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Désormais héritière de la galerie familiale, Camille évolue sous l’influence de ses parents, menant une vie qu’elle n’a jamais choisie. Tout bascule lorsqu’elle croise Emilio, un photographe passionné, qui lui ouvre les yeux sur un autre monde : celui de la liberté et des rêves à réaliser. Alors qu’elle lutte entre l’amour des siens et l’envie de s’épanouir, elle devra décider entre poursuivre cette vie toute tracée ou oser enfin prendre son envol. Un voyage au Portugal où l’audace de tout recommencer pourrait bien être la clé de son bonheur.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Auteure engagée, Nathalie Antão se donne pour mission d’inciter ses lecteurs à prendre en main leur destinée et à ne pas se contenter d’une vie subie. À travers une plume inspirante, elle nous pousse à confronter nos peurs et à oser choisir le chemin du bonheur.
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Seitenzahl: 285
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Choisis ton chemin
Fais-moi un signe, Le Lys Bleu Éditions, 2022
Écoute ton cœur… le chemin vers soi,
Le Lys Bleu Éditions, 2022
Ose réaliser tes rêves, Books On Demand, 2023
Envole toi – Voyage au cœur de soi,
Books On Demand, 2024
Suis ton étoile, Le Lys Bleu Éditions, 2024
Ce lien qui nous unit, Le Lys Bleu Éditions, 2025
Nathalie Antão
Choisis ton chemin
Roman
© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2026
www.lysbleueditions.com
ISBN : 979-10-422-9879-1
L’univers t’ouvre des chemins à chaque fois que tu oses avancer.
Alors que j’entends pour la énième fois la même requête « avez-vous la reproduction du tableau à gauche ? », je me retrouve face à moi-même. Face à mes doutes, mais surtout face à ma vérité.
Cette galerie, c’est toute ma vie. 30 ans que je m’y rends chaque jour.
Accompagner mes parents, rendre visite à mes grands-parents à la sortie de l’école, et voilà que maintenant c’est à moi de reprendre le flambeau. Dépasser leurs ventes et la faire prospérer est l’objectif.
C’est certes un honneur pour moi que de posséder cette galerie dans la rue la plus commerçante de Biarritz.
Comme m’a toujours répété en boucle ma mère « tu n’imagines pas tout ce que tu possèdes : beaucoup payeraient cher pour être à ta place ! »
Ah ça, oui, j’imagine ! À tous les sacrifices faits pour payer les innombrables factures, pour au bout du compte payer cher de sa personne, en épuisement.
Alors, cette phrase ce matin sonne comme la fin. La fin de cet agacement et surtout la fin de cette soumission.
Rien n’aurait été pareil sans cette dernière phrase lancée en ma direction qui, à force de l’entendre, a fini par me réveiller.
« C’est beau ce que vous vendez, continuez surtout ! »
Alors, je poursuis cette activité depuis bientôt cinq ans. J’ai apporté mon regard critique, acquis lors de mes nombreuses années d’études dans cette école d’art que mes parents ont payée à prix d’or. Pour eux, ce n’était pas un problème majeur. Ce qu’ils souhaitaient par-dessus tout, c’est que leur unique fille reprenne la galerie et la fasse fructifier. Peu importe mon envie, il ne pouvait en être autrement. Reprendre le flambeau de cette affaire familiale coûte que coûte. Alors j’ai acquiescé sans me poser de questions. C’était comme cela que ça devait se passer.
Alors que la réalité est qu’aujourd’hui, avec la crise économique, les tableaux ne se vendent pas autant qu’il y a encore une décennie. Un coup de cœur ne suffit plus à être le déclencheur d’achat. Non, ce sont des achats mûrement réfléchis et bien souvent réglés en plusieurs échéances. Alors, j’ai parfois l’impression d’être plus un établissement bancaire offrant des possibilités d’accéder à un peu de bonheur à de faux riches…
Les tableaux plaisent, mais les originaux sont très chers. Alors, les futurs acquéreurs se tournent pour la plupart vers les reproductions.
Et vendre des reproductions ne m’intéresse pas ! ça non, jamais ! Notre galerie est reconnue comme proposant des œuvres originales de peintres locaux reconnus et appréciés justement pour leur singularité et authenticité.
Moi, je tiens à vendre du vrai, de l’authentique. Car si je vends des tableaux, je vends surtout une histoire avec. Celle de l’artiste, du lieu, des émotions évoquées à travers ce pinceau… Une œuvre émanant du cœur.
C’est justement ce qui différencie notre galerie des nombreuses boutiques qui jalonnent les rues de la ville. Chez nous, le client vient en quête d’une œuvre d’art. Pour les reproductions, suffisamment de concurrents affichent des prix bas sur des produits provenant de Chine.
Alors, ce choix de rester authentique devient de plus en plus compliqué à conserver. Pas d’autres choix que de tirer sur la corde pour tenter de garder la tête hors de l’eau. Jusqu’à aujourd’hui, j’y croyais et rien n’aurait pu me faire flancher.
Mais à cet instant, une seule idée me vient en tête. Traverser la rue, venir m’installer à une table en retrait et déverser ma peine dans ce liquide brûlant mes lèvres à m’en faire oublier ma triste réalité.
Damien, le sommelier de la cave voisine qui ne désemplit pas à cette période, enchaîne conseil sur conseil, à la recherche du profit.
Lui aurait certainement la solution miracle à mon problème. Un bourbon en provenance directe de Martinique provoquant en une fraction de seconde évasion et légèreté à la fois.
Mais la vie en a décidé autrement…
C’est la sonnerie de mon téléphone qui affiche « Emilio » qui me sort de ma torpeur.
Plein d’entrain, il suffit à me redonner l’énergie en deux secondes.
Une seule phrase qui retentit dans ma tête et fait battre mon cœur un peu plus fort :
« Quand te décides-tu à me rejoindre ? »
Et si cette simple proposition était la solution à tous mes soucis ?
Faire le bon choix ? Mais quel choix ?
Ce soir, je ferme à double tour la porte vitrée de la galerie totalement perdue dans mes pensées.
Certains carrefours offrent plusieurs directions, mais laquelle devons-nous choisir ?
La nuit a été chaotique. Tantôt la vision de moi attendant patiemment des futurs acquéreurs pour une toile hors de prix, tantôt moi aux côtés d’Emilio à l’observer capturer la super vague avec son appareil photo.
Le choix pourrait être vite fait pour certains, mais, pour moi, c’est le pire des dilemmes.
Tourner le dos à mes valeurs familiales, ne pas reprendre le flambeau, décevoir mes parents après tous les sacrifices qu’ils ont faits pour moi à vouloir me léguer cette galerie, mais surtout, réduire à néant tous les projets pour la faire revivre.
Et de l’autre côté, oser voler de mes propres ailes, me sentir légitime de mes rêves et surtout évoluer dans le secteur qui m’a toujours appelée…
Alors que ce matin, je suis à la galerie en train de conseiller et convaincre un futur acquéreur, je suis tout à coup prise d’une vérité qui me dépasse totalement. C’est grisant et angoissant à la fois.
Une unique question apparaît dans ma tête comme une véritable bombe :
« Suis-je ici à ma véritable place ? »
Le client parle, mais je n’entends que brièvement les intonations de sa voix. Seuls quelques mots parviennent à se frayer un chemin jusqu’à mes oreilles « joie, beauté », alors que moi, dans ma tête, je ne ressens soudainement que tristesse, mélancolie. C’est culpabilisant de proposer des œuvres a priori joyeuses, et de ne ressentir que des émotions négatives.
Ça fait des mois que je ne vends quasiment plus rien. Je ne suis devenue pour ainsi dire qu’une simple statue au milieu de ces chefs d’œuvres. En sont-ils d’ailleurs ? Ils ne sont peut-être plus au goût du jour. C’était les critères de choix de mes parents, pas les miens.
Tout compte fait, je n’ai qu’à repeindre la galerie pour donner une touche plus féminine. Tout le reste n’est que le fruit du travail de mes parents. Et il est certainement là le problème. Il faut se renouveler.
Le souci est que la galerie ne fait pas suffisamment de bénéfices pour se le permettre. Et puis, quand bien même ce sera le cas, est-ce que le fait de modifier le design de la galerie suffirait à faire exploser les ventes ? J’en doute, et encore plus ce matin.
Si je peux décrire mes états d’âme du jour, je suis perdue. Voilà, totalement perdue comme jamais je ne l’ai été auparavant.
Si j’arrêtais pour une fois dans ma vie de me voiler la face pour faire plaisir à mes parents ?
Tout tenter pour me sentir légitime de leur donation ?
Cette phrase, je l’ai entendue si souvent qu’elle a fini par me posséder ! « Tu n’imagines pas la chance que tu as ! »
La chance ? Je n’appellerais pas forcément cela de la chance ! Pour certains, c’est possible, pour moi, c’est une entrave à ma liberté, mon épanouissement. Je me sens prisonnière de cette affaire familiale qu’il faut coûte que coûte conserver et surtout développer.
Emilio, lui, me fait rêver ! Il est libre, voilà tout ! Il avance au gré de ses envies et surtout de ses rêves. Il se réinvente chaque jour afin d’avancer vers son objectif. Il crée la vie qu’il a toujours souhaitée quand moi j’avance dans les pas de mes parents. Est-ce ça la vraie vie ?
Je ne peux pas dire que la galerie me déplaît. Non, elle fait partie de moi, et ce depuis mon enfance. Ces murs, je les connais par cœur. Chaque toile, je l’ai vue peindre et même installer en fonction de la luminosité.
Faut avouer que les temps ont changé. Que ces toiles n’ont plus le vent en poupe comme autrefois et que ma motivation perd en intensité un peu plus chaque jour quand je referme à double tour la serrure le soir venu.
Alors, je ne peux m’empêcher de faire face aux mêmes questions depuis des heures aujourd’hui :
Et si partir retrouver Emilio à Nazaré était la vraie vie ?
Être aux côtés de l’amour de ma vie ?
Et si la vie ici à Biarritz n’était qu’une illusion, une façade ? Un moyen de fuir mon quotidien morose pour me donner une image un peu « bobo » tant entretenue par ma famille depuis des générations.
Et si c’était à moi de casser les codes et trouver ma véritable place ? Ne plus suivre le chemin tracé par mes ancêtres, mais au contraire tracer ma propre voie ?
Pensez-vous être à votre juste place ?
Ce que vous faites, ce que vous êtes devenus ?
Et si votre âme vous soufflait le véritable sens de votre vie ?
Avoir le choix une fois dans son existence de se choisir, de faire de soi sa priorité pour avancer vers sa vérité, son véritable chemin et surtout trouver sa raison d’être, son bonheur ?
Quand tout réinventer devient alors la seule option possible pour avancer vers l’existence de ses rêves ?
Je suis prise tout à coup d’un impressionnant vertige. Tout tourne autour de moi autant que dans ma tête.
Pourquoi je m’inflige tant de tourments ?
Pourquoi ne suffit-il pas que je poursuive le chemin sur lequel m’ont dirigée mes parents ?
Pourquoi suis-je aussi critique et dure envers moi-même ?
Il serait si simple de faire taire cette petite voix intérieure et de continuer sur ce chemin.
Mais, si aujourd’hui j’en arrive à un tel constat, un tel mal être, c’est que tout ne va pas aussi bien que ce que je laisse paraître. Il y a un problème et si je veux avancer, il serait préférable que j’en trouve la cause.
Sauf que c’est tout sauf rationnel. Certes, les bilans comptables ne sont pas formidables, mais de là à envisager de quitter la galerie c’est un véritable tournant. Un tsunami pour mes proches.
Jamais à ma connaissance je n’ai surpris une conversation évoquant un autre projet que celui de développer la galerie. Au contraire, le sujet occupe tous les repas de famille. Et lorsque, comme une évidence, mon père a annoncé à la tablée que je reprenais fièrement l’activité, cela a sonné comme une évidence. Comme si depuis ma naissance j’étais poussée au rang de repreneur officiel.
Sauf que tout cela est lourd pour moi. Promesse de réussite, promesse de performance, mais surtout besoin de reconnaissance. Être reconnue comme une des leurs qui porte fièrement la relève et qui va permettre à toute la famille de se qualifier de propriétaires de l’unique galerie avant-gardiste de Biarritz.
C’est un véritable challenge par les temps qui courent.
Posséder l’unique galerie de Biarritz en double façade est une aubaine au vu de la rareté des emplacements. L’immeuble appartient à ma famille depuis des générations, tout comme ce commerce.
Alors, aujourd’hui, je ne peux pas faire demi-tour uniquement parce que je souhaite rejoindre mon petit ami au Portugal. Non, c’est impossible.
Si je veux ne serait-ce qu’évoquer le sujet, il me faut un plan, un plan suffisamment solide pour que mes parents veuillent bien écouter ma proposition. Mais j’ai tellement peur de les décevoir que je ne sais pas comment leur présenter mon projet.
Pourquoi faut-il que je me pose tant de questions ? Pourquoi maintenant ?
Autant mes parents que mes grands-parents ne se sont jamais vraiment interrogés, ou s’ils l’ont fait, ils étaient poussés par la volonté farouche de réussir. Et moi, pendant ce temps, je m’égare sur une route obscure, qui ne semble mener qu’au vide et au désespoir…
Que se passe-t-il en moi ? Pourquoi ce sentiment d’être en marge ? Ai-je manqué quelque chose ? Je ne me sens pas comme les autres.
Mes amies m’envient, elles qui ont été obligées de rejoindre la capitale pour espérer trouver un travail dans leur domaine d’activité. Moi, tout m’est tombé dans la bouche sans rien chercher ailleurs. La seule chose pour laquelle je dois me battre c’est maintenir en équilibre la galerie. Pour beaucoup, d’un regard externe, je suis une nantie, une fille à papa…
Alors qu’ils sont loin de s’imaginer ce qui me tourmente à tout juste 30 ans.
Mon triste constat. En couple avec Emilio qui vit sa meilleure vie à Nazaré, à passer ses journées à photographier des surfeurs en quête de la parfaite vague.
Et moi, à passer mon temps derrière les larges baies vitrées de la galerie, à observer les passants déambuler dans les rues humides en cette période de l’année. Ce n’est pas aussi enchanteur que le Portugal, mais ici j’ai mes racines. Et elles sont bien profondes. Je suis bien ancrée dans cette lignée familiale, il n’y a aucun doute.
Mon frère, lui, a su dès son plus jeune âge ce qu’il ferait de sa vie. Du Basket, voilà. Et il y est très bien parvenu. Il est parti aux États-Unis, où il a intégré une équipe nationale. Et il fait carrière, entouré de sa petite famille. Il a bien réussi comme aiment dire mes parents. Il a fait de son rêve une réalité.
Contrairement à moi qui me suis contentée de suivre leur chemin pour ne pas les contrarier.
Mais maintenant, comment faire, quelle est l’issue de cette prison dorée…
Je me suis enfermée moi-même dans ce schéma familial aux lourds sacrifices dont, je suis certaine, mes parents ne sont pas conscients. Devant eux, j’ai toujours fait bonne figure. Ils me pensent épanouie et bien dans mes baskets comme ils disent.
Camille, c’est la petite protégée qui suit les traces de ses parents, voilà comment je suis évoquée.
Or, Camille, elle cache bien au fond d’elle de véritables richesses, des projets et des rêves qui ont été étouffés avant même d’avoir vu le jour.
J’ai très souvent envié mon frère, mais je pense que j’aurai été incapable de quitter le cocon familial pour m’envoler à l’autre bout de la terre. En même temps, pour lui ça n’a pas été une option, ça a été une évidence. Il a reçu une proposition en or d’un des clubs de Boston et ce n’était pas une option, c’était une évidence.
Le destin l’a grandement poussé vers ce chemin-là.
Alors, me voilà aujourd’hui à devoir faire face à mes démons intérieurs et tenter de faire taire en vain cette petite voix qui se fraye un chemin de plus en plus grand.
Lorsque je rentre dans mon joli studio avec vue sur l’océan ce soir-là, je suis tellement tourmentée que je ne prends même pas le temps d’observer le coucher de soleil.
Je regarde en boucle l’unique question d’Emilio envoyée quelques jours plus tôt : « Quand viens-tu me rejoindre ? »
Est-ce vraiment sérieux cette proposition. Est-ce une invitation à venir passer quelques jours de vacances auprès de lui ou est-ce une véritable invitation à changer de vie ?
Après tout, je pourrais fermer la boutique quelques jours et aller le rejoindre au bord de l’océan. Ça me permettrait de prendre du recul sur la situation et faire taire mes pensées obsessionnelles concernant mon avenir professionnel…
Je n’arrive pas à me poser. Je suis trop persécutée, trop fragile tout à coup. La nuit est cauchemardesque.
Je suis déjà prête même avant le lever de soleil. Je vais me rendre à l’Église sainte Eugenie avant d’ouvrir la galerie. Cette église où j’ai fait ma communion, où mes parents se sont mariés. L’Église qui a vu les plus grands évènements de nos vies.
Peut-être que le lieu saura m’apporter un peu de paix.
Les rues de Biarritz à cette heure matinale sont désertes. Seuls quelques locaux promènent leur chien et d’autres vont acheter leur baguette de pain frais.
Lorsque j’ose pousser l’immense porte de l’Église, la lumière s’allume dans le cœur. C’est le silence le plus total. Il n’y a personne. Le premier office n’est qu’à 10 h 30. Les employés de mairie ouvrent la porte dès 8 h pour permettre aux fidèles de venir se recueillir.
Une fois arrivée à la hauteur de la chapelle dédiée à la vierge Marie, je m’assois timidement sur le petit banc situé en face. Et là, je laisse couler comme un flot incessant toutes les larmes retenues depuis de longs mois.
J’ose enfin tomber le masque et apparaître sous une forme beaucoup plus fragile, mais surtout beaucoup plus sincère.
Personne ne peut me juger ici, je suis comme une enfant à déverser ses tourments.
Que faire ? Que dire ? Quelle direction dois-je prendre ? je ne sais plus, je ne sais pas.
La seule chose que je suis capable de faire à cet instant-là est de m’approcher de la sainte statue pour allumer un cierge et y déposer juste l’intention de me guider sur mon chemin. C’est déjà énorme ce vœu que je confie. Peut-être que je recevrai une aide, un signe divin. Du moins, je l’espère tant !
Lorsque je quitte l’Église, je prolonge ma balade en faisant un détour vers le rocher de la vierge. Je longe la passerelle. L’air est frais, vivifiant. Il me permet d’y voir plus clair. Je me sens comme revigorée. Comme si tout paraissait moins noir tout à coup. Ce lieu j’y suis venue des centaines de fois, mais jamais avec un état intérieur aussi tourmenté. Non, je pense que jamais de toute mon existence je n’ai été autant dans le vide.
Je regarde mon téléphone pour vérifier l’heure et la galerie n’ouvre que dans 45 min. J’ai le temps. J’ai été très matinale. J’observe comment la vie se réveille peu à peu dans ma ville natale. Au gré des marées, des saisons, le paysage est toujours différent. Mes racines sont ici, c’est indéniable. Je plonge mes yeux fatigués pour regarder dans les vagues. Elles aussi viennent s’échouer sur le sable, pour ensuite partir au large. Un mouvement incessant, de renouveau. Comme ce simple flux et reflux peut être parlant soudainement.
Voilà ce dont j’ai besoin, me renouveler avec de nouveaux projets. Lâcher l’ancien et renaître différemment. C’est ce dont a besoin la galerie…
La journée paraît moins lourde que la précédente. Je repense à la proposition d’Emilio.
Je pense que c’est une invitation ponctuelle tout de même, car Emilio a prévu de partir en Australie au mois d’avril. C’est un globe-trotteur. Il est en quête permanente des meilleures vagues du monde. Il capture l’instant comme il aime dire. Photographier surfeurs et vagues est pour lui vital. Il est dans son élément et je dois avouer qu’il est plutôt excellent en la matière. Chaque année, il vit en nomade. Deux mois au Portugal, trois mois en Australie, trois mois aux États-Unis et seulement quatre mois en France.
Nous vivons cette relation depuis bientôt cinq ans et ça nous convenait jusqu’à présent. Nos projets respectifs nous nourrissaient suffisamment pour avancer chacun vers nos rêves. Bien évidemment qu’un avenir commun fait partie de nos perspectives, mais pas dans l’immédiat. Emilio cherche d’abord à être reconnu comme l’un des meilleurs photographes mondiaux avant de se poser définitivement en France à mes côtés. Jamais nous n’avons envisagé que je quitte la galerie pour vivre avec lui une vie de nomade.
Plutôt casanière, je ne vois pas comment je serai capable de vivre avec un minimum de confort, bien qu’avec Emilio à mes côtés l’essentiel serait là, juste nous deux.
Je dois cesser de me projeter dans de tels rêves, ils me paraissent tant inaccessibles aujourd’hui, une énorme montagne à vrai dire !
Mon « chasseur de vague », comme j’aime le surnommer, est encore au Portugal pour 1 mois, ce qui me laisse un peu de temps pour envisager organiser mes prochaines vacances à ses cotés.
À Biarritz, c’est la saison creuse. Février est souvent réservé aux vacances au ski, laissant l’océan pour celles de printemps et d’été.
Il suffirait même que je demande à mes parents de tenir la galerie quelques jours pour ne pas avoir à la fermer. Ça serait un assez bon compromis et ça mettrait un peu de piment dans leur quotidien de retraités.
Alors c’est décidé, ce soir, je suis parvenue à trouver un coin de ciel bleu dans mon avenir proche. Quelques jours au pays des azulejos et des vagues intrépides pour retrouver Emilio et ses déferlantes.
Lorsque j’annonce à Emilio que j’arrive d’ici une semaine pour le rejoindre, il reste sans voix. Croit-il que je vienne m’installer au Portugal définitivement ?
Puis il me répond, après un long silence, qu’il est OK. Il était seulement en train d’observer les surfeurs approchant les vagues de grande ampleur en ce début d’après-midi. Son esprit était accaparé par la vision qui s’offrait à lui et moins à l’écoute de mes paroles…
Lorsque je me réveille ce matin, mon cœur balance entre deux émotions. L’excitation et la joie de rejoindre Emilio et profiter de quelques jours de vacances, et celui de devoir annoncer à mes parents mon départ.
Hasard ou pas, mon père me rend visite à la galerie en fin de matinée après avoir fait un tour au marché. J’en profite alors pour lui annoncer. Il est ravi et évoque le fait qu’il me trouve fatiguée en ce moment. Que je n’ai plus le même éclat, plus du tout la même lueur dans mon regard.
Se serait-il aperçu de mes tourments, de mes doutes et de mon déclin de motivation ?
J’ai pourtant tenté, à priori en vain, de faire bonne figure. Ne pas les inquiéter pour rien, ne pas leur créer de soucis inutiles. Eux qui m’ont tout donné avec leur galerie. Elle est toute leur vie. Bien plus que leur carrière. Non, la galerie représente certes leur réussite, mais aussi leur statut social, leur richesse, leur patrimoine, leurs nombreuses relations avec les notables de la ville et même de la région. Je me dois de leur faire honneur, il ne peut en être autrement.
Que c’est lourd et surtout épuisant que de devoir les contenter.
Peut-être qu’ils ne sont pas dupes, ils ne veulent pas semer de trouble, il est certainement plus simple de se voiler la face.
Lors du dernier bilan comptable, mon père a tenu à m’accompagner, et il s’est bien rendu compte que les chiffres baissaient. Il est conscient de la conjoncture, mais aussi de la difficulté à vendre de telles œuvres d’art aux citoyens moyens. La comptable nous a suggéré l’idée de peut-être se diversifier. Mais, pour moi, il est hors de question de vendre des reproductions. Ça serait baisser la notoriété de notre galerie au rang de revendeur d’affiches décoratives. Et une chose dont je suis certaine c’est de vouloir proposer de l’authentique.
C’est une situation plutôt confortable financièrement pour moi. Je dispose du logement situé au premier étage de la galerie, où de larges baies vitrées donnent une vue exclusive sur l’océan en première ligne. De quoi faire pâlir toutes mes amies.
Mais si l’argent ne suffisait pas à faire le bonheur ?
Il faut certes avoir une sacrée dose de courage, ne serait-ce que pour se l’avouer. Se trouver face à soi-même et oser se poser les bonnes questions.
Ce soir, je suis rassurée. D’ici quelques jours, je prendrai l’avion, direction Lisbonne. Emilio viendra me récupérer et nous passerons une semaine à Nazaré ensemble.
Avec un peu de chance, il y a aura de superbes vagues et je pourrais l’accompagner en haut du promontoire surplombant l’océan. Magique !
Une semaine à ne penser qu’à profiter. Plus de clients potentiels, plus de demandes de reproductions, plus de galerie. Juste l’océan, les vagues et Emilio.
Lorsque l’avion décolle, je ressens un souffle de liberté. Un énorme poids qui disparaît au fur et à mesure où Biarritz s’éloigne.
Voilà la source de mon mal être. La galerie et toute la pression que je me suis mise pour parvenir à la faire fleurir.
Le souci, c’est que ça soulève trop de questions, au point que je choisis de détourner le regard pour la durée du séjour. Je verrai à mon retour.
Lisbonne est toute proche.
Je reconnais d’en haut le pont suspendu, le Cristo Rei qui domine le Tage et toute la capitale du Portugal.
J’y suis venue petite en voyage avec mes parents, mais jamais depuis. Y retrouver Emilio est étrange et surprenant.
Je pense que, sans ces prises de conscience soudaines et brutales, je ne me serais pas décidée à venir le retrouver.
J’adore la musique diffusée dans le haut-parleur du hall d’arrivée. Le fado. Musique portugaise par excellence. Une immersion dans cette culture latine en une fraction de seconde. Les boutiques Duty proposent tous types de souvenirs, confiseries et alcools locaux.
Je vais enfin pouvoir goûter et déguster les véritables pasteis de nata de Belém. Je ne peux d’ailleurs résister à la tentation d’en acheter une boîte dans la boutique officielle.
Un régal. Un savant mélange de crème et de pâte feuilletée. Une recette ancestrale transmise de génération en génération. D’ailleurs, est-ce la nouvelle génération familiale qui a repris l’entreprise ou le savoir-faire est-il transmis à des ouvriers qualifiés ?
Ces gâteaux sont si gourmands.
Me voilà replongée en plein cœur de mes doutes. Ne vais-je pas déshonorer mes proches si je choisis un chemin différent du leur ? Comment oser prendre une nouvelle direction ?
Comment font les autres pour choisir leur propre chemin ?
Des centaines, des milliers d’individus ont dû se poser les mêmes questions, c’est certain, mais oser écouter cette voix intérieure est une tout autre chose. C’est beaucoup plus confortable et rationnel de suivre la voie toute tracée…
Si j’osais, je demanderais à la vendeuse qui est à la tête de « pasteis de nata ». Peut-être que ça me conforterait ou me déstabiliserait totalement.
Alors, je vérifie sur l’application de mon portable.
« Pasteis de nata, tartelette à la crème est une pâtisserie typiquement portugaise. Ce dessert a été créé au 18e siècle par des moines lisboètes. Il est tout droit venu de Lisbonne et précisément de Belém, une ancienne banlieue qui fait aujourd’hui partie de la ville.
Le secret serait gardé par des maîtres pâtissiers et transmis entre initiés. Ce trésor culinaire unique au monde pousserait les amateurs de cette douceur à entreprendre un véritable pèlerinage à Belém pour retrouver le goût perdu de ce petit gâteau traditionnel portugais. »
Rien n’est précisé sur les familles réalisant ces gâteaux. De nombreuses pasteleria le réalisent, le proposent.
Je pense avoir eu suffisamment de réponses pour me laisser tenter à en déguster un second. Leur texture et leur saveur unique suffisent à me transporter à des kilomètres de mon quotidien et quel bonheur cela me procure !
Ce petit gâteau donne un air de vacances immédiat à mon séjour.
J’aperçois Emilio de l’autre côté du hall d’arrivée. Je cours vers lui à la hâte, il me prend dans ses bras et me glisse un doux « bem- vindo ». Avec l’accent, il est si craquant. Ça lui va bien, le Portugal. Il est tout bronzé, en pleine forme. Passer ses journées sur la plage à photographier les surfeurs est vivifiant. Il a le teint lumineux à l’opposé du mien.
À ses côtés, je parais bien frêle. Fatiguée, voilà tout !
Nous allons rejoindre Nazaré, cette petite ville de pécheurs où Emilio a élu domicile depuis maintenant deux mois. Un studio loué en bas de la ville.
Emilio a prévu deux jours de pause dans ses activités pour que l’on puisse faire un peu de tourisme dans la région. Elle regorge de pépites comme il aime me dire.
Il fait plutôt doux en cette période de l’année. Les températures avoisinent les 20 degrés, ce qui donne un air de vacances plus prononcé. Ça fait déjà plus d’un mois qu’on ne s’était pas revus et pourtant il nous semble que c’était hier. Notre relation est si fusionnelle que ni le temps ni même la distance n’amenuisent notre amour.
Pour lui, le temps passe bien plus vite que de mon côté.
Les journées sont plutôt intenses. Il scrute la moindre occasion pour capturer l’instant. La vague qui fera de lui l’un des meilleurs photographes de sa catégorie. Et ils sont plutôt nombreux à approcher le titre lors de ces compétitions sportives.
Ici à Nazaré, la saison s’étend de novembre à mars avec un pic en février.
Les vagues déferlant sur les plages sont catégorisées parmi les plus grosses au monde avec un score de 7 sur 10.
C’est depuis la Priai Del Norte que le spot est le plus populaire.
Mon chasseur de vagues est dans son élément, ça se perçoit immédiatement.
De nature curieuse, je ne perds aucune occasion d’en apprendre plus et lui, de son côté, en profite pour jouer au professeur aguerri.
En effet, une faille, créant un canyon sous-marin de 5 km de profondeur, serait à l’origine de telles vagues. Du promontoire, on est bien loin de s’imaginer qu’un tel tableau se joue sous nos pieds. C’est impressionnant.
Le soir venu, nous logeons dans une petite chambre de fortune, qu’Emilio loue à des pécheurs. Elle est bien située en bordure de la longue plage de Nazaré. D’un confort simple où l’authenticité règne. Le matin, je peux observer le lever de soleil et découvrir les nombreux pécheurs qui sont en train de réparer leurs filets de pêche. C’est typique d’ici. Des barques colorées jalonnent la plage, et de vieilles femmes vêtues avec les costumes traditionnels sont en train de travailler. À première vue, on pourrait penser à une troupe folklorique tant leurs jupes sont évasées. Elles portent selon la tradition 7 jupons. Ce qui donne un aspect voluptueux et coloré. Elles sont là à disposer le poisson frais pêché sur des étals en bois afin de le faire sécher. Elles le commercialisent ensuite. Il y a des harengs, des sardines, des maquereaux et même des poulpes. L’odeur n’est pas très agréable, mais, ici, il est de coutume de consommer ce type de poissons séchés.
Alors, lorsque Emilio le veut bien, je lui emprunte son appareil photo et je viens prendre des clichés de tout ce monde qui vit sous mes yeux. Je suis dépaysée en une fraction de seconde.
La vie s’anime à Nazaré petit à petit et les nombreux restaurants ouvrent leurs terrasses. Ils proposent une cuisine régionale à des prix très corrects. Une occasion pour découvrir la cuisine portugaise et toutes ses spécialités culinaires. Beaucoup de poissons, de pommes de terre. Les plats sont très très copieux. Un accueil incomparable… Je pense que je suis en train de tomber sous le charme de ce petit pays. Il a tout pour plaire et je m’y sens bien accueillie.
Nos journées se ressemblent. Le matin, nous restons pour la plupart du temps dans la ville basse à flâner et l’après-midi, nous empruntons le funiculaire qui nous emmène O’Sitio. Cette petite ville haute où, depuis la falaise, on observe les meilleures vagues.
Les compétitions battent leur plein et c’est un véritable spectacle. Plutôt impressionnant, même si je suis habituée à Biarritz aux compétitions de surf où elles sont loin d’atteindre celles de Nazaré. Ici, c’est du grand spectacle et seuls les surfeurs les plus aguerris peuvent pratiquer. Un seul faux pas et c’est le cauchemar.
Emilio, lui, se passionne pour ces champions. Des centaines de locaux s’attroupent en haut des falaises pour observer ce spectacle.
Le soir, lorsque les compétitions tirent leur révérence, nous flânons avec Emilio dans les petits bars de la ville haute. Il m’a fait découvrir là aussi beaucoup de spécialités. Outre la cerveja Portuguesa (bière), nous avons goûté des « caracoles » petits escargots en sauce, un délice, mais ma préférence va vers la Ginja. Une liqueur servie dans des petits food trucks. Il s’agit d’une liqueur de cerise qui est disposée dans une petite cassolette en chocolat noir avec une cerise confite à l’intérieur. Un style de « mon chéri » façon portugaise. Moi qui ne bois presque jamais d’alcool, elle a raison de moi. Je me sens détendue et je vis cette aventure sous des airs de fiesta Portuguesa. Emilio est plein d’entrain lui aussi, et de projets.
La semaine file à toute vitesse, nous profitons de chaque instant pour créer de jolis souvenirs.
Pour la dernière journée et nuit que je dois passer ici, il me réserve une surprise. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre en particulier. Il est plutôt imprévisible et il est capable de me surprendre plus d’une fois.
Il me propose alors de rester sur la plage située en bas du village. Au bout d’une heure, le voilà qui réapparaît. Le son d’un klaxon qui retendit me permet de l’apercevoir à bord d’un petit van. Il doit dater du moyen âge celui-là. Mais où a-t-il été le dénicher ? Authenticité et vintage qui plus est.
Une aventure insolite se profile devant moi.
Je n’ai jamais fait de camping sauvage ni même dormi dans un camping-car. Heureusement, les températures sont clémentes et la météo annonce un beau temps pour les jours à venir.
Je vais me laisser tenter. Et si je ne dors pas, demain, je serais à Biarritz et j’aurais tout le temps pour me reposer et replonger dans la morosité. En attendant, vive l’aventure !
Ce petit van dispose du nécessaire et Emilio n’est pas peu fier de l’avoir loué. C’est un de ses amis qui l’a réhabilité en début de saison et qui le loue aux touristes en quête d’un peu de calme.
Dans cinq mètres carrés, il y a l’essentiel. Une banquette se transformant en lit, une plaque chauffante et même une douche solaire extérieure. De quoi avoir un minimum de confort pour faire un road trip.
Le nôtre sera de courte durée, puisque, dans à peine 20 heures, mon avion décolle.
