Chemins Arvernes - José Casatéjada - E-Book

Chemins Arvernes E-Book

José Casatejada

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Beschreibung

Lacs, volcans, l'eau et le feu, termes évocateurs qui convainquirent Jean-Marc de tenter l'aventure pédestre avec moi, en Auvergne. L'itinéraire sillonne des territoires d'exception, traverse des étendues sauvages, des régions naturelles aux paysages remarquables: forêts, rivières, estives, tourbières, montagnes, crêtes, cascades, landes. Commençant à Saint-Nectaire dans les monts Dore, reliefs aux apparences de massifs alpins, il se poursuit dans les immensités herbeuses du Cézallier, côtoie les confins du Cantal, plus vaste stratovolcan européen, s'infiltre dans le pays de l'Artense, contrée aux apparences nordiques, regagne les monts Dore avec l'ascension du Puy de Sancy, atteint la chaîne des Puys, muséum du volcanisme grandeur nature et revient au point de départ.

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Seitenzahl: 184

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Du même auteur

José Casatéjada est membre du collectif lyonnais « Écriture Pluriel » et de l’association ligérienne « Mots et Couleurs de la Loire ».

– Via Compostela, Des Monts du Velay à la Costa da Morte – Books on Demand, 2015.

– Fatidique Instant – Books on Demand, 2017.

– Via Stevensonia, Du Velay aux Cévennes – Books on Demand, 2018.

À mes enfants,

et petits-enfants,

« L’essentiel est bien d’être en marche, vertical et droit,

entre ciel et terre, loin des dogmes tout faits

et des certitudes établies. »1

Gérard Di Cicco

1 « Tous les chemins mènent à l’homme » - Gérard Di Cicco, p. 157 - Editions Copymédia, 2016.

PARC NATUREL RÉGIONAL DES VOLCANS D’AUVERGNE

CONTENU

AVANT-PROPOS

DANS LES MONTS DORE

Étape 1 : Saint-Nectaire-le-Haut – Besse-en-Chandesse

LE PLATEAU DU CÉZALLIER

Étape 2 : Besse-en-Chandesse – Brion

Étape 3 : Brion – Egliseneuve-d'Entraigues

LE PAYS DE L’ARTENSE

Étape 4 : Egliseneuve d'Entraigues – Saint-Genès-Champespe

Étape 5 : Saint-Genès-Champespe – Chareire

DANS LES MONTS DORE, RETOUR 1

Étape 6 : Chareire – La Bourboule

Étape 7 : La Bourboule – Orcival

LES MONTS DÔME

Étape 8 : Orcival – Mazayes

Étape 9 : Mazayes – Laschamps

Étape 10 : Laschamps – Rouillas-Bas

DANS LES MONTS DORE, RETOUR 2

Étape 11 : Rouillas-Bas – Saint-Nectaire

REMERCIEMENTS

AVANT-PROPOS

Passant devant le cône noirci du mont Ricateau en périphérie d’Alès, un crassier du site minier de Rochebelle aujourd’hui inactif, mon ami Jean-Marc et moi discutions de l’excursion que nous achevions dans les Cévennes.

« Alors que nous poursuivons, une association d’idées autour du volcanisme s’insinue dans mon esprit. Je m’arrête, saisis le bras de Jean-Marc, me tourne vers lui et l’interroge à brûle-pourpoint :

–– J’évoquais un volcan il y a peu, l’an prochain serais-tu partant pour un tour en Auvergne ?

–– Lacs et volcans d’Auvergne, la proposition me plaît. Va pour l’Auvergne ! »2

Lacs, volcans, l’eau et le feu… Ces termes puissants, au pouvoir évocateur, convainquirent Jean-Marc de tenter l’aventure avec moi en terres auvergnates. L’idée de ce projet nous réjouit, d’autant plus qu’il souhaitait découvrir cette contrée du Massif central.

Après avoir envisagé maints itinéraires, celui que nous avons échafaudé sillonnera des territoires d’exception. Il traversera les étendues sauvages du P.N.R. des Volcans d’Auvergne3, des régions naturelles aux paysages remarquables. Des horizons qui dansent au rythme des pas et s’évaporent aux flammes du soleil : forêts, lacs, montagnes, tourbières, volcans, crêtes, rivières, estives, landes... Mes espaces de prédilection !

Il débutera à Saint-Nectaire dans les monts Dore, reliefs aux apparences de massifs alpins, se poursuivra par une incursion dans les immensités herbeuses du Cézallier, éden des bovins, côtoiera les confins du Cantal, le plus vaste stratovolcan européen, avant de s’infiltrer dans le pays de l’Artense, contrée de cuvettes, de lacs et de collines puis regagnera les monts Dore avec, en point d’orgue, l’ascension du Puy de Sancy, atteindra la Chaîne des Puys des monts Dôme, véritable musée du volcanisme grandeur nature et reviendra au point de départ.

En dépit d’un ciel chargé de nuages menaçants, l’aube du douzième jour de mai 2012 commence à poindre sur les « montagnes du matin »4. Sylvie, Jean-Marc – arrivé la veille à la maison – et moi, José, rejoignons Chantal, Annick, Brigitte, Gérard et Christian, des amis du voisinage ; ils avaient souhaité nous accompagner à Saint-Nectaire.

Lorsque les véhicules atteignent l’autoroute, la menace ne plane plus au-dessus de la plaine du Forez, elle s’abat en lourdes gouttes crépitantes et serrées. Jusqu’à destination, des cataractes tombent dru, déversées par des ciels déchirés. La ville thermale de Saint-Nectaire-le-Bas passée, nous nous dirigeons vers Saint-Nectaire-le-Haut, localité limitrophe ancrée sur le mont Cornadore. Les voitures s’immobilisent sur le parking de l’église consacrée à saint Nectaire d’Auvergne. Dès lors que nos pieds se posent sur le sol et que nos regards admiratifs se portent vers la pointe du clocher octogonal, la pluie cesse, comme par miracle.

La trêve ne dure guère, une bruine glacée succède au déluge !

2 « Via Stevensonia, Du Velay aux Cévennes » - José Casatéjada, p.180 – Books on Demand, 2018.

3 Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne.

4 Situées à l’est de la plaine du Forez, les « montagnes du matin » se composent des monts du Lyonnais et des monts de Tarare.

DANS LES MONTS DORE

De Saint-Nectaire à Besse-en-Chandesse…

Étape 1 : Saint-Nectaire-le-Haut – Besse-en-Chandesse

Temps pluvieux et nuageux le 12.05.2012 (25 km – 9 à 11 °C)

Sacs bouclés, vêtements imperméables endossés, bâtons de marche réglés, un dernier coup d’œil sur nos topoguides, la joyeuse troupe s’apprête à partir. Nous nous éloignons de l’imposant édifice religieux, un joyau de l’art roman auvergnat, et nous gagnons le bas de la ville. À la première côte, Sylvie et Christian abandonnent le groupe, car de soudaines et vives douleurs, qui au pied, qui au genou, les contraignent à revenir au parking. Ils gagneront Murol en voiture et viendront à notre rencontre.

Une demi-heure après le départ, nous arpentons une large piste détrempée, le GR305. Des senteurs de mousses, d’herbes et de feuilles ruisselantes se mêlent à celles de la terre mouillée ; elles embaument l’air frais de la forêt de Somme. Tête baissée, chacun marche à son pas. Au gré des conversations, le groupe se scinde, s’étire, se reforme. Les semelles pataugent dans le sol, le marquant de nos empreintes. Le chemin pénètre dans la forêt de Bouche où les feuillus disputent le terrain aux conifères. Au sortir du bois, nous croisons trois hommes d’environ soixante-dix ans, lourdement chargés. Deux d’entre eux portent une cape de pluie. Une longue feuille de plastique noir et un chapeau de brousse, enfoncé jusqu’aux sourcils, couvrent le troisième, celui-ci semble trempé jusqu’aux os. Ils s’arrêtent, la discussion s’engage. Parti de Saint-Genès-Champespe, le trio marche depuis quatre jours sous la pluie. Les traits de leurs visages défaits dessinent les traces de l’épuisement. L’homme au chapeau a chuté, il boitille et souffre d’une hanche. Ils ont hâte de rentrer à Saint-Nectaire. En repartant, je songe : « Rencontre de mauvais augure, ils viennent de là où nous allons. »

Aux alentours du lieu-dit La Maison Rouge, les masses forestières ont régressé laissant la place à d’immenses champs herbeux bordés de haies et de bosquets. Sur les hauteurs, un épais brouillard masque les sommets des collines environnantes et, malgré la réelle beauté des lieux, une atmosphère de tristesse règne sous la chape vaporeuse. Je regarde Jean-Marc et lui adresse une remarque banale :

« Nous partons sous la pluie, espérons que nous terminerons sous le soleil !

–– Que dit ta météo ?

–– Selon ma montre : nuages et averses pendant les trois prochaines heures, au moins.

–– Demain sera un autre jour, argue-t-il sur un ton d’optimisme forcé. »

Après une courte incursion sur une route départementale, nous nous engageons sur un chemin de terre jusqu’à Chautignat. La plupart des maisons du village campagnard sont devenues des résidences secondaires. Des fermes, aux murs de pierre et toits de lauzes moussues, dont les extensions, parfois disgracieuses, altèrent le charme naturel de ces vénérables demeures.

Près d’un ancien moulin à grains, la troupe se regroupe avant de franchir les cascades bouillonnantes et boueuses du ruisseau de Chadeyre. Égayés par nos plaisanteries, nous continuons en direction du château de Murol, vestiges d’une forteresse du XIIe siècle juchée au faîte d’une éminence de basalte. Sur le parc de stationnement venté, où nous aboutissons, des corneilles s’enfuient d’un envol incertain, emmenées par les bourrasques. De la ruine massive de lave rougeâtre, nous ne verrons rien, elle demeure invisible, perdue dans le brouillard. Nous délaissons le GR30 et poursuivons vers le village. Parvenus au parc municipal du Prélong, nous retrouvons Sylvie et Christian. Ils attendent devant le musée consacré aux peintres de l’École de Murol, promue dans la première moitié du XXe siècle par le curé du village, l’Abbé Boudal.

En deux fois, Christian conduit le groupe au lac Chambon avec son véhicule. Un lac de barrage dont l’apparence actuelle résulte d’évènements naturels successifs. En premier lieu, l’encombrement de la vallée glaciaire, au fond de laquelle coule la couze de Chaudefour, provient de la création du Puy de Tartaret. En second lieu, l’effondrement partiel d’un flanc de l’ancien volcan de la Dent du Marais, qui survint plus tard. Aujourd’hui, la végétation printanière et des lambeaux de brume dissimulent les cônes de scories du Tartaret, tout proche. Sur la départementale D996, qui longe la nappe liquide, le bruit s’intensifie avec le trafic routier.

Rêveur, je m’approche du muret surplombant la rive. Depuis mon enfance, je n’étais jamais revenu au bord des eaux sombres de ce lac. Au cours d’un voyage de fin d’année scolaire, maîtres et élèves de CM1 et CM26 avions pique-niqué dans le boqueteau situé à l’arrière de la plage est, face à l’île d’Amour. Il me souvient que le toponyme de cette île suscita des malices, prêta à rire sous cape ! Jeunes adolescents émoustillés par le terme, que savions-nous alors de l’amour ? Tendres souvenirs de mes jeunes années.

Le moment de la séparation est venu. Aux abords du lac, les embrassades succèdent aux étreintes et les signes de main aux gesticulations. Une dernière esquisse de sourire sur nos lèvres, un ultime regard vers Sylvie. L’un de mes souhaits serait qu’elle m’accompagne, ne serait-ce qu’une fois. Quel vif plaisir ressentirais-je à marcher plusieurs jours à ses côtés, à éprouver ensemble le sentiment de la beauté face aux splendeurs de la nature, à vivre en symbiose la sérénité que procure cette activité. Bien que sachant ces scènes parfois moins idylliques, l’expérience m’enchanterait. Charmerait-elle Sylvie ? La marche ne la rebute pas, elle apprécie de marcher une journée, voire deux jours, pas au-delà. La randonnée au long cours n’entre pas dans ses aspirations.

D’un pas décidé, je m’éloigne et rejoins Jean-Marc qui a allongé le sien, comme pour fuir les ronflements des moteurs et les émanations des gaz d’échappement. Silencieux, nous filons vers l’est du lac Chambon, tandis que nos compagnons se dirigent, d’un pas non moins décidé, vers l’affichage des menus des restaurants environnants.

Par le sentier qui longe le pied du modeste Tartaret, nous tentons de rejoindre l’itinéraire balisé du GR30, abandonné sur l’aire de stationnement du château de Murol. La brumaille se dissipe, laissant entrevoir les crêtes circonvoisines. Au sud du volcan, nous nous arrêtons devant la stèle érigée en mémoire du peintre paysagiste Victor Charreton, fondateur de l’École de Murol. Cette halte est mise à profit afin de consommer fruits secs et barres de céréales. Nous nous restaurerons davantage ce soir.

La large piste, bordée çà et là d’arbres aux troncs creusés par les martèlements du bec puissant des picidés, contourne le suc du Coq puis s’oriente au sud-ouest. Au fond d’un vallon, elle longe des champs verdoyants, des collines boisées et le tumultueux ruisseau de Courbanges. Malgré le ciel bas et gris, la simplicité rustique de ce paysage ainsi que son charme indéniable me captivent et me portent à inventer de folles scènes pastorales antiques. De gracieuses divinités s’ébattent dans ce décor agreste, bondissent çà et là, courent devant nous… Devant nous précisément, l’inclinaison du terrain me ramène à la réalité : le chemin caillouteux s’introduit dans la forêt et s’élève en pente raide.

À la suite d’efforts soutenus, Jean-Marc et moi atteignons le « Chemin des Quavres », une sente de crête empruntée par les troupeaux de chèvres. De vieilles crottes de biques, jonchant le sol, l’attestent ! Elle domine le vallon au fond duquel s’écoule le tumultueux cours d’eau parmi les arbustes et les buissons épineux. La trace se transforme en une large piste qui mène à un gîte d’étape et s’infléchit vers le sud. Au loin, des éboulis rougeâtres, traces des projections scoriacées du volcanisme montdorien, couvrent en partie le versant nord de la montagne de la Plate. Nous traversons la forêt de Courbanges, passons le pont du ruisseau de Malvoissière et débouchons sur un chemin herbeux, bordé de hauts genêts et de clôtures en fil de fer barbelé. Une chape de brume dissimule le ciel, masque les sommets environnants. Dans les prés alentour, des touffes éparses de frêles pensées mauves et blanches s’agitent sous le vent frais qui souffle en rafales. Nous quittons les crêtes et empruntons un chemin de terre qui descend au creux d’une petite vallée. Jean-Marc pointe de l’index les toits gris apparus à un détour et déclare :

« Le village de La Villetour !

–– Tu crois ? Déjà ?

–– J’en suis certain !

–– Alors, nous approchons du but. »

Les eaux turbulentes de la couze Pavin franchies, nous entrons dans Besse-en-Chandesse et nous rendons à l’hôtel où la nuitée et le dîner ont été réservés, fin de l’étape.

Les coutumières tâches de marcheurs accomplies, fidèles à notre habitude, nous partons à la découverte de la « Petite cité de caractère », ancien fief des Médicis. Les ruelles aux pavés colorés promènent le visiteur dans le cœur du bourg médiéval et Renaissance. Rue de la Boucherie, rue Mercière, du Marché, rue Notre-Dame, Saint-André, quartier Saint-Jean… Voyageurs curieux, nous déambulons dans les venelles aux appellations suggestives, rappelant les activités commerciales d’antan et l’omniprésence de l’Église. Jean-Marc et moi flânons dans le centre historique, entre échoppes et belles demeures, auquel la pierre de Besse confère une remarquable unité architecturale. La maison de la Reine Margot, où aurait séjourné l’épouse d’Henri IV, retient notre attention par la richesse de ses ornements : encadrements de portes ouvragés, fenêtres à meneaux, blasons, statuettes. J’imagine les rues, en ce temps-là, grouillantes de monde, retentissantes de bruits, embaumées d’effluves de vie et de victuailles. Par la place de la Gayme, où jadis se vendait le Saint-Nectaire, nous nous dirigeons vers le Beffroi du XVe siècle qui constituait la porte d’entrée principale de la cité moyenâgeuse. Par la rue du Marché, nous nous avançons vers la fontaine de la place du Dr Alfred Pipet, autrefois dédiée au négoce du blé, et rentrons à l’hôtel.

En attendant l’heure du dîner, installés à une table près d’une fenêtre, nous savourons la traditionnelle bière de fin d’étape. Nathalie, la maîtresse des lieux, nous révèle le menu de ce soir : fondue au Saint-Nectaire accompagnée de jambon cru, saucisson, pommes de terre7, salade de fruits maison en dessert et le tout arrosé d’une demi-bouteille de côtes d’Auvergne ! Jean-Marc et moi restons cois, surpris par l’abondance des mets et leurs hauts degrés caloriques. Le pays Arverne nous accueille par une gastronomie reconnue au niveau national, voire international, que nous nous ferons un plaisir de découvrir ! À la suite de son explication, Nathalie questionne :

« D’où venez-vous ?

–– De Saint-Nectaire, dis-je empressé. Avec Jean-Marc, nous effectuons un circuit passant par le Cézallier, les confins du Cantal, une partie du plateau de l’Artense, le Puy de Sancy, La Bourboule, Orcival, les monts Dôme et retour à Saint-Nectaire.

–– En combien de jours ?

–– Onze jours ! intervient Jean-Marc.

–– Je vous souhaite une agréable promenade dans notre région. »

À la hâte, elle retourne derrière le bar où des clients viennent de s’accouder.

Repus, Jean-Marc et moi retraçons le trajet accompli aujourd’hui. Malgré un enthousiasme modéré par une météo capricieuse, la première étape constitue un début prometteur. En effet, des chemins variés bien que souvent détrempés, des contrées magnifiques parfois dérobées à la vue par une persistante purée de pois, un authentique village médiéval, ne représentent-ils pas des raisons suffisantes de vouloir découvrir les réelles beautés de cette région ? Persistons et poursuivons ! Selon nos topoguides, la prochaine étape ne comporte aucune difficulté, de plus, nous abordons les premiers lacs. Sur ces belles perspectives, nous montons nous coucher.

Lové dans les draps de lin du romantique lit à baldaquin qui meuble la chambre, mes pensées s’envolent vers mon épouse. Sylvie a téléphoné après être rentrée chez nous sous une pluie battante. Nous sachant à la merci d’averses locales, elle s’inquiétait de notre sort. Je la rassure en résumant la journée.

6 Cours moyens de premier et second niveaux de l’école élémentaire.

7 Souvent ces produits charcutiers et fromagers représenteront les bases communes des repas roboratifs qui nous seront servis durant notre séjour en Auvergne.

LE PLATEAU DU CÉZALLIER

De Besse-en-Chandesse à Egliseneuve-d’Entraigues…

Étape 2 : Besse-en-Chandesse – Brion

Temps ensoleillé, nuages et vent frais le 13.05.2012 (24 km – 1 à 12 °C)

Dans la chambre sous les toits, je m’éveille, m’étire en bâillant. Du revers des mains, je frotte mes yeux, gêné par la lueur qui filtre à travers les rideaux. J’ouvre les paupières. Mon regard cherche l’autre lit. Réveillé, Jean-Marc est assis dessus. Il me salue d’un signe amical auquel je réponds avec la nonchalance de celui que Phébus tire du sommeil. Nous nous levons enfin et nous dirigeons vers la fenêtre dans l’intention commune de tirer les rideaux : le soleil brille. « Une belle journée commence. » est ce que je pense sans doute très fort, car Jean-Marc acquiesce à demi-voix : « Oui, une belle journée. »

Après avoir fait nos toilettes, rangé le matériel et bouclé nos sacs, nous descendons déjeuner, notre barda sur le dos. Les exhalaisons odorantes de café chaud et de viennoiseries embaument la salle du restaurant. Derrière le comptoir, Nathalie désigne notre table en lançant un joyeux : « Bonjour ! » Puis elle apporte les petits-déjeuners commandés hier au soir : thé, pain, croissants, beurre, confitures et jus d’orange !

Nous nous équipons dans la salle, payons nos dus, remercions notre hôtesse et sortons. Départ à neuf heures avec une température glaciale et un ciel éblouissant où stagnent d’épars nuages blancs. Nous quittons la place du Dr Alfred Pipet, prenons la rue du Marché et filons en direction du Beffroi. Le vent vif et froid, qui circule dans les ruelles, glace le sommet de mon crâne, pique mes joues et mes mains. Devant le stade de football, je m’arrête transi et m’adresse à Jean-Marc : « J’ai froid, je vais mettre les gants et le bonnet. Veux-tu les prendre dans la poche latérale droite de mon sac, s’il te plaît ? » Il me les tend et demande de saisir les siens dans son sac.

Mieux protégés contre le froid, nous reprenons la route. Elle longe des prés où des vaches salers couchées, longues cornes effilées, robe acajou foncé, mufles roses et fumants, nous regardent, impassibles. Dans le lointain, parmi d’épais nuages, nous discernons les zones encore enneigées sur les versants des puys qui dominent la station de ski de Super-Besse. Plus avant, une ferme à toiture d’ardoise se blottit entre la lisière d’une forêt de feuillus vert tendre et la base du sombre Puy de Pertuyzat. Séances photos en souvenir : le chemin, les puys, Jean-Marc, moi ! Les pieds ancrés dans le sol et les yeux suspendus au décor, j’observe le grandiose des paysages ; il me ravit, éveille ma curiosité, exacerbe mon imagination, m’impressionne.

Derrière nous, Besse-en-Chandesse s’estompe peu à peu. Un coude à gauche et nous grimpons la montagne des Fraux, parmi d’imposants épicéas et des hêtres. La piste conduit au lac de l’Estivadoux8, un maar9 de faible profondeur, entouré de prairies désertes à cette période de l’année. À l’ouest, se dresse le cône boisé du Puy de Montchal au pied duquel se dissimule le mythique lac Pavin, maar le plus profond d’Auvergne né d’une apocalyptique éruption explosive. Nous empruntons un passage herbeux, bordé de pacages clôturés. Il aboutit à la route qui domine le lac. Au-dessus des collines avoisinantes, balayées par le vent froid de nord-ouest, des crêtes en partie enneigées se distinguent à l’horizon.

Arrivés à la chaussée, nous consultons les panneaux d’informations sur le site nous gagnons la zone où nous pouvons contempler un panorama éclaboussé de soleil. Le regard balaie d’abord la vue générale, plonge ensuite en contrebas, vers le lac fantastique dont les eaux lisses, de turquoise à bleu nuit, reflètent aujourd’hui la sérénité matinale du ciel. Tout autour, la forêt des Fraux enserre ce miroir circulaire d’un cadre mystérieux en camaïeu de vert. Les ramures smaragdines des sapins épars, telles d’étranges silhouettes, se détachent dans l’immensité des jeunes ramées vert tendre des hêtres. Au-delà, les yeux se portent sur la station de Super-Besse, bornée par les hauteurs des Puys de Paillaret et de Chambourguet. Au loin, les remonte-pentes prennent d’assaut, jusqu’à la ligne de crête du domaine skiable, les versants abrupts où scintillent des névés, ultimes traces de la saison hivernale.

Hors du commun, le lac Pavin l’est devenu également par les légendes populaires contées à son sujet, le soir au coin de l’âtre. L’une d’elles relate que Dieu lui-même aurait submergé l’ancienne ville de Besse afin de châtier les femmes aux mœurs légères de la cité… Une autre raconte que les larmes intarissables de l’inconsolable seigneur Roupoutou, voire du Diable en personne, éconduit par une belle, auraient rempli le cratère et noyé la cité… Il se dit aussi que, par beau temps, le clocher serait visible dans les eaux translucides du lac… Qu’une pierre lancée en son milieu générerait de tumultueux tourbillons… Le soleil brille de tous ses feux, mais nous n’apercevons aucun clocher !

Dans le calme de ces pittoresques décors, des aboiements retentissent de l’autre côté de la route, nous tirant de l’état de satisfaction dans lequel nous baignons. Jean-Marc et moi nous retournons. Près d’un bâtiment, des chiens de traîneau enchaînés s’impatientent à l’ombre d’un sapin. Intrigués, nous traversons et nous avançons vers la meute. Au fur et à mesure que nous approchons, les jappements s’apaisent, les chiens nous regardent. J’en compte une trentaine. Sur la façade de la construction une porte s’ouvre, un homme sort en poussant une sorte de chariot à trois places avec des roues à pneus crantés. Les chiens tournent leurs têtes dans sa direction, agitations et glapissements reprennent de plus belle. Nous le saluons et Jean-Marc lui adresse la parole en haussant la voix :

« Vous allez atteler les chiens ?

–– En cette saison, ils s’entraînent en tirant un kart sur lequel montent trois personnes et le musher. Ils adorent ça !

–– De quelle race s’agit-il ?

–– Des huskys de Sibérie.

–– Et l’hiver, vous faites des courses ?

–– Bien sûr, ils sont résistants et rapides ! Un ami et moi sommes muschers, nous participons à des courses de traîneaux, mais lorsqu’il n’y a plus de neige il faut les entraîner. »