Dés-arme, citoyen ! - Gabriel Monet - E-Book

Dés-arme, citoyen ! E-Book

Gabriel Monet

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Beschreibung

Nous sommes submergés par l’actualité qui vient à nous au travers de nombreux médias. Pourtant, il demeure important de mettre les choses en perspective, peut-être d’y discerner un sens, de se laisser interpeler, d’oser l’enthousiasme ou la critique. Au travers de ses chroniques radios hebdomadaires ici rassemblées, Gabriel Monet cherche à susciter la réflexion à partir de l’information. Son regard n’est pas neutre, il se veut résolument ouvert et authentiquement chrétien. Sa liberté de ton, ses analyses originales et ses convictions font de la lecture de ces billets d’humeur non seulement une intéressante rétrospective de l’année mais aussi une exhortation afin d’être acteur en vue d’un monde meilleur. Le titre « Dés-arme, citoyen ! » est la reprise de l’intitulé de l’une des chroniques. Cela rend malheureusement compte des réalités vécues en 2015-2016 où trop souvent les armes ont parlé, mais c’est aussi une invitation à envisager d’autres voies, dont celle de l’engagement en faveur de la paix, du désir de plus de solidarité et de justice, conformément à ce que Jésus a prôné dans ce qu’il a dit, et incarné dans ce qu’il a vécu.

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Seitenzahl: 164

Veröffentlichungsjahr: 2016

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« La paix n’est pas l’absence de guerre,

c’est une vertu, un état d’esprit,

une volonté de bienveillance,

de confiance, de justice ».

Baruch Spinoza

« La meilleure arme,

c’est s’asseoir et parler ».

Nelson Mandela

« Le désarmement extérieur passe

par le désarmement intérieur ».

Dalaï Lama

Sommaire

Avant-propos

La connaissance du bien et du mal

(16 septembre 2015)

Fragile confiance

(23 septembre 2015)

Le poids des mots

(30 septembre 2015)

La paix, une voie dans le désert ?

(7 octobre 2015)

Nos enfants ne nous appartiennent pas

(14 octobre 2015)

Altruisme

(21 octobre 2015)

Chacun « son camp »

(28 octobre 2015)

Fécondité

(4 novembre 2015)

(Més)entente cordiale

(11 novembre 2015)

Inhumanité

(18 novembre 2015)

En rouge et vert

(25 novembre 2015)

Panser le climat

(2 décembre 2015)

Dés-arme citoyen !

(9 décembre 2015)

Obscur ou lumineux

(16 décembre 2015)

De la grâce

(23 décembre 2015)

La force des symboles

(28 décembre 2015)

Dieu court toujours

(6 janvier 2016)

Absent mais présent

(12 janvier 2016)

L’empathie face à l’intolérance

(20 janvier 2016)

Une urgence de liberté

(27 janvier 2016)

Résister

(3 février 2016)

De la déchéance à la (ré)intégration

(10 février 2016)

Tout et son contraire

(17 février 2016)

Travailler mieux pour vivre mieux

(24 février 2016)

Instinct primaire

(2 mars 2016)

Singulières familles

(9 mars 2016)

Oser la lumière sur les ténèbres

(16 mars 2016)

Face à la mort

(23 mars 2016)

Entre liberté et transparence

(30 mars 2016)

Se faire tout à tous

(6 avril 2016)

Une question de valeur(s)

(13 avril 2016)

Etrangers et voyageurs sur la terre

(20 avril 2016)

Défendre l’indéfendable n’est pas défendu

(27 avril 2016)

Quand l’économie du partage divise

(4 mai 2016)

En quête de cohérence

(11 mai 2016)

L’éthique ou l’étiquette

(18 mai 2016)

L’œuf ou la poule

(25 mai 2016)

De la domination au compromis

(1

er

juin 2016)

Jeûner, une manière d’être

(8 juin 2016)

Mauvaise foi

(15 juin 2016)

Les derniers seront-ils les premiers ?

(22 juin 2016)

Je t’aime, moi non plus…

(29 juin 2016)

Avant-propos

Nous sommes submergés par l’actualité qui vient à nous au travers de médias variés. Ce flot incessant d’informations tend non seulement à banaliser nombre d’événements mais nous empêche bien souvent de prendre du recul et d’analyser. Pourtant, il demeure important de mettre les choses en perspective, peut-être d’y discerner un sens, de se laisser interpeler, d’oser l’enthousiasme ou la critique. Nombre d’auteurs et d’éditorialistes nous y aident et génèrent donc la réflexion à partir de l’information. C’est ce à quoi je m’attache également en écrivant chaque semaine une chronique que j’enregistre pour la coordination des radios locales adventistes, mais qui est aussi diffusée dans des cercles plus larges, que ce soit en audio ou dans sa version écrite. Le présent volume rassemble les chroniques de septembre 2015 à juin 2016.

Ces billets d’humeur ne sont pas neutres. Ils cherchent en effet à apporter un regard chrétien sur l’actualité. Parfois les sujets s’imposent d’eux-mêmes, d’autres fois le choix est plus subjectif, se concentrant sur un événement unique ou cherchant à faire le lien entre plusieurs faits d’actualité. Sans imposer un schéma de pensée prédéfini, il s’agit de mettre en miroir les événements de notre temps avec les valeurs de l’Evangile. En effet, un chrétien ne peut rester insensible face à la marche de la société. Sa vocation n’est pas de se retirer du monde mais d’y assumer une présence constructive (Jean 17.15-18). Jésus exhortait ses disciples à être le sel de la terre (Matthieu 5.13). Alors j’espère que ces regards hebdomadaires sur une actualité variée sont autant de pincées de sel qui sont l’expression de convictions ancrées dans une foi raisonnée et raisonnable.

Le titre « Dés-arme, citoyen ! » est la reprise de l’intitulé de l’une des chroniques de l’année. Cela rend malheureusement compte des réalités vécues où trop souvent les armes ont parlé, mais c’est aussi une invitation à envisager d’autres voies, dont celle de l’engagement en faveur de la paix, du désir de plus de solidarité et de justice, conformément à ce que Jésus a prôné dans ce qu’il a dit, et incarné dans ce qu’il a vécu.

Il est vrai que semaine après semaine de mauvaises nouvelles peuvent aisément être mises en exergue. Surtout que l’on parle bien plus facilement des drames et de ce qui dysfonctionne que de ce qui va bien. Pourtant le quotidien des gens ordinaires est bien souvent rien moins qu’extraordinaire. Les avions et les trains qui arrivent à l’heure et sans encombre, les concerts qui se passent paisiblement, les parents qui aiment aussi bien que possible leurs enfants, les prises de paroles et les décisions des personnalités politiques qui ne sont pas polémiques… tout cela existe bel et bien et mériterait d’être valorisé. Ceci n’est pas absent des pages qui suivent, même s’il faut reconnaître qu’il est aussi souvent utile de mettre des mots sur ce qui ne va pas, sur les drames de la vie, sur les dysfonctionnements qui nous choquent ou qui nous dérangent. Ceci étant, la vie et les situations sont souvent bien plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord et il est utile de considérer, autant que faire se peut, les diverses facettes de ce qui se trame devant nous.

Si la violence ─ celle des armes, celles des attitudes, celles des mots, parfois même celle qui nous habite ─ a été prédominante au cours des derniers mois, l’Evangile nous pousse à ne pas en faire une fatalité, mais au contraire à y opposer l’espérance et la paix, l’amour et la joie. Je ne doute pas que ce soit le désir profond de Dieu que cela devienne réalité, pour nous, avec nous, peut-être même malgré nous. Ce que l’actualité a été hier et ce qu’elle sera demain ne doit pas nous inquiéter, au contraire, elle doit nous encourager à faire nôtres ces paroles qui, si nous les appliquons, pourront constituer un petit pas dans la construction d’un monde meilleur : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’actions de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. Au reste, frères, tout ce qu’il y a de vrai, tout ce qui est noble, juste, pur, digne d’être aimé, d’être honoré, ce qui s’appelle vertu, ce qui mérite l’éloge, tout cela, portez-le à votre actif » (Philippiens 4.4-8). Le Dieu que l’Ancien Testament appelle parfois le « Dieu des armées » est surtout un Dieu désarmant, puisqu’en toutes circonstances il nous invite à nous réjouir, à oser la bonté et à recevoir sa paix !

Gabriel Monet

Collonges-sous-Salève, le 5 juillet 2016

La connaissance du bien et du mal

16 septembre 2015

Distinguer le bien du mal semble souvent aller de soi. En effet, dans bien des situations nous n’avons pas vraiment de doute sur ce qu’il est positif de dire ou de faire et sur ce qui ne l’est pas. Dans certains cas cependant, discerner ce qui est juste est nettement moins évident.

L’actualité des derniers jours nous propose quelques situations empreintes de cette ambiguïté. Ainsi par exemple, peut-être avez-vous prêté attention au verdict dans le procès de Laurence Naït-Kaoudjt, la maman de la petite Méline. Cette mère avait volontairement étranglé sa propre fille fortement handicapée et dont la vie était restreinte à très peu de chose. Etait-ce là un simple meurtre ou un geste d’amour comme elle l’a défendu devant les jurés ? Si on essaye de se mettre à la place de cette maman, avec ce sentiment d’être devant une impasse, on est en droit de s’interroger sur qu’il aurait été le mieux de faire. Mais le même dilemme s’est posé pour les jurés qui l’ont finalement jugée coupable de meurtre, tout en y associant une peine de prison légère et avec sursis. Quel était le mieux à faire ? Condamner, gracier ou l’entre-deux qui a finalement été choisi ?

A un niveau plus international, les autorités françaises viennent de prendre la décision de bombarder certains sites du pseudo Etat islamique Daesch en Syrie. Certes, cela nécessitera encore plusieurs semaines de reconnaissance pour savoir où frapper mais l’engagement est là. Bonne ou mauvaise décision ? Il y a deux ans, le Président de la République envisageait sérieusement de partir en guerre contre Bashar al-Assad. Il s’était finalement abstenu faute du soutien des Britanniques et des Américains. Aujourd’hui, changement de cible… comme si l’axe du bien ou du mal avait évolué. Est-il vraiment envisageable de mettre à mal Daech avec des bombardements ? En même temps, peut-on rester là sans rien faire et laisser prospérer un mouvement qui génère et forme des terroristes en puissance ? On pourrait croire ici à une certaine légitimité de la violence… Pourtant, peut-il venir quelque chose de bon des bombes ? Surtout quand on sait combien dans le passé l’usage de la violence a surtout été une spirale négative ou alors n’a fait que déplacer les problèmes. Mais peut-être est-ce plutôt une guerre d’opinion dans le contexte de l’afflux incessant de migrants en Europe venant de ces territoires.

Justement, à propos de l’opinion publique concernant ces demandeurs d’asile, tout le monde a été marqué par la photo du petit Aylan Kurdi, mort et échoué sur la plage de Bodrum. Comment ne pas être bouleversé par la force de l’image, et surtout par la réalité du drame familial. Quelque chose de « bien » est sorti de ce terrible « mal » avec le mouvement de solidarité qui s’en est suivi ! Pourtant, certains ont été plus mitigés lorsque des survivants de ce bateau qui a coulé ont témoigné et affirmé que le papa de l’enfant était en fait le passeur et que c’est lui qui avait dirigé la manœuvre et récupéré l’argent exorbitant qu’avaient dû payer les passagers.

Discerner ce qui est bon n’est pas aussi simple qu’on peut bien souvent le penser. Depuis l’aube de l’humanité, la connaissance du bien et du mal est une quête désirée mais rarement maîtrisée. La Bible raconte comment Salomon, dans son célèbre jugement, a réussi à faire fi de la double impasse qui se trouvait devant lui en faisant preuve de sagesse et de créativité. Mais même au plus profond de soi, les élans les plus louables flirtent parfois avec des pensées plus obscures. L’actualité des derniers jours peut nous inviter à réfléchir sur nos propres jugements, nos visions, nos choix, nos opinions… afin de ne pas négliger la complexité des situations. « La visée d’une vie bonne et juste avec et pour les autres », ainsi que Paul Ricœur définit l’éthique, constitue à n’en pas douter un défi mais surtout une belle ligne de conduite.

Fragile confiance

23 septembre 2015

Si vous deviez acheter une voiture dans les jours prochains, oseriez-vous envisager l’acquisition d’une Volkswagen ? Le dieselgate qui touche la marque allemande porte en effet un coup sévère à sa réputation d’excellence. Suite à la découverte de la manière dont la compagnie automobile a inséré quelques lignes de programmation dans le calculateur central du moteur pour falsifier les résultats au moment des tests antipollution, plusieurs questions se posent : La triche est-elle généralisée ? Concerne-t-elle d’autres aspects ? Touche-t-elle d’autres marques ? Quelles sont les modalités des tests antipollution et pourquoi ces différences entre les tests de pollution en laboratoire et la réalité du terrain ? Bien sûr cela interroge sur les perspectives d’avenir du diesel…

Si l’on pousse un peu, on pourrait même rester perplexe et se demander pourquoi c’est aux Etats-Unis qu’apparaît ce scandale. Etonnant que les normes antipollution soient plus strictes là-bas, au point que Volkswagen se soit senti obligé de tricher pour être dans les normes exigées quand on y voit la taille des voitures et la consommation d’essence faramineuse qui va avec. A n’en pas douter, une Golf pollue moins que la majorité des gros 4x4 et autres limousines qui ornent le paysage routier outre-Atlantique.

Mais bon, au-delà de toutes ces questions, restons lucides : les commentateurs ont beau jeu d’imaginer des temps difficiles pour les constructeurs automobiles, le pragmatisme reprendra bien vite le dessus. Par obligation ou par plaisir, ce n’est pas demain la veille que les voitures vont disparaître. Eventuellement, chacun pourra réfléchir à deux fois pour savoir quelle voiture choisir, en quelle marque avoir confiance…

Et c’est là que je veux en venir. Je ne suis pas sûr que les voitures du groupe Volkswagen soient moins bonnes que celles d’autres marques, au contraire, malgré le scandale et les cachoteries mises à jour. Pourtant, à n’en pas douter, les ventes de la marque vont souffrir dans les prochains mois. Et ce, à cause de la confiance trompée.

Fragile confiance, qui nécessite un temps fou pour se construire et qui peut en un instant être réduite à néant. Ceci est vrai au niveau industriel, au niveau économique ou boursier, au niveau relationnel aussi et surtout bien sûr. La marche du monde, de notre monde personnel, repose sur de nombreux vecteurs de confiance. On s’imagine parfois que l’on peut tricher sans conséquence. Un tout petit peu, ou juste une fois. La discrétion de mise peut en effet sauver les apparences pendant un temps. Mais vaut-il la peine de désirer avoir un petit bonus et risquer de tout perdre lorsque la confiance sera brisée.

La qualité de la relation avec nos amis, avec nos enfants ou nos parents, avec notre conjoint, avec nos collègues ou nos voisins repose sur la confiance. Pour les croyants, la foi est de l’ordre de la confiance également. La confiance est quelque chose de précieux, qui n’a pas de prix et qui pourtant ne peut s’acheter. Un verset de la Bible affirme : « C’est dans la confiance que sera votre force » (Esaïe 30.15). Ce qui devient aujourd’hui la faiblesse de Volkswagen peut nous interpeller et nous inviter à ne pas négliger le soin que nous apportons à construire et préserver les liens de confiance que nous tissons autour de nous.

Le poids des mots

30 septembre 2015

«Le poids des mots, le choc des photos ! » Si l’expression est surtout une formule publicitaire qui a fait l’identité d’un hebdomadaire français bien connu, elle est empreinte d’une grande vérité. Certes, l’omniprésence des images dans nos sociétés a pu faire pencher la balance vers « le choc des photos » ces derniers temps. L’actualité nous en donne de nombreux exemples. C’est cette exacerbation de l’image qui a fait dire à Jacques Ellul que « la parole était humiliée ». Il n’en reste pas moins vrai que les mots ont toujours un poids. Certains plus que d’autres, il faut bien le reconnaître.

Les paroles prononcées par Nadine Morano samedi soir dernier dans une émission d’infotainment ne sont pas restées sans écho. La caisse de résonnance a été d’autant plus forte qu’elle les a réitérées en milieu de semaine, montrant ainsi qu’il ne s’agissait pas d’un dérapage. Elle a affirmé que la France était un pays « de race blanche », avant de rajouter : « Je n’ai pas envie que la France devienne musulmane ». Je ne sais pas si Nadine Morano pense vraiment ce qu’elle a dit, tant elle est habituée à chercher le bon mot pour faire parler d’elle, ou par calcul politique. Mais il semble bien que ce soit le cas. Le poids de ces mots devient alors trop lourd car ils font fi de trop nombreuses réalités. D’abord, ils nient l’évidence de la réalité ethno-culturelle de la France dont la pluralité est une richesse de longue date. Ensuite, ils sont en opposition avec l’article premier de la Constitution qui affirme que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale qui assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion, et qui respecte toutes les croyances ». Par ailleurs, ce que Nadine Morano a affirmé apporte une confusion tout à fait regrettable et sans fondement entre la couleur de la peau et la religion. Enfin, ces mots sont en opposition avec le consensus scientifique actuel qui rejette l’idée née au XIXe siècle selon laquelle les humains seraient divisés en une diversité de races. D’ailleurs, le mot « race » a été banni de la législation française par le Parlement en 2013, même si cela a fait débat car certains avaient peur que cela affadisse la lutte contre le racisme.

Les mots sont des symboles. Surtout certains ! C’est pourquoi il importe de veiller à peser ce que l’on dit. Ce n’est pas anodin que le dicton invite à « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ». Il nous arrive à tous de parler trop vite, ou que nos paroles dépassent notre pensée. Il n’est jamais trop tard pour faire marche arrière, cela n’éliminera pas le mal mais cela évitera de s’enfoncer avec les conséquences que l’on peut imaginer. Parce que si les mots peuvent blesser, ils peuvent aussi bercer ; si les mots peuvent dévier, ils peuvent aussi délier.

Dans sa sagesse, Jésus a bien montré − face aux débats sans fin sur ce que la religion permet de manger ou non − que « ce n’est pas ce qui rentre dans la bouche qui rend impur mais ce qui en sort » (Matthieu 15.11). D’ailleurs, l’ensemble de la Bible montre bien que la parole a un pouvoir performatif… Toute la question est donc de penser (ou panser) ce que l’on dit et pourquoi on le dit. Deux proverbes bibliques peuvent nous aiguiller : l’un d’eux affirme qu’« une parole dure excite la colère » (Proverbes 15.1) alors que l’autre déclare qu’« une bonne parole réjouit le cœur » (Proverbes 12.25). Si Nadine Morano a négligé le poids des mots, peut-être est-ce l’occasion pour nous de peser chacune de nos paroles !

La paix, une voie dans le désert ?

7 octobre 2015

Cette semaine est attribué le prix Nobel de la paix. C’est toujours un grand moment et l’occasion de se réjouir de ces gestes petits ou grands d’hommes ou de femmes qui agissent pour la paix. Or malheureusement, à l’heure où cette douce musique pacifique devrait résonner, l’actualité nous assourdit de toutes sortes de violences. Fatalité d’un monde désenchanté et fragmenté, ou encouragement à ne pas s’en laisser compter ?

Il faut bien reconnaître que la violence appelle la violence et qu’elle est un phénomène tellement complexe que sa spirale semble infernale. Prenez par exemple la réunion du Comité d’entreprise d’Air France qui a suscité tant d’émoi parce que des manifestants s’en sont pris violemment aux cadres de l’entreprise, dont l’un ou l’autre a dû s’échapper sans chemise. Cette violence est bien entendu inadmissible et a été presque unanimement condamnée. Je le fais aussi sans aucune hésitation. En même temps, pour aussi détestable qu’elle soit, cette violence est le fruit d’une autre violence, plus discrète, mais non moins réelle, celle d’un pouvoir qui traite ses salariés avec un certain dédain, surtout les plus petits. Parce qu’il est vrai qu’inversement, l’immobilisme des plus nantis, les pilotes, alimente ces tensions. Qui donc est à l’origine des violences physiques ou verbales qui ont cours ? Difficile de le dire…

Et c’est trop souvent ainsi. Entre Israéliens et Palestiniens cela chauffe à nouveau au point que certains se demandent si l’on devrait parler d’une nouvelle intifada. Les attaques de Palestiniens sont condamnables, mais sans la justifier, cette violence ne résulte-t-elle pas d’une autre forme de violence faite par les colons israéliens qui ne cessent d’humilier leurs voisins en grappillant certains territoires ou au nom d’une nécessaire sécurité ?