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Mémoires d'un caniche E-Book

Julie Gouraud

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Beschreibung

Dans 'Mémoires d'un caniche', Julie Gouraud nous plonge dans une narration délicieusement ironique et émotive à travers les yeux de son héroïne à quatre pattes. Ce récit, à la fois ludique et poignant, explore les thèmes de l'identité, de l'appartenance et des relations humaines, tout en offrant une perspective unique sur le quotidien d'un caniche. Le style d'écriture de Gouraud se distingue par sa légèreté et son sens de l'observation, mêlant humour et tendresse dans une prose fluide qui capte l'attention du lecteur tout en le faisant sourire. La mise en scène évolue dans un milieu contemporain où les préoccupations des animaux de compagnie côtoient celles de leurs maîtres, reflétant ainsi des enjeux sociétaux actuels. Julie Gouraud, passionnée par les animaux et la nature humaine, a toujours perçu les relations entre les hommes et leurs compagnons à travers une lentille critique. Issue d'une formation en sociologie et en littérature, son expérience personnelle avec divers animaux de compagnie l'a inspirée à créer cet ouvrage. L'écriture de 'Mémoires d'un caniche' est une extension de ses réflexions sur les dynamiques sociales et affectives qui se nouent entre les espèces, soulignant le regard curieux et avisé que peut avoir un chien sur notre société. Ce livre est une véritable invitation à voir le monde sous un angle original et divertissant. Le lecteur y trouvera une réflexion fine sur la condition animale et humaine, tout en s'amusant des aventures du caniche narrateur. Un ouvrage qui plaira tant aux amoureux des animaux qu'aux amateurs de récits captivants, à lire sans modération.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Julie Gouraud

Mémoires d'un caniche

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066314880

Table des matières

INTRODUCTION.
MÉMOIRES D’UN CANICHE.
CHAPITRE I.
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
CHAPITRE XVI.
CHAPITRE XVII.
CHAPITRE XVIII.

INTRODUCTION.

Table des matières

Eh bien! non, je ne suis pas savant. Ne comptez pas sur moi pour faire une partie de dominos, et encore moins pour additionner la dépense d’un collégien au retour d’une promenade générale.

Cependant je ne suis pas plus bête qu’un autre, et je ne vois pas pourquoi je n’écrirais pas ma petite histoire à l’exemple des poupées, des petits garçons, voire même des ânes.

Tous ces auteurs ont donné le nom pompeux de mémoires à leurs récits. Pourquoi ne les imiterai-je pas? J’ai bonne réputation; personne ne se méfie de moi. Je suis fidèle, obéissant, dénué d’ambition; l’intérêt n’influence point ma conduite: plaire à mon maître, lui prouver mon dévouement, le suivre dans l’adversité, le reconnaître toujours et partout, tel est mon caractère.

Peut-être le lecteur pense-t-il que j’aurais dû charger un ami de cette petite préface. Je laisse à d’autres ce manège de fausse modestie. Je pense bien de moi, et j’ai la simplicité de le dire. C’est un trait d’originalité qui en vaut bien d’autres.

Je suis vieux (douze ans) et quelquefois de mauvaise humeur. Mon maître est en voyage. Il a craint qu’un changement de climat ne nuisît à ma santé.

Il m’a donc confié aux soins d’un serviteur encore plus vieux que moi. Nous dînons ensemble, nous dormons ensemble; nous parlons de notre maître, nous soupirons ensemble.

L’autre jour nous devions faire quelques visites, lorsqu’une pluie torrentielle arrêta le bon Jacques dans ses projets: Oh! dame, dit-il, par un temps comme ça, on ne te mettrait pas dehors. (Je connais le proverbe.)

Quelle pusillanimité ! ne pas sortir parce qu’il pleut! J’eus besoin de me rappeler toutes les bonnes pâtées et les os que j’avais reçus de Jacques et de Sylvie, sa femme, pour ne pas aboyer de pitié.

Cependant, sans la prudence de mon fidèle gardien, je n’aurais probablement pas songé à me faire auteur.

Tout en dormant et en grognant, je voyais passer devant moi les beaux jours de mon enfance, les rêves de ma jeunesse. J’allais peut-être verser des pleurs, lorsque tout à coup secouant les oreilles, je me dis: écrivons l’histoire intéressante de notre vie.

Vous, enfants, lisez-la.,

MÉMOIRES D’UN CANICHE.

Table des matières

CHAPITRE I.

Table des matières

Mon arrivée au château de Baudry.

Où est-il? Voici la voiture, on ouvre la grille, Paul, Henriette, Louis, venez, venez donc! Le voici! Le voici!

Les enfants accouraient tout en s’appelant, les bonnes cherchaient en vain à rétablir l’ordre interrompu par l’arrivée d’une berline à quatre chevaux, qui s’avançait au milieu de la grande cour du château.

Nous étions encore assez loin du perron, lorsque mettant la tête à la portière, j’aperçus les deux petits garçons et la petite fille dont les voix fraîches avaient attiré mon attention.

Les premières impressions ne trompent jamais un chien. — Ces têtes blondes groupées autour d’une jeune mère me plurent tout d’abord, et je voulus le témoigner par un petit aboiement plein de douceur, qui enchanta toute la société.

La voiture s’arrête, M. Nelville me prend dans ses bras, et est bientôt entouré de ses enfants.

LES ENFANTS.

Papa, papa, ah! qu’il est joli! qu’il est drôle! mettez-le par terre. Quel âge a-t-il?

M. NELVILLE.

Enfants, ne le tourmentez pas. C’est la meilleure petite bête du monde.

HENRIETTE.

Mon petit papa, prenez-le pour que je le voie mieux. Ah! que je l’aime!

M. NELVILLE.

Mademoiselle Henriette n’aime plus son papa! Elle ne l’a pas embrassé : c est joli!

Mlle Henriette avait quatre ans et demi et ma présence lui tournait la tête. Je le dis sans fatuité. D’ailleurs une petite fille et un petit chien sont destinés à être amis, et il ne fallait certes pas moins que la force de la sympathie pour faire oublier à Henriette ses devoirs; car c’était bien la meilleure et la plus gentille enfant que j’aie rencontrée dans toute ma vie.

En même temps que ce doux reproche échappait au père, il tendait les bras à la petite qui posait sa tête blonde et frisée sur l’épaule dé son papa, après chaque baiser reçu ou rendu.

Le calme étant à peu près rétabli, on alla d’autant plus vite au salon qu’une grand’mère nous y attendait avec impatience.

M. Nelville me posa sur le parquet et un cercle se forma autour de moi. Chacun dit son mot. Je fis assez bonne contenance. Je regardais à droite, à gauche. Ce fut en ce moment que je m’aperçus pour la première fois dans une glace.

Ma mère m’avait dit que j’étais beau, mais je vous avoue que je me trouvai au-dessus de tous ses éloges: une robe blanche et frisée, une queue en panache naissant, des pattes fines, des oreilles flexibles accompagnant un museau plein de physionomie: je fus enchanté de me connaître, et je compris comment j’excitais l’admiration générale.

Tous les yeux étaient tournés vers le nouvel ami de la maison, je ne pouvais faire un mouvement sans qu’il fût remarqué.

Aussitôt une grave question s’éleva, comment l’appellerons-nous: Snapp, Médor, Black, c’était une confusion à me rompre les oreilles.

PAUL.

Mon cher papa, je serais bien content si vous permettiez de l’appeler César.

M. NELVILLE.

Quelle ambition! Il n’est pas de taille à porter ce nom.

LOUIS.

Eh bien! papa, appelons-le Midas.

M. NELVILLE.

Et toi, Henriette, comment l’appelleras-tu?

HENRIETTE.

Moi, papa, je l’appellerai Toutou, mon cien.

Cette voix enfantine fit battre mon cœur. Toutou! mon cien! ô noms pleins de douceur que de fois vous avez charmé mes oreilles!

Mais les garçons éclatèrent de rire, le père embrassa sa petite-fille, et après plusieurs propositions repoussées, je reçus le nom de César parce que Paul avait appris le matin même l’histoire d’un ancien capitaine romain qui l’avait illustré.

M. Nelville céda à la fantaisie du petit garçon, et le château retentit du nom de César auquel je m’habituai d’autant mieux qu’Henriette le prononçait facilement.

HENRIETTE.

Bonne maman, je voudrais bien le toucher.

LA GRAND’MÈRE.

Caresse-le, ma chérie.

HENRIETTE.

Bonne maman, j’ai peur.

LA GRAND’MÈRE.

Ne crains rien, c’est un chien de benne nature. Il te regarde, allons, caresse-le.

Henriette se décida à passer sa petite main potelée sur mon dos, sur ma tète, puis s’enhardissant, elle me toucha la moustache. — Je m’empressai de lécher la main de ma petite amie. Ce fut alors une explosion de joie: Bonne maman! il m’a léchée! Paul, Louis, il me lèche! regardez sa petite langue rose!

L’expérience se renouvela trois fois de suite.

Les garçons présentèrent leurs mains. Elles étaient, à vrai dire, moins séduisantes: mains d’écoliers tachées d’encre, et déjà assez vigoureuses pour s’armer contre moi. N’importe, ces enfants avaient une bonne physionomie, des yeux francs et ouverts, et, d’ailleurs, je craignais d’introduire la jalousie dans la famille.

Mon dîner fut un spectacle qui ravit les enfants. Je ne sais rien de plus laid qu’un chien affamé qui se jette sur une pâtée.

. Me souvenant des conseils de ma tendre mère, je mangeai peu et sans laisser tomber la plus petite miette à côté de l’assiette: on vit tout de suite que j’étais propre; Jacques dit cependant qu’on ne pouvait pas savoir: qu’il fallait attendre au lendemain pour se prononcer: le lendemain me couvrit de gloire!

Une niche en damas bleu m’avait été préparée, dans le grand vestibule. Certes je fus flatté de cette aimable attention. Toutefois je fis quelques cérémonies pour y entrer, ma mère m’ayant dit que tout ce qu’il y a de mieux pour un chien, c’est de dormir en rond sur un bon fauteuil. J’entrai donc dans la niche par pure politesse, me disant qu’avec le temps, je pourrais m’en affranchir sans me montrer ingrat.

J’avais six mois. Novembre finissait lorsque j’arrivai à Baudry. La saison était pluvieuse, nous ne sortions guère de la cour du château. Mais quelle cour! elle s’étendait jusqu’au chemin. De magnifiques grilles en gardaient l’entrée et de chaque côté des espèces de fossés plantés de figuiers et de pommiers sauvages nous mettaient à l’abri de toute attaque. Un petit fourré, des haies de buis respectées, en dépit de la mode, parce qu’une aïeule les avait plantées, donnaient à cette cour l’aspect d’un parc. Elle était sablée, et j’avais le plaisir d’y considérer l’empreinte de mes pattes.

Lorsque nous ne pouvions pas gambader dehors, nous prenions nos ébats dans une des salles du château. Tenez, je regrette pour la première fois de ma vie de ne pas être savant, je compterais les fenêtres de notre château, et j’en trouverais au moins trois cents. Oui trois cents: j’ai du coup d’œil.

Vous ne le savez peut-être pas; un chien connaît bien vite les gens avec lesquels il vit; il voit s’ils ont de l’éducation, de la politesse, et il suit l’exemple qu’on lui donne.

A Baudry tout le monde avait de bonnes manières. Les enfants se tenaient bien à table, ne parlaient que lorsqu’on les interrogeait, ils ne suçaient pas leurs doigts, ne buvaient pas la bouche pleine, et ne donnaient pas de coups de pied à leurs voisins. — «Où veux-tu en venir, ami César, avec de pareilles réflexions? » — Voici: j’ai voulu vous faire pressentir que ma présence n’était point admise dans la salle à manger, et que, si par hasard je m’y faufilais, je ne demandais rien. Lorsque l’odeur d’un civet de lièvre m’incommodait trop, je profitais de la première ouverture de porte pour m’en aller, me disant qu’après tout, je serais plus à mon aise pour croquer les os que la bonne Gotton tiendrait en réserve pour moi. Au salon j’avais une tenue tout aussi distinguée. Je n’ai jamais vu Paul et Louis se coucher sur le canapé, faire la culbute au milieu du salon; alors je me tenais tranquille au coin du feu, allant de temps à autre prendre l’air.

Une des choses qui me concilièrent l’estime de tous les gens de la maison, fut l’excellente habitude d’essuyer mes pattes chaque fois que je rentrais. Paul qui s’était fait un jeu de me former à cela, y gagna lui-même, car il était bien forcé de me donner l’exemple. Cette marque de savoir vivre me fit une grande réputation. Je fus bientôt connu dans tout le pays pour ma propreté. Les enfants étrangers jouaient à me faire sortir et rentrer pour avoir le plaisir de me voir renouveler un pareil prodige.

M. Nelville n’était pas chasseur, mais quelquefois il recevait des amis qui avaient cette faiblesse.

Un jour je vis arriver une meute précédée d’un piqueur donnant du cor à tue tête. J’aboyai de toutes mes forces pour protester, puis je m’enfuis près d’Henriette bien résolu à n’avoir aucune communication avec tous ces chiens qui poussent l’obéissance et la servitude jusqu’à devenir cruels. Ils se croient des héros lorsque l’Halali s’est fait entendre, et se jettent sur un pauvre lièvre qu’ils n’auraient peut-être jamais dépisté. Beau mérite vraiment, de tenir en arrêt une gentille perdrix, de faire trembler un lapin, en un mot, d’être la terreur des bois et des champs!

Malgré mon humeur dédaigneuse, je ne pus m’empêcher de regarder au travers des vitres. Ils étaient vingt ou trente (c’est terrible de ne pas savoir compter même sur ses griffes!) tenus misérablement en laisse; ils sautaient, aboyaient comme des fous, m’appelant, m’interpellant.

Je restai ferme et droit sur mes pattes, me bornant à aboyer de ma plus grosse voix, afin qu’ils ne me prissent pas pour un chien de carton. Enfin cette vile meute fut emmenée dans les communs du château, et le lendemain je fus éveillé par leurs aboiements qui ne respiraient que meurtre et carnage.

Un jour je vis arriver une meute précédée d’un piqueur. (Page 12.)

Quelle fut ma surprise de voir entrer au salon un danois grand comme un petit âne. — Son maître le tenait en laisse. Ce bel étranger portait tout bonnement le nom de sa race: Danois. Il me regarda du haut en bas, avec un air si impertinent que je m’avançai tout hérissé, les yeux flamboyants et sans souci de ma petite taille, pour lui proposer un duel. Henriette vivement alarmée me rappela à moi-même: Eh bien! mon tien, y penses-tu? te battre au salon avec le Danois! Il n’est sans doute pas aussi brave que toi, mais il est plus méçant, et tu serais mordu.

Je m’éloignai, non convaincu de mon infériorité, mais parce que déjà Henriette avait acquis sur moi un empire sans borne: je l’aimais.

Le maître du Danois ne tarda pas à me donner l’explication des grands airs de son chien: c’est dit-il avec une sorte d’orgueil, la plus belle et la plus grande espèce de chiens que nous ayons en Europe. Il fit admirer la beauté de sa robe, la hauteur de sa taille, l’expression de sa physionomie.

Je l’ai payé.... cinq cents francs.

Je ne m’étonnai plus de l’air dédaigneux et important de l’étranger. — Il n’est pas rare que lès hommes contribuent à nous donner des défauts dont nous n’avons pas l’instinct. — Peu de jours après, la meute décampa, à ma grande satisfaction; et, grâce aux enfants, je n’eus aucune espèce de relation avec le fier Danois, qui lui aussi ne tarda pas à quitter Baudry.

L’hiver n’est pas amusant pour les chiens comme il faut. Heureusement que Baudry est un immense château: un collége entier pourrait jouer aux barres dans les salons. — Quelles parties n’avons-nous pas faites dans le billard et dans les vestibules!... Aujourd’hui ma démarche est moins svelte.

La meilleure entente régnait parmi nous, lorsqu’un jour, je vis une belle chatte blanche entrer au salon. Aussitôt je me précipitai vers elle, de l’air le plus menaçant. Elle se gonfla, se hérissa, et nous allions nous livrer un rude combat, lorsque les pleurs d’Henriette, ces armes puissantes, me firent reculer de quelques pas. Madame Nelville survint, prit la chatte, et la mit à la porte. J’aboyai encore pour ne laisser aucun doute sur mon mécontentement. La mère consola sa petite fille qui ne voulait pas entendre raison, ayant déjà vu ce phénomène déplorable de la bonne intelligence d’un chien et d’un chat.

Ma tendresse pour la petite ne put vaincre mon antipathie et ma résolution. Je méprise le chien qui vit en paix auprès d’une chatte. Il court risque de s’amollir en une telle compagnie. Lui franc, généreux, sincère, peut-il s’entendre avec cette espèce dont la dissimulation, l’égoïsme et la perfidie sont connus du monde entier, sans perdre de la noblesse de son caractère?...

Madame Nelville survint, prit la chatte et la mit à la porte. (Page 16.)

Henriette essaya donc en vain de me persuader, et la chère petite eut le bon goût et le bon sens de rompre avec la chatte.

CHAPITRE II.

Table des matières

Le printemps. — Je me promène. — Mouflar. — Un événement terrible.

Henriette m’avait bien dit: tu verras, mon cien, comme c’est beau notre campagne! va, nous nous promènerons joliment! — J’étais loin de me douter que j’habitais tout bonnement un des plus magnifiques châteaux de la Touraine.

Le dernier jour d’avril, par un temps d’une douceur qui n’est pas rare dans le Jardin de la France, M. Nelville annonça que nous ferions une grande partie, qu’on irait jusqu’aux cascades; que les garçons pêcheraient dans l’étang, et que Mlle Henriette, montée sur son âne, ne s’en retournerait pas avec sa bonne après avoir fait la conduite aux promeneurs.

Le soleil, les préparatifs, me firent bien vite deviner de quoi il s’agissait. Je sautais, j’aboyais.... je grognais, tant j’étais impatient de m’élancer dans les bois, dont j’avais aperçu la première teinte de verdure, le matin à ma fenêtre.

Nous partons: je m’élance, descends au pas accéléré une espèce de rempart, foulant sans pitié violettes et coucous, et j’arrive auprès d’un long étang bordé de peupliers tous frères: ayant traversé un petit pont je me trouvai dans une prairie comme vous n’en avez probablement jamais vue, mes enfants. Puis au delà de ce tapis vert, des bois de futaies.

Je me crus un instant le marquis de Carahas, ou tout au moins son chien, si tant est que le marquis avait un chien.

Mon absence avait jeté l’alarme dans la société, j’entendais bien mon nom prononcé alternativement par chacun des membres de la famille; mais je faisais la sourde oreille, ce qui serait fort laid de la part d’un petit garçon, car ce n’est pas fameux pour un chien.

J’aperçus bientôt Paul qui cria aux autres: Le voici! Et pour toute réprimande, il me fit sauter et courir après lui. Les promeneurs étant réunis, M. Nelville me dit très-sérieusement qu’il n’entendait plus que je courusse ainsi en éclaireur: «la futaie est immense, et malgré tout ton esprit, tu pourrais bien te perdre, mon camarade.» Je compris la valeur du conseil, et je marchai à côté d’Henriette montée sur son âne. La bonne petite me croyant, dans son innocence, un être faible comme elle, voulut. absolument me faire asseoir sur la croupe de l’Éveillé. Je résistai, mais vainement. M. Nelville me prit par la peau du cou et me plaça sur l’âne pour complaire à sa petite fille. Alors je me dis que dans cette circonstance, comme dans tant d’autres, il falfait faire contre fortune bon cœur. Je m’assis franchement, cette complaisance me valut mille éloges. Il paraît que j’avais vraiment l’air d’un personnage; j’aurais voulu entrer ainsi dans la capitale du Wurtemberg. Pourquoi le Wurtemberg, César? Parce que Paul m’avait répété sa leçon de géographie la veille.

Eh bien! voyez un peu! La fortune peut même gâter le meilleur des chiens. Je me trouvai déconcerté lorsqu’on me remit sur mes pattes.

On s’arrêta pour raconter des histoires auxquelles je ne comprenais rien. Alors je tournillais à à droite et à gauche, ayant la douceur de voir de jeunes perdrix voleter près de moi, sans crainte d’être fascinées par mon regard.

Ce jour-là, j’eus l’honneur de dîner en famille. Un dîner sur l’herbe, il est vrai, mais n’importe, je pris place entre Paul et Henriette. Tout le monde admira avec quelle grâce je fis disparaître ma pitance de croûte de pâté.

M. Nelville me plaça sur l’âne pour complaire à sa petite fille.

A partir de ce moment, je ne rêvai plus que bois et prairies. La grand’mère ne pouvait plus me retenir près de son métier à broder. Elle m’appelait coureur et me prédisait toutes sortes d’aventures. Elle me racontait des histoires qu’elle faisait même semblant de lire dans un livre; des histoires de chiens et d’ânes, où le rôle n’était certes pas brillant pour mes aïeux; de chiens et de loups; mille contes enfin. Tout cela ne m’empêchait pas de courir.

Je croyais qu’il en serait toujours ainsi: un matin M. Nelville m’appela dans son cabinet. Il ferma la porte, ouvrit un tiroir et en tira un collier rouge comme celui d’Henriette. Sur une plaque d’argent était gravé mon nom et celui de mon maître.

M. Nelville me fit valoir cet honneur, et voyant mon peu de goût pour les bijoux, il parla contre la vanité des colifichets, loua ma simplicité. Je tremblais de tout mon corps, je pleurais malgré moi.

M. NELVILLE.

Vraiment, César, je ne te comprends pas. Ce collier est charmant, il t’ira à merveille, c’est un talisman, mon ami. Rien de fâcheux ne pourra t’arriver une fois que je te l’aurai attaché au cou.

CÉSAR.

U.... u.... u.... u....

M. NELVILT.E.

Allons, ici, César!

Je me couchai sous la table, m’aplatissant et gémissant.

Insensé que j’étais! M. Nelville prit un martinet, me frappa d’abord légèrement, mais mon opiniâtreté augmentant, il lit un crescendo sur mes épaules. Une scène horrible se passa. Les enfants accoururent à mes cris et j’eus la confusion de me voir pris comme un malfaiteur condamné à la chaîne.

Ma conduite fut racontée au déjeuner. On m’appela orgueilleux. Henriette après avoir été alarmée par mes cris était ravie de me voir avec ma nouvelle parure. Elle me rappela que le grand Danois avait un collier presque aussi haut que la timbale d’argent dont elle se servait.

Malgré tous ces beaux discours, j’étais triste: d’abord, on ne me croyait plus un chien sans reproche; j’avais montré un mauvais caractère. Et au lieu de réparer ma faute, je grognais.

Paul m’ayant touché le bout de la queue en passant, je jetai des cris perçants; si bien que, malgré les instances de mes petits amis, M. Nelville me mit à la porte avec un geste peu respectueux. Vraiment si un chien pouvait raisonner comme un petit garçon ou une petite fille, il s’épargnerait bien des chagrins.

Je ne tardai pas à reconnaître l’utilité du collier qu’on m’avait mis au cou en dépit de ma résistance; voici à quelle occasion: mais je dois d’abord avouer que j’étais tellement habitué à mon collier, qu’il m’était désagréable qu’on me l’ôtât.

C’était bien la peine de faire tant de sottises pour me le laisser mettre, n’est-ce pas?