Aurelie IV - Audrey Barrière - E-Book

Aurelie IV E-Book

Audrey Barrière

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Beschreibung

"Aurelie IV" donne corps aux émotions silencieuses, aux souffrances dissimulées dans les non-dits. À chaque page, la force d’une séparation se déploie, celle d’une monitrice disparue, laissant derrière elle un vide insondable. La douleur de l’absence se mêle à une douce mélancolie, et chaque mot devient le reflet d’une tristesse profonde. Seule l’écriture, véritable exutoire, offre un souffle de liberté, apaisant l’âme tourmentée et allégeant le fardeau du chagrin. Une histoire qui pourrait tout aussi bien être la vôtre.

À PROPOS DE L'AUTRICE

Dans un élan cathartique, Audrey Barrière s’empare de sa plume pour libérer l’intensité des sentiments qu’elle nourrit à l’égard de son ancienne monitrice, désormais installée bien loin d’elle.

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Seitenzahl: 144

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Titre

Audrey Barrière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aurelie IV

Roman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Lys Bleu Éditions – Audrey Barrière

ISBN : 979-10-422-8985-0

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

 

Je pédalais, le regard fixé droit devant, sur cette longue nationale aux bas-côtés étroits et au vent coupant. Les voitures me frôlaient. Je sentais leur souffle me bousculer légèrement à chaque passage, mais je continuais, les mains serrées sur le guidon, comme si avancer était la seule chose que je savais encore faire.

Le vent sifflait dans mes oreilles, mais dans mon cœur plus bruyant.

Soudain, une voiture ralentit de l’autre côté de la route. Je tournais brièvement la tête.

C’était elle.

Aurélie.

Sa silhouette, son visage, ses yeux…

Elle me reconnut immédiatement. Son expression changea en une fraction de seconde. De la surprise. De l’inquiétude.

Elle baissa la vitre de sa voiture.

— Pourquoi tu fais ça ? me cria-t-elle, le regard déchiré.

Je ne répondis pas. J’étais incapable de parler. Ma gorge était nouée. Mon cœur battait si fort que j’en avais mal.

J’avais voulu lui dire tellement de choses que c’était pas pour fuir. Ni pour me faire remarquer.

C’était juste… parce que je ne savais plus où aller ni comment être bien, loin d’elle.

Parce que pédaler me donnait l’impression d’avancer quelque part, même si je tournais en rond dans ma tête.

Elle arrêta sa voiture sur le bas-côté, de l’autre côté. Elle ouvrit la portière, fit quelques pas, les voitures la klaxonnaient, mais elle s’en fichait. Elle ne me quittait pas des yeux.

Je freinais doucement, je descendis de mon vélo, les jambes tremblantes. Je restai de l’autre côté de la route, comme si cette ligne blanche nous séparait plus qu’un simple ruban de peinture.

— Tu peux pas rouler comme ça ici… dit-elle, plus doucement, cette fois. Presque une supplique. Ses yeux brillaient.

Je hochais la tête, incapable de répondre.

Un silence.

Puis, d’une voix plus tendre :

— Monte. Je te ramène.

Je regardai mon vélo, symbole de mon errance. Puis je la regardai elle, phare dans ma tempête.

Et je traversai.

 

***

 

J’étais plongée dans mon travail, concentrée, appliquée. Les gestes se répétaient, précis, presque mécaniques, mais rassurants. Le calme de l’atelier me berçait. Le bruit léger des outils, les voix basses autour… tout semblait à sa place.

Et pourtant à l’intérieur, rien n’était vraiment en paix.

Sans vraiment y penser, je m’arrêtai un instant. Mon regard glissa vers la droite, presque instinctivement.

Je me retournai légèrement.

Elle était là.

Aurélie.

Debout, un peu plus loin, penchée au-dessus d’un poste de travail, en train d’aider quelqu’un. Elle expliquait quelque chose, avec cette patience qu’elle avait toujours. Un sourire bref au coin des lèvres, les mains qui montraient avec douceur.

Je la regardai, sans bouger.

Et elle finit par le sentir. Comme si mon regard avait traversé l’espace entre nous. Elle leva doucement la tête. Nos yeux se croisèrent. Juste un instant.

Pas un mot. Pas un geste.

Mais elle avait compris.

Il y avait dans mes yeux toute cette tendresse muette, ce besoin de la sentir encore proche, même de loin. Je n’ai rien dit. Je n’ai pas souri. Je n’ai pas baissé les yeux.

Elle non plus.

Et puis, je me suis retournée, sans un mot. J’ai repris mon travail, comme si de rien n’était. Mais à l’intérieur, quelque chose s’était calmé. Parce que ce regard-là, cet échange silencieux, suffisait à dire l’essentiel : je t’ai vu. Tu m’as vu. Tu as compris.

Et parfois, ça suffit.

 

***

 

L’atelier baignait dans une lumière calme. Je travaillais, concentrée, paisible. Les mains occupées, l’esprit vaguement ailleurs. Le rythme du travail me rassurait.

Je faisais les choses bien, tranquillement, à mon rythme.

Puis, sans vraiment le décider, je m’arrêtai.

Mon regard glissa doucement vers elle.

Aurélie.

Assise à son bureau, concentrée, elle rédigeait un mail.

Ses doigts tapaient doucement sur le clavier, ses sourcils légèrement froncés, ses yeux fixés sur l’écran. Elle ne bougeait presque pas, mais sa simple présence remplissait l’espace. C’était rassurant de la savoir là.

Je la regardais en silence. Mon cœur un peu serré. Un peu fragile. Juste le besoin de la regarder. De me sentir connectée, même de loin. Elle ne parlait pas. Moi non plus.

Puis, doucement, elle leva les yeux.

Et elle croisa mon regard.

Elle resta figée une seconde, comme si le temps suspendait son souffle.

Elle m’avait vue.

Elle avait compris.

Je ne dis rien. Je baissais pas les yeux. Je n’eus pas besoin d’un mot. Mon regard parlait pour moi. Il disait ce que je n’osais jamais dire.

Ce lien fort. Ce sentiment profond. Ce besoin de sa présence.

Puis, simplement, je repris, mon travail.

Comme si rien ne s’était passé.

Mais tout s’était passé.

Elle m’avait vue. Et elle avait compris.

 

***

 

Le soleil commençait à baisser doucement dans le ciel. Je roulais seule sur mon vélo, sur cette longue route nationale. Il était environ 20 h 30. Il faisait encore jour, moi le monde autour de moi semblait lointain. Je pédalais tranquille en apparence, mais mon cœur, lui, était chargé de pensées.

Je ne m’attendais pas à ce que ce moment me bouleverse. En face, une voiture arrivait. Je n’y ai pas prêté attention tout de suite. Et puis, au moment précis où l’on allait se croiser, la vitre côté conducteur s’est abaissée d’un coup. Et j’ai entendu une voix forte, comme un cri :

— Pourquoi tu fais ça ?

J’ai sursauté. J’ai levé les yeux, mais la voiture était déjà passée.

Mais cette voix… je l’aurais reconnue entre mille.

C’était Aurélie.

Sur le coup, je n’ai pas compris. J’ai continué à pédaler, un peu figée, bouleversée. Pourquoi avait crié ça ? Pourquoi cette phrase ?

Et puis, j’ai repensé à la scène. À son ton. À ce cri.

Ce n’était pas un cri de colère. C’était un cri d’inquiétude. De peur à moi, même si elle ne le montre plus.

Elle m’a vue seule. En vélo sur cette grande route.

Peut-être trop loin. Trop isolée. Elle a reconnu que ce n’était pas anodin. Que c’était risqué. Que c’était triste aussi.

Et dans ce cri, il y avait tout.

Sa peur. Sa tendresse cachée. Sa frustration de ne pas pouvoir faire plus.

Aurélie a crié parce qu’elle m’a vue.

Parce qu’elle a eu peur pour moi. Parce que, même de loin, même si elle garde le silence… elle n’est pas indifférente.

Et moi, sur mon vélo, le cœur serré, j’ai compris :

elle m’a vue. Elle m’a pas oubliée.

 

***

 

La fête battait son plein.

La musique résonnait fort, les gens riaient, dansaient, parlaient un peu trop fort pour s’entendre. Des éclats de lumière coupaient la nuit en morceaux colorés. Et moi, j’étais là. Seule. Assise sur un banc, un peu à l’écart.

J’observais la foule, mais je ne faisais pas vraiment partie de cette fête.

Et quelque part, un peu plus loin, elle était là.

Aurélie.

Elle m’avait repérée depuis un moment.

Son regard se posait sur moi, de loin.

Elle avait remarqué. Ma silhouette un peu plus fine.

Mes joues un peu plus creusées. Mes gestes plus discrets.

Elle quitta le groupe avec qui elle parlait, s’approcha de moi avec douceur.

Dans ses mains, un sandwich entamé.

— Tiens… tu veux un morceau ? dit-elle simplement, en me tendant la moitié.

Je la regardai, surprise. Mon cœur fit un bond.

J’hésitai. Juste une seconde. Puis je souris, timidement.

— D’accord… mais seulement si je te paye un café.

Elle sourit à son tour. Ce petit sourire à elle, celui qui réchauffe sans faire de bruit.

— Alors juste un café.

Le temps sembla s’arrêter autour de nous, malgré le vacarme de la fête. Quelques instants plus tard, je me levai, pris une inspiration, et me dirigeai vers le comptoir.

Deux cafés, un dans chaque main.

Je revins près d’elle. Je lui tendis le gobelet.

Nos doigts se frôlèrent.

Elle me regarda.

— Merci, dit-elle doucement.

C’était un simple mot.

Mais il voulait dire bien plus.

 

***

 

Il faisait froid ce jour-là. Un froid sec, presque touchant. L’atelier était calme. Dehors, le ciel était gris, et dedans, tout semblait aller au ralenti. Je travaillais à mon poste, concentrée, emmitouflée dans mon gilet. Les autres parlaient entre eux, mais moi, je restais dans ma bulle.

Puis la porte s’ouvrit.

Aurélie entra. Elle revenait de l’extérieur, les joues rosies par l’air frais. Elle tenait un sachet dans la main. Elle salua tout le monde d’un sourire.

Puis se dirigea vers son bureau.

Je levai à peine les yeux. Juste un coup d’œil discret. Mais pas assez rapide.

Elle me vit.

Elle fronça un peu les sourcils, comme si elle cherchait à comprendre ce que je ressentais. Mon visage était fermé, fatigué. J’avais mal dormi. Trop pensé. Trop repensé à elle.

Elle ne dit rien, mais elle fouilla dans son sachet, en sortit une petite boîte. Et d’un pas tranquille, elle vint vers moi.

— Tiens, dit-elle en me les tendant.

— C’est des petits chocolats. J’en ai pris pour l’équipe… mais je me suis dit que t’en avais peut-être besoin maintenant.

Je la regardai, surprise. Je ne m’attendais pas à ce geste. Encore moins à ce ton si doux. Je pris la boîte, lentement, les yeux dans les siens.

— Merci… soufflai-je, presque sans voix.

Elle sourit, simplement.

Puis elle retourna à son bureau, comme si de rien n’était.

Mais moi, je ne travaillais plus vraiment. Parce que, dans ce petit geste, dans cette attention discrète, elle m’avait réchauffait un peu de l’intérieur. Sans discours…

Juste assez pour que je me sente exister.

 

***

 

Le soleil déclinait lentement derrière les arbres, diffusant une lumière dorée sur le petit parc.

Il n’y avait presque personne. Juste quelques enfants qui jouaient encore au loin, et le bruit régulier des feuilles agitées par une brise tiède.

Je m’étais assise sur un banc, seule, un livre ouvert sur les genoux. Mais je ne lisais pas. Mon regard flottait. Mon esprit ailleurs.

Et puis je l’ai vue.

Aurélie.

Elle marchait lentement, elle, aussi, à travers les allées du parc. Un sac en bandoulière, une bouteille d’eau à la main. Peut-être qu’elle s’offrait un moment de calme, comme moi. Peut-être qu’elle ne s’attendait pas à me voir.

Mais quand nos regards se sont croisés, elle s’est arrêtée. Rien qu’un instant.

Elle n’a pas souri. Elle n’a pas eu besoin.

Je n’ai pas souri non plus.

Mais dans ce bref échange, sans un mot, il y avait tout.

Elle avait compris que je n’allais pas très bien.

Et moi, j’avais compris qu’elle l’avait vu.

Elle s’est approchée lentement. Elle n’a pas demandé si elle pouvait s’asseoir.

Elle s’est juste installée à côté de moi, sur le banc. Assez proche pour que je sente sa présence, assez loin pour ne pas me déranger.

Nous avons regardé le ciel ensemble.

Un long silence.

Mais c’était un beau silence.

Puis, au bout d’un moment, elle m’a tendu sa bouteille d’eau.

— Tiens. Bois un peu. Il fait encore chaud.

Je pris la bouteille. J’ai bu une gorgée. Mes mains tremblaient un peu.

Je lui ai tendu la bouteille.

— Merci.

Elle m’a regardée un instant. Avec cette douceur tranquille qu’elle avait parfois.

Elle n’a rien dit de plus.

Mais elle est restée là.

Et moi, je n’étais plus seule.

 

***

 

Il faisait calme. Le genre de calme qu’on n’entend plus nulle part. Juste le bruissement des pages tournées, le léger craquement du parquet, et le souffle feutré de ceux qui respectaient le silence.

Je feuilletais un livre, assise seule dans un coin de la bibliothèque. J’étais là depuis un moment, à lire sans lire, à penser sans penser. Le soleil couchant projetait une lumière arrangée à travers les grandes vitres, enveloppant tout d’un voile apaisant.

Puis je la vis.

Aurélie.

Elle entra silencieusement.

Elle balaya la pièce du regard et m’aperçut tout de suite. Elle ne sourit pas. Elle s’arrêta juste un bref instant.

Ses yeux me détaillèrent avec attention, calme, mais perçante, comme si elle lisait directement en moi.

 

***

 

Le soleil déclinait lentement, caressant les feuilles d’une lumière dorée. Le jardin sentait la terre humide, les herbes coupées, la menthe fraîche. Quelques oiseaux chantaient encore, comme s’ils refusaient que le jour s’éteigne.

Je m’étais installée sur un petit muret, près du carré de lavande. J’avais les mains pleines de terres, les ongles sales, le cœur un peu serré. Travailler la terre m’apaisait. Mais ce soir-là, j’avais beau planter, arroser, désherber… quelque chose en moi restait agité.

Et elle est arrivée.

Aurélie.

Elle m’avait rien dit. Elle m’avait simplement observé depuis le portail entrouvert. Puis, lentement, elle avait avancé dans l’allée de gravier, silencieuse, comme si elle ne voulait pas troubler ce moment. Elle s’était approchée de moi, calmement, et s’était accroupie à mes cotes.

Elle ne me demanda pas si ça allait.

Elle ne parla pas du tout.

Ses gestes étaient simples : elle prit un petit arrosoir posé à côté, et, sans un mot, commença à arroser les mêmes plantes que moi.

À cet instant, je sentis quelque chose se relâcher en moi.

Elle n’était pas venue pour poser des questions. Elle était venue pour partager ce silence, pour être là.

Je la regardai du coin de l’œil. Elle était concentrée sur ce qu’elle faisait.

mais je sentis qu’elle était aussi concentrée sur moi.

Elle avait compris.

Quand l’arrosoir fut vide, elle se redressa, me tendit une serviette pour mes mains, puis murmura :

— Les plantes, elles sentent quand on est triste. Mais elles repoussent quand même.

Je hochai doucement la tête. Je ne pouvais pas parler. Mais j’avais envie de pleurer.

Et elle, fidèle à elle-même, resta debout à côté de moi, sans insister.

Juste là.

Et ça suffisait.

 

***

 

 

Elle s’approcha lentement, sans un mot.

Arrivée à ma hauteur, elle posa discrètement un petit mot plié sur la table, à côté de mon livre.

Puis elle tourna les talons, et repartit vers les rayonnages.

Je souris.

« Je t’ai vue. Je t’ai sentie. Tu n’as pas besoin de parler. Je suis là, et je comprends. »

Je ne pleurais pas.

Mais je ne pouvais plus lire.

Elle n’avait rien demandé. Elle avait simplement capté : profondément, intensément, sans faire de bruit.

 

***

 

La pluie tombait contre les vires, formant des traînées fines que le vent étirait comme des fils.

L’odeur du café chaud flottait dans l’air, mêlée à celle du bois et du sucre.

Je m’étais installée seule à une table du fond. Le manteau encore humide, les pensées lourdes, le cœur serré sans trop savoir pourquoi.

Je regardais les gens dans la rue, flous derrière la vitre embuée.

Et puis la clochette de la porte sonna.

Aurélie entra.

Elle me vit tout de suite.

Elle s’arrêta, m’observa.

Juste quelques secondes. Ses yeux, sombres, calmes, profonds, me sondèrent.

Elle ne s’approcha pas tout de suite. Elle alla commander un thé, puis vint vers moi. Avec deux tasses.

Sans un mot, elle posa l’une d’elles devant moi.

— Tu n’as pas bonne mine. Mais t’as pas besoin de parler si t’en as pas envie.

Sa voix était posée, basse, presque détachée. Mais ses yeux, eux, brûlaient de vérité. Elle ne demandait rien. Elle offrait juste sa présence.

Je baissais les yeux.

J’étais touchée, profondément.

Parce qu’elle avait senti, sans que je dise quoi que ce soit.

Parce qu’elle avait réagi, comme toujours, avec cette intensité discrète qui lui appartenait.

On resta là, à boire notre thé en silence.

Elle fixait la rue.

Moi, je fixais la tasse.

Mais entre nous, tout avait été dit. En silence.

 

***

 

Il faisait frais à l’intérieur. Une fraîcheur paisible, presque enveloppante. Le silence était profond, seulement brisé par le craquement lointain d’un banc en bois ou le souffle discret d’un courant d’air passant sous la porte.

Je m’étais installée au fond de la petite chapelle.

Juste pour me reposer.

Pas pour prier. Pas vraiment. Juste pour me retrouver.

Il y avait là quelque chose de rassurant.

Une lumière douce entrait par les vitraux, dessinant des couleurs mouvantes sur le sol de pierre.

Je fixais une bougie allumée.

Elle tremblait doucement. Comme moi.

Et puis je l’ai entendu entrer.

Aurélie.

Ses pas résonnaient à peine sur les dalles.

Elle n’a pas parlé.

Elle s’est simplement arrêtée à quelques mètres de moi, me regardant un instant.

Puis, lentement, elle est venue s’asseoir au même banc, à l’autre bout.

Elle me demanda rien.

Elle ne fit aucun commentaire.

Mais sa présence m’arriva comme un baume. Pas besoin de gestes ni de mots. Elle était là.

Et c’était suffisant.

Pendant de longues minutes, nous n’avons rien dit.

Juste ce silence partagé.