Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes - Paul Verlaine - E-Book

Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes E-Book

Paul Verlaine

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Beschreibung

La collection 'Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes' constitue un chef-d'œuvre littéraire rassemblant la diversité stylistique et poétique qui caractérise l'œuvre majeure de Rimbaud, enrichie par les contributions de la plume mélancolique et symboliste de Paul Verlaine. Ce recueil explore des thèmes centraux tels que la révolte, la quête de la liberté et l'illumination spirituelle à travers des poésies, des lettres et des écrits en prose qui offrent un panorama complet de l'univers visionnaire de Rimbaud. La variété des pièces présente invite le lecteur à découvrir l'évolution stylistique de Rimbaud, allant des vers traditionnels à des approches plus modernistes et audacieuses. Les contributeurs, emblématiques de leur époque, se sont distingués par leur engagement dans le mouvement symboliste et ont profondément influencé les générations futures de poètes et d'artistes. Rimbaud, âme en perpétuelle quête de nouvelles expériences, et Verlaine, avec sa richesse émotionnelle, se rejoignent pour présenter une voix collective qui illustre magnifiquement les tensions et les aspirations de la fin du XIXe siècle. Leurs écrits reflètent non seulement une révolution littéraire, mais aussi un tournant culturel, capturant l'esprit de rébellion et d'innovation propre à cette période. Pour le lecteur contemporain, 'Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes' est une invitation à plonger dans une expérience littéraire unique, combinant les contributions poétiques fondatrices de Rimbaud et Verlaine. Ce volume offre non seulement une exploration inégalée de la profondeur poétique et de la modernité naissante, mais aussi une opportunité de dialogue entre des œuvres qui continuent d'inspirer et de susciter des réflexions profondes sur l'art et la société. Plonger dans cette collection, c'est se confronter à la richesse d'un patrimoine littéraire intemporel et à la diversité des voix qui le composent. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - La Biographie de l'auteur met en lumière les jalons personnels et les influences littéraires qui marquent l'ensemble de son œuvre. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Paul Verlaine, Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes

Édition enrichie.
Introduction, études et commentaires par Hugo Dubois
EAN 8596547755623
Édité et publié par DigiCat, 2023

Table des matières

Introduction
Biographie de l’auteur
Contexte historique
Synopsis (Sélection)
Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes
Analyse
Réflexion
Citations mémorables

Introduction

Table des matières

Cette collection rassemble, sous le titre Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes, l’ensemble des textes poétiques, en prose et documentaires connus de l’auteur, afin d’offrir une vue d’ensemble continue et vérifiable de son parcours. Elle réunit les cycles majeurs — Poésies, Une Saison en enfer, Illuminations —, des ensembles moins diffusés tels que l’Album zutique et des Proses, ainsi qu’un corpus de correspondances et de pièces historiques. L’objectif n’est pas d’imposer une lecture unique, mais de présenter, dans leur diversité et leur ordre raisonné, les formes, thèmes et gestes d’écriture par lesquels Rimbaud a profondément transformé la poésie de langue française.

Les genres représentés sont multiples et complémentaires. On y trouve des poèmes en vers de facture variée, des poèmes en prose et des proses brèves, un livre en prose articulé en sections, des ensembles satiriques et parodiques, des fragments et brouillons, ainsi qu’une section de faux attribués clairement signalée. La correspondance est abondante: lettres à des amis, à la famille, notes, télégrammes, et documents de la vie courante, jusqu’au carnet de route. Cette pluralité accueille aussi des pièces liminaires de type préface et des textes critiques ou d’intention, qui éclairent l’élaboration de l’œuvre sans en substituer l’autorité.

Le fil unificateur se tisse entre révolte et invention, sensibilité et lucidité. L’itinéraire qui va des Poésies à Une Saison en enfer puis aux Illuminations expose une tension constante entre l’exigence d’une langue neuve et la conscience aiguë des limites du sujet. La ville moderne, la guerre, la faim, la jeunesse et l’errance forment un horizon thématique qui se déplace du proche au lointain, du familier à l’étranger. S’y superposent la quête d’une intensité de perception, l’ironie, la parodie et le sacré profané, autant de motifs qui structurent, au-delà des périodes, une poétique de l’expérience totale.

La section des Poésies témoigne d’une maîtrise précoce et d’une audace constante. Les formes héritées — sonnets, strophes régulières, mètre classique — y sont travaillées, détournées, parfois retournées contre elles-mêmes. Les pièces célèbres côtoient des poèmes de circonstance, des visions hallucinées, des récits condensés, des satires et des paysages mentaux. La nature et la ville y dialoguent, la compassion et la défiance se répondent, la musique du vers s’unit à des images d’une densité peu commune. Cette coexistence du canonique et de l’insolent, du lyrique et du satirique, définit une zone d’invention où Rimbaud métamorphose la tradition.

Une Saison en enfer, livre en prose organisé en sections, occupe une place centrale dans l’ensemble. Sa construction en étapes nommées — dont « Mauvais sang », « Nuit de l’enfer », « Délires », « Adieu » — propose une traversée réfléchie d’une crise poétique et existentielle. L’ouvrage met en jeu l’aveu, le jugement de soi et l’épreuve d’un langage poussé à ses extrêmes. Sans livrer de clés univoques, il ordonne la matière du vécu et de l’imaginaire en une dramaturgie intérieure qui ouvre sur la possibilité d’un bilan. La collection en restitue le texte et le contexte de réception initiale, sans extrapolations.

Les Illuminations rassemblent des poèmes en prose et des textes brefs d’une concision fulgurante. L’espace urbain, les paysages mentaux, les scènes de route et les visions politiques y composent un atlas poétique où s’inventent des rapports neufs entre images, rythmes et notations. Le regard y est délocalisé, mobile, souvent anonyme; la syntaxe se fait vecteur d’éclats et de raccords inattendus. Cette suite, non linéaire, propose un montage de perceptions et de constructions imaginaires qui a profondément marqué la modernité. La présente édition respecte la diversité formelle de l’ensemble et laisse apparaître ses constellations sans les figer.

L’Album zutique introduit la veine satirique, ludique et parodique, indispensable pour mesurer l’ampleur du laboratoire rimbaldien. On y découvre des pastiches, des exercices de dérision, des renversements de codes et des audaces verbales où l’outrance est méthode. La provocation y sert le démontage des postures littéraires et l’exploration d’un comique parfois féroce. Ces pièces, souvent brèves, éclairent par contraste la gravité d’autres textes et montrent que la recherche de formes nouvelles passe aussi par le rire, l’excès et la caricature. Loin d’être marginales, elles documentent l’envers décapant d’une poétique en acte.

Les Proses réunies ici — « Premières proses », « Un cœur sous une soutane », « Les déserts de l’amour », « Proses évangéliques », brouillons et fragments — élargissent l’atelier. On y voit se tenter des récits, des essais d’argumentation, des mises en situation qui répercutent les enjeux des poèmes sous d’autres angles. Les brouillons d’Une Saison en enfer révèlent des trajets d’écriture, et les ensembles non versifiés attestent la continuité d’une voix au-delà du poème. La section signale également les textes attribués avec réserve, et met à part les faux établis, afin de clarifier le périmètre de l’œuvre.

La correspondance constitue un axe de lecture essentiel. Les lettres à Georges Izambard, à Paul Demeny — dont la célèbre « Lettre du Voyant » —, à Ernest Delahaye et à Paul Verlaine, puis à la famille, aux partenaires et aux autorités, composent un dossier de première main. Elles documentent l’apprentissage, formulent un programme poétique, informent sur les déplacements et les activités ultérieures, de Charleville à Londres, de Chypre au Harar. Notes, télégrammes et carnet de route complètent ce tableau précis. Ensemble, ces documents situent l’œuvre dans un réseau d’instances concrètes, sans réduire les textes à leur biographie.

Les thèmes majeurs se répondent d’un corpus à l’autre: enfance et lucidité, fraternité et solitude, révolte et fatigue, mystique et matérialité. La ville devient énergie, vitrine et fracture; la campagne, refuge ou théâtre d’éveil; la guerre et la politique, vecteurs de visions et d’interrogations. La faim, le désir, la soif et le voyage figurent des dynamismes intérieurs. À travers ces motifs, la langue travaille l’association des sens, la vitesse des raccords, l’invention métaphorique, tout en ménageant des retours à des cadences presque classiques. Cette dialectique fait tenir ensemble brisures, éclats et architectures discrètes.

Sur le plan stylistique, l’ensemble atteste une double fidélité: à la rigueur prosodique et à l’expérimentation. Les Poésies jouent des mètres et des rimes; les poèmes en prose déplacent la frontière du genre; les suites brefs des Illuminations intensifient le fragment sans en briser l’élan. L’ironie, l’hyperbole, le montage d’images, la synesthésie et le décentrement du sujet y sont employés avec une précision de musicien. La « Lettre du Voyant » éclaire cette économie: recherche d’une langue apte à l’inconnu, méthode d’épreuve et de découverte. À cette aune, chaque section devient l’expansion d’un même noyau d’invention.

L’importance durable de cette œuvre tient à son pouvoir de relance. Elle a renouvelé la poésie en français et diffusé ses effets bien au-delà du champ hexagonal. Sa réception a varié, ses classements aussi, mais l’exigence formelle et la force d’image n’ont cessé de stimuler lectures et réécritures. En réunissant textes canoniques, pièces satiriques, fragments et lettres, la présente collection donne à lire non un monument figé, mais un mouvement. Elle offre les conditions d’une traversée complète, où l’itinéraire singulier de Rimbaud se déploie comme un faisceau de textes ouverts, toujours en train d’advenir chez leurs lecteurs et lectrices aujourd’hui.

Biographie de l’auteur

Table des matières

Paul Verlaine (1844–1896) et Arthur Rimbaud (1854–1891) incarnent la fracture et la refondation de la poésie française fin-de-siècle. Le premier, figure majeure de la modernité lyrique, y impose une musique souple, un art des demi-teintes; le second bouscule toutes les formes, de la strophe au poème en prose. Leur rencontre brève et orageuse soude deux trajectoires dont l’écho irrigue encore la poésie mondiale. Les œuvres rimbaldiennes rassemblées ici – des Poésies à Une Saison en enfer, des Illuminations à l’Album zutique, complétées par une ample Correspondance – permettent de suivre, pièce à pièce, la mue d’un adolescent prodige en inventeur de territoires poétiques neufs.

Verlaine se forme dans le sillage du Parnasse, admirant Banville et cultivant une diction mélodique appelée à marquer symbolistes et décadents. Avant sa rencontre avec Rimbaud, il a déjà imposé une sensibilité musicale et ironique. Rimbaud, élève brillant, lit voracement, maîtrise les mètres classiques et s’exerce très tôt à la subversion. Les Poésies attestent cette vitesse de maturation: Sensation, Ophélie, Le Dormeur du val, Ma bohème, Voyelles, Le Bateau ivre, Roman, Les Poètes de sept ans, Les Effarés. Les lettres à Georges Izambard et à Paul Demeny – notamment la Lettre du Voyant (15 mai 1871) – définissent un programme d’exploration totale.

La correspondance montre comment, en 1871, Verlaine accueille Rimbaud à Paris, l’introduit dans les cercles littéraires et se laisse, en retour, déplacer par l’audace du cadet. La période est fertile en expérimentations railleuses et irrévérencieuses, dont témoignent l’Album Zutique (Conneries, Vieux de la vieille, Les lèvres closes. Vu à Rome, Fête galante, etc.). Tandis que Rimbaud forge sa langue – Voyelles, Les Corbeaux, Le Cœur volé, Tête de faune –, Verlaine affine sa poétique musicale. La réflexion commune sur la prosodie, le timbre et l’image, relayée par des lettres souvent fiévreuses, fonde une complicité artistique autant qu’un défi réciproque.

En 1872–1873, la relation se poursuit à Londres, entre lectures, brouilles et fraternités. Les tensions culminent à Bruxelles en 1873: Verlaine est emprisonné après avoir tiré et blessé Rimbaud. Dans ce contexte, Rimbaud compose et publie Une Saison en enfer, confession et procès de soi articulés en séquences comme Mauvais sang, Nuit de l’enfer, Délires, L’Impossible, Adieu. On y lit la récapitulation féroce de l’expérience précédente et la volonté d’en finir avec certaines illusions. Verlaine, de son côté, sortira durablement marqué de l’épisode, sa musicalité s’assombrissant, sa foi et son écriture se recomposant à la faveur de cette épreuve.

Après 1873, Rimbaud pousse plus loin l’aventure formelle avec les Illuminations, cycle de poèmes en prose et en vers libérés dont les pièces — Après le Déluge, Enfance, Villes (Ce sont des villes !), Aube, Fleurs, Barbare, Génie, Mouvement — déclinent des visions urbaines, mystiques et cosmiques. S’y ajoutent des Proses et des Derniers vers où résonnent, entre autres, Larme et L’Éternité. Ce corpus, sans équivalent par sa densité d’invention, fait éclater les cadres métriques et le récit personnel, substituant à l’anecdote un théâtre d’images, de voix et de rythmes qui devint la grammaire secrète de la poésie moderne.

Vers le milieu des années 1870, Rimbaud cesse toute activité littéraire publique. La suite est une vie de déplacements et de travail loin des cénacles, documentée par les lettres ici réunies: Chypre (1880), la mer Rouge et la Corne de l’Afrique — Aden, puis Harar —, où il est employé par des maisons de commerce (engagement Viannay‑Bardey, 10 novembre 1880) et expédie des rapports précis. Le carnet de route du 7 avril 1891 et les ultimes lettres de la même année éclairent ses derniers mois. Atteint d’une maladie grave, il meurt en 1891, ayant laissé une œuvre brève, intacte, et d’une influence sans cesse accrue.

Parallèlement, Verlaine poursuit, entre errances, pauvreté et brèves reconnaissances, une œuvre qui durera jusqu’à sa mort en 1896. Poète de la nuance, il aura su, au contact de Rimbaud, radicaliser son sens de la musique et de l’ellipse, tout en cherchant, après l’épreuve de la prison, une épure spirituelle. Leur héritage est double: une révolution des formes — vers, prose, montage — et une nouvelle idée du poète, lisible dans la Correspondance (Demeny, Izambard, Delahaye, lettres croisées Verlaine‑Rimbaud). De Poésies à Une Saison en enfer et aux Illuminations, l’onde de choc continue d’irriguer la littérature et les arts.

Contexte historique

Table des matières

Cette collection embrasse la trajectoire fulgurante d’Arthur Rimbaud (1854–1891), depuis les premiers poèmes composés à la fin du Second Empire jusqu’aux textes majeurs de 1872–1875, puis aux lettres de voyage et de maladie des années 1878–1891. Elle réunit poèmes métriques, poèmes en prose, ébauches, pièces polémiques et une riche correspondance. L’ensemble met en perspective des chocs historiques successifs: guerre de 1870, Commune et débuts de la Troisième République, industrialisation accélérée, élargissement des réseaux de presse et de transport, puis mondialisation commerciale via Suez. Le rôle de Paul Verlaine, destinataire, partenaire et passeur éditorial, innerve la réception et la transmission de ces œuvres.

Le jeune Rimbaud grandit à Charleville, ville de garnison et de manufactures, au temps des réformes autoritaires mais modernisatrices du Second Empire. Sa formation classique et l’encouragement de son professeur Georges Izambard nourrissent une virtuosité précoce. Le dialogue avec le Parnasse – via sa lettre à Théodore de Banville (24 mai 1870) – situe ses débuts entre imitation savante et subversion. Des pièces comme Soleil et Chair, Ophélie, Roman ou Sensation témoignent d’une maîtrise des formes héritées, travaillées par une impatience envers la rhétorique et les convenances. Le cadre culturel est celui d’une poésie d’atelier, d’anthologies et de salons littéraires.

La guerre franco-prussienne (1870) et l’invasion de l’Est bouleversent l’adolescent ardennais. Le Dormeur du val fait entendre la violence anonymisée du conflit; Les Corbeaux et Chant de guerre parisien répondent à l’effondrement national. L’éclatante victoire de Sarrebrück détourne ironiquement une dépêche triomphaliste. La mémoire révolutionnaire irrigue Morts de quatre-vingt-douze, qui fait dialoguer 1792 et 1870. Dans les Textes inédits, Le Rêve de Bismarck raille la figure ennemie. Entre propagande, censure et presse bon marché, ces poèmes reflètent la circulation rapide des mots d’ordre et l’angoisse des provinces exposées aux mouvements de troupes et aux pénuries.

Au printemps 1871, alors que la Commune de Paris suscite espoirs et répression, Rimbaud formule son programme poétique dans la Lettre du Voyant à Paul Demeny (15 mai 1871): “Je est un autre”, illumination par “dérèglement de tous les sens”. Sans se confondre avec un manifeste politique, ce geste réinterprète une crise nationale en crise du langage. Les poèmes de 1871 – Voyelles, Bateau ivre, Les Assis, Les Pauvres à l’église – traduisent la contestation des orthodoxies esthétiques et morales. La correspondance avec Izambard et Demeny documente ces tensions idéologiques et l’urgence d’écrire hors des cadres scolaires et parnassiens.

L’arrivée de Rimbaud à Paris à l’automne 1871, sur invitation de Verlaine, l’immerge dans les réseaux littéraires et satiriques. L’Album zutique (1871–1872) conserve parodies, pastiches et pièces obscènes – Conneries, Les Remembrances du vieillard idiot – qui désacralisent les canons contemporains. Les Stupra (dont L’Idole et le Sonnet du trou du cul, attribué dans ce corpus) témoignent de la friction entre provocation esthétique et législation sur les “bonnes mœurs”. En arrière-plan, la Troisième République naissante réaffirme l’ordre public; la littérature répond par le travestissement, la caricature et le mélange des registres, souvent dans des cénacles informels.

Les séjours à Londres (1872–1873) confrontent Rimbaud à la première métropole industrielle: docks, brouillard, voies ferrées, foules multilingues. Les Illuminations en portent la marque, notamment dans Villes (Ce sont des villes!), Villes (L’Acropole officielle), Métropolitain, Les Ponts, Ville. Les titres anglais – Being Beauteous, Fairy – signalent une porosité linguistique. À l’écart des académies, la poésie s’arrime aux vitrines, gares et affiches: une modernité visuelle et sonore. La cohabitation orageuse avec Verlaine, puis l’épisode bruxellois de 1873, appartiennent à la biographie des auteurs et infléchissent le passage vers des formes brèves, fulgurantes, non narratives.

Une saison en enfer (1873), imprimée à Bruxelles à compte d’auteur, est un livre de crise qui mêle confession, polémique morale et examen de conscience en prose rythmée. Son contexte est celui d’un climat post-communard de normalisation et de débats religieux, entre réveils catholiques et anticlericalisme républicain. La structure en sections – Préface, Mauvais sang, Nuit de l’enfer, Délires, L’Impossible, L’Éclair, Matin, Adieu – reflète un temps d’aveux et de ruptures. La diffusion immédiate resta limitée, mais l’ouvrage devint une pierre angulaire de la modernité poétique lorsque Verlaine et de jeunes revuistes le redécouvrirent dans les années 1880.

Les Illuminations, composées principalement entre 1872 et 1875, paraissent en 1886 grâce à la revue La Vogue et à l’entremise de Verlaine. Le recueil associe poèmes en prose et vers libérés de la métrique classique. Après le déluge, Aube, Matinée d’ivresse, Démocratie, Mouvement ou Barbare proposent une grammaire d’images où techniques, sciences et mythes se croisent. Les motifs urbains, l’éclat des enseignes, l’électricité et la vitesse forment la scène d’une subjectivité éclatée. La publication coïncide avec l’essor symboliste, qui y reconnaît une voie pour dépasser le réalisme et l’éloquence parnassienne.

La question sociale traverse l’œuvre. Les Étrennes des orphelins, Les Effarés, Les Pauvres à l’église, Jeune ménage, Les Chercheuses de poux montrent la pauvreté enfantine, la charité ritualisée, la promiscuité urbaine. Au Cabaret-Vert et Ma Bohème cadrent l’errance comme apprentissage. La décennie 1860–1870 voit grandir usines, chemins de fer et journaux illustrés; l’essor d’une classe ouvrière et de banlieues précaires nourrit une sensibilité au corps épuisé, aux rites sociaux, aux hiérarchies visibles. Sans thèse doctrinale, ces poèmes interrogent les gestes ordinaires, l’école, l’église, le cabaret, lieux où se négocient autorité, soumission et échappées imaginaires.

L’imaginaire politique de Rimbaud dialogue avec l’héritage révolutionnaire. Le Forgeron et Morts de quatre-vingt-douze revisitent 1789–1792 comme répertoire de figures civiques et de violences fondatrices. Les Premières Communions et Le Châtiment de Tartufe participent d’un anticléricalisme critique, nourri par l’affrontement entre république laïque et catholicisme social. L’orgie parisienne ou Paris se repeuple évoque la ville après siège et insurrections. Ces textes réinterprètent la geste héroïque et les sermons patriotiques depuis un présent désenchanté, où la rhétorique de la vertu publique côtoie la misère, la délation et la lassitude des vaincus.

La question du corps et des normes sexuelles surgit au croisement de l’esthétique et du droit. Depuis la condamnation de Baudelaire (1857), les procès pour outrage aux mœurs pèsent sur le champ littéraire. Vénus anadyomène renverse les canons de la beauté; Being Beauteous en exalte l’étrangeté. Les pièces de l’Album zutique et des Stupra exhibent le laboratoire parodique et l’obscénité comme critique de la bienséance. Dans ce contexte répressif, l’excès devient méthode: défigurer l’idéal académique, subvertir le lexique pieux, déplacer les registres. La réception, fragmentaire et clandestine, prolonge l’économie de manuscrits, copies et lectures de cercle.

La circulation des textes dépend de réseaux fragiles: revues éphémères, libraires audacieux, correspondances d’écrivains. Les lettres à Banville, à Izambard, puis à Demeny – notamment la Lettre du Voyant – sont des documents programmatiques. Beaucoup de poèmes paraissent tardivement, parfois d’après des copies d’amis comme Ernest Delahaye. Verlaine joue un rôle de médiateur décisif: notices, pièces publiées, lettres croisées (1872–1875) et, plus tard, ses Poètes maudits (1884). La présence de Faux attribués dans cette collection rappelle les incertitudes d’attribution liées aux pratiques collectives, au pastiche et aux transmissions indirectes.

Après 1875, Rimbaud rompt avec l’activité littéraire et se tourne vers la mobilité. La mondialisation s’accélère: canal de Suez (1869), lignes de vapeur, compagnies maritimes, postes et télégraphes. La correspondance documente des emplois et projets en Europe méditerranéenne et au Proche-Orient, puis vers la mer Rouge. Une lettre expédiée de Chypre (Mont Troodos, 23 mai 1880) atteste un séjour insulaire, interrompu par des problèmes de santé. Ces déplacements s’inscrivent dans l’expansion commerciale et technique de la fin du siècle, qui reconfigure routes, carrières et horizons d’attente pour les jeunes Européens.

Entre 1880 et 1891, les lettres à la famille et à des employeurs éclairent la vie d’agent commercial à Aden et au Harar. La Lettre d’engagement de la maison Viannay-Bardey et Cie (10 novembre 1880) et la lettre à Alfred Bardey (9 décembre 1881) cadrent un travail d’entrepôt, de comptoir, d’expéditions. Des documents comme la Procuration de Jules Suel (4 juin 1886) ou la lettre Au directeur du Bosphore égyptien (20 août 1887) montrent la trame juridique et logistique du commerce. Itinéraires caravanier, prix, climat, maladies: ces pages appartiennent à l’histoire matérielle des échanges entre Afrique orientale, Arabie et Méditerranée.

Les derniers écrits retracent le retour précipité par la maladie en 1891. Le Carnet de route: départ du Harar (7 avril 1891), le télégramme à sa mère (22 mai 1891) et les lettres d’hôpital à sa sœur Isabelle documentent l’urgence médicale, les transferts et l’angoisse pratique (soins, finances). La Dernière lettre connue (9 novembre 1891) clôt la correspondance. Ces documents, sans enjeu esthétique affiché, sont des sources sur les infrastructures de santé, les compagnies de transport et la bureaucratie consulaire de la fin du XIXe siècle, où se croisent famille, médecins, maisons de commerce et autorités coloniales.

La carrière posthume doit beaucoup à Verlaine. Dès 1884, ses Poètes maudits fixent une image de Rimbaud en rebelle visionnaire. En 1886, des proches symbolistes – dont la revue La Vogue – publient les Illuminations. La réception glisse du scandale au modèle, puis à la référence pour les avant-gardes. Au XXe siècle, surréalistes et poètes d’après-guerre lisent Rimbaud comme une ressource pour penser le désir, l’image et l’insubordination verbale. Cette histoire éditoriale explique la présence, dans la collection, de pièces tardivement imprimées, de brouillons et de textes contextualisés par des notes et notices.

Les innovations de langage répondent à des mutations scientifiques et urbaines. Voyelles réfracte, selon la sensibilité du temps, les discours sur la couleur (optique, contrastes) et la synesthésie. Dans Illuminations, Métropolitain, Mouvements, Promontoire ou Démocratie réimaginent signalétique, réclame, réseaux, en brouillant narrateur et décor. Des formes brèves, des nominalisations, des coupes abruptes épousent la vitesse des trains et du télégraphe, sans cesser d’interroger la politique du progrès. La prose poétique prolonge et dépasse Baudelaire, tandis que l’essor du vers libre s’annonce dans des pièces où la syntaxe rythme autant que la mesure classique ne contraint plus la phrase poétique.œuœuœu œuœuœuœu? Wait remove noise— Correction: Remove stray characters please]

Synopsis (Sélection)

Table des matières

Poésies — enfance, nature et bohème

Premiers textes où l’adolescent observe le monde avec une acuité sensuelle et une liberté errante: paysages gorgés de lumière, émois naissants, et vie vagabonde s’entrelacent. Des scènes de route, d’auberge et de campagne composent une éthique de la marche, mêlant joie vive, ironie tendre et attention aux pauvres, à l’enfance et aux amours maladroites. Le vers souple, déjà inventif, fait affleurer une musicalité neuve et des images fulgurantes.

Poésies — satire, guerre et anticléricalisme

Un fil pamphlétaire parcourt des pièces contre la guerre, la bêtise sociale et le cléricalisme, où l’énergie politique se déploie en invectives, portraits grinçants et renversements de symboles. Le grotesque, le rire noir et la truculence verbale dynamitent les postures morales et les mythes patriotiques. La langue classique se cabre, la rime devient arme, et la scène urbaine ou paroissiale sert de théâtre à la démystification.

Poésies — visions, sensualité et expérimentation

Poèmes de l’extase, du rêve et du corps qui creusent la synesthésie, bousculent les mètres et ouvrent à une poétique de l’illumination. Érotisme cru, mythes métamorphosés et fables d’enfants s’y mêlent à des nocturnes spirituels et des visions marines. L’imaginaire sature le réel et prépare l’alchimie formelle des œuvres ultérieures.

Proses (pièces en prose antérieures aux recueils)

Courtes proses nerveuses où défilent inventaires, ellipses et éclats d’images, avec des motifs de guerre, de jeunesse, de génie et de soldes du monde. Elles esquissent une grammaire du collage et de la coupe franche, laboratoire de rythme pour la prose poétique. Le ton alterne entre prophétie sèche, ironie et visions à vif.

Derniers vers

Cycle resserré de poèmes cristallins qui mêlent lassitude hautaine, ivresses brèves et révélations énigmatiques. L’âpreté des saisons, la soif, l’orgueil blessé et des scènes domestiques acides composent une autobiographie éclatée. La diction se fait plus nue, aphoristique, où le chant se cogne au silence.

Une saison en enfer

Récit-poème d’une descente lucide où un je retrace révolte, hantise, ivresses et dégrisement. Les sections successives forment une dramaturgie de l’orgueil, de la culpabilité et de l’échec de la conquête visionnaire. Ton fiévreux et implacable, entre confession, réquisitoire et retournement final ambigu.

Illuminations

Suite de poèmes en prose et en vers libres éclatés, panorama de villes, d’aubes, de fêtes et de paysages mentaux. Le texte multiplie les plans, accélère, coupe et réassemble, faisant vibrer modernité urbaine, techniques, exotismes et métamorphoses du moi. Couleur, vitesse et synesthésie gouvernent une langue-cinéma, ouverte aux désastres comme aux épiphanies.

Album zutique

Carnet de pièces cinglantes, pastiches et joyaux grivois où la parodie sert de laboratoire à la méchanceté raffinée. On y moque les poses littéraires, l’académisme et la morale, avec une virtuosité qui tord les formes et l’allusion érudite. Le comique y est féroce, trivial parfois, mais d’une précision rythmique jubilatoire.

Premières proses et pastiches (Premières proses; Invocation à Vénus; Charles d’Orléans à Louis XI)

Ébauches et jeux d’imitation qui déplacent voix antiques ou médiévales dans une diction nerveuse et ironique. La prière, l’adresse de cour et la satire s’y recomposent en exercices de style où affleurent déjà le tournant parodique et le goût du détournement. Elles exposent l’apprentissage d’un timbre personnel par la ventriloquie.

Un cœur sous une soutane

Fausse confession d’un jeune clerc où le désir et la dévotion s’affrontent dans une langue caustique. La candeur affichée devient masque pour une satire des postures pieuses et des rhétoriques édifiantes. Ton libertin, drôlerie cruelle et microscope sur les mythologies de la pureté.

Les Déserts de l’amour

Prose de l’errance amoureuse où la passion s’assèche en paysages d’oasis manquées et de routes sans repères. L’image voyageuse devient métaphore d’un cœur géographiquement perdu. Écriture elliptique, visionnaire et désabusée.

Proses évangéliques

Réécritures et scènes inspirées des Évangiles revisitées par l’ironie, la compassion trouble et le sacrilège. Les figures sacrées se déplacent vers l’humain trop humain, entre violence et tendresse. Le style bref, aigu, propose une théologie renversée.

Brouillons d’« Une saison en enfer »

Fragments de travail où se cherchent voix, ordre et images autour de la faute, de la grâce et de l’ascèse par le verbe. On y perçoit des pistes abandonnées et des intensités qui alimenteront l’aveu resserré du livre. Ensemble d’ateliers, tendu entre fulgurance et rature.

Les Stupra

Cycle obscène où le corps grotesque, la latinité détournée et l’insulte deviennent instruments d’art. La provocation n’y exclut ni la musique ni le raffinement de la pointe. On y lit une guerre aux bienséances par la jubilation verbale.

Textes inédits

Pièces disparates allant du portrait d’un poète maudit à une fantaisie politique onirique, jusqu’à un morceau corrosif sur le poison et la perte. Elles conjuguent polémique, jeu et prescience, dans une prose rapide et tranchante. Panorama réduit mais vif des curiosités de l’auteur hors des grands ensembles.

Faux attribués à Rimbaud

Textes présentés comme apocryphes qui miment parfois la scansion, le lexique ou les postures polémiques du poète. Leur intérêt est de dessiner en négatif une silhouette stylistique, révélant ce qui fait signature vraie et ce qui sonne comme emprunt. Une contre-épreuve de l’oreille rimbaldienne.

Correspondances 1870–1871 — Aux maîtres, aux amis, programme d’une poétique

Lettres à des professeurs et poètes où se formulent révolte, exigences d’invention et projet d’un voyant. Elles racontent l’impatience d’un jeune homme décidé à rompre avec les cadres scolaires et provinciaux. Le ton alterne vénération ironique, défi et manifeste esthétique.

Correspondances 1872–1875 — Ruptures, errances, retours

Échanges avec Verlaine et des proches qui traversent une relation orageuse, des départs et des séjours à l’étranger. Le quotidien heurté s’y mêle à des notes sur l’écriture et à des éclats de vie précaire. L’ensemble donne la mesure d’un basculement intime et d’une mue poétique.

Correspondances 1878–1891 — Commerce, voyages, dernières années

Lettres familiales et documents de route depuis Chypre et la Corne de l’Afrique, où dominent préoccupations de travail, d’argent et de logistique. Le carnet et les télégrammes tracent une cartographie pragmatique, bientôt traversée par la maladie et l’urgence. Sous l’économie des mots affleure une lucidité nue et la ténacité d’un survivant.

Arthur Rimbaud: Oeuvres complètes

Table des Matières Principale
POÉSIES
POÉSIES
PRÉFACE
LES ÉTRENNES DES ORPHELINS
VOYELLES
ORAISON DU SOIR
LES ASSIS
LES EFFARÉS
LES CHERCHEUSES DE POUX
BATEAU IVRE
LES PREMIÈRES COMMUNIONS
L’ORGIE PARISIENNE OU PARIS SE REPEUPLE
ACCROUPISSEMENTS
LES PAUVRES À L’ÉGLISE
CE QUI RETIENT NINA
VÉNUS ANADYOMÈNE
MORTS DE QUATRE-VINGT-DOUZE
COMÉDIE EN TROIS BAISERS
SENSATION
BAL DES PENDUS
ROMAN
RAGES DE CÉSARS
LE MAL
OPHÉLIE
LE CHÂTIMENT DE TARTUFE
A LA MUSIQUE
LE FORGERON
SOLEIL ET CHAIR
LE DORMEUR DU VAL
AU CABARET-VERT
LA MALINE
L’ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRUCK
RÊVÉ POUR L’HIVER
LE BUFFET
MA BOHÊME
ENTENDS COMME BRAME
CHANT DE GUERRE PARISIEN
MES PETITES AMOUREUSES
LES POÈTES DE SEPT ANS
LE CŒUR VOLÉ
TÊTE DE FAUNE
POISON PERDU
LES CORBEAUX
PATIENCE
JEUNE MÉNAGE
MÉMOIRE
EST-ELLE ALMEE ?…
FÊTES DE LA FAIM
PROSES
FLAIRY
GUERRE
GÉNIE
JEUNESSE
SOLDES
DERNIERS VERS
MÉMOIRE
MICHEL ET CHRISTINE
LARME
L’ÉTERNITÉ
LA RIVIÈRE DE CASSIS
COMÉDIE DE LA SOIF
BONNE PENSÉE DU MATIN
FÊTES DE LA PATIENCE
JEUNE MÉNAGE
BRUXELLES
EST-ELLE ALMÉE ?…
FÊTES DE LA FAIM
ENTENDS COMME BRAME
Ô SAISONS, Ô CHÂTEAUX
QU’EST-CE POUR NOUS, MON CŒUR
HONTE
LA CHAMBRÉE DE NUIT
UNE SAISON EN ENFER
PRÉFACE
MAUVAIS SANG
NUIT DE L’ENFER
DÉLIRES
L’IMPOSSIBLE
L’ÉCLAIR
MATIN
ADIEU
ILLUMINATIONS
APRÈS LE DÉLUGE
ENFANCE
CONTE
PARADE
ANTIQUE
BEING BEAUTEOUS
VIES
DÉPART
ROYAUTÉ
À UNE RAISON
MATINÉE D’IVRESSE
PHRASES
OUVRIERS
LES PONTS
VILLE
ORNIÈRES
VILLES (CE SONT DES VILLES !)
VAGABONDS
VILLES (L’ACROPOLE OFFICIELLE)
VEILLÉES
MYSTIQUE
AUBE
FLEURS
NOCTURNE VULGAIRE
MARINE
FÊTE D’HIVER
ANGOISSE
MÉTROPOLITAIN
BARBARE
SOLDE
FAIRY
GUERRE
JEUNESSE
PROMONTOIRE
SCÈNES
SOIR HISTORIQUE
BOTTOM
H
MOUVEMENT
DÉVOTION
DÉMOCRATIE
GÉNIE
ALBUM ZUTIQUE
CONNERIES
CONNERIES
VIEUX DE LA VIEILLE
LES LÈVRES CLOSES. VU À ROME
FÊTE GALANTE
L’ANGELOT MAUDIT
LYS
L’HUMANITÉ CHAUSSAIT LE VASTE ENFANT PROGRÈS
LES REMEMBRANCES DU VIEILLARD IDIOT
LES SOIRS D’ETE
AUX LIVRES DE CHEVET
J’OCCUPAIS UN WAGON DE TROISIÈME
JE PRÉFÈRE SANS DOUTE
ETAT DE SIEGE ?
RESSOUVENIR
L’ENFANT QUI RAMASSA LES BALLES
LE BALAI
EXIL
HYPOTYPOSES SATURNIENNES
PROSES
PREMIÈRES PROSES
INVOCATION À VÉNUS
CHARLES D’ORLÉANS À LOUIS XI
UN CŒUR SOUS UNE SOUTANE
LES DÉSERTS DE L’AMOUR
PROSES ÉVANGÉLIQUES
BROUILLONS D’« UNE SAISON EN ENFER »
LES STUPRA
LES ANCIENS ANIMAUX…
NOS FESSES NE SONT PAS LES LEURS…
L’IDOLE SONNET DU TROU DU CUL
TEXTES INÉDITS
D’EDGAR POE FAMILLE MAUDITE.
LE RÊVE DE BISMARCK
POISON PERDU
FAUX ATTRIBUÉS À RIMBAUD
SONNET
INSTRUMENTATION
LES CORNUES
LE LIMAÇON
DOCTRINE
OMEGA BLASPHÉMATOIRE
CORRESPONDANCES
À Theodore De Banville (24 mai 1870)
À Georges Izambard (25 août 1870)
À Georges Izambard (5 septembre 1870)
Lettre de Protestation (20 septembre 1870)
Note pour Paul Demeny (26 septembre 1870)
À Georges Izambard (2 novembre 1870)
À Paul Demeny (17 avril 1871)
À Georges Izambard (13 mai 1871)
À Paul Demeny (Lettre du Voyant, 15 mai 1871)
À Paul Demeny (10 juin 1871)
À Georges Izambard (12 juillet 1871)
À Paul Demeny (28 août 1871)
Verlaine à Rimbaud (2 avril 1872)
Verlaine à Rimbaud (avril 1872)
Verlaine à Rimbaud (mai 1872)
À Ernest Delahaye (juin 1872)
À Ernest Delahaye (mai 1873)
Verlaine à Rimbaud (18 mai 1873)
Verlaine à Rimbaud (3 juillet 1873)
À Verlaine (4 juillet 1873)
Madame Rimbaud à Verlaine (6 juillet 1873)
À Verlaine (7 juillet 1873)
À Ernest Delahaye (5 février 1875)
À Ernest Delahaye, Charleville (14 octobre 1875)
Dernière lettre connue de Verlaine à Rimbaud, Londres (12 décembre 1875)
À sa famille (17 novembre 1878)
À sa famille (24 avril 1879)
À sa famille, Mont Troodos, Chypre (23 mai 1880)
À sa famille (4 juin 1880)
À sa famille (17 août 1880)
À sa famille (21 août 1880)
À sa famille (22 septembre 1880)
Lettre d’engagement de la maison Viannay-Bardey et Cie (10 novembre 1880)
À sa famille (13 décembre 1880)
À Alfred Bardey (9 décembre 1881)
À Augusto Franzoj (1885)
Procuration de Jules Suel à Arthur Rimbaud (4 juin 1886)
À sa famille (7 avril 1887)
Au directeur du Bosphore égyptien (20 août 1887)
À Alfred Bardey (3 mai 1888)
Carnet de route d’Arthur Rimbaud : départ du Harar (7 avril 1891)
À sa mère (30 avril 1891)
À sa mère et à sa sœur (Date inconnue)
Télégramme de Rimbaud à sa mère (22 mai 1891)
À sa sœur Isabelle (17 juin 1891)
À sa sœur Isabelle (23 juin 1891)
À sa sœur Isabelle (24 juin 1891)
À sa sœur Isabelle (29 juin 1891)
À sa sœur Isabelle (2 juillet 1891)
À sa sœur Isabelle (10 juillet 1891)
À sa sœur Isabelle (15 juillet 1891)
À sa sœur Isabelle (20 juillet 1891)
Lettre d’Isabelle Rimbaud à sa mère (28 octobre 1891)
À Monsieur le Directeur (dernière lettre) (9 novembre 1891)

ARTHUR RIMBAUD

POÉSIES

Table des matières

1870 - 1871

POÉSIES

Table des matières

PRÉFACE

Table des matières

À mon avis tout à fait intime, j’eusse préféré, en dépit de tant d’intérêt s’attachant intrinsèquement presque aussi bien que chronologiquement à beaucoup de pièces du présent recueil que celui-ci fût allégé pour surtout des causes littéraires trop de jeunesse décidément, d’inexpériences mal savoureuses, point d’assez heureuses naïvetés. J’eusse, si le maître, donné juste un dessus de panier, quitte à regretter que le reste dût disparaître, ou alors ajouté ce reste à la fin du livre, après la table des matières et sans table des matières quant à ce qui l’eût concerné, sous la rubrique « pièces attribuées à l’auteur », encore excluant de cette peut-être trop indulgente déjà hospitalité les tout à fait apocryphes sonnets publiés sous le nom glorieux et désormais sacré par de spirituels parodistes.

Quoi qu’il en soit, voici, seulement expurgée des apocryphes en question et classée aussi soigneusement que possible par ordre de dates, mais, hélas ! privée de trop de choses qui furent aux déplorables fins de puériles et criminelles rancunes sans même d’excuses suffisamment bêtes, confisquées, confisquées ? volées ! pour tout et mieux dire, dans les tiroirs fermés d’un absent. Voici le livre des poésies complètes d’Arthur Rimbaud avec ses additions inutiles à mon avis et ses déplorables mutilations irréparables à jamais, il faut le craindre.

Justice est donc faite, et bonne et complète car en outre du présent fragment de l’œuvre, il y a eu des reproductions par la Presse et la Librairie des choses en prose si inappréciables, peut-être même si supérieures aux vers, dont quelques-uns pourtant incomparables, que je sache !

Ici, avant de procéder plus avant dans ce très sérieux et très sincère et pénible et douloureux travail, il me sied et me plaît de remercier mes amis Dujardin et Kahn, Fénéon, et ce trop méconnu, trop modeste Anatole Baju, de leur intervention en un cas si beau, mais à l’époque périculent, je vous l’assure, car je ne le sais que trop.

Kahn et Dujardin disposaient néanmoins de revues jeunes et d’aspect presque imposant, un peu d’outre-Rhin et parfois, pour ainsi dire pédantesques ; depuis il y a eu encore du plomb dans l’aile de ces périodiques changés de direction ― et Baju, naïf eut aussi son influence, vraiment.

Tous trois firent leur devoir en faveur de mes efforts pour Rimbaud, Baju avec le tort peut-être inconscient de publier à l’appui de la bonne thèse des gloses farceuses de gens de talent et surtout d’esprit qui auraient mieux fait certainement de travailler pour leur compte, qui en valait, je le leur dis en toute sincérité,

La peine assurément !

Mais un devoir sacré m’incombe, en dehors de toute diversion même quasiment nécessaire, vite. C’est de rectifier des faits d’abord ― et ensuite d’élucider un peu la disposition, à mon sens, mal littéraire, mais conçue dans un but tellement respectable ! du présent volume des Poésies complètes d’Arthur Rimbaud.

On a tout dit en une préface abominable que la Justice a châtiée, d’ailleurs par la saisie, de par la requête d’un galant homme de qui la signature avait été escroquée, M. Rodolphe Darzens, on a donc dit tout le mauvais sur Rimbaud, homme et poète.

Ce mauvais-là, il faut malheureusement, mais carrément, l’amalgamer avec celui qu’a écrit, pensé sans nul doute, un homme de talent dans un journal d’irréprochable tenue. Je veux parler de M. Charles Maurras et en appeler de lui à lui mieux informé.

Je lis, par exemple, ceci de lui, M. Charles Maurras.

Au dîner du Bon Bock, or il n’y avait pas alors, de dîner du Bon Bock où nous allassions, Valade, Mérat, Silvestre, quelques autres Parnassiens ou moi, ou par conséquent Rimbaud avec nous, mais bien un dîner mensuel des Vilains Bonshommes, fondé bien avant la guerre et qu’avaient honoré quelquefois Théodore de Banville et, de la part de Sainte-Beuve, son secrétaire, M. Jules Troubat. Au moment dont il est question, fin 1871, nos « assises » se tenaient au premier étage d’un marchand de vins établi au coin de la rue Bonaparte et de la place Saint-Sulpice, vis-à-vis d’un libraire d’occasion (rue Bonaparte) et (rue du Vieux-Colombier) d’un marchand d’objets religieux.

Au dîner du Bon Bock, dit donc M. Maurras, ses reparties (à Rimbaud) causaient de grands scandales. Ernest d’Hervilly le rappelait en vain à la raison. Carjat le mit à la porte. Rimbaud attendit patiemment à la porte et Carjat reçut à la sortie un « bon » (je retiens « bon ») coup de canne à épée dans le ventre.

Je n’ai pas à invoquer le témoignage de d’Hervilly qui est un cher poète et un cher ami, parce qu’il n’a jamais été plus l’auteur d’une intervention absurdément inutile que l’objet d’une insulte ignoble publiée sans la plus simple pudeur, non plus que sans la moindre conscience du faux ou du vrai dans la préface de l’édition de M. Genonceaux ; cet exotique à Paris d’ailleurs failli depuis ou quelque chose comme cela ; ni celui de M. Carjat lui-même, ni des encore assez nombreux survivants d’une scène assurément peu glorieuse pour Rimbaud, mais démesurément grossie et dénaturée jusqu’à la plus complète calomnie.

Voici donc un récit succinct mais vrai, jusque dans le moindre détail, du « drame » en question : ce soir-là aux Vilains Bonshommes on avait lu beaucoup de vers après le dessert et le café. Beaucoup de vers, même à la fin d’un dîner (plutôt modeste), ce n’est pas toujours des moins fatigants, particulièrement quand ils sont un peu bien déclamatoires comme ceux dont vraiment il s’agissait (et non du bon poète Jean Alcard). Ces vers étaient d’un monsieur qui faisait beaucoup de sonnets à l’époque et de qui le nom m’échappe.

Et sur le début suivant après passablement d’autres choses d’autres gens : On dirait des soldats d’Agrippa d’Aubigné Alignés au cordeau par Philibert Delorme.

Rimbaud eut le tort incontestable de protester d’abord entre haut et bas contre la prolongation d’à la fin abusives récitations. Sur quoi M. Étienne Carjat le photographe, poète de qui le récitateur était l’ami littéraire et artistique, s’interposa trop vite et trop vivement à mon gré, traitent l’interrupteur de gamin. Rimbaud qui ne savait supporter la boisson, et que l’on avait contracté dans ces « agapes » pourtant modérées, la mauvaise habitude de gâter au point de vue du vin et des liqueurs, ― Rimbaud qui se trouvait gris, prit mal la chose, se saisit d’une canne à épée à moi qui était derrière nous voisins immédiats et, par-dessus la table large de près de deux mètres, dirigea vers M. Carjat qui se trouvait en face ou tout comme la lame dégainée qui ne fit pas heureusement de très grands ravages, puisque le sympathique ex-directeur du Boulevard ne reçut, si j’en crois ma mémoire qui est excellent dans ce cas, qu’une éraflure très légère.

Néanmoins l’alarme fut grande et la tentative très regrettable ; vite et plus vite encore réprimée. J’arrachai la lame au furieux, la brisai sur mon genou et confiai, devant rentrer de très bonne heure chez moi où ma femme était dans un état de grossesse avancé pour ne pas excuser de trop longues et fréquentes miennes absences de la maison, le garçon à moitié dégrisé maintenant au peintre bien connu, Michel de l’Hay alors déjà un solide gaillard en outre d’un tout jeune homme des plus remarquablement beaux qu’il soit donné de voir, qui eut tôt fait de reconduire à son domicile de la rue Campagne-Première, en le chapitrant d’importance, le « gamin » de qui l’accès de colère ne tarda pas à se dissiper tout à fait avec les fumées du vin et de l’alcool dans le sommeil réparateur de la seizième année.

Avant de « lâcher » tout à fait M. Charles Maurras, je lui demanderai de m’autoriser à m’expliquer une dernière fois sur un malheureux membre de phrase de lui me concernant.

À propos de la question d’ailleurs subsidiaire de savoir si M. Rimbaud était beau ou laid, M. Maurras qui ne l’a jamais vu et qui le trouve laid, d’après des témoins « plus rassis » que votre serviteur, me blâmerait presque, ma parole d’honneur ! d’avoir dit qu’il avait (Rimbaud) un visage parfaitement ovale d’ange en exil, une forte bouche rouge au pli amer (et in cauda venenum !) en Latin et Romain et Grec et Italien ! Que vous êtes, M. Mourras, ô gros voluptueux (à la Wilde !) des « jambes sans rivales ».

Ça c’est bête, je veux le croire, sans plus autrement, quoi ? Voici toujours ma phrase sur les jambes en question, extraite des Hommes d’aujourd’hui. Au surplus, lisez toute la petite biographie. Elle répond à tout d’avance, et coûte deux sous.

« … Des projets pour la Russie, une anicroche à Vienne (Autriche), quelques mois en France, d’Arras et Douai à Marseille, et le Sénégal, vers lequel bercé par un naufrage, puis la Hollande, 1879-80, vu décharger des voitures de moisson dans une ferme à sa mère, entre Attigny et Vouziers, et arpenter ces routes maigres de ses « jambes sans rivales ».

Voyons, M. Maurras, est-ce bien de bonne foi votre confusion entre infatigabilité… et autre chose.

— Ouf ! j’en ai fini avec les petites (et grosses) infamies qui de régions prétendues uniquement littéraires, s’insinueraient dans la vie privée pour s’y installer et veuillez, lecteur, me permettre de m’étendre un peu, maintenant qu’on a brûlé quelque sucre, sur le pur plaisir intellectuel de vous parler du présent ouvrage qu’on peut ne pas aimer, ni même admirer, mais qui a droit à tout respect en tout consciencieux examen ?

On a laissé les pièces objectionnables au point de vue bourgeois, car le point de vue chrétien et surtout catholique dont je m’honore d’être un des plus indignes peut être mais à coup sûr le plus sincère tenant, me semble supérieur ― j’entends, notamment les Premières Communions, les Pauvres à l’église (pour mon compte, j’eusse négligé cette pièce brutale avec pourtant ceci qui en fait partie : … Les malades du foie

Font baiser leur longs doits jaunes Aux bénitiers.

Quant aux Premières Communions dont j’ai sévèrement parlé dans mes Poètes maudits à cause de certains vers plutôt irrévérencieux que blasphémateurs (ou réciproquement), c’est si beau !… n’est-ce pas ? à travers tant de drôles de choses… n’est-ce pas ?

Pour le reste de ce que j’aime parfaitement, le Bateau ivre, les Effarés, les Chercheuses de poux et bien après les Assis aussi, parbleu ! c’est un peu fumiste, mais si beau de détails ; Sonnet des Voyelles qui a fait faire à M. René Ghill de si mirobolentes théories et l’ardent Faune. C’est parfait de fauves, ― en liberté ! et encore une fois, je vous le présente, ce « numéro », comme autrefois dans Lutèce, de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces.

On a cru devoir (évidemment dans un but de réhabilitation qui n’a rien à voir ni avec la vie ni avec l’œuvre) ouvrir le volume par une pièce intitulée Etrennes des Orphelins, laquelle assez longue pièce, dans le goût un peu Guiraud avec déjà des beautés tout autres. Ceci qui vaut du Desbordes-Valmore :

Les tout petits enfants ont le cœur si sensible !

………………………………..

Cela :

La bise sous le seuil a fini par se taire…

qui est d’un net et d’un vrai, quant à ce qui concerne un beau jour de premier janvier : Surtout une facture solide même un peu trop qui dit l’extrême jeunesse de l’auteur quand il s’en servit d’après la formule parnassienne exagérée.

On a cru aussi devoir intercaler de gré ou de force un trop long poème : Le Forgeron, daté des Tuileries vers le 10 août 1892, où vraiment c’est trop démoc-soc, par trop démodé, même en 1870, mais l’auteur, direz-vous, était si, si jeune ! Mais, répondrais-je, était-ce une raison pour publier cette chose faite à coups de « mauvaises lectures » dans des manuels surannés ou de trop moisis historiens ? Je ne m’empresse pas moins d’ajouter qu’il y a là encore de très beaux vers. Parbleu ! avec cet être-là !

Cette caricature de Louis XIV, d’abord :

Et prenant ce gros-là dans son regard farouche,

Cette autre encore :

Or le bon roi, debout sur son ventre était pâle.

Ce cri bien dans le ton juste, trop rare ici.

On ne veut pas de nous dans les boulangeries

Mais j’avoue préférer telles pièces purement jolies, mais alors très jolies, d’une joliesse sauvageonne ou sauvage tout à fait alors presque aux belles que le Bateau ivre ou que les Premières Communions.

Il y a dans ce ton Ce qui retient Nina, vingt-neuf strophes, plus de cent vers sur un rythme sautilleur avec des gentillesses à tout bout de champ :

Dix-sept ans tu seras heureuse !

O les grands prés

La grande campagne amoureuse !

— Dis, viens plus près !…

… … … … . .

Puis comme une petite morte

Le cœur pâmé.

Tu me disais que je te porte

L’œil mi-fermé…

Et après la promenade au bois… et la résurrection de la petite morte, l’entrée dans le village où ça sentirait le laitage, une étable pleine d’un rythme lent d’haleine et de grands dos ; un intérieur à la Téniers.

Les lunettes de ma grand’mère

Et son nez long

Dans son missel…

Aussi la Comédie en trois baisers :

… … … … . .

Elle était fort déshabillée

Et de grands arbres indiscrets.

Aux vitres penchaient leur feuillée Malinement, tout près, tout près.

Sensation, où le poète adolescent va loin, bien loin, comme un bohémien.

Par la nature, heureux comme avec une femme.

Roman :

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans[1q].

Ce qu’il y a d’amusant, c’est que Rimbaud, quand il écrivait ce vers, n’avait pas encore seize ans. Évidemment il se « vieillissait » pour mieux plaire à quelque belle… de très probablement son imagination.

Ma Bohème, la plus gentille sans doute de ces gentilles choses.

Comme des lyres je tirai les élastiques De mes souliers blessés près de mon cœur.

Mes Petites amoureuses, les Poètes de sept ans, frères franchement douloureux des Chercheuses de poux :

Et la mère fermant le livre du devoir S’en allait satisfaite et très fière sans voir Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminence L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

… … … … . .

Quant aux quelques morceaux en prose qui terminent le volume, je les eusse retenus pour les publier dans une nouvelle édition des œuvres en prose. Ils sont d’ailleurs très beaux mais tout à fait dans la note des Illuminations et de la Saison en Enfer. Je l’ai dit tout à l’heure et je sais que je ne suis pas le seul à le penser : Le Rimbaud en prose est peut-être supérieur à celui en vers…

J’ai terminé, je crois avoir terminé ma tâche de préfacier. De la vie de l’homme j’ai parlé suffisamment. De son œuvre je reparlerai peut-être encore.

Mon dernier mot ne peut-être ici que ceci : Rimbaud fut un poète mort jeune mais vierge de toute platitude ou décadence ― homme il fut un homme mort jeune aussi mais dans son vœux bien formulé d’indépendance et de haut dédain de n’importe quelle adhésion à ce qu’il ne lui plaisait pas de faire ni d’être.

PAUL VERLAINE

I

LES ÉTRENNES DES ORPHELINS

Table des matières

I

La chambre est pleine d’ombre ; on entend vaguement De deux enfants le triste et doux chuchotement[2q].

Leur front se penche, encor alourdi par le rêve, Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève…

− Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux ; Leur aile s’engourdit sous le ton gris des cieux ; Et la nouvelle année, à la suite brumeuse, Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse, Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant…

II

Or les petits enfants, sous le rideau flottant, Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure.

Ils écoutent, pensifs, comme un lointain murmure…

Ils tressaillent souvent à la claire voix d’or Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor Son refrain métallique en son globe de verre…

− Puis, la chambre est glacée… on voit traîner à terre, Epars autour des lits, des vêtements de deuil : L’âpre bise d’hiver qui se lamente au seuil

Souffle dans le logis son haleine morose !

On sent, dans tout cela, qu’il manque quelque chose…

− Il n’est donc point de mère à ces petits enfants, De mère au frais sourire, aux regards triomphants ?

Elle a donc oublié, le soir, seule et penchée, D’exciter une flamme à la cendre arrachée,

D’amonceler sur eux la laine et l’édredon

Avant de les quitter en leur criant : pardon.

Elle n’a point prévu la froideur matinale,

Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale ?…

− Le rêve maternel, c’est le tiède tapis,

C’est le nid cotonneux où les enfants tapis,

Comme de beaux oiseaux que balancent les branches, Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches.

− Et là, − c’est comme un nid sans plumes, sans chaleur, Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ; Un nid que doit avoir glacé la bise amère…

III

Votre cœur l’a compris : − ces enfants sont sans mère.

Plus de mère au logis ! − et le père est bien loin !…

− Une vieille servante, alors, en a pris soin.

Les petits sont tout seuls en la maison glacée ; Orphelins de quatre ans, voilà qu’en leur pensée S’éveille, par degrés, un souvenir riant…

C’est comme un chapelet qu’on égrène en priant : − Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !

Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux, Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux, Tourbillonner, danser une danse sonore,

Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !

On s’éveillait matin, on se levait joyeux,

La lèvre affriandée, en se frottant les yeux…

On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,

Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête, Et les petits pieds nus effleurant le plancher, Aux portes des parents tout doucement toucher…

On entrait !… Puis alors les souhaits,… en chemise, Les baisers répétés, et la gaîté permise ?

IV

Ah ! c’était si charmant, ces mots dits tant de fois !

− Mais comme il est changé, le logis d’autrefois : Un grand feu pétillait, clair, dans la cheminée, Toute la vieille chambre était illuminée ; Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer, Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer…

− L’armoire était sans clefs !… sans clefs, la grande armoire !

On regardait souvent sa porte brune et noire…

Sans clefs !… c’était étrange !… on rêvait bien des fois Aux mystères dormant entre ses flancs de bois, Et l’on croyait ouïr, au fond de la serrure

Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure…

− La chambre des parents est bien vide, aujourd’hui : Aucun reflet vermeil sous la porte n’a lui ; Il n’est point de parents, de foyer, de clefs prises : Partant, point de baisers, point de douces surprises !

Oh ! que le jour de l’an sera triste pour eux !

− Et, tout pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus, Silencieusement tombe une larme amère, Ils murmurent : « Quand donc reviendra notre mère ? »

……………………………………………..

V

Maintenant, les petits sommeillent tristement : Vous diriez, à les voir, qu’ils pleurent en dormant, Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffle pénible !

Les tout petits enfants ont le cœur si sensible !

− Mais l’ange des berceaux vient essuyer leurs yeux, Et dans ce lourd sommeil met un rêve joyeux, Un rêve si joyeux, que leur lèvre mi-close,

Souriante, semblait murmurer quelque chose…

− Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond, Doux geste du réveil, ils avancent le front, Et leur vague regard tout autour d’eux repose…

Ils se croient endormis dans un paradis rose…

Au foyer plein d’éclairs chante gaîment le feu…

Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu ; La nature s’éveille et de rayons s’enivre…

La terre, demi-nue, heureuse de revivre,

A des frissons de joie aux baisers du soleil…

Et dans le vieux logis tout est tiède et vermeil : Les sombres vêtements ne jonchent plus la terre, La bise sous le seuil a fini par se taire…

On dirait qu’une fée a passé dans cela !…

− Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris… Là, Près du lit maternel, sous un beau rayon rose, Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose…

Ce sont des médaillons argentés, noirs et blancs, De la nacre et du jais aux reflets scintillants ; Des petits cadres noirs, des couronnes de verre, Ayant trois mots gravés en or : « À NOTRE MÈRE ! »

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2 janvier 1870

II

VOYELLES

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A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes.

A, noir corset velu des mouches éclatantes Qui bombillent autour des puanteurs cruelles, Golfe d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes, Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses pénitentes ; U, cycles, vibrements divins des mers virides, Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ; O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, Silences traversés des Mondes et des Anges : — O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

III

ORAISON DU SOIR

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Je vis assis, tel qu’un ange aux mains d’un barbier, Empoignant une chope à fortes cannelures, L’hypogastre et le col cambrés, une Gambier Aux dents, sous l’air gonflé d’impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d’un vieux colombier, Mille rêves en moi font de douces brûlures ; Puis par instants mon cœur triste est comme un aubier Qu’ensanglante l’or jaune et sombre des coulures.

Puis quand j’ai ravalé mes rêves avec soin, Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes, Et me recueille pour lâcher l’âcre besoin.

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes, Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin, Avec l’assentiment des grands héliotropes.

IV

LES ASSIS

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Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs, Le sinciput plaqué de hargnosités vagues Comme les floraisons lépreuses des vieux murs, Ils ont greffé dans des amours épileptiques

Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques S’entrelacent pour les matins et pour les soirs.

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges, Sentant les soleils vifs percaliser leur peaux, Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges, Tremblant du tremblement douloureux des crapauds.

Et les Sièges leur ont des bontés ; culottée

De brun, la paille cède aux angles de leurs reins.

L’âme des vieux soleils s’allume, emmaillotée Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes, Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour, S’écoutent clapoter des barcarolles tristes Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.

Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage.

Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,

Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !

Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors, Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves Qui vous accrochent l’œil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue ;

Au retour, leur regard filtre ce venin noir

Qui charge l’œil souffrant de la chienne battue, Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales, Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever, Et de l’aurore au soir des grappes d’amygdales Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.

Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,

De vrais petits amours de chaises en lisières Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés.

Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgules, Les bercent le long des calices accroupis,

Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules, − Et leur membre s’agace à des barbes d’épis !

V

LES EFFARÉS

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Noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s’allume, Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits, − misère ! −

Regardent le boulanger faire Le lourd pain blond…

Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise, et qui l’enfourne Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.

Le boulanger au gras sourire Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge, Au souffle du soupirail rouge, Chaud comme un sein.

Et quand, pendant que minuit sonne, Façonné, pétillant et jaune, On sort le pain ;

Quand, sous les poutres enfumées, Chantent les croûtes parfumées, Et les grillons ;

Quand ce trou chaud souffle la vie ; Ils ont leur âme si ravie

Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres petits pleins de givre !

− Qu’ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses Au grillage, chantant des choses, Entre les trous,

Mais bien bas, − comme une prière…

Repliés vers cette lumière

Du ciel rouvert,

− Si fort, qu’ils crèvent leur culotte, − Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d’hiver…

20 septembre 1870