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Monologues pour comédiennes.
Tantôt naïves, drôles, caustiques ou révoltées, des femmes se racontent.
Elles attendent, espèrent, rêvent, dénoncent, questionnent.
Quelquefois le quotidien les a salement meurtries.
Mais elles ne perdent ni l’humour, ni la vitalité, ni la force d’affirmer qu’elles sont femmes avant tout, fières d’être femmes malgré tout.
Le prince charmant les a oubliées. Ou son cheval n’est pas passé très loin.
Elles ont fini par se dire que le plus important dans « prince charmant » c’est charmant. Alors elles referment le livre d’images et dévisagent la vie avec gourmandise.
Chaque portrait renferme en lui un concentré d’humanité.
27 monologues féminins
À PROPOS DE L'AUTEUR
Gérard Levoyer est auteur, comédien, metteur en scène. Il a écrit à ce jour 120 dramatiques radiophoniques dont une soixantaine pour France Inter et 50 pièces de théâtre toutes jouées. Il a reçu le Prix SACD de la Radio en 2003 et le Prix Mounet Sully 95 décerné par la Société des Poètes Français.
L’auteur vit Dans le Val-de-Marne en région Parisienne
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Seitenzahl: 111
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Gérard Levoyer
Elle(s)
Théâtre
ISBN : 979-10-3880-735-8
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : septembre 2023
©couverture Ex Æquo
©2023 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
(Brève musique. À la fin on entend un énorme bruit suivi d’un choc sourd.
Silence.
Puis des pleurs montent, montent, deviennent beuglements.
Lydie entre. C’est elle qui beugle. Elle traîne derrière elle une barre métallique et un rideau de douche, l’ensemble relié à son cou par une corde.)
LYDIE
Camelote ! Ça supporte même pas 50 kilos de viande. (Remplacer par le poids de la comédienne.)
(Elle s’assoit, ôte le matériel de douche qui tombe à terre. Elle enlève enfin la corde passée autour de sa tête, se gratte le cou.)
LYDIE
En plus, je suis sûre que je vais faire une allergie, c’est du nylon. Je supporte pas les cordes en nylon.
(Elle se gratte encore. Le téléphone sonne. Elle décroche.)
LYDIE
Allô... Ah Bernadette ! Non c’est raté. J’ai bousillé la salle de bains et en plus je fais une allergie au nylon. Ah, j’en ai marre ! Et toi ?... Mais t’as essayé quoi ? Le gaz... C’est bien d’habitude. Qu’est-ce qui a cloché ?... T’avais plus de cartouche... Parce que tu fais ça avec ton camping-gaz ? Tu m’étonnes, c’est pas assez. Surtout que... Dis-moi Bernadette, qu’est-ce que j’entends là, derrière toi. Les moineaux ? (Énervée.) Oui, je sais, il fait beau. Mais si tu ne fermes pas la fenêtre, idiote, tout ce que tu vas occire c’est ton couple de hamsters et le Bordeaux que tu as débouché. Ne mens pas, Bernadette, tu as bu ! Si, tu as bu, je le sens d’ici. Tu viens de dire trois fois « subséquemment » dans la même phrase et ça, c’est un signe. Mais non, je ne te reproche pas de boire un coup pour trouver le courage, j’ai fait pareil, seulement moi c’est du Corbières à 6 euros, j’ai le dernier voyage modeste. Et en plus, quand la corde m’appuyait sur la glotte, j’ai tout revomi dans la douche. Tu me diras, j’en ai gâché pour moins cher que toi. Bon Bernadette, je te quitte. Je vais préparer un kilo de plâtre, j’aimerais prendre une douche ce soir... Et toi ?... Non, je te le conseille pas, deux fois dans la même journée c’est pas à faire. Surtout quand on a raté la première... Oui, je sais, si on la rate pas, on n’a pas besoin d’une deuxième fois... Non, laisse tomber, ça doit pas être un bon jour pour ça... Je sais pas, bouffe ! Fais-toi des nouilles, avec de la mayonnaise et de la chantilly, un truc bien écœurant... T’as plus de gaz ?... Eh ben regarde la télé, Arte, y’a un truc sur les expériences médicales en camp de concentration, tu regardes ça en écoutant l’adagio d’Albinoni, tu verras, ça fait le même effet. Après t’auras une sacrée pêche. Salut ma belle. La première qui remonte à 10 de tension appelle l’autre. Je t’embrasse.
(Elle raccroche.)
LYDIE
Pauvre fille ! Complètement dépressive. Son chien ne lui cause plus depuis cinq jours et ça, elle supporte pas. Les animaux c’est toute sa vie, à Bernadette. La pauvre Bernadette. La pauvre grosse Bernadette ! Qu’est-ce qu’elle est grosse, n’empêche ! C’est depuis qu’elle a tenté le suicide par overdose de ketchup. Son premier suicide. On n’imagine pas les séquelles. 25 kilos dont cinq dans les joues. Et puis un teint définitivement rougeâtre qui la fait ressembler à une tranche de thon cru. (Elle rigole.) Je ris mais c’est pas sympa pour elle, elle déteste le thon. De toute façon elle déteste manger tout ce qui est d’origine animale : viande, poisson, bœuf, caviar, tarama, Captain Iglo. Même les rouleaux de printemps, elle se méfie ! Elle dit qu’elle en a vu bouger.
(Le téléphone sonne, elle décroche.)
LYDIE
Allô... Ah Aline ! Non c’est raté. J’ai la moitié du mur qu’est tombé dans la douche. Pour Bernadette aussi c’est raté. Et toi ?... C’est en cours ? Comment ça, c’est en cours ? Qu’est-ce qui est en cours ?... (Elle pousse un cri.) Aïe ! Mais pas avec le téléphone Aline, c’est insoutenable, je te jure !... (Nouveau cri.) Aïe ! Arrête, merde, ça fait caisse de résonance, j’ai l’impression d’avoir un casse-noix dans l’oreille... Franchement, Aline, tu as de ces idées. En plus, avant de t’entailler le cuir chevelu, va falloir que tu t’y reprennes au moins à dix fois, alors pour la fracture du crâne, avec un téléphone, je te dis pas... Mais oui, fais plus simple. Tu manques de simplicité, Aline. C’est déjà pas facile de réussir un suicide mais alors quand on s’y prend comme toi... Je critique pas, Aline, je donne un avis.
Reconnais que les boulettes de pain dans le nez, la dernière fois, c’était pas très efficace non plus. Et après, pour le repas, il ne restait plus que la croûte, faire des mouillettes en croûte, c’était pas terrible... Non, j’ai pas d’idée. Si tu as une douche de bonne qualité je peux te refiler deux mètres de corde. Mais c’est du nylon… C’est ça, on se tient au courant. Tchao !
(Elle raccroche.)
LYDIE
Pauvre Aline ! Stressée à mort. C’est sa mère qui la rend comme ça. La maman d’Aline a divorcé quatre fois, ce qui lui donne une vision assez négative des hommes et de ce qu’on peut en faire. Dès qu’Aline en aborde un, sa mère arrive avec des poignards dans les yeux et des tas de points d’interrogation au bout des phrases. Si elle indique son chemin à un aveugle, elle se fait draguer. Si elle serre la main de l’épicier c’est une salope. Si elle reste plus d’une heure chez le garagiste, elle lui fait faire un curetage. La conversation est très pénible chez Aline, il faut choisir ses mots, ses adjectifs, dans le genre féminin uniquement, sinon on est une salope.
« Quelle heure est-elle ? Vous avez vu ce belle temps qu’on a ? Avez-vous lu la… (Elle cherche à chaque fois quel mot employer et appuie bien sur le genre employé.) … la couverture et les 12 pages qui suivent signées Anne Franck, que je vous ai prêtées ? Passez-moi le... la croûte et la mie aussi, oui les deux, je vais en couper une tranche et pendant que vous y êtes, remplissez donc mon… ma coupe en verre. (Pour elle.) Non pas en verre ! En… (Cherchant.) Cristal, Plexiglas, plastique, merde ça va pas ! (Fort.) Ça ne fait rien, remplissez plutôt ma soucoupe avec du vin, non pas du vin ! De la… Et merde, j’ai pas soif ! L’enfer ! Et Aline c’est au quotidien qu’elle vit ça. On s’est réunies toutes les trois, Aline, Bernadette et moi, et on a fait le constat de notre échec existentiel. La vie n’est pas faite pour nous. En tous cas pas cette vie-là. Aline rêve d’une vie sans sa mère, Bernadette d’un monde tantôt sans animaux, tantôt entièrement animal, j’ai pas tout compris. Et moi d’un pays habité par un seul homme. Et que cet homme-là soit à moi, à moi, à moi ! Et que j’en fasse ce que je veux. Et qu’il ne dise rien, ou alors : oui, d’accord, tout de suite ma chérie, tu es belle, je t’aime. Et c’est tout. En fait on rêve d’un monde qui n’existe pas. D’un monde à réinventer. D’un monde idéal. Idéal ! Quel boulot ! Avoir un idéal c’est construire sur du sable. Faut pas s’étonner si, un jour, la douche se casse la gueule.
Eh bien voilà, j’ai arrêté de fumer. Qu’est-ce que tu crois ? Hein ? Qu’est- ce que tu croyais ? Que je n’avais aucune volonté ? Que j’étais une fille molle, veule, sans conviction ? Qui lâche des phrases toutes faites et ne passe jamais à l’acte ? Qui n’a aucune parole ? Eh bien... Eh bien excuse-moi Marc mais je ne suis pas de ce genre-là ! Les cigarettes, je les ai jetées à la poubelle, ainsi que la boîte de cigarillos et de... De cigarillos et je m’en porte très bien. Oui, oui, tu peux sourire. Je ne suis pas prête d’en accepter une seule de qui que ce soit, crois-moi. C’est ça, hausse les épaules. Moque-toi. Je sais, ça ne fait que huit jours mais rira bien qui... Qui n’amasse pas mousse... Non, euh... Je me comprends.
Qu’est-ce que tu fais, Marc ? Non, là, maintenant. Je ne sais pas, je te vois fouiller dans ton blouson. Tu vas quelque part ? Tu cherches tes clés ? Qu’est-ce que tu cherches ? Tu as besoin de quelque chose ? Je te parle et tu as besoin de ... ? De quoi ? Comment ça ? Tu cherches un quoi ?... Tu te moques de moi ? Le paquet est sur la table, à peine entamé. Non, je ne parle pas de cigarettes, je te parle des.... des... zut ! Les mouchoirs en papier, là... Les spontex !! Ils sont sous ton nez. Eh bien vas-y, allumes-en un.
(De plus en plus fort, de plus en plus nerveuse.)
Quoi ?... Non, j’ai dit prends-en un. Je sais parfaitement ce que j’ai dit, ne me prends pas pour plus bête que je sois, suis, que je suis ! Seulement c’est un gros mensonge que tu me fais car ce ne sont pas tes rolex que tu cherchais mais tes clés, tes clés de bagnole, pour te tirer je ne sais où, et justement Marc je te demande de me dire la vérité. Où voulais-tu aller ?
Dis-le ! Mais dis-le si tu n’as rien à te... A te...弍
(Changement de ton.)
Sonia, mais non ma poulette, maman n’embête pas papa, elle lui demande seulement où il va. Parce que ton papa fouille dans son blouson quand maman lui parle et ça ne se fait pas.
(Revenant à Marc d'un ton sec.)
Tu le dis, toi, oui, où tu vas ? Parce que je te préviens, si tu prends la bagnole pour aller acheter des clopes, tu ne remets pas les pieds ici. J’ai dit que j’arrêtais alors j’arrête mais toi aussi. C’est non-fumeur, ici ! C’est trop facile de critiquer les autres, on dit ceci, on dit cela, on provoque, le ton monte, monte, et quand le cendrier est plein, après ça déborde. Si c’est français ce que je dis ! C’est une vieille expression française et je t’emmerde, Marc. Qu’est-ce que tu en sais, des expressions françaises, toi dont les parents sont portugais ?
Ta gueule, Sonia, maman ne crie pas ! Maman explique. Si quelqu’un crie ici, c’est toi. Et maman n’aime pas ça. Si tu n’arrêtes pas immédiatement, maman va te donner une fessée dont tu te souviendras longtemps.
Marc, dis à ta fille de se calmer. Non, je n’y suis absolument pour rien. C’est toi ! Toi avec tes petits airs de vouloir me narguer, de me provoquer. Tu crois que je ne te vois pas faire ? D’abord donne-moi ton blouson que je regarde ce que tu cherches dedans ! Donne !... Marc, donne-moi ça ! Je m’en fous si ça te tord le bras. Oui je te fais mal mais c’est exprès. C’est toi qui m’obliges. Tu crois que tu ne me fais pas mal, à moi, en me cachant des choses dans ta poche et dans ta tête ?
C’est quoi ce fouillis ? Où t’as mis ton paquet ? Tes cigarettes ! Bordel, dis-moi où elles sont ? Non, je ne veux pas fumer je veux juste les voir. M’assurer que tu as bien les tiennes. C’est pas fumer, les voir ! J’ai le droit, non ? Je ne fume déjà plus, tu ne veux pas que je me crève les yeux en plus !
Sonia, dégage, va dans ta chambre ou je te jette dans le vide-ordures ! Va, va arracher la moquette et fais-t’en un joint. Va t’encrasser les poumons, de toute façon, au collège tu passeras directement au shit alors autant commencer tout de suite !
Marc, je ne m’énerve pas, c’est toi qui m’énerves. Va chercher la poubelle pour retrouver mes clopes. Non, ce n’est pas ce que tu crois, je veux juste les récupérer parce que j’y tiens. Parfaitement ! C’est un souvenir, c’est cette pauvre Ginette qui les avait achetées avant son accident. Par respect pour elle je ne peux décemment pas les abandonner parmi les épluchures de pomme de terre. (Hurle.)
