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Dans 'Aller et retour', Julie Gouraud explore les méandres de la mémoire et de l'identité à travers un récit introspectif et poétique. Le livre se déroule dans un cadre contemporain, où le style littéraire se caractérise par une prose lyrique et rythmée, mêlant réflexions et descriptions évocatrices. L'auteure interroge les notions de perte et de retrouvailles, plongeant le lecteur au cœur des dilemmes émotionnels de ses personnages. La structure narrative, oscillant entre le passé et le présent, confère au texte une profondeur temporelle qui résonne avec la complexité des souvenirs. Julie Gouraud, écrivain et chercheuse passionnée par la psyché humaine, a souvent été influencée par ses propres expériences et la notion de voyage intérieur. En tant qu'exploratrice des subtilités de l'existence humaine, elle s'intéresse à la manière dont les souvenirs façonnent notre identité. Son engagement dans les questions d'ethnologie et de psychologie se retrouve au fil des pages, offrant une analyse nuancée des rapports humains dans le contexte de la modernité. Je recommande vivement 'Aller et retour' aux lecteurs en quête d'une lecture riche en émotions et révélations. Ce roman captivant, à la fois introspectif et universel, saura toucher tous ceux qui s'interrogent sur leur propre parcours et les ramifications de leurs choix. Gouraud parvient à capturer la complexité du cœur humain, invitant à la réflexion sur les chemins de la vie que nous choisissons ou subissons.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
Pendant que Mme Olivier donne le dernier coup d’œil à la chambre d’ami, et qu’elle s’assure que rien n’y manque pour l’agrément de l’hôte qu’elle attend, son mari se rend dans la cour de la diligence pour recevoir un ancien camarade de collège, Louis Varin.
Il y avait trente ans que les deux amis s’étaient perdus de vue, et si un petit héritage n’eût amené Varin en Touraine, ils n’auraient jamais eu l’occasion de se revoir.
Cette visite inattendue causait une grande joie à M. Olivier; tous ses souvenirs de jeunesse se ravivèrent. Varin y tenait une si grande place, par ses succès au grand concours, et ses espiègleries à la classe!
Mme Olivier n’ignorait rien de tout cela; elle réservait un aimable accueil à l’ami de son mari. Fille unique d’un architecte, élevée dans la plus grande simplicité, Louise Renaud avait appris de sa mère que le bonheur se trouve dans l’accomplissement du devoir, qu’il faut aimer le chez soi, le faire aimer à son mari et à ses enfants.
C’est dans ces dispositions que Mlle Louise Renaud épousa M. Olivier, notaire à Amboise; elle fut bien accueillie, et bientôt appréciée de toute la société.
M. Olivier avait consenti à ce que sa fille fût élevée à la maison pour consoler sa femme de l’absence de leur fils Antoine, élevé à Rollin, où son père avait fait ses études.
Pauline Olivier avait quinze ans; elle n’était pas précisément jolie, mais charmante; sa taille élégante faisait valoir la simplicité de sa mise; ses manières étaient naturellement d’une distinction qui ne se rencontre pas toujours en province. Illusionnée par l’extérieur charmant de sa fille, Mme Olivier jugeait que Pauline n’était point faite pour être initiée aux soins du ménage, comme elle-même l’avait été par sa mère. Si Pauline témoignait le désir de se rendre utile, Mme Olivier lui disait: «Ma chérie, c’est mon affaire; achève la lecture qui t’intéresse, étudie ton piano.» Pauline, confiante dans les conseils de sa mère, obéissait et se laissait gâter sans scrupule.
C’est dans cet intérieur que M. Varin va passer quelques jours.
La diligence est en retard; M. Olivier ne s’alarme pas, mais il s’impatiente. Enfin le fouet du postillon se fait entendra un nuage de poussière annonce la voiture publique, les voyageurs en descendent. Les deux camarades se reconnaissent, ils se jettent dans les bras l’un de l’autre, et Varin étant en possession de son mince bagage, ils prennent le chemin de la maison du notaire.
Tout en marchant, ils s’entretiennent des principaux événements qui ont rempli ces trente années de séparation. Yarin s’est marié en Belgique, où il a une bonne position dans l’industrie; il passe l’hiver à Bruxelles, non par goût, mais pour se rapprocher de sa fille unique, la baronne de Vandermersh, qui reçoit l’élite de la société ; son château, situé aux environs de Liège, est un séjour délicieux pendant la belle saison. «Tu viendras nous voir,» dit M. Varin; maintenant nous ne pouvons plus laisser passer trente années sans nous visiter.»
Le compte rendu d’Olivier fut beaucoup moins brillant: la société du notaire se composait de quelques paisibles bourgeois, du médecin et du maire.
Les deux amis parlèrent de leur bonheur de famille. Nous regrettons de savoir que le chemin fût désert, quelques passants eussent peut-être fait leur profit des confidences de ces messieurs.
Mme Olivier réservait un gracieux accueil à l’homme qui se détournait de sa route pour venir voir son ancien camarade. «Cette visite, pensait-elle, sera une précieuse distraction pour mon cher François, car, je le sais, il se dégoûte de la vie de province, c’est pourquoi il a voulu qu’Antoine fît ses études à Paris. Nous sommes pourtant heureux dans notre petite maison!»
A ce moment, ses yeux s’arrêtèrent sur le jardin paré des fleurs que le mois de juillet nous donne en abondance.
Ce jardin était le seul luxe de la maison; Mme Olivier et sa fille y passaient une partie de la journée. Le notaire en profitait aussi. Il venait y fumer son cigare après chaque repas; il s’y reposait des visites de ses clients, dont la plupart, honnêtes paysans, s’affranchissaient des lois de la langue française.
La présence de M. Varin fut l’occasion dé réunir quelques amis; l’abondance de la table, la qualité des convives, tout annonçait l’aisance et la considération dont jouissait le notaire. «Olivier, pensait M. Varin, a toujours eu du bon sens, je ne suis pas surpris qu’il apprécie la vie de province.»
Une course à la ferme dont venait d’hériter M. Varin fut l’occasion d’une agréable promenade: fort à l’aise dans un cabriolet qui n’était pas précisément le dernier modèle de l’élégance, les deux amis allaient tranquillement dans les chemins de traverse. Olivier faisait les honneurs du pays, il indiquait, avec le manche de son fouet, les châteaux, il disait aussi un mot plus ou moins favorable des châtelains.
M. Varin était ravi de tout ce qu’il voyait: «Quel bon et beau pays! les arbres portent autant de fruits que de feuilles! Vraiment mon cher oncle aeu une bonne idée de me laisser sa ferme! qui sait! Peut-être deviendrai-je tourangeau!
— Mon pauvre ami, tu as donc encore ton imagination de quinze ans! Toi! vivre en province! à la campagne! je peux t’assurer qu’une année passée dans ce beau pays te paraîtrait bien longue!
— Détrompe-toi: sans être aussi affairé que M. le notaire, j’aurais des occupations assez intéressantes pour m’aider à passer le temps, Bruxelles est un petit Paris qui n’a pas les avantages d’une grande capitale, et si ma femme partageait mes goûts, nous vivrions en province.» Cette réflexion resta sans réponse, et le silence durait depuis quelques instants lorsqu’une fermière fit signe au notaire de s’arrêter: «Monsieur, dit-elle, le mariage de ma fille Éléonore est décidé, elle épouse le maréchal de chez nous, et les parents iront vous en causer samedi.»
La ferme dont M. Varin venait d’hériter était à quatre lieues d’Amboise; c’était un joli bien, suivant l’expression du pays. Le nouveau maître fut reçu avec les honneurs que commandait la circonstance. L’enthousiasme de l’héritier excitait la gaieté de son camarade.
— Ris tant qu’il te plaira, mon cher, mes yeux se reposent avec complaisance sur ces champs dorés, ces coteaux de vignes. J’ai assez des cheminées de nos usines et de notre charbon. Je veux amener ma femme ici, je suis sûr qu’elle partagera mon admiration pour ton pays, ingrat!
La Pie étant reposée, on se hâta de se remettre en route, il ne fallait pas retarder le dîner.
La visite à la ferme fournit largement à la conversation. Mme Olivier était fière de voir son pays si bien apprécié, elle fit valoir les avantages de la petite ville d’Amboise et, profitant de l’opinion favorable que son hôte avait de la Touraine, elle dénonça, en riant, son mari qui avait parfois des boutades contre la Province. M. Olivier prit la chose en plaisantant, mais il fut d’autant plus vexé de voir sa pensée mise à jour, que son ami s’écria: «Par exemple! mon cher, serais-tu tenté d’augmenter le nombre de ces imprudents qui renoncent au bienfait d’une vie paisible pour aller se jeter dans ce gouffre qu’on appelle Paris! Ton fils fait de bonnes études, il te succédera; et, si je ne me trompe, Mlle Pauline ne songe pas plus à Paris qu’à Pondichéry!»
Le nouveau maître fut reçu avec les honneurs que commandait la circonstance.
Cette plaisanterie égaya la jeune fille, et la conversation prit un autre tour; mais lorsqu’on se fut séparé, M. Olivier reprocha doucement à sa femme d’avoir commis une indiscrétion; Louise se défendit en riant: «M. Varin te connaît assez pour ne pas prendre au sérieux mes paroles, il croirait te faire une injure en supposant que tu aies la pensée de renoncer à une position aussi honorable que la tienne.»
Mme Olivier se trompait, les paroles de son mari avaient laissé une fâcheuse impression dans l’esprit de son hôte. «Serait-il vraiment assez fou, se demandait M. Varin, pour abandonner une Étude qui lui rapporte un joli revenu et beaucoup de considération? heureusement que sa femme a du bon sens, et sa fille me paraît n’en pas manquer non plus. Cette petite Pauline est charmante. Son père pourrait-il renoncer à l’établir dans ce pays-ci? Non, non! mon camarade, comme tant de gens de province, s’est cru obligé de dire du mal de sa petite ville, voilà tout. Je ne veux pas m’arrêter plus longtemps à cette folle pensée.»
Le lendemain était un samedi; jour de marché. M. Varin ne compta pas moins d’une vingtaine de paysans et de paysannes qui entrèrent dans l’Étude de Maître Olivier. Ils y firent de longues séances qui durent certainement se terminer par l’exhibition de bonnes pièces de six francs.
Si la conversation de la veille n’eût pas eu lieu, Varin eût félicité son ami de l’emploi de sa matinée, mais il crut prudent de ne pas revenir sur une question délicate, et se borna à constater la chose.
On se quitta très satisfaits les uns des autres. M. Varin essaya, sans succès, d’obtenir la promesse d’une visite à Bruxelles. Ses amis l’engagèrent au contraire à venir surveiller sa ferme.
A la vue d’un panier de fruits, le voyageur se récria bien haut: «Y songez-vous, madame, ces abricots arriveraient en marmelade!
— Eh bien! monsieur, la besogne sera faite.
— Mais vraiment...
— Il n’y a pas de mais, monsieur, nous sommes riches en fruits, et c’est un grand plaisir pour nous d’en offrir à nos amis. Votre camarade n’aimait pas les paquets, au commencement de notre mariage; mais il s’est fait peu à peu au métier de commissionnaire, et maintenant il accepte de bonne grâce les petits embarras que nous lui créons de temps en temps. Du reste, monsieur, il ne tiendra qu’à vous de diminuer le poids du panier.
— Non pas, dit Pauline, c’est moi qui ai cueilli ces abricots, et je tiens à ce que ces dames reçoivent le panier intact.»
M. Varin s’inclina, et promit de remettre fidèlement à sa femme le dépôt qui lui était confié.
Le souvenir de ceux qui nous ont quittés ajoute au plaisir que nous a donné leur présence; mais on en veut au temps d’avoir passé si vite. C’est bien là ce qu’éprouvait la famille Olivier: «Qu’il est aimable!» disait Pauline. «Que son voisinage serait précieux pour nous!» ajoutait la mère.
Le vide que fit le départ de M. Varin ne tarda pas à être comblé par la présence d’un hôte bien cher.
Les vacances approchaient: mais avant de s’échapper du collège, il faut passer par le feu du concours. Pauline a beau dire qu’elle est sûre du succès de son frère, son inquiétude est extrême: tantôt Antoine est couronné au grand concours, tantôt il a éprouvé un échec désastreux. Quinze jours s’écoulent dans des alternatives de joie et de tristesse. Pauline guette chaque matin le facteur; elle croit bonnement que les collégiens ont le temps d’écrire à la veille d’un concours général. Ce fut cependant elle qui remit à son père une lettre ainsi conçue: «Admis au grand concours.»
Cette admission est bien sans doute le commencement de la campagne, mais la victoire reste incertaine.
Pauline ne pouvait supporter l’idée que son frère n’eût pas sa part de gloire dans cette grande bataille, et lorsque, répondant à ses questions, son père lui démontre la difficulté d’obtenir un succès, Pauline déclare que le concours général est un supplice inventé pour les écoliers et leurs sœurs.
M. Olivier laissa Pauline dans l’ignorance du jour où serait livrée la bataille. Mais lorsque, quelques jours plus tard, le facteur eut déposé, avec une indifférence non coupable, la lettre qui annonçait qu’Antoine avait obtenu le premier prix de discours français, l’heureux père poussa des cris de joie qui ressemblaient tellement à des cris de détresse, que sa femme et sa fille, le voyant entrer avec une lettre à la main, ne doutèrent pas qu’Antoine eût échoué. Cette erreur fut promptement remplacée par la certitude d’un succès si vivement désiré. M. Olivier prit immédiatement son chapeau et sa canne, et alla colporter dans la ville la bonne nouvelle qu’il venait de recevoir.
Avec quelle fierté le brave homme parlait de son fils! Avec quelle complaisance il constatait la difficulté de réussir dans un concours général!
A partir de ce moment, Mme Olivier et sa fille comptèrent les jours qui les séparaient de l’arrivée du jeune lauréat. Il n’était: question que de lui, des plaisirs et des surprises dus à un si vaillant écolier. Pauline voulait faire passer son frère sous un arc de triomphe; son père avait un autre projet dont le succès n’était pas douteux.
Antoine avait témoigné le désir d’avoir un cheval, la promesse lui en avait été faite; mais la place que l’animal devait occuper restait vide: n’était-ce pas le moment de tenir parole au brave écolier?
Le conseil de famille fut unanime. Jean, le serviteur qui avait fait sauter Antoine sur ses genoux, se mit en campagne dès le lendemain pour trouver un cheval dans les conditions voulues. Trois jours plus tard, il présentait à son maître Nigra, jolie jument de taille moyenne, d’un beau noir, douce comme un agneau, d’après la chronique du pays.
M. Olivier fit acquisition de la bête, Jean la montait chaque jour, il étudiait son caractère, car il n’ignorait pas la responsabilité qui pesait sur lui.
Enfin, l’écolier part: il voyagera la nuit, pour ne pas, perdre de temps, et arrivera le lendemain à cinq heures du matin.
Les gens matineux recueillent toute leur vie le bienfait de la bonne habitude qu’ils ont contractée. Chez M. Olivier, personne n’eut à faire d’effort pour aller recevoir Antoine. Jean tenait la jument par la bride et suivait ses maîtres. A peine descendu de diligence, l’écolier, peu soucieux de la poussière dont son visage portait les traces, se jeta au cou de son père, et embrassa presque en même temps sa mère et sa sœur.
Dès qu’on fut en possession de la malle du voyageur, on se hâta de prendre le chemin de la maison. Jean, qui avait trouvé le temps bien long, ne négligea rien pour attirer l’attention de son jeune maître. Tout en disant bonjour au domestique, Antoine lui demanda en rougissant à qui était la bête qu’il tenait.
«A vous, monsieur Antoine,» répondit fièrement le bon serviteur.
L’écolier sauta au cou de son père,
«Et nous! et nous! s’il vous plaît, nous avons voté en faveur de cette jolie surprise, et j’ai obtenu de mon père que tu fasses ton entrée à cheval.»
Le héros ne s’opposa point à tant d’honneur.
