Cris de couples - Gérard Levoyer - E-Book

Cris de couples E-Book

Gérard Levoyer

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Beschreibung

Il y a de la séparation dans l’air.
9 couples se séparent ou se préparent à le faire.
Dans la vie ça peut parfois avoir lieu dans l’entente, dans l’intelligence, d’un commun accord. Mais là c’est pas le cas. Pas du tout.
Les uns hurlent, vocifèrent, se font des reproches, mentent, se menacent, se frappent ou risquent de le faire. Il y en a qui se quittent par amour. Il y en a même qui ont recours au suicide… enfin c’est ce qu’ils prétendent.
Évidemment l’exagération fait que parfois ils deviennent ridicules.
D’autres sont touchants, émouvants, on voudrait qu’ils trouvent le terrain d’entente, que les mains se rejoignent, que les colères s’apaisent, que les yeux doux remplacent les mots durs.
Ce sont neuf histoires grinçantes qui parfois font soupirer car l’important dans le divorce c’est ce qui suit.
Ce sont neuf histoires pas tristes qui parfois font rire car on se marie par manque de jugement, on divorce par manque de patience et on se remarie par manque de mémoire. (Roussin)9 saynètes
9 lieux
19 personnages
Durée : 1h30


À PROPOS DE L'AUTEURGérard Levoyer est auteur, comédien, metteur en scène. Il a écrit à ce jour 120 dramatiques radiophoniques dont une soixantaine pour France Inter et 50 pièces de théâtre toutes jouées.
Il a reçu le Prix SACD de la Radio en 2003 et le Prix Mounet Sully 95 décerné par la Société des Poètes Français.

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Seitenzahl: 76

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Gérard Levoyer

Cris de couples

Une pièce en 9 divorces

ISBN : 979-10-388-0670-2

Collection : Entr’Actes

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : mai 2023

© couverture Ex Æquo

©2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

Séparation 1

(Il rentre de son travail.

Elle mange devant la télé, un plateau repas sur les genoux.)

ELLE

Déjà ?

LUI

Quoi déjà ?

ELLE

Rien.

LUI

Quoi déjà ???

ELLE

Rien, je te dis !... J’étais bien.

LUI

Moi aussi j’étais bien.

ELLE

Alors pourquoi tu rentres ?

LUI

Je suis chez moi, je fais ce que je veux.

ELLE

Chez nous, pas chez toi.

LUI

Si tu veux.

ELLE

Je veux pas, j’m’en fiche. Mais quand on est bien seul, je vois pas pourquoi on vient emmerder quelqu’un.

LUI

Parce qu’il pleut, ça te va comme réponse ?

ELLE

La pluie, ça n’a jamais empêché personne d’être bien.

LUI

Moi, si. J’aime pas la pluie.

ELLE

T’aimes pas la pluie ?

LUI

Non, je n’aime pas la pluie.

LUI

Non, je n’aime pas la pluie.

ELLE

Il n’aime pas la pluie. C’est nouveau, ça.

LUI

Je n’aime pas la pluie ! Je n’ai jamais été bien sous la pluie.

ELLE

On s’est rencontrés sous la pluie.

LUI

C’était pas la même pluie.

ELLE

C’était pas la même pluie ?

LUI

Non, c’était pas la même.

ELLE

La pluie c’est de la pluie. C’est de l’eau, ça tombe et ça mouille.

LUI

Il y a pluie et pluie.

ELLE

C’est ça. Prends-moi pour une pomme.

LUI

ELLE

Il y a pluie et pluie, peut-être ?

LUI

Parfaitement, il y a pluie et pluie.

ELLE

Depuis quand tu t’y connais en pluie, toi ?

LUI

Va faire un tour en Thaïlande et tu verras que c’est pas la même pluie qu’ici.

ELLE

C’est pas la même pluie ?

LUI

Non, ce n’est pas la même pluie.

ELLE

Parce que tu as été en Thaïlande, toi ?

LUI

Oui et quand il pleuvait ça n’avait rien à voir avec la pluie d’ici.

ELLE

Comment veux-tu que je le sache, tu ne m’as jamais emmenée en Thaïlande.

LUI

C’était avant de te rencontrer.

ELLE

Avec une autre. Et tu l’emmènes dans un pays où il pleut. C’est bien de toi ! Tout ça pour me ressortir ta science vingt ans plus tard.

LUI

Ah, tais-toi, tu dis n’importe quoi.

ELLE

D’abord en Thaïlande c’est pas de la pluie c’est la mousson.

LUI

Si tu veux.

ELLE

Moi j’ai eu droit à la pluie de Concarneau, à la pluie de Cabourg, à la pluie de Lannemezan – ah celle-là je m’en souviens bien bien bien !!!

LUI

Comme si c’était de ma faute, la pluie.

ELLE

Qu’est-ce que j’ai eu encore comme pluie ? La pluie de Palavas…

LUI

C’était pas bien, Palavas ?

ELLE

Les flots ! N’oublie pas les flots, Palavas-les-Flots ! Et de la flotte, on en a eu. Deux ans de suite. Parce que, soi-disant, quand il pleut une année, on est tranquille l’année d’après. Deux ans de pluie !

LUI

La faute à pas-de-chance.

ELLE

Mais bien sûr ! Ah j’oubliais, la pluie de Trouville-sur-Mer.

LUI

C’était pas de la pluie.

ELLE

C’était pas de la pluie ?

LUI

Non, c’était pas de la pluie.

ELLE

Tu veux que je t’explique à nouveau ce que c’est que de la pluie ?

LUI

C’était pas de la pluie, c’était du crachin. En Normandie, il ne pleut pas, il crachine.

ELLE

Que ça crachine, que ça glaviotte, que ça pluviote, que ça pleuvasse, pour moi c’est pareil, ça mouille. Et ça mouille toujours partout où tu m’emmènes. Alors arrête de dire qu’il y a pluie et pluie, tu es le mec qui attire les nuages partout où il passe. Tu devrais aller faire un tour au Sahel ou au Kalahari, ou en Namibie ou dans le désert de Chihuahua, tu leur rendrais service.

LUI

J’ai faim.

ELLE

J’ai commencé. Je t’ai pas attendu.

LUI

J’ai vu. Moi aussi j’ai commencé.

(Il sort un sandwich entamé de sa poche.

Elle monte le son de la télé.

Ils mangent en regardant l’écran mais très vite il hausse les épaules et se détourne de la télé en soufflant d’exaspération.)

LUI

Pffuttt !

ELLE

Quoi Pffutt ? Moi aussi je peux faire Pffutt !

(Il se penche vers une radio et met de la musique.)

ELLE

Tu arrêtes ça tout de suite !

LUI

J’écoute de la musique.

ELLE

ELLE

Et alors ça me dérange.

LUI

Et moi, ta télé me dérange.

ELLE

J’ai allumé la télé en premier.

LUI

Hé bien justement. Tu en as profité pendant que je n’étais pas là, maintenant c’est à mon tour.

ELLE

Mais pourquoi tu ne regardes pas la télé avec moi ?

LUI

C’est pas de la télé, c’est de la soupe.

ELLE

Tu as aimé cette soupe pendant des années.

LUI

Et maintenant je ne l’aime plus.

ELLE

C’est moi que tu n’aimes plus.

LUI

C’est toi et la télé.

ELLE

LUI

Ne commence pas avec les insultes.

ELLE

Où tu as entendu une insulte ?

LUI

Ne commence pas.

ELLE

J’ai seulement fait une constatation.

LUI

Ne commence pas.

ELLE

Éteins ta musique et bouffe ton sandwich, gros naze.

LUI

Je suis pas un gros naze.

ELLE

Si, tu es un gros naze. Tu as vingt kilos de trop et tu es naze.

LUI

Je ne te permets pas.

ELLE

ELLE

Naze ! Ah le gros naze !

LUI

C’est pas Tarkovski ?

ELLE

Naze ! Gros naze ! Gros gros cul de naze !

LUI

Pauvre fille.

ELLE

Éteins ta musique !

LUI

Non.

ELLE

Éteins ta foutue musique de merde !

LUI

Schubert ? Musique de merde ?

ELLE

Éteins-le !

LUI

Non, j’aime bien Schubert, moi, je l’aime, il me transporte, lui.

ELLE

Il est triste. C’est de la musique triste. Éteins !

LUI

Non, jamais. Ça dure 33 minutes et je vais écouter 33 minutes de Schubert, j’ai le droit, non ?

ELLE

Il fait chier, ton Schubert, tu comprends ça ? Il fait chier !

(Elle prend son couteau et vient couper le fil du poste de radio.)

ELLE

Voilà. Il est mort, Schubert.

LUI

Ah tu veux jouer à ça, très bien.

(Il va jusqu’à la télé, la débranche et la tient à bout de bras pour la jeter mais elle vient vers lui avec son couteau à la main.)

ELLE

Arrête ça tout de suite.

LUI

Sinon ?... Sinon ?... Tu le feras pas.

ELLE

Toi non plus.

LUI

Tu crois que je ne suis pas capable de balancer la télé par la fenêtre ?

ELLE

LUI

Pas cap.

ELLE

Pose la télé, merde ! M’oblige pas à te faire mal.

LUI

T’oseras pas ! La vue du sang te fait tourner de l’œil.

ELLE

Si tu poses pas la télé, je m’en prends à la voiture.

LUI

Ah non, pas la voiture !

ELLE

Je raye les portières.

LUI

Ah non, pas la voiture, elle n’y est pour rien.

ELLE

Alors pose la télé.

(Il pose la télé.)

LUI

T’es vraiment qu’une bête malfaisante.

ELLE

LUI

Tout ce que tu sais me faire c’est du mal.

ELLE

Et toi tu ne me fais même pas du mal, tu ne me fais rien. Rien du tout.

LUI

Si c’est du mal que tu veux, je peux me forcer.

(Il lève la main sur elle.)

ELLE

Touche-moi et je bousille l’embrayage.

LUI

Ah non, pas la voiture !

ELLE

Fais-moi la moindre égratignure sur la peau et j’arrache le delco.

LUI

Ah non, dis pas ça !

ELLE

Je le ferais, tu sais, j’en suis capable.

LUI

Je le sais, punaise, je le sais.

LUI

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais… on ne peut plus vivre ensemble.

ELLE

Non, on n’y arrive plus.

LUI

On s’est pourtant bien aimés et puis…

ELLE

On s’est trop aimés, peut-être ?

LUI

Peut-être. Je ne t’ai même pas trompée.

ELLE

Moi non plus.

LUI

J’y ai pensé quelque fois…

ELLE

Moi aussi.

LUI

Et puis je renonçais.

ELLE

Et moi, ils voulaient pas.

LUI

ELLE

Faisons ça proprement. On se sépare ?

LUI

Je crois que c’est mieux, oui.

ELLE

Qui s’en va ?

LUI