondément, luttant pour garder le contrôle qu’il lui avait été si facile de conserver avant que Raymond ne s’offre volontairement. Les sens de Jean étaient soudain saturés par les parfums de sable, de sueur et de bois de santal. Consciencieusement, il prépara la gorge de son partenaire, le pouls battant furieusement. Il pouvait goûter le sel sur la peau du magicien, mais sans pouvoir dire s’il provenait de sa sueur ou de l’océan. Cela importait peu de toute façon, hormis pour séduire Jean davantage. L’inspiration et l’expiration du souffle de Raymond soulevaient ses cheveux, balayant les longues mèches sur son visage quand une des mains du magicien se leva lentement pour se poser sur son crâne.
Jean craqua. Ses crocs descendirent si rapidement que cela en était presque douloureux, ses dents se refermant sur sa peau sans préméditation consciente, s’enfonçant profondément dans le cou de Raymond, prenant la nourriture offerte et se réjouissant de l’intimité implicite.
La douleur était aussi réelle que Raymond l’avait toujours craint, mais elle disparut aussi vite qu’elle était venue. Elle était remplacée par un sentiment de connexion beaucoup plus immédiat que ce qu’il avait ressenti chaque fois que Jean s’était nourri à son poignet. Ses yeux se fermèrent alors que les lèvres du vampire se déplaçaient sur sa peau, se nourrissant profondément.
Toute la faim que Jean aurait dû ressentir ces deux derniers jours le submergea soudainement. Le sang de Raymond était riche et chaud, un festin de saveurs aussi complexe que l’homme lui-même. Une partie de l’esprit de Jean les répertoriait pour un examen ultérieur, mais il était trop immergé dans cette intense, intime union pour les analyser maintenant. Rapidement, une saveur domina les autres. Se méfiant des émotions perçues, tant l’idée était à l’opposé de ce que Raymond avait manifesté sur l’île, Jean ne fit rien pour favoriser l’excitation qu’il pouvait percevoir, mais il connaissait trop bien la signature de cette émotion pour être incapable de l’interpréter ou de l’identifier correctement. Il serait déjà assez difficile pour son partenaire de composer avec l’évolution soudaine des perspectives entre eux, sans évoquer les questions soulevées par le lien magique. Jean préféra donc se concentrer pour maintenir ses propres réactions sous contrôle, pour ne rien faire susceptible d’exacerber de possibles problèmes dans leur relation. S’il avait presque désespérément besoin de se nourrir, après avoir puisé dans ses réserves autant qu’il se sentait capable pour survivre, il ne voulait pas que sa voracité puisse effrayer Raymond. Il devait laisser toutes ces considérations de côté ; pour pouvoir participer efficacement à l’alliance, il avait besoin de la protection que le sang de son partenaire pouvait lui fournir.
Le corps de Jean se pressait contre Raymond à la manière d’un amant, leur position évoquant des rêves chauds, des membres enchevêtrés, des peaux odorantes, humides. Raymond frissonna sous la vague de désirs inconscients, irrésistibles, son moi profond ayant accepté au cours de leur séparation, ce que son être éveillé continuait à rejeter. Sa main se resserra dans les cheveux de Jean, exhortant le vampire à prendre tout ce dont il avait besoin. Il s’agita nerveusement sur le lit tandis que les émotions suscitées par les crocs de Jean s’épanouissaient en lui. Son autre main tâtonnait sur le drap à la recherche d’une semblable, de doigts à emmêler avec ceux de son partenaire pendant que le vampire continuait à boire.
Si cela avait été quelqu’un d’autre sous ses canines, Jean aurait pris ce geste comme un signe destiné à l’inciter à aller au-delà de la simple alimentation, vers une interaction encore plus agréable. La convoitise croissante qu’il pouvait goûter dans le sang de Raymond ne faisait qu’ajouter à cette impulsion, mais il n’avait pas atteint sa position de chef de la Cour en cédant à ses pulsions. Raymond n’était pas un inconnu qu’il avait ramassé dans un club goth ou payé à Sang Froid. Il était le partenaire de Jean, sa protection contre le soleil et son allié dans cette guerre. Plus que cela encore, Jean en était venu à le respecter au cours des deux dernières semaines, à réaliser l’étendue des connaissances et du caractère qui se cachait sous une jolie apparence et une attitude parfois maussade. Aussi ne laissa-t-il pas ses mains s’égarer comme elles le souhaitaient, les gardant fermement à la place, là où elles se trouvaient, l’une tenue par la main de Raymond, l’autre posée à côté de sa tête afin de soutenir son poids pour qu’il ne s’appuie pas trop intimement contre le magicien. La certitude qu’il faisait le bon choix ne faisait rien pour compenser la tentation que Raymond représentait, surtout avec le désir qui courrait cruellement dans ses veines. Il avait déjà pris assez pour tenir, même après son jeûne de plusieurs jours, mais il voulait connaître le goût de la jouissance de Raymond. Il pourrait bien ne jamais connaître le frisson de faire l’amour au magicien en l’ayant sous lui, il pourrait très bien n’avoir jamais rien de plus que ce moment ou d’autres dans le même genre. Cette pensée était suffisante pour l’inciter égoïstement à continuer à s’alimenter.
Juste pour cette fois, il montrerait à Raymond tout le plaisir qu’un vampire pouvait offrir, en espérant que ce serait suffisant pour amener le magicien à désirer plus, non pas parce que cela bénéficiait à l’alliance, mais parce que cela leur profitait à eux.
Raymond n’aurait pas su dire ce qui changea, mais il sut à quel moment cela se produisit. Les crocs de Jean ne pénétrèrent pas moins profondément, pas moins activement, mais leur action prit brusquement une nouvelle dimension. Soudain, sa jouissance semblait l’objectif de leurs mouvements. Il voulait secouer la tête, dire à Jean de ne pas en faire quelque chose de plus que cela n’aurait dû l’être, mais rapidement, il fut incapable de réfléchir à ce que « cela » pouvait être. Jean ne s’était pas privé d’alimentation pendant quatre jours simplement pour l’alliance. Bien qu’ils aient convenu qu’il se montrerait discret s’il allait se nourrir ailleurs, personne ne l’aurait blâmé puisque Raymond n’était pas sur le même continent. Et certainement pas Raymond. Jean ne serrait pas sa main avec tant de délicatesse à cause de l’alliance non plus. Peut-être qu’une part de tout ceci était due au lien créé entre eux par la magie élémentaire, mais bien qu’ils le comprennent mieux maintenant qu’ils ne l’avaient fait avant, le lien en lui-même n’était pas nouveau, il s’était formé la première fois que Jean s’était nourri avec lui.
Puis la langue du vampire lécha sa peau, juste en dessous de l’endroit où ses crocs avaient pénétré, et Raymond perdit toutes pensées cohérentes. Le corps de Jean ne s’approcha pas plus près du sien, ses mains restèrent exactement où elles se trouvaient, mais Raymond eut une dernière révélation avant que l’extase ne submerge ses sens et prenne complètement le contrôle : Jean était en train de lui faire l’amour.
Avec un soupir frémissant, Raymond jouit, ses yeux se révulsèrent, son dos se cambra tandis que ses doigts resserraient leur prise sur les cheveux et la main de Jean. Ses émotions se déchaînaient, il s’effondra sur le lit, essayant de comprendre ce qui venait de se passer. Toutefois, avec la langue de Jean apaisant doucement les marques laissées par ses crocs, Raymond trouvait difficile de retrouver sa concentration habituelle.
— Délicieux.
Ce seul mot, murmuré presque tendrement contre sa peau, rompit le charme sensuel qui enveloppait Raymond, le laissant se tortiller avec embarras, rougissant quand le mouvement attira son attention sur la zone humide qui s’étalait sous le tissu de son pantalon. Avec une grimace contrariée, il se redressa, murmurant un sort de nettoyage pour effacer les preuves de son abandon. Le contentement qu’il lisait sur le visage de Jean l’agaça un peu plus, aussi se réfugia-t-il, comme il l’avait toujours fait, dans la distance fournie par une analyse théorique.
— D’après tout ce que j’ai lu, je ne pensais pas que les vampires pouvaient tenir quatre jours sans se nourrir.
Jean réprima un soupir au changement d’attitude, mais composa avec la diversion. Après tout, lui aussi, avait été surpris par sa capacité à attendre le retour de Raymond pour s’alimenter. Il n’aurait pas pu attendre plus longtemps, quatre jours c’était repousser largement les limites habituelles, même pour un vampire de sa puissance et de son expérience.
— Nous ne le pouvons généralement pas, admit-il. Deux jours, parfois trois, c’est généralement la limite. Je ne peux pas vraiment expliquer ce qui s’est passé, à moins qu’Orlando n’ait vu juste. Il m’a dit que la première fois qu’il s’est alimenté sur Alain, une seule gorgée lui avait laissé l’impression d’être aussi fort que s’il avait complètement vidé un homme. Sur le moment, je n’y ai pas prêté attention. Plus tard, je l’ai attribué à l’Aveu de Sang qui, un jour, lui permettra de tenir beaucoup plus longtemps sans se nourrir que nous ne le faisons, mais une fois encore, c’est peut-être dû au lien magique. L’Aveu de Sang protège Alain contre la suralimentation. Orlando pourrait se gaver tous les jours sans jamais vider son Avoué. Ce qui n’est pas le cas – du moins, ça ne devrait pas être le cas – avec les autres couples. Là encore, quand les partenariats sont concernés rien ne se passe comme nous nous y attendions, alors, peut-être que la magie permettant à ton sang de me protéger des rayons du soleil me donne également une plus grande latitude sur la fréquence à laquelle je me nourris.
Raymond réfléchit à ses mots.
— Ce n’est pas quelque chose que nous avons les moyens de tester, décida-t-il après quelques minutes. Je ne sais pas ce qui se passe quand un vampire ne reçoit pas le sang dont il a besoin, mais je ne veux pas affaiblir quiconque en essayant de repousser ses limites.
— Tu peux comparer ça à une voiture qui manque d’essence, expliqua Jean. Si le vampire reçoit rapidement du sang, ce n’est pas un problème et n’importe quel sang le remettra sur pied. S’il attend trop longtemps, alors il tombe dans une sorte d’hibernation. Le problème, c’est que la seule façon de réveiller ce vampire serait de lui fournir du sang de sa lignée.
— Lignée ? répéta Raymond.
— Les vampires n’ont pas de famille à la manière des mortels, mais nous avons une généalogie à partir des vampires qui ont transformé chacun d’entre nous, et par ceux qui les ont eux-mêmes créés. Je conserve les arbres généalogiques, mais je n’ai pas pris le temps d’étudier la question plus que ça. Je pense cependant que monsieur Lombard l’a fait, si jamais tu veux plus de détails. C’est un problème trop exceptionnel, puisqu’il nous suffit de nous alimenter quand nous avons faim. Seul un vampire, comme Orlando, qui ne peut se nourrir que d’une seule personne, ou un vampire qui aurait été enfermé pour une raison quelconque, pourrait vraiment avoir à s’inquiéter de ce genre de choses.
Raymond sourit et avoua :
— L’idée d’avoir le temps de creuser ce genre de particularités est incroyablement attrayante. Je ferai en sorte de l’ajouter à ma liste de choses à étudier quand la guerre sera finie et que nous pourrons reprendre le cours normal de nos vies.
Jean se figea pendant un moment avant d’oser demander :
— Et seras-tu encore intéressé par les vampires quand elle sera finie ?
Raymond regarda au loin, mal à l’aise avec l’intimité du moment, mais l’honnêteté l’obligea à répondre :
— Je perds rarement mon intérêt pour quelque chose une fois qu’elle a piqué ma curiosité.
— TU NE peux pas me dire que tu lui fais confiance, protesta Thierry.
— Pas aveuglément, lui assura Marcel, mais cela ne veut pas dire qu’elle ne dit pas la vérité.
— Ne trouves-tu pas ça commode qu’elle se montre juste deux jours avant le Rite d’équilibrage et deux jours après l’annonce de l’alliance ? contesta Alain.
— Je trouve cela plus que commode, admit Marcel, mais encore une fois, cela ne veut pas dire qu’elle ne dit pas la vérité. Tu as aussi trouvé cela incroyable quand Raymond a déserté les rangs de Serrier, si tu veux bien t’en souvenir, et pourtant, nous ne serions pas arrivés là où nous en sommes aujourd’hui sans son aide.
Ni Alain ni Thierry ne semblaient heureux de l’argument de Marcel, mais ils ne pouvaient guère prétendre le contraire.
— Alors que faisons-nous ? questionna Alain. Nous la laissons entrer, nous essayons de lui trouver un partenaire, au risque que ces informations remontent jusqu’à Serrier ?
— Je suis optimiste, pas naïf, lui rappela Marcel. Nous pouvons l’affecter à une patrouille de nuit et expliquer aux autres agents de ne pas révéler les détails de l’alliance. Elle va voir les vampires se battre et travailler avec nous, mais elle ne saura pas à quel point.
— Il y a un moyen de savoir si elle dit la vérité, rappela Jean à l’équipe rassemblée. Si Antonio, Blair ou l’un des autres vampires non appariés la mord, nous saurons si elle est sincère ou pas.
— Et si elle ne l’est pas, elle en saura plus que nous voulons que Serrier en découvre sur le fonctionnement interne de l’alliance, souligna Thierry.
— Alors, ne lui disons pas pourquoi nous la mordons, suggéra Jean. Vous pourriez lui jeter un sort comme celui que vous avez utilisé pour Dominique Cornet à la Gare de Lyon.
— À quel point sait-elle que nous ne lui faisons pas confiance ? Si elle est sincère, ça n’a pas d’importance, mais si elle ne l’est pas, elle saura que nous lui cachons quelque chose. Si quelqu’un doit la mordre pour tester sa sincérité, vous devrez lui donner une explication quelconque, déclara Raymond. Elle ne va pas gentiment tendre son poignet sans aucune raison.
Jean rit.
— Non, je ne pense pas qu’elle le ferait, mais avant que l’alliance se forme, nous avons tous chassé nos proies et, comme la peur laisse un goût amer dans le sang, la plupart d’entre nous préfèrent trouver des donneurs volontaires. Antonio peut être très persuasif quand il veut.
— Allez le chercher, décida Marcel. Nous verrons s’il est d’accord et, s’il l’est, nous le présentons à Monique.
Quand Antonio les rejoignit quelques minutes plus tard, Marcel le mit rapidement au courant.
— Nous avons une magicienne qui nous demande asile, expliqua le général. Elle prétend qu’elle a abandonné Serrier parce qu’il a amené un vampire chez eux qui tue des gens – ce que nous savions déjà – et que la cruauté de ce dernier l’a convaincue de le quitter. Le moment choisi semble… synchrone, dirons-nous, et nous avons besoin de savoir si elle dit la vérité. Jean suggère que tu pourrais aider.
Antonio hocha la tête.
— Je peux vous dire ce que je goûte dans son sang, si elle me laisse la mordre.
— Ce ne sera pas aussi simple que cela, intervint Jean. Nous ne voulons pas lui apprendre plus de choses que nécessaire jusqu’à ce que nous sachions avec certitude si elle est sincère, ce qui signifie que nous ne pouvons pas lui dire pourquoi nous avons besoin que tu la mordes.
— Nous ne voulons pas qu’elle imagine que ça a un quelconque rapport avec l’alliance, à vrai dire, ajouta Marcel. Elle ne doit pas le voir comme un acte à relier avec la Milice.
Antonio acquiesça de nouveau.
— Je peux le faire. Cela peut prendre un certain temps, surtout si elle est vraiment méfiante envers notre espèce à cause du vampire déviant, mais je vais faire en sorte de découvrir ce que nous avons besoin de savoir. Alors, où est-elle ?
— Au sous-sol, répondit Alain. Nous y avons des chambres pour les personnes qui ont temporairement besoin d’un endroit où dormir, quelle qu’en soit la raison. Notre argument dans son cas, c’est qu’il ne serait pas prudent qu’elle retourne dans son appartement une fois que Serrier se sera rendu compte qu’elle a déserté. Je ne sais pas si elle le croit, mais elle ne peut pas refuser sans contredire l’argument selon lequel elle l’a quitté et a besoin de notre protection.
— Si quelqu’un m’y conduit, je me montrerai empli de sympathie pour un autre réfugié piégé. Il fera bientôt suffisamment clair pour que je ne puisse pas me rendre chez moi de toute façon. Cela me donnera une raison de lui proposer de lui tenir compagnie.
— Parfait, déclara Marcel. Faites-nous savoir ce que vous aurez appris. Dans l’intervalle, nous avons des préparatifs à mettre en place, à la fois pour la bataille qui s’annonce et pour le rite d’équilibrage.
— Je vais vous laisser à vos occupations, alors, convint Antonio en se levant pour se diriger vers la porte.
— Je vais vous montrer où elle est, proposa Sébastien en se levant aussi. Je ne serai pas d’une grande aide pour l’un ou l’autre des sujets de toute façon et, ainsi, ça donnera l’impression que nous sommes tombés sur elle accidentellement. Elle ne m’a pas encore vu.
Thierry fronça les sourcils, se demandant avec jalousie si Sébastien plairait plus à Monique qu’Antonio. Cependant, avant qu’il ait pu réagir, son partenaire glissa ses doigts sur la nuque de Thierry et lui sourit.
— Je reviens dès qu’Antonio aura repéré sa proie.
Thierry ne pouvait cacher le soulagement qui déferla sur lui, même s’il se répétait que Sébastien et lui ne s’étaient fait aucune promesse. Il savait déjà qu’il ne voulait pas partager le vampire avec quelqu’un d’autre. Il remarqua le sourire satisfait sur le visage d’Alain et adressa un regard noir à son meilleur ami, même s’il pouvait difficilement nier ce qu’Alain avait deviné.
Tout en se dirigeant vers les entrailles de l’immeuble où Monique attendait la décision de Marcel, Antonio s’adressa à Sébastien :
— Les partenariats semblent incroyablement… puissants, remarqua-t-il avec une pointe de mélancolie.
— Ils le sont, confirma Sébastien. La seule fois où j’ai ressenti quelque chose de semblable, c’était avec mon Avoué.
— J’espérais trouver un partenaire moi aussi, mais cela ne semble pas devoir arriver, avoua Antonio à mi-voix. J’ai l’impression d’avoir laissé tomber Jean.
Sébastien haussa les épaules.
— Je n’en sais rien, mais ce qui est sûr c’est que tu ne serais pas capable d’aider aujourd’hui si tu avais un partenaire. Le lien n’est pas exclusif comme l’est un Aveu de Sang, mais l’idée de me nourrir ailleurs n’est plus celle que je choisirai désormais, sauf dans des circonstances désespérées. Je peux encore boire le sang de quelqu’un d’autre, mais il se trouve que je ne le veux pas. Cela dit, ne perds pas espoir de trouver un partenaire. Je ne sais pas si tu es au courant, mais il y a quelques jours, le chef de la Cour d’Amiens a trouvé sa partenaire, une magicienne de Paris. Comme l’alliance se développe, tu pourrais bien trouver quelqu’un.
— J’en ai entendu parler, répondit Antonio alors qu’ils atteignaient le sous-sol. Alors, où est ma cible ?
Sébastien désigna le bout du couloir.
— Dernière pièce sur la gauche.
Le sourire d’Antonio s’agrandit.
— Je pense que j’ai besoin d’un endroit où me reposer. Je vous ferai savoir ce que je découvre.
— Fais attention à toi, l’avertit Sébastien tandis qu’il se retournait pour monter les escaliers. Même si elle a vraiment déserté, elle s’est battue pour Serrier pendant au moins deux ans.
— Elle ne prendra pas le dessus sur moi, promit Antonio.
Il remonta le couloir jusqu’à la pièce où la sorcière rebelle attendait et ouvrit la porte comme s’il avait l’espoir de trouver la chambre vide.
— Oh, je suis désolé, s’excusa-t-il lorsqu’il eut ouvert la porte en grand pour révéler la femme tout en courbes qui se tenait à l’intérieur, ses cheveux noirs tombant sur ses épaules. Je n’avais pas réalisé qu’il pouvait y avoir quelqu’un d’autre ici. Je cherchais juste un endroit pour dormir étant donné que je ne peux pas partir avant le coucher du soleil.
Monique se tourna vers la porte, cachant sa nervosité sous une façade polie, comme elle le faisait systématiquement dans le monde impitoyable de Serrier. Elle savait bien que l’apparence physique pouvait être trompeuse, mais cela ne l’empêchait pas d’apprécier la beauté latine de l’homme à sa porte : cheveux noirs, yeux noirs, peau pâle et une trace d’accent espagnol encore détectable dans sa voix. Ajoutez à cela sa stature et ses muscles, et il représentait tout ce qu’une femme pouvait attendre d’un homme.
— Vous devez être un des vampires, observa-t-elle.
Elle avait en mémoire l’ordre de Serrier d’apprendre quelque chose, n’importe quoi, sur l’alliance et les vampires, peu importe ce que cela exigerait. Elle ne savait pas si les vampires conservaient un intérêt pour les plaisirs physiques – autres que le sang –, mais elle n’était pas à l’abri de devoir découvrir si elle pouvait l’impressionner. Chavinier évidemment ne lui faisait pas encore confiance, pas spontanément, mais ses informations n’avaient pas à provenir exclusivement de lui. En fait, un vampire comme celui-ci qui, manifestement, ne s’attendait pas à la trouver ici pourrait ne pas en savoir assez sur elle pour être sur ses gardes.
— Je suis si heureuse que vous ayez rejoint la lutte contre Serrier.
Antonio s’ordonna de ne pas réagir à la tentative évidente pour gagner sa confiance. Il n’avait pas besoin de la mordre pour savoir qu’elle partait à la pêche, mais il allait continuer à observer comment la situation évoluait, et la mordre s’il pouvait avoir la chance de s’assurer que son analyse de la situation était exacte.
— Cela semblait être notre intérêt de veiller à ce que Serrier ne gagne pas, affirma-t-il.
Ce qui était probablement vrai et pas très différent de ce que Jean avait déclaré à la réunion publique.
— Vous devez cependant être préoccupés par la lumière du soleil, avança-t-elle en faisant signe au vampire d’entrer. Si vous êtes attrapé à l’extérieur…
Elle jeta un œil à la montre sur son poignet, attirant les yeux sur la longue, l’élégante courbe de son bras, la position de son avant-bras soulignant admirablement sa généreuse poitrine.
— Aucun d’entre nous n’a été récemment transformé, répondit Antonio en s’avançant dans la salle. Nous évitons la lumière du jour depuis des années, depuis des siècles dans de nombreux cas. Nous pouvons le gérer.
Monique sourit, inconsciente de révéler la cruauté de son expression pour quelqu’un qui pratiquait la subtilité duJeu des Cours. Ses pensées plutôt focalisées sur la possibilité d’annoncer à Serrier que les vampires devraient en effet quitter une bataille à l’aube.
— Et leur magie ? interrogea-t-elle. N’êtes-vous pas inquiets de ce que leurs sorts puissent vous faire ?
— Nous ne combattons pas seuls, temporisa Antonio en faisant un pas de plus. Il y a toujours des magiciens avec nous pour aider à contrer leurs sorts.
Comme la femme ne reculait pas à mesure qu’il avançait, il sourit de manière engageante et tendit la main.
— Au fait, je suis Antonio.
— Monique Leclerc, répondit-elle en acceptant la main tendue.
Elle ne put retenir le frisson, ridiculement féminin, qui la traversa, quand, au lieu de lui serrer la main, il la porta à ses lèvres et l’embrassa en s’inclinant avec courtoisie.
Sans libérer sa main, Antonio se dirigea vers la banquette étroite située contre le mur, l’entraînant avec lui.
— Alors que faites-vous ici ? demanda-t-il hypocritement. Je n’ai jamais vu que des vampires dans les sous-sols auparavant.
— Venez-vous souvent ici ? interrogea négligemment Monique au lieu de répondre, pas encore prête à révéler son statut incertain à un élément inconnu.
Antonio haussa les épaules.
— Quelques fois, répondit-il.
Ses doigts caressaient sa main d’un lent va-et-vient, entamant le genre de séduction subtile qu’il utilisait pour convaincre ses victimes de le laisser se nourrir.
Monique sursauta quand elle sentit le contact inattendu, mais Antonio émit un léger murmure, l’incitant à se détendre. Elle se répéta qu’elle devait utiliser tous les moyens nécessaires pour obtenir les informations désirées par Serrier, sans quoi elle aurait des soucis bien plus importants que de savoir si le vampire avait un faible pour elle.
Antonio était surpris que Monique n’ait pas montré la moindre frayeur quand il s’était avancé vers elle. Certes, attrayante comme elle l’était, elle devait avoir eu sa part de drague, mais ici, au siège de la Milice, alors qu’elle était en attente de la décision de Marcel concernant son avenir, ce n’était probablement pas l’endroit où rencontrer quelqu’un. Il était assez malin pour comprendre que cette capitulation était probablement intéressée, mais étant donné qu’il n’agissait pas non plus pour des motifs honorables, il ne pouvait guère le lui reprocher.
— Alors comme ça, vous êtes ici tous les soirs ? insista-t-elle. Au siège de la Milice, je veux dire.
Antonio sourit et se pencha un peu plus près.
— Je pourrais l’être, ronronna-t-il dans son oreille, si vous offrez de me rejoindre ici.
Monique se retint de s’écarter sous la surprise. L’offre du vampire pourrait être l’ouverture dont elle avait besoin dans la Milice et, plus important encore, dans les rouages internes de l’alliance. Elle avait appris depuis longtemps à utiliser les ruses féminines comme un moyen pour obtenir des informations. Ce ne serait pas différent. Affichant un sourire accueillant, elle posa une main sur sa cuisse.
— Je pense que cela pourrait s’arranger.
Antonio secoua presque la tête. Aucun vampire n’aurait été aussi direct. Elle lui avait cependant fourni l’occasion dont il avait besoin, aussi se pencha-t-il vers elle, ses lèvres frôlant ses cheveux. Comme elle ne s’éloignait pas, il descendit plus bas, le long de la ligne de son cou. Sa tête bascula en arrière quand sa langue pointa. Sa légère inspiration l’encouragea et il la pinça doucement avec ses crocs, à peine assez pour égratigner sa peau, léchant le sang sur le bout de ses dents.
Deux sensations l’assaillirent immédiatement : sa duplicité et la sensation enveloppante qu’il avait entendu décrire par les vampires appariés. S’écartant rapidement, il s’obligea à sourire.
— Je ne serais pas un très bon hôte si je ne vous offrais pas quelque chose à manger avec peut-être aussi une bouteille de vin. Je suis ici jusqu’au coucher du soleil, au minimum.
— J’ai légèrement faim, admit Monique timidement. Voulez-vous que je vienne avec vous ?
