Oser la fraternité - Gabriel Monet - E-Book

Oser la fraternité E-Book

Gabriel Monet

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Beschreibung

Alors que l'information nous arrive de toutes parts, chercher du sens dans ce qui se trame, se vit, se joue autour de nous est essentiel. Il est utile de discerner les marqueurs d'une société en mouvement, de s'enthousiasmer ou de s'offusquer, de se laisser interpeller par des initiatives constructives ou de critiquer des attitudes discutables. Au travers de ses chroniques radios de l'année 2016-2017 ici rassemblées, Gabriel Monet cherche à susciter la réflexion à partir de l'information. Son regard n'est pas neutre puisqu'il assume une perspective chrétienne, offrant ainsi par ses billets d'humeur hebdomadaires des analyses remplies de conviction avec une liberté de ton stimulante. Le titre "Oser la fraternité" fait écho à un thème récurrent dans les billets d'humeur de cette saison. La fraternité, c'est un besoin fondamental partagé par tous, une aspiration commune. Nos individualismes, comme les difficultés de tout relation humaine, freinent nos élans vers la fraternité ; il ne s'agit pourtant pas de s'en écarter. Certes, l'"histoire" comme "nos histoires" mettent en évidence combien la fraternité demeure un défi. Cela rend d'autant plus important le fait de se réjouir de ce qui est fraternel dans notre monde, mais aussi de regretter ce qui ne contribue pas à un vivre-ensemble harmonieux, et surtout de s'engager pour "oser la fraternité"!

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Seitenzahl: 164

Veröffentlichungsjahr: 2017

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« Une démocratie doit être une fraternité ;

sinon, c'est une imposture ».

Antoine de Saint-Exupéry

« Plutôt que de proclamer en permanence qu’il faut unir

nos forces, nos talents et nos compétences, unissons nos

fragilités, nos faiblesses, et l’on s’apercevra

que nous avons tous besoin les uns des autres.

La fraternité naît plus facilement de l’acceptation

de la faiblesse que du culte de la performance ».

Frédéric Lenoir

« On fait comme si la fraternité devait rester

un bel idéal de fronton, alors qu’elle devrait être

au cœur de notre projet de civilisation ».

Abdennour Bidar

« Nous devons apprendre à vivre ensemble

comme des frères, sinon nous allons mourir

tous ensemble comme des idiots ».

Martin Luther king

Sommaire

Avant-propos

Éloge de la fraternité

(21 septembre 2016)

Rêve de paix

(28 septembre 2016)

Deux poids, deux mesures

(5 octobre 2016)

Le droit de sourire

(12 octobre 2016)

On ne devrait pas dire ça…

(19 octobre 2016)

La valeur des choses

(26 octobre 2016)

Un esprit de réforme

(2 novembre 2016)

God bless America

(9 novembre 2016)

Le lieu qui fait lien

(16 novembre 2016)

Une attitude désarmante

(23 novembre 2016)

Entrer dans l’espérance

(30 novembre 2016)

Ne pas manquer d’air

(7 décembre 2016)

Libérer les captifs ?

(14 décembre 2016)

L’extra dans l’ordinaire

(21 décembre 2016)

Expérience optimale

(28 décembre 2016)

Oser la défaite

(4 janvier 2017)

L’être et le dire

(11 janvier 2017)

Des remords ou des regrets

(18 janvier 2017)

Le revenu universel : utile ou futile

(25 janvier 2017)

Servir ou se servir

(1

er

février 2017)

Les lois ne font plus les hommes…

(8 février 2017)

La solidarité : un délit ou un défi ?

(15 février 2017)

Hakuna matata

(22 février 2017)

Made for sharing

(1

er

mars 2017)

Exception ne vaut pas exemption

(8 mars 2017)

Une conscience à géométrie variable

(15 mars 2017)

De l’utilité d’un plus petit que soi

(22 mars 2017)

La trahison, antonyme de la loyauté ?

(29 mars 2017)

Souffler le chaud et le froid

(5 avril 2017)

Fraternité dans l’adversité

(12 avril 2017)

Voter utile ou futile

(19 avril 2017)

Tendre vers la bienveillance

(26 avril 2017)

Une soirée d’ébats et de mal-entendus

(3 mai 2017)

Vertueuse patience

10 mai 2017)

Le pari de la synergie

(17 mai 2017)

Prendre de la hauteur

(24 mai 2017)

Jeu de mains, jeu de symboles

(31 mai 2017)

La post-vérité : mensonge ou subjectivité ?

(7 juin 2017)

On ne donne bien qu’avec son cœur

(14 juin 2017)

Chaleur du corps, froideur d’esprit

(21 juin 2017)

Ode au renouveau

(28 juin 2017)

Avant-propos

Dans notre société où l’information nous arrive de toutes parts, le risque existe de ne pas prendre assez de recul pour mettre les choses en perspective, pour oser un regard critique, pour initier une réflexion sur les événements. Non sans malice, le romancier Michael Chrichton fait dire à l’un de ses personnages : « Dans la société de l’information, personne ne pense. Nous pensions bannir le papier mais nous avons en fait banni la pensée ». Il faut certes relativiser cette affirmation selon laquelle « personne ne pense ». Néanmoins, il importe d’être vigilant et ne pas considérer l’information comme un produit de consommation parmi d’autres, mais de savoir poser une juste distance vis-à-vis du flux incessant de l’actualité. L’information peut, je dirais même doit, nous pousser à la réflexion. Il est utile d’y discerner les marqueurs d’une société en mouvement, de s’enthousiasmer ou de s’offusquer, de se laisser interpeller par des initiatives constructives ou de critiquer des attitudes discutables. Chercher du sens dans ce qui se trame, se vit, se joue autour de nous est essentiel. Heureusement, nous le faisons peut-être en famille, entre amis et collègues parfois ; nombre d’auteurs ou d’éditorialistes nous y aident également. Mes billets d’humeur hebdomadaires ont vocation à constituer une petite contribution dans cette direction. En effet, chaque semaine, j’écris et enregistre une chronique pour la coordination des radios locales adventistes. Elle est d’ailleurs aussi diffusée dans des cercles plus larges, que ce soit en audio ou dans sa version écrite. Le présent volume rassemble mes billets d’humeur de septembre 2016 à juin 2017. Ils ne sont pas neutres ; ils assument un regard chrétien sur l’actualité. Sans imposer un schéma de pensée prédéfini, il s’agit de mettre en miroir les événements de notre temps avec les valeurs de l’Évangile. En effet, un chrétien ne peut rester insensible face à la marche de la société. Sa vocation n’est pas de se retirer du monde mais d’y assumer une présence constructive (Jean 17.15-18). Jésus exhortait ses disciples à être le sel de la terre (Matthieu 5.13). Alors j’espère que ces regards hebdomadaires sur une actualité variée sont autant de pincées de sel qui sont l’expression de convictions ancrées dans une foi raisonnée et raisonnable.

Le titre « Oser la fraternité » a été choisi car le thème se trouve être récurrent dans les billets d’humeur de cette saison. La fraternité, c’est un besoin fondamental partagé par tous, une aspiration commune. Nos individualismes comme les difficultés de toute relation humaine freinent nos élans vers la fraternité ; il ne s’agit pourtant pas de s’en écarter. Certes, l’« Histoire » comme « nos histoires » mettent en évidence combien la fraternité demeure un défi. C’est justement pour cela qu’il faut l’« oser » ! La Déclaration universelle des droits de l’homme, dont nous allons bientôt fêter les 70 ans, évoque la fraternité dans son article premier, essentiel et fondateur : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». La fraternité avant d’être une réalité est un projet, une quête, un objectif. La présence du mot dans la devise de la France : « Liberté, égalité, fraternité » en est l’affirmation. Alors que cette année nous commémorons les 500 ans de la Réforme, il n’est pas anodin que la Fédération protestante de France ait choisi comme thème « Vivre la fraternité ». Cette fraternité n’est pas l’apanage des chrétiens, mais plus que d’autres peut-être, ils gagneraient à en être des acteurs déterminés et des promoteurs ardents puisque Jésus a fait de nous des frères et sœurs, ses frères et sœurs. Dans l’Évangile, évoquant l’importance de prendre soin les uns des autres, Jésus affirme : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25.40). Alors oui, il est bon de se réjouir de ce qui est fraternel dans notre monde, de regretter ce qui ne contribue pas à un vivre-ensemble harmonieux, et surtout de s’engager pour « oser la fraternité » !

Gabriel Monet

Collonges-sous-Salève, le 3 juillet 2017

Éloge de la fraternité

21 septembre 2016

L a fraternité, il ne faut pas seulement en parler, il faut la vivre ! Or c’est un indéniable défi…

L’actualité des derniers jours, comme toujours, ne cesse de mettre en évidence une trop longue liste de conflits. De l’impossible cessez-le-feu en Syrie au trucage des élections au Gabon, en passant par les luttes de pouvoir à l’aube des prochaines élections aux États-Unis ou en France, les déchirements ne manquent pas. Pourtant, même si la visée d’un vivre-ensemble harmonieux et respectueux semble une utopie dans les faits, les mots demeurent indispensables pour se projeter et encourager le plus grand nombre à agir dans le sens de la fraternité.

Dans deux discours significatifs cette semaine, la fraternité a été évoquée. Tout d’abord lors de l’hommage national aux victimes du terrorisme, le 19 septembre aux Invalides à Paris. Une des interventions les plus remarquées a été celle de Yasmine Marzouk, 21 ans, rescapée de l’attentat du 14 juillet, qui a perdu trois membres de sa famille. Elle a appelé les Français à ne surtout pas faire d’amalgames car ces terroristes « n’ont ni loi, ni foi, ni religion ». Elle a mis en valeur la notion de fraternité en montrant qu’elle avait été une réalité le 14 juillet à Nice en réaction à l’horreur de l’attentat : « Ce soir-là, ce mot trouvait son sens à s’appliquer… Tous égaux, tous touchés, tous frères. Entraide et solidarité étaient au rendez-vous ». Elle a conclu son discours avec ce souhait plein d’espérance : « Que la haine cesse d’être attisée entre les différentes communautés religieuses. Soyons une seule communauté dans nos valeurs communes comme dans nos différences ».

Presque en écho à cet appel, Barack Obama a milité pour plus de fraternité alors qu’il s’exprimait au Sommet sur les réfugiés dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations Unies à NewYork. Il l’a fait en citant une lettre d’Alex, un enfant de six ans qui lui a écrit après avoir vu la vidéo d’Omran, l’enfant rescapé d’un bombardement à Alep. Alex a proposé à Barack Obama d’accueillir Omran chez lui avec ces mots : « Comme il n’aura pas de jouets, je lui prêterai mon vélo et je lui apprendrai à en faire. Je lui apprendrai à faire des additions et des soustractions. Ma petite sœur attrapera des papillons et des lucioles pour lui. On pourra jouer tous ensemble. Nous lui donnerons une famille et il sera notre frère ». Barack Obama de commenter : « Ce sont les mots d’un enfant de six ans, ils nous enseignent beaucoup. L’humanité qu’un jeune enfant peut afficher, lui qui n’a pas appris à être cynique, suspicieux ni à avoir peur des autres en fonction de là où ils viennent, de ce à quoi ils ressemblent ou comment ils prient, et qui comprend simplement la notion de traiter quelqu’un qui est comme lui avec compassion, avec gentillesse. Imaginez la souffrance que nous pourrions soulager, les vies que nous pourrions sauver et ce à quoi notre monde ressemblerait si, en voyant un enfant qui a mal partout quelque part dans le monde, nous disions : "Nous allons lui donner une famille et il sera notre frère" ».

La Bible déjà invitait à la fraternité. Du psalmiste qui déclarait : « Qu’il est bon, qu’il est doux de vivre en frères tous ensemble » (Psaume 133.1) à Jésus qui affirme : « Vous êtes tous frères » (Matthieu 23.8), l’idéal est clairement de tendre vers des relations constructives de respect inconditionnel. Pourtant la Bible est loin d’être idéaliste concernant la fraternité ; elle relate avec lucidité et authenticité les impasses et les échecs des femmes et des hommes n’arrivant pas à vivre ensemble de manière épanouissante. Luttes de pouvoir, tensions fratricides, tromperies et complots font partie du quotidien de ceux qui sont parfois appelés femmes et hommes de Dieu. Il ne s’agit donc pas de vœux béats désincarnés des difficultés de la vraie vie, mais hier comme aujourd’hui, il importe de laisser résonner ces exhortations pour ne pas nous complaire dans l’indifférence ou dans la haine mais d’être acteurs, chacun à notre niveau, pour passer du désir à la réalité et faire advenir un monde plus fraternel.

Rêve de paix

28 septembre 2016

«Nous laissons derrière nous l’ère de la belligérance et marchons ensemble vers la paix ». Ainsi s’exprimait Shimon Peres en recevant le prix Nobel de la paix. Quelques vingt ans plus tard, la marche semble encore longue et Shimon Peres s’est éteint avant que la flamme de la paix ne soit vraiment allumée. Et pas seulement entre Israël et les Palestiniens… Oui, la paix semble parfois une utopie ici-bas. Elle est en tout cas plus complexe à advenir qu’il n’y paraît bien souvent. Et pourtant, il n’y a rien de tel que de toujours chercher à la construire.

A certains égards, la vie de Shimon Peres en est l’illustration. Il avait 25 ans au moment de la création de l’État d’Israël et c’est sous l’impulsion de son fondateur, David Ben Gourion, que Peres s’est engagé en politique. Il a occupé pendant plus de 50 ans de vie publique de nombreuses responsabilités : Premier ministre à deux reprises, Ministre de la Défense, des Affaires étrangères, des Finances... Il n’a pas toujours été un tendre, une « colombe » comme on dit, même si par la suite il s’est opposé aux « faucons » de la droite israélienne. Il est considéré comme le grand coordinateur du programme nucléaire israélien. Une image qui contraste avec l’artisan des accords de paix d’Oslo qu’il a été, même s’il déclarera bien plus tard, en 1998, que « ce programme nucléaire avait pour objectif d’avoir non pas Hiroshima mais Oslo ». Il est vrai que ces accords d’Oslo constituent un moment clé de sa vie, lorsque le 13 septembre 1993, sous le regard du Président Bill Clinton, il signe à Washington avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat les jalons d’une résolution du conflit israélo-palestinien. C’est ce qui leur vaudra à tous trois de recevoir le 10 décembre 1994 à Oslo le prix Nobel de la paix. Mais cette récompense paraît bien fade puisque la paix effective, elle, n’est pas advenue. Elle est restée un rêve, une espérance, que Shimon Peres a gardé jusqu’à la fin, y compris quand il est devenu Président d’Israël à 84 ans, fonction qu’il a occupée de 2007 à 2014.

Parmi les réactions des politiques français à la mort de Shimon Peres, celle d’Emmanuel Macron a retenu mon attention. Il a tweeté : « Shimon Peres m’avait dit qu’on est jeune aussi longtemps que la somme de nos rêves dépasse celle de nos réalisations. Il nous quitte donc sans avoir jamais vieilli ». Shimon Peres était un éternel optimiste, un idéaliste de la paix, et s’il est mort sans avoir jamais vieilli, selon la formule, c’est parce que ce rêve de paix est malheureusement demeuré une réalité à construire. L’artisan des accords d’Oslo s’en va, l’espérance que ces accords avaient suscitée s’est envolée bien avant lui…

Israël a gagné toutes ses guerres, disait Shimon Peres en 1994, « mais nous n’avons pas remporté la plus grande des victoires : celle qui nous dispense de devoir remporter des victoires ». Oui, il est plus facile de gagner des guerres que de gagner la paix…

Quand elle évoque la paix, la Bible est lucide. En effet, la paix ne semble jamais un acquis, elle est toujours un projet. En tous cas la paix que les humains cherchent à établir… Ainsi, dans les Psaumes, on trouve cette exhortation : « Évite le mal, agis bien, recherche la paix et poursuis-la » (Psaume 34.15). La paix peut sembler une utopie, mais qui vaut la peine qu’on s’y engage. Une des célèbres béatitudes affirme : « Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5.9). Ceci étant, la véritable paix n’est pas forcément celle que l’on essaye de construire ici-bas, avec nos armes ou nos idéaux, mais une paix intérieure qui vient de Dieu. Jésus lui-même a dit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre » (Jean 14.27). D’une certaine manière, la paix se reçoit avant de se construire, et c’est un don de Dieu.

Deux poids, deux mesures

5 octobre 2016

L a vie est faite de contradictions. L’une d’entre elles est mise à jour sous nos yeux dans le traitement du conflit syrien et dans le désir d’éradiquer Daech. La situation à Alep a été assez unanimement condamnée par les Occidentaux qui reprochent à la Syrie de Bachar el-Hassad et à la Russie de Vladimir Poutine de commettre l’irréparable en bombardant et en attaquant Alep sans forcément chercher à faire le tri entre les civils, les rebelles et les djihadistes. Il est vrai qu’il est choquant d’apprendre qu’on bombarde volontairement un hôpital et que des associations humanitaires ne peuvent faire leur travail pour apporter un tant soit peu d’humanité à l’innommable de la guerre. Mais ces Occidentaux, Etats-Unis et Europe en tête, qui crient au scandale face à ce qui se passe à Alep ont peu après annoncé qu’ils engageaient la bataille de Mossoul, avec au programme : bombardements et soldats au sol pour reprendre la ville aux djihadistes. La situation n’est certes pas identique, mais les solutions envisagées sont malgré tout assez similaires. Ce qu’on condamne chez autrui, on le permet pour soi.

Une autre situation potentiellement ambigüe se fait jour dans la lutte d’idées et de propositions que se livrent les candidats à la primaire des Républicains en France. Il se trame dans le camp Sarkozy un projet qui induit véritablement d’avoir « deux poids deux mesures ». L’idée serait d’interdire le voile islamique de tout l’espace public, mais sans toucher aux autres signes religieux, tels que croix, soutanes, kippas et autres. Pour ce faire, l’argumentation assez alambiquée ne serait en fait pas officiellement et juridiquement religieuse, car sinon l’incohérence serait trop flagrante, mais s’appuierait sur une vision discriminante du voile, en l’occurrence « l’inégalité entre les hommes et les femmes ». Je ne suis pas spécialement un adepte du voile islamique et j’ai conscience que dans certains cas, son port va de pair avec une vision de soumission et d’abaissement de la femme, que je regrette et condamne, mais ce serait très réducteur de le cantonner à cela. Pour le coup, la proposition du Front National, que je ne partage pas, qui va dans le sens d’interdire tous les signes religieux de l’espace public, me paraîtrait presque plus logique et cohérente.

Ce « deux poids, deux mesures », on le trouve aussi dans bien d’autres situations, aux niveaux international, national, aussi bien que dans nos vies personnelles. Souvent, les différences que nous faisons ou les incohérences dont nous sommes porteurs, sont liées à des agendas cachés. En d’autres termes, si nous faisons « deux poids, deux mesures », ce n’est pas tant un problème avec « ce qui est pesé » mais ce qui se joue à côté. Entre les Russes et les Occidentaux, la divergence concernant Alep et Mossoul va au-delà de la sauvegarde des deux villes, elle est en fait liée aux rapports de force entre puissances. Pour le projet Sarkozy d’interdiction du voile, ce n’est pas tant pour les femmes que se bat le candidat républicain mais contre l’Islam, et par là-même pour ratisser des électeurs aussi largement que possible, notamment sur sa droite. Toujours est-il que ces « deux poids, deux mesures » dont nous sommes témoins ou parfois acteurs témoignent de la complexité des situations et de la difficulté que nous avons à accueillir la différence.

Penser et agir avec cohérence et justice est un défi aussi vieux que le monde. Dans la Bible on trouve divers encouragements afin de ne pas tomber dans le « deux poids, deux mesures ». Quand Jésus invite à « faire aux autres ce qu’on voudrait qu’ils nous fassent », il nous encourage à une justice généreuse et donc à permettre à autrui ce que l’on se permet de faire soi-même, ou inversement. Si je trouve dommageable qu’un autre aille bombarder une ville, peut-être devrais-je m’interroger quand je le fais. Ou si je veux interdire un signe religieux à un tiers tout en voulant garder le mien, je n’applique pas cette règle d’or de l’Evangile. Comme l’apôtre Paul l’a dit : « Cessons donc de nous juger les uns les autres » ; puis il ajoute : « Garde pour toi, devant Dieu, la conviction que la foi te donne. Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même en exerçant son discernement » (Romains 14.13,22). Agir avec cohérence et respect d’autrui est un défi, mais qu’il vaut la peine de relever !

Le droit de sourire

12 octobre 2016

S ourire ou ne pas sourire, telle est la question. En tous cas, la question sur laquelle la Cour administrative d’appel de Paris a dû se pencher et le verdict est tombé : Sourire interdit… sur les pièces d’identité.