Angleterre : Brexit et conséquences - Serge Enderlin - E-Book

Angleterre : Brexit et conséquences E-Book

Serge Enderlin

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Beschreibung

Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre

Le Royaume-Uni existe-t-il encore ? En optant pour un divorce avec le continent, salué comme une revanche historique par la presse nationaliste et les milieux populaires, l’Angleterre est revenue sur le devant de la scène. Demain, peut-être, cette terre sera de nouveau divisée, laissant Londres dériver vers sa nostalgie d’empire, ses rêves de commerce mondialisé et les mirages de la puissance financière d’une City, devenue la colonne vertébrale d’une nation fracturée, à l’intérieur de laquelle beaucoup d’Anglais ne parviennent même plus à se comprendre.

Être ou ne pas être Anglais. S’affirmer Anglais. Penser Anglais. Tel est le défi de ce territoire exigu dont le destin moderne s’est, paradoxe absolu, toujours confondu avec celui du monde.

L’Angleterre n’est pas qu’une équipe de football ou de rugby. C’est un pays qui aspire à redevenir lui-même à une époque où tant de repères nationaux sont brouillés. Parce que derrière le non des Anglais à l’Europe se cache, ni plus ni moins, la difficile quête de leur identité.

Un grand récit suivi d’entretiens avec Norman Davies ( La dissolution du Royaume-Uni est inéluctable) et Jon Henley ( Deux Angleterre cohabitent sans se voir).

Un voyage historique, culturel et linguistique pour mieux connaître les passions anglaises. Et donc mieux les comprendre.

EXTRAIT

L’avion s’est posé sur l’un des sept (sic) aéroports de Londres, à Luton, à 50 km au nord de la capitale, en lisière de la triste ville industrielle du même nom. La voiture de location attend sur le parking. Comme à chaque fois, c’est peut-être la centième, je monte à l’avant à gauche. Une fraction de seconde pour comprendre que ne s’y trouve que le siège du passager. Le volant est de l’autre côté. Ce simple particularisme, prévisible, éculé, vaut piqûre de rappel. Bienvenue en Angleterre, bienvenue ailleurs, au pays de l’étrangeté familière.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

- […] Belle et utile collection petit format chez Nevicata, dont chaque opuscule est dédié à un pays en particulier. Non pas un guide de voyage classique, mais, comme le dit le père de la collection, un « décodeur » des mentalités profondes et de la culture. Des journalistes, excellents connaisseurs des lieux, ont été sollicités […]. À chaque fois, un récit personnel et cultivé du pays suivi de trois entretiens avec des experts locaux. - Le Temps

- Comment se familiariser avec « historique, les traditions ? » Une démarche d'enquête journalistique au service d'un authentique récit de voyage : le livre-compagnon idéal des guides factuels, le roman-vrai des pays et des villes que l'on s'apprête à découvrir. - Librairie Sciences Po

À PROPOS DE L'AUTEUR

Reporter à la Radio-Télévision Suisse, Serge Enderlin a été de 1998 à 2003 correspondant à Londres du quotidien Le Temps. Passionné par le destin des Îles Britanniques aujourd’hui soumises à rude épreuve, il a voulu comprendre ce que le Brexit dit de l’âme des Anglais.

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Seitenzahl: 92

Veröffentlichungsjahr: 2017

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L’ÂME DES PEUPLES

Une collection dirigée par Richard Werly

Signés par des journalistes écrivains de renom, fins connaisseurs des pays, des métropoles et des régions sur lesquels ils ont choisi d’écrire, les livres de la collection L’âme des peuples ouvrent grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir.

Écrits avec soin et ponctués d’entretiens avec de grands intellectuels rencontrés sur place, ces riches récits de voyage se veulent le compagnon idéal du lecteur désireux de dépasser les clichés et de se faire une idée juste des destinations visitées.

Une rencontre littéraire intime, enrichissante et remplie d’informations inédites. Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre.

Richard Werly est le correspondant permanent à Paris du quotidien suisse Le Temps. Précédemment basé à Bruxelles, Genève, Tokyo et Bangkok, il s’est lancé dans l’aventure éditoriale de L’ âme des peuples après avoir réalisé combien, en Europe et dans le monde, la compréhension mutuelle et la connaissance des racines culturelles et religieuses ne cessent de reculer sous la pression d’une économie toujours plus globalisée et de crises nouvelles et parfois brutales.

À Véronique, À Victor, Octave, Romane

« This royal throne of kings, this sceptred isle, This earth of Majesty, this seat of Mars, This other Eden, demi-paradise ; This fortress built by Nature for herself, Against infection and the hand of war, This happy breed of men, this little world, This precious stone set in the silver sea, Which serves it in the office of a wall, Or as a moat defensive to a house, Against the envy of less happier lands ; This blessed plot, this earth, this realm, this England, This nurse, this teeming womb of royal kings, Fear’d by their breed, and famous by their birth. »William Shakespeare,Richard II, 1595

« Let us therefore brace ourselves to our duties, and so bear ourselves, that if the British Empire and its Commonwealth last for a thousand years, men will still say, This was their finest hour ».Winston Churchill, 18 juin 1940, devant la Chambre des Communes

« Today, therefore, I am writing to give effect to the democratic decision of the people of the United Kingdom. I hereby notify the European Council in accordance with Article 50(2) of the Treaty on European Union of the United Kingdom’s intention to withdraw from the European Union ».Theresa May, 29 mars 2017, dans une lettre officielle au président du Conseil européen, Donald Tusk

AVANT-PROPOSPourquoi l’Angleterre ?

Il est grand temps de s’intéresser aux Anglais. Ne serait-ce que parce qu’ils sont entrés dans une phase d’introspection inédite et profonde, qui ne manque pas de susciter notre étonnement. Quoi, ce pays historique, cette puissance tutélaire, serait, elle aussi, en proie au doute existentiel ? Convenons d’abord d’une convention. Il faut désormais dissocier mentalement l’Angleterre du pays avec lequel on la confond sans cesse, le « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord », plus connu sous le nom de Royaume-Uni. D’un côté, un peuple. De l’autre, une union politique entre quatre nations des Îles Britanniques : Angleterre, Écosse, Pays de Galles et Irlande du Nord. Mais avec le séisme du Brexit, plébiscité par les Anglais le 23 juin 2016, mais pas par les autres nations britanniques, cette union est en danger. Pour la première fois depuis 1707, l’Angleterre redevient malgré elle un sujet. Pas encore un sujet de droit, en tout cas un sujet de discussion.

Sera-t-elle un jour un nouvel État indépendant sur la scène européenne ? À quoi ressemblerait-il ? Peut-on imaginer l’Angleterre sans ses marges celtes, ce « reste » avec lequel nous l’avons toujours associée dans nos esprits ? C’est à cet exercice que je vous convie dans les pages qui suivent, pour tenter de comprendre qui sont au fond les Anglais. La question est d’autant plus sensible qu’eux-mêmes ne disposent pas forcément de la réponse ! C’est ce que démontre notre voyage sur des terres attirantes, parfois décaties, parfois vraiment sinistrées, parfois immensément riches. C’est ce qu’illustre notre parcours dans un pays de taille modeste, de Londres, au sud, à la région de Newcastle, au nord-est, juste au-dessous de l’Écosse.

Mais quel est le sujet de ce livre, au fond ? En préambule, livrons-nous à la figure de style du name dropping. Les Beatles, Big Ben, Manchester United, la Mini, le fish n’chips, easyJet, Harry Potter, la Worcestershire Sauce, Darwin, la conduite à gauche, Cambridge, le sandwich, David Bowie, le trench-coat, Alfred Hitchcock, le tennis sur gazon. Mais aussi Margaret Thatcher, le full english breakfast, David Beckham, les miles, les yards – et les pieds, et les pouces, et les livres, et les onces... Et le thé au lait. Et le prince Charles, parce qu’il faut bien que quelqu’un pense à lui, le pauvre. Inutile de poursuivre. Toutes ces icônes culturelles anglaises, certaines majeures d’autres moins, font certes office de clichés, mais elles fondent la popularité et la réputation de ce pays dans le monde entier. Tout un chacun, ou presque, dispose de son Angleterre rêvée ou fantasmée, consommée ou écoutée, traversée, pratiquée, détestée peut-être. Les pays pouvant prétendre à cette faculté sont plutôt rares, mais c’est un fait : l’Angleterre appartient à tout le monde.

Elle séduit par ces doux paysages de collines et de champs bordurés par des futaies, peints par William Turner, ces falaises de craie sur les côtes du Kent ou encore les vallonnements du Lake District dans le sublime comté de Cumbria : classé au patrimoine mondial de l’Unesco en juillet 2017, le « Lakeland » est le seul massif montagneux d’Angleterre digne de ce nom. Son Everest a pour nom Scafell Pike. Il culmine à 958 m et, croyez-le ou non, c’est vertigineux.

Elle plaît aussi par ses paysages urbains : les briques rouges de la révolution industrielle, les rangées de maisons à l’identique de la période victorienne.

Mieux, depuis que la civilisation anglaise est devenue britannique, depuis que les possessions de l’autre rive de l’Atlantique sont devenues les États-Unis d’Amérique, première puissance mondiale, depuis que la langue anglaise est l’idiome commun, l’Angleterre même affaiblie continue vaille que vaille à conserver sa place de tout premier choix au panthéon des nations. On appelle cela le soft power, concept proposé la première fois par le politologue américain Joseph Nye en 1990. Quel que soit le contexte politique et économique, – et il n’est pas terrible à l’heure d’écrire ce livre – les Anglais continuent à faire envie loin à la ronde. Selon une étude de MasterCard, Londres a accueilli 19,88 millions de visiteurs en 2016. La première place en Europe, juste devant Paris. À leur manière, les migrants afghans ou irakiens qui viennent s’entasser dans l’entonnoir de Calais dans l’attente d’une traversée vers cet eldorado fantasmagorique ne dérogent pas à cette représentation : l’Angleterre est aussi le but de leur long périple. Ainsi les Anglais, malgré les revers de fortune des dernières décennies, restent-ils une évidence sur la scène globale, un point d’ancrage, un repère. Et ce n’est pas près de changer.

Je déambulais l’autre jour dans les rues médiévales d’Oxford, où cinq siècles d’excellence universitaire vous contemplent à chaque coin de rue, du Trinity College au All Souls College, sentiment de vertige historique, profondeur de champ d’une civilisation érudite. Assis sur un banc en bois dans la Divinity School (1483), où les étudiants défendaient autrefois leurs thèses, je songeais au rayonnement inouï de cette université, matrice comme sa sœur de Cambridge des élites anglaises puis britanniques depuis des temps immémoriaux. Si je n’avais pas regardé aussi longtemps la sublime voûte gothique, j’aurais compris tout de suite que j’étais le seul Européen dans la salle. À Oxford, pendant les vacances académiques de juillet, on parle chinois, partout. La Chine a beau disposer d’universités largement aussi compétentes que celles d’Angleterre, rien ne remplacera, aux yeux des parents pékinois, le tampon « Oxford » sur le certificat rapporté au pays à grands frais par leur progéniture.

L’Angleterre (130 395 km2) est un petit pays, trois fois la Suisse, quatre fois la Belgique, un cinquième de la France. Même en prenant en compte l’ensemble du Royaume-Uni, cela reste un État de superficie moyenne. En rapport à sa taille, il exerce encore une influence démesurée sur le reste du monde, héritage vivace de l’époque où l’Empire donnait le ton. Paradoxe, c’est justement ce pays central, et ses habitants, les Anglais, qui veulent prendre congé du continent. Le oui au Brexit contraint Londres et l’Union européenne à essayer de s’entendre sur les termes d’un divorce qu’aucun texte n’envisageait sérieusement. Puisse mon regard subjectif et toujours intrigué vous aider à comprendre l’Angleterre qui, de toute façon, restera de l’autre côté de la Manche.

Brexit et conséquences

L’avion s’est posé sur l’un des sept (sic) aéroports de Londres, à Luton, à 50 km au nord de la capitale, en lisière de la triste ville industrielle du même nom. La voiture de location attend sur le parking. Comme à chaque fois, c’est peut-être la centième, je monte à l’avant à gauche. Une fraction de seconde pour comprendre que ne s’y trouve que le siège du passager. Le volant est de l’autre côté. Ce simple particularisme, prévisible, éculé, vaut piqûre de rappel. Bienvenue en Angleterre, bienvenue ailleurs, au pays de l’étrangeté familière.

Destination la ville de Boston, comté du Lincolnshire, un peu plus au nord sur la carte, au milieu de l’Angleterre, pas très loin de la côte est qui, à cet endroit, fait face aux Pays-Bas. Dès le treizième siècle, Boston était l’une des principales villes marchandes de ce qui était le Royaume d’Angleterre. Elle fit partie de la ligue hanséatique qui regroupait les places fortes commerciales autour de la mer du Nord et de la Baltique. Elle donna son nom, aussi, à Boston, Massachusetts, après que, en 1620, des Puritains décidèrent qu’ils ne supportaient plus les discriminations religieuses de l’Église d’Angleterre et quittèrent leur terre natale à bord du Mayflower. Boston, Angleterre, tomba ensuite dans l’oubli total. Jusqu’au 23 juin 2016. Avec 75.6 % des voix en faveur du retrait de l’Union européenne, Boston est la capitale britannique du Brexit. Un honneur qui lui vaut désormais une curiosité internationale que même son extraordinaire cathédrale (dont la tour, dite le Stump, est la plus haute du Royaume-Uni) ne lui avait jamais conférée.

Comment en est-on arrivé là ? On en est arrivé là à cause des Polonais. À cause des Lituaniens. À cause des Roumains, des Bulgares. « Et de tous les autres. Ils ont envahi notre ville, nous ne sommes plus chez nous » dit Theresa Sutton, une retraitée bien mise croisée justement sur le parvis de St Botolph’s Church. Elle reconnaît que ces immigrés européens ont en quelque sorte été formellement « invités » par le gouvernement quand il a permis, il y a une dizaine d’années, la libre circulation aux ressortissants européens, quand bien même le Royaume-Uni ne fait pas partie de l’espace Schengen. « Mais personne ne pensait que les choses tourneraient comme ça, ajoute-t-elle. Nous pensions qu’ils viendraient comme main-d’œuvre temporaire. Mais ils sont restés. C’est une invasion. »