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Quatre auteurs pour exprimer la volonté de créer ou de sortir du système colonialiste.
Créer une colonie française et comment et pourquoi en sortir? Quels ressentiments ? Quelles indépendances ? En quelques mots à chacune des époques des leaders, l’expression de l’indépendance de l’homme, des hommes d’Afrique ou des Antilles, une analyse juste et toujours d’actualité.
Les discours de Jules Ferry, Sekou Touré, Patrice Lumumba et Franz Fanon, quatre défenseurs de la décolonisation africaine, enfin réunis en un seul volume.
EXTRAIT
À travers les vicissitudes de l’histoire, chaque peuple s’achemine vers ses propres lumières, agit selon ses caractéristiques particulières et en fonction de ses principales aspirations sans qu’apparaissent nécessairement les mobiles réels qui le font agir. Notre esprit, pourtant rompu à la logique implacable des moyens et des fins, ainsi qu’aux dures disciplines des réalités quotidiennes, est constamment attiré par les grandes nécessités de l’élévation et de l’émancipation humaines.
L’épanouissement des valeurs de l’Afrique est freiné, moins à cause de ceux qui les ont façonnées, qu’à cause des structures économiques et politiques héritées du régime colonial en déséquilibre avec ses aspirations d’avenir. C’est pourquoi nous voulons corriger, non par des réformes timides et partielles, mais fondamentalement, ces structures afin que le mouvement de nos sociétés suive la ligne ascendante d’une constante évolution, d’un perpétuel perfectionnement.
Le progrès est en effet une création continue, un développement ininterrompu vers le mieux, pour le meilleur. Étape après étape, les sociétés et les peuples élargissent et consolident leur droit au bonheur, leurs titres de dignité, et développent leur contribution au patrimoine économique et culturel du monde entier.
L’Afrique noire n’est pas différente en cela de toute autre société ou de tout autre peuple. Selon nos voies propres, nous entendons nous acheminer vers notre bonheur et cela avec d’autant plus de volonté et de détermination que nous connaissons la longueur du chemin que nous avons à parcourir.
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Seitenzahl: 69
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Discours de Jules Ferry
M. Jules Ferry : Messieurs, je suis confus de faire un appel aussi prolongé à l’attention bienveillante de la Chambre, mais je ne crois pas remplir à cette tribune une tâche inutile. Elle est laborieuse pour moi comme pour vous, mais il y a, je crois, quelque intérêt à résumer et à condenser, sous forme d’arguments, les principes, les mobiles, les intérêts divers qui justifient la politique d’expansion coloniale, bien entendu, sage, modérée et ne perdant jamais de vue les grands intérêts continentaux qui sont les premiers intérêts de ce pays.
« Je disais, pour appuyer cette proposition, à savoir qu’en fait, comme on le dit, la politique d’expansion coloniale est un systéme politique et économique, je disais qu’on pouvait rattacher ce système à trois ordres d’idées; à des idées économiques, à des idées de civilisation de la plus haute portée et à des idées d’ordre politique et patriotique.
« Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d’expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l’Europe et particuliérement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés.
« Est-ce que c’est quelque chose de chimérique ? est-ce que c’est une vue d’avenir, ou bien n’est-ce pas un besoin pressant, et on peut dire le cri de notre population industrielle ? Je ne fais que formuler d’une maniére générale ce que chacun de vous, dans les différentes parties de la France, est en situation de constater.
« Oui, ce qui manque à notre grande industrie, que les traités de 1860 ont irrévocablement dirigée dans la voie de l’exportation, ce qui lui manque de plus en plus ce sont les débouchés. Pourquoi ? parce qu’à côté d’elle l’Allemagne se couvre de barrières, parce que au-delà de l’océan les États-Unis d’Amérique sont devenus protectionnistes et protectionnistes à outrance; parce que non seulement ces grands marchés, je ne dis pas se ferment, mais se rétrécissent, deviennent de plus en plus difficiles à atteindre par nos produits industriels parce que ces grands États commencent à verser sur nos propres marchés des produits qu’on n’y voyait pas autrefois. Ce n’est pas une vérité seulement pour l’agriculrure, qui a été si cruellement éprouvée et pour laquelle la concurrence n’est plus limitée à ce cercle des grands États européens pour lesquels avaient été édifiées les anciennes théories économiques; aujourd’hui, vous ne l’ignorez pas, la concurrence, la loi de l’offre et de la demande, la liberté des échanges, l’influence des spéculations, tout cela rayonne dans un cercle qui s’étend jusqu’aux extrémités du monde.
(Très bien ! très bien !)
« C’est là une grande complication, une grande difficulté économique.
« C’est là un probléme extrêmement grave.
« Il est si grave, messieurs, si palpitant, que les gens moins avisés sont condamnés à déjà entrevoir, à prévoir et se pourvoir pour l’époque où ce grand marché de l’Amérique du Sud, qui nous appartenait de temps en quelque sorte immémorial, nous sera disputé et peut-être enlevé par les produits de l’Amérique du Nord. Il n’y a rien de plus sérieux, il n’y a pas de problème social plus grave; or, ce programme est intimement lié à la politique coloniale. (...)
« Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question.
« Sur ce point, l’honorable M. Camille Pelletan (1) raille beaucoup, avec l’esprit et la finesse qui lui sont propres; il raille, il condamne, et il dit : Qu’est-ce que c’est que cette civilisation qu’on impose à coups de canon ? Qu’est-ce sinon une autre forme de la barbarie ? Est-ce que ces populations de race inférieure n’ont pas autant de droits que vous ? Est-ce qu’elles ne sont pas maîtresses chez elles ? Est-ce qu’elles vous appellent ? Vous allez chez elles contre leur gré; vous les violentez, mais vous ne les civilisez pas.
« Voilà, messieurs, la thése; je n’hésite pas à dire que ce n’est pas de la politique, cela, ni de l’histoire : c’est de la métaphysique politique...
(Ah ! ah ! à l’extrême-gauche.)
Voix à gauche : Parfaitement !
M. Jules Ferry : ... et je vous défie - permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan -, de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Vous ne la soutiendrez pas jusqu’au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges Périn, le partisan de l’expansion coloniale qui se fait par voie de trafic et de commerce.
« Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures.
(Rumeurs sur plusieurs bancs à l’extrême gauche.)
M. Jules Maigne : Oh ! vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’homme !
M. de Guilloutet : C’est la justification de l’esclavage et de la traite des nègres !
M. Jules Ferry : Si l’honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l’homme a été écrite pour les Noirs de l’Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics ? Ils ne vous appellent pas !
(Interruptions à l’extrême gauche et à droite. -Très bien ! très bien ! sur divers bancs à gauche.)
M. Raoul Duval : Nous ne voulons pas les leur imposer ! C’est vous qui les leur imposez !
M. Jules Maigne : Proposer et imposer sont choses fort différentes !
M. Georges Périn : Vous ne pouvez pas cependant faire des échanges forcés !
M. Jules Ferry : Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures...
(Marques d’approbation sur les mêmes bancs à gauche - Nouvelles interruptions à l’extrême gauche et à droite.)
M. Joseph Fabre : C’est excessif ! Vous aboutissez ainsi à l’abdication des principes de 1789 et de 1848... (Bruits), à la consécration de la loi de grâce remplaçant la loi de justice.
M. Vernhes : Alors les missionnaires ont aussi leur droit ! Ne leur reprochez donc pas d’en user ! (Bruits.)
M. le président : N’interrompez pas, monsieur Vernhes !
M. Jules Ferry : Je dis que les races supérieures ...
M. Vernhes : Protégez les missionnaires, alors !
(Très bien ! à droite.)
Voix à gauche : N’interrompez donc pas !
M. Jules Ferry : Je dis que les races supérieures ont des devoirs...
M. Vernhes : Allons donc !
M. Jules Ferry : Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure ! ( Très bien ! très bien !) Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation.
M. Paul Bert : La France l’a toujours fait !
M. Jules Ferry : Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu’un peut nier qu ‘il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions œuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l’Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l’histoire de cette conquête, il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ?
M. Clemenceau : C’est très douteux !
M. Georges Périn : Rappelez-vous donc le discours de Burke !
M. Jules Ferry : Est-ce qu’il est possible de nier que ce soit une bonne fortune pour ces malheureuses populations de l’Afrique équatoriale de tomber sous le protectorat de la nation française ou de la nation anglaise ? Est-ce que notre premier devoir, la première règle que la France s’est imposée, que l’Angleterre a fait pénétrer dans le droit coutumier des nations européennes et que la conférence de Berlin vient de traduire le droit positif, en obligation sanctionnée par la signature de tous les gouvernements, n’est pas de combattre la traite des nègres, cet horrible trafic, et l’esclavage, cette infamie.
(Vives marques d’approbation sur divers bancs.)
M. Jules Ferry : Voilà ce que j’ai à répondre à l’honorable M. Pelletan sur le second point qu’il a touché. Il est ensuite arrivé à un troisième, plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la permission de m’expliquer en toute franchise. C’est le côté politique de la question. (...)
