Cyrano de Bergerac - Edmond Rostand - E-Book

Cyrano de Bergerac E-Book

Edmond Rostand

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Beschreibung

Edmond Rostand, né le 1er avril 1868 à Marseille et mort le 2 décembre 1918 à Paris, est un écrivain, dramaturge, poète et essayiste français. Il est l'auteur de l'une des pièces les plus connues du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Il est, par ailleurs, l'époux de la poétesse Rosemonde Gérard et le père de l'écrivain, biologiste et académicien français Jean Rostand.

Cyrano de Bergerac est l'une des pièces les plus populaires du théâtre français, et la plus célèbre de son auteur, Edmond Rostand. Librement inspirée de la vie et de l'œuvre de l'écrivain libertin Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), elle est représentée pour la première fois le 28 décembre 18971, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris.

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table des matières

Personnages

Acte I

Acte II

Acte III

Acte IV

Acte V

Comédie Héroïque en Cinq Actes en vers

Représentée à Paris, sur le Théâtre de la Porte-Saint-Martin le 28 décembre 1897
C'est à l'âme de CYRANO que je voulais dédier ce poème.
Mais puisqu'elle a passé en vous, COQUELIN, c'est à vous
que je le dédie.
E. R.

Personnages

CYRANO DE BERGERAC

CHRISTIAN DE NEUVILLETTE COMTE DE GUICHE RAGUENEAU LE BRET CARBON DE CASTEL-JALOUX LES CADETS LIGNIÈRE DE VALVERT UN MARQUIS DEUXIÈME MARQUIS TROISIÈME MARQUIS MONTFLEURY BELLEROSE JODELET CUIGY BRISSAILLE UN FÂCHEUX UN MOUSQUETAIRE UN AUTRE UN OFFICIER ESPAGNOL UN CHEVAU-LÉGER LE PORTIER UN BOURGEOIS SON FILS UN TIRE-LAINE UN SPECTATEUR UN GARDE BERTRANDOU LE FIFRE LE CAPUCIN DEUX MUSICIENS LES POÈTES LES PATISSIERS ROXANE SŒUR MARTHE LISE LA DISTRIBUTRICE MÈRE MARGUERITE DE JÉSUS LA DUÈGNE SŒUR CLAIRE UNE COMÉDIENNE LA SOUBRETTE LES PAGES LA BOUQUETIÈRE

La foule, bourgeois, marquis, mousquetaires, tire-laine, pâtissiers, poètes, cadets gascons, comédiens, violons, pages, enfants, soldats, espagnols, spectateurs, spectatrices, précieuses, comédiennes, bourgeoises, religieuses, etc.

(Les quatre premiers actes en 1640, le cinquième en 1655.)

Acte I

Une Représentation à l'Hôtel de Bourgogne.

La salle de l'Hôtel de Bourgogne, en 1640. Sorte de hangar de jeu de paume aménagé et embelli pour des représentations.

La salle est un carré long; on la voit en biais, de sorte qu'un de ses côtés forme le fond qui part du premier plan, à droite, et va au dernier plan, à gauche, faire angle avec la scène, qu'on aperçoit en pan coupé.

Cette scène est encombrée, des deux côtés, le long des coulisses, par des banquettes. Le rideau est formé par deux tapisseries qui peuvent s'écarter. Au-dessus du manteau d'Arlequin, les armes royales. On descend de l'estrade dans la salle par de larges marches. De chaque côté de ces marches, la place des violons. Rampe de chandelles.

Deux rangs superposés de galeries latérales: le rang supérieur est divisé en loges. Pas de sièges au parterre, qui est la scène même du théâtre; au fond de ce parterre, c'est-à-dire à droite, premier plan, quelques bancs formant gradins et, sous un escalier qui monte vers des places supérieures, et dont on ne voit que le départ, une sorte de buffet orné de petits lustres, de vases fleuris, de verres de cristal, d'assiettes de gâteaux, de flacons, etc.

Au fond, au milieu, sous la galerie de loges, l'entrée du théâtre. Grande porte qui s'entre-bâille pour laisser passer les spectateurs. Sur les battants de cette porte, ainsi que dans plusieurs coins et au-dessus du buffet, des affiches rouges sur lesquelles on lit: La Clorise.

Au lever du rideau, la salle est dans une demi-obscurité, vide encore. Les lustres sont baissés au milieu du parterre, attendant d'être allumés.

Scène 1.I.

Le public, qui arrive peu à peu. Cavaliers, bourgeois, laquais, pages, tire-laine, le portier, etc., puis les marquis, Cuigy, Brissaille, la distributrice, les violons, etc.

( On entend derrière la porte un tumulte de voix, puis un cavalier entre brusquement.)

LE PORTIER ( le poursuivant): Holà ! vos quinze sols !

LE CAVALIER: J'entre gratis !

LE PORTIER: Pourquoi ?

LE CAVALIER: Je suis chevau-léger de la maison du Roi !

LE PORTIER ( à un autre cavalier qui vient d'entrer): Vous ?

DEUXIÈME CAVALIER: Je ne paye pas !

LE PORTIER: Mais. . .

DEUXIÈME CAVALIER: Je suis mousquetaire.

PREMIER CAVALIER ( au deuxième): On ne commence qu'à deux heures. Le parterre Est vide. Exerçons-nous au fleuret. ( Ils font des armes avec des fleurets qu'ils ont apportés.)

UN LAQUAIS ( entrant): Pst. . .Flanquin. . . !

UN AUTRE ( déjà arrivé): Champagne ?. . .

LE PREMIER ( lui montrant des jeux qu'il sort de son pourpoint): Cartes. Dés. ( Il s'assied par terre): Jouons.

LE DEUXIÈME ( même jeu): Oui, mon coquin.

PREMIER LAQUAIS ( tirant de sa poche un bout de chandelle qu'il allume et colle par terre): J'ai soustrait à mon maître un peu de luminaire.

UN GARDE ( à une bouquetière qui s'avance): C'est gentil de venir avant que l'on n'éclaire !. . . ( Il lui prend la taille.)

UN DES BRETTEURS ( recevant un coup de fleuret): Touche !

UN DES JOUEURS: Trèfle !

LE GARDE ( poursuivant la fille): Un baiser !

LA BOUQUETIÈRE ( se dégageant): On voit !. . .

LE GARDE ( l'entraînant dans les coins sombres): Pas de danger !

UN HOMME ( s'asseyant par terre avec d'autres porteurs de provisions de bouche): Lorsqu'on vient en avance, on est bien pour manger.

UN BOURGEOIS ( conduisant son fils): Plaçons-nous là, mon fils.

UN JOUEUR: Brelan d'as !

UN HOMME ( tirant une bouteille de sous son manteau et s'asseyant aussi): Un ivrogne Doit boire son bourgogne. . . ( il boit): À l'hôtel de Bourgogne !

LE BOURGEOIS ( à son fils): Ne se croirait-on pas en quelque mauvais lieu ? ( Il montre l'ivrogne du bout de sa canne): Buveurs. . . ( En rompant, un des cavaliers le bouscule): Bretteurs ! ( Il tombe au milieu des joueurs): Joueurs !

LE GARDE ( derrière lui, lutinant toujours la femme): Un baiser !

LE BOURGEOIS ( éloignant vivement son fils): Jour de Dieu ! —Et penser que c'est dans une salle pareille Qu'on joua du Rotrou, mon fils.

LE JEUNE HOMME: Et du Corneille !

UNE BANDE DE PAGES ( se tenant par la main, entre en farandole et chante): Tra la la la la la la la la la la lère. . .

LE PORTIER ( sévèrement aux pages): Les pages, pas de farce !. . .

PREMIER PAGE ( avec une dignité blessée): Oh ! Monsieur ! ce soupçon !. . . ( Vivement au deuxième, dès que le portier a tourné le dos): As-tu de la ficelle ?

LE DEUXIÈME: Avec un hameçon.

PREMIER PAGE: On pourra de là-haut pêcher quelque perruque.

UN TIRE-LAINE ( groupant autour de lui plusieurs hommes de mauvaise mine): Or çà, jeunes escrocs, venez qu'on vous éduque: Puis donc que vous volez pour la première fois. . .

DEUXIÈME PAGE ( criant à d'autres pages déjà placés aux galeries supérieures): Hep ! Avez-vous des sarbacanes ?

TROISIÈME PAGE ( d'en haut): Et des pois ! ( Il souffle et les crible de pois.)

LE JEUNE HOMME ( à son père): Que va-t-on nous jouer ?

LE BOURGEOIS: Clorise.

LE JEUNE HOMME: De qui est-ce ?

LE BOURGEOIS: De monsieur Balthazar Baro. C'est une pièce !. . . ( Il remonte au bras de son fils.)

LE TIRE-LAINE ( à ses acolytes): . . .La dentelle surtout des canons, coupez-la !

UN SPECTATEUR ( à un autre, lui montrant une encoignure élevée): Tenez, à la première du Cid, j'étais là !

LE TIRE-LAINE ( faisant avec ses doigts le geste de subtiliser): Les montres. . .

LE BOURGEOIS ( redescendant, à son fils): Vous verrez des acteurs très illustres. . .

LE TIRE-LAINE ( faisant le geste de tirer par petites secousses furtives): Les mouchoirs. . .

LE BOURGEOIS: Montfleury. . .

QUELQU'UN ( criant de la galerie supérieure): Allumez donc les lustres !

LE BOURGEOIS: . . .Bellerose, L'Epy, la Beaupré, Jodelet !

UN PAGE ( au parterre): Ah ! voici la distributrice !

LA DISTRIBUTRICE ( paraissant derrière le buffet): Oranges, lait, Eau de frambroise, aigre de cèdre ! ( Brouhaha à la porte.)

UNE VOIX DE FAUSSET: Place, brutes !

UN LAQUAIS ( s'étonnant): Les marquis !. . .au parterre ?. . .

UN AUTRE LAQUAIS: Oh ! pour quelques minutes. ( Entre une bande de petits marquis.)

UN MARQUIS ( voyant la salle à moitié vide): Hé quoi ! Nous arrivons ainsi que les drapiers, Sans déranger les gens ? sans marcher sur les pieds ? Ah, fi ! fi ! fi ! ( Is se trouve devant d'autres gentilshommes entrés peu avant): Cuigy ! Brissaille ! ( Grandes embrassades.)

CUIGY: Des fidèles !. . . Mais oui, nous arrivons devant que les chandelles. . .

LE MARQUIS: Ah, ne m'en parlez pas ! Je suis dans une humeur. . .

UN AUTRE: Console-toi, marquis, car voici l'allumeur !

LA SALLE ( saluant l'entrée de l'allumeur): Ah !. . . ( On se groupe autour des lustres qu'il allume. Quelques personnes ont pris place aux galeries. Lignière entre au parterre, donnant le bras à Christian de Neuvillette. Lignière, un peu débraillé, figure d'ivrogne distingué. Christian, vêtu élégamment, mais d'une façon un peu démodée, paraît préoccupé et regarde les loges.)

Scène 1.II.

Les mêmes, Christian, Lignière, puis Ragueneau et Le Bret.

CUIGY: Lignière !

BRISSAILLE ( riant): Pas encor gris !. . .

LIGNIÈRE ( bas à Christian): Je vous présente ? ( Signe d'assentiment de Christian): Baron de Neuvillette. ( Saluts.)

LA SALLE ( acclamant l'ascension du premier lustre allumé): Ah !

CUIGY ( à Brissaille, en regardant Christian): La tête est charmante.

PREMIER MARQUIS ( qui a entendu): Peuh !. . .

LIGNIÈRE ( présentant à Christian): Messieurs de Cuigy, de Brissaille. . .

CHRISTIAN ( s'inclinant): Enchanté !. . .

PREMIER MARQUIS ( au deuxième): Il est assez joli, mais n'est pas ajusté Au dernier goût.

LIGNIÈRE ( à Cuigy): Monsieur débarque de Touraine.

CHRISTIAN: Oui, je suis à Paris depuis vingt jours à peine. J'entre aux gardes demain, dans les Cadets.

PREMIER MARQUIS ( regardant les personnes qui entrent dans les loges): Voilà La présidente Aubry !

LA DISTRIBUTRICE: Oranges, lait. . .

LES VIOLONS ( s'accordant): La. . .la. . .

CUIGY ( à Christian, lui désignant la salle qui se garnit): Du monde !

CHRISTIAN: Eh, oui, beaucoup,

PREMIER MARQUIS: Tout le bel air ! ( Ils nomment les femmes à mesure qu'elles entrent, très parées, dans les loges. Envois de saluts, réponses de sourires.)

DEUXIÈME MARQUIS: Mesdames De Guéméné. . .

CUIGY: De Bois-Dauphin. . .

PREMIER MARQUIS: Que nous aimâmes. . .

BRISSAILLE: De Chavigny. . .

DEUXIÈME MARQUIS: Qui de nos cœurs va se jouant !

LIGNIÈRE: Tiens, monsieur de Corneille est arrivé de Rouen.

LE JEUNE HOMME ( à son père): L'Académie est là ?

LE BOURGEOIS: Mais. . .j'en vois plus d'un membre; Voici Boudu, Boissat, et Cureau de la Chambre; Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud. . . Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c'est beau !

PREMIER MARQUIS: Attention ! nos précieuses prennent place: Barthénoïde, Urimédonte, Cassandace, Félixérie. . .

DEUXIÈME MARQUIS ( se pâmant): Ah ! Dieu ! leurs surnoms sont exquis ! Marquis, tu les sais tous ?

PREMIER MARQUIS: Je les sais tous, marquis !

LIGNIÈRE ( prenant Christian à part): Mon cher, je suis entré pour vous rendre service: La dame ne vient pas. Je retourne à mon vice !

CHRISTIAN ( suppliant): Non !. . .Vous, qui chansonnez et la ville et la cour, Restez: vous me direz pour qui je meurs d'amour.

LE CHEF DES VIOLONS ( frappant sur son pupitre, avec son archet): Messieurs les violons !. . . ( Il lève son archet.)

LA DISTRIBUTRICE: Macarons, citronnée. . . ( Les violons commencent à jouer.)

CHRISTIAN: J'ai peur qu'elle ne soit coquette et raffinée, Je n'ose lui parler car je n'ai pas d'esprit. Le langage aujourd'hui qu'on parle et qu'on écrit, Me trouble. Je ne suis qu'un bon soldat timide. —Elle est toujours à droite, au fond: la loge vide.

LIGNIÈRE ( faisant mine de sortir): Je pars.

CHRISTIAN ( le retenant encore): Oh ! non, restez !

LIGNIÈRE: Je ne peux. D'Assoucy M'attend au cabaret. On meurt de soif, ici.

LA DISTRIBUTRICE ( passant devant lui avec un plateau): Orangeade ?

LIGNIÈRE: Fi !

LA DISTRIBUTRICE: Lait ?

LIGNIÈRE: Pouah !

LA DISTRIBUTRICE: Rivesalte ?

LIGNIÈRE: Halte ! ( A Christian): Je reste encore un peu.—Voyons ce rivesalte ? ( Il s'assied près du buffet. La distributrice lui verse du rivesalte.)

CRIS ( dans le public à l'entrée d'un petit homme grassouillet et réjoui): Ah ! Ragueneau !. . .

LIGNIÈRE ( à Christian): Le grand rôtisseur Ragueneau.

RAGUENEAU ( costume de pâtissier endimanché, s'avançant vivement vers Lignière): Monsieur, avez-vous vu monsieur de Cyrano ?

LIGNIÈRE ( présentant Ragueneau à Christian): Le pâtissier des comédiens et des poètes !

RAGUENEAU ( se confondant): Trop d'honneur. . .

LIGNIÈRE: Taisez-vous, Mécène que vous êtes !

RAGUENEAU: Oui, ces messieurs chez moi se servent. . .

LIGNIÈRE: A crédit. Poète de talent lui-même. . .

RAGUENEAU: Ils me l'ont dit.

LIGNIÈRE: Fou de vers !

RAGUENEAU: Il est vrai que pour une odelette. . .

LIGNIÈRE: Vous donnez une tarte. . .

RAGUENEAU: Oh ! une tartelette !

LIGNIÈRE: Brave homme, il s'en excuse ! Et pour un triolet Ne donnâtes-vous pas ?. . .

RAGUENEAU: Des petits pains !

LIGNIÈRE ( sévèrement): Au lait. —Et le théâtre, vous l'aimez ?

RAGUENEAU: Je l'idolâtre.

LIGNIÈRE: Vous payez en gâteaux vos billets de théâtre ! Votre place, aujourd'hui, là, voyons, entre nous, Vous a coûté combien ?

RAGUENEAU: Quatre flans. Quinze choux. ( Il regarde de tous côtés): Monsieur de Cyrano n'est pas là ? Je m'étonne.

LIGNIÈRE: Pourquoi ?

RAGUENEAU: Montfleury joue !

LIGNIÈRE: En effet, cette tonne Va nous jouer ce soir le rôle de Phédon. Qu'importe à Cyrano ?

RAGUENEAU: Mais vous ignorez donc ? Il fit à Montfleury, messieurs, qu'il prit en haine, Défense, pour un mois, de reparaître en scène.

LIGNIÈRE ( qui en est à son quatrième petit verre): Eh bien ?

RAGUENEAU: Montfleury joue !

CUIGY ( qui s'est rapproché de son groupe): Il n'y peut rien.

RAGUENEAU: Oh ! oh ! Moi, je suis venu voir !

PREMIER MARQUIS: Quel est ce Cyrano ?

CUIGY: C'est un garcon versé dan les colichemardes.

DEUXIÈME MARQUIS: Noble ?

CUIGY: Suffisamment. Il est cadet aux gardes. ( Montrant un gentilhomme qui va et vient dans la salle comme s'il cherchait quelqu'un): Mais son ami Le Bret peut vous dire. . . ( Il appelle): Le Bret ! ( Le Bret descend vers eux): Vous cherchez Bergerac ?

LE BRET: Oui, je suis inquiet !. . .

CUIGY: N'est-ce pas que cet homme est des moins ordinaires ?

LE BRET ( avec tendresse): Ah, c'est le plus exquis des êtres sublunaires !

RAGUENEAU: Rimeur !

CUIGY: Bretteur !

BRISSAILLE: Physicien !

LE BRET: Musicien !

LIGNIÈRE: Et quel aspect hétéroclite que le sien !

RAGENEAU: Certes, je ne crois pas que jamais nous le peigne Le solennel monsieur Philippe de Champaigne; Mais bizarre, excessif, extravagant, falot, Il eût fourni, je pense, à feu Jacques Callot Le plus fol spadassin à mettre entre ses masques: Feutre à panache triple et pourpoint à six basques, Cape que par derrière, avec pompe, l'estoc Lève, comme une queue insolente de coq, Plus fier que tous les Artabans dont la Gascogne Fut et sera toujours l'alme Mère Gigogne, Il promène, en sa fraise à la Pulcinella, Un nez !. . .Ah ! messeigneurs, quel nez que ce nez-là !. . . On ne peut voir passer un pareil nasigère Sans s'écrier: "Oh ! non, vraiment, il exagère !" Puis on sourit, on dit: "Il va l'enlever. . ." Mais Monsieur de Bergerac ne l'enlève jamais.

LE BRET ( hochant la tête): Il le porte,—et pourfend quiconque le remarque !

RAGUENEAU ( fièrement): Son glaive est la moitié des ciseaux de la Parque !

PREMIER MARQUIS ( haussant les épaules): Il ne viendra pas !

RAGUENEAU: Si !. . .Je parie un poulet A la Ragueneau !

LE MARQUIS ( riant): Soit ! ( Rumeurs d'admiration dan la salle. Roxane vient de paraître dans sa loge. Elle s'assied sur le devant, sa duègne prend place au fond. Christian, occupé à payer la distributrice, ne regarde pas.)

DEUXIÈME MARQUIS ( avec des petit cris): Ah, messieurs ! mais elle est Épouvantablement ravissante !

PREMIER MARQUIS: Une pêche Qui sourirait avec une fraise !

DEUXIÈME MARQUIS: Et si fraîche Qu'on pourrait, l'approchant, prendre un rhume de cœur !

CHRISTIAN ( lève la tête, aperçoit Roxane, et saisit vivement Lignière par le bras): C'est elle !

LIGNIÈRE ( regardant): Ah ! c'est elle ?. . .

CHRISTIAN: Oui. Dites vite. J'ai peur.

LIGNIÈRE ( dégustant son rivesalte à petits coups): Magdaleine Robin, dite Roxane.—Fine. Précieuse.

CHRISTIAN: Hélas !

LIGNIÈRE: Libre. Orpheline. Cousine De Cyrano,—dont on parlait. . . ( A ce moment, un seigneur très élégant, le cordon bleu en sautoir, entre dans la loge et, debout, cause un instant avec Roxane.)

CHRISTIAN ( tressaillant): Cet homme ?. . .

LIGNIÈRE ( qui commence à être gris, clignant de l'œil): Hé ! hé !. . . —Comte de Guiche. Épris d'elle. Mais marié A la nièce d'Armand de Richelieu. Désire Faire épouser Roxane à certain triste sire, Un monsieur de Valvert, vicomte. . .et complaisant. Elle n'y souscrit pas, mais de Guiche est puissant: Il peut persécuter une simple bourgeoise. D'ailleurs j'ai dévoilé sa manœuvre sournoise Dans une chanson qui. . .Ho ! il doit m'en vouloir ! —La fin était méchante. . .Écoutez. . . ( Il se lève en titubant, le verre haut, prêt a chanter.)

CHRISTIAN: Non. Bonsoir.

LIGNIÈRE: Vous allez ?

CHRISTIAN: Chez monsieur de Valvert !

LIGNIÈRE: Prenez garde: C'est lui qui vous tuera ! ( Lui désignant du coin de l'œil Roxane): Restez. On vous regarde.

CHRISTIAN: C'est vrai ! ( Il reste en contemplation. Le groupe de tire-laine, à partir de ce moment, le voyant la tête en l'air et bouche bée, se rapproche de lui.)

LIGNIÈRE: C'est moi qui pars. J'ai soif ! Et l'on m'attend —Dans les tavernes ! ( Il sort, zigzaguant.)

LE BRET ( qui a fait le tour de la salle, revenant vers Ragueneau, d'une voix rassurée): Pas de Cyrano.

RAGUENEAU ( incrédule): Pourtant. . .

LE BRET: Ah ! je veux espérer qu'il n'a pas vu l'affiche !

LA SALLE: Commencez ! Commencez !

Scène 1.III.

Les mêmes, moins Lignière; De Guiche, Valvert, puis Montfleury.

UN MARQUIS ( voyant de Guiche, qui descend de la loge de Roxane, traverse le parterre, entouré de seigneurs obséquieux, parmi lesquels le vicomte de Valvert): Quelle cour, ce de Guiche !

UN AUTRE: Fi !. . .Encore un Gascon !

LE PREMIER: Le Gascon souple et froid, Celui qui réussit !. . .Saluons-le, crois-moi. ( Ils vont vers de Guiche.)

DEUXIÈME MARQUIS: Les beaux rubans ! Quelle couleur, comte de Guiche ? Baise-moi-ma-mignonne ou bien Ventre-de-biche ?

DE GUICHE: C'est couleur Espagnol malade.

PREMIER MARQUIS: La couleur Ne ment pas, car bientôt, grâce à votre valeur, L'Espagnol ira mal, dans les Flandres !