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L'actualité ne laisse personne indifférent. Elle a souvent de quoi nous désenchanter. Pourtant, sans nier que la marche de notre soit souvent sombre, il s'agit malgré tout de distinguer ce qui va bien et donc de savoir s'enthousiasmer et oser la bienveillance. En tous cas, il est important d'avoir un regard lucide et de prendre le temps d'analyser les événements qui jalonnent notre quotidien. Au travers de ses chroniques radio hebdomadaires ici rassemblées, Gabriel Monet cherche à susciter la réflexion à partir de l'information. Son regard n'est pas neutre, il se veut libre, constructif et assume un point de vue chrétien. Le titre "le défi de la bienveillance" est non seulement en phase avec la tonalité de plusieurs billets d'humeur de cette année, mais rend également compte d'une ligne directrice qui anime l'auteur dans ses analyses de l'actualité. Il est vrai que "les nouvelles" ne sont pas toujours bonnes ; pourtant, ce n'est pas une fatalité. Au contraire, cela doit encourager notre responsabilité pour réagir et être proactif afin de faire émerger des signes, des gestes et des attitudes de bienveillance.
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Seitenzahl: 176
Veröffentlichungsjahr: 2018
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« La bienveillance est attirante et féconde ;
quand on la voit sourire dans les regards
de ceux qui nous approchent, quand on la sent
pour ainsi dire respirer autour de soi,
alors le cœur s’ouvre, il s’épanche,
et l’on devient éloquent pour exprimer
la reconnaissance qu’elle inspire. »
Alfred Auguste Pilavoine
« La non-violence, sous sa forme active,
consiste en une bienveillance envers tout ce qui existe.
C’est l’amour pur. »
Gandhi
« La bienveillance est, par excellence, la vertu d'un ami.
Seul, il connaît notre véritable personnalité
et nous aide à la conquérir. »
Francesco Alberoni
« La modeste et douce bienveillance
est une vertu qui donne plus d'amis que la richesse
et plus de crédit que le pouvoir. »
Comtesse de Ségur
Avant-propos
Un autre monde
(21 septembre 2017)
Permis de (mauvaise) conduite
(28 septembre 2017)
En quête d’indépendance
(5 octobre 2017)
Un esprit sain dans un corps sain
(12 octobre 2017)
Le rose de l’espoir
(19 octobre 2017)
Protester fraternellement
(26 octobre 2017)
Vaincre le mal par le bien
(2 novembre 2017)
Femmes je vous aime
(9 novembre 2017)
Féconder la terre
(16 novembre 2017)
L’art de diriger
(23 novembre 2017)
Présomption de confiance
(30 novembre 2017)
Entrer en tentation
(7 décembre 2017)
Penser le changement ou changer le pansement
(14 déc 2017)
Bethléem, capitale de Noël
(21 décembre 2017)
Optiréalisme
(28 décembre 2017)
Du temps pour ce(ux) qui compte(nt)
(4 janvier 2018)
Impopulaire
(11 janvier 2018)
Réfléchir avant d’agir et de critiquer
(18 janvier 2018)
De la confrontation à la conciliation
(25 janvier 2018)
La prison, une réforme qui en vaut la peine
(1
er
fév 2018)
Mauvais procès
(8 février 2018)
L’amour en héritage
(15 février 2018)
Les Jeux Olympiques, parabole de la vraie vie
(22 fév 2018)
Plus jamais ça
(1
er
mars 2018)
Inconséquences et dérives économiques
(8 mars 2018)
Impardonnable
(15 mars 2018)
Maîtriser le temps
(22 mars 2018)
Exposer sa vie pour autrui
(29 mars 2018)
Un amour désarmant
(5 avril 2018)
Une laïcité bienveillante
(12 avril 2018)
Liberté, égalité, légitimité
(19 avril 2018)
Un dialogue inter-essant
(26 avril 2018)
Une colère qui interpelle
(3 mai 2018)
Dieu fait son cinéma
(10 mai 2018)
De la considération pour autrui
(17 mai 2018)
La force des symboles
(24 mai 2018)
Le mérite ou la grâce
(31 mai 2018)
Des données protégées ou projetées
(7 juin 2018)
Le monde est fou, fou, foot
(14 juin 2018)
Faire ce que l’on aime, aimer ce que l’on fait
(21 juin 2018)
Les frontières de la bienveillance
(28 juin 2018)
« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » affirmait l’Ecclésiaste, précisant : « Ce qui a été, c’est ce qui sera ; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera » (Ecclésiaste 1.9). Il est vrai que globalement, les « nouvelles » que l’on entend, voit ou lit à la radio ou à la télévision, dans les journaux ou sur le web, se ressemblent jour après jour, mois après mois, année après année : des conflits qui éclatent, des catastrophes naturelles qui bouleversent, des défis écologiques qui perdurent, des politiques qui s’opposent, des fusillades qui indignent, des maladies qui désespèrent, des faits divers tragiques qui se reproduisent… L’Ecclésiaste ajoutait : « Vanité des vanités, tout est vanité ». Le constat est réaliste et il a de quoi nous désenchanter. Pourtant, sans nier cette face-là de la marche de notre monde, sombre, il s’agit malgré tout de distinguer ce qui va bien : les succès, les progrès, les réconciliations, les accords, les réussites, les guérisons, la solidarité… Il y a une face lumineuse dans ce qui se passe sur notre planète et cela aussi existe depuis toujours. Il s’agit donc aussi de s’enchanter, ou de se ré-enchanter.
Entre ces deux visions, ces deux regards sur les réalités, nos cœurs balancent. Comment lire l’actualité ? Comment se situer ? Faut-il se contenter d’un constat amer ou est-il légitime de se réjouir et d’espérer ? Certes, dans nos vies personnelles, comme à des échelles plus larges, notre influence est limitée. Il y des choses qui sont le fruit de nos engagements, mais d’autres qui nous tombent dessus. Et s’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, parce que cela est arrivé à d’autres avant nous ou dans d’autres contextes, cela devient neuf pour qui le découvre. Il s’agit donc, si ce n’est d’agir, au moins de porter un regard lucide, d’analyser les situations pour apprendre, pourquoi pas de se positionner…
Les billets d’humeur hebdomadaires que je rédige à l’intention première des radios adventistes, dont ceux de l’année 2017-2018 sont ici rassemblés, se veulent une contribution volontariste afin de ne pas rester indifférent. D’où ce titre : « Le défi de la bienveillance ». En effet, c’est un terme récurrent dans les chroniques de cette année et c’est surtout un encouragement assumé que de prôner la bienveillance malgré des situations qui pourraient nous cantonner à l’offuscation ou à l’abattement. Loin d’un positivisme béat, une approche bienveillante vis-à-vis des gens, des situations, des événements tend à mettre en valeur la bonté, la tolérance, l’empathie.
La bienveillance est une valeur éminemment biblique, qui décrit la façon d’être de Dieu, mais que tous sont invités à incarner. D’ailleurs, la bienveillance fait partie du fruit de l’Esprit (Galates 5.22). En d’autres termes, se laisser guider par l’Esprit de Dieu pousse à la bienveillance. C’est donner de l’égard et de l’importance à autrui, c’est vrai, mais c’est aussi une attitude gagnante pour ceux qui l’osent, puisque « l’homme dont le regard est bienveillant sera béni » (Proverbes 22.9).
Souvent, la bienveillance est un défi : elle implique une transformation de notre regard, sur les autres mais aussi sur nous-mêmes. D’une certaine manière, elle en appelle à une forme d’action. Certes, la notion de « veille » sous-entend une forme de passivité, mais lorsqu’il s’agit de « veiller bien », cela passe par une forme de discernement, d’implication et d’engagement.
Si ces billets d’humeur ont pour sous-titre radiophonique : « Quand l’information suscite la réflexion », j’espère qu’ils ne servent pas qu’à faire réfléchir, mais qu’ils constituent peut-être quelques jalons pour le vécu de la bienveillance. Au final, il importe de toujours garder l’équilibre entre les limites et les potentialités qui sont devant nous, comme le prône cette belle prière qu’on appelle souvent « la prière de la sérénité » :
« Mon Dieu,
Donne-moi la sérénité d’accepter
Les choses que je ne peux changer,
Le courage de changer les choses que je peux,
Et la sagesse d’en connaître la différence. »
Gabriel Monet
Collonges-sous-Salève, le 12 juillet 2018
21 septembre 2017
«Je rêvais d'un autre monde, où la terre serait ronde, où la lune serait blonde et la vie serait féconde... ». Ainsi va la chanson bien connue du groupe Téléphone. Or, si la chanson commence à dater, le rêve, lui, est toujours d’actualité ! En effet, le monde ne tourne pas très rond, si l’on peut dire. Entre ouragans et tremblements de terre, attentats terroristes et menaces nucléaires, il y a bien des raisons de s’inquiéter de l’évolution de notre monde.
« Penser » ou « panser » l’avenir du monde, c’est bien ce que l’Assemblée générale de l’ONU qui s’est tenue du 19 au 21 septembre pouvait avoir comme objectif. Or les choses ne sont pas gagnées. D’abord parce que sur bien des sujets, l’impact que l’on peut avoir est limité. Mais aussi parce que certaines orientations méritent une forme de consensus ou au moins un désir de collaborer, et tous ne vont pas dans ce sens-là. Il est tellement tentant de penser à court terme et plus facile d’être centré sur soi… que l’intérêt collectif en souffre !
Le retrait de l’Amérique de Donald Trump des Accords de Paris sur le climat en est un exemple flagrant. Les ouragans récents qui ont frappé les Etats-Unis, dont la fréquence et la force semblent liées au réchauffement climatique, feront-ils infléchir la position américaine ? On peut l’espérer, mais sur d’autres sujets, les affrontements restent frontaux. Le premier discours de Donald Trump à l’ONU n’a pas manqué de rendre compte mais aussi d’alimenter les différends et les tensions. Evoquant des « Etats voyous », il a menacé la Corée du Nord de « destruction totale » si les Etats-Unis étaient obligés « de se défendre ou de défendre leurs alliés » contre Pyongyang. Donald Trump a par ailleurs fustigé l’Iran et les Accords de Vienne qui encadrent le nucléaire iranien. Même si évidemment je crois qu’on ne peut que soutenir tout ce qui contribue à limiter la prolifération d’armes nucléaires, au passage il est intéressant de noter qu’il est facile d’interdire aux autres ce qu’on possède déjà soi-même. La maxime biblique : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le de même pour eux », semble, sur le sujet nucléaire, très lointaine des préoccupations de la très chrétienne Amérique. Construire un monde meilleur ne passera probablement pas par des condamnations à l’emporte-pièce ni par des critiques ouvertes vis-à-vis d’autrui. Même s’il faut bien sûr dire les choses et ne pas être naïf, la violence des mots comme la puissance des armes sont rarement très fructueuses pour contribuer à l’harmonie.
Le président iranien a d’ailleurs logiquement rendu coup pour coup au lendemain du discours offensif de Donald Trump. « Il serait dommage que l’accord soit détruit par des voyous qui viennent d’arriver sur la scène internationale » a lancé M. Rohani. « En violant ses engagements internationaux, la nouvelle administration américaine détruit sa propre crédibilité et sape la confiance internationale à son égard » a-t-il ajouté.
A côté de ces positions tranchées et de ces attaques assez peu « diplomatiques », une autre voix s’est faite entendre, nettement plus idéaliste : celle d’Emmanuel Macron, qui lui aussi s’exprimait pour la première fois lors d’une Assemblée générale des Nations Unies. Il a prôné le multilatéralisme, la concertation entre les nations, le respect des Accords et la primauté de l’action diplomatique pour résoudre les crises. Selon le président français, « le monde multipolaire qui est aujourd’hui le nôtre nous oblige à réapprendre la complexité du dialogue mais aussi sa fécondité ». Au final, il a cherché à soutenir le projet onusien et « à réconcilier notre intérêt et nos valeurs, notre sécurité et le bien commun de la planète ». Il a rappelé que « l’indépendance réside aujourd’hui dans l’interdépendance ».
Le propos est peut-être utopique mais il a le mérite d’exister et de ne pas tomber dans la fatalité. Dans un sens, nous savons très bien que l’idéal n’est pas de ce monde, mais il importe d’espérer et de s’engager. La Bible nous invite à espérer le jour où Dieu « créera un ciel nouveau et une terre nouvelle […] où le loup cohabitera paisiblement avec l’agneau » (Esaïe 65.17 ; Apocalypse 21.1-8), le jour où nous serons transformés (1 Corinthiens 15.51-52), mais cette espérance, loin de nous rendre attentistes, doit nous encourager à rêver, à rêver d’un monde meilleur, mais aussi et surtout à nous engager pour que dans notre sphère d’influence, nous soyons porteurs de paix, de respect et de fécondité.
28 septembre 2017
Dès juin 2018, les routes d’Arabie Saoudite devraient être sillonnées par de nouveaux conducteurs, en l’occurrence des conductrices ! En effet, le pouvoir saoudien vient d’autoriser les femmes à obtenir leur permis de conduire. Cette discrimination va donc disparaître dans le dernier pays qui maintenait cette interdiction. Cette nouveauté suscite logiquement une large approbation de la communauté internationale. C’est un pas de plus vers une évolution plus large de la société saoudienne. En effet, certaines choses changent depuis l’accession au trône du roi Salman qui a succédé en janvier 2015 à son demi-frère, le roi Abdallah. Dès novembre 2015, les femmes ont pu voter pour la première fois, et même se présenter aux élections municipales. Certes, sur le millier d’entre elles qui se sont présentées, seules 14 ont été élues sur plus de 2100 sièges à pourvoir, car elles ne pouvaient faire campagne elles-mêmes, contraintes de passer par un porte-parole masculin. Cependant, d’autres avancées sont en marche. Depuis juillet dernier, les jeunes filles sont autorisées à faire du sport dans les écoles publiques. Samedi 23 septembre, pour la première fois, des Saoudiennes ont été ont pu participer à la Fête nationale dans un stade grâce à la création d’une section famille. La répression à l’endroit des femmes perd donc en virulence, notamment depuis avril 2016, date à laquelle la police religieuse des mœurs, la tristement célèbre Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, n’a plus qu’une fonction de signalement. C’est ainsi que récemment la plainte à l’encontre d’une jeune femme filmée en minijupe et nombril à l’air a été classée sans suite, alors que précédemment la chose ne serait pas restée sans conséquence. Derrière ces évolutions décidées sous Salman, 81 ans, on discerne l’influence de son fils, Mohammed ben Salman, 32 ans, qui est le véritable régent du royaume. Ces mesures s’inscrivent dans un plan de réformes présenté par le jeune prince en avril 2016 intitulé « Vision 2030 ». Mais il ne faut pas être dupe, la motivation semble d’abord économique. Face à la crise budgétaire d’un pays qui doit penser à l’après-pétrole, l’objectif est d’encourager l’emploi féminin. Empêcher les femmes de conduire générait un coût non négligeable puisqu’elles étaient obligées de circuler dans un véhicule avec chauffeur, en taxi, ou de solliciter leurs maris qui devaient dès lors s’absenter de leur travail.
Les motivations ont donc été diverses pour en arriver à cette ouverture concernant l’accès au volant des femmes, mais tout en se réjouissant de cette nouvelle, il est difficile de ne pas s’interroger sur ce qu’il reste à faire ou si cela ne cache pas un permis de mauvaise conduite. Car de nombreuses restrictions concernent encore les femmes saoudiennes qui ne peuvent choisir de se marier, de divorcer, de voyager, d’ouvrir un compte en banque ou de travailler sans la permission de leurs maris ou de leurs tuteurs. Les femmes n’ont pas le droit de demeurer physiquement auprès des hommes, sauf dans les hôpitaux ou les banques, et elles ne peuvent porter d’autre vêtement qu’une abaya. Par ailleurs, en focalisant les médias internationaux sur l’ouverture aux femmes, le régime saoudien détourne l’attention de la guerre yéménite dans laquelle son pays est impliqué depuis 2015 sans mandat international, de la crise qu’il a provoquée au Qatar ou encore des dizaines d’arrestations d’opposants au régime ces dernières semaines. En synthèse, tant mieux si les droits des femmes vont dans le bon sens ; dommage que les droits de l’homme, eux, ne s’améliorent pas.
Mais pour en revenir aux droits des femmes et élargir le débat, il n’y a pas qu’en Arabie Saoudite que des progrès restent à faire. Dans bien des pays, y compris les plus occidentalisés, des inégalités demeurent. On peut jeter la pierre au wahhabisme qui dévalorise le statut de la femme, mais le christianisme n’a pas été ou n’est pas toujours à la hauteur. Pourtant, s’il est indéniable que certains éléments culturels ont pu faire pencher la lecture de la Bible vers un certain sexisme, comme quand Paul demande aux femmes de se taire dans les assemblées, il n’en est pas moins vrai que l’homme et la femme sont tous deux précieux aux yeux de Dieu, comme le récit de la création en témoigne, contrairement aux apparences. Au-delà de la sympathique blague selon laquelle l’homme a été créé avant la femme car il fallait bien un brouillon avant le chef d’œuvre, c’est surtout l’égale valeur entre eux qu’il faut retenir. Si une diversité de fonctionnement ou d’aspiration entre hommes et femmes peut être mise au jour, elle n’est en rien liée à la valeur intrinsèque des unes ou des autres. En fait, qu’ils soient hommes ou femmes, tous les humains ont leur originalité propre. Il est donc urgent d’oser une vraie liberté et un légitime respect envers toutes et tous. C’est essentiel pour s’assurer une bonne conduite !
5 octobre 2017
Dimanche 1er octobre, le référendum qui a eu lieu en Catalogne a déchaîné les passions. Les indépendantistes catalans ont passé outre les lois pour organiser cette consultation alors qu’en réponse les autorités espagnoles ont fait preuve de rigidité en envoyant la police pour essayer d’empêcher le référendum illégal. Résultats du vote : 90 % de « oui », de nombreux blessés, une tension à son comble en Catalogne et dans toute l’Espagne, les bourses qui chutent, et un questionnement profond dans toute l’Europe. La situation est suffisamment grave et tellement confuse que le Roi d’Espagne est monté au créneau faisant preuve d’une fermeté inédite. Nul ne sait comment tout cela va évoluer, mais déjà à ce stade, en essayant de mettre les choses en perspective, plusieurs remarques peuvent être faites.
Tout d’abord, il faut bien dire que le vote massif en faveur du « oui » n’est pas représentatif de la réalité. Ne demander leur avis qu’à ceux qui sont d’accord, n’est pas le gage d’une objectivité significative. C’est ce que les séparatistes catalans ont fait, mais c’est peut-être une approche qui nous guette tous dans bien des situations de vie et qui peut nous mettre en garde pour plus d’objectivité. En l’occurrence, le référendum a récolté plus de 90 % de « oui », sauf que seuls ont été voter ceux qui prônaient l’indépendance, les autres ayant été invités à ne pas participer au vote. Un sondage réalisé au cours de l’été montrait que 49 % des Catalans sont contre la sécession alors que 41 % seulement sont pour.
A l’inverse, il faut bien dire que vouloir faire taire la voix des opposants est paradoxalement une manière de leur donner une caisse de résonnance. En réprimant et en cherchant à empêcher le scrutin par l’intervention des forces de police, le gouvernement espagnol n’a pas arrangé la situation, renforçant la frustration et la défiance des indépendantistes et faisant augmenter leur nombre. Certes, c’est facile de critiquer ces interventions musclées de la police ; c’est moins facile de proposer une alternative crédible pour simultanément préserver un esprit pacifique et faire respecter le droit. Toujours est-il que museler les opposants est rarement une bonne solution.
Par ailleurs, il faut bien noter que la cohérence est difficile face à un sujet comme celui-ci. Comme les Anglais avec leur Brexit qui voulaient sortir de l’Europe mais en garder les avantages, nombre de Catalans qui pourtant ont voté oui, ne sont pas prêts, ni même désireux, d’en assumer toutes les conséquences. Si la Catalogne est la région la plus riche d’Espagne et se dit que son destin sera meilleur sans les autres, cela reste à prouver. Mais de manière plus affective peut-être, il est intéressant de regarder cet aspect des choses au travers de l’exemple du football. Le célèbre club du Barça est-il prêt à renoncer aux célèbres derbies contre le Real Madrid et se contenter d’un championnat catalan. D’autre part, l’équipe nationale d’Espagne a en son sein des joueurs catalans, dont Piqué qui avait ouvertement pris position pour l’indépendance. Il a logiquement été chahuté lors de ses dernières apparitions publiques au point de prendre la parole pour essayer de calmer les choses. Il a dit tout son attachement à l’équipe d’Espagne pour qui il joue depuis l’âge de ses quinze ans, se disant peiné que l’on doute de son implication dans cette équipe qu’il considère comme sa famille. On peut le comprendre, mais en même temps où est la cohérence. Quitter l’Espagne pour l’idéal catalan que cela représente et les avantages que l’on imagine, Piqué est pour. Par contre, tout d’un coup, lorsqu’il s’agit de sa carrière personnelle qui serait clairement handicapée par un retrait de la Roja, Piqué redevient un fervent espagnol. Deux poids, deux mesures.
Les Catalans espagnols veulent donc leur « indépendance ». Cette notion a une résonnance biblique très ancienne puisque dès les premiers récits du premier livre de la Bible, la Genèse, cette question de l’indépendance a été au cœur des événements. L’irruption de ce que certains ont appelé « le péché originel » s’est concrétisée pour Adam et Eve en mangeant le fruit défendu, brisant ainsi le projet d’alliance que Dieu leur avait proposé, à savoir une relation de communion. Pour Adam et Eve, vivre une vie d’indépendance semblait alléchant ; la réalité d’assumer jusqu’au bout cette indépendance s’est avérée moins fructueuse qu’espéré. Sans entraver la légitime liberté de chacun, la conjugaison des diversités peut être une richesse inouïe. Face à la tentation des nationalismes ou des régionalismes, j’ose penser que l’idéal du vivre-ensemble peut et doit faire place simultanément au respect des identités respectives, mais aussi à la nécessité et la beauté de faire « maison commune ».
12 octobre 2017
L
