0,00 €
Niedrigster Preis in 30 Tagen: 0,00 €
Le "Dictionnaire d'argot fin-de-siècle" de Charles Virmaître est une œuvre fascinante qui dépeint le langage populaire et l'argot de la fin du XIXe siècle. À travers une multitude de termes et d'expressions, l'auteur explore les variations linguistiques d'une époque marquée par des bouleversements sociaux et culturels. Le style littéraire de Virmaître se distingue par son approche encyclopédique, offrant au lecteur non seulement des définitions, mais aussi un aperçu de l'usage contextuel des termes, révélant ainsi les préoccupations et les mœurs de la société de son temps. Dans un contexte littéraire dominé par le réalisme et le naturalisme, Virmaître se penche sur les voix marginalisées et la culture populaire, contribuant ainsi à la richesse du patrimoine linguistique français. Charles Virmaître, écrivain et lexicographe, s'est passionné pour la langue et ses transformations. Influencé par les courants littéraires de son époque, il s'intéresse tout particulièrement à l'argot, reflet des tensions sociales et de l'identité urbaine. Ses expériences de vie et ses interactions avec diverses classes sociales lui permettent de saisir la dynamique de langage de son temps, alimentant ainsi son désir de formaliser cet argot dans un dictionnaire, gage d'une époque à la fois festive et tourmentée. Ce livre est vivement recommandé à tous les passionnés de linguistique et d'histoire sociale, ainsi qu'aux amateurs de littérature qui souhaitent comprendre la richesse et la complexité du langage populaire du XIXe siècle. "Dictionnaire d'argot fin-de-siècle" est une clé pour déchiffrer les nuances linguistiques d'une époque en mutation et constitue une précieuse ressource pour quiconque s'intéresse à l'évolution de la langue française. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Veröffentlichungsjahr: 2022
Avant que les bonnes feuilles de ce Dictionnaire ne me tombassent sous les yeux, je ne connaissais guère, je dois le dire à ma honte, que l’argot de Méténier et celui de Bruant[1]. Je dois confesser que mon éducation était incomplète. Et comme je crois que beaucoup sont dans mon cas, il est de toute évidence que ce Dictionnaire est destiné à rendre les plus grands services aux femmes du monde qui vont, au cabaret du Mirliton, quérir des émotions un peu faisandées, et qui en reviennent mélancolieuses, oh! combien! et le cœur tout en pantenne, les pauvres chères! de ce qu’elles n’ont pas goûté, n’ayant pas compris, toute la boue dont, à leur passage dans son bouge, les éclaboussa l’habile cabot-limonadier.
⁂
Quel beau livre, quel livre puissant, de quel haut intérêt, et de quelle portée morale, philosophique et sociale, il y aurait à écrire sur l’argot! Quels coins de voile il soulève sur ce monde mystérieux, inconnu, inquiétant, si loin de notre société bourgeoise, sur ce monde du crime, où le vol et l’assassinat portent cyniquement le même nom que la retape de la fillasse: le turbin! Le turbin c’est-à-dire le Travail!!!
Ah! nos lois! nos règlements! nos conventions! Ah! nos morales! nos vertus! nos devoirs! Ah! nos Codes, nos gendarmes! A quels antipodes!
⁂
Il y a dans l’argot l’histoire de tout un monde, il y a la psychique de tout un peuple qui pense, croit et agit tout contradictoirement à nous, de même qu’il parle une autre langue que nous, une langue difficile à saisir, en dépit de tous les dictionnaires, parce que sa mobilité est en raison directe des efforts faits par les profanes pour la pénétrer.
Je n’ai ni le temps, ni l’autorité qu’il siérait pour essayer d’écrire, en tête de ce livre, le Commentaire qu’il faudrait. Je ne veux, je ne puis que tenter quelques considérations sur ce qu’est l’argot, au point de vue philologique, et sur la manière dont se forme et se déforme, encore aujourd’hui, ou plutôt se transforme en se déformant ce vocabulaire d’une richesse si colorée et si sapidement et intensément pittoresque.
⁂
Les dictionnaires d’argot, publiés jusqu’à présent, n’ont pas assez, me semble-t-il, insisté sur les modes de recrutement et de transformation des vocables argotiques. Or, précisément, ce côté philologique m’a tout de suite paru, à moi, profane, comporter un intérêt de premier ordre. Je sais bien qu’il faudrait tout un livre pour écrire, expliquer et commenter la longue et si accidentée histoire philologique de l’argot, dont les compétents font remonter les origines jusqu’au XIIe siècle.
Toutefois, à défaut de cette étude savante il y a tout au moins à donner la formule de la mobilité de cette langue, qui, à dix ans de distance, devient presque méconnaissable et quasi incompréhensible pour qui n’en suit pas les évolutions et n’en connaît pas le mécanisme.
⁂
L’argot est un langage artificiel, un vocabulaire de convention[1q].
Riche d’un fond de vieux mots français, latins, ou d’importation étrangère (par le fait, par exemple, des guerres), l’argot, je le répète, est une langue essentiellement bougeante et fugace.
Cette mobilité est obtenue par divers principaux procédés, tels que: déformation de mots existants, substitution de mots, apport de suffixes divers.
Le procédé de déformation le plus curieux est celui qui consiste à remplacer la première lettre d’un mot par la lettre l, à la rejeter à la fin du mot, et à terminer le mot par un suffixe, comme oque, ique, ème, onche, uche.
C’est ainsi que le mot «fou» a produit loufoque. L’f de fou, remplacée par un l et passant à la fin du mot, a formé louf, radical auquel est venu s’ajouter le suffixe oque, soit loufoque. C’est pareillement que linvé vient de vingt, le v, remplacé par l’l, est passé à la fin du mot, et le t est disparu euphoniquement.
Quelquefois le suffixe s’intercale dans le mot. Caler, mourir, devient calancher, par l’addition du suffixe anche, qui est un suffixe courant en argot, comme ique et oque. Exemple: boutique, qui fait bouloque et boutanche.
Le suffixe go entre dans la composition de beaucoup de mots: icigo pour ici, remplaçant icicaille qui est très vieux; sergot, mendigot, etc.
⁂
L’argot s’enrichit de mots nouveaux par la méthode des synonymes et par métaphores. C’est à dire, à plus exactement parler, que les choses et les gens sont désignés par une de leurs propriétés, une de leurs fonctions, la plus saillante: une montre devient une toquante, parce qu’elle fait toc, toc; un juge s’appelle un endormi, un avocat un bavard; l’avocat général l’avocat bêcheur, une corde ligottante.
Les dérivations par synonymes, donnent parfois des résultats qui déconcertent de prime abord. Comment expliquer que taupe, femme, vient de marmite, qui désigne également la femme. C’est que marmite, par substitution de finale est devenue marmotte, et que marmotte, ayant éveillé l’idée d’animal qui dort sous terre, est un terme cousin germain de taupe.
Une des conséquences à laquelle, par ce procédé, on arrive vite, est le calembourg. L’argot y a aussi recours pour se modifier. C’est ainsi que Saint-Esprit devient Sainte-Essence, le portier cloporte, les latrines le numéro 100.
Suivant cet ordre d’idée, l’expression passer à tabac, doit venir logiquement de chiquer qui en argot signifie battre; chiquer éveillant tout naturellement l’idée de tabac.
⁂
N’y aurait-il pas tout un chapitre à écrire sur la poésie de certaines expressions, telle que blanchette qui veut dire hiver, telle que brouillotte qui signifie la nuit? Et sur l’esprit de certaines locutions imagées? Coucher sur la plume de Beauce, n’est-ce pas joli pour dire «coucher sur de la paille»! Quand la fille qui fait la retape rechasse les passants (les reluque si vous voulez) pour les allumer, on dit qu’elle distribue son prospectus.
Et combien d’autres?
⁂
Ce Dictionnaire vient à son heure, il est l’expression exacte de la langue actuelle qu’on parle couramment dans les bouges. Il émane de la plume d’un qui a beaucoup retenu, après avoir beaucoup vu. Virmaître est plus qu’un écrivain documentaire, c’est le Document lui même. Il est le seul homme de Paris qui a été partout, là même, là surtout, où la police, éventée à distance, n’entre pas. Il a rapporté de cette ballade de touriste dans le tréfond de Paris, tout une œuvre d’un arôme spécial. Que si ces clichés photographiques effarouchent quelques pudeurs, au moins ont-ils pour eux d’être d’une exactitude absolue, puisqu’ils ont été pris sur le vif.
Ce Dictionnaire d’Argot fin-de-siècle, en dépit, et peut-être à cause, du cynisme de certains vocables, et du pittoresque violent de certaines locutions, n’est pas le moins curieux morceau de sa collection.
Léo Trézenik.
Il est inutile de chercher les origines de l’argot, car tous les auteurs qui ont essayé de les découvrir sont en parfait désaccord.
D’ailleurs, où commence l’argot, où finit-il?
Chaque jour ce langage se forme, se déforme et se transforme.
Ce qu’il faut reconnaître et simplement constater, c’est qu’il est des plus anciens. Il existe depuis la création des associations de filous, de voleurs et de mendiants; ils avaient en effet besoin d’un langage conventionnel pour se comprendre entre eux, sans que le vulgaire non initié pût saisir le véritable sens de leurs conversations.
⁂
Le mot Argot dérive-t-il du grec Argos, d’Argus emblème de la vigilance; de la vieille expression Narquot (mendiant), de Ragot, truand du XVIe siècle, du mot Argu, finesse, etc., etc?
Cela importe peu. Ce qu’il faut considérer c’est que l’usage de l’argot est passé dans nos mœurs, dans toutes les classes de la société; on en retrouve des expressions dans la langue courante.
Nous avons l’argot des voleurs, des souteneurs, des filles de la rue et du demi-monde, des ateliers, des bouchers, des coulisses, du peuple, des troupiers, des bohêmes, des gens de lettres, des saltimbanques, des joueurs, des boursiers, des typographes, des bourgeois, des musiciens, des mendiants, etc., etc.
⁂
Si les expressions employées dans ces divers milieux diffèrent sensiblement comme étymologie et comme sens, tout en signifiant la même chose, c’est que cette langue est très riche; elle est si riche que pour exprimer le mot tête, par exemple, il existe plus de vingt vocables: Trogne, caboche, bobine, fiole, caillou, bouillotte, cafetière, couache, poire, hure, sorbonne, olive, nord, baptême, trompette, globe, binette, cabéche, etc., etc.
⁂
L’étude de l’argot a tenté de grands écrivains, mais ils n’ont pu réussir à pénétrer dans les profondeurs de ce mystérieux langage.
Vidocq, le célèbre voleur, fut, dans notre siècle, le premier initiateur populaire de l’argot; il était placé pour cela, il avait vécu dans le monde des prisons, au bagne, à la Force, et pendant qu’il fut chef de la sûreté, il vit défiler devant lui tous les chefs de bandes célèbres.
Après lui sont venus MM. Alfred Delvau, Jean Rigaud et Loredan Larchey.
Je ne parle pas des auteurs qui n’ont fait qu’emprunter les expressions de nos devanciers, en commettant de grossières erreurs sur le sens et la valeur des mots, erreurs qui prouvent qu’ils n’ont rien pris sur le vif, et qu’ils se sont contentés d’employer les mots tels qu’ils les avaient entendus.
Ainsi, l’un d’eux dit cadelle pour cadenne (chaîne); brouter (manger), pour prouter (colère). C’est à l’infini.
⁂
Au XVIe siècle, l’argot avait pris une telle extension que l’on songea à modifier ce langage et à l’unifier. Ce travail fut confié aux archi-suppôts, titre que prenaient les cagoux, principaux officiers du roi des Truands.
Voici ce que dit à ce sujet Ollivier Chereau:
«... En un mot, ce sont les plus scavants, les plus habiles marpauts de toutime l’argot, qui sont des escoliers desbauchez et quelques ratichons de ces coureurs qui enseignent le jargon à rouscailler bigorne qui ostent, retranchent, réforment l’argot, ainsi qu’ils veulent, et ont ainsi une puissance de trucher sur le toutime sans ficher floutière.»
⁂
La méthode suivie par mes devanciers a ceci de particulier: c’est qu’ils se sont évertués à attribuer à telles ou telles personnalités la paternité des expressions nouvelles. Cela n’est pas juste, car l’argot ne s’étudie pas dans les livres, il s’étudie dans les rues, dans les ateliers, dans les bouges, en un mot dans tous les mondes où il est la langue usuelle.
⁂
C’est le peuple qui est le véritable créateur de la langue verte, c’est lui qui trouve chaque jour des mots nouveaux pour exprimer sa pensée; ce qu’il recherche avant tout, c’est la figure qui frappe, l’image qui détermine l’objet ou la chose qu’il veut désigner, voilà la raison pour laquelle l’argot est si pittoresque, ne repose sur aucune règle fixe et n’appartient à personne parce qu’il appartient à tous, à la masse.
⁂
Dans un atelier, deux ouvriers causent, l’un dit à l’autre:
—Tu ne finiras pas ton travail?
L’autre lui répond:
—Non, c’est que je tousse.
L’apprenti qui a entendu dans les faubourgs dire d’un homme qui pète: «Il est enrhumé» transforme l’expression; au lieu de dire: c’est que je tousse, il dit: c’est que je pète.
Les deux expressions restent, la dernière complète la première, et toutes deux sont dans la circulation pour exprimer la même pensée.
À qui appartiennent-elles? à tout le monde.
Qu’importe au peuple que les étymologistes se torturent la cervelle pour prouver que gogo vient de gaudium et baragouiner du Bas-Breton?
Pour lui gogo est un imbécile, voilà tout.
⁂
Dans ce Dictionnaire d’Argot j’ai procédé d’une toute autre manière que mes prédécesseurs; je ne cite personne, parce que, je le répète, c’est le peuple qui est l’auteur de tous les mots d’argot en usage.
Depuis dix ans que je travaille à ce Dictionnaire, j’en ai étudié les expressions sur le vif, dans les prisons, dans les ateliers, dans les bas-fonds, dans le monde des filles de la rue et des filles de la haute, et ailleurs; j’ai acquis la certitude qu’attribuer à quelqu’un telles ou telles expressions c’est contraire à la vérité. Je me contente d’indiquer à la suite de chaque mot à quel argot il est emprunté et dans quel milieu il est en usage.
⁂
Certainement, j’ai employé des expressions brutales, grossières, mais je n’en suis pas cause; pour être un photographe fidèle; je ne devais pas tourner autour du pot, je ne devais pas hésiter à soulever le couvercle.
C’est ce que j’ai fait.
Le parfum du fricot ne sera peut-être pas du goût de tout le monde, je le regrette; il y en a qui aiment l’odeur de la peau d’Espagne et d’autres qui lui préfèrent celle du vidangeur.
Toutes deux sont aussi bonnes l’une que l’autre, la peau d’Espagne a fait la fortune du parfumeur, et la merde celle du vidangeur.
D’ailleurs, une expression n’est grossière que lorsqu’elle est voulue; quand elle employée pour déterminer un objet, un fait, un individu elle perd sa grossièreté pour passer à l’état d’image, et dans cinquante ans ce qui paraît brutal aujourd’hui paraîtra sûrement anodin.
⁂
Si, à l’époque où l’on poursuivait Madame Bovary on nous avait dit qu’en 1894, l’Académie française accorderait quatorze voix à l’auteur de Germinal, de Nana et de l’Assommoir, on aurait conspué l’audacieux prophète.
A tout il faut s’attendre pour ne s’étonner de rien.
Je remercie mes collaborateurs du concours qu’ils ont bien voulu me prêter pour accomplir ce travail; pour être conséquent avec mon système, je n’en nomme aucun, car il en est qui ne voudraient pas voir figurer leurs noms à côté de ceux de Gamahut, d’Abadie et d’autres célèbres voleurs et assassins qui ont été pour moi des lexicographes.
Ch. Virmaitre.
NOUVEAUDictionnaire d’Argot
SIGNES ABRÉVIATIFS
Les noms suivis des initiales L L donnent les explications de M. Lorédan Larchey; A D celles de M. Alfred Delvau.
Les erreurs des autres auteurs cités par ces messieurs ne valant pas la peine d’être relevées, je les passe sous silence.
Toutes les expressions nouvelles, ou celles à qui j’ai restitué leur véritable sens sont suivies de la lettre N.
ABATTRE: Faire des dettes, L. L.
Abattre veut dire faire beaucoup d’ouvrage.—C’est un ouvrier habile, il en abat en un jour plus que ses compagnons en une semaine (Argot du peuple).
ABATTAGE: (En recevoir un) être grondé à en être abattu. Équivalent à recevoir un gras, un suif, en un mot, à être enlevé (Argot du peuple). N.
ABATTAGE: (en avoir) être grand, fort, d’une taille à dominer.—Il a de l’abattage, il peut frapper fort (Argot du peuple). N.
ABADIS ou ABADIE: V.Trépe.
ABAT-RELUIT: Cette expression désigne la visière placée sur la casquette des vieillards ou des gens faibles de la vue pour adoucir l’intensité de la lumière (Argot des voleurs).
ABATIS: Les pieds ou les mains.
Dans le peuple, on dit d’un individu mal conformé: Il a des abatis canailles, ou encore il a des abatis à la manque.
Quand deux hommes se battent, la foule dit du plus faible: il peut numéroter ses abatis (Argot du peuple).
ABATTOIR: Lieu où l’on abat les animaux; les prisonniers ont donné ce nom au cachot des condamnés à mort (Argot des voleurs).
ABBAYE DE S’OFFRE-A-TOUS: V.Bocard.
ABBAYE DE MONTE-À-REGRET: La guillotine.
L’expression peut se passer d’explications: ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).
ABBAYE DE CINQ PIERRES: Les cinq dalles de granit placées devant la Roquette, sur lesquelles on monte l’échafaud.
Lacenaire dédia ces strophes à ces cinq dalles:
ABBAYE RUFFIANTE[2]: Four chaud, dans lequel les vêtements des prisonniers sont passés au soufre pour détruire la vermine (Argot des voleurs).
ABÉQUEUSE: Maîtresse d’hôtel ou nourrice: elles donnent la becquée.
Cette expression s’applique depuis peu aux voleuses qui dévalisent les magasins de nouveautés en se servant d’un enfant.
Ce vol nécessite trois personnages: la mère, la nourrice et le momignard.
Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profitant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne une impatience très vive.
—Te tairas-tu, lui dit-elle; allez-vous en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois.
Leur manière d’opérer se nomme le vol à la nourrice[3] (Argot des voleurs). N.
ABBESSE: Maîtresse d’une maison de tolérance[2q].
Allusion aux filles qui sont cloîtrées connue dans un couvent (Argot du peuple).
ABÉTI: Lourd, pâteux, nonchalant.
Mot à mot: abruti par des pratiques personnelles ou de naissance (Argot du peuple). N.
ABLOQUER: Acheter en tas, en bloc.
Les brocanteurs bloquent un tas de marchandises des plus disparates (Argot des camelots). V.revidage.
ABONNÉ AU GUIGNON: Déveine persistante, qu’aucun effort ne peut conjurer.
On dit aussi: «Il a si peu de chance qu’il se noierait dans un crachat» (Argot du peuple).
ABOULER: Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer; abouler la monnaie.
—Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.
On dit aussi à quelqu’un qui attend: Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).
ABOYEUR: Nom donné dans les prisons à l’auxiliaire chargé d’appeler les détenus à voix haute pour le greffe ou pour l’instruction.
Ce nom est également donné aux crieurs qui, dans les ventes publiques, aboient la mise à prix des objets à adjuger (Argot des voleurs).
ABREUVOIR: La boutique du marchand de vins où les ouvriers ont l’habitude chaque matin de boire la goutte.
Quand la station a été trop prolongée, que l’homme rentre au logis éméché dans les grandes largeurs, la ménagère lui dit d’un ton rogue: As-tu assez abreuvé ton cochon? (Argot du peuple).
ACCAGNARDIR (s’): Être indolent qui s’amuse à des bagatelles, qui piétine sur place et dormirait, comme dit le proverbe, le cul dans la rivière par dix degrés au-dessous de zéro (Argot du peuple).
ACCIDENTIER: Voleur qui profite des accidents, et sait au besoin les faire naître pour dévaliser ceux qui en sont les victimes.
Le voleur s’empresse autour du blessé, et pendant que lui et un de ses complices le portent chez le pharmacien, ils dévalisent le pauvre diable en route.
Ce genre de vol est nouveau (Argot des voleurs). N.
ACCORDAILLES: Synonyme de fiançailles; il y a toutefois une légère nuance: elles se font généralement sans le secours du maire; les conjoints ne sont pas liés par l’écharpe municipale (Argot du peuple). N.
ACCORDEUR DE FLUTES: Juge de paix (Argot du peuple). V.Bâton.
ACCOUCHER: Avouer, parler.
Quand un prévenu garde un mutisme obstiné, les agents chargés de le «cuisiner» lui disent: Accouche donc, puisque c’est le même prix (Argot des voleurs).
ACCOUPLÉES: Expression qui désigne dans un monde spécial les habituées du Rat Mort, de la Souris ou du Hanneton, deux femmes qui s’aiment avec une ardente passion et en conséquence détestent les hommes (Argot des filles). V.Gougnottes. N.
ACCROCHER SON PALETOT: Voleur qui, chez le juge d’instruction, farde la vérité.
Mot à mot: Mentir (Argot des voleurs). N.
ACCUREUSE: Commode (Argot des voleurs). N.
ACHETER QUELQU’UN: Se moquer, lui faire croire des choses insensées, se payer sa tête.
Mot à mot: prendre un individu pour un imbécile.
Acheter à la course, voler en passant un objet quelconque à un étalage (Argot du peuple).
ACRÉE, ou ACRIER ou ACRÉ: Méfie-toi, prends garde, il y a du pet (danger), voilà la rousse (Argot des voleurs).
ACTEUR: La tournure que portent les femmes pour faire bouffer leur robe.
Cette tournure est ainsi nommée parce qu’elle est au-dessus du trou du souffleur (Argot du peuple). N.
ACTIF: Ne se prend pas, dans le monde où ce mot est employé, dans le sens d’activité.
Il veut dire que l’actif est l’amant du passif (Argot des pédérastes). V.Passif.
AFFALER SON GRELOT: Se taire.
Dans le peuple, on dit d’une femme bavarde, qu’elle, est un moulin à paroles.
Quand elle bavarde trop bruyamment, on lui conseille de mettre du papier dans sa sonnette.
L’image est fort juste, la sonnette ne tinte plus (Argot du peuple). N.
AFFAMÉE (l’): La bouche.
Allusion à la faim ou à la femme hystérique affamée de baisers (Argot des voleurs). N.
AFFE (l’): L’âme.
Son affe se débine.
Mot à mot: il rend l’âme (Argot des voleurs). N.
AFFOURCHÉE SUR SES ANCRES: Fille publique qui renâcle sur le turbin pour faire tortorer son souteneur.
Cette expression ancienne est fréquemment employée, car l’image est frappante.
Affourchée, immobile comme le vaisseau amarré dans le port.
Sur ses ancres, sur ses jambes.
La fille ne trimarde pas (Argot des souteneurs).
AFFRANCHI (être): Ne rien craindre.
On dit dans le peuple d’une fille qui a perdu son capital: elle est affranchie (Argot du peuple).
AFFRANCHIR: Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol.
S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).
AFFRANCHIR: Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque.
Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).
AFFRANCHISSEUR: Voleur qui pousse un honnête homme pressé par le besoin à voler (Argot des voleurs).
AFFUR ou AFFURE: Profit, bénéfice.
—J’ai mon fade d’affure (part de vol ou d’une opération quelconque) (Argot des voleurs).
AFFURER: Tromper, faire un profit illicite. A. D.
Cette expression signifie: gagner.
L’argent que les croupiers étouffent sur la cagnotte, les sous que l’enfant détourne d’une commission; le conducteur d’omnibus qui oublie de sonner un voyageur, c’est de l’affure (Argot des voleurs).
AFFÛTER: Tromper. A. D.
J’ignore où il a pu entendre que ce mot avait cette signification, il est pourtant depuis longtemps en usage dans le monde des ouvriers.
Affûter un outil, le passer sur la meule pour le rendre tranchant.
Quand, dans les ateliers, on embauche un ouvrier, il attend sa paye du samedi ou de la fin du mois pour être affûté, savoir ce qu’il gagnera (Argot du peuple). N.
AFFUTER DES PINCETTES (s’): Courir, se sauver à grande vitesse (Argot des voleurs).
AGENOUILLÉE: Fille du demi-monde et même du demi-quart qui a des aptitudes spéciales.
L’expression est suffisamment expliquée par la position d’être agenouillée... pas sur les dalles d’une église pour prier le bon Dieu (Argot des filles). N.
AGOBILLES: Outils employés par les malfaiteurs pour voler.
Ce mot est très ancien (Argot des voleurs).
AGUA ou AGOUA: Eau.
Corruption du mot latin aqua (Argot des voleurs).
AGUALURO: Jeter, bannir.
On emploie cette expression pour envoyer promener quelqu’un loin de soi (Argot des voleurs).
AIDE-MARI: L’amant.
Il aide à la besogne conjugale, sans en avoir les désagréments.
On dit aussi l’autre.
Pour les omnibus traînés par trois chevaux, on dit: ménage à trois.
Allusion à ce qu’ils tirent les uns après les autres (Argot du peuple). N.
AIGLE BLANC: Chef de bande du voleurs.
Sans doute parce que l’aigle vole haut (Argot des voleurs). V.Méquard. N.
AIGLON: Apprenti voleur (Argot des voleurs). N.
AIGUILLE: Fausse clé (Argot des voleurs).
AIGUILLEUR: Vol au moyen de fausses clés (Argot des voleurs).
AILERONS ou AILE: Bras.
—Mademoiselle, voulez-vous accepter mon aile.
Couvrir une femme d’une aile protectrice.
—Prends mon aile, s’y te touche, je le crève (Argot du peuple). V.Abatis.
AIMER À CRÉDIT: Être l’amant de cœur d’une femme.
Ne la payer qu’en nature.
De la famille des maquereaux (Argot des filles).
AIMER POUR PEAU DE BALLE: Aimer pour rien.
Perdre son temps et sa jeunesse, amour qui ne rapporte pas (Argot des filles). N.
AIMER AU CHASSE: Aimer à l’œil, faire une queue à son souteneur avec un passant galbeux (Argot des filles). N.
ALARMISTES: Chien de garde.
L’animal donne l’alarme à ses maîtres.
En 1848, les alarmistes étaient des bourgeois qui répandaient chaque jour des mauvaises nouvelles (Argot des voleurs).
ALBACHE: Faux nom, en donner un.
On nomme ainsi le voleur qui donne un faux nom pour dissimuler son identité (Argot des voleurs). N.
ALBOCHE: Allemand.
Autrefois les ouvriers disaient boche, pour qualifier un lourdeau, al a été ajouté pour désigner les Allemands en général (Argot du peuple). N.
ALENTOIR: Aux environs, aux alentours.
—Nib de Tronche fait le pet aux alentoirs pendant que les aminches, ratiboisent la cambrousse du garnaffier (Argot des voleurs).
ALIGNER (s’): Les duellistes s’alignent pour se battre.
Quand un travail est très soigné l’ouvrier dit avec fierté: Hein! comme c’est aligné.
Quand il s’agit d’argent. aligner est synonyme d’allonger (Argot des voleurs).
ALFA: Cheveux blonds.
On sait que l’alfa plante textile qui sert à fabriquer la pâte du papier, a absolument l’aspect d’un paquet de filasse.
Allusion de fait et de couleur (Argot des voleurs). N.
ALLEZ VOUS ASSEOIR: Terme employé pour envoyer promener un individu ennuyeux.
Cette expression ancienne a servi à un chansonnier de 1848 pour composer une chanson dont le refrain: Allez vous asseoir est resté célèbre (Argot du peuple).
ALLEZ À DACHE: Mot à mot allez vous faire voir. Vous m’ennuyez (Argot du peuple).
ALLER À DAME: Être assommé à coups de poings et tomber comme une masse sur le pavé (Argot du peuple). V.Fluxion de pavé.
ALLER À NIORT: Nier.
Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction.
Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria: N’avouez jamais (Argot des voleurs).
ALLER AU RAPPORT SANS ARME: Moucharder ses camarades.
Expression employée dans les ateliers pour indiquer que l’un des leurs va chaque jour au rapport, chez le patron pour lui raconter ce qui se passe et même ce qui ne se passe pas (Argot du peuple).
ALLER AU REFIL: Dénoncer un complice (Argot des voleurs). V.Mouton. N.
ALLER OÙ LE ROI VA À PIED: Satisfaire un besoin dans le silence d’un cabinet qui n’a rien de ministériel. L’allusion est juste; malgré sa grandeur, le roi ne pourrait y aller en voiture (Argot du peuple).
ALLER VOIR DÉFILER LES DRAGONS: Ne pas manger.
Être de la revue signifie la même chose (Argot du peuple).
ALLEZ VOIR LÀ-BAS SI J’Y SUIS: Ce qui veut dire nettement à une personne: Foutez-moi le camp (Argot du peuple).
ALLIANCES: Poucettes.
Les gendarmes mettent les poucettes aux prisonniers pour les conduire de brigade en brigade. (Argot des voleurs) V.Cabriolet.
ALLUMAGE (professeur d’): Grec qui apprend à ses élèves le moyen à employer pour allumer les joueurs naïfs.
Il y avait anciennement au boulevard du Temple, un café où se rencontraient les grecs; il était connu sous le nom de café d’allumage (Argot des grecs). V.Suiffart.
ALLUMER: Faire de l’œil à un passant.
Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès.
Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter.
Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).
ALLUMER LA QUITOURNE: Fille qui fait la fenêtre, qui raccroche en chambre.
À la tombée de la nuit elle allume sa lampe. Comme elle la tourne de façons différentes pour signaler aux passants qu’elle est libre ou occupée, de là, la quitourne (Argot des filles.)
ALLUMER SON PÉTROLE: Rendre quelqu’un amoureux.
Mot à mot l’enflammer.
—Le grand t’a donc plaquée?
—Comme un pet.
—T’a pas su y enflammer le pétrole (Argot des filles).
ALLUMEUR: Agent provocateur chargé d’organiser un complot politique quand le gouvernement a besoin d’effrayer la population pour faire voter une loi réactionnaire.
On en trouve un curieux exemple dans les Mémoires de Claude, à propos de l’Internationale et des allumeurs de la rue des Gravilliers. (Argot du peuple).
ALPAGUE: Abréviation d’alpaga.
—Je vais me balader, Nini passe-moi mon alpague (Argot du peuple).
ALPHONSE: Souteneur.
On a attribué cette expression à M. Alexandre Dumas qui en a fait le titre d’une pièce; elle était connue depuis plus de vingt ans par la chanson si populaire de Lacombe: Alphonse du Gros-Caillou (Argot du peuple).
ALTÈQUE: beau, plus que beau (Argot des voleurs).
ALZINGUE: Même signification qu’Alpague.
AMANDES DE PAINS D’ÉPICE.V.Dominos.
AMARRÉ: Allusion aux amarres qui fixent les bateaux sur la jetée, dans les ports.
Amarrer quelqu’un, se l’attacher.
—J’ai amarré un chouette gonce qui casque tout le temps (Argot du peuple).
AMBULANTE: Fille qui va de cafés en cafés, tantôt à Montmartre tantôt à Grenelle. C’est généralement une fille rangée qui n’a pas de souteneur. Elle passe dans son quartier pour une laborieuse ouvrière qui va travailler au loin.
Elle ne ramène jamais chez elle (Argot du peuple). N.
AMÈRE (la trouver mauvaise). Les voleurs principalement trouvent toujours leurs condamnations amères.
Synonyme de il faut avaler la pilule (Argot du peuple).
AMÉRICAINE (Vol à l’): Ce vol fut inventé par Hurand, qui en 1844, était détenu à la prison de la Force.
On sait en quoi consiste ce vol qui est fréquemment pratiqué.
Il a donné naissance au vol au charriage qui se divise en plusieurs catégories. (Argot des voleurs). V.Charriage.
AMINCHE: Ami.
Quand deux voleurs sont, associés ils sont aminches d’aff. (Argot des voleurs).
AMINCHES D’AFF: Amis d’affaires.
Un vol pour un voleur est une affaire, comme voler c’est travailler (Argot des voleurs).
AMOCHER: Recevoir des coups.
Quant ils laissent de fortes traces on dit que l’ami a été rudement amoché (Argot du peuple). V.Trinquer.
ANDOUILLE MAL FICELÉE: Individu déguingandé, à la démarche traînante.
Se dit surtout de quelqu’un mal habillé, ayant des allures ridicules.
On dit aussi: Mal fagoté (Argot du peuple).
ANGLAIS: Créancier.
Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804.
Napoléon 1er avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins deux heures au moins avant ses collègues.
L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.
—Sire, répondit le commis, c’est à cause des anglais.
—Je ne vous comprends pas.
—Sire, les anglais sont vos ennemis, mes créanciers sont les miens.
—Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.
Le mot est resté et est employé fréquemment. (Argot du peuple).
ANGLAIS (ils débarquent).
(Argot du peuple). V.Bande sur l’affiche.
ANGLUCE: Oie (Argot des voleurs). V.Ornichon.
ANGOULÈME: La bouche (Argot des voleurs). V.Affamée.
ANGUILLE: Ceinture.
Allusion à sa souplesse (Argot des voleurs).
ANITERGE: Mouchoir (Argot des voleurs). V.Blavin.
ANTIF ou ANTIFFLE: Marcher.
—Que fait la môme?
—Elle bat l’antif pour dégoter un miché (Argot des souteneurs).
ANTIFFE: Église (Argot des voleurs). V.Antonne.
ANTIQUITÉ: Vieille femme.
Au temps de sa jeunesse Théophile Gautier, en compagnie d’un de ses amis, se promenait dans le jardin des Tuileries. Il avisa une vieille femme vêtue d’une robe à ramages qui datait au moins du Directoire.
Il s’approcha d’elle, le chapeau à la main.
—Madame, lui dit-il, je raffole des antiquités, voulez-vous me permettre de baiser le bas de votre robe?
Elle répondit fièrement:
—Si monsieur veut embrasser mon cul, il a vingt cinq ans de plus que ma robe (Argot du peuple). N.
ANTONNE: Église.
Du vieux mot: Antie (Argot des voleurs).
ANTONNEUR: Voleur qui a la spécialité de dévaliser les églises.
Il vole l’argent contenu dans les troncs à l’aide d’une baleine enduite de glu (Argot des voleurs).
APASCLINER (s’): S’acclimater.
L’aminches’apascline doucettement à tunobé (Argot des voleurs). N.
APPACHONNER: Attirer à soi.
—J’ai appachonné un morlingue dans la valade d’un goncier pendant qui baillait devant les sigues de la Boutanche d’un balanceur de braise (Argot des voleurs). N.
APOTRES: Les doigts (Argot des voleurs). V.Ministre de l’Intérieur.
AQUARIUM: Lieu où se réunissent les souteneurs.
Allusion aux poissons.
Aquarium: la Chambre des députés.
Cette expression n’est pas très polie pour ces messieurs, qui assurément ne sont pas tous des poissons, mais comme elle est d’origine anarchiste, elle ne surprendra personne (Argot du peuple). N.
AQUIGER: Battre, blesser.
On dit par corruption de celui qui est battu: il est attigé (Argot du peuple).
AQUIGER: Prendre.
Aquiger n’est pas le vrai mot, c’est quiger (Argot des voleurs).
AQUIGEUR: Voleur qui cherche querelle à un passant.
Pendant qu’il le bat, un complice le dévalise proprement et lestement (Argot des voleurs).
ARAIGNÉE DANS LE PLAFOND (avoir une): Synonyme de loufoque.
Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).
ARCASINEUR: Voleur au trésor caché.
Le voleur se nomme arcasien parce qu’il procède au moyen d’une lettre (arcat) écrite d’une prison quelconque à l’individu qu’il s’agit d’escroquer.
L’arcat indique généralement un trésor caché à l’étranger. Des naïfs mordent toujours dans l’espoir d’un gros gain (Argot des voleurs).
ARCO: Avare (Argot des voleurs). V.Grippe-sous.
ARÇONNIER: Celui qui donne le signal de l’alarme convenu entre les voleurs.
Au temps de Vidocq[4], le C figuré à l’aide du pouce sur la joue droite signifiait: prenez-garde voilà la rousse (Argot des voleurs).
ARDENTS: Les yeux (Argot des voleurs).
ARDOISE (boire à l’): Il existait autrefois un marchand de vin à la barrière Montparnasse; le patron ne sachant ni lire ni écrire, les clients marquaient eux-mêmes leurs dépenses sur une ardoise à l’aide d’un morceau de craie.
Un jour le brave homme s’aperçut que les consommateurs s’entendaient, et que le dernier qui marquait effaçait avec sa manche, comme par mégarde, les comptes précédents.
Il coupa le crédit, mais l’expression de boire à l’ardoise est restée (Argot du peuple). V.Marquer à la fourchette. N.
ARLEQUINS: Détritus de toutes sortes de mets que les cuisiniers des restaurants vendent à des marchandes des Halles.
Ces débris sont triés avec soin, et elles en font des assiettes assorties que les malheureux achètent un ou deux sous.
Cette expression vient de l’habit d’Arlequin, qui est composé d’étoffes de différentes couleurs (Argot du peuple).
ARMOIRE À GLACE: Sac du troupier (Argot du troupier). V.As de carreau.
ARMOIRE À RICHER: Le ventre.
Allusion aux matières fécales que contiennent les intestins (Argot du peuple).
ARNACHE: Agent de police. A. D.
Arnache: trompeur. L. L.
Les voleurs disent: Arnaque.
Cette expression vient du vieux mot français: harnacher; il est employé, sans doute, par les voleurs, parce que les agents les harnachent en les ligottant, soit avec les alliances, soit avec le cabriolet (Argot des voleurs).
ARNAQUE: Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs; il est connu également sous le nom de tourne-vire.
Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois: trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise.
En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol.
Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long); au moment où la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.
ARPETTE: Apprenti de n’importe quel métier.
Ce mot se prend aussi dans le sens de petit, moufflet, diminutif de moutard (Argot du peuple).
ARPIONS: Vieille expression qui veut dire: pieds.
Jean Hiroux disait au président des assises:
—Je demande qu’on fasse sortir le gendarme, il plombe des arpions.
—Gendarme, répondit le président, remuez vos pieds dans vos bottes d’ordonnance.
Prévenu, la punition commence (Argot des voleurs).
ARRACHER UN PAVÉ: V.Rouscailler.
ARRACHEUR DE CHIENDENT: Voleur qui cherche une occasion de voler (Argot des voleurs).
ARRANGEMANN: Arranger.
Arranger quelqu’un en lui faisant faire une opération ruineuse.
Les grues arrangent les pantes.
Une femme arrange un homme en lui communiquant un mal vénérien.
On arrange un homme en le battant à plate couture.
—Il est arrangemann le gonce, il ne rebiffera pas, il est foutu d’en crapser (Argot des souteneurs). N.
ARRONDIE: Montre.
Allusion à sa forme ronde (Argot des voleurs).
ARROSER: Donner un accompte sur une dette.
Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose.
Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser.
Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama.
Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). N.
ARROSEUR DE VERDOUZE: Jardinier (Argot des voleurs).
ARTIE DE MEULAN: Pain blanc.
Allusion à la blancheur des farines produites par les moulins de cette ville (Argot des voleurs).
ARTIE DU GROS GUILLAUME: Pain abominablement noir qui rappelle celui du siège de Paris, en 1870, qui contenait de tout, excepté de la farine (Argot des voleurs).
ARTIE: V.Bricheton.
ARTICHE (l’): Le derrière.
—Je vais t’enlever l’artiche.
On nomme artiches, par abréviation d’artichauts, les barres de fer pointues et hérissées qui couronnent les murs et les grilles des prisons (Argot des voleurs). N.
AS DE CARREAU: Sac du fantassin (Argot du troupier). V.Armoire à glace.
AS DE PIQUE: Se dit d’une femme qui possède abondamment ce que d’autres n’ont que très peu... (Argot du peuple). V.Fournitures.
ASPHALTEUSE: Fille qui raccroche sur le trottoir.
Elle foule l’asphalte en tous sens (Argot des filles).
ASPERGE MONTÉE: Grande femme toute en jambes, maigre et sèche comme un copeau.
On dit aussi: longue comme un jour sans pain (Argot du peuple).
ASPIC: Avare.
Aspic signifie aussi mauvaise langue, langue de vipère.
Cette expression est empruntée au proverbe: Mieux vaut un coup d’épée qu’un coup de langue (Argot du peuple). N.
ASSOMMOIR: Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui assomment les buveurs.
Le premier assommoir, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé Montier.
Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les assommés; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers.
Cette chambre s’appelait la Morgue (Argot du peuple).
ASTÈQUE: Bien avant que les Aztèques ne vinssent du fond du Brésil, cette expression servait à désigner les êtres chétifs et malingres (Argot du peuple). V.Avorton.
ATTACHER LE BIDON: Dénoncer un camarade.
Synonyme de remuer la casserole (Argot des voleurs).
ASTICOT: Vermicelle (Argot des voleurs). N.
ASTICOT: Fille publique.
Asticot: personne mince comme un fil (Argot du peuple).
ASTICOT DANS LA NOISETTE: Personne qui a des absences de mémoire.
On sait que l’asticot dévore l’amande de ce fruit, par analogie il dévore la cervelle (Argot du peuple). N.
ATOUT: Avoir du courage.
Avoir des atouts dans son jeu.
Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant: Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant: Je coupe. Le soldat répond: Ah! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde!
Recevoir un atout: être sérieusement blessé.
C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.
ATTIGNOLES: Rognures de viandes hachées et vendues sous forme de boulettes.
L’expression est normande, mais elle est devenue parisienne en s’éloignant du sens primitif.
Dans le peuple, pour exprimer qu’un individu a été fortement endommagé dans une rixe, on dit: Il a reçu de rudes attignoles (Argot du peuple). N.
ATTOUCHEMENTS: Être assez indiscret pour vouloir s’assurer si une jolie femme porte un pantalon et met ses jarretières au-dessus du genou.
Synonyme de peloter (Argot du peuple) V.Baiseuses.
ATTOUCHEUSE: Fille publique.
Le mot est suffisamment expressif.
Allusion aux ménagères qui tâtent la viande chez le boucher pour s’assurer de son degré de fraîcheur (Argot des filles).
ATTRIQUER: Acheter des effets volés, sans pour cela être un recéleur habituel: Fourgat ou Meunier (Argot des voleurs).
ATTRIQUEUSE: Vendre des objets volés (Argot des voleurs).
ATTRISTÉ: Voleur qui ne travaille que la nuit, sans se soucier des pendus glacés (Becs de gaz) (Argot des voleurs).
AUBERT: Argent (Argot des voleurs).
AUMÔNIER: Vol à l’aumône.
Autrefois, cette expression désignait les dévaliseurs de bijoutiers.
Le voleur marchandait des bijoux, un mendiant survenait et sollicitait une aumône.
L’attention du bijoutier était détournée pendant qu’on lui dévalisait ses vitrines; quand il s’apercevait du vol, les voleurs étaient loin (Argot des voleurs).
AUSEIGNOT: Auxiliaire.
Détenu qui par faveur et moyennant une modique rétribution, remplit dans la prison les fonctions les plus grossières (Argot des voleurs).
AUTEL DE BESOIN: Femme ou fille.
Allusion à l’hôtel qui s’ouvre pour ceux qui paient.
Autel sur lequel l’homme sacrifie par nécessité.
Se dit souvent dans le peuple d’une femme légitime (Argot des souteneurs).
AUTOR ET D’ACHARD (d’): Abréviation d’autorité et d’acharnement.
Lorsque deux joueurs font une partie d’écarté et que l’un demande des cartes à son adversaires, l’autre lui répond: Non, j’y vais d’autor et d’achard (Argot du peuple).
AUVERPIN: Auvergnat.
On dit aussi: Auverplum et Bougnat (Argot du peuple).
AVALE-TOUT-CRU: Synonyme de Va de la gueule, Gueulard, Bouffe-tout et Ventre à tous grains.
Ces expressions, dans le peuple, signifient: Gros mangeur.
Une certaine catégorie de voleurs se sont emparés de l’expression: Avale-tout-cru, pour désigner un genre de vol assez original.
Le voleur se fait montrer par le bijoutier des diamants non montés, sur carte; il paraît avoir la vue basse, il les regarde de près, et d’un coup de langue habile il en avale quelques-uns (Argot des voleurs).
AVALER LE LURON: Communier.
On dit aussi: avaler l’Auvergnat, parce que sans doute, comme lui, Dieu n’est ni homme ni femme (Argot des voleurs).
AVALER SA CUILLER: Mourir.
Être moins heureux que le commis des Magasins du Printemps: il est vrai qu’il n’avait avalé qu’une fourchette (Argot du peuple).
AVALER LE PÉPIN: Être enceinte.
—Elle en a une de bedaine ta frangine. Qu’a-t-elle donc mangé?
—Elle a avalé le pépin (Argot du peuple).
AVALER SA CHIQUE: Mourir.
Allusion au chiqueur qui s’étoufferait en avalant son pruneau (Argot du peuple).
AVALOIR: La gorge.
Elle avale tout en effet. (Argot du peuple). V.Dalle.
AVANT-COURRIER: Mèche en acier dont se servent les voleurs pour percer les devantures des boutiques de bijoutiers (Argot des voleurs). V.Vrilleurs.
AVANT-SCÈNE: Les seins.
Ils avancent, en effet, quand... il y en a. (Argot du peuple). V.Capitonnée.
AVANTAGE: Les seins.
Avantage, oui, quand il fait froid, mais pendant les grandes chaleurs? (Argot du peuple). V.Capitonnée.
AVOIR PERDU SA CLÉ: Être atteint d’une foire à tout inonder et ne pouvoir se retenir.
On comprend qu’il s’agit d’une clé que le serrurier ne peut remplacer (Argot du peuple).
AVOIR UN PÉPIN: Aimer.
En tenir momentanément pour quelqu’un (Argot du peuple).
AVOIR LE VENTRE EN ACCORDÉON: Femme déformée qui a eu des masses d’enfants.
Allusion au plissage du ventre (Argot du peuple). N.
AVOIR LE VENTRE EN PERSIENNE: Voir ci-dessus.
AVOIR SA PISTACHE: Être complètement gris (Argot du peuple). N.
AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE: Être riche et ne pas avoir à s’occuper du lendemain.
Être condamné à un certain nombre d’années de prison (Argot du peuple).
AVOIR LE NEZ SALE: Avoir trop bu.
Quand au lendemain du lundi un ouvrier dort sur son travail, les amis lui disent: Tu t’es sali le nez hein! (Argot du peuple).
AVOIR LA GUEULE DE BOIS: S’être pochardé la veille.
L’ivrogne boit de l’eau le lendemain pour éteindre le feu qui lui dessèche la gorge.
Mot à mot: Il a la gueule sèche (Argot du peuple).
AVOIR MANGÉ LA SOUPE À LA QUÉ-QUÊTE: V.Avaler le pépin.
AVOIR MANGÉ DES POIS PAS CUITS: V.Avaler le pépin.
AVOIR QUELQU’UN À LA BONNE: Être très camarade, ne jamais se quitter, vivre comme deux frères (Argot du peuple).
AVOIR DEUX ŒUFS SUR LE PLAT: On emploie cette expression pour une femme qui a des seins à l’état de soupçon.
Ce à quoi elle répond: J’en ai assez pour un honnête homme (Argot du peuple). N.
AVOIR UN PET DE TRAVERS: Se dit d’un personnage grincheux que l’on ne sait jamais par quel bout prendre et qui gémit sans cesse, du matin au soir et du soir au matin (Argot du peuple). N.
AVOIR UN BÉGUIN: Être coiffé de quelqu’un ou de quelqu’une.
S’aimer à l’œil, ce qui ne fait pas bouillir la marmite.
(Argot des souteneurs).
AVOIR SON PAIN CUIT: Mourir (Argot des boulangers).
AVOIR QUELQU’UN DANS LE SANG: Aimer violemment (Argot dos filles).
AVOIR UN POLICHINELLE DANS LE TIROIR: V.Avaler le pépin.
AVOIR UN POT DE CHAMBRE CASSÉ DANS L’ESTOMAC: V.Trouilloter de la hurlette.
AVOIR UNE CAROTTE DANS LE PLOMB: V. ci-dessus.
AVOIR SON COMPTE: Être pochard.
Avoir reçu une formidable volée dans une bataille (Argot du peuple).
AVOIR UN PALETOT SANS MANCHES: Être cloué dans un cercueil (Argot du peuple).
AVOIR VU PÉTER LE LOUP SUR UNE PIERRE DE BOIS: Les Lyonnais emploient cette expression pour dire qu’une fille a perdu tout droit à la fleur d’oranger (Argot du peuple). N.
AVORTON: Être difforme, petit adversaire (Argot du peuple).
AZOR: V.As de carreau.
BABANQUER: Vivre.
Synonyme de bien banqueter (Argot des voleurs). N.
BABILLARD: Aumônier de prison.
Allusion à ce qu’il babillarde sans cesse sans que son interlocuteur lui réponde (Argot des voleurs). N.
BABILLARD: Livre imprimé.
On dit aussi: bavard (Argot des voleurs).
BABILLARDE: Montre.
Allusion à son tic-tac qui malgré sa monotonie babille et égaie la solitude (Argot des voleurs).
BABILLARDE: Lettre.
—T’en fais du chi-chi dans ta menteuse de babillarde (Argot des voleurs).
BABILLARDER: Écrire (Argot des voleurs).
BABILLEUSE (la): Bibliothèque.
Allusion aux livres babillards qu’elle contient (Argot des voleurs).
BÂCHE: Casquette.
Elle abrite la tête comme la bâche les voitures (Argot des voleurs).
BÂCHER: Se coucher (Argot des voleurs).
BACCANTE: Barbe, favoris.
Il en est qui écrivent: bocchantes, c’est l’orthographe que je donne qui est la bonne.
Pour favoris, on dit aussi: côtelettes (Argot des voleurs). N.
BACCON: Cochon (Argot des voleurs).
BACLER: Faire vite, à la hâte une chose qui demanderait à être soignée. Un maire pressé bacle un mariage, un médecin bacle un pansement, un auteur dramatique bacle une pièce.
Mot à mot bâcler: se dépêcher (Argot du peuple).
BADIGEONNER LA FEMME AU PUITS: Farder la vérité. On sait que la vérité sort nue d’un puits; la badigeonner c’est mentir (Argot des voleurs).
BAFOUILLER: S’embarquer dans un discours et mélanger les phrases de façon à les rendre incompréhensibles.
Vouloir faire le beau parleur et s’exprimer difficilement.
Dans le peuple on appelle celui qui bafouille un bafouilleur et on lui offre un démêloir (Argot du peuple).
BAFFRE: Un coup de poing sur la figure.
Dans le peuple, cette expression est remplacée par celle-ci:
—Je vais te coller un pain sur la gueule.
—Je vais te fourrer une bègne que tu n’en verras que du feu (Argot du peuple). N.
BAFFRER: Manger avec une grande avidité (Argot du peuple).
BAGATELLE (faire la): Faire l’amour.
Quand la maquilleuse de brèmes tire les cartes à une jeune fille et que l’as de pique sort, elle lui annonce qu’elle fera la bagatelle (Argot des filles).
BAGNOLE: Bouge, masure.
Se dit également d’une vieille voiture qui gémit sur ses ressorts rouillés et cahote le voyageur (Argot du peuple). N.
BAGUENAUDER: Flâner, errer par les chemins sans avoir un but déterminé.
Être longtemps sans ouvrage (Argot du peuple).
BAGNENAUDES: Poches.
Expression usitée chez les marbriers, surtout les samedis avant la paye.
—J’ai dix ronds qui se baladent dans mes baguenaudes, les mettons-nous dans le commerce? (chez le mastroquet voisin) (Argot du peuple).
BAIGNE DANS LE BEURRE:
On sait que le maquereau maître d’hôtel est appelé par les ménagères: la mort au beurre.
Rothschild aussi baigne dans le beurre, mais par la richesse (Argot du peuple).
BAIGNOIRE À BON DIEU: Le calice.
Cette figure peint bien l’hostie consacrée baignant dans le saint-ciboire (Argot des voleurs).
BAISER LE CUL DE LA VIEILLE: Joueur déveinard qui perd la partie sans marquer un point.
Dans le peuple on dit aussi: passer sous la table (Argot du peuple).
BAJOUES: La face.
Les voleurs emploient cette expression pour grimaces (Argot des voleurs).
BALANCÉ: Être renvoyé de sa place.
—J’ai balancé ma femme, elle était par trop rasante (Argot du peuple). N.
BALANCER SON RONDIN: Aller au cabinet.
Allusion à la forme ronde des excréments (Argot du peuple). N.
BALANCER SES ALÈNES: Quitter le métier de voleur.
Deux escarpes sont embusquées au coin d’une rue; de loin, ils voient passer un garçon de recettes, une lourde sacoche sur l’épaule.
—Quel dommage, dit l’un, que l’on ne puisse effaroucher son pognon. Je balancerai mes alènes et j’irai vivre honnête dans mon patelin (Argot des voleurs).
BALANÇON: Marteau.
Pour frapper vigoureusement il faut balancer son marteau par le manche (Argot des voleurs). N.
BALANCEUR DE BRAISE: Changeur.
Allusion à l’argent qui ne fait que passer par ses mains, il le balance aussi facilement qu’il le reçoit (Argot des voleurs). N.
BALANCEUR DE LAZAGNE: Écrire une lettre d’une prison et l’adresser à quelqu’un (Argot des voleurs). V.Arcasineur.
BALANCEUR DE TINETTES: Auxiliaîres des prisons qui vident les tinettes.
Quand elles sont pleines de mouscaille, elles sont lourdes; ils impriment un balancement pour les vider: Une, deux et trois.
C’est fait.
Les troupiers disent: Passer la jambe à Jules.
Quand la tinette déborde un loustic s’écrie:
—Prenez-la par les oreilles.
Dans le peuple on dit: Passer la jambe à Thomas (Argot du peuple).
BALANSTIQUER: Jeter.
C’est une amplification de balancer: se débarrasser de quelque chose qui gène, ou d’une personne dont on a assez (Argot des voleurs). N.
BALCON (Avoir du monde au): Femme qui possède des seins volumineux (Argot du peuple). V.Capitonnée.
BALLE: Cette femme me botte, elle fait ma balle (Argot du peuple). V.Blot.
BALLON[5]: Prison.
Allusion à la forme sphérique de Mazas (Argot des voleurs). N.
BALLON: Postérieur copieux.
Je vais t’enlever le ballon, pour coup de pied dans le derrière (Argot du peuple).
BALUCHON: Petit paquet que les compagnons portaient jadis au bout d’un bâton sur l’épaule, en faisant leur tour de France.
Ce baluchon contenait leurs vêtements.
La coutume s’est perpétuée dans le peuple: des outils et la blouse de travail en paquet composent un baluchon (Argot du peuple).
BANC DE TERRE NEUVE: De la Bastille à la Madeleine, et de Belleville à Montparnasse, on y pêche la morue sans hameçons (Argot du peuple).
BANDE À L’AISE: N’en prendre qu’à son temps et n’en faire qu’à sa volonté.
Dans le peuple on emploie cette expression par ironie vis à vis d’un vieillard qui au lieu de remiser son fiacre court après les filles (Argot du peuple). N.
BANDE À PART (Faire): Fuir ses camarades d’atelier, aller boire et manger seul.
Synonyme d’ours (Argot du peuple).
BANDE SUR L’AFFICHE: Bande de papier que les directeurs font coller sur l’affiche, annonçant le spectacle du jour, afin d’indiquer au public un changement par suite de l’indisposition subite d’un artiste ou parfois relâche.
Se dit par analogie dans le peuple pour indiquer qu’une femme a son échéance de fin de mois.
Il y a une bande sur l’affiche pour relâche (Argot du peuple). N.
BANQUE (la grande): Baraque des grands forains dans le monde des saltimbanques qui a, comme partout, ses matadors et ses miséreux (Argot des saltimbanques).
BANQUE (la faire): Le samedi, les ouvriers typographes se partagent le prix du travail de la semaine (Argot d’imprimerie).
BANQUE: Les voleurs qui se partagent le produit d’un vol emploient cette expression (Argot des voleurs).
BANQUE (en tailler une): Tenir les cartes au jeu de baccara.
