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Un petit village dans les vignobles de Touraine, où les habitants savent prendre le temps de vivre. Un évènement vient bouleverser leur vie jusqu'alors bien tranquille. Un objet abandonné au stade. Un mort dans un bois de la commune. Un assassinat inexpliqué. Suivons les évènements qui vont marquer l'année entière, jusqu'à ce que la maréchaussée solutionne l'affaire.
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Seitenzahl: 273
Veröffentlichungsjahr: 2025
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A Thérèse et Jack, amis du Pays de Rabelais
Rendez-vous au stade
Un violoniste à Saint-Tripon ?
Faune et flore du carnaval !
La chasse aux œufs et aux malfaisants
Un 1er mai sans muguet
Aux urnes, citoyens !
Vers et farines au menu
La kermesse des petites belettes
Le temps béni des vacances
La chenille des quadragénaires
Il manque toujours un violon à l’appel !
Allez ouste ! Fin des vacances !
Saint-Tripon, village d’artistes
Serpettes et sécateurs
Le grand concours de la Saint Martin
La crèche vivante tant attendue
Au gui l’an neuf !
Enfin la solution à l’énigme
Les belettes n’aiment pas les ressemblances
Qui m’aurait dit l’an passé que je quitterai mon appartement de la région lyonnaise pour m’installer dans le Val de Loire, dans ce petit village de Saint Tripon.
J’ai abandonné les commodités de la ville pour m’intégrer à la vie rurale, à la campagne avec son calme, et son bon air.
Et tout cela c’est la faute de mon ami Marcel, mais je vous raconterai cela plus tard.
Ce matin je me suis réveillé de bonne heure. En fait je me suis aperçu que cela était dû au silence auquel je n’étais pas habitué !
Nous étions dimanche.
Pour le moment j’ai encore du pain sur la planche et surtout des choses à ranger.
Je voudrais me rendre libre cet après-midi car le meilleur moyen de s’intégrer à une communauté c’est d’en vivre les moments de rassemblement… et à 15 heures il y a au stade Ernest Bonnard un grand match de football.
Du moins c’est ce que j’ai compris en regardant les affiches hier quand je suis sorti. Après ma première journée d’emménagement j’avais fait un rapide saut à la boulangerie histoire d’avoir un minimum avec les choses que j’apportais, et afin de pouvoir passer la journée sans crier famine.
Oui, le FC Triponnais affronte le Sporting de Velin. Ce que j’ai compris, c’est que ce sera un affrontement d’hommes.
Les deux villages se font face.
Saint Tripon se trouve au sud de la rivière le Thon dans la vallée, et Velin est au nord, en surplomb, adossé à une colline crayeuse où les hommes ont de tous temps creusé des caves et maisons troglodytes.
En haut comme en bas, la campagne n’est qu’un dédale de rangs de vignes avec en plus deux exploitations de polyculture dans la vallée.
C’est l’heure d’aller au stade.
C’est l’instant où je me remémore l’histoire de mon emménagement ici.
Marcel qui fut mon collègue normand sur de nombreux projets professionnels, au fil du temps devenu un ami très sincère, m’avait appelé. Pour lui depuis bien longtemps j’étais le lyonnais et lui était mon caennais...
« Dis donc le lyonnais, cherches-tu toujours un coin au calme pour la pêche pendant ta retraite l’an prochain ? ».
« Oui pourquoi ? ».
« Mes parents ont une maison dans un excellent état. Ils vont la quitter pour partir en foyer logement. Elle va être mise en vente ».
« Où se trouve ton château ? ».
« C’est dans un petit village, pas loin des commerces, au bord de l’eau, en Touraine ».
« Et c’est quoi cette baraque ? ».
« Un terrain, plat pour tes vieilles jambes, de plus de 2 hectares, arboré en verger sur une partie, donnant sur la rivière en contrebas. La maison est hors d’eau, et les crues de 1983, qui sont les plus importantes jamais enregistrées, ont juste pris un mètre de terrain ».
« Hum… ».
« Le terrain est entièrement clos ».
« Il y a un vaste garage attenant à un atelier que mon père a transformé en pièce de travail toute calfeutrée avec chauffage, eau et électricité. Il y a installé son bureau et son chevalet de peinture ».
« La maison est de plain-pied avec une cave en sous-sol, grande cave voûtée dans le tuffeau, et un vaste grenier sur toute la longueur. Le grenier est accessible par un escalier extérieur ».
« Une salle de bain, des toilettes séparées, une grande cuisine, une vaste salle à manger salon avec cheminée, 2 grandes chambres, un dressing, une buanderie… ».
« Tu crois que je roule sur l’or » fut ma première réponse.
« Écoutes le lyonnais, je t’envoie toute la documentation et les coordonnées du notaire. La mise en vente n’est pas encore effective. Je préviens le notaire que tu peux éventuellement être intéressé. Et si oui que tu sois prioritaire... ».
« Merci mon caennais. Comment va Gisèle et ton gamin ? Toujours commercial chez Mercedes ».
« Ben écoute, ma chérie trotte comme à ses plus jeunes années. On doit partir en croisière en Scandinavie le mois prochain. Et Benjamin est toujours vendeur dans la concession Mercedes de Nantes. Il va bientôt pouponner ».
« Super ! Et tu te prépares alors à coucher avec une grand-mère. Tu me diras ce que ça fait ! ».
« Je ne réponds pas aux provocations ! ».
Nous avions clos notre conversation sur cette rigolade.
Quelques jours plus tard, je recevais par la poste une grosse enveloppe…
Tout y était, photos, plan, justificatifs divers, coordonnées du notaire, conditions, date souhaitée, etc.
Et l’idée commença à faire son chemin. En vendant mon appartement j’arrive à peu de choses près à couvrir l’achat. Le site est sympa.
Et un matin, je me décidais à rappeler le caennais pour que l’on fixe un rendez-vous de visite…
3 jours après en fin de journée, j’arrivais en voiture à Montrichard, où une chambre était réservée au Bellevue.
Le lendemain vers 10 heures j’étais sur la place de l’église de Saint Tripon où notre rendez-vous était fixé. Marcel m’y attendais, et nous étions tous deux très heureux de nous revoir.
Premier examen de la chose avant déjeuner. Un cassecroûte et nouvelle visite l’après-midi, visite du terrain, balade dans le voisinage, le long de la rivière le Thon...
Mon guide sut me convaincre…
Et de but en blanc, au moment du dessert au dîner du restaurant « le gardon frit » à Velin, je me laissais aller…
« Écoutes Marcel, accepterais-tu le passage d’un expert pour certifier l’état de la charpente et quelques autres bricoles ? ».
« Bien sûr et c’est tout à fait normal. Il faudra que je m’organise. Je pense que je laisserai les clefs à Marianne, la boulangère. Je vais te confirmer dès demain car je passerais la voir avant de repartir ».
L’expert fit son travail. Le rapport étant très satisfaisant je donnais mon accord à l’ami Marcel sous réserve de vente de mon appartement.
Et comme quelques fois les astres sont dans un alignement parfait, je trouvais un acquéreur, signais vite un compromis pour mon logement actuel, me déplaçais chez le notaire et quelques travaux de rafraîchissement plus tard, je pouvais emménager.
Ce petit village avait du charme. Et je ne sais si c’est en raison du vin de Loire élevé dans les caves de tuffeau locales ou si c’est parce que les habitants sont de lointains petits enfants de Rabelais, mais il y règne un humour permanent.
Et je ne vais pas tarder à m’en rendre compte.
Au stade !
Arrivé au portillon je m’acquitte de mon billet d’entrée et vais tranquillement à la cahute devant laquelle se tasse la majorité des spectateurs.
Ce baraquement a la particularité d’être une buvette vestiaire. D’un côté buvette et de l’autre côté un vestiaire double. Après le match je saurais que celui avec les douches chaudes est réservé aux joueurs locaux et l’autre avec des douches froides pour les visiteurs !
Oui il y a bien du monde agglutiné devant l’estancot où s’activent 3 gaillards avec le maillot de l’équipe locale.
Avec un tee-shirt trop grand pour lui, il est le premier à me demander si j’habite Velin. Le fait que je sois un nouvel arrivant à Saint Tripon déclenche un mouvement bien sympathique…
« Un pot pour le nouveau triponnais » hurle alors le garçon qui me sera présenté plus tard comme étant La Touffe, le surnom de Jacques Ouimet le coiffeur du village… !
De suite je me dis qu’il faudra être sur mes gardes, car apparemment ces messieurs dames sont tentés gaillardement par les fillettes de vin !
L’un des autres serveurs me tend une pogne velue, grosse comme un godet de Massey Ferguson. Et le bonhomme est si gros que je ne peux m’empêcher de blaguer devant son maillot qui le boudine et lui remonte jusque sous les seins tant il est ventru… On dirait un maxi soutien-gorge et non un maillot de foot !
« Martin Lafleur, mais tout le monde m’appelle Tintin. Je tiens l’auberge des sports ».
« Dites donc, il fait bon vivre ici ? Daniel Lamarque, retraité arrivé d’hier dans le village ».
« Oui et les habitants sont de solides travailleurs et de bonnes gens » me dit alors le troisième en me tendant la main.
La poignée de main suivante est chaleureuse…
Mais quelle n’est pas ma surprise, quand au-dessus de la planche servant de zinc, je distingue que le maillot de foot a été enfilé sur une soutane ! Ici le curé distribue le vin, et non pas les hosties...
Il s’amuse de voir mon étonnement.
« Oui, oui, vous ne rêvez pas. Je suis le curé de la paroisse, le père Thomin ».
Tintin entre deux ballons de rouge servis m’annonce que le père curé est un sacré footeux. Oui il paraît qu’il joue souvent avec les enfants du catéchisme. Ce n’est pas pour cela qu’il quitte la soutane. Non il passe des pinces à vélo à chaque mollet en remontant sa soutane et roule jeunesse !
Nous sommes brutalement interrompus.
La fanfare et les majorettes sortent des vestiaires, laissant le champ libre aux deux équipes devant se préparer.
Deux tambours, deux clairons, une clarinette, des cymbales… en file derrière le chef. Ce dernier a déjà le képi de travers, mais il ne perd pas de sa superbe. Les uns ont un calot sur la tête, d’autres pas, un clairon a un pantalon blanc et les autres des pantalons de velours, peut-être même de tous les jours, à l’exception d’une femme en minijupe… On peut même dire une mini-minijupe !
Tintin m’indique en hurlant qu’il ne s’agit que de musiciens et majorettes habitant la commune. Il se met en mesure de me les présenter...
Le chef de musique est Aristide Doré, dit La Raie, le poissonnier du village.
Les deux tambours sont les frères qui tiennent le garage de mécanique générale, André et Armand Merlot, surnommés respectivement Chardonnay et Pinot…
Le premier clairon est Dédé Brillaud le vendeur de bois et charbons. Le second clairon est Daniel Bréaud le boulanger que l’on appelle La Mie.
La clarinette est tenue par sa femme la boulangère, Marianne, que l’on surnomme naturellement La Miette.
Et là je me dis quand même que la miette est un sacré morceau. Ses bras doivent être aussi gros que mes cuisses, les siennes prenant un bel espace et étant largement dégagées par une jupe très moulante et très courte ce qui lui donne une allure assez pachydermique…
Enfin les cymbales sont tenues par un homme qui m’est présenté comme étant La Lentille… En fait Francis Joly, le photographe. Et il y va gaiement. À chaque coup on voit son calot qui sursaute sur son crâne chauve.
Puis viennent les majorettes… Et le spectacle vaut son pesant de cacahuètes ! Oui, ce qui me fait éclater de rire au milieu des ovations ce sont les majorettes...
Le curé poursuit les présentations pendant que Tintin se rafraîchit la luette après avoir forcé les décibels...
La meneuse se remarque d’entrée par son short blanc et son abondante toison noire sur les jambes engoncées dans des bottes blanches en plastique. Et le bonhomme manie son bâton comme une professionnelle. Il s’agit d’un agriculteur, Antoine Soudard. Il soulève un flot de blagues.
« Allez l’Toine, lève la jambe que diable, qu’on voit ta culotte ».
« Vas-y Toine, balance ton gourdin… ».
Je suis attiré par la première des majorettes.
C’est Ernest Choffard appelé Pilote, cafetier sur la place de l’église, me glisse dans l’oreille mon guide touristique, le curé.
Sous son bonnet blanc et rose, son maillot bleu avec l’écusson du club et un short vert, on peut déjà dire qu’il a un goût prononcé pour les couleurs.
Mais si on ajoute des guêtres blanches sur des tennis, une barbe brune d’au moins 10 cm et des cheveux qui tombent aux épaules, le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai à faire là à un excentrique…
Cela promet comme ambiance au niveau de son café !
Les trois autres majorettes sont plus classiques. Le même bonnet rose et blanc, une veste rose, une jupette blanche, des bottes blanches et des poils aux jambes…
Mon guide local m’indique que passent devant moi, sous les acclamations de la foule, Gontrand Ménager dit Honoré le pâtissier puis Mimi Clémeau dit Pédale marchand de cycles et enfin le menuisier Charlot Tabouis, dit Planche.
Nous avons droit ensuite à un exercice des plus périlleux.
Musique et majorettes passent sous la lice pour rejoindre le centre du terrain. Pour la plupart l’exercice ne pose pas de problème sauf pour Toine qui accroche de son bonnet la barre horizontale et se retrouve avec la chose devant le nez, comme un porte-voix.
Inutile de dire que les spectateurs d’en face, les velinois, y vont de leurs sarcasmes et moqueries…
« Heureusement qu’t’as des trous dans le chapeau pour voir quéque chose ! ».
« Si les joueurs sont aussi mauvais, vous allez prendre une pâtée ».
« Tu t’es vu quand t’as bu ? ».
Et Toine remettant dignement son galurin en place, se tourne vers les moqueurs et leur lance ce qu’il trouve de plus adapté à la situation :
« Vos gueules ! ».
De suite, le ton monte et il faut que le chef de musique et la cheffe majorette fassent signe de début de spectacle pour que les lazzis s’estompent.
Et pour un spectacle, ce fut un spectacle.
Les clairons passent vite à l’écarlate, les cymbales ont vite fait de décoiffer le joueur, la cheffe majorette va chercher de nombreuses fois son bâton dans l’herbe à la grande joie des spectateurs de tous bord…
« Olé !! ».
Voilà que Pédale levant trop haut la jambe, sûrement pour montrer à la fois qu’il est plus jeune que les autres et qu’il est resté très souple, se trouve partir en déséquilibre et tombe les fesses dans le gazon…
Qu’à cela ne tienne, tout le monde continue qui les notes qui les gestes, le tout sous les applaudissements un tantinet moqueurs de la foule…
Les puristes et mélomanes auront un peu de mal à reconnaître « le téméraire » qui fait normalement les beaux jours de toute clique fanfare. Mais bon on s’en accommode, même si nos oreilles commencent quand même à souffrir !
Sous les sifflets le chef décide de tenter une pâle copie des « Allobroges ».
La musique se fait huer, ce qui conduit les majorettes à lever plus haut, aux cymbales de ne plus arrêter, aux tambours de mettre de l’huile de coude et aux clairons de tenter de survivre à une asphyxie accidentelle.
Et l’instant que tout le monde attend arrive enfin.
Les équipes sortent des vestiaires. Les deux en même temps, ce qui permet de siffler, huer et applaudir sans se tromper. Il y en a pour tout le monde !
Les musiciens jouent un rigodon d’honneur qui a le mérite de ne pas être cacophonique.
Derrière l’équipe locale on voit arriver, ventripotent, Charlot Perrot que le curé me présente : Chat Botté, président du club triponnais.
Le suit un homme svelte, en tenue de sport et arborant le maillot de l’équipe. C’est Guitou, Guy-Jean Caudrelier le médecin du village, entraîneur de l’équipe me dit le vicaire.
Et, pour une première c’est une première, les deux hommes suivent l’équipe pour la présentation officielle et la photo qui devrait paraître ultérieurement dans les pages de la Gazette du Thon. Le plus étonnant reste à venir.
Une femme les suit. Elle porte une blouse blanche, un voile blanc sur la tête où l’on distingue une croix rouge peinte. Elle a en bout de bras une sacoche d’où émergent deux goulots de bouteille… Sûrement les rafraîchissements à la mi-temps me dis-je… Mais le curé de me confier :
« Voilà l’épicière. Alice Mollet qu’on appelle Merveille. Elle est le soigneur de l’équipe ».
Très vite je m’aperçois qu’il manque quand même quelque chose. Ou du moins quelques-uns : les arbitres.
« Dites-moi mon père, il n’y a pas d’arbitres ? ».
« Si, si, mais ici ils n’ont pas de vestiaire à eux. Il est de tradition qu’ils se changent après les joueurs et qu’ils aillent mettre leurs tenues civiles dans le coffre de leur voiture pour récupérer le tout à la fin du match quand les joueurs seront sortis ».
Ils arrivent au bout de quelques minutes, temps ayant permis aux spectateurs de se chauffer la glotte et aux joueurs d’avoir poursuivi un échauffement de champion. Et vas-y que j’m’étire, que j’saute sur place, que je piétine, que j’cours derrière un ballon à peine saisissable…
Et en effet sous les applaudissements voici les trois hommes. Ils sont de la ville voisine de Saint Argenton. On les applaudit car chacun pense qu’il vaut mieux s’attirer les bonnes grâces du corps arbitral plutôt que de les braquer avant le coup d’envoi.
Avant que celui du centre ne porte le sifflet à sa bouche, de notre côté les gens crient en trois tons :
« Les be-lettes ! Les be-lettes ! ».
En face on répond tout aussi gaillardement :
« Allez Ve-lin, allez Ve-lin ! ... » .
Et au coup de sifflet, accompagné d’un grand coup de cymbales, voici nos gaillards se disputant un bien malingre ballon blanc…
Je veux demander à mon voisin le père curé le pourquoi des belettes, mais très vite je comprends qu’il est perdu pour un moment pour toute discussion.
Il saute sur place, étouffe sous son maillot surplus de soutane, vocifère, jure, donne des conseils ou du moins hurle ce qu’il pense être bon de faire, passe sa déception sur le joueur fautif…
J’ai à côté de moi le type même du supporteur d’aujourd’hui, inélégant, gueulard, pas loin de l’antisportif…
Alors je prends quelque distance et observe le jeu.
Je n’avais jamais assisté à un match de petite division du championnat. Mon dernier passage en tribune avait été pour un Lyon-Bruges de coupe d’Europe qui avait déchaîné les passions des supporters à cause de la beauté du match, du nombre d’occasions de but, et de l’épaisseur du score 7-3 pour l’équipe locale ! Effectivement je note une technique un peu moins élaborée ici.
Bon, tout n’est pas de la faute des joueurs quand ils ratent le ballon. Il y a des trous et des bosses dans le champ qui sert de pelouse, du vent soufflant toujours curieusement dans le mauvais sens pour tout le monde, et tant de quolibets stressants… Toutefois les filets restent vierges.
Quand l’arbitre renvoie les équipes aux vestiaires à la mi-temps, de ce côté-là du terrain il y a une ruée. Oui ruée vers la buvette…
De l’autre côté, les velinois ouvrent les glacières qui par ailleurs servent de sièges confortables. Et les voilà distribuant les fillettes de rosé aux uns et aux autres. Il est clair qu’un viticulteur du coteau a apporté les remontants et les vend à la mi-temps.
À la reprise du jeu, les décibels sont nettement plus forts… le dopage-buvette fait son œuvre.
Le match continue sur un jeu essentiellement concentré en milieu de terrain. En tout et pour tout, il n’y a dans le match qu’une occasion de but de chaque côté ayant permis aux deux gardiens de faire admirer leur envol… 0-0 quel dommage, moi qui étais venu pour les buts.
Retour aux vestiaires pour les uns, à la buvette et aux glacières pour d’autres.
Quand les joueurs rhabillés et frais sortent, c’est l’occasion pour les supporters de fêter la non-défaite par une sucée supplémentaire ! La personne la moins assidue à la bibine restant un peu en retrait, je me suis approché de la Miette.
« Bonjour madame. Je viens de passer un sacré bon moment. Le moins qu’on puisse dire est que le village est un fervent défenseur de la blague et du plaisir ! Je suis arrivé hier comme nouvel habitant ici, et suis passé prendre du pain hier à votre boutique. Je m’appelle Daniel Lamarque. J’arrive de la région lyonnaise ».
« Bonjour monsieur Le Lyonnais. Notre rigolade vous a plu ? ».
« Énormément ! ».
« Vous ne serez pas déçu. Ici toutes les fêtes sont comme qui dirait un carnaval. Vous verrez ! Et pas que les fêtes !».
« J’en profite pour vous demander : pourquoi vous appelez l’équipe les belettes ? ».
« Mon bon monsieur, c’est comme ça depuis le moyen âge ».
« Y-avait pas de foot au moyen âge !».
« Non, mais déjà les gens du village d’en face, vivant pour la plupart dans des troglodytes, avaient été surnommés les rats. Et eux avaient appelé les gens d’ici les belettes. Mais pourquoi les belettes, pourquoi pas les veaux ou autre chose, je ne sais pas ».
« Alors donc depuis hier je suis une belette ? Ça me fait quand même drôle ! ».
Son mari l’appelant je passe de groupe en groupe pour me présenter et leur dire que j’avais apprécié leur sens de la fête. Au préalable je m’étais fait servir un ballon de rosé dans lequel je trempais juste mes lèvres quand le groupe m’accueillait avec le sempiternel :
« À la bonne vôtre ! ».
Brutalement les acteurs de la buvette se tournent vers celui qui vient de crier :
« Un ballon pour Cui-Cui ! ».
Il lève son verre en direction d’un groupe venant d’entrer dans le stade et se dirigeant vers nous. Un tonnerre d’applaudissements salue les arrivants… Je découvre 3 gendarmes, du moins deux et une gendarmette. Ils s’approchent en souriant. Et la gendarmette est la première à répondre :
« Merci, merci. Je suis flattée mais pas de vin pendant le service. Donnez-moi un verre de jus de fruits ! ».
Mon voisin du moment, Touffe, me fait les présentations.
« La gendarme, c’est Adèle Mésange qu’ici on surnomme Cui-Cui, ce qui la fait rire. Le gendarme moustachu c’est Dany Haubert et le gradé l’adjudant Edmond Savoureau que tout le monde appelle Le Juteux. Ils sont de la brigade de Velin ».
Ce dernier s’adresse à son tour aux rescapés de la buvette et aux derniers représentants des glacières venus trinquer de ce côté avant de partir.
« Bonjour. Alors ce match s’est bien passé ? Il y a combien de blessés à l’hôpital ? Et vous monsieur le curé vous avez donné les derniers sacrements à combien d’estropiés ? ».
Un chœur aviné sur les bords le rassure et lui propose de boire un coup. Si la gendarmette et le gendarme respectent les consignes en prenant un verre de jus de fruits, l’adjudant au contraire dit à voix haute :
« Bon c’est jamais que du jus de raisin. Donnez-moi un ballon de rosé… »
Et tout le monde de saluer le gradé bon vivant faisant honneur au produit de la terre et surtout au travail des gens d’ici ! Cela mérite bien de l’accompagner dans une nouvelle rasade ! Et le verre à la main notre adjudant prend la parole.
« Connaissez-vous l’histoire de l’aspirant qui passe son examen d’entrée à la gendarmerie ? ».
Devant les réponses négatives de son auditoire devenu d’un seul coup très attentif il enchaîne.
« L’examinateur lui demande : vous arrêtez quelqu’un qui a 0,80 g/l d’alcool dans le sang, que faites-vous ? ».
« Je verbalise ».
« Bien. Et si vous arrêtez quelqu’un qui a 1,80 g/l d’alcool dans le sang, que faites-vous ? ».
« Je verbalise ».
« Bien. Et si vous arrêtez quelqu’un qui a 3 g/l d’alcool dans le sang, que faites-vous ? ».
« Ben…, je lui passe notre bouteille et on chante il est des nôôôtres ».
La buvette ferma tard... Le soir du match fut, comment dirais-je, guilleret chez les uns, tristes chez les autres, et énervé pour ceux qui ne sont intéressés ni par le football ni par les gorgeons, trouvant cela tellement ridicule et mauvais pour la santé… oui, oui, mauvais pour la santé, même le foot !
Car il est évident que ce sport joue sur l’état mental des hommes et des femmes qui s’y intéressent. Et tous ont un exemple indiscutable qui leur sert d’argument imparable : le père Thomin. Un si brave homme dans sa cure et son église, un démon sur un stade…
Et puis ne donne-t-on pas une définition lamentable pour les adeptes de ce sport, sport pour lequel il a fallu édicter des règles simples, non pas des mais une seule pour que ces intellectuels comprennent :
« Si le ballon bouge, shoote dedans. S'il ne bouge pas, shoote dedans jusqu'à ce qu'il bouge... ».
La nuit fut donc, tant à Velin qu’à Saint Tripon, une nuit avec un fantasme majeur dans des rêves de victoires étourdissantes :
« La prochaine fois on va leur mettre une pâtée ! ».
Le lendemain, en milieu de matinée, je poussais à pied jusque chez La Mie et sa Miette adorée. Je trouvais la boulangerie close. Je bifurquais jusqu’à l’épicerie dont la grille était également baissée… Oui entre la ville et les superettes ouvertes tous les jours et la campagne au lundi sacro-saint jour de repos, je n’étais pas encore habitué.
Alors direction le bar des sports pensant que l’ambiance devait être plus calme que le fut le stade la veille. Mais en passant devant chez Planche, Charlot Tabouis me fait signe d’entrer. Sa grande porte ouverte offre aux passants une superbe odeur de bois et de sciure si agréable.
« Bonjour m’sieur Le Lyonnais ! Comment ça va ce matin ? Pas trop déçu par ce que vous avez vu hier ? ».
« Non j’ai trouvé que l’ambiance dans le village était fort sympathique, avec cette idée de fête qui semble permanente ».
« Non je parle du foot et de ce triste match nul. Je dis triste parce que l’arbitre nous a volé d’un pénalty évident. Il a dû être acheté par les gars de Velin, j’en donnerai ma main à couper ! ».
« La main à couper, ce n’est peut-être pas une bonne idée pour un menuisier ? » fut ma réponse avec un grand sourire.
« Oui mais ça nous empêche de passer devant au classement et c’est grave. Faut poser une réclamation ! ».
« Moi j’ai bien une solution à tout cela, et facile à mettre en œuvre ».
« Ah bon ? Laquelle ? »
« Il faut simplement donner un ballon à chaque joueur. Ils ne se battront plus et ne feront pas de faute ! ».
Qu’est-ce que j’avais dit là ! Mon Dieu, quelle ineptie ! Je lis tout cela dans les yeux de Charlot qui n’a encore jamais entendu telle baliverne.
Il hausse les épaules sans savoir quoi dire…
Il est clair que pour lui je ne peux définitivement pas être un bon supporter des belettes de Saint Tripon !
Un instant plus tard son regard change. Je lis dans ses pensées…
« Non, mon cher monsieur, je ne suis pas non plus un supporter de Velin. J’aime le football comme tant d’autres choses qui peuvent occuper un après-midi au grand air... » pour le rassurer.
Prétextant un travail urgent, mon interlocuteur me fait alors comprendre que le métier n’attend pas.
Je passe donc mon chemin.
Et quand je rentre dans l’auberge des sports sur la place de la fontaine, quelque chose me saute dessus. Non pas un énergumène ou un chien de garde non, non… Un ensemble de choses…
À commencer par la fumée du tabac tellement dense que de la porte on distingue difficilement l’autre bout de la pièce. Il y a ensuite et peut être en premier un brouhaha, que dis-je un tumulte pas croyable.
On crie, on hurle, on veut convaincre, on a soif alors on écluse et on veut à nouveau convaincre… Dans ce fatras de cris et d’invectives, j’arrive à distinguer le thème, qui n’est pas une surprise… Le match d’hier… Tout y passe. Les actions des locaux deviennent des gestes dignes de l’équipe nationale alors que celles des adversaires sont d’une nullité sans nom… Et revoilà l’arbitre acheté, le mauvais boulot du jardinier qui ne sait pas entretenir sa pelouse, et par-dessus tout, si le ballon n’est pas rentré dans les buts c’est à cause du vent sournois ayant soufflé hier.
Non, on ne devrait pas jouer quand il y a du vent…. Et en moi-même je me dis que l’on devrait en plus jouer sans adversaire, cela simplifierait la troisième mi-temps !
Je ne sais s’il y a une réelle relation scientifique, mais il semble qu’au-delà d’un certain seuil, les décibels diminuent proportionnellement aux ballons de vin servis…
En tous les cas le silence revient pendant que les acteurs semblent se replier sur eux-mêmes, le nez de plus en plus penché sur leur verre… C’est alors que Tintin le maître de céans, s’adresse à Mimi le mécano :
« Ben faudrait un arbitrage vidéo, mais çà coûterait cher... ».
« Ouais et que ce soye nous qui filmons... ».
« Oui t’as raison Mimi. Allez, faut-point rêver ! C’est pour pas demain la veille… ».
« Au fait tu sais ce que fait un arbitre de foot quand sa femme le trompe ? »
« Euhhhh… Non ».
« Il lui sort un carton jaune ! »
Il est interrompu par une entrée si brutale qu’on se demande si la porte va rester dans ses gonds. Il s’agit de celui que le curé avait hier appelé le chat botté. Oui c’est bien Perrot le gendarme retraité, président des footeux.
Il tient quelque chose dans les mains. Je constate quand il arrive à ma hauteur au bar qu’il s’agit d’un étui à violon…
Un instant je me demande s’il joue de cet instrument, mais il m’empêche de poursuivre ma réflexion :
« Mpff ! J’ai trouvé ça dans les vestiaires du stade… à qui ça peut appartenir bond’là ! ».
Les derniers consommateurs avant le repas du midi s’approchent.
« Pas à moi » dit Mimi.
« Moi non plus » ajoute Tintin.
« Moi d’même ! » ajoutent chacun leur tout le Toine et La Raie, le poissonnier.
Voilà maintenant la fine équipe qui passe en revue les habitants du village.
Du plus petit gamin au presque centenaire, le père Poulard, il semble bien qu’il n’y ait personne jouant du violon dans Saint Tripon.
Alors est-ce que c’est quelqu’un de Velin qui l’aurait oublié là.
« M’enfin, on ne vient point au foot avec un violon ! Un clairon oui, un tambour oui, mais pas un violon ! » dit doctement le père Tintin derrière son zinc…
« Oui mais les rats y sont différents de nous. Y sont un peu bizarres quand même » glisse dans un souffle notre ami La Raie…
La cloche de l’église commençant à égrener les coups de midi, c’est la fin de la récréation.
« Faut que j’y aille. La baronne elle va gueuler, si j’y vais pas dare-dare » lâche la raie.
« C’est pareil » dit Mimi en laissant son billet de consommation sur le comptoir et saluant la compagnie.
Le Chat Botté dit qu’il va aller déposer sa trouvaille à la mairie dans le début de l’après-midi. Cela ira rejoindre le stock d’objets trouvés…
D’ailleurs il fait partie des fournisseurs assidus…
Après les matchs il trouve souvent des choses oubliées. En général il ramène une paire de gant ou un béret ou un foulard.
Une seule fois il a ramené un objet insolite qui a fait jaser tout le village : une culotte de femme…
Oui, oui, vous avez bien entendu, une lingerie féminine bordée de dentelles.
Vu la taille dans les deux bistrots du village on a fait des paris pour savoir qui était la propriétaire. Les paris ont donné ex æquo Mariette la femme de Guitou et Jocelyne la femme de Lentille…
Mais personne ne s’étant présenté pour rechercher son bien, les paris restèrent lettre morte !
Le café se vide. Je reste seul avec Tintin.
Devant surseoir à la fermeture de la boulangerie et de l’épicerie, je suis sans pain.
Mais nous sommes lundi et la partie auberge de son établissement est fermée pour le repos hebdomadaire de deux jours.
Je lui demande s’il n’a pas un bon sandwich et une bière. Et sur ce, il disparaît dans son arrière-boutique.
J’ai le loisir d’admirer la décoration du bar…
Et à elle seule, elle vaut le détour !
